plus que zéro

Il est temps de se mettre au travail

  • Ou peut-être une nuit : retours critiques | by Leïla | May, 2021 | Medium
    https://medium.com/@leilla/ou-peut-%C3%AAtre-une-nuit-retours-critiques-fd3c08902aa7

    Les mots choisis, “exclusivement, jamais”, ne faisaient pas simplement de moi une anomalie statistique mais une aberration ; une experte tenait un discours qui annihilait la possibilité même de l’existence de mon vécu. Être ramenée à une parole inaudible par un podcast qui s’efforce justement de briser le silence qui entoure l’inceste, ça tient du tragicomique. Moi qui, lors des premiers épisodes, pensais envoyer le lien vers la série à ma mère… je me suis retrouvée dans l’impossibilité de le faire par peur d’être ramenée encore une fois à une minimisation de ce que j’avais vécu.

    • Si j’ai eu de la haine quotidienne et des souhaits de vengeance pendant des années, cela fait longtemps que ce n’est plus le cas. Mais je crois que, s’il avait été adulte, ou en situation de pouvoir sur moi par ailleurs, mes sentiments auraient sans doute plus difficilement évolué dans cette direction. Quand, en tant que victime, on parle de son inceste, on marque aussi de la honte sociale de l’inceste la personne qu’on nomme comme notre agresseur. Et si je n’avais pas à porter cette honte si longtemps, et si j’aimerais pouvoir m’en débarrasser définitivement, je n’ai aucune envie qu’elle change de camp. Qu’on lui fasse honte ne me soulagera pas de la mienne. Il me semble que le risque que nommer puisse entraîner de la violence est un frein plus grand quand il s’agit de nommer quelqu’un du même âge ou de plus jeune que soi.

    • Pourquoi je dis que ça fait des dégâts psychiques, de penser l’amour et la domination comme mutuellement exclusifs, y compris dans le cadre de l’inceste ? Du côté des victimes, la plupart d’entre elles seront amenées, au cours de leur vie amoureuse et sexuelle, à revivre de la violence. Ce n’est pas juste une condamnation à la répétition de schéma : c’est aussi qu’on vit dans un monde violent entre humain·e·s traumatisé·e·s. Sans pour autant s’y résigner, on peut s’attendre, à des degrés divers, au surgissement de la violence dans les relations. Donc, une personne victime d’inceste qui a intégré ce discours, une personne qui croirait que l’amour et la violence sont mutuellement exclusifs, serait condamnée à relire chacune de ses relations dans laquelle de la violence émergerait comme n’ayant, finalement, pas contenu d’amour. Le genre de pensées, puis d’émotions que ça peut entraîner tendent à ajouter une forte douleur morale aux dégâts déjà importants causés par les violences en elles-mêmes (qu’il s’agisse des violences premières ou de la répétition par la suite, d’ailleurs). “En fait il ne m’aimait pas, je me suis fait avoir depuis le départ” est une pensée qui conduit à miner la confiance d’une personne dans ses ressentis (“tous ces moments où j’ai cru reconnaître et vivre de l’amour dans la relation, je me trompais”) et dans sa capacité de décision. Cela invite l’idée qu’il y a des personnes qui feraient semblant d’aimer mais qu’on est pas capables de détecter (“si je ne sais pas distinguer ce qui est de l’amour ou pas, suis-je condamné·e à vivre dans la peur de me tromper à nouveau ?”). Cela entretient donc un rapport au monde emprunt de méfiance ainsi que de l’hypervigilance, deux symptômes récurrents suite à des expériences d’abus traumatisantes.

  • « French paradox » : une consommation modérée d’alcool n’a pas d’effet protecteur
    https://theconversation.com/french-paradox-une-consommation-moderee-dalcool-na-pas-deffet-prote

    Par le passé, divers travaux ont suggéré qu’une consommation modérée d’alcool aurait pu avoir un effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires, comparativement à l’abstinence. Cet effet était supposé expliquer le célèbre « French paradox », qui intriguait les épidémiologistes depuis les années 1970 : pourquoi la mortalité par maladie coronarienne était-elle moins importante en France qu’au Royaume-Uni, alors qu’on y mangeait plus de graisses animales et qu’on y fumait autant ?

    Longtemps discuté, cet effet protecteur est aujourd’hui battu en brèche. En 2016 déjà, une équipe de l’Université de Victoria, au Canada, avait démontré l’absence d’effet bénéfique sur la mortalité d’une consommation modérée d’alcool. Ses auteurs révélaient notamment que la mortalité, toutes causes confondues, ne semblait pas réduite chez les consommateurs modérés d’alcool par rapport à la mortalité de consommateurs excessifs.

    Début avril, cette absence d’effet s’est vu à nouveau confirmée par une grande étude prospective chinoise publiée dans la prestigieuse revue The Lancet. Le rôle joué par l’alcool dans le célèbre « paradoxe français » semble bien avoir du plomb dans l’aile…

    #alcool #french_paradox #mythes #addictions #santé

    • ah tiens, moi je n’ai absolument jamais entendu parlé de ma vie de cet effet « alcool » en général, je croyais que c’était juste pour « le vin » voire « le vin rouge »

      du coup si les études testent avec n’importe quels alcools ça va pas, les français sont en meilleure santé, à cause du vin français ! :p

    • Oui, c’était la fameuse (fumeuse) théorie des effets des polyphénols et des tanins présents dans le vin, surtout rouge, surtout vieilli en fûts de chêne (bois riche en tanins). Basée sur des études financées par les instances pinardières de la région de Bordeaux, en toute objectivité, bien entendu... Pour le reste, l’alcool, sous quelque forme que ce soit, est un dangereux toxique, il n’y a rien d’autre à ajouter... :-)

  • Clouds of Unknowing : Edward Quin’s Historical Atlas (1830)

    “Now when I was a little chap I had a passion for maps”, says the seafaring raconteur #Charles_Marlow in Joseph Conrad’s Heart of Darkness (1899) (https://www.gutenberg.org/files/219/219-h/219-h.htm). “At that time there were many blank spaces on the earth, and when I saw one that looked particularly inviting on a map (but they all look that) I would put my finger on it and say, ’When I grow up I will go there.’” Of course, these “blank spaces” were anything but. The no-man’s-lands that colonial explorers like #Marlow found most inviting (the Congo River basin, #Tasmania, the #Andaman_Islands) were, in fact, richly populated, and faced devastating consequences in the name of imperial expansion.

