Sombre

The point, as Marx saw it, is that dreams never come true. (Hannah Arendt)

  • L’entrepreneur grotesque | PrototypeKblog
    https://prototypekblog.wordpress.com/2021/06/30/lentrepreneur-grotesque

    À la fin des années 1990s, le baron Ernest-Antoine Seillière de Laborde, et son bras droit Denis Kessler décident de transformer le vieux CNPF (« Conseil National du Patronat Français ») en un MEDEF tout neuf, tout beau et tout moderne. Le sigle veut encore dire « Mouvement des Entreprises De France ». Mais le ton et les mots du discours fondateur, le 27 octobre 1998, sont clairs :

    Nous voici rassemblés, nous les entrepreneurs de France, venus de toutes les régions, représentant tous les métiers et toutes les tailles d’entreprises. (…) Nous sommes un million quatre cent mille hommes et femmes qui nous sommes mis à risques pour créer, maintenir, développer une entreprise, afin de produire avec les 14 millions de salariés avec lesquels nous travaillons, les biens et les services qui constituent la richesse nationale.

    Combien de fois, dans ces années, le baron Seillière, l’héritier de la dynastie Wendel, l’héritier d’une des plus emblématiques dynasties capitalistes d’Europe occidentale (pour les coulisses, voir « Les Grandes Familles » de Maurice Druon, brillamment adapté au cinéma avec Jean Gabin et à la télévision avec Michel Piccoli, édifiant), combien de fois cet hyper-héritier a-t-il commencé une phrase en disant, sans rire, sans rougir : « Nous les entrepreneurs » ?

    Le personnage de Seillière était grotesque et prêtait à sourire, mais le mouvement était réel. Les gens qui animaient ce mouvement étaient sérieux et décidés. Ils croyaient en leur idéologie. Ils venaient de loin. Ils sont allés loin. Ils ont massacré ce monde. Ils n’ont pas été assez pris au sérieux.