• Coronavirus : ces médecins qui crèvent l’écran
    https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2020/03/20/coronavirus-ces-medecins-qui-crevent-l-ecran_6033748_1655027.html


    Par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

    Les consultants médicaux font les beaux jours des chaînes d’info en continu en cette période de confinement. En dehors de Michel Cymes, déjà très populaire, plusieurs figures ont émergé.

    Elle vivait dans l’anonymat et la reconnaissance de ses pairs lui suffisait amplement. Mais voici désormais la professeure Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, devenue, par la grâce d’un passage réussi sur LCI, la coqueluche des programmateurs télé. Au point que TF1 lui propose de tripler son salaire mensuel de fonctionnaire pour s’attacher l’exclusivité de son ton réfléchi et pédagogique jusqu’à la fin de la crise du Covid-19.

    C’est ainsi, toute catastrophe génère ses héros médiatiques. « Il y avait les généraux pendant la guerre du Golfe, on a maintenant les professeurs de médecine », résume l’expérimenté David Pujadas, journaliste sur LCI. Des experts d’autant plus prisés en cette période de confinement, pendant laquelle les taux d’audience des chaînes d’info en continu ont quadruplé. BFM-TV dépasse par moments les 7 % de part de marché, un record, quand l’émission « 24 heures Pujadas » double, chaque début de soirée entre 18 et 20 heures, son audience habituelle. « C’est comme en temps de guerre, explique Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFM-TV, on nous demande d’être responsables, de ne pas mettre le feu, mais on doit aussi savoir mettre en cause les discours officiels. On essaie donc de mixer les interventions médicales, entre spécialistes rassurants et ceux plus alarmistes. »

    Les consultants médicaux sont devenus des acteurs majeurs de cette guerre cathodique. Aux sans-grade, on assigne les horaires de la journée, ou de fin de soirée, les moins suivis. Les stars de la « télé-médecine », eux, ont droit aux meilleures tranches horaires, la matinée et le début de soirée, et parfois, pour ceux qui l’acceptent, de juteux contrats de consultants.

    #paywall, on n’a donc pas les noms…

    • Ah pour ça, on a de fameux experts entre deux publicités pour Coca ! Comme Machin Cymes, qui dénonçait un « matraquage médiatique » autour du Covid qui a éteint la contestation des inquiets en reprenant mot à mot les infondés de Raoult. Il a demandé pardon depuis, sans penser à reverser son salaire indu de présentateur de mensonges aux hopitaux ou que la justice l’y oblige. Le 10 mars, le joueur de pipeau niait encore la pandémie.

      https://www.msn.com/fr-be/divertissement/story/quotidien-michel-cymes-donne-son-avis-sur-le-coronavirus-il-se-fait-d%C3%A9zinguer-sur-twitter/ar-BB113Fes

      “Ce n’est pas une grippette, ni un rhume, mais ça reste une maladie virale comme on en a tous les ans.” Michel Cymes n’a pas tourné autour du pot mardi 10 mars dans l’émission Quotidien. S’il estime que le coronavirus est “une forme de grippe plus cognée”, il ne veut pas s’alarmer. Il est revenu sur le cas du Ministre de la Culture, Franck Riester, testé positif au coronavirus : “Si tous les ans on fait une dépêche sur un ministre qui a une grippe et on fait tout ce qu’on a fait aujourd’hui… C’est dingue ! Les ministres ont la grippe et on ne le sait pas.” Yann Barthès lui demande donc si on en fait trop. “Non répond Michel Cymes. Le gouvernement fait ce qu’il faut.” “Et les médias ?” surenchérit le présentateur de Quotidien ? “Il y a un problème de sémantique estime Cymes. Pardon de revenir sur la grippe en permanence, mais il y a eu entre 8000 et 10000 morts de la grippe par an, si chaque année on fait des dépêches sur un mec qui a la grippe, vous vous rendez compte ? Le gouvernent tient un point chaque soir car les médias le demandent. À la limite, ce décompte n’est pas dramatique, mais il y a un problème sémantique. Quand vous dites ’aujourd’hui on va passer en zone 3’, tout le monde est affolé. Alors que non, c’est un problème géographique, c’est juste que le virus aura circulé dans la toute la France. Quand vous dîtes ‘il est testé positif’, on a l’impression de revenir au moment du sida, au début où on se dit ‘il a été testé positif’. Oui il a le coronavirus quoi !"