    In the same troublesome vein as Marlow, Edward Quin’s Historical Atlas painted cartographic knowledge as a candle coruscating against the void of ignorance, represented in his unique vision by a broiling mass of black cloud. Each map represents the bounds of geographical learning at a particular point in history, from a specific civilizational perspective, beginning with Eden, circa “B.C. 2348”. In the next map titled “B.C. 1491. The Exodus of the Israelites”, Armenia, Assyria, Arabia, Aram, and Egypt form an island of light, pushing back the black clouds of unknowing. As history progresses — through various Roman dynasties, the reign of Charlemagne, and the Crusades — the foul weather retreats further. In the map titled “A.D. 1498. The Discovery of America”, the transatlantic exploits of the so-called Age of Discovery force Quin to employ a shift in scale — the luminescence of his globe now extends to include Africa and most of Asia, but North America hides behind cumulus clouds, with its “unnamed” eastern shores peeking out from beneath a storm of oblivion. In the Atlas’ last map, we find a world without darkness, not a trace of cloud. Instead, unexplored territories stretch out in the pale brown of vellum parchment, demarcating “barbarous and uncivilized countries”, as if the hinterlands of Africa and Canada are awaiting colonial inscription.

    Not much is known about Edward Quin, the Oxford graduate, London barrister, and amateur cartographer whose Atlas was published two years after his death at the age of thirty-four. We learn, thanks to Walter Goffart’s research into historical atlases, that Quin’s images were more popular than his words. The well-regarded cartographer William Hughes rescaled the maps for a new edition in 1846, discarding their artist’s accompanying text. The Atlas’ enduring technical advancement, which influenced subsequent cartographers, can be found in its ingenious use of negative space. Emma Willard’s Atlas to Accompany a System of Universal History, for instance, features cloudy borders that seem very much indebted to Quin.

    Looking back from a contemporary vantage, the Historical Atlas remains memorable for what is not shown. Quin’s cartography inadvertently visualizes the ideology of empire: a geographic chauvinism that had little respect for the knowledge of those beyond imperial borders. And aside from depicting the reach of Kublai Khan, his focus remains narrowly European and Judeo-Christian. While Quin strives for accuracy, he admits to programmatic omission. “The colours we have used being generally meant to point out and distinguish one state or empire from another. . . were obviously inapplicable to deserts peopled by tribes having no settled form of government, or political existence, or known territorial limits”. Instead of representing these groups, Quin, like his clouds, has erased them from view.

    https://publicdomainreview.org/collection/edward-quin-historical-atlas
    #cartographie_historique #cartographie #connu #inconnu #géographie_du_vide #vide #histoire #Tasmanie #fleuve_Congo #colonisation #colonialisme #Edward_Quin #atlas

    ping @reka @visionscarto

    via @isskein

  • One more time, we need to talk about Gérald :

    Cas de force majeure - L’histoire de Gérald | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/158568/blog/240521/cas-de-force-majeure-lhistoire-de-gerald

    Gérald cumule à lui seul bon nombre de tares expliquant chez beaucoup le dégoût de la vie politique moderne. Son parcours singulier nous éclaire sur ce qu’il est, sur sa vision du pouvoir et sur celle des gens qui l’ont placé là. Mais il est également au croisement de l’impunité politique et policière. Pour tout cela, Gérald est un triste symbole qui méritait bien que l’on raconte son histoire.

  • #Raoul_Peck, auteur de “Exterminate All the Brutes”, sur le suprémacisme blanc : “Je mets sur la table la vraie histoire”
    https://www.telerama.fr/ecrans/raoul-peck-auteur-de-exterminate-all-the-brutes-sur-le-supremacisme-blanc-j

    Salué par la critique américaine après sa diffusion sur #HBO début avril, le documentaire choc “Exterminate All the Brutes” de Raoul Peck s’attaque sans détour aux fondements racistes du suprémacisme blanc en Europe et aux États-Unis. Le cinéaste haïtien nous dévoile en avant-première la genèse de cette œuvre personnelle et universelle, à découvrir cet automne sur Arte.

    C’est certainement l’une des œuvres les plus ambitieuses de Raoul Peck. Son nouveau documentaire Exterminate All the Brutes, dont la diffusion sur la chaîne HBO les 7 et 8 avril a été saluée par la critique aux États-Unis, porte un regard cru et sans détour sur les racines du #suprémacisme_blanc européen et ses ravages à travers les siècles et les continents.

    https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-birge/blog/130421/exterminate-all-brutes-nouveau-chef-doeuvre-de-raoul-peck

    • (Suite de l’article de Télérama)

      Salué par la critique américaine après sa diffusion sur HBO début avril, le documentaire choc “Exterminate All the Brutes” de Raoul Peck s’attaque sans détour aux fondements racistes du suprémacisme blanc en Europe et aux États-Unis. Le cinéaste haïtien nous dévoile en avant-première la genèse de cette œuvre personnelle et universelle, à découvrir cet automne sur Arte.

      C’est certainement l’une des œuvres les plus ambitieuses de Raoul Peck. Son nouveau documentaire Exterminate All the Brutes, dont la diffusion sur la chaîne HBO les 7 et 8 avril a été saluée par la critique aux États-Unis, porte un regard cru et sans détour sur les racines du suprémacisme blanc européen et ses ravages à travers les siècles et les continents. Mettant en relation l’esclavage, le génocide amérindien et la Shoah, le cinéaste haïtien (Je ne suis pas votre nègre, Lumumba) s’attaque aux mythes raciaux nés sur le Vieux Continent.

      Le film, qui mêle graphiques, animations, images d’archives et scènes de fiction, déconstruit en quatre épisodes l’Histoire, telle qu’elle a été écrite par les « vainqueurs » – des stéréotypes sur les Amérindiens dans Alamo (1960) de John Wayne à la révolution haïtienne de 1804. Soit la première révolte d’esclaves réussie de l’ère moderne, pourtant largement ignorée dans les manuels occidentaux. En avant-première pour Télérama, Raoul Peck se confie sur cette nouvelle œuvre à la fois personnelle et universelle, qui devrait être diffusée en France sur Arte en septembre ou en octobre prochain.

