La jet-set des escrologistes, par Nicolas Casaux
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Dans le monde anglophone (et parfois aussi dans le monde francophone, pour certains, dont le travail est traduit en français) : George Monbiot, Naomi Klein, Bill McKibben. Dans le monde francophone : Nicolas Hulot, Cyril Dion, AurĂ©lien Barrau, Yann Arthus-Bertrand, Isabelle Delannoy, Maxime De Rostolan. Il y en a dâautres.
HabituĂ©s des #mĂ©dias de masse, ils tiennent des #discours qui, malgrĂ© quelques diffĂ©rences ou nuances, forment une mĂȘme et unique perspective, correspondant Ă la dĂ©finition grand public de lâĂ©cologisme.
Ladite perspective sâappuie sur une Ă©valuation trĂšs partielle de la situation. Sur le plan Ă©cologique, elle tend Ă rĂ©duire les nombreux aspects de la #catastrophe en cours Ă un problĂšme de taux de #carbone dans lâatmosphĂšre (rĂ©chauffement climatique), et de « ressources naturelles » que la civilisation (industrielle) doit — condition sine qua non de sa perpĂ©tuation, leur ambition principale — sâefforcer de mieux gĂ©rer. Que les autres ĂȘtres vivants, les autres espĂšces et les communautĂ©s biotiques quâelles forment possĂšdent une valeur intrinsĂšque, ne se rĂ©duisent pas Ă de simples « ressources », est rarement Ă©voquĂ©.
Sur le plan social, lorsquâils soulignent des problĂšmes, nos #escrologistes pointent du doigt les #inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques ou le chĂŽmage. Certains vont jusquâĂ dire du mal du capitalisme, mais ne critiquent en rĂ©alitĂ© que certains excĂšs du systĂšme Ă©conomique dominant. Dâautres fois, ils dĂ©noncent, plus honnĂȘtement, quelque « #capitalisme dĂ©rĂ©gulĂ© » ou « dĂ©bridĂ© » (Naomi Klein dans "Tout peut changer"). Mais ils ne parlent que trĂšs rarement, voire pas du tout, des injustices fondamentales que constituent la #propriĂ©tĂ© privĂ©e, la division hiĂ©rarchique du travail, le #travail en tant que concept capitaliste, des rapports de #domination quâimplique une organisation technique de la #sociĂ©tĂ© — la bureaucratie, lâĂtat. Ils nâexpliquent jamais, ou trĂšs rarement et trĂšs timidement, sans rien en tirer, quâĂ lâinstar de lâĂtat en tant que forme dâorganisation sociale, les rĂ©gimes Ă©lectoraux modernes nâont rien de dĂ©mocratique, quâils relĂšvent plutĂŽt de lâ#aristocratie Ă©lective, et que leur fonctionnement est clairement verrouillĂ©, garanti et gardĂ© par divers mĂ©canismes coercitifs, y compris par la #violence physique.
Ils se contentent dâen appeler Ă une sorte de nouvelle rĂ©volution verte, au moyen dâun new deal vert (Green New Deal) quâagenceraient les gouvernants. Car aux yeux de nos escrologistes, il sâagit toujours de compter, pour sauver la situation — pardon, la #civilisation, mais aussi la planĂšte, prĂ©tendument, puisquâil est possible et souhaitable, dâaprĂšs eux, de tout avoir — sur les dirigeants Ă©tatiques ou dâentreprise. New deal vert censĂ© permettre de crĂ©er des tas dâemplois verts, au sein dâentreprises vertes, dirigĂ©es par des patrons verts — une exploitation verte, une #servitude verte —, de donner forme Ă une civilisation industrielle verte dotĂ©e de commoditĂ©s technologiques vertes, smartphones verts, voitures vertes, etc., alimentĂ©s par des Ă©nergies vertes, et ainsi de suite (on parle dĂ©sormais, de plus en plus, dâĂ©nergies "non-carbonĂ©es" plutĂŽt que dâĂ©nergies "vertes", ce qui permet, Ă lâaide dâun autre #mensonge, de faire rentrer le #nuclĂ©aire dans le lot ; partout, vous pouvez remplacer "vert" par "non-carbonĂ©" ou "zĂ©ro carbone", ou "carboneutre", lâabsurditĂ© est la mĂȘme).
Au bout du compte, leur #rĂ©formisme Ă la noix vise uniquement Ă repeindre en vert le dĂ©sastre en cours : repeindre en vert les oppressions, les dominations, les injustices. Ă faire croire quâil est possible de rendre verte, durable, la civilisation technologique moderne — une rassurance dont on comprend aisĂ©ment pourquoi elle est la bienvenue dans les mĂ©dias de masse, pourquoi elle plait Ă tous ceux dont câest la principale ambition. Un mensonge grossier : rien de ce quâils qualifient de vert ne lâest rĂ©ellement. Une promesse creuse et, au point oĂč nous en sommes rendus, criminelle. Affirmer, en 2019, comme le fait AurĂ©lien Barrau dans son livre de promotion de lâĂ©cologie, pardon, de lâ#escrologie, que ce quâil faut, câest "que nous nous engagions solennellement Ă ne plus Ă©lire quiconque ne mettrait pas en Ćuvre des mesures fermes" (pour tout repeindre en vert), "que les citoyens nâenvisagent mĂȘme plus de choisir pour reprĂ©sentant quiconque ne sâengagerait pas" (Ă tout repeindre en vert), zut alors.
On peut croire Ă tout ça. Câest trĂšs con, mais on peut y croire. Surtout lorsquâon fait partie des puissants, de ceux qui tirent leur Ă©pingle du dĂ©sastre actuel — mais pas seulement, puisque, conditionnement aidant (câest à ça que servent nos escrologistes) câest mĂȘme la religion dominante.
Mais comment font certains pour continuer Ă dire que nous voulons tous la mĂȘme chose, que nous devrions cesser de critiquer ces #Ă©co-charlatans parce que nous voulons comme eux au bout du compte, que nous sommes tous pareils, etc. ?!