    • Coronavirus : ces médecins qui crèvent l’écran
      Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Monde, le 20 mars 2020
      https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2020/03/20/coronavirus-ces-medecins-qui-crevent-l-ecran_6033748_1655027.html

      Enquête - Les consultants médicaux font les beaux jours des chaînes d’info en continu en cette période de confinement. En dehors de Michel Cymes, déjà très populaire, plusieurs figures ont émergé.

      Elle vivait dans l’anonymat et la reconnaissance de ses pairs lui suffisait amplement. Mais voici désormais la professeure Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, devenue, par la grâce d’un passage réussi sur LCI, la coqueluche des programmateurs télé. Au point que TF1 lui propose de tripler son salaire mensuel de fonctionnaire pour s’attacher l’exclusivité de son ton réfléchi et pédagogique jusqu’à la fin de la crise du Covid-19.

      C’est ainsi, toute catastrophe génère ses héros médiatiques. « Il y avait les généraux pendant la guerre du Golfe, on a maintenant les professeurs de médecine », résume l’expérimenté David Pujadas, journaliste sur LCI. Des experts d’autant plus prisés en cette période de confinement, pendant laquelle les taux d’audience des chaînes d’info en continu ont quadruplé. BFM-TV dépasse par moments les 7 % de part de marché, un record, quand l’émission « 24 heures Pujadas » double, chaque début de soirée entre 18 et 20 heures, son audience habituelle. « C’est comme en temps de guerre, explique Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFM-TV, on nous demande d’être responsables, de ne pas mettre le feu, mais on doit aussi savoir mettre en cause les discours officiels. On essaie donc de mixer les interventions médicales, entre spécialistes rassurants et ceux plus alarmistes. »

      Les consultants médicaux sont devenus des acteurs majeurs de cette guerre cathodique. Aux sans-grade, on assigne les horaires de la journée, ou de fin de soirée, les moins suivis. Les stars de la « télé-médecine », eux, ont droit aux meilleures tranches horaires, la matinée et le début de soirée, et parfois, pour ceux qui l’acceptent, de juteux contrats de consultants.

      BFM-TV partait avec un gros avantage : un service santé incarné par la journaliste Margaux de Frouville, spécialisée depuis six ans dans les virus. Elle a attiré le docteur Alain Ducardonnet, qui devrait devenir prochainement le consultant attitré de BFM-TV, secondé par le docteur Christophe Rapp. TF1 et sa « filiale » LCI utilisent, pour leur part, les services du docteur Gérald Kierzek. L’incontournable Michel Cymes règne en maître sur le reste du paysage. La télé se les arrache, ces médecins pressés d’ausculter le pays, qui ont vu une concurrence débouler ces temps-ci : les professeurs confrontés directement à la bataille contre le virus.

      « Alarmistes » contre « rassurants »

      Chacun ayant ses particularités, il existe, en gros, deux camps chez ces chroniqueurs de la pandémie. Les « alarmistes », ceux qui inquiètent. Leur chef de file ? Le professeur Eric Caumes, de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, dont le discours, d’abord relativement neutre et rassurant, a enflé pour devenir catastrophiste. « C’est peut-être un scandale sanitaire digne du sang contaminé, lâche le médecin, très critique sur la gestion gouvernementale. Mon collègue François Bricaire a dit que j’avais été “ignoble” avec le ministre de la santé lors d’un débat sur LCI, alors que je lui ai juste dit ma façon de penser, y compris en dehors du plateau ! S’agissant de l’exécutif, jusqu’à maintenant je pensais qu’ils n’avaient pas pris la mesure du problème et qu’ils étaient incompétents, mais maintenant, je me demande s’il n’y a pas quelque chose de plus grave. » Ce type de discours, tout à la fois scientifiques et politiques, générateurs de polémiques et donc de fortes audiences, les chaînes d’info en redemandent…

      Mais il y a aussi les « rassurants », comme le professeur François Bricaire, l’ancien chef de service… d’Eric Caumes. Lui emploie un ton moins engagé, et plus optimiste. « BFM-TV m’a proposé d’être consultant pendant toute la durée de la crise, assure M. Bricaire, mais j’ai refusé. Moi, dès le début de l’épidémie, s’agissant d’intervenir à la télé, je m’en suis ouvert par courtoisie à Jérôme Salomon, directeur général de la santé. Il m’a dit : “J’en ai parlé à la ministre [Agnès Buzyn à l’époque], il faut le faire.” » Le professeur Bricaire, membre de l’Académie nationale de médecine, est ainsi estampillé « pro-autorités », et il l’assume sur les différentes chaînes qui le sollicitent.

