• Une analyse critique de l’occupation des théâtres, un mouvement lancé le 4 mars pour demander la réouverture des lieux culturels et qui se fait le porte drapeau de tous les précaires touchés par la réforme de l’assurance-chômage. S’il a incontestablement ramené le beau temps dans nos villes, les artistes réussiront-ils à trouver une forme politique efficace à opposer à un gouvernement sourd aux demandes sociales ?

    https://lespetitssoirs.fr/2021/03/31/loccupation-des-theatres-de-la-colere-dune-corporation-a-un-debordeme

  • Ces dernières années, les grèves enseignantes se sont emmurées dans l’inefficacité et n’ont réussi à obtenir que des miettes. C’est parce qu’un certain nombre d’impensés politiques subsistent encore autour de l’école. Il faut la voir non pas comme une institution qui produit du savoir mais comme une gigantesque chaîne de production de notes, qui sert à assigner aux enfants une place dans le règne marchand. Que se passerait-il si les professeurs renonçaient à noter ?

    « Et pendant les grèves, nous partons sans couper la machine, nous continuons de faire tourner la chaîne de production. Moi le premier, j’ai accumulé une quinzaine de jour de grève pendant la mobilisation contre la réforme des retraites et en même temps, je remplissais doctement Pronote, le logiciel de tri social. Incontestablement, il aurait fallu débrancher la machine et laisser les managers d’âmes gérer le vide, le néant sur lequel est bâti l’institution. »

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    #école #grèves #notes #évaluation #profs

    https://lespetitssoirs.fr/2021/03/17/de-la-fronde-symbolique-a-laction-revolutionnaire-blanquer-lagonie-du

  • Retour sur le succès de Game of Thrones et sur son invisibilisation des classes populaires au profit des luttes entre puissants :

    « Comment se fait-il que cette série qui ait captivé l’attention de millions d’êtres, au point que, chaque semaine, la diffusion d’un épisode devenait un rituel collectif, où l’on s’installait confortablement avec sa famille ou ses amis devant un ordi, une télé, dehors, dedans, a la maison, au boulot, dans un pub, pour visionner ce que les scénaristes avaient concocté, soit désormais complètement passée de mode ? Nous nous attèlerons donc à chroniquer un effondrement très discret, à rebours du rythme à tambour battant imposé par les showrunners. En bons suzerains, ils avaient réussi à capter l’attention d’un public inféodé, en le faisant naviguer entre un état d’anxiété addictif et le confort de l’itération »

    https://lespetitssoirs.fr/2020/12/16/game-of-thrones-une-saga-qui-fait-ployer-le-genou

    #gameofthrones #hbo #classespopulaires #série

    • Le monde rêvé des Hobbits
      https://www.monde-diplomatique.fr/2020/06/PIEILLER/61885

      Du catholicisme à William Morris, les influences de J. R. R. Tolkien

      Vendue à 150 millions d’exemplaires, « Le Seigneur des anneaux » est une œuvre qui, au fil des décennies, loin de se démoder, a été saluée de plus en plus largement. Elle semble avoir rencontré, voire nourri, un imaginaire collectif toujours plus partagé. Or le système de valeurs et la conception de la société de la Comté déploient une morale politique dont le charme archaïque n’est pas sans ambiguïté...

      Mais, avec une puissance inventive, joueuse, qui permet d’éviter toute allégorie directe, Tolkien déploie en même temps ce qui peut apparaître comme son monde raisonnablement idéal, celui du peuple du meneur de la quête, les Hobbits — les « petites gens » ou semi-hommes —, une variété humaine modeste, joyeuse, qui n’a pour ainsi dire aucun gouvernement, respecte spontanément les règles anciennes, inchangées, se passe pour l’essentiel de forces de l’ordre, sinon aux frontières. Des personnages qui seront plus ou moins copiés ensuite par la fantasy. Ce monde-là, très « médiévalisant », accepte la magie, mais ignore l’idée même de progrès, de technologie, de sens de l’histoire. Au plus loin des « sombres forges » qui caractérisent l’empire du Mal, artisans et paysans vivent heureux, doués pour les bons repas et les beaux récits, rejetant « ceusses » qui sont « toujours à compter, à mesurer ». D’ailleurs, le héros véritable du récit est un jardinier…

      Ce modèle de société, autoprotégée, mesurée, enracinée dans sa mémoire et dans sa Terre mère, féodale mais sans féaux, soucieuse uniquement des menus plaisirs de la vie, mais attentive à tout ce qui verdit et porte fruit, a été salué par les contestataires des années 1960, et à l’opposé par le Mouvement social italien (MSI) néofasciste, qui organisait entre 1977 et 1981 des « camps hobbits ». La trilogie est aujourd’hui chérie de nombreux lecteurs de sensibilité écologiste. Cette aspiration à un univers rétro-rural autarcique, méfiant à l’encontre de la technique, de la perte de contact avec les vérités de la nature, n’est probablement pas près de s’éteindre, à la suite de la crise sanitaire actuelle. Il serait bon de se rappeler alors que la Fraternité de l’Anneau, toute à son combat contre les puissances de mort, a rétabli un roi.

