Monolecte đŸ˜·đŸ€Ź

Fauteuse de merde 🐘 @Monolecte@framapiaf.org

  • Conflit en Ukraine : le “camp du bien”, disent-ils

    ▻https://telquel.ma/2022/03/04/conflit-en-ukraine-le-camp-du-bien-disent-ils_1757868


    Je trouve que les Marocains parlent trĂšs bien de ce qui se passe en ce moment.
    Un pas de cĂŽté 

    Ce n’est pas l’Irak ou l’Afghanistan, c’est une ville relativement civilisĂ©e, relativement europĂ©enne” ; “Ils sont prospĂšres, viennent de la classe moyenne, de toute Ă©vidence ce ne sont pas des rĂ©fugiĂ©s essayant de fuir le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord” ; “Nous sommes au XXIe siĂšcle, nous sommes dans une ville europĂ©enne et nous avons des tirs de missiles comme si nous Ă©tions en Irak ou en Afghanistan, vous vous imaginez ?” ; “C’est une immigration de grande qualitĂ©”


    • Et le pompon est dĂ©crochĂ© par ce chroniqueur du journal anglais The Telegraph, qui commet ceci : “Cette fois-ci, la guerre est injuste car les gens nous ressemblent, qu’ils ont des comptes Instagram et Netflix. Ça ne se passe plus dans un pays pauvre et Ă©loignĂ©.”

      À Ă©couter bavarder cette faune de commentateurs et de responsables politiques anglais, amĂ©ricains et français, vient Ă  l’esprit ce que disait Gramsci Ă  propos du passage entre un vieux monde et un monde nouveau : “Dans ce clair-obscur apparaissent les monstres.” Depuis le 23 fĂ©vrier, le conflit en Ukraine en donne une triste dĂ©monstration. Il a fait tomber les masques d’une hypocrisie enfouie sous les grands principes onusiens de “la famille humaine et de ses droits Ă©gaux et inaliĂ©nables”.

      Commençons par le conflit en lui-mĂȘme. L’incursion des troupes russes en terre ukrainienne a fait pousser des cris d’orfraie Ă  l’AmĂ©rique et Ă  l’Union europĂ©enne sur la base du principe de souverainetĂ© territoriale. Soit. Flash-back : nous sommes en 2003. S’appuyant sur des arguments fallacieux, la dissimulation d’armes de destruction massive, les États-Unis et leurs alliĂ©s commettent le mĂȘme outrage en Irak, sans mĂȘme s’embarrasser d’un mandat onusien.
      Hormis quelques voix Ă©parses dont celle de la France, l’Occident n’y trouve rien Ă  redire. La croisade, au contraire, est menĂ©e au nom des grandes idĂ©es dĂ©mocratiques, avec pour mission de restaurer la dignitĂ© du citoyen irakien, malmenĂ© par un rĂ©gime dictatorial. Pays dĂ©vastĂ© Ă  tous points de vue, avec plus de 500.000 morts, l’Irak n’aura ni la dĂ©mocratie, ni la stabilitĂ©, ni la prospĂ©ritĂ© promises.

      En 2011, mĂȘme scĂ©nario. À la remorque de Nicolas Sarkozy, une alliance de 18 pays, lĂ  aussi sans mandat de l’ONU, est allĂ©e au-delĂ  de la simple protection des civils libyens en prĂ©cipitant militairement la chute d’un rĂ©gime inique. LĂ  encore, l’offensive occidentale, loin de dissiper le chaos, a au contraire plongĂ© ce pays dans une tourmente sans fin, provoquant exode et dĂ©solation, et transformant la rĂ©gion du Sahel en thĂ©Ăątre d’affrontements d’intĂ©rĂȘts extĂ©rieurs.
      Onze ans plus tard, la Libye unifiĂ©e demeure un mythe. FragmentĂ©, le pays ne parvient guĂšre Ă  se choisir des leaders lĂ©gitimes par la voie des urnes. Inutile de dire que nul n’aurait songĂ© appliquer des sanctions aux États-Unis pour avoir envoyĂ© ses GI’s en Irak, ni Ă  la coalition occidentale intervenue militairement en Libye, sous la banniĂšre de l’OTAN.

      Le “camp du bien” se comporte comme si son bouclier de “valeurs” lui autorisait tous les abus, et lui permet d’imposer ses Ă©lĂ©ments de langage Ă  la planĂšte entiĂšre. L’incroyable dĂ©ferlement de sanctions sur la Russie, allant du bannissement du systĂšme Swift jusqu’à la mobilisation probable du Tribunal pĂ©nal international Ă  l’encontre de Poutine, en passant par l’interdiction des mĂ©dias favorables Ă  la Russie, la censure des rĂ©seaux sociaux, l’exclusion des compĂ©titions sportives, laisse songeur. PĂšre la vertu, gendarme de la planĂšte, dĂ©positaire de la conscience universelle et dĂ©fenseur des valeurs du siĂšcle des LumiĂšres, l’Occident, en fait, ne roule que pour lui-mĂȘme.

      Il se dĂ©gage comme un arriĂšre-goĂ»t amer pour ceux qui croyaient encore aux valeurs universelles d’égalitĂ©, de droits de l’homme et de libertĂ© d’expression. C’est comme si le masque de la duperie s’était subitement effritĂ©, dĂ©voilant d’un cĂŽtĂ© une humanitĂ© digne, et de l’autre, une sous-humanitĂ© soumise Ă  des rĂšgles diffĂ©rentes, Ă  des traitements contrastĂ©s.

      Pour les premiers, “blonds aux yeux bleus” comme les qualifie un procureur ukrainien, les principes d’égalitĂ© et de dignitĂ©, l’accueil chaleureux, la protection et le respect ; pour les basanĂ©s, Syriens, Afghans et Libyens, entre autres damnĂ©s de la terre, le mĂ©pris, le rejet, la violence physique et symbolique.
      La morale de l’histoire, si l’on peut parler ainsi, est Ă©lĂ©mentaire, si Ă©vidente. Dans un monde mĂ» exclusivement par la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts propres, il n’y a de meilleur alliĂ© que soi-mĂȘme. Et les fidĂ©litĂ©s d’hier ne sauraient engager ou conditionner celles de demain. Cela, le Maroc l’a compris depuis plusieurs annĂ©es et vient de le rĂ©affirmer en “snobant” le vote de la rĂ©solution onusienne qui “exige” le retrait immĂ©diat des Russes. »

    • Contexte pour relire le dernier paragraphe : la fortune personnelle de M6 est estimĂ©e Ă  plus de 8 milliards de dollars, tandis que les inĂ©galitĂ©s dans son pays sont parmi les plus Ă©levĂ©es du continent. Et on fait semblant de croire que « Le Maroc » qui vote Ă  l’ONU reprĂ©senterait un peuple marocain qui voudrait envoyer un message par rapport au racisme des rĂ©actions face aux rĂ©fugiĂ©s ukrainiens ?