Alain Marc

poète et écrivain, lectures publiques

  • en attendant bon qu’à ça  _

    cette disponibilité de la lumière
    inaccessible bien que dedans baignés
    et « ce qu’il reste à faire ne se fait pas (..) »
    l’eau accumulée dégoutte des meubles
    et des murets dehors les trouées de bleu
    se font envahissantes sans emphase
    l’unité implacable est soudain plus crue
    le reste de la lenteur a mis les voiles
    des coins s’insèrent pour creuser le dénuement
    des choses dans la dureté somptueuse
    de la lumière un vieux une mouette et quelques
    pierres se préparent aux aguets de la sieste
    plus rien n’y sera décidément pour personne
    « (..) parce qu’il n’y a personne pour le faire »


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2016, LAL1.3.

  • Qu’est-ce que cette société qui considère que l’art, la littérature, que passer un beau moment dans un bar ou au restaurant avec ses amis ou sa famille, avec ceux qu’on aime, n’est pas essentiel, et bénéfique, pour la santé de chacun ? Qu’est-ce que cette société qui ne considère pas qu’atteindre le bonheur, qu’être heureux, est la chose la plus essentielle qui soit, bien plus essentielle que la « productivité » et la « rentabilité » ? Qu’est-ce que cette société qui ne voit pas que ne pas privilégier ces valeurs positives est négatif et que cela se retourne même contre ses propres valeurs exclusivement liées et centrées sur la production et l’ « économie » ? Qu’est-ce que cette société qui ne voit pas que son obsession justement de l’ « économie » est en fin de compte une dépense tellement maléfique et improductive, et contraire, que maltraiter, aussi bien physiquement, que mentalement, que pécuniairement, les personnes qu’elle emploie pour ses activités va à son encontre et lui coûte tellement plus et plus « cher » ? Qu’est-ce que cette société - qui a perdu tout sens des valeurs, de son histoire - qui ne comprend pas que l’équilibre, de chacun qui la compose, et non la destruction de tous les liens, de toutes les valeurs patiemment mises en place, de tous les contre-pouvoirs, court en fait à sa perte et à la destruction du monde, et de la nature, qui l’a pourtant créée ?

    (c) Alain Marc

    #Covid_19 #Coronavirus #confinement #art #littérature #santé #société #travail #alain_marc

  • Avec ce virus
    rendu planétaire

    – Ils avaient déjà pris
    tous les médias –

    ils ont maintenant pris
    la démocratie !

    Avec ce virus
    qu’ils ont rendu planétaire
    ils ont répandu la peur
    en chacun
    de nous

    Avec ce virus
    rendu planétaire
    on ne parle plus
    que de nombre
    de morts
    des entrants et des
    sortants
    et nous du manque
    de pro
    ..........tections :
    masques gels et autres
    sur blouses

    ..........squeezant par là même
    ..........les partis politiques :
    ..........plus
    ..........aucune
    ..........opposition
    ..........Les lois
    ..........les plus scélérates
    ..........passent du coup toutes aujourd’hui
    ..........en catimini

    Avec ce virus
    rendu planétaire
    ils nous ont assigné
    en résidence
    calfeutrés isolés
    de tout
    et de tous

    Avec ce virus
    rendu planétaire
    d’un seul coup ils se sont arrogés
    tous les droits
    sur nous
    tous
    et rendus
    dépendants

    Avec ce virus
    rendu planétaire
    tout
    devient possible
    nous en
    fermés
    au moindre motif nous a
    brutir et nous cul
    pabiliser
    pour mieux nous
    mâter !

    Avec ce virus
    rendu planétaire
    ils sont maintenant les maîtres
    comme jamais
    ils ne l’ont autant rêvé

    Et nous n’avons plus qu’à suivre
    bien policés bien gen
    tils
    sans broncher et sans mouf
    ter

    Car nous
    n’avons
    et ne pouvons
    plus rien !

    Ils verrouillent
    de plus en plus
    la santé
    Internet et j’en
    passe
    Et même
    les élec
    tions !

