• Dans l’Essonne, un « harcèlement discriminatoire » par amendes interposées

    Au printemps 2020, trente-deux habitants d’Épinay-sous-Sénart ont reçu des dizaines de contraventions pour des sorties injustifiées pendant le confinement. Affirmant avoir été verbalisés à distance par la police municipale, une pratique illégale, ils ont saisi le Défenseur des droits.

    Parmi les habitants concernés, certains cumulent jusqu’à douze amendes au total en quelques semaines. Ils ont parfois été verbalisés plusieurs fois dans la même journée. La plupart des contraventions sanctionnent des sorties sans motif en période de confinement, d’autres des infractions plus classiques (tapage, dépôt d’ordures, infractions routières).

    Je suis diplômé, j’ai un travail, j’avais un casier vierge, aucun problème avec la police municipale précédente, mais avec ce maire, on a été traités comme des voyous.

    Mohamed, l’un des jeunes ayant saisi le Défenseur des droits

    Les associations de défense des droits alertent depuis plusieurs années sur un détournement de ces infractions dans les quartiers populaires. Les amendes à répétition seraient utilisées par la police pour évincer de l’espace public les personnes considérées comme « indésirables », ou les frapper au porte-monnaie dans une perspective disciplinaire.

    « Aujourd’hui, je n’ai pas les mots pour expliquer la gravité de la situation », dénonce Mohamed, 26 ans, diplômé d’une école de commerce et à l’origine du mouvement de contestation. Le 16 avril 2020, il dit avoir reçu douze amendes en une seule journée. Comme a pu le vérifier Mediapart, il a par exemple été verbalisé le 15 avril pour n’avoir pas respecté le confinement, alors même qu’il avait rempli une attestation numérique précisant qu’il se déplaçait pour acheter des fournitures « de première nécessité ».

    « Je suis diplômé, j’ai un travail, j’avais un casier vierge, aucun problème avec la police municipale précédente. Mais avec ce maire, on a été traités comme des voyous », regrette le jeune homme qui souligne l’impact réel que cela entraîne : « Des amis ont reçu des ATD (avis à tiers détenteur) qui leur prélèvent de l’argent directement sur leur compte en banque. D’autres, qui sont encore mineurs, ont maintenant un compte bancaire bloqué ou craignent le passage d’un huissier pour venir saisir leurs biens. »

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