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Fil d’actualités Covid19-Migration-santé (veronique.petit@ird.fr) relié à CEPED-MIGRINTER-IC MIGRATIONS.

  • « Ceux qui ne l’ont pas vécu ne peuvent pas comprendre » : en quarantaine à l’hôtel, des voyageurs racontent un moment « hors du temps »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/21/ceux-qui-ne-l-ont-pas-vecu-ne-peuvent-pas-comprendre-en-quarantaine-a-l-hote

    Cocotiers, ciel bleu, chant des tourterelles… En septembre, Béatrice et Vincent ont vécu à quelques mètres de la mer, à l’île Maurice. « Sauf qu’un grand mur de pierre infranchissable cachait le paysage », précise Béatrice. Le couple de trentenaires a vécu deux semaines enfermé dans une chambre d’hôtel avec leur fille de 2 ans, un sort commun à de nombreux voyageurs depuis le début de la pandémie de Covid-19.Depuis bientôt un an, plusieurs pays ont imposé une quarantaine de quatorze jours à l’hôtel pour toutes les personnes arrivant de l’étranger. Le Royaume-Uni a inauguré, lundi 15 février, des mesures similaires pour celles en provenance de pays classés à risque. A partir du 22 février, les voyageurs atterrissant au Canada devront, eux, s’isoler trois jours à l’hôtel.
    L’hôtel Sofitel de l’aéroport de Heathrow, dans l’ouest de Londres, le 14 février.
    Que se passe-il dans le huis clos de ces chambres transformées en salles d’attente ? En réponse à un appel à témoignages, les internautes ont raconté au Monde un moment « hors du temps ». Tous préviennent : « Si vous pouvez éviter une quarantaine à l’hôtel, faites-le. » Le prix d’un tel séjour allant de 1 500 à 2 500 euros par personne, les témoignages évoquent majoritairement des impératifs personnels ou professionnels.
    Confiné seul dans son logement de 15 m2 à Toulouse, Tom, étudiant franco-australien de 21 ans, voulait rejoindre sa famille à Sydney en avril. Après un été passé auprès de son père malade, Delphine rentrait chez elle à Singapour, fin août. Au même moment, Anne-Hélène, nommée professeure de philosophie au lycée français de Bangkok, s’installait en Thaïlande. Repoussant depuis de longs mois leur déménagement à l’île Maurice, Béatrice et Vincent, eux, ont pris en septembre le dernier vol de rapatriement, qui était assorti d’une quarantaine financée par l’Etat.
    A peine le pied posé sur le sol de leur pays d’accueil, tous se souviennent avoir été pris pour des « parias ». « On avait l’impression d’être des virus ambulants », raconte Béatrice, accueillie à l’aéroport par des personnels en tenue de protection intégrale, avant d’être conduite en car à l’hôtel.
    Un voyageur assis à une fenêtre de l’hôtel Radisson Blu, à l’aéroport de Heathrow, dans l’ouest de Londres, le 17 février.Si les règles de la quarantaine varient selon les pays, elles partagent la même rudesse. En Australie, Tom n’a jamais pu ouvrir sa fenêtre pour respirer l’air extérieur pendant ses quatorze jours d’isolement.
    Pour vivre au mieux cette privation de liberté, Delphine s’est longuement
    Débute ensuite « le temps subi ». « Celui des rendez-vous imposés qui rythment la journée », raconte Delphine. « On se sent un peu comme dans un zoo : des animaux qui attendent les heures de repas », décrit Béatrice. A l’île Maurice comme ailleurs, les pensionnaires ont interdiction de croiser les personnes en combinaison servant la nourriture. Même s’ils séjournent dans des hôtels multi-étoilés, tous décrivent des menus rudimentaires, similaires aux plateaux-repas industriels servis dans les avions. « Du riz, du riz et encore du riz », du petit déjeuner au dîner pour Delphine, à Singapour. (...)Tous évoquent l’importance des « petits plaisirs » : musique, sport, bains, films… « Hormis le jour et la nuit, il n’y a pas grand-chose qui vous raccroche au réel, donc il faut se recréer un monde agréable », abonde Anne-Hélène,Les séances de peinture, de dessin, de danse organisées pour occuper leur fille ont aidé Béatrice et Vincent à tenir. Pour d’autres, le travail a été salvateur. Anne-Hélène a préparé sa rentrée. Tom, étudiant en ingénierie aéronautique, suivait ses cours à distance avec la France, de 18 heures à 3 heures, en raison du décalage horaire. L’étudiant, habitué aux petits espaces, reconnaît avoir vécu « comme des vacances » ce séjour dans une suite immense du Sofitel de Sydney, avec baignoire, lit « king size » et un salon séparé. (...) Beaucoup décrivent ce que Delphine appelle le « blues du 6e jour ». « Quand vous n’êtes pas tout à fait à la fin de la première semaine, le temps qu’il reste semble long », rapporte-t-elle. Le lendemain, en guise d’encouragement, tous les résidents de son hôtel singapourien ont reçu un gâteau pour les féliciter du chemin parcouru. « Singapour a un côté militaire et infantilisant », souligne la magistrate, qui est finalement « rentrée dans le jeu ». « C’est stupide, mais j’étais fière de recevoir ce gâteau, je l’ai pris en photo pour l’envoyer à mes amis », poursuit-elle.

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