O.A

Un peu ici, un peu ailleurs

  • Les nobles montés, dos droit sur une selle à dossier et accoudoirs, pieds glissés au creux de lourds étriers, tenant d’un poing une lance et de l’autre des rênes, éperonnent leur cheval dans le but de n’aller affronter que des lords et des sirs.

    S’ils dédaignent s’en prendre aux archers, ceux-ci, moins bégueules, veulent bien leur tirer dessus.

    Pendant que les montures masquées et flanquées de métal écrabouillent de leurs sabots les côtes du percheron tué qui, du coup, lâche de gros pets à la tronche d’Antoine de Chartres (décidément…) qui se trouve lui-même piétiné par d’autres chevaux le faisant entièrement disparaître sous plus d’un mètre de boue (ah ben dis donc, ce n’était pas sa journée), les longbowmen vident une partie de leur second carquois sur des étalons en longue robe à pompons dorés jetant leur cavalier.

    -- Ça ne se passe pas bien, ça ne se passe pas bien ! râle l’un d’eux, duc à terre qui aura bien du souci pour se relever.

    Une quinzaine de canassons canardés ayant claqué, leurs carcasses gisant sur un flanc ou pattes en l’air tapissent ce coin de bourbier et facilitent le passage au galop du cortège de la cavalerie lourde.

    Comme quoi, à tout malheur quelque chose est bon.

    Ce qui pose en revanche un nouveau problème, c’est comment contourner l’archerie anglaise ?

    Qu’Henry V ait positionné son armée au point le plus étroit du champ empêche le contournement de ses troupes par les Français. Le comte de Vendôme, accroché au harnais d’or de son cheval, se scandalise :

    -- Pourquoi a-t-on laissé l’ennemi avancer jusque-là ? Quel grave manque d’organisation !

    À ses côtés, le seigneur de Dampierre regrette :

    -- Si le champ n’avait pas été étranglé par les deux forêts il aurait été aisé de les prendre à revers ! Ils n’auraient plus su de quel côté tirer leurs flèches, pendant que notre avant-garde démontée serait venue s’en débarrasser à coups d’épée.

    Plus qu’une seule solution : dévier notre course vers le centre pour traverser l’archerie jusqu’aux milords en acte d’apothéose !

    Extrait du livre

    "Azincourt par temps de pluie"
    de Jean Teulé

    chez Mialet-Barrault éditeurs
    décédé hier à Paris.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Teul%C3%A9

    #littérature#Jean_Teulé#histoire

    • Le magasin des suicides chez Julliard et en poche est tordant...

      Imaginez une ville où les gens n’ont plus goût à rien, au point que la boutique la plus florissante est celle où l’on vend poisons et cordes pour se pendre. Mais la patronne vient d’accoucher d’un enfant qui est la joie de vivre incarnée. Au magasin des suicides, le ver est dans le fruit…

    • Je découvre à sa mort son parcours, je ne connaissais que ces livres et son écriture « galopante »

    • Bloody Mary arrosé d’un jus de tomate.
      https://www.acbd.fr/7448/actualites/jean-teule-et-lacbd

      La disparition de Jean Teulé, mort le 18 octobre a 69 ans, remet en mémoire la fondation de notre association.
      C’était en 1984, et les journalistes qui couvraient le Festival d’Angoulême en étaient encore au stade du pot improvisé en matière d’association. Une BD avait, cette année là, recueillie pléthore de critiques positives : Bloody Mary, l’adaptation du roman de Jean Vautrin, sur un scénario d’icelui et une mise en images de Jean Teulé. Au delà de la force de l’histoire, c’est le traitement graphique de Teulé qui séduisait : un détournement de photos et de photocopies re-dessinées, qui créait une réalité vaporeuse soulignée par des couleurs pastel.

      Pour nous, Bloody Mary devait figurer au palmarès d’Angoulême 84. Quand nous avons appris que le jury l’avait ignoré, nous avons décidé de créer un prix de la presse et de le remettre solennellement à Jean Teulé lors de la proclamation officielle du palmarès. Sans « magnifique objet d’art », sans même un diplôme ad hoc pour concrétiser ce prix , nous avons choisi de remettre au lauréat… un verre de bloody mary ! Jean n’était pas disposé à avaler une mixture vodka / jus de tomate / Tabasco à 11h du matin, et nous avions alors récupéré en urgence un simple jus de tomate au bar en face de l’Hôtel de Ville, que Jean a sifflé sans broncher !
      Le maire et les autorités du Festival ont applaudi. Le soir même, les plus sobres d’entre nous décidaient la création de l’ACBD, dont longtemps le prix a été… un verre de bloody mary.

      Que Jean Teulé soit ici remercié pour l’éternité, d’avoir indirectement inspiré la création de notre association !
      Pierre Ganz