ARNO*

Geek dilettante habitant une belle et grande propriété sur la Côte d’améthyste

  • Il y a vraiment deux choses principales que je n’ai cessé d’entendre, depuis le déconfinement, ressassées sur le ton de l’évidence :

    – « on ne peut pas reconfiner, on ne pourra pas se le permettre » ;

    – « les Gilets jaunes, s’ils recommencent à nous empêcher de travailler, ça va être la guerre ».

    L’impossibilité de reconfiner, c’est très curieux, c’est une sorte d’incantation, mais qui ne dit jamais ce qu’on pourrait faire au lieu de reconfiner. Rapidement, ce qui transparaît, c’est que si la situation dégénère, alors il faudra laisser crever les vieux pour sauver l’économie. C’est assez sidérant, mais c’est vraiment un discours omniprésent, qui semble ne pas avoir besoin d’argumentation : juste être répété comme une évidence. Et c’est vraiment devenu un mantra omniprésent.

    Le second point, que j’ai commencé à entendre avec les manifs antiracistes au début de l’été, ça aussi c’est devenu une sorte d’évidence, omniprésente, sur le thème « on ne peut plus se permettre ces conneries ». Pas d’argumentation, juste : non, on ne peut pas. Certes c’est le vieux mantra anti-manifs, « ah là là ils nous font chier avec leurs manifs », mais après avoir été un truc un peu honteux en dehors des milieux de droite, ça s’est banalisé avec le déconfinement. Et à mon avis, au passage ça s’est radicalisé (on ne va pas discuter la légitimité des revendications, la situation des gens, la réponse policière, l’absence de prise en politique, etc. : juste non, c’est plus possible).

    Les interdictions systématiques des manifestations Gilets jaunes, ici à Montpellier, maintenant ça passe crème. L’alibi « troubles à l’ordre public » sert de justification officielle, mais tout le monde comprend bien qu’en fait : on ne peut plus supporter que le centre-ville soit empêché de faire du commerce le samedi après-midi. Avant le confinement, ces interdictions en mode cétautomatique, ça n’aurait pas été possible. Maintenant ça ne suscite rigoureusement aucun commentaire.

    • Et donc, ces titres poétiques :

      – Darmanin annonce l’arrivée de nouvelles grenades pour le retour des Gilets jaunes
      https://www.lci.fr/police/darmanin-annonce-l-arrivee-de-nouvelles-grenades-pour-le-retour-des-gilets-jaune

      – Les forces de l’ordre utiliseront une nouvelle grenade de désencerclement "moins dangereuse" dans les manifestations, annonce Gérald Darmanin
      A la veille de la rentrée des "gilets jaunes" samedi, le ministre de l’Intérieur a annoncé l’utilisation d’une nouvelle grenade de désencerclement.
      https://www.francetvinfo.fr/politique/gerald-darmanin/les-forces-de-l-ordre-utiliseront-une-nouvelle-grenade-de-desencercleme

      Ces titres sont certainement des tournures malheureuses (« utiliseront » au lieu de « seront équipées de »), mais alors, ne pas se rendre compte qu’on est en train d’écrire qu’on sait, à l’avance, que des grenades seront utilisées demain, au motif qu’il y a une manif de Gilets jaunes, c’est un état d’esprit…

      En tout cas, clairement, l’association d’idée automatique « retour des Gilets jaunes = grenades de désencerclement », mise en avant hier par Darmanin, qui transparaît dans tous les titres du jour, on est bien dans cette banalisation du discours « notre économie ne peut plus se permettre ces manifestations ».

    • Sauf qu’il y a toutes les chances qu’on reconfine, au moins partiellement, et, ça, tout le monde le sait aussi. Mais on botte en touche systématiquement, parce que c’est pas prévu dans le calendrier et que, dans ce cas, il faudrait continuer balancer du fric à fonds perdus juste devant le fetiche du 3% à Bruxelles, et ça ferait vraiment tâche. Alors, on continue à rouler des mécaniques alors que les options tendent vers le nul.
      Quant aux gilets jaunes (si GJ il y a), il suffira d’une interdiction ad hoc des réunions de plus de 3 personnes dans l’espace public.

    • Dans certains milieux que je lis, les morts du coro, ce sont les faibles, les qui devaient mourir de toute façon, qui avaient une faiblesse. Et c’est tout. Si tu meurs, c’est la faute à ta faiblesse.

      Et laisser les choses empirer concernant l’épidémie, c’est fermer les alternatives au moment du choix de se faire vacciner, ou pas. On ne veut pas fermer les bars et restaurants, et on laisse donc le virus circuler sciemment, mais si t’es détecté avec le coro, on te tabasse si tu ne restes pas enfermé chez toi. On te tabassera ou te destituera de tes droits si tu refuses de te laisser vacciner. Toujours cette façon martiale de gouverner. Pas de prévention, pas d’explication, juste de l’ordre, de l’ordre, de l’ordre, de la police et du tabassage.

      Je tiens à préciser que je ne suis pas contre la vaccination par principe. Mais la direction que l’on prend, à savoir devoir se faire vacciner en urgence avec le premier vaccin venu alors qu’on pourrait faire autrement (la preuve par les pays asiatiques), c’est au-delà de la légèreté, quand on prétend gouverner.

    • Et encore, on n’a pas encore de reconfinement, on n’a vraiment pas grand chose de contraignant à subir, et on est loin du pic de la seconde vague. Et on a déjà, depuis le premier confinement, une banalisation des discours droitiers (que les vieux se sacrifient, qu’on interdise les manifs…).

      Si (ou plutôt : quand) on a de nouveaux confinements, si les hôpitaux repassent en crise totale, si on se prend des mesures contraignantes, je suis certain qu’on en sera à une banalisation de discours beaucoup beaucoup plus violents.

      D’autant que la mise en accusation des comportements individuels qui vont nous conduire à cette situation est déjà totalement intégrée.