    Avec ce virus
    rendu
    PLANÉTAIRE !

    https://schabrieres.wordpress.com/2020/05/05/alain-marc-avec-ce-virus-rendu-planetaire

    #Covid_19 #Coronavirus #confinement #politique #démocratie #élection #media #santé #alain_marc

  • Poèmes, de Ashraf Fayad ; Maison de la poésie Rhône-Alpes, 2019.
    traduits de l’arabe par Abdellatif Laâbi
    http://laabi.net/index.php/2018/04/18/oeuvres-traduites-de-larabe-par-abdellatif-laabi

    Le poète palestinien Ashraf Fayad reste emprisonné en Arabie Saoudite. Un deuxième volume de ses textes vient de paraître. Le Prix international du poète résistant va également lui être décerné en octobre 2019.

    • Ashraf FAYAD
      LIBERTÉ POUR LE POÈTE ASHRAF FAYAD !
      http://leshommessansepaules.com/auteur-Ashraf_FAYAD-624-1-1-0-1.html

      Cinquième épisode : La parution, en septembre 2019 de, Je vis des moments difficiles, poèmes d’Ashraf Fayad, traduits de l’arabe par Abdellatif Laâbi (La Maison de la poésie Rhônes-Alpes). En guise de préface, notre ami Abdellatif Laâbi a adressé à Ashraf Fayad la présente lettre :

      Mon cher Ashraf,

      J’aimerais commencer cette let…tre, une fois n’est pas coutume, par une citation : « Le courage est une affaire d’organisation », comme disait André Malraux. Pourquoi cela ? Tu sais que j’ai été moi-même emprisonné pendant des années et que, à une période donnée de cette expérience, ma vie a été en danger. Je peux donc me mettre un peu à ta place, essayer de deviner ce qui te traverse l’esprit, le cœur et les tripes, imaginer comment tu t’organises justement pour que le courage ne te fasse point défaut.

      Sur ce dernier point, je sais, nous savons que tu as un atout de premier ordre : la poésie, que je n’hésiterai pas à définir comme une école de courage. Et le vrai courage ne réside-t-il pas dans ce que cette école nous apprend à pratiquer : la vérité sur soi-même quoi qu’il nous en coûte, le refus des consensus, de quelque nature qu’ils soient, l’indépendance vis-à-vis des pouvoirs constitués, le corps à corps avec la langue dans laquelle on s’exprime, la fidélité à la parole donnée dans ce que l’on écrit ?

      Ayant lu tes Instructions, à l’intérieur d’abord en arabe, et encore plus intimement en les traduisant en français, j’ai acquis la conviction que tu as parfaitement honoré les exigences d’un tel enseignement et bien intégré les principes de son éthique. Et c’est ce qui te permet assurément de garder, dans ta cellule, la tête haute, que dis-je, dans les étoiles. De garder, même dans la nuit noire, les yeux ouverts à l’intérieur de toi-même et tout autant à l’extérieur, sur l’humaine condition.

      Tu sais Ashraf, il m’arrive d’avoir une idée folle, voire extravagante, celle de penser que, dans les pays où l’arbitraire règne, où la liberté est bafouée, où la dignité humaine est piétinée, eh bien la vraie place du poète est… en prison ! C’est de ce bastion ou de cette« citadelle d’exil » qu’il est en mesure de mieux dénoncer le régime qui opprime son peuple. En fait, c’est ce régime qui se dénonce lui-même, et de la façon la plus éloquente qui soit, en mettant le poète en prison.

      Allons, revenons à des choses plus sensées et éminemment désirables ! Ta liberté pleine et entière, que nous sommes, de par le monde, des milliers de poètes et des centaines de milliers de citoyens à exiger. Oui, continuons de construire ce rêve-là, et croyons-y dur comme fer ! Gardons l’espoir, ensemble.

