marielle

« vivere vuol dire essere partigiani » Antonio Gramsci

  • Le Covid et « la grande démission »
    https://lundi.am/Le-Covid-et-la-grande-demission

    Depuis quelques mois, un étonnant phénomène social accompagne l’épidémie de Covid 19 aux États-Unis. Des centaines de milliers de salariés quittent leurs emplois, le chiffre dépassait, en avril 2021, les quatre millions et continue depuis d’augmenter à un rythme soutenu. On appelle désormais le phénomène : « La grande démission ». Au pays de la « libre entreprise » et de la « main invisible », les motivations ne sont pas faciles à cerner et son ampleur questionne. Charles Reeve essaye de creuser ici ce que peut signifier cette vague de démissions. Son introduction est suivie de la traduction d’un entretien réalisé par le site américain Hard Crackers avec une psychothérapeute ayant démissionné cet été. ...

    ... Dans l’ère du capitalisme globalisé, il faut une sacrée dose d’aliénation, de déni du réel, pour continuer à accepter la vie telle qu’elle nous est proposée, avec une confiance aveugle dans une « science » qui la justifie. Les valeurs de « progrès », « croissance », « avenir », sont réduites à leur mesure quantitative, monétaire et apparaissent désormais à la source du désastre planétaire qu’on appelle aujourd’hui, sur un ton poétique journalistique, « la crise du vivant ».

    L’éditorial du « journal de tous les pouvoirs » s’interrogeait récemment, non sans inquiétude, sur la situation : « Un ressort s’est cassé, jusqu’à quel point ? » [Le Monde, 26 août 2021]. Pour une fois, la bonne question est à la bonne place, au bon moment.

    Qu’à cela ne tienne, la voix responsable s’empresse d’y apporter une réponse rassurante, confortable. Tout ne serait qu’une question « de métiers et travaux mal payés, peu considérés, n’offrant que de médiocres perspectives d’évolution » [Ibid]. Réglable donc, mieux, réparable. Ou le principe inoxydable de la réforme. Le même journal n’hésitant pas, en parlant de la catastrophe écologique en cours, à donner un nouveau contenu à la notion de « réforme réellement possible » : « Limiter le désastre » [Le Monde, 2 septembre 2021]. Les penseurs du côté du manche mettent la barre toujours plus bas. Dans la foulée, les prêtres de cette religion vaudou qu’on appelle « l’économie », perplexes devant le mystère d’un chômage qui baisse alors que les chômeurs disparaissent et que les capitalistes peinent à trouver des bras et cerveaux à exploiter, découvrent que l’explication peut se trouver justement dans « la grande démission ». Phénomène qui risque de modifier le rapport de force entre le capital et le travail.

    A court d’imagination, les spécialistes sortent leur incantation de « la formation » des travailleurs. Mais la question « jusqu’à quel point ? » continue à hanter les esprits. A juste titre. Serions-nous parvenus au point où « mieux se former », « mieux être payé », ne suffirait plus pour accepter de continuer comme des zombies ? Tout cela pour revenir à la « normalité radieuse » qui n’est autre que celle de la catastrophe permanente. Ou serions-nous devant un choix radicalement différent, celui qui inquiète les prêtres vaudou en question, celui de revendiquer la dignité, la réappropriation de nos vies, le sens de l’humain ? En somme, « la grande démission » serait-elle un timide mais visible signe de l’effondrement de la croyance dans le système capitaliste chez de larges secteurs des travailleurs ? Un point tournant, tout au-moins un premier signal d’une casse irréparable du ressort, l’expression du désir, non pas de changer de vie mais de changer la vie ? Comme on le clamait hier – c’était en Mai 68 : « Quand c’est insupportable, on ne supporte plus ! » Et alors, hier comme demain, l’inattendu devient possible.