• Evacuation de migrants à Saint-Denis et Paris : plainte contre trois préfets pour « complicité de violences volontaires » - Le Parisien
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    « Vous, les préfets, n’oubliez pas que les lois existent pour tout le monde. Et que pour vos agissements, pour ces violences policières subies par les exilés et les citoyens, nous continuerons à lancer ces actions juridiques contre un Etat totalement en infraction… »

    Ce vendredi matin, Yann Manzi, le directeur d’Utopia 56, a annoncé avoir déposé plainte, avec son association ainsi que 35 autres plaignants, contre Didier Lallement, le préfet de police de Paris, Georges-François Leclerc, le préfet de la Seine-Saint-Denis et Marc Guillaume, le préfet d’Île-de-France. Une décision à laquelle les trois intéressés n’ont pas réagi.

    Cette procédure fait suite aux évacuations ordonnées par l’Etat les 17 et 23 novembre 2020, d’abord à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) puis place de la République à Paris.

    Les plaignants accusent les trois hauts fonctionnaires de « complicité de violences volontaires », notamment concernant la destruction, la dégradation et la détérioration des tentes et affaires appartenant aux migrants lors des évacuations. La plainte a aussi été déposée contre X pour « vol en bande organisée, violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique et destruction, dégradation et détérioration d’un bien appartenant à autrui ».

    « On s’est demandé quelle serait la meilleure qualification juridique pour décrire la manière dont le préfet de police, notamment, a organisé des mises à l’abri qui, en réalité, n’en étaient pas, explique l’avocat Raphaël Kempf. Et nous avons constaté qu’il y avait une organisation matérielle qui avait pour but de se saisir des biens des personnes exilées, notamment des tentes, qui sont leur propriété. Le préfet de police a notamment demandé la présence d’un camion, vide, pour les ramasser. »

    Parmi les plaignants, certains migrants ont témoigné en expliquant avoir été empêchés de récupérer ce qui représentait leur seul moyen de dormir à l’abri. « Ce que nous voyons à travers les déclarations de Didier Lallement, c’est sa volonté d’éviter que ces camps ne se reconstituent à l’avenir, poursuit l’avocat. Que les personnes soient privées de leurs possibilités matérielles de dormir à nouveau sous des tentes, c’est ce qu’on appelle un vol. »

    Sa collègue Noémie Saidi Cottier, de l’Alliance des avocats pour les Droits de l’Homme, a également mis l’accent sur les « violences volontaires » à l’encontre des personnes présentes ces jours-là, aussi bien les exilés et les associatifs que « les élus, les journalistes, les avocats… » Elle a insisté sur la « vulnérabilité » des personnes évacuées, qui « viennent de pays en guerre et, pour beaucoup, n’avaient jamais connu de telles violences dans leur propre pays. »
    « J’ai pris conscience que mon engagement citoyen me mettait en danger »

    Des élus de Paris, comme Léa Vaza (EELV) ou Danielle Simonnet (LFI), se sont associés à la plainte, mais aussi des citoyens bénévoles à l’image de Nawal Karroum, du collectif Solidarité migrants Wilson. « Les faits ont été pour moi extrêmement choquants », explique celle qui dit avoir été, porte de Paris, « victime de tirs de gaz lacrymogènes », décrivant une véritable « chasse à l’homme » menée par les forces de l’ordre.

    Place de la République, elle dit aussi avoir été « projetée au sol, étranglée » par un policier qui l’a tirée par son écharpe. « J’ai pris conscience que mon engagement citoyen me mettait en danger, poursuit-elle. Non pas car le travail est en lui-même dangereux, ni parce que les personnes auxquelles nous portons assistance sont dangereuses. Mais parce qu’on est victimes de répressions de la part des services de sécurité de la municipalité, de la police nationale, qui mettent la pression sur les associatifs afin de continuer à invisibiliser ces personnes exilées. Alors que l’on remédie à un manquement des pouvoirs publics. »

    Le 23 novembre, les violences constatées en marge de l’évacuation de la place de la République avaient suscité une vague d’indignation jusqu’au sein du gouvernement. Le soir même, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait évoqué des « images choquantes » et demandé un « rapport circonstancié » au préfet de police. L’IGPN, la « police des polices », avait ouvert une enquête sur ces faits de violence, de même que le parquet de Paris.