• « La pandémie a montré que toutes les vies n’ont pas la même valeur  » | CNRS Le journal
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    Quelle leçon le sociologue que vous êtes tire-t-il de cette crise ?
    D. F. La crise sanitaire a permis de montrer de manière presque expérimentale cette simple vérité : toutes les vies n’ont pas la même valeur. C’est bien sûr vrai d’un pays à un autre, et ces inégalités sont plus grandes aux États-Unis qu’en France, mais aussi à l’intérieur d’un pays, où des hiérarchies s’établissent entre différentes catégories sociales, puisqu’on semble moins accorder de prix aux vies des étrangers dont la seule infraction est d’être en situation irrégulière qu’à celles des prisonniers auxquels on reproche des délits et des crimes. On le voit, cette réalité empirique contredit le principe affirmé haut et fort de la vie comme bien suprême, et par conséquent théoriquement de même valeur, quelle que soit la condition.

    Pourriez-vous citer un cas d’inégalité de vies révélé en France par la crise au Covid-19 ?
    D. F. L’Agence régionale de la santé et l’Observatoire régional de la santé d’Île-de-France ont alerté les autorités sur les données du département de la Seine-Saint-Denis. Les statistiques montraient que la population y était plus touchée par la maladie et le taux de mortalité plus élevé que sur le reste du territoire. Certaines raisons sont connues : des logements surpeuplés et des habitants exerçant des métiers considérés comme indispensables, souvent précaires, peu considérés, qui les exposaient au virus sur leur lieu de travail et lors de leur transport, à une époque où les masques n’étaient pas disponibles : caissières, éboueurs, facteurs, femmes de ménage, surveillants de prison. D’autres raisons doivent encore être analysées, comme l’accès aux soins et aux services d’urgence dans ces zones.

    • D’autres raisons doivent encore être analysées, comme l’accès aux soins et aux services d’urgence dans ces zones.

      Et donc en temps de pandémie, un gamin apprenti de 18 ans dans un garage qui se tranche le doigt en réparant la lame d’une tondeuse est recousu direct alors qu’il a une fracture de l’os et les chairs déchiquetées, et quand il va aux urgences une semaine après en disant qu’il a mal jusqu’à l’épaule et que sa main est bleue, il se fait jeter. A force, il finit par trouver un chirurgien horrifié de voir qu’on ait pu le maltraiter ainsi.
      Ah merde, j’ai oublié de te dire que sa peau est noire et un détail sur son courage : qu’il a traversé la méditerranée sur un radeau.

      Va falloir vite analyser les raisons, parce que si cela confirme ce que je suppute, j’ai vraiment honte de ce pays.

    • Cette politique peut être comparée à celle conduite aux États-Unis, où la population carcérale est trente fois plus importante et où la plupart des gouverneurs ont refusé de libérer des prisonniers, même à un âge avancé ou avec des pathologies graves, par peur des réactions de leur électorat. Résultat : alors qu’on a compté plus de 500 décès dus au Covid-19 dans les prisons états-uniennes, on n’a eu qu’un seul décès à déplorer dans les établissements pénitentiaires français.

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