      Vous avez décrit ce documentaire comme l’un de vos plus grands défis de cinéaste. Pourquoi ?
      En présentant mon film Je ne nuis pas votre nègre, sur l’auteur afro-américain James Baldwin, dans plusieurs pays, je me suis rendu compte qu’il y avait une grande propension au déni en Europe, et notamment en France, où le suprémacisme blanc était vu comme un problème américain. Je me suis également aperçu d’une certaine « tribalisation » des combats au sein des communautés de la diversité qui ont du mal à trouver un discours commun et créer un front uni, laissant trop de place aux amalgames « souverainistes » et racistes.
      À travers ce documentaire, j’ai donc voulu remonter aux origines du racisme, du privilège blanc et de l’euro-centricité de l’Histoire en mettant en relation éléments historiques, moments personnels et travaux d’universitaires. Ce n’est pas une mince entreprise que de s’attaquer à une déconstruction de plus de sept cents ans d’histoire européenne dans un seul film ! Raconter et mettre ainsi en relation le génocide amérindien, l’esclavage, la Shoah et d’autres crimes collectifs, représente une approche unique au cinéma. Cette communauté humaine porte les blessures d’une histoire commune qui s’est répétée d’un continent à l’autre à des époques différentes.

      HBO vous a donné carte blanche, c’est rare pour une chaîne américaine…
      Ce film est un miracle. C’est en partie le résultat de ma relation personnelle avec Richard Plepler, l’ancien PDG de HBO. Après Je ne suis pas votre nègre, il m’avait gentiment houspillé pendant dix minutes pour ne pas avoir fait le film avec HBO. Il avait fini par me demander ce qu’il en était de mon prochain projet. À l’époque, je n’en savais encore rien. Je lui ai répondu que j’avais besoin de temps, de moyens pour des recherches, de lire et surtout de beaucoup de liberté. Il a dit oui à chacun de ces points.
      Le projet a vraiment pris corps quand j’ai découvert le livre de l’auteur suédois Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes !, sur la reconstruction du processus génocidaire, que m’avait passé Laurent Beccaria, éditeur des Arènes. Ça a été un déclic. Tout était là. Puis j’ai complété cette base avec les livres de Roxanne Dunbar-Ortiz sur l’Amérique des peuples indigènes, et de Michel-Rolph Trouillot sur la réécriture de l’Histoire par l’Occident. Avec ces ouvrages, je possédais désormais une solide structure historique. Ajoutez à cela trois ans de travail avec une formidable équipe… et quarante-cinq années de vécu personnel entre Haïti, l’Allemagne, le Congo, la France et les États-Unis.

      Entre les images de votre famille, votre voix off et le récit de vos expériences, vous faites partie intégrante du documentaire. D’ailleurs, vous dites dans le premier épisode que “la neutralité n’est plus une option”. Comment en êtes-vous arrivé là ?
      Cela fait quarante ans que je fais des films dits « engagés », mais je ne peux pas dire qu’ils ont changé le monde. Encore récemment, l’ancien sénateur américain Rick Santorum déclarait qu’il n’y avait personne aux États-Unis avant l’arrivée des colons. Cet homme est collaborateur de la chaîne CNN ! On se demande comment rester diplomate et pédagogue quand d’autres tiennent des propos aussi ostensiblement négationnistes. Il faut arrêter d’être « gentil » et commencer à dire les choses crûment s’il le faut. C’est une question de vie ou de mort, pour l’avenir de tous.

      Le documentaire s’appuie sur des images très variées : graphiques, animations, archives de films, scènes de fiction avec l’acteur Josh Hartnett, qui joue le rôle d’un raciste blanc générique qu’on retrouve dans différents siècles, lieux… Pourquoi recourir à une telle palette ?
      Ma doctrine sur ce plan, c’est celle de Malcolm X : « Par tous les moyens nécessaires. » Je n’ai pas d’autre choix. Compte tenu de mes origines, je n’ai malheureusement pas le privilège de posséder ma propre banque d’archives historiques. Si je veux raconter mon histoire, je suis condamné à utiliser ce qui existe déjà, à déconstruire les archives et à en « fabriquer » lorsqu’elles n’existent pas.
      Comment faire sentir la douleur et la promiscuité d’esclaves dans une cale de bateau ? Comment représenter les dizaines de milliers de cadavres de victimes de la traite négrière reposant au fond des océans ? Il faut inventer ces images, car il n’y en a pas. Mon travail consiste aussi à déconstruire les images existantes, même lorsqu’elles se trahissent elles-mêmes, comme pour la comédie musicale Un jour à New York, de Stanley Donen, avec Frank Sinatra, où les protagonistes dansant dans un musée imitent des personnages africains et amérindiens sur une chanson intitulée Prehistoric Man (« homme préhistorique »). Il y a aussi des images délicates à utiliser, notamment de femmes abusées par les colons. Il fallait faire attention à ne pas les victimiser une nouvelle fois.

      Ce documentaire s’adresse-t-il avant tout aux Blancs ?
      Sur ce plan, je suis proche d’un James Baldwin : il n’a jamais écrit contre les Blancs ou pour les Noirs... Il décrivait l’état des lieux et mettait le doigt là où ça blessait, en déconstruisant comme un psychanalyste ce regard euro-centré. L’extermination n’est pas une affaire de Blancs, de Noirs, de Jaunes ou de Rouges. C’est l’Europe impérialiste qui l’a définie ainsi et mise en action. Mon récit n’est ni une demande de comptes, ni une agression gratuite. Je mets simplement sur la table la vraie histoire, une fois pour toutes, pour ceux qui veulent s’en saisir. Comme l’écrit Sven Lindqvist : « Ce ne sont pas les connaissances qui nous manquent. Ce qui manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conclusions. »

      Après les années Trump et le meurtre de George Floyd en mai dernier par un officier de police blanc, les États-Unis sont-ils plus avancés que l’Europe dans la reconnaissance du suprémacisme blanc ?
      L’Europe et l’Amérique sont profondément ancrées dans le déni, chacune à sa manière. Les États-Unis sont une continuité historique de l’Europe : les Anglais, les Espagnols et les Portugais ont colonisé l’Amérique et ont été les premiers génocidaires. La plus grande puissance au monde a été bâtie sur deux génocides : les Indiens d’Amérique et les Noirs qu’on a transportés comme esclaves. Tant que l’on n’accepte pas les conséquences de ces deux crimes, on ne pourra pas s’entendre. Ce n’est certainement pas une question de dirigeants politiques. On a bien eu Obama… et il a mené à Trump.

