• « On nous demande de soigner le patient le plus rentable »
    https://usbeketrica.com/article/on-nous-demande-de-soigner-le-patient-le-plus-rentable

    Quelques fois ça nous arrache, c’est difficile. Alors on fait de notre mieux, on opère la nuit, parce qu’on n’a pas assez de salles d’opération, on allonge nos temps de travail, on fait jusqu’à 14/15 heures en salle d’opération pour opérer les patients qui attendent, et après pour le lit, on verra. Donc la rentabilité, on en fait fi, mais c’est l’abnégation qui fait qu’on en fait fi. Là je crains que ce système n’ait raison un jour de l’abnégation du corps soignant, c’est ça qu’on peut craindre. Quand vous mettez les êtres humains dans un état de tension tel, bien évidemment vous prenez ce risque.

    Bien sûr je me fais beaucoup d’ennemis en disant ça, tout comme je me fais des ennemis quand je dis qu’il faut reverser un peu du privé au public, mais quand même, ça en vaut la peine… Parce que le système public actuel, c’est quoi ? Vous gagnez 1 200 euros par mois, vous avez un problème cardiaque grave et vous pouvez être opéré par le plus grand chirurgien cardiaque d’Europe, du pays, croyez-moi, ce sont les meilleurs du monde, et vous ne paierez pas un centime. Ce système-là, est-ce qu’il y a plus précieux que ça ? Si on va vers ce néolibéralisme qui est en train de poindre, ça veut dire que ce ne sera plus possible, ça veut dire que si vous n’avez pas un salaire de 4 ou 6 000 euros par mois, vous ne pourrez pas payer une mutuelle à grands frais, et vous ne pourrez pas vous offrir les meilleurs.

    Et si les meilleurs quittent le service public dans l’avenir pour aller dans le secteur privé, qui va former les jeunes ? La mort du service public hospitalier universitaire, ce n’est pas possible. Car qui va apprendre ? Les instituts privés, les professeurs qui vont être salariés par Google ou Medtronic ou Axa ? Ou Bayer ? Non, c’est impossible. Le CHU doit rester universitaire, c’est un creuset de formations, c’est un creuset artisanal, c’est un atelier.

    • ... je suis pessimiste. J’ai l’impression que la machine est très puissante et qu’on va finalement arriver vers les systèmes qui vont ressembler à ceux des Etats-Unis. La France est encore très attachée à un système où chacun contribue à la santé de l’autre... Peut-être qu’il y aura un réveil. Mais je n’en suis pas certain, parce que face à des billets de banque, qui ne plie pas ?

      #gâchis #criminel #France #santé #médecine

    • En Allemagne on a déjà exactement ce résultat de la privatisation des soins et hôpitaux.

      Et si les meilleurs quittent le service public dans l’avenir pour aller dans le secteur privé, qui va former les jeunes ? La mort du service public hospitalier universitaire, ce n’est pas possible. Car qui va apprendre ? Les instituts privés, les professeurs qui vont être salariés par Google ou Medtronic ou Axa ? Ou Bayer ? Non, c’est impossible. Le CHU doit rester universitaire, c’est un creuset de formations, c’est un creuset artisanal, c’est un atelier.

      A Berlin la quasi totalité des employés médecins et infirniers d’une unité de soins HIV et d’autres infections graves vient de quitter l’hôpital public à côté de chez moi pour ouvrir un nouveau service dans un hôpital privé.

      Voici le premier billet sur cette histoire : https://seenthis.net/messages/827456

      Cet hôpital privé acceuille aussi bien les patients du régime d’assurance général comme les patients privés qui ne constituent sans doute qu’une petite partie des personnes dépendantes de drogues et victimes d’une infection HIV. Dans le cas présent la situation pour les patients va vraisembleblement plutôt de s’améliorer. Les hôpitaux se trouvent à une distance d’à peine trois kilomètres et sont accessibles par les moyens de transport en commun.

      En même temps les employés des services auxiliaires du plus ancien et plus célèbre hôpital public de Berlin « Charité » font grève pour la énième fois afin de se faire ré-intégrer dans la structure commerciale de l’hôpital même afin de toucher enfin le salaire du tarif des institutions publiques. Dans le même hôpital « Charité » les infirmières et infirmiers ont fait grève récemment non pour des salaires plus élevés mais pour une réduction du nombre de patients par infirnmier.

      Entretemps pour les assurés du régime général gesetzliche Krankenversicherung la durée d’attente pour voir un spécialiste peut atteindre plusieurs mois.

      Nous ne sommes pas encore dans une situation comme aux USA mais les petits gens paient déjà les frais de ce sytème de cleptocrates en blouse blanche.

      #Berlin #Vivantes-AVK #Sankt_Joseph_Krankenhaus #HIV #politique_de_santé #privatisation #travail