      Je t’embrasse. Fraternellement.
      Abdellatif Laâbi

  • Lecture d’extraits du recueil « Le Monde la vie » avec Philippe Botta à la flûte irlandaise pour la Fête des Vendanges de Montmartre « Autour de la paix » au théâtre des Blondes Ogresses :

    https://www.facebook.com/alain.marc.lectures/videos/10212968518952551
    http://alainmarcecriture.free.fr/lemondelavie.htm

    #poésie #lecture_publique #monde #société #époque #pouvoir #pollution #destructions #tags #soi #Alain_Marc #Philippe_Botta

  • Livre audio :

    Il s’agit de l’enregistrement public de la lecture « Alain Marc lit Pierre Garnier » effectuée le 24 mars 2017 lors de l’inauguration du deuxième festival de poésie « Des mots, des rimes et des lyres » de Gif-sur-Yvette dans le cadre du Printemps des poètes.

    http://impression.premiere.free.fr/livreaudiolecturedepierregarnier.htm
    https://www.bookdoreille.com/fr/livre-audio/litterature-fictions/5198-lecture-de-pierre-garnier


    #Pierre_Garnier #poésie #spatialisme #Alain_Marc #Laurent_Maza #livre_audio

  • Ultime surréaliste, intime connaisseuse de Sade, son cinglant essai sur l’art contemporain, qui vient de sortir chez Stock, a été refusé par Gallimard
    Annie Le Brun : grande dame, d’un bloc Marie-Dominique Lelièvre - 5 Septembre 2018 - Le nouveau magazine littéraire
    https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/idees/grande-dame-d-un-bloc

    Aussitôt qu’on franchit le seuil, on tangue sur la pente d’un plancher gauchi par le poids du papier. Portant le plafond, des murs de livres grimpent en rangs serrés, et dans toutes les pièces en vue. Mince comme une badine, Annie Le Brun au premier regard intimide, à cause d’une intelligence crépitante, et parce qu’on la sait lectrice de Sade, auteur qui fout les jetons. Puis deux yeux de chat couleur limon vous cueillent, et tout s’arrange. « Annie est une oeuvre d’art, a prévenu l’anthropologue Paul Jorion. J’aime beaucoup la regarder. » Sous les paupières délicatement fardées, un regard pailleté, pénétrant et amusé, des yeux de vigie qui voient tout. Un peu trop, puisque son éditeur, Gallimard, lui a demandé d’aller éditer ailleurs son Ce qui n’a pas de prix, essai majuscule sur l’art contemporain.

    Sentinelle en colère – une saine colère –, Annie Le Brun a écrit un livre violent – une saine violence. Si les manifestes sont souvent enfumés de moralisme et de rhétorique, son essai précis et concret nomme les prédateurs de l’art contemporain, Bernard Arnault, par exemple, le milliardaire qui possède tout, même des actions chez Gallimard, et qui décide de tous nos besoins, primaires (Carrefour), secondaires (LVMH), spirituels (fondations et musées).

    Si Annie Le Brun n’est pas la première à dénoncer cette négation de l’art qu’est l’art contemporain, elle réussit à en définir la nature et à le décrédibiliser définitivement. « Réalisme globaliste », ainsi qualifie-t-elle cette production manipulatrice qui privilégie la sidération (Koons, Hirst, Kapoor) et anesthésie les sensibilités. Tout se tient, dit-elle, tirant le fil secret qui lie le désordre écologique, la mode et l’art contemporain. Nourriture frelatée, camelote griffée et faux luxe des marques, ersatz de rébellion, air irrespirable et rêve asphyxié, elle fait le lien. Dans son essai, l’intraitable Annie Le Brun balance tout. L’endogamie du monde de l’art contemporain, des fondations privées aux Frac en passant par les musées et la critique, tous au service des encaisseurs d’un goût standardisé. « Annie a des fulgurances », dit l’homme d’affaires et collectionneur Alain Kahn-Sriber. Sa plume dévastatrice n’est dupe de rien, d’aucune illusion, d’aucune fausse révolution, d’aucune contrefaçon. Les plus petits détails, elle les note dans de jubilants paragraphes sur le conformisme, l’arrogance et l’exhibitionnisme des fausses rébellions bobo – barbe de trois jours, jean lacéré, tatouages.