  • Les histoires d’a(uteurs) finissent mal, en général – Libération
    https://www.liberation.fr/culture/les-histoires-dauteurs-finissent-mal-en-general-20210419_SE64562FZJFWVNTR
    https://www.liberation.fr/resizer/BAuS-8Owq_qoxYDFHCaHJ5xj6p4=/1200x630/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/BP5IWUM5KJASXNY75B5UAB45BI.jpg

    Vous savez ce que font les artistes-auteurs quand ils se retrouvent à passer un week-end avec d’autres artistes-auteurs ? Ils se racontent des histoires d’artistes-auteurs. Des bras de fer aberrants avec des éditeurs pour arracher 1 ou 2% de droits. Des commandes absurdes et irréalistes. Des projets pour lesquels ils n’ont toujours pas été payés. Des structures qui ont essayé par tous les moyens – flatterie, affect, coups de pression, tromperie – de les faire travailler gratuitement. Des œuvres traitées n’importe comment – maquettes à la truelle, pages inversées, impression hasardeuse – par une chaîne de prestataires externes qui croulent sous les demandes. Il n’a jamais été aussi simple qu’aujourd’hui de se renseigner, se documenter, connaître les coulisses de n’importe quel secteur et, si nécessaire, les dévoiler, exprimer son désaccord de manière forte et visible, élaborer des ripostes, réfléchir à des améliorations. Mais rien ne change. Quels que soient son statut, son âge, son pa…

    #paywall

    • Vous savez ce que font les artistes-auteurs quand ils se retrouvent à passer un week-end avec d’autres artistes-auteurs ? Ils se racontent des histoires d’artistes-auteurs. Des bras de fer aberrants avec des éditeurs pour arracher 1 ou 2% de droits. Des commandes absurdes et irréalistes. Des projets pour lesquels ils n’ont toujours pas été payés. Des structures qui ont essayé par tous les moyens – flatterie, affect, coups de pression, tromperie – de les faire travailler gratuitement. Des œuvres traitées n’importe comment – maquettes à la truelle, pages inversées, impression hasardeuse – par une chaîne de prestataires externes qui croulent sous les demandes. Il n’a jamais été aussi simple qu’aujourd’hui de se renseigner, se documenter, connaître les coulisses de n’importe quel secteur et, si nécessaire, les dévoiler, exprimer son désaccord de manière forte et visible, élaborer des ripostes, réfléchir à des améliorations. Mais rien ne change. Quels que soient son statut, son âge, son parcours, l’artiste-auteur a toujours une dizaine d’histoires de ce genre à raconter et, malgré l’expérience qui rentre ou la notoriété qui vient, doit continuer à tout faire pour les éviter.

      Inoffensif coup de vernis

      Le rapport remis en janvier 2020 par Bruno Racine au ministre de la Culture d’alors, Franck Riester, avait suscité énormément d’espoirs, prescrivant la mise en route de chantiers cruciaux tels que la création d’un statut professionnel dédié et la mise en place d’un taux minimal de droits d’auteur. Las, il a fini pour l’essentiel dans la corbeille. En mars, sa successeuse, Roselyne Bachelot, choisissait de n’en garder que des miettes – choix salué au passage par les gros acteurs du secteur, trop contents de cet inoffensif coup de vernis sur le statu quo.

      Dans la foulée, Samantha Bailly, présidente de la Ligue des auteurs professionnels, qui avait porté le dossier avec intensité depuis trois ans, cessait tous ses mandats, dénonçant un « mépris pour la parole des auteurs et autrices » et, au-delà même, pour « le dialogue social ». Un choix qui tenait moins de la résignation que de la colère et qui a trouvé samedi un nouvel écho dans les pages du Monde, sous la forme d’une tribune signée par un collectif d’auteurs et représentants d’organisations professionnelles, dont Samantha Bailly, dénonçant les « bricolages » et « mesurettes » du ministère et concluant que les artistes-auteurs se voyaient, de fait, « exclus du droit commun ».

      Grands raouts utopistes

      Suprême ironie, cette fin de semaine tombait quasi simultanément un appel à contributions pour illustrer le songbook le Suprême de -M- du chanteur Matthieu Chedid. La rétribution des heureux élus retenus pour le projet final ? Leur photo dans le livre, une cession de droits gracieuse et une remise de 30% sur le prix de vente de l’objet (frais de port non inclus). Annonce retirée ce matin, après que le chanteur a fait part de son désaccord sur la proposition, selon toute vraisemblance rédigée par son éditeur sans son consentement.

      On salue le geste. Qui ne représente finalement, lui aussi, guère plus que quelques miettes. Un an après les élans de solidarité spontanée et les grands raouts utopistes vantant le « monde d’après », quelles figures populaires oseront se faire l’image et les voix de ce combat nécessaire pour l’amélioration des droits sociaux des créateurs ? Qui prendra le risque de mettre un coup de pied dans les rafistolages administratifs sur lesquels se repose une poignée au détriment de milliers d’autres ? Qui pour changer le scénario désespérément prévisible des histoires que les artistes-auteurs se racontent le week-end ?

  • Et puis il ne restera que Marc Dutroux - Crêpe Georgette
    http://www.crepegeorgette.com/2021/04/19/puis-il-restera-marc-dutroux

    Je me souviens il y a presque 20 ans le procès Dutroux. J’étais mal, si mal à cette époque là que j’avais tout lu, tout regardé y compris les rapports d’autopsie des gamines. Je baignais en plein complotisme parce qu’il était plus simple d’imaginer des notables protégeant Dutroux qu’une simple incompétence, une simple flemme, une simple guéguerre flics/gendarmes qui mènent à la mort d’enfants. Si c’était juste cela, alors il n’y avait plus qu’à tout arrêter parce que je ne voulais pas vivre dans ce monde là. On était sur le forum des chiennes de garde à cette époque, à déjà parler de nos viols et déjà on nous expliquait que face à l’affaire Dutroux, ce qui nous était arrivé n’était pas si grave.
    20 ans après c’est le même cinéma rien ne change. On ne nie plus la parole des victimes, Goldnadel explique à la télé, sans être immédiatement foutu dehors à coups de pied au cul, que ce n’est pas comparable à la sodomie d’un enfant de 3 ans.
    La grande évolution est là finalement, peut-être encore plus cruelle que ce que j’avais envisagé ; nous croire mais nous dire qu’on s’en fout. Nous croire mais nous dire qu’il n’y a pas mort d’homme ou sodomie de môme. Nous croire et que rien ne change.
    A la fin il ne restera que les monstres, les Dutroux et Fourniret. Ceux qui ont torturé, violé, brisé en morceaux et qui seront toujours ceux qu’on convoquera pour mieux excuser les autres, tous les autres.

