• Incidents en marge du G7, l’opinion fabriquée. Témoignage de gardé à vue | Le Club de Mediapart
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    Je suis dans un fossé, plaqué par le genou d’un voltigeur à moto. La police éloigne la presse, me voilà maîtrisé… Suis-je en Russie ? A Hong-Kong ? Au Congo ? Malheur à moi, je me suis promené en France (ou en pays basque occupé, chacun appréciera) ! Promené dans une zone interdite à la manifestation, zone qui, grâce à la police française, depuis des mois, correspond au territoire national dans son entier. Partout faut faire gaffe ! Sauf que là (aïe le genou !) il y a le G7 ; j’avais pensé et lu que le sujet de ce G7 était tout ronflant de soucis humanistes, des inégalités, du climat, etc. Donc, j’imaginais qu’étant proche des valeurs de notre président Macron, je pouvais me promener librement sur la côte Basque, afin de m’associer à son génie climatique.

    Mais j’ai dû mal comprendre… Me voilà au sol, comme six autres manifestants d’un cortège de deux cents personnes qui n’ont pas eu de chance. Je me retrouve à côté de citoyens tout sanglants, avec un hélicoptère qui tourne au-dessus de nous, et dix flics cuirassés par manifestant, à trente kilomètres de la zone interdite du G7. Allô l’ONU ? A côté de moi, un pacifique chercheur de l’INRA, myope, ayant perdu ses lunettes en fuyant l’assaut de la police, le crâne entaillé par un coup de matraque, s’entend dire par un flic ricanant que « tes lunettes, on n’en a rien à foutre ». Une jeune femme, les menottes trop serrées, effondrée dans l’herbe, grimace de douleur. Le voltigeur qui me plaque au sol, lui, a l’air plutôt ennuyé de faire partie d’un dispositif aussi honteux. Tout de même, on a sa dignité. Nous convenons d’un regard que chacun de nous deux fera son boulot sans taches : moi d’assistant bénévole tous risques Mediapart, et lui de salarié de l’oligarchie. Le flic et moi contemplons la mer en faisant semblant de travailler. C’est un beau jour pour être interpellé et foutu au trou, et quand même mieux qu’une matraque dans le cul en Seine-Saint-Denis. Remarquez que je suis blanc, ce qui en France, dans ce genre de situations, a son importance.