Louis Derrac

Consultant et formateur spécialisé dans les domaines de l’éducation et de la culture numérique

  • Bâtir la télé-école | L’actualité
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    Morceaux choisis :

    => Comparaison avec la France : où la continuité pédagogique a pris le relai de l’école en présentiel

    En France ce printemps, les 12,4 millions d’élèves de 62 000 écoles confinés à la maison à cause de la pandémie n’ont pas chômé, l’école est venue à eux.

    Alors qu’ailleurs l’enseignement, c’est-à-dire la transmission de la matière, se poursuit depuis le début ou presque de la pandémie, au Québec, c’est le maintien des apprentissages qui a été privilégié : ce qui a été appris doit rester appris. La consigne du ministère de l’Éducation : « pas de nouvelle matière ni d’évaluation ».

    Les trois premières semaines se sont passées sans service, puisqu’il a fallu attendre la semaine avant Pâques pour que le Ministère organise l’envoi de trousses pédagogiques, des appels aux parents et la mise en place d’une plateforme éducative à Télé-Québec. À travers tout ça, de nombreuses écoles ont certes multiplié les initiatives pour garder écoliers et élèves à niveau. Mais dans l’ensemble, comparée aux mesures mises en place par la France et l’Ontario, la réponse québécoise obtient la note… « peut faire mieux ».

    => Enseignement vs maintien des apprentissages

    Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et figure respectée du monde de l’éducation, est consterné. « En Ontario, ils maintiennent l’enseignement coûte que coûte. Au Québec, on se borne au maintien des apprentissages ! »

    Si le système public québécois ne s’est pas mis spontanément en mode télé-enseignement, ce n’est pas tant parce qu’il manque d’outils. Toutes les commissions scolaires se sont dotées de plateformes en ligne pour favoriser l’interaction : les enseignants peuvent y afficher des notes, des devoirs et des exercices, ajouter des documents, parler aux parents et aux élèves, et vice-versa. Mais l’utilisation de ces outils est très variable.

    En Ontario, le Ministère a déterminé le temps que les élèves devaient consacrer à l’école : 5 heures par semaine de la maternelle à la 6e année, 10 heures pour les élèves de 7e et de 8e année, et une douzaine d’heures pour les plus vieux (de la 9e à la 12e année).

    Au Québec, le ministre de l’Éducation a choisi une autre approche. « Ce qu’on fait n’est pas de dire combien d’heures les élèves doivent passer en ligne. Ce qu’on dit, c’est que tout le personnel contribue à la trousse pédagogique et à la concertation des équipes-écoles, explique Jean-François Roberge. On s’inspire de ce qui se fait ailleurs et on implante ce qui convient selon nos particularités. Au Québec, notre particularité, qu’on nous envie, c’est qu’on est très forts sur le concept d’équipe-école. C’est là-dessus qu’on s’appuie. »

    En France, la même situation n’a pas produit les mêmes états d’âme. « Le Ministère veut que tous les enfants soient scolarisés, donc on travaille tous les jours et on surveille les élèves », raconte Anne Dupont, enseignante en classe d’accueil (une classe d’intégration pour les élèves non francophones de 12 à 16 ans) au collège Henri Sellier, à Suresnes, en banlieue ouest de Paris. Forcée de recourir au système D (pour débrouillardise), elle a découvert que la plateforme Web du ministère de l’Éducation nationale offrait un espace collaboratif pour les enseignants et les élèves. Mais elle doit tout de même composer avec des élèves qui ne savent même pas envoyer un courriel : ils lui font parvenir leurs travaux par photos ! « Je crains effectivement de laisser derrière les plus vulnérables, affirme-t-elle, mais c’est aux profs de trouver le moyen de faire. »

    Le ministre de l’Éducation espère que la crise aura permis d’effectuer en quelques mois ce qui aurait mis des années à s’accomplir. « Ça nous fait faire un certain rattrapage par rapport à d’autres systèmes. Je ne dis pas que l’enseignement à distance va remplacer l’enseignement traditionnel, mais ce sera une corde supplémentaire à notre arc. Ça va nous avoir fait faire une poussée de croissance, comme bien de nos élèves vivent à l’adolescence. »

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