    • Macron dans son discours sur la guerre à la drogue mentionne que les violences sexuelles ont augmenté de 36%. Il passe dessus en faisant une petite formule de merde sur la liberation de la parole et il en conclu qu’il faut faire la guerre aux fumeureuses de joints.

  • Les arbres victimes de la pollution sonore, même quand le silence revient - Geo.fr
    https://www.geo.fr/environnement/les-arbres-victimes-de-la-pollution-sonore-meme-quand-le-silence-revient-204438

    Des scientifiques américains ont étudié des arbres exposés pendant 15 ans à un niveau élevé de bruit artificiel, au Nouveau Mexique.

    Selon l’étude publiée dans Proceedings of the Royal Society B, ils ont découvert une réduction de 75% de jeunes pousses de pins à pignon dans les zones bruyantes par rapport aux zones plus calmes.

    Ils ont ensuite examiné les zones où la pollution sonore avait disparu pour voir quelle était la réaction des arbres, partant de l’hypothèse que ces populations (genévriers et pins à pignons) allaient se remettre rapidement, dès que les geais qui dispersent les graines reviendraient sur la parcelle redevenue silencieuse.

    Mais à l’inverse, ils ont observé un déclin à long terme du nombre de nouvelles pousses, les oiseaux refusant de revenir sur ces sites.

    « Les effets de la #pollution_sonore provoquée par l’Homme s’infiltrent dans la structure de ces #communautés_forestières », a commenté Clint Francis, biologiste à l’université polytechnique de Californie, co-auteur de l’étude. « Ce que nous constatons, c’est que faire disparaitre le bruit ne signifie pas nécessairement une reprise des fonctions écologiques ».

    https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rspb.2020.2906

  • #Recettes, droit d’auteur(e), #copyright et #propriété-intellectuelle
    https://www.planete-cuisine.com/10/encyclopedie-recettes-droit-d-auteure-copyright-et-propriete-intell

    Mais qu’est-ce qu’une recette au fond ? C’est en général, une liste d’ingrédients nécessaire à l’élaboration d’un plat et un texte servant d’instruction sur le déroulement de la préparation. Mais un plat, même réinterprété, ne peut avoir droit à cette protection au titre de la Propriété Intellectuelle s’il reste factuel en partie du fait qu’il soit éphémère et voué à disparaitre dans un laps de temps très court après sa réalisation.

    Un article qui répond à des questions que je ne m’étais jamais posées, et intéressantes. #cuisine #droit-d'auteur

  • Pureté militante, culture du « callout » : quand les activistes s’entre-déchirent | Pauline Grand d’Esnon
    https://www.neonmag.fr/purete-militante-culture-du-callout-quand-les-activistes-sentre-dechirent-56

    Des mécaniques brutales de dénonciation et de mise au ban font des ravages au sein de milieux militants progressistes. Témoignages sur un fléau longtemps tabou. Elle est étudiante et souhaite s’engager pour la première fois... Source : Neon

    • Récemment, elle a vu avec amertume une jeune mère, victime de violences, qui sollicitait de l’aide sur un groupe Facebook de parentalité féministe, se faire corriger car elle n’employait pas les termes jugés inclusifs pour les personnes trans ou non binaires. « Elle avait besoin de manger, pas qu’on lui dise comment s’exprimer. »

      […]

      « On m’a engueulée parce que j’ai pas mis de TW devant une recette qui contenait du kiri, et que les vegans pouvaient être choqués » soupire Jeanne.

    • « Ne vouloir faire société qu’avec ceux qu’on approuve en tout, c’est chimérique, et c’est le fanatisme même », disait Alain. L’enseignante féministe Loretta Ross prône une culture du « calling in » plutôt que « calling out » : « C’est un callout fait avec amour, en privé et avec respect, développe-t-elle dans le New York Times. Cela veut dire contacter la personne par message privé voire au téléphone, ou simplement respirer un bon coup avant de commenter. »

    • Je viens de me prendre un call-out d’un groupe qui m’a sollicité pour faire leur site bénévolement !
      Ça m’a rappelé la cour de récré et les jeux sadiques des enfants qui s’exercent à la mode de l’exclusion en trouvant n’importe quel prétexte, où en général l’enfant caillassé est considéré comme « étranger ».

      N’ayant pas d’ami·e direct dans ce groupe (personne ne me connait IRL) j’ai été prise à partie par une personne qui semble désormais s’attribuer le rôle alpha et signe le mail avec une autre alors que je pensais la situation jusque là assez conviviale.

      J’ai décidé de partir parce que ce type de rapport est excluant et que ce genre de lynchage ne m’intéresse pas, sur moi ou un·e autre, mais c’est vrai que c’est bizarre quand ça t’arrive.

      Le conflit ne me fait pas peur, il peut même être salvateur, mais se faire désigner le bouc ou la brebis émissaire qui va permettre au groupe de se res-souder en re-désignant son ennemi, c’est un exercice qui permet à celui ou celle qui lance la salve de jouer les conquérants, elle gagne à tout les coups en humiliant publiquement la personne qu’elle veut transformer en son adversaire.

      J’ai donc reçu le bonnet d’âne validiste parce que j’ai proposé Jitsi au lieu de Zoom. Peu importe si j’ignore que Jitsi n’est pas accessible, je suis la nouvelle ennemie. Il me semblait que dans un conflit, ce qui est intéressant c’est de pouvoir le résoudre, d’en informer à minima la personne avant. Oh pas que je demande à être ré-éduqué, mais juste disposer d’un peu de considération humaine, penser que chacun n’est pas aussi riche de connaissances que les autres et que si justement on se trouve à cet endroit militant c’est que chacun·e a ses propres richesses à partager.

