• Juvénal SATIRE 15
    http://ugo.bratelli.free.fr/Juvenal/Sat15.htm

    Deux peuples voisins, celui d’Ombos et celui de Tentyra, entretiennent l’un contre l’autre une vieille hostilité, une haine immortelle ; c’est comme une incurable blessure qui les brûle. Cette grande fureur a pour cause l’opposition des dieux, chacun des deux peuples étant jaloux des siens et exécrant ceux de l’adversaire.

    Les habitants de Tentyra célébraient une fête ; les notables et les chefs d’Ombos crurent bon de saisir l’occasion : il fallait troubler un jour de liesse, surprendre l’ennemi dans le plaisir des festins, alors que près des temples et dans les carrefours sont dressés tables et lits, et que les gens passent là jours et nuits, parfois jusqu’à la durée d’une semaine.

    L’Égypte est sauvage ; mais pour la débauche, autant que j’ai pu m’en rendre compte, elle n’a rien à envier à Canope la voluptueuse.

    On pensait battre aisément des gens ivres à qui le vin avait donné langue pâteuse et marche titubante : une flûte nègre les faisait danser, tous respirant les dieux savent quels parfums, avec des couronnes à tous les fronts.

    De l’autre côté, une haine d’hommes à jeun. Les premières injures éclatent entre les têtes échauffées ; c’est le signal du combat et, dans une poussée de mêmes cris, les deux partis s’agrippent ; en fait d’armes, les poings. Bientôt, peu de mâchoires sans blessure, à peine un ou deux nez intacts. Ce n’étaient plus que visages mutilés, faces et joues déchirées, os à nu, mains pleines du sang des yeux.

    Or les barbares s’imaginent jouer, ils croient livrer une bataille d’enfants, puisqu’ils ne marchent pas encore sur des cadavres. A quoi sert de se mettre à plusieurs milliers pour combattre, si tous les combattants restent en vie ?

    Aussi l’acharnement redouble-t-il ; on ramasse des pierres ; on les brandit, on les lance ; voilà les armes de la sédition. Ce ne sont pas des pierres comme on en vit aux mains de Turnus, d’Ajax, ou du fils de Tydée lorsqu’il blessa Enée à la cuisse, mais des pierres comme en peuvent projeter des bras moins vigoureux que les leurs, des bras de notre temps. La race déjà dégénérait à l’époque d’Homère ; la terre d’aujourd’hui nourrit des hommes aussi chétifs que méchants ; qu’un dieu jette sur eux les yeux, il rit de dégoût.

    72-92. Trêve de digression, il faut reprendre notre récit. Un des deux partis, ayant reçu du renfort, ose tirer l’épée et commencer une lutte à coups de flèches. Alors c’est la fuite de l’ennemi et les Ombites se lancent à la poursuite des gens de Tentyra, la ville voisine des palmiers.

    Un fuyard, sous le coup de la terreur, veut précipiter sa course et tombe, il est pris. Alors les Ombites le coupent en multiples morceaux, afin qu’un seul mort suffise à tous ; la foule des vainqueurs le dévorent tout entier, non sans ronger les os, ne prenant même pas la peine de le mettre à la casserole ou de le faire rôtir : allumer du feu aurait pris trop de temps, on se serait impatienté, et l’on fut enchanté de manger le cadavre cru.

    Réjouissons-nous que le feu n’ait pas été profané, ce feu que Prométhée arracha à la voûte supérieure du ciel pour le donner à la terre ; je félicite cet élément, et tu lui rends grâces, j’en suis sûr, Volusius.

    Au reste, celui qui a eu le coeur de mordre une fois dans un cadavre ne trouve plus rien de meilleur que la chair humaine ; il faut bien qu’il en soit ainsi, et ne me demande pas si lors de cette abomination, le premier qui goûta au mort trouva cela bon : car le dernier qui vînt, trouvant tout le corps dévoré, passa ses doigts sur le sol pour avoir un peu de sang à sucer.

    Juvenalian satire
    https://en.wikipedia.org/wiki/Juvenalian_satire#Juvenalian
    https://en.wikipedia.org/wiki/Satires_of_Juvenal

    https://de.wikipedia.org/wiki/Juvenal#Themen_der_Saturae

    Themen der Saturae

    Sat. 1: Juvenals Programm: Entrüstung treibt ihn, die Missstände unter seinen Zeitgenossen beim Namen zu nennen.
    Sat. 2: Beschreibung sexueller Ausschweifungen
    Sat. 3: Beschreibung des sündigen Großstadtlebens
    Sat. 4: Parodie einer Kabinettssitzung unter Domitian (die Komposition dieser Satire ist umstritten; möglicherweise sind hier zwei verschiedene Entwürfe zusammengefügt worden)
    Sat. 5: Kritik am Umgang mit Klienten
    Sat. 6: Kritik an der Ehe und den Frauen (auch hier ist die Textlage unklar, die Komposition scheint ungewöhnlich wirr)
    Sat. 7: Anprangerung der Geringschätzung der Intellektuellen und geistiger Berufe
    Sat. 8 und 9: Beschäftigung mit Geburtsadel und ähnlichen Gebieten; in 9 auch wiederum Beschreibung sexueller Ausschweifungen
    Sat. 10: Eine Kritik an Gebeten und Wünschen, denen verkehrte Urteile über das Wünschenswerte zugrunde liegen; die Satire gipfelt in einem Aufruf zu einem ruhigen und vernunftgemäßen Leben.
    Sat. 11: Kritik an der Völlerei
    Sat. 12: Anprangerung von Erbschleicherei
    Sat. 13: Trostworte an einen Freund zum Thema „Geldverlust“
    Sat. 14: Abhandlung über Kindererziehung und Kritik an Habsucht
    Sat. 15: Beschreibung eines ägyptischen Falles von Kannibalismus
    Sat. 16 (unvollständig): Kritik an Soldatenhochmut gegenüber Zivilisten

    http://ugo.bratelli.free.fr/Juvenal/DetailsJuvenalSatires.htm
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Juv%C3%A9nal

    #antiquité #anthropophagie #Égypte #Rome #satire