• Un père veut obtenir la condamnation pour #diffamation de ses deux fils, après des accusations d’ #inceste

    Cette affaire a été examinée le 16 novembre par le tribunal correctionnel de Lyon, qui rendra son jugement le 18 janvier.

    Deux frères à la barre du tribunal correctionnel, poursuivis pour diffamation par leur propre père, à la suite de la dénonciation sur Facebook d’agression sexuelle incestueuse. Cette affaire hors norme a été examinée mardi 16 novembre par la 6e chambre du tribunal correctionnel de Lyon, spécialisée dans les délits de presse.

    Pascal et Olivier M., âgés de 50 et 52 ans, se pressent sur l’étroit banc des prévenus. Derrière les deux frères, dans la salle, leur père, 77 ans, scrute la scène d’un regard sévère. Ancien notable de la région de Chambéry (Savoie), il a découvert le 22 janvier un message de Pascal, posté sur son compte Facebook, en pleine vague de révélations de situations incestueuses dans les familles. « Il m’a fallu trente ans de thérapies pour que la mémoire laisse enfin remonter un souvenir soigneusement enfoui, et dix ans de plus pour percuter, réaliser la gravité des faits et accepter ce mot atroce : inceste », a publié le fils cadet sur le réseau social, décidé à « ne plus protéger par le silence un prétendu “père” coupable de ce que l’on qualifie aujourd’hui d’agression sexuelle sur mineur. » « Merci Camille Kouchner d’avoir provoqué cet électrochoc que j’espère salvateur pour tou.t.e.s », a ajouté Pascal, rendant hommage à l’autrice de La Familia grande (Seuil, 208 pages, 18 euros).
    Faits prescrits

    « Pour moi, l’important c’est de témoigner du fait que ce type d’agissements a lieu partout y compris dans les familles au-dessus de tous soupçons. Le huis clos familial peut être un enfer, je voulais en témoigner publiquement », explique à la barre Pascal. Ancien architecte reconverti en gérant de camping, éloigné de sa région d’origine, l’homme rapporte une scène d’attouchement dans le lit parental, infligée par son père, comme le paroxysme d’un système patriarcal étouffant. « Pendant toute mon enfance, j’ai fait l’objet d’humiliations », dit Pascal, appelant son père « cet individu » ou « cette personne ». A ses côtés, son frère Olivier le soutient par gestes discrets. L’aîné est persuadé que l’agression sexuelle a traduit une domination dévoyée. « Je tapais mon frère avec la bénédiction de mon père », relate Olivier, poursuivi lui aussi, pour avoir approuvé d’une simple formule le post Facebook de son frère, mettant un cœur à côté de « c’est mon frère », et une tête de diable après « c’est mon père ».

    « Les faits évoqués, je les réfute totalement, car ils n’étaient pas possibles », dit à la barre leur père, persuadé que son divorce récent a été provoqué par ses enfants, « par intérêt ». « Ils cherchent à s’approprier le patrimoine familial », accuse Guy M. L’homme se perd en détail pour démentir les faits, ce qui leur donne paradoxalement de la consistance. « Est-ce la justice médiatique, la justice d’Internet qui doit décider de son sort ? », tente de recadrer Thomas Fourrey, avocat du père plaignant, qui demandent aux prévenus pourquoi ils ont préféré Facebook à une plainte pénale. « Il sait ce qu’il fait lorsqu’il envoie ce message. Depuis quarante ans, il porte ce fardeau », lui répond son confrère, Me Saint-André. Pour l’avocat, les faits étant prescrits, ils ont préféré briser le silence à leur manière.

    #paywall #justice

    • Les victimes de faits prescrits qui ont parlés (ou qui voudraient le faire) savent à quoi s’attendre en 2021. Le parquet aura le temps, l’argent et l’envie de les poursuivre, pour les faits de violences sexuelles beaucoup moins de motivation et de moyens par contre. Étant victimes de faits prescrits et en ayant parlé publiquement, je sais que je risque des condamnations tout au long de ma vie par la justice contrairement à mon agresseur qui bénéficie lui d’une immunité totale pour prescription des faits. Je sais aussi que mon agresseurs bénéficiera du témoignage de certaines personnes adultes au moment des faits qui par cette occasion se blanchirons socialement du délit de non assistance à personne en danger.

      Les agresseurs et leurs complices peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ce sont les victimes qui sont condamnées au silence à perpétuité.

    • Le deuxième dossier est encore plus délicat. Depuis la séparation des parents en 2017, l’enfant vit chez sa mère, en difficulté. Le juge des enfants a ordonné une mesure d’assistance éducative. En parallèle, la mère a déposé plainte contre son ex-conjoint pour viol incestueux sur sa fille et détention d’images pédopornographiques. Une plainte classée sans suite par le parquet de Rennes en juin 2021.

      Depuis, la mère ne se présente plus au « lieu neutre » où le père est censé exercer son droit de visite. « La petite est littéralement malade à l’idée de voir son papa », assure son avocate. « Vous le savez comme moi, un classement sans suite ne veut pas dire que ça n’a pas eu lieu », ajoute-t-elle. « Ces dossiers-là, on les redoute », glisse la magistrate, une fois seule dans son bureau. « Ce sont les plus sensibles. » Elle doit concilier un impératif de protection avec la nécessité de « rétablir le lien » entre un père et sa fille.

      Beaucoup des couples convoqués ce matin vivent du chômage ou du RSA et des allocations familiales. Carole Lefranc précise cependant que « l’aspect conflictuel n’a rien à voir avec le milieu social ». Quels que soient les revenus et les diplômes, elle est confrontée à des audiences d’une « grande tristesse » lorsque la garde des enfants représente un enjeu douloureux, « très pénibles » quand un parent « dénigre l’autre ». Mais elle ne veut pas noircir le tableau.

      https://www.mediapart.fr/journal/france/211221/dans-le-bureau-d-une-juge-aux-affaires-familiales-temoin-et-victime-d-une-

      Je comprend pas qu’on impose aux enfants la nécessité de garder un lien avec le géniteur qui les viole. L’autre truc qui est vraiment inquiétant c’est ce reproche de dénigré l’autre dans un contexte de séparation pour crime d’inceste ou violences par conjoint c’est incroyable que les JAF s’étonne que l’autre soit dénigré....