• Sahara occidental et « accord du siècle » : le Maroc à l’heure de choix décisifs
    Abdellah El Hattach | Mercredi 4 décembre 2019 | Middle East Eye édition française
    https://www.middleeasteye.net/fr/opinion/sahara-occidental-et-accord-du-siecle-le-maroc-lheure-de-choix-decisi

    (...) Ce n’est ni un hasard ni une coïncidence si l’annonce du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, de sa visite au Maroc, est intervenue quelques heures après l’entretien téléphonique entre le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue russe, Serguei Lavrov.

    Le chef de la diplomatie russe, qui a clairement indiqué que son pays cherchait à trouver une solution à la question du Sahara occidental, a invité Bourita à se rendre à Moscou durant le mois de décembre en vue d’approfondir le partenariat stratégique qui lie le Maroc et la Russie.

    Sauf que le Maroc est également lié par un partenariat du même type avec les États-Unis dont le chef de la diplomatie est arrivé pour une visite ce mercredi 4, afin de raffermir les relations solides entre le Maroc et les États-Unis. Quand Moscou et Washington sont en course ou en concurrence sur un même dossier ou un même périmètre géographique, ce n’est jamais bon signe, il faut toujours s’attendre à des dommages collatéraux.

    Si par son partenariat avec le Maroc, la Russie cherche, notamment, à étendre son influence géopolitique sur cette région stratégique de la Méditerranée occidentale, Washington en revanche dispose déjà d’un pied-à-terre dans cette région –grâce à sa VIe flotte et à l’AFRICOM (commandement des États-Unis pour l’Afrique –, et cherche plutôt à recruter de nouveaux amis en faveur de son allié israélien et commercialiser son fameux « accord du siècle ».

    Profil bas face aux agressions contre Gaza

    Mais on est là dans l’ordre du chantage pur et simple : une flexibilité des États-Unis dans le dossier du Sahara occidental contre une normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Non seulement cette approche est inadmissible pour le Maroc mais elle est contreproductive.

    Le Maroc, dont le roi est président du Comité Al-Qods, a longtemps facilité les contacts pour la paix entre Palestiniens et Israéliens mais uniquement dans le cadre de la légalité internationale et du droit immuable des Palestiniens à disposer de leur État.

    Il est vrai aussi que le Maroc a fait profil bas lors des dernières agressions israéliennes contre la bande de Gaza et aucun communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères n’a été publié dans ce sens.

    Par ailleurs, lors du dernier conseil ministériel de la Ligue arabe qui s’est tenu au Caire, le Maroc n’y était représenté « que » par un ambassadeur. (...)

    #IsraelMaroc

    • Les raisons secrètes de la visite de Mike Pompeo au Maroc
      Aziz Chahir | Mercredi 4 décembre 2019
      https://www.middleeasteye.net/fr/opinion-fr/les-raisons-secretes-de-la-visite-de-mike-pompeo-au-maroc

      (...) Le Maroc est un partenaire privilégié des États-Unis dans la promotion de la tolérance et le « vivre ensemble ». Le royaume accueille la plus importante communauté juive dans le monde arabo-musulman (près de 3 000 personnes).

      Le Maroc est un « ami d’Israël » comme se plaisait à le répéter Hassan II qui reçut le Premier ministre israélien, Shimon Perez, en 1986, et choisit de nommer deux Marocains d’origine juive pour occuper respectivement la fonction de ministre et le poste de conseiller royal.

      En 2019, Trump a chargé son gendre et haut conseiller, Jared Kushner, de se rendre au Maroc pour rencontrer le roi et convaincre les juifs d’origine marocaine de soutenir l’« accord du siècle ». Malgré des réticences officielles, le Maroc a été représenté à la conférence de Bahreïn, qui s’est tenue en juin.

      Donald Trump sait pertinemment qu’il aura besoin de la monarchie marocaine pour vendre son « projet de paix » avec les Palestiniens.

      Après le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, en 2018, le président américain se souviendra longtemps de la manœuvre de Mohammed VI, président du Comité Al-Qods, qui est parvenu, en 2019, à rallier le roi Abdallah de Jordanie, tuteur des lieux saints de Jérusalem, avant d’accueillir le pape au Maroc.

      Un leadership religieux sunnite (islamo-chrétien) pourrait influer sur la gestion du conflit israélo-palestinien. Le rapprochement de l’administration Trump avec le Maroc vient donc à point nommé alors que le processus de paix est dans l’impasse. (...)