• Histoire de la violence - Le Monolecte
    https://blog.monolecte.fr/2019/11/29/histoire-de-la-violence

    À quel moment de ma vie me faire hurler dessus m’a aidée à comprendre ou à faire mieux quoi que ce soit ? Est-ce que la punition ou même la menace de la punition nous a poussés à nous dépasser ou est-ce que cela nous a juste rendus plus enclins à la dissimulation et au mensonge, à la recherche de la moindre coercition ? En quoi la colère nous rend-elle plus efficients, plus justes, plus «  quoi que ce soit  », en dehors de la violence ?

    #violence #enfance #domination

    • J’avais déjà appris la stupidité de la violence physique le jour où j’avais vu une mère hors d’elle coller une mornifle à son très jeune enfant en lui beuglant dessus qu’"il ne faut pas taper plus petit que soi".

      cc @touti

      Moi aussi je suis super colérique. Ça me fait mal au cœur de voir des gosses se mettre en colère parce que je sais que ça fait mal. Mon psy se demande si ma colère m’aide à tenir...

    • Je rejoint @antonin1, c’est toujours un plaisir de lire tes textes @monolecte ! Sinon cette partie

      À quel moment de ma vie me faire hurler dessus m’a aidée à comprendre ou à faire mieux quoi que ce soit ? Est-ce que la punition ou même la menace de la punition nous a poussés à nous dépasser ou est-ce que cela nous a juste rendus plus enclins à la dissimulation et au mensonge, à la recherche de la moindre coercition ?

      m’a rappelé un de tes commentaire sur Bondon https://seenthis.net/messages/190235#message191032

      Ensuite, Bondon a produit des apports très intéressants qui m’ont servi ensuite, comme son concept sur intériorisation des règles . Il expliquait, en gros, qu’on ne s’arrête pas au feu rouge parce qu’on a peur du gendarme ou parce que c’est la loi, mais parce que nous avons accepté l’idée que cette contrainte est d’un désagrément bien moindre pour nous que le fait de la transgresser. De la même manière, la plupart de nos comportements sociaux sont des contraintes que nous imposons nous-même à nos pulsions, nos envies, parce que nous décidons, in fine, que c’est plus avantageux pour nous de nous y conformer. Pour lui, ça explique pourquoi la répression marche moins bien que la persuasion et encore moins bien que la conviction que peut avoir l’acteur social que c’est lui-même qui a fixé ses limites.

      Je serai très intéressé par lire ses textes parlants de l’intériorisation des règles, mais je n’ai rien trouvé sur le Web, te rappelle tu des certaines sources sur le sujet ?

    • Je suis le séminaire de Boudon en 1995-96. J’y vais sachant qu’il est effectivement considéré en opposition avec Bourdieu, alors que pour ma part, les deux instruisent deux dimensions de la même réalité. Je fais la fusion de leurs deux visions de la détermination des agents sociaux en fin de session et à la surprise générale de mes congénères qui avaient tendance à dire que Bourdieu c’est de la merde pour plaire au grand homme, je ramasse une putain de bonne note : mon pari pascalien était donc que — bien qu’étant un sociologue libéral — Boudon était un type intelligent et donc pas spécifiquement enchanté par les flagorneries.

      En tant qu’agent plongé dans une société organique complexe, mes comportements et décisions se partagent entre les habitus et cosmologies de ma société et plus particulièrement de mon milieu et de mes propres arbitrages internes.

      Autrement dit, je m’arrête d’autant plus au feu rouge que mon entourage a tendance à respecter cette règle, mais aussi à la considérer comme légitime, à l’intérioriser comme une règle qui se justifie. Mais par ailleurs, même en tant que produit de mon milieu et de ma société, j’arbitre aussi à mon échelle de la légitimité de la règle et peux décider de la rejeter ou de l’intérioriser. D’ailleurs, cet arbitrage est également circonstanciel. Je respecter la limitation de vitesse ou l’impôt sur le revenu comme légitimes pendant des années, puis décider, quand la règle est vidée de son sens par ceux qui l’imposent, que ceci n’est plus légitime et qu’il devient normal est désirable de tenter d’échapper à la règle.

