• La répétition des violences sexuelles repose sur le silence

    Nombreux sont les ‘’incesteurs’’ à être dans le déni, « mécanisme de défense, de protection », précise Mathieu Lacambre. Pour eux, ils n’ont pas fait de mal. Pas violé. Sentiment parfois conforté par le conjoint. Dans le cas de Camille Kouchner, sa mère, épouse de l’agresseur déclare lorsque le secret éclate que son fils n’a pas subi de sodomie mais« des fellations, c’est quand même très différent ». Et plus tard : « Il n’y a pas eu de violence. Ton frère n’a jamais été forcé. Mon mari n’a rien fait. C’est ton frère qui m’a trompée ». Retournement des rôles : la victime devient alors la coupable, celle qui séduit.

    Tant qu’ils sont dans le déni, « les agresseurs ne prennent pas conscience de ce qu’ils font », affirme la thérapeute Simone Sabatié (spécialiste psycho-corporel, psychogénéalogie et constellations familiales), formatrice à l’association Stop aux Violences Sexuelles. Ils sont dans l’illusion – se persuadent qu’ils sont amoureux, par exemple.

    Leur stratégie pour asseoir le silence varie – de la complicité (‘’c’est notre secret à nous’’) à la menace (‘’si tu parles, ta mère ne le supportera pas’’). En passant par le chantage (‘’si tu viens, je t’aiderai à faire tes maths’’). Parfois, aucun mot n’est nécessaire.

    https://marcelle.media/2021/01/20/inceste-soigner-agresseurs

    • Le livre ‘’La Familia grande’’ apporte un nouvel éclairage sur les conséquences de l’inceste : les ravages sur les proches de la victime. Comme Camille Kouchner dans le cas de son frère violé, ils se sentent à la fois impuissants et coupables de ne pas avoir su protéger. Eux aussi sont enfermés dans ce silence qui atteint leur vie de femmes et d’hommes et, par ricochet, leurs enfants. Un silence d’autant plus violent lorsqu’il est nié par les adultes. Ce livre montre également l’effet dévastateur de la négation de ce drame par la mère et son choix de soutenir son mari plutôt que ses enfants. Comme dans la plupart des cas dans ces histoires, les victimes deviennent les coupables, ceux qui ont détruit la famille. Et les coupables, les victimes.