      Bref, pour avoir envie de partager, le projet doit m’intéresser mais j’ai besoin d’agir et qu’on agisse avec moi avec un minimum de bienveillance, surtout quand mon investissement en temps et en compréhension est d’ordre moral.
      Et là je vois surtout que la méchanceté peut se cacher derrière la soit disant défense des minorités et faire des ravages, voire permet d’asseoir facilement un certain pouvoir bien médiocre.

  • Belle stratégie #vélo en Finlande à Oulu

    des enfants de 7 ans qui vont seuls à l’école en vélo et une piste cyclable sur la mer Baltique gelée ! avec un urbanisme adapté à l’abandon de la voiture.

    https://www.leparisien.fr/video/video-a-velo-dans-la-neige-comment-les-enfants-finlandais-defient-l-hiver

    200.000 habitants avec une part de 22% pour le vélo contre 5% à Paris, avec six mois de froid (jusqu’à -30°) et de longues nuits.

    Petite visite du reportage à Metsokangas où les étudiants ont un seul feu pour aller à l’université en vélo contre 12 pour les voitures.

    Pour comparaison à Toulouse, impossible d’accrocher mon vélo au marché de St Aubin ce matin, il y en avait près de 300 garés là où les bagnoles n’avaient pas pris la place !
    Les voitures sont omniprésentes, se garent sur les trottoirs, alors que les vélos sont relégués avec les piétons sur des espaces surpeuplés et impratiquables comme les digues de la Garonne.

    « Pour mettre les gens au vélo, il faut rendre la pratique rapide, facile et confortable »

  • Le premier #podcast de #Stéphane_Mercurio, qui raconte comment les mots de la discrimination peuvent fracasser...

    « Je me suis fait la guerre » - Ou comment être un « bon arabe » ?
    Aurélie Charon, France Culture, le 3 janvier 2021 à 22h sur France culture, puis en podcast après, quand vous voudrez...
    https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/je-me-suis-fait-la-guerre


    https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11983-03.01.2021-ITEMA_22530170-2021C34065S0003.mp3

    #France #islamophobie #psychiatrie

  • Dans la nasse
    https://visionscarto.net/dans-la-nasse

    Description en images des techniques utilisées par la police pour perturber, casser, pourrir les manifestations. par Le Pantale Sortir de chez soi pour défendre ses idées ne relève plus du parcours de manifestation mais du parcours du combattant. Les forces de l’ordre développent des tactiques pour surveiller, maîtriser, réprimer les corps indésirables ; c’est cet art d’imaginer des dispositions dans l’espace pour y manifester son pouvoir qui m’intéresse. Dans cette série, j’ai tenté de poser des (...) #Billets

  • Raptivisme : en Amérique latine, le rap vecteur des combats féministes
    Lise Segas, The Conversation, le 10 mai 2020
    https://theconversation.com/raptivisme-en-amerique-latine-le-rap-vecteur-des-combats-feministes

    Certaines chantent aussi dans les langues autochtones comme le quechua (la Mafia Andina, Renata Flores), l’aymara (la rappeuse indigéniste Nina Uma) ou le mazahua, une langue otomie du Mexique (Za Hash), reprenant des rythmes plus locaux (la cumbia, par exemple) ou des instruments traditionnellement associés à d’autres genres musicaux (le violon de la musique andine).

    #Musique #Musique_et_politique #Rap #Femmes #Féminisme #Amérique_du_Sud #Amérique_Latine #femcees

    A rajouter sur la playlist de chanteuses féministes de @mad_meg :
    https://seenthis.net/messages/392880

  • Réouverture des écoles : les mesures préconisées sont « inhumaines »
    https://reporterre.net/Reouverture-des-ecoles-les-mesures-preconisees-sont-inhumaines

    « Des collègues qui ont gardé des enfants de soignants n’ont pas tenu une demi-journée les règles de distanciation, raconte Véronique Decker, ex-directrice d’école et autrice de Pour une école publique émancipatrice (Libertalia, 2019). Il est inenvisageable de ne pas laisser les enfants s’approcher les uns des autres, à moins de faire des choses horribles. Ce protocole vise uniquement à couvrir les dirigeants qui ont décidé cette réouverture précipitée. Ils ont réuni des conditions irréelles pour rendre acceptable sur le plan sanitaire la reprise du travail. Tout repose sur les épaules des enseignants et du personnel. »

    À Marseille, l’école de Marie-Anne accueille aussi des enfants autistes et une douzaine d’enfants « à besoins particuliers ». Qu’en sera-t-il pour ces élèves qui n’ont parfois pas la maîtrise de leur corps ? Le protocole ne les mentionne pas, et rien n’a été publié pour les assistantes de vie scolaire qui s’en occupent. « Le personnel va devoir faire semblant d’appliquer les mesures sanitaires même si, dans les faits, tout le monde sera en contact rapproché toute la journée. »

    #covid19 #école_déconfinée #déconfinement

    • Très intéressant !

      J’ai ainsi pu observer l’agression comme mode d’accueil de celleux qui ne connaissent pas encore les codes.

      Quand tu veux quand même appartenir à ces groupes parce que plein de valeurs de ces communautés te touchent, ou parce que c’est le seul endroit où tu sais que tu trouveras du soutien, tu apprends vite à ne pas faire trop de vague. À te taire d’abord, parce que tu ne te sens pas légitime, et parfois longtemps. Tu intègres le Dogme, et tu le répètes. Tu reproduis aussi, probablement, les dynamiques dans lesquelles tu a été accueilli·e. Tu n’es pas là pour faire de la pédagogie. Éduquez-vous et fermez-la.

      Ce que j’appelle rhétorique de la victime, c’est le fait de déclarer être dans la position de victime en premier dans un conflit, et d’ainsi cantonner l’autre à la place d’agresseur. Il y a tout un vocabulaire déployé avec cette rhétorique, qui consiste souvent à accuser l’autre ou les autres d’abus, d’être toxique, etc. Ainsi, le langage développé pour aider des personnes victimes de violences à identifier et nommer ce qui leur arrive est instrumentalisé au nom du féminisme.

