• Réfugiés : les Balkans jouent les « #chiens_de-garde » de l’UE

    La #Serbie a commencé durant l’été à construire une barrière de barbelés sur sa frontière avec la #Macédoine_du_Nord. Officiellement pour empêcher la propagation de la Covid-19... #Jasmin_Rexhepi, qui préside l’ONG Legis, dénonce la dérive sécuritaire des autocrates balkaniques. Entretien.

    D. Kožul (D.K.) : Que pensez-vous des raisons qui ont poussé la Serbie à construire une barrière à sa frontière avec la Macédoine du Nord ? Officiellement, il s’agit de lutter contre la propagation de l’épidémie de coronavirus. Or, on sait que le nombre de malades est minime chez les réfugiés...

    Jasmin Rexhepi (J.R.) : C’est une mauvaise excuse trouvée par un communicant. On construit des barbelés aux frontières des pays des Balkans depuis 2015. Ils sont posés par des gouvernements ultra-conservateurs, pour des raisons populistes. Les réfugiés ne sont pas une réelle menace sécuritaire pour nos pays en transition, ils ne sont pas plus porteurs du virus que ne le sont nos citoyens, et les barbelés n’ont jamais été efficaces contre les migrations.

    “Faute de pouvoir améliorer la vie de leurs citoyens, les populistes conservateurs se réfugient dans une prétendue défense de la nation contre des ennemis imaginaires.”

    D.K. : Peut-on parler d’une « orbanisation » des pays des Balkans occidentaux ? Quelle est la position à ce sujet des autorités de Macédoine du Nord ?

    J.R. : Tous les pays des Balkans aimeraient rejoindre l’Union européenne (UE), cela ne les empêche pas d’élever des barbelés sur leurs frontières mutuelles, ce qui est contraire aux principes européens de solidarité et d’unité. Quand les dirigeants populistes conservateurs ne peuvent offrir de progrès et d’avancées à leurs citoyens, ils se réfugient dans une prétendue défense de l’État, de la nation et de la religion contre des ennemis imaginaires. Dans le cas présent, ce sont les réfugiés, les basanés et les musulmans qui sont visés, mais il y a eu d’autres boucs émissaires par le passé.

    La Hongrie a ouvert la danse, mais elle n’est pas la seule, il y a eu aussi l’Autriche, la Bulgarie et la Macédoine du Nord en 2016, quand Gruevski était au pouvoir, et maintenant, malheureusement, c’est au tour de la Serbie. La xénophobie des dirigeants de ces États se voit clairement dans leurs discours. La barrière en question n’inquiète toutefois pas outre mesure les dirigeants macédoniens, car ils savent que rien de tout cela n’empêche réellement les migrations, et que ce ne sont pas des barbelés qui vont maintenir les réfugiés de notre côté de la frontière. Surtout pas maintenant qu’ils ont été habitués aux déportations de masse.

    D.K. : Certains disent que cette barrière pourrait couvrir la totalité de la frontière serbo-macédonienne, soit presque 150 km. Cela peut-il freiner les migrations ?

    J.R. : Tout d’abord, il est physiquement impossible d’installer une telle barrière dans les montagnes. À quoi bon couper tant d’arbres, détruire la nature ? Cette barrière ne s’étendra que dans les plaines, comme dans beaucoup d’autres pays. Là où, de toute façon, il n’y a déjà pas grand monde qui passe. La majorité des voies migratoires empruntent des routes de montagnes, qu’il est physiquement difficile de contrôler. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de migrants entrent en Macédoine du Nord, parce qu’ils peuvent passer par les montagnes. Quant aux autres, ils coupent tout simplement les barbelés.

    “Ceinte de barbelés, l’Europe du XXIe siècle mène une politique hypocrite.”

    D.K. : Les pays des Balkans acceptent-ils de jouer le rôle de chien de garde de l’UE ? Il n’y a aucun pourtant aucune demande officielle de Bruxelles pour la construction de barrières physiques...

    J.R. : L’UE n’a jamais demandé officiellement la construction de barbelés. Ce sont certains de ses États membres ayant pris la responsabilité de « défendre » l’Europe qui ont imposé cette pratique, et offert des barbelés aux pays d’Europe du Sud-Est. C’est ainsi que la route des Balkans a été bloquée en mars 2016, sur la décision de l’Autriche, parce que l’Allemagne commençait soi-disant à refouler les réfugiés, et pas du fait d’une décision officielle des institutions européennes. De même, l’accord entre l’UE et la Turquie, survenu à la même période, a d’abord été signé par un pays de l’UE, qui a ensuite convaincu les autres de faire de même. Ceci étant, les barbelés facilitent le travail des patrouilles de Frontex, l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen. La position de l’UE n’est donc pas unifiée, d’où l’impression que cette Europe du XXIe siècle, ceinte de barbelés, mène une politique hypocrite et refuse d’assumer ses responsabilités.

    https://www.courrierdesbalkans.fr/refugies-balkans-chiens-de-garde-UE
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    sur le mur entre Serbie et Macédoine :
    https://seenthis.net/messages/872957