• Vers la fin du Capitalocène ?
    https://laviedesidees.fr/Le-pillage-de-la-nature.html

    À propos de : Jason W. Moore, Le #capitalisme dans la toile de la vie. Écologie et accumulation du capital, L’Asymétrie. L’appropriation, l’exploitation et l’asservissement de la #nature, selon un courant qui entend renouveler le #marxisme à la lumière de l’écologie, mènent le capitalisme à ses limites structurelles. Mais cette #crise enveloppe-t-elle les conditions de son dépassement ?

    #Économie #environnement #écologie #exploitation
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    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20210623_moore.pdf

    • Moore s’y propose de « porter les perspectives essentielles du marxisme et de l’historiographie environnementale vers une nouvelle synthèse » (p. 29). Il s’agit pour lui de transformer le marxisme de l’intérieur à partir d’une nouvelle ontologie qui donne toute sa place à la nature dans l’histoire des sociétés humaines. Son ambition est de comprendre le rôle constitutif du pillage de la nature dans le développement du capitalisme et dans la mise au jour de ses limites structurelles.

      Par-delà le dualisme Nature/Société

      Le point de départ du Capitalisme dans la toile de la vie est de prendre acte des insuffisances de la pensée contemporaine pour penser le lien entre le capitalisme et la crise écologique. Selon Jason W. Moore, mêmes les auteurs marxistes qui ont tenté de prendre en compte la question écologique ne sont pas parvenus à dépasser le dualisme traditionnel de la Nature et de la Société, lequel empêche toute réflexion véritable sur l’intrication du monde social et du monde naturel que la situation présente nous oblige à affronter. Moore nomme « dualisme cartésien » (p. 39) cette dissociation ontologique entre la Nature d’un côté et la Société de l’autre, qui ne parvient à penser au mieux que des interactions entre deux substances distinctes. J. W. Moore estime que la crise écologique contemporaine prouve l’unité de l’histoire sociale et de l’histoire de la nature, et impose par conséquent de se défaire de toute conceptualité qui fait de la nature un objet séparé et distinct sur lequel on agit.

      Le concept d’oikeios est au centre de cette ontologie renouvelée. Il renvoie au caractère essentiellement relationnel des sociétés humaines, qui n’ont pas d’existence indépendamment de leur « unité dialectique » (p. 19) avec la nature. Le concepts d’oikeios pose « l’unité des humains avec le reste de la nature » (p. 30) et interdit pour cette raison les thèses qui font de la nature un élément extérieur et anhistorique par rapport à l’histoire humaine. Les sociétés sont alors comprises comme « des configurations spécifiques de l’humanité-dans-la-nature » (p. 19) et l’enjeu du livre de Moore est de saisir la spécificité du capitalisme parmi ces configurations. Cela permet notamment de comprendre la « double intériorité » (p. 32) du capitalisme et de la nature : le fait que le capitalisme ne fonctionne qu’en s’appropriant et en intégrant la nature, et le fait aussi que la nature ne cesse d’intérioriser les effets du capitalisme. Cette perspective est précisément celle de la « toile de la vie », qui donne son titre à l’ouvrage et qui indique le dépassement du dualisme substantialiste au profit de configurations « socio-écologiques » qui varient selon les époques et les contextes.

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      Pour bien saisir la thèse de Moore, il convient de comprendre qu’il étend ici à la nature dans son intégralité les analyses du travail domestique et du travail reproductif des « chercheuses féministes » (p. 320). De même que les féministes ont montré que le capitalisme reposait sur le travail gratuit des femmes au foyer, qui reproduisent gratuitement la force de travail au quotidien et d’un point de vue générationnel, de même Le capitalisme dans la toile de la vie souhaite mettre en évidence le fait que l’accumulation de la valeur dans les sociétés capitalistes n’est possible que grâce à l’appropriation quasi gratuite de la nature bon marché.

      #Jason_W._Moore #capitalocène #mise_au_travail #nature