      Jo Freeman évoquait déjà cet enjeu dans un texte du début des années 70, Trashing : the dark side of sisterhood : “Pendant toute ma jeunesse, j’ai survécu parce que je n’avais jamais donné à une personne ou à un groupe le droit de me juger. Je m’étais réservée ce droit. Mais les douces promesses de sororité du Mouvement [féministe] m’ont séduites. Il prétendait offrir un refuge contre les ravages d’une société sexiste, un endroit où l’on serait comprise. C’était mon besoin même pour le féminisme et les féministes qui m’a rendue vulnérable. J’ai donné au Mouvement le droit de me juger parce que je lui faisais confiance. Et quand il a jugé que je n’avais aucune valeur, j’ai accepté ce jugement.” [3]

      Prégnance du dogme et lecture des conflits comme abus ont en commun d’instaurer une peur de dire, des difficultés à dialoguer, à remettre en question. C’est en fait une peur du jugement social et du rejet par sa communauté, dont l’importance peut être vitale.

      S’il est bon de pouvoir réagir en cas d’abus — et il est compréhensible qu’on en soit pas toujours capable — nous n’avons pas à vivre dans l’hypervigilance de l’abus imminent. Nous avons le droit de nous reposer.

      Il nous faut renoncer à cette fiction qu’il serait possible d’être safe, cesser d’utiliser ce terme pour qualifier des personnes qu’on connaît, nous-même, ou encore des lieux. Ce ne sont pas de bonnes bases pour construire un sentiment de sécurité et de la confiance. L’exigence de perfection est intenable, et donc vouée à l’échec. Elle amène forcément avec elle peur et malhonnêteté (peur de mal faire, peur des abus, dissimulation de pensées et d’actes pour éviter les jugements). Il nous faut donc une vision qui intègre le risque, l’erreur, l’échec, et même la violence. À l’intérieur et à l’extérieur de nos communautés. Oui, parce que la manière dont vont être jugé·e·s “les autres” nous renseigne sur la manière dont on peut s’attendre à être traité·e·s par nos pairs.

      Il faut que le prix à payer pour se reconnaître comme agresseur soit autre chose que la mort, sociale ou littérale. Quand il y a remise en question et reconnaissance du mal, nous devons collectivement apprendre à le recevoir autrement.

      La justice transformatrice reste très peu évoquée dans les milieux féministes, et on fait face à des réactions qui sont le plus souvent punitives et définitives, quand bien même elles rentrent en contradiction face à d’autres idéaux de gauche des personnes dont elles émanent. Parfois même, la punition est un réflexe émotionnel plus qu’une décision politique. Finalement, ces réactions sont avant tout sécuritaires.

      J’ai l’intention de prendre des risques
      Et je réclame le droit de me planter.
      J’espère être bien entourée,
      qu’on cultivera ensemble nos capacités d’expression
      pour éradiquer nos peurs de dire.

      Lien vers https://www.jofreeman.com/joreen/trashing.htm

      Paru initialement ici
      https://medium.com/@leilla/quelle-culture-f%C3%A9ministe-voulons-nous-102141a63830

    • Cela s’applique probablement a beaucoup de groupes militants (ce qui ne disqualifie pas forcément les idées qui peuvent y être défendues). Je ne serais pas surpris d’ailleurs que plus les idées sont radicales et plus on retrouve ce genre de comportements à base d’exclusion (ou plutôt d’excommunications), de respect de « dogmes » et de rejet véhément de toute parole contraire, sans parler d’autres codes plus subtils comme le style vestimentaire, les goûts culturels etc.
      Cela doit probablement être nécessaire à la fois au maintien du groupe en tant que structure radicale et aussi au maintien des quelques personnes qui dirigent le groupe (de façon souvent informelle ou pas, la hiérarchie pouvant être quelque chose de mise en avant aussi).

  • Migrations, cartes de vents et calligramme cartographique
    https://neocarto.hypotheses.org/9919

    La solution dont nous allons discuter a été imaginée par le prolifique Waldo Tobler dans les années 70 / 80. Tobler a travaillé sur différentes méthodes de visualisation et a évoqué une approche particulière dans différents articles, permettant de reconstruire un champ vectoriel (tel que ceux rencontrés dans la description des vents, par exemple) pour décrire des migrations observées. L’article A Model of Geographic Movement publié en 1980 est une bonne présentation synthétique de ses recherches sur cette question. Pour les curieux, je vous recommande également ces 2 présentations : A Movement Talk et Asymmetry to Potentials dans lesquelles il évoque les données de migrations entre communes Françaises comme cas d’étude pour sa méthode.
    Dans le cadre du projet Tribute To Tobler (TTT), nous avons donc trouvé naturel de produire des cartes dynamiques sur les migrations résidentielles françaises telles que celle-ci pour remettre en avant cette méthode.

    #od #cartographie #streamlets

  • L’amour (et les femmes) au temps du numérique – Egalitaria
    https://egalitaria.fr/2020/02/06/lamour-et-les-femmes-au-temps-du-numerique

    Une lassitude collective que les Anglo-saxons nomment « dating burnout », et qui survient souvent après de longs mois à écumer les sites de rencontre (ou les bars), entretenir des centaines de conversations virtuelles et multiplier les rendez-vous sans intérêt.

    Après les énièmes profils de l’étudiant à HEC qui n’est pas là pour se prendre la tête, du mec qui pose noyé dans sa bande d’amis (qui est qui ?) ou au bras d’une charmante demoiselle (qu’est-on censée en déduire ?), du cœur tendre posant avec son chat/son neveu/sa guitare en pensant que cela va le transformer en piège à filles, du fuckboy livré avec option fautes d’orthographe et du baroudeur posant négligemment devant le Macchu Pichu (est-ce que tout le monde part en vacances au Pérou désormais ?!), j’ai fini par ressentir cette désagréable sensation qu’on éprouve après avoir trop mangé. Trop de choix, trop de possibilités, et pourtant aucune ne me faisait envie. Pire encore : toutes me repoussaient.

    L’amour reste paradoxalement une valeur sûre, un idéal indétrônable. Pour plus de 50% des Français-e-s entre 15 et 34 ans, les relations amoureuses sont « importantes » (et même « primordiales » pour 25% d’entre eux et elles). Néanmoins, le paradigme amoureux a changé, et la nouvelle norme repose sur un équilibre instable qui peut générer beaucoup d’inconfort.