      Entre ces deux pôles, qui se respectent tout en se critiquant – c’est un tout petit monde –, il y a donc Karine Lacombe. Qui découvre les « joies » de la médiatisation et en apprend les codes, avec sa part de naïveté et de sérieux assumé. Par exemple, sur les plateaux de télévision, quand les reportages sont diffusés au cœur des débats, au lieu de se laisser aller à quelques bavardages hors antenne, elle préfère se concentrer sur lesdits reportages, pour préparer son intervention suivante. « Depuis le début de la crise, observe-t-elle, j’essaie de faire passer un message intermédiaire. Je vois des gens beaucoup trop optimistes, et d’autres beaucoup trop alarmistes. Avec toujours les mêmes qui font peur à tout le monde et nourrissent le complotisme. » Elle-même a vu arriver les premiers patients atteints du virus après un congrès évangélique organisé dans le Grand Est. Elle avait déjà compris, après les premiers cas recensés en Italie. « Nous sommes sur une ligne de crête, il peut y avoir 40 000 morts comme 450 000, selon les modélisations. Il faut l’expliquer. » Impossible d’être péremptoire, le Covid-19 oblige à la modestie.

      « Tout le monde met son ego de côté »

      Karine Lacombe est l’une des rares femmes sur le créneau, entre les « savants prophétiques », type Philippulus dans Tintin, et les médecins-chroniqueurs, spécialistes de l’écran. Sans toucher le moindre centime – pour l’instant, du moins, car elle s’interroge –, question d’éthique. « Je n’ai pas besoin des médias », jure-t-elle. Ces derniers temps, elle a observé avec une affection distante mais critique les croisades d’Eric Caumes, un personnage « iconoclaste et clivant ». Accusé d’avoir d’abord minoré le danger avant de basculer dans l’extrême inverse, l’intéressé se défend : « C’est vrai qu’au tout début j’ai dit des conneries, mais comme tout le monde, je me suis dit, on va voir ce qui se passe, notamment à Singapour, or ça ne démarrait pas. Puis quand j’ai vu ce qui se passait en Italie, j’ai compris qu’il allait nous arriver la même chose, et là on m’a traité de paranoïaque, de pessimiste, etc. On s’est tous fait avoir au début, en fait, tous autant qu’on est, on n’a pas su interpréter ce qui se passait en Asie. »

      Karine Lacombe croise aussi, au hasard des plateaux, une autre peuplade, celle des docteurs-stars : Michel Cymes, référencé service public, et Gérald Kierzek, le pilier de l’attelage TF1-LCI. Le compagnonnage se passe plutôt bien. « C’est assez superficiel, relate-t-elle. Mais ce sont des gens brillants, qui peuvent intervenir sur n’importe quel sujet. Je suis abasourdie. » Eux sont payés, reconnus, vénérés. Surtout Michel Cymes, acteur, présentateur, producteur, auteur… Qui ne voit, pour l’heure, que des avantages à cette surexposition de la médecine à la télévision : « Il y a toujours des gens qui aiment bien faire leur pub, passer dans les médias, assure-t-il. Mais là, tout le monde met son ego de côté, ne pense plus uniquement à sa gueule et pense plutôt à tout faire pour sauver le maximum de gens. »

      En ces temps de crise sanitaire, Michel Cymes est le vrai roi du PAF. Présentateur des émissions « Ça ne sortira pas d’ici » ou « Les Pouvoirs extraordinaires du corps humain », sur France 2, il est le seul à pouvoir porter les prime time sur ses épaules avec sa gouaille. « Je ne suis pas consultant, précise-t-il. J’intervenais sur France Télévisions, jusqu’à l’épidémie, comme présentateur-animateur. Mais effectivement, je suis devenu ces derniers jours “l’incarnant” santé de France 2. Contractuellement, ça ne change strictement rien pour la bonne et simple raison que je ne suis pas payé pour ça ! A chaque fois que j’interviens ponctuellement, par exemple lors de la soirée des municipales ou la spéciale “Vous avez la parole” de Salamé-Sotto, je n’ai pas de contrat, je ne suis pas payé tout simplement, et je trouve ça normal. »

