• Je cherchais des documents concernant la pollution des armées, la responsabilité majeure du complexe militaro-industriel dans le réchauffement climatique et je tombe sur cette chronique de mars dernier avec des liens utiles dedans : « Verts kaki, mais verts quand même ? » https://www.franceculture.fr/emissions/la-transition/armees-la-grande-mise-au-vert

    Vous avez encore des doutes sur la réalité du changement climatique ? L’armée, elle, s’y prépare de plus en plus. Et surveille de près son bilan carbone. C’est la transition de ce matin.

    On peut d’ores et déjà en déduire qu’il s’agit d’un sujet sérieux. Oui car si l’armée s’y intéresse de près, ce n’est pas parce que les écologistes ont fait un putsch au sein des états-majors : c’est parce que cette question, parfois prise à la légère par les politiques et les médias, est considérée comme essentielle par les militaires.

    J’avais eu l’occasion de consacrer une précédente chronique à un panorama des problématiques posées par la crise climatique aux armées. Ce matin, voyons comment celles-ci tentent d’atténuer leur impact sur le climat. Car aussi contre-intuitif que cela puisse paraitre, surtout si vous avez une fibre antimilitariste, les militaires se préoccupent de leur bilan environnemental. C’est ainsi, par exemple, que le Pentagone aux Etats-Unis s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone pour ses infrastructures en 2050.

    Un tel objectif n’a rien de cosmétique dans la mesure où les armées sont considérées comme les premières émettrices institutionnelles de gaz à effet de serre, comme le relève un rapport publié ce matin par l’Observatoire Défense et Climat de l’IRIS, en partenariat avec le ministère des Armées. D’où un certain nombre d’initiatives pour verdir les équipements. On y apprend par exemple que la marine américaine travaille sur ‘’l’extraction de CO2 et d’hydrogène de l’eau de mer’’ en vue de fabriquer un carburant liquide pour ses navires. Autre exemple : lors du dernier défilé aérien du 14 juillet à Paris, les 2/3 des avions volaient avec des biocarburants.

    Vous vous en doutez : si les militaires s’engagent dans cette démarche d’atténuation de leur empreinte écologique, ce n’est pas uniquement parce qu’ils sont tombés sous le charme de Greta Thunberg et Nicolas Hulot. C’est avant tout une question de pragmatisme : il s’agit pour les armées de réduire leur dépendance énergétique, d’être capables de s’approvisionner de manière autonome en cas de coup dur, de ne pas dépendre des réseaux commerciaux.

    L’armée américaine a ainsi tiré les leçons de la catastrophe de Fukushima il y a 10 ans : suite à l’arrêt de la centrale, une des bases de l’US Air Force au Japon s’était retrouvée privée d’électricité pendant 90 jours. Depuis, chaque base est censée être autonome pendant deux semaines minimum, et ce grâce aux énergies renouvelables. D’autres ont suivi : pour réduire leur dépendance énergétique, les armées canadienne, britannique, indienne, danoise…investissent qui dans des parcs d’éoliennes, qui dans des champs de panneaux solaires.

    Un rapport d’information publié fin janvier par l’Assemblée nationale, sur le thème ‘’Dérèglement climatique et conflits’’, insiste lui aussi sur la nécessité de développer les énergies renouvelables afin de rendre l’armée française plus autonome, notamment lors des opérations extérieures, les OPEX. Plus autonome, c’est-à-dire moins dépendante des approvisionnements en eau et en pétrole généralement acheminés par convois, et qui peuvent donc être attaqués : plus autonome, donc moins vulnérable.

    Est-ce à dire que les objectifs militaires convergent toujours avec les objectifs climatiques ? Ce serait oublier un peu vite l’impact des conflits armés sur l’environnement, mais aussi l’utilisation de celui-ci comme moyen de combat. Manipuler les processus naturels pour modifier le climat : cela a fait partie des projets de l’armée américaine à la fin des années 40. L’idée était d’ensemencer les nuages avec des produits chimiques et de s’en servir ensuite comme arme de guerre, comme on peut le lire sur le site du GRIP (groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité).

    En décembre 1976, les Nations Unies ont tenté d’y mettre fin en adoptant la très méconnue convention ENMOD, sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires. Contrairement aux Etats-Unis, à la Russie ou encore à l’Allemagne, la France ne fait pas partie des signataires.

    Il me semblait avoir vu passer des choses chez Mediapart ou Reporterre ou Basta ou autres à ce sujet récemment, mais j’ai pas retrouvé.