martin dufresne

traducteur proféministe et humoriste irrévérent au Québec

  • (Ce texte a été repiqué avec permission de l’auteure du forum britannique de mères Mumsnet et du site Fairplay for Women et traduit par Néli Busch, de la collective TRADFEM.)

    "Dans dix, quinze ans, je vous demanderai de vous souvenir de moi.

    Souvenez-vous de moi lorsque vous aurez votre premier enfant et que l’on vous appellera, tout au long de votre grossesse, une « personne donnant naissance », une « personne enceinte », et que vous vous sentirez déshumanisée et que vous souhaiterez qu’on vous appelle simplement une femme, une mère, parce que c’est ce que vous êtes.

    Mais ils n’en ont pas le droit, car il est illégal de dire que seules les femmes peuvent être enceintes et accoucher.

    Souvenez-vous de moi lorsque vous accoucherez et que vous vous sentirez vulnérable et exposée et que vous voulez vraiment avoir une femme à vos côtés qui comprenne ce que vous vivez et qu’au lieu de cela, votre sage-femme est un homme d’un mètre quatre-vingt avec une barbe, en robe, et vous savez qu’il n’est pas une femme mais vous n’avez pas le droit de vous objecter, même lorsque vous devez être examinée et que vous voulez juste qu’une femme le fasse mais vous savez que vous ne pouvez rien dire parce que ce serait un discours haineux, même si votre corps crie non.

    Souvenez-vous de moi lorsque votre mère âgée, qui a perdu la tête à cause de sa démence, entrera dans un EHPAD et qu’on lui dira que sa soignante, Susan, est une femme, parce que vous avez demandé qu’elle ne soit soignée que par des femmes. Et même dans son état de démence, elle sait que Susan est un homme, et vous savez que Susan est un homme, mais vous ne pouvez pas vous y opposer, et elle doit permettre à Susan de prodiguer ses soins intimes, car s’y opposer serait un discours haineux.

    Souvenez-vous de moi quand votre fille rentrera de l’école en pleurant, votre fille qui a passé les cinq dernières années à s’entraîner pour être la meilleure athlète de sa classe, de son école, de sa région, elle pleure parce que Lucas de sa classe, l’un des garçons les plus rapides, a décidé qu’il s’identifie maintenant comme une fille et qu’il a donc le droit de participer à sa course, et elle sait que peu importe les efforts qu’elle fait pour s’entraîner, il la battra toujours, et elle ne peut plus espérer qu’une médaille d’argent. Ou de bronze, s’il y a un autre Lucas. (...)"

    https://tradfem.wordpress.com/2021/11/10/lettre-a-la-femme-qui-ma-traitee-de-terf-et-de-transphobe-haineus