• Au sujet des nuits de révolte, par Claire Dujardin
    ▻https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1101570666871900&id=100010569303088

    Les nuits de révolte qui ont éclaté dans plusieurs villes en France, dont Toulouse, font suite à des contrôles de police violents qui ont eu lieu depuis le début du confinement à l’encontre d’habitants et habitantes de quartiers, le dernier en date, le 18 avril à Villeneuve la Garenne, ayant entrainé l’hospitalisation d’un homme de 30 ans qui prenait la fuite à moto à la vue des policiers.
    ►https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/19/a-villeneuve-la-garenne-enquete-ouverte-apres-un-accident-de-moto-impliquant
    Dès les premiers jours du confinement, plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des actes de violence de la part des forces de l’ordre.
    Selon le site collaboratif Rebellyon, « depuis le 8 avril, 5 personnes ont été tuées par la police, 3 autres ont été blessées gravement et 7 ont porté plainte pour violences policières ». ►https://rebellyon.info/Au-nom-de-la-lutte-contre-le-covid-19-la-22174
    Dans un communiqué du 27 mars 2020, plus d’une vingtaine d’associations et collectifs, dont « Egalité Trahie 31 » Égalité trahie 31
    , collectif qui lutte contre les contrôles au faciès à Toulouse, en appelle au ministre de l’intérieur et au directeur général de la police nationale afin « de veiller à ce que le maintien de l’ordre et les opérations de contrôle dans le cadre de la lutte contre l’épidemie de Covid 19 ne donnent pas lieu à des abus ».
    A Toulouse, la Depêche s’empresse de publier un article avec une photo d’incendie, informant que « les policiers ont été violemment pris à partie dans le quartier du Mirail » ▻https://www.ladepeche.fr/2020/04/20/fusees-cocktails-molotov-grosses-pierres-des-policiers-pris-au-piege-diman
    Dans un article d’ActuToulouse, « un policier confie : Pour l’heure cela ressemble à des violences urbaines très classiques. A Marseille, il y a eu quelques heurts et violences car certaines familles liées au trafic n’avaient plus de quoi acheter à manger suite au tarissement de l’approvisionnement en produits stupéfiants. Mais ce n’est pas le cas sur Toulouse… » ▻https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/toulouse-attaques-cocktail-molotov-policiers-tombent-dans-guet-apens-mirail_331
    Le lien entre les actes de violence qui ont eu lieu au Mirail et les évènements récents liés aux contrôles abusifs des forces de l’ordre partout en France ne fait aucune difficulté.
    Ces révoltes populaires ne sont pas les premières et ne seront pas les dernières. La colère sociale est forte en banlieue et dans le pays entier. Les manifestations des gilets jaunes se sont peut etre arrêtées mais "le mouvement est éternel" et reprendra.
    ▻https://qg.media/2020/04/21/le-mouvement-des-gilets-jaunes-nest-pas-mort-il-est-eternel-par-priscillia-lud
    Le gouvernement a fait le choix de gérer la crise sanitaire en confinant l’entière population et en autorisant des sorties exceptionnelles, basées sur des critères flous et laissés à l’appréciation des forces de l’ordre, au détriment d’une politique de fabrication massive de masques et de tests auprès de la population.
    Les aller et venues des uns et des autres sont désormais laissés à l’appréciation des policiers.
    Or, la gestion policière de la crise sanitaire exacerbe l’exclusion sociale et la misère dans les quartiers déjà touchés par les inégalités, tandis que la police a les mains libres, plus que jamais.
    Plus de 138 mois de prison ferme ont été prononcés pour violations multiples de l’obligation de confinement depuis le 17 mars. ▻https://lundi.am/Etat-d-urgence-sanitaire-et-violation-reiteree-du-confinement
    Pourtant, le délit de confinement est très probablement illégal, plusieurs QPC ont d’ores et déjà été déposées et des relaxes prononcées par les tribunaux. Les prisons sont surpeuplées et la gestion sanitaire des établissements pénitentiaires est particulièrement ardue, mais cela n’empêche pas le parquet de poursuivre et certains juges de mettre en détention.
    Michel Foucault nous rappelle, dans Surveiller et Punir, que la quarantaine est aussi l’occasion d’un « rêve » : celui d’une société disciplinaire, réalisant « la pénétration du règlement jusque dans les plus fins détails de l’existence […] Derrière les dispositifs disciplinaires, se lit la hantise des “contagions”, de la peste, des révoltes, des crimes, du vagabondage, des désertions, des gens qui apparaissent et disparaissent, vivent et meurent dans le désordre », le rêve politique de la peste. ▻https://le1hebdo.fr/journal/numero/290/le-rve-politique-de-la-peste-3773.html
    Les quartiers populaires sont touchés de plein fouet par cette crise et les habitants habitantes sont sous contrôle. ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten
    Les banlieuses francaises sont les grandes oubliées du confinement, selon la presse allemande. ▻https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-les-banlieues-francaises-grandes-oubliees-du-co
    Ce n’est pas nouveau. Les quartiers sont très souvent les oubliés, subissent les inégalités et les doubles peines très fréquemment, bénéficient de lois d’exception sans voir la couleur du droit commun.
    Pour plusieurs collectifs d’habitants et habitantes, il faudrait mettre en place un grand plan d’urgence sociale pour pallier aux difficultés quotidiennes rencontrées durant le confinement, pour faire face à la pénurie alimentaire, pour assurer une vraie continuation pédagogique, pour aider financièrement toutes les personnes qui n’ont plus de travail….faire de cette crise l’occasion unique de remettre de l’humain, des moyens financiers et des mesures concretes au service des habitants et habitantes.
    Au lieu de cela, le gouvernement laisse tout le monde se débrouiller et envoie la police.
    Les violences doivent etre dénoncées, toutes les violences.
    La violence systémique et raciste, la dérive autoritaire de l’État et la surveillance généralisée des comportements de la population doivent l’etre encore plus, et ce d’autant en cette période exceptionnelle d’état d’urgence où chacun doit être particulièrement vigilants à faire respecter les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales.