• Faut-il en finir avec la #civilisation ?
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    Quant à moi, si je consacre en effet de nombreuses pages aux errances dualistes et néo-coloniales qu’a pu connaître la défense de la nature sauvage au cours de son histoire et qu’il ne s’agit pas d’occulter, je souligne qu’il serait tout aussi simpliste d’en faire un concept intrinsèquement dualiste ou raciste, interprétation qui témoigne d’après moi d’une méconnaissance profonde des écrits des pionniers de la #pensée #écologiste nord-américaine. Car dans leur immense majorité, les défenseurs historiques du #sauvage se sont précisément singularisés par des positions intellectuelles critiques à l’égard du dualisme, et se sont au contraire efforcés de réaffirmer le lien #biologique et ontologique unissant l’être humain aux communautés naturelles. #Thoreau soutenait dès la première moitié du 19e siècle que les animaux sauvages constituaient eux aussi des « civilisations », et John Muir, qui proclamait « qu’aller en montagne, c’est rentrer chez soi », n’hésitait pas à dire que « non seulement les mammifères supérieurs, mais aussi les insectes, les reptiles et les plantes formaient différents types de ‘peuples’ », qu’ils étaient « doués de sensations que notre aveuglément et notre sentiment de supériorité ne nous permettent pas de percevoir ». Thoreau fut d’ailleurs l’un des premiers lecteurs de #Darwin et il avait parfaitement conscience que la révolution scientifique impulsée par le darwinisme allait avoir d’immenses conséquences sur notre conception de la place des humains dans la nature, et Muir, même s’il n’embrassa pas une carrière de scientifique, était un naturaliste de terrain d’exception. Bien avant qu’Aldo Leopold ne formule sa célèbre éthique de la Terre d’inspiration darwinienne dans les années 1940, les grandes figures du #mouvement_écologiste naissant étaient mues par la conviction profondément anti-dualiste que « l’homme est un me
    mbre parmi d’autres de la communauté biotique » et le « compagnon voyageur des autres espèces dans l’Odyssée de l’#évolution ».

    [...]

    Enfin, l’on ne doit pas perdre de vue que le léninisme, tout comme le trotskysme après lui, est profondément ancré dans un imaginaire productiviste et industrialiste que l’on retrouve d’ailleurs, sous une forme renouvelée, dans les écrits de Malm. La critique de l’historien suédois porte en effet essentiellement sur le « capital fossile », qu’il assimile à un « parasite », et l’on a parfois l’impression en le lisant qu’il suffirait de se débarrasser des infrastructures parasitiques de ce capital et de les remplacer par des infrastructures énergétiques « renouvelables », qu’elles soient solaires ou éoliennes, pour que la situation écologique s’arrange, alors même que l’on sait aujourd’hui qu’à consommation égale, les énergies dites renouvelables auraient elles aussi un impact social et écologique dévastateur (extraction minière, artificialisation et pollution des terres, destruction accrue de la biodiversité, etc.). Bref, en bon léniniste, Malm défend finalement un « alter-industrialisme »...