      « Urgentiste de l’info »

      Parfois, les frontières se brouillent. Estampillé TF1/LCI, le bouillonnant docteur Gérald Kierzek s’aventure sur d’autres chaînes, comme France 5 dans l’émission phare « C à vous », en prenant garde de ne pas contrarier son employeur principal. « Je dois veiller à ne pas être en “frontal” par rapport à TF1/LCI, je ne vais pas aller au “20 heures” de France 2 par exemple, précise M. Kierzek. Je suis le médecin référent du groupe, c’est ma deuxième saison. En fait, je dis à la télé ce que j’explique en tête à tête à mes patients ! Ma mission prioritaire, à l’antenne, c’est de rassurer. C’est capital. Chaque jour, je suis pendant cinq heures le matin à l’antenne sur LCI, dont trois heures de libre antenne, plus une intervention dans le “20 heures” de TF1 le soir. » Celui qui se définit comme un « urgentiste de l’info » est payé, mais ne donne pas le montant de sa rétribution : « Je suis rémunéré sur la base d’un forfait, il va peut-être falloir en parler d’ailleurs, vu mes multiples interventions ! Mais on n’en a même pas discuté à vrai dire… » Il cumule ce plein-temps médiatique avec un temps plein hospitalier, celui d’urgentiste à l’Hôtel-Dieu, à Paris : « Concrètement, ça fait deux gardes par semaine, 18 h 30-8 h 30, soit quatorze heures d’affilée. Donc, quand je termine ma garde à 8 h 30, j’enchaîne avec le maquillage sur LCI ! » Il n’a rien contre les sommités médicales côtoyées sur les plateaux. Même si… « On s’en fout qu’il s’agisse d’une sommité ou pas. Il faut deux choses : venir du terrain et avoir une capacité à bien communiquer. »

      La plupart de ces pontes ne viennent pas croquer dans le gros gâteau télévisuel, pas encore en tout cas. « Jamais je n’ai perçu la moindre rémunération », s’offusque ainsi François Bricaire. Même credo pour le professeur Eric Caumes : « Toutes mes interventions sont bénévoles, évidemment, je suis plus un lanceur d’alerte, surtout pas un consultant. Moi je suis chef de service, je suis au charbon tous les jours, je me débrouille pour pouvoir aller à la télé dans les moments-clés, mais je bosse sept jours sur sept à l’hôpital, du matin au soir. » Ses collègues le suspectent de préparer un livre sur la crise ? « J’en avais un qui devait sortir, chez Robert Laffont, mais il porte sur la maladie de Lyme, et sa sortie est reportée vu le contexte, balaie-t-il. Faire un livre sur la crise du coronavirus, ça demande du recul. Bien sûr, je prends des notes, je me nourris de mes dialogues avec les gens que je rencontre dans différents univers, mais je ne vais certainement pas faire un livre demain sur ce sujet. »

      Le docteur Kierzek voit les choses autrement. L’urgentiste vient d’écrire Coronavirus, comment se protéger ? (Robert Laffont). « Il fait 100 pages, je l’ai écrit en quarante-huit heures ! s’exclame-t-il. Avec l’éditeur, on l’a mis à un prix dérisoire, 3,50 euros, car ce n’est évidemment pas une affaire d’argent, et l’intégralité de mes droits d’auteur sera reversée à l’Institut Pasteur. Le seul but, c’est d’éviter la propagation de fausses nouvelles. C’est pour ça qu’on a fait le plus vite possible et qu’on l’a déjà mis en vente sur le Net, en espérant pouvoir sortir la version imprimée très bientôt. » On peut compter, encore et toujours, sur le professeur Caumes, pour le mot de la fin : « Le livre de Kierzek ? Ça, c’est de l’opportunisme, je ne le lirai même pas. Ce qu’il faut, c’est de la réflexion, et pour ça, il faut du temps et du recul sur l’épidémie. »

      #coronavirus #France #médecins #télévision