    • Oui, j’ai lu cet article, il est super. Je l’ai même cité à la fin du mien. Beaucoup à dire sur ce genre qui est tourné vers le passé, dans un geste éminemment conservateur. Mais Tolkien a le mérite de poser son regard sur les petites gens, les artisans et les paysans, contrairement à Martin, qui a réussi l’exploit dans ses romans sur un moyen âge dit réaliste de ne pas avoir un seul personnage principal issu des classes laborieuses. Il y a de la common decency chez les Hobbits de Tolkien avec toutes les problématiques que ça peut soulever !

  • À l’heure des débats sur la liberté académique, plusieurs souhaitent mettre pleins feux sur les écoles. Pour ce faire, le rôle des #profs devient une question incontournable.

    Hugo Dorgere, enseignant dans une commune de Lyon, nous partage son expérience et ses réflexions sur l’institution scolaire, mais surtout sur les profs.

    ’’Dans sa classe, l’enseignant·e est un·e souverain·e miniature et doit agir comme tel, tous ses actes, du plus léger au plus lourd de sens pour les élèves, s’inscrivent dans une gouvernance des corps. Ma pratique personnelle est à ce niveau, d’une banalité symptomatique de ce rapport de domination.’’

    https://lespetitssoirs.fr/2020/11/16/lecole-les-profs-et-la-contre-insurrection-reflexions-sur-un-parcours

    #profs #école #discipline #banlieues

    • Prenons le lycée Robert Doisneau, où je travaille actuellement, qui se trouve en plein cœur de Vaulx-en-Velin, une ville située dans la banlieue de Lyon. Voilà j’y viens enfin, après tout ce cheminement. Posons le décor. La première chose qui frappe avec Vaulx-en-Velin, c’est son splendide isolement du reste de Lyon. Il est d’abord géographique, la commune est entourée par des cours d’eau, au nord, le vieux Rhône, le canal de Miribel et plus au sud, le canal de Jonage, construit pour empêcher les crues et surtout pour alimenter la centrale électrique de Cusset. Il est ensuite économique. Quand on arrive à la station de métro Laurent Bonnevay-Astroballe pour prendre le bus en direction du lycée, on voit bien que les êtres qui transitent ici ne sont pas les mêmes qui peuplent le prospère centre-ville de Lyon, non, ils appartiennent massivement aux classes populaires et sont pour la grande majorité, des descendants d’immigrés de familles musulmanes. Dans ce bus, on croise des profs qui vont au travail, des étudiants en architecture, quelques habitants de Vaulx-Village, le bourg historique et de Carré de Soie, l’enclave entrepreneuriale qui a décollé sous la férule de la maire socialiste. Deux villes se côtoient sur ce territoire où le taux de pauvreté est de 35%, une plus populaire, que l’on retrouve parquée dans les fameuses cités, ces blocs rectangulaires et sinistres d’où sont issus les émeutiers de 1990 et une autre un peu plus aisée, qui veut se servir du lycée Robert Doisneau, où je travaille depuis à peu près deux ans, comme d’un tremplin vers la réussite sociale. Il est loin d’être anodin, ce lycée construit en 1995, juste en face du commissariat, c’est une réponse institutionnelle aux émeutes de 1990, les pouvoirs publics ont pris acte de la terreur bourgeoise causée par le surgissement de ces groupes organisés, capable de faire reculer la police, de la déborder et dans une stratégie que l’on pourrait qualifier de contre-insurrectionnelle, se donnent un alibi en offrant une issue apparente à la relégation économique entretenue par ces mêmes pouvoirs. On peut même aller jusqu’à dire que le lycée sert à diviser la population contre elle-même, l’immense majorité qui ne réussira pas aura à subir le discours culpabilisant des quelques élus qui seront parvenu à triompher de Parcoursup. On croyait éduquer les banlieusards, on les habitue à être évalués par un bureaucrate. Ce lycée est l’inverse de ce qu’il prétend être et vise simplement à rendre Vaulx-en-Velin gouvernable avec le concours des encadrants spécialisés dans l’éducation. A-t-on véritablement envie de préserver cet existant-là ? Ne peut-on pas justement inventer d’autres modes d’existences basés sur des rapports horizontaux ? Sur un nous et non pas un nous et eux ? Mais de quelle porte de sortie disposons-nous pour se tirer de cet enfer ? Et que faire, nous autres encadrants qui ne voulons plus encadrer ?

      #école #lycée #profs

    • A la sortie du lycée, on connaît plus ou moins bien les nombres relatifs, l’histoire de France et les verbes irréguliers mais on ne sait pas administrer des premiers secours, se défendre ou créer son potager, des savoirs qui pourtant paraissent indispensables à la vie. L’école éduque à l’impuissance au sein d’un système économique, qui lui accumule une puissance démesurée. On se repose sur des corporations, professeurs, policiers, médecins pour accomplir des choses que l’on pourrait faire nous-même.