      Au final, nous sommes tous à l’intersection entre le global et l’individuel, le public et le privé, le personnel et le social. Même le conformisme est finalement un arbitrage entre externaliser la source de décision et subir les affres du processus de choix, d’analyse de la situation.

      La société me somme de brutaliser mon enfant afin d’en faire un nouvel agent conforme, normé et obéissant par le biais du traumatisme, mais il m’appartient au final de choisir de ne pas me plier à l’injonction.
      Cela dit, en vrai, le choix individuel est limité par la qualité du conditionnement social initial et il est difficile de déterminer la part endogène de la possibilité, des outils nécessaires au rejet du dogme communément admis.

      Celleux qui s’essaient actuellement à la déconstruction en savent quelque chose.

    • Je me fait laminer par ailleurs :

      Vos violences verbales à l’égard de votre fille m’ont choqué, et vos remords n’y changent rien.
      Vous en avez subi vous-même, et ça passe pour une excuse, mais ça ne me convainc pas.
      J’ai pris des baffes jusqu’à quatorze ans, âge où j’ai pu en rendre une, et le processus s’est arrêté.
      J’ai élevé cinq enfants avec une seule baffe que je regrette encore, et peu de cris, et le mécanisme n’est donc pas héréditaire.
      Ce n’est pas l’enfant qu’il faut soigner, c’est le parent.
      Ca peut s’arranger, sans doute, mais dans le cas de votre fille, c’est trop tard et le mal est fait.
      Un enfant agressé, surtout par sa mère, s’en ressent toute sa vie.
      Pardon de vous juger, c’est l’enfant en moi qui vous juge, pas l’adulte, ni le médecin.
      Mais il y en a marre de trouver des excuses à tout le monde. Et l’exposé contrit de vos états d’âme ne changera rien au vécu de votre fille.

      https://www.agoravox.fr/commentaire5619089

    • L’important est que tu lui aies demandé pardon, tu le dis toi même. Parce que demander pardon c’est le début pour reconnaitre ses erreurs vis à vis de l’autre, ce que très très peu de parents violents feront, même tardivement, même l’enfant une fois adulte, et le fait que tu cherches des solutions pour éduquer sans violence.
      J’ai quelques trucs à partager entre mères, respirer profondément, tempérer (accepter de remettre à plus tard), et même taper sur un coussin. Et pourquoi pas aussi aller se soigner/ être écouté par un·e professionnel·le pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre et s’en défaire plus facilement.
      Ça peut aussi aider d’être bien entouré, par exemple d’observer ses potes anglaises ou allemandes pays où il n’y a pas ce modèle éducatif systémique par la violence comme en france.
      Sincèrement

    • Waw, c’est trash, la réponse du bonhomme. S’il est médecin, je l’imagine encore plus parent qui laisse sa compagne faire le boulot de soin au quotidien, dont on sait qu’il est plus dur quand le père ou la mère est seul·e, alors merci pour son jugement plein d’empathie masculine...

      Ce n’est pas pour dédouaner mais il me semble qu’il est possible de réparer, c’est d’ailleurs le principe de la justice, la vraie. Sinon, ben y’a des peines automatiques, plus besoin de juges, on peut se contenter de barèmes décidés par les psy au regard du mal subi. Bref, je me tais, courage à vous deux, trois, quatre (mères et enfants) pour vivre avec ça et le dépasser.

    • J’en parle aussi et surtout parce que nous sommes passés à autre chose depuis longtemps en tirant les leçons de nos erreurs. D’ailleurs ce papier a aussi fait l’objet d’une discussion familiale et le Minilecte l’a beaucoup apprécié.

      En fait, c’est souvent ça que j’écris : des supports à réflexions et débats.