    La laideur partout
    « Je suis pas un écrivain qui écrit », dit-elle drôlement. Elle prend la plume par nécessité, sous l’effet d’une colère ou de la passion. Torse d’enfant moulé dans un body en dentelle jaune fluo sur bas opaques, l’insoumise Annie porte une jupe en Pleats Please, ce plissé néo-Fortuny qui libère le mouvement. L’innovation poétique, pas le bling-bling du luxe industriel. « Annie est très sophistiquée », a prévenu Alain Kahn-Sriber. Au doigt elle porte un anneau en argent offert par le plasticien surréaliste Jean Benoît, un phallus qui se mord la queue. « Il y avait cette histoire d’enlaidissement du monde… », dit-elle. Un exemple parlant : le sac Vuitton épandu, dans sa version contrefaite ou pas, sur toute la planète. « Partout, les choses les plus violentes de la marchandisation. » Venise, Rio, Bogotá, Moscou, mais aussi dans les replis secrets du globe. « Une pollution nouvelle qui use nos paysages intérieurs. Une prise en otage qui me terrifie », dit-elle. L’été dernier, elle villégiature chez son frère Alain, archéologue réputé, dans la partie nord de Chypre. Un jour, dans un village reculé, que voit-elle ? Des contrefaçons Vuitton sur le marché et des villageois qui les achètent. La laideur partout. Petit à petit, l’impossibilité de discerner le laid du beau. « Même pas des ersatz, mais une pollution qui avance. » La suffocante dictature des marques, « cette esthétique du marquage, image de la soumission heureuse », a gagné ce village perdu. « Quelque chose avait changé. Je fonctionne beaucoup à l’intuition. Je voyais les choses s’enlaidir, je n’arrivais plus à respirer », dit-elle.

    Libres de leur mouvement, des yuccas poussent devant les fenêtres en arabesques exubérantes, comme son écriture. « Annie Le Brun tend par ses livres à délivrer la vie », a écrit le poète et auteur Mathieu Terence, autre insoumis. « Annie Le Brun, c’est la poésie continuée par d’autres moyens », ajoute-t-il. Pourquoi des poètes en temps de détresse ? demandait Hölderlin. Comme l’abeille, le poète est un pollinisateur. Incisif, il va au coeur des choses. S’il disparaît, le danger menace car ce guetteur envoie des signaux. « J’admire la grande rigueur de sa pensée, dit Étienne-Alain Hubert. Elle est un repère sur l’horizon des grands débats intellectuels. » Le grand spécialiste de Pierre Reverdy (un autre intraitable) admire la pensée sans compromis, le jaillissement perpétuel de la prose, la force de ses images. « La beauté d’aéroport », par exemple, dans son dernier livre. Une formule admirable qui doit beaucoup à Bernard Arnault, puisque LVMH est aussi propriétaire du groupe Duty Free Shoppers (DFS).

    Si « l’homme le plus riche de France » qui veut devenir « l’homme le plus riche du monde » ne lui fait pas peur, c’est que cette grande dame n’a jamais craint d’être pauvre. « Je vivais avec Radovan Ivšic. » Le poète croate, interdit deux fois, par l’occupant nazi puis par le régime socialiste de Tito, n’avait pas peur de grand-chose. « Nous vivions de ce que nous appelions des petits boulots : traducteurs, relecteurs d’imprimerie, rewriter. Il y avait plus de hauts que de bas… Voyez la bibliothèque : des caisses d’oranges que nous ramassions sur les marchés. » Des cageots Pedro Perez, oranges de Séville. « Seule, je ne sais si j’aurais pu vivre ainsi. J’ai peur que non. Mais Radovan était une espèce de sauvage, il avait une sorte de confiance. Pour moi c’était formidable. »

