• Marie Peltier quitte Twitter (pas la peine de mettre le lien, ça va fermer)

    Bonjour. J’avais laissé ce compte ouvert parce qu’une procédure en justice est en cours, pour pouvoir remettre la main sur certaines choses facilement. Mais cela n’est désormais plus nécessaire. Je vais donc le désactiver demain. L’occasion de faire un retour sur ce choix. /1

    J’ai déserté Twitter il y a plus de 3 mois. Je me suis imposé de ne plus consulter ce réseau. Les seules infos qui me sont parvenues sont celles que telle ou telle personne m’ont transmises. L’occasion de dire que je ne suis PAS demandeuse qu’on me transmette quoi que ce soit./2

    Je ne suis pas demandeuse car j’ai quitté cette boucle infernale de l’actu en continu. Je prends le temps de la réflexion de fond pour continuer à proposer une parole d’analyse. Je prends aussi le temps judiciaire pour me défendre vis-à-vis de ce que j’ai subi ici. /3

    Je voulais revenir sur les raisons de mon départ de ce lieu que j’ai occupé comme un lieu d’interpellation politique mais aussi de partage de mon travail. Un lieu que j’ai d’abord et avant tout utilisé pour informer sur la Syrie et sensibiliser au conflit syrien. Sans regret. /4

    Il serait facile et + confortable à vrai dire de dire « je suis partie à cause des mecs qui me traitaient de sale pute ». Cela rentrerait bien dans la dynamique des nanas qui quittent Twitter à bout, sous le flot d’insultes. J’étais à bout. Mais pas pour cette raison. /5

    Twitter est un lieu où se jouent moult jeux pervers, de pouvoir, d’humiliation et d’invisibilisation. Twitter est un lieu où certain.e.s partagent sans compter leur travail. Et où d’autres y piochent sans compter aussi. C’est le jeu. Sauf quand cela se fait sans respect. /6

    L’affaire de la « ligue du lol » a été utilisée par certains pour présenter cette problématique du shaming comme passée. Alors qu’il est question d’un modèle généralisé sur Twitter : celui des boysclub qui s’entendent parfaitement pour faire comme si ton taf n’existait pas. /7

    Cela a évidemment des répercussions hors Twitter : voir certains journalistes reprendre mot pour mot ce que tu as formulé pendant des années, bien seule, dans ton domaine d’expertise sans même te citer, c’est une manière tjs renouvelée de perpétuer cette mesquinerie assez inouïe/8

    Voir des « experts » que tu ne connais pas faire des comptes trolls pour se foutre de ta gueule et d’autres femmes est une chose. Voir leur bande de potes observer cela et bouffer du pop-corn en est une autre. Les voir faire semblant de ne pas comprendre est insupportable. /9

    C’est un problème politique avant tout mais aussi de santé mentale qui est en train de prendre de l’ampleur : les réseaux sociaux exacerbent les addictions, les jalousies, les frustrations & paranoïas diverses. La « trumpisation » se nourrit de cette débâcle. Débâcle éthique. /10

    L’éthique c’est l’exigence vis-à-vis de ns-mêmes. On ne peut comprendre le marasme politique actuel – et le conspirationnisme mainstream - sans appréhender ce triomphe de la posture : cette manière de jeter continuellement à l’extérieur de soi le mal politique qui ns gangrène/11

    J’ai toujours été très attachée à cette exigence : vis-à-vis de ma propre parole & vis-à-vis de « mon camp ». C’est une position inconfortable mais j’ai l’intime conviction que c’est ce qui fait bouger les lignes. Cet inconfort, je l’ai choisi et l’assume donc pleinement. /12

    Si je fais le choix d’être implacable sur cette dimension éthique de mon travail, je ne peux l’exiger d’autres. Par contre, j’ai aussi le choix de dire que de tels comportements décrits plus hauts sont lamentables. Qu’ils nous abîment et abîment le débat public. /13

    J’ai donc quitté Twitter car je ne voulais plus être abîmée par ces jeux d’entre-soi (machistes, classistes, corporatistes). Ou plutôt parce qu’ils m’ont suffisamment abîmée pour que je me sente aujourd’hui pleinement libre de m’en affranchir. Prenez soin de vous. /14