    (Notamment au niveau des parties génitales : en moins de 4 ans, les infections sexuellement transmissibles ont en effet explosé en France.

    Mais venons-en à la question qui nous intéresse : en quoi ces nouveaux comportements sont-ils particulièrement délétères pour les femmes ?

    Tout d’abord, le modèle standard de relations (amoureuses et/ou sexuelles) sans engagement va à l’encontre de la façon dont les femmes sont socialisées. Celles-ci grandissent en effet – et sont ensuite pressurisées par la société – avec l’idée qu’elles doivent trouver l’amour, le grand chevalier blanc. Elles sont éduquées à surinvestir la sphère amoureuse, leur identité sociale y étant étroitement liée.

    Or, la connexion véritable à laquelle nombre d’entre elles aspirent est peu compatible avec la logique consumériste actuelle.

    Et puisque la sexualité féminine n’a toujours pas fait son entière révolution, les femmes se retrouvent désormais au cœur d’un immense paradoxe. Incitées à laisser libre cours à leurs désirs et à profiter d’une liberté sexuelle censée être à leur avantage, elles sont pourtant punies lorsqu’elles abusent de cette liberté – ou le font sans la discrétion qu’on attend d’elles.

    Soucieuses de ne pas faire peur à leurs prétendants potentiels, elles taisent alors leurs véritables désirs et besoins. Quitte à se retrouver embarquées dans des relations dont elles n’ont pas défini les termes, et qui ne leur conviennent pas.

    Par ailleurs, les relations sans attaches semblent peu propices au plaisir des femmes. Une étude américaine d’envergure a ainsi montré que 55% des hommes avaient reçu du sexe oral lors de leur dernière relation sexuelle (sans engagement), contre seulement 19% des femmes. Et 80% des hommes avaient eu un orgasme lors de leur dernière relation sexuelle, contre 40% des femmes.

    Enfin, on peut déplorer que la liberté sexuelle, qui se targue d’être un vecteur d’émancipation des corps, ait paradoxalement fini par se transformer en une énième injonction – à prendre son pied, à explorer, à s’amuser (selon une conception universelle de l’amusement qui en laisse beaucoup sur le carreau).

    Mais il y a peu de chances que les femmes soient les grandes gagnantes de cette « révolution » sexuelle. Et ce, pour une raison simple : celle-ci a été élaborée selon les termes des hommes, en ne laissant à l’autre moitié de l’humanité pas d’autre choix que de s’y plier. En matière d’amour 2.0, femmes et hommes ne jouent donc pas à jeu égal.

    Excellent texte sur les #femmes, les hommes, la #sexualité et l’#amour.
    #libéralisation_sexuelle

  • Thread by FlorencePorcel : Vous connaissez cette histoire d’une speakerine française des années 60 qui s’était fait virer pour avoir montré ses genoux à l’antenne ?
    https://threadreaderapp.com/thread/1252918531475279873.html?refreshed=yes

    Cette archive est extraordinaire. Il y a TOUT. Le « droit de cuissage », le refus qu’un homme « impose » une « galanterie », le récit du dénigrement de la jeune femme (dont ses capacités pro), le terme « harcèlement sexuel »... Incroyable. 1995 !
    Et je n’ai trouvé aucune mention du fait que Marcillac aurait porté plainte pour diffamation contre Noëlle Noblecourt après cette émission. Il aura eu au moins la décence de ne pas le faire.
    Depuis #MeToo, je me pose une question : de la libération de la parole des femmes ou de la disparition subite de la surdité des hommes et de la société, laquelle a entraîné l’autre ? (C’est l’histoire de l’oeuf et de la poule.)

  • #Pauline-Moszkowski-Ouargli sur Twitter : "Je ne reviendrai pas sur la « sorcellerie » contemporaine - pratiquée par les féministes - comme un amalgame de pratiques issue d’usages de femmes racisées (le tarot tzigane par exemple) ici, mais plus sur l’idée de la mémoire traumatique. https://t.co/L172YHF7xL" / Twitter
    https://twitter.com/paulinemski/status/1232618810953420805
    Un fil intéressant pour envisager la figure de la #sorcière dans la perspective de la construction d’une #mémoire-traumatique, particulièrement par les #femmes blanches.
    #féminisme

  • #Confinement : une opportunité pour la #biodiversité ?
    #Gilles-Boeuf, invité des Matin de #France-Culture le 09/04/20.
    https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/gilles-boeuf-est-linvite-des-matins


    « Nous sommes en guerre contre nos propres comportements. » et « Ce qui manque c’est l’amour. »
    Un entretien qui explique ce qui était prévisible (par rapport à la biodiversité) et où ça fait du bien d’entendre un invité dire « Je ne peux pas répondre à votre question, je ne sais pas. »
    #zoonose #coronavirus #radio #audio #radio-France #sciences

  • « L’année où j’ai arrêté de faire de l’art » - Paul Maheke dans DOCUMENTATIONS
    https://documentations.art/L-annee-ou-j-ai-arrete-de-faire-de-l-art

    L’année où j’ai arrêté de faire de l’art, j’ai juste arrêté. Je n’étais pas seulement ralenti·e dans ma progression, je n’ai pas pris un détour, j’ai juste arrêté. La vie ne m’a pas fait de coups durs, du moins pas plus que d’habitude. Ma vie entière était un coup dur.
    […]
    L’année où j’ai arrêté de faire de l’art, c’était avant le Covid-19. Pas besoin d’une pandémie globalisée pour abréger ma carrière. Je n’ai juste pas réussi à payer mes impôts à temps. C’était en 2019 et j’ai eu un accident de vélo pendant que je livrais des repas à domicile. L’année où j’ai arrêté de faire de l’art, je n’ai pas eu besoin que les régions les plus riches du monde se confinent pour que le monde de l’art me fasse sentir que j’étais de trop.

    C’était tellement banal que personne ne s’en est rendu compte.

    Personne ne s’en est rendu compte parce que je n’étais pas capable d’en faire une œuvre d’art. Ça ne pouvait pas devenir de l’art. Ça s’est juste fini. Mes expositions ont été annulées et personne ne m’a payé et personne ne m’a vu.

    #art #artiste #recherche #Paul-Maheke