    Intransigeante et souveraine, elle refuse les situations stables, prof par exemple. « Je viens d’une famille moyenne, mon père était commerçant, ma mère professeur. Je ne voulais pas participer de ce monde-là. Une sorte d’impossibilité. » Devant les questions personnelles, elle se dérobe. Va chercher la Vie de Rancé et lit : « Enfant de Bretagne, les landes me plaisent, leur fleur d’indigence est la seule qui ne se soit pas fanée à ma boutonnière. » Annie Le Brun est un mystère qui se soustrait. Sa personnalité est difficile à définir. « Ce qu’elle a dit de sa famille justifie ce qu’elle est », ajoute Alain Kahn-Sriber, énigmatique. « Une famille à 200 % conformiste fait surgir le "non" chez l’enfant curieux. Annie Le Brun, c’est l’intelligence insolente de l’enfant rebelle, qui refuse de prendre pour argent comptant ce que le parent ignorant lui raconte », dit Paul Jorion. Surprenante amitié que celle qui lie la dernière des surréalistes, nourrie de poésie et d’art, avec l’économiste-anthropologue-psychanalyste, ancien élève de Lacan. Deux visionnaires qui s’augmentent l’un l’autre. « Nous déjeunons au Vaudeville, à la Coupole, au Terminus Nord. Nos conversations durent entre quatre et six heures… » Ces deux curieux insatiables ne débattent pas, mais partagent de l’information. « À nous deux, nous élaborons un puzzle qui est une représentation du monde. À chaque rencontre, nous ajoutons deux ou trois pièces. » Des rendez-vous jubilatoires : « Nous rions de ce monde désespérant. »

    Garbo punk
    Un été de 1963, encore étudiante à Rennes, Annie accompagne un ami à Saint-Cirq-Lapopie, où André Breton passe les derniers beaux jours de sa vie. Dans l’ancienne auberge des Mariniers, qu’il occupe, elle ne dit pas un mot, mais il la remarque et l’invite à lui rendre visite à La Promenade de Vénus, le café où se tiennent les réunions du groupe surréaliste. Chercher l’or du temps, c’est sans doute une quête à sa démesure. Dans le groupe, elle rencontre deux forts caractères qui vont beaucoup compter pour elle : Radovan et le peintre Toyen. « Radovan était un être étrange et bariolé, portant des cravates aux teintes extraordinaires. Un être comme on en rencontre peu, un romantisme, un mystère, un accent slave ajoutant au mystère », dit Alain Kahn-Sriber. Autour de Breton, Annie Le Brun se lie aussi avec les plasticiens québécois Mimi Parent et Jean Benoît ; la stèle funéraire brisée de ce dernier est posée sur un radiateur, chez elle. « Une liberté d’être et de raconter ce qui lui arrivait, avec humour. Pour montrer que les idées, c’est pas du papier, Jean Benoît s’était fait marquer au fer rouge du nom de SADE. » Lors de cette cérémonie, intitulée « Exécution du testament du marquis de Sade », Jean Benoît risquait sa peau. Cette saisissante manifestation artistique, qu’on nommerait aujourd’hui une performance, mais sans exhibitionnisme, se déroula dans l’intimité d’un appartement, chez la poète Joyce Mansour.

    Rue Mazagran, chez Annie Le Brun, le salon est habité par des oeuvres surréalistes : boîte de Mimi Parent, huile de Toyen, tableaux naïfs, meubles de Fabio De Sanctis. Tous des amis. « Dans le surréalisme, elle a pris les choses intéressantes », selon Raphaël Sorin, qui fut son éditeur en 1977, année punk. Cette année-là, cette bad bad girl, démolisseuse de faux-semblants, fait elle-même figure de punk à l’émission littéraire d’alors, « Apostrophes » de Bernard Pivot. Sans sommation, elle balance un cocktail Molotov au visage des néoféministes, sur le plateau : Lâchez tout, son pamphlet, édité au Sagittaire. « Contre l’avachissement de la révolte féministe avec Simone de Beauvoir, contre le jésuitisme de Marguerite Duras […], contre le poujadisme de Benoîte Groult, contre les minauderies obscènes d’Hélène Cixous, contre le matraquage idéologique du choeur des vierges en treillis et des bureaucrates du MLF, désertez, lâchez tout : le féminisme c’est fini. » Son oeil à infrarouge s’exaspère devant l’imposture du néoféminisme post-soixante-huitard qui s’approprie un siècle de combat des femmes, devant son corporatisme sexuel consternant. « Dans militantisme, il y a militaire. Je serai toujours du côté des déserteurs », écrit celle qui ne veut représenter qu’elle-même.

    Sombre, sophistiqué, délicat, son visage de Garbo punk reste impassible tandis que se déchaîne la riposte sur le plateau d’« Apostrophes ». « Elle tenait tête, sarcastique. Le retentissement fut extraordinaire », dit Raphaël Sorin. Calme, cette « âme insurgée » (selon Mathieu Terence) défend son propos en allumant des cigarettes à la chaîne. « Ce fut la première et la seule critique d’extrême gauche du féminisme », dit-elle aujourd’hui avec malice. Le lendemain, un bouquet de deux mètres est livré dans ce même appartement, « Ces fleurs étaient de Jean-Jacques Pauvert, dont les publications m’avaient nourrie. J’étais abasourdie. » L’éditeur s’incline devant une femme capable de parler contre la censure.

    Deux désobéissances viennent de se reconnaître. Débute une amitié passionnelle qui va engendrer une aventure littéraire des plus singulières. « L’homme de sa vie (intellectuelle) c’est Jean-Jacques Pauvert. Il avait tout lu, se souvenait de tout ce qu’il avait lu », dit Alain Kahn-Sriber. Elle, elle n’a pas froid aux yeux. Lui, cancre et ex-vendeur chez Gallimard, a entrepris de publier les oeuvres complètes de Sade, alors inédites, dans le garage de ses parents. Traîné en justice pour pornographie, suspendu de ses droits civiques, il a néanmoins achevé son entreprise, après qu’en 1958 la cour d’appel eut décidé que Sade était « un écrivain digne de ce nom ».

    Malade de Sade
    Comme Annie, Pauvert est venu à Sade par la face Apollinaire-les surréalistes. « Lecteur extraordinaire, il n’était pas un intellectuel. Il parlait des choses avec un sens de la poésie, avec humour, sans prétention », dit-elle. De temps à autre un sourire illumine le visage d’Annie Le Brun, comme un éclat de soleil dans une pièce sombre. En 1985, Pauvert lui commande une préface pour les seize volumes de l’édition de Sade. Elle accepte sans réfléchir, puis regrette, mais il est trop tard. Annie a lu Sade à 20 ans sous la tutelle des grands exégètes, Bataille, Blanchot. Cette lecture lui répugne. En 1985, elle décide de relire toute l’oeuvre, sans garde-corps cette fois. De le lire, lui. « Je l’ai approché à ma façon. Je l’ai pris à la lettre. Comme la poésie. » La grande expédition littéraire commence. En moins d’un an, elle a tout relu. Ce voyage, elle l’entreprend par le commencement, en poussant la porte du château de Silling. Corps et âme, elle pénètre dans les eaux noires des Cent Vingt Journées, « ce bloc d’abîme ». « C’était très étrange. Je dormais peu. J’étais… ailleurs. » Son trouble n’est pas seulement littéraire, mais sensuel. La pression érotique lui maintient la tête sous l’eau.

    À l’extérieur du château, Radovan, Pauvert et Alain Le Brun, son frère, forment son équipe d’assistance. « De temps à autre, je leur demandais : Suis-je folle si je pense ça ? Est-ce que je délire ? » Trois décennies plus tard, Annie Le Brun met de l’humour dans ce récit de voyage. « À la fin, j’étais très nue malade. Et cela se voit. Le 28 novembre 1985, alors qu’elle assiste à la première d’une pièce de théâtre de Radovan Ivšic en Croatie, une amie frappée par son aspect lui demande : « Que t’est-il arrivé ? » Son travail est terminé. Le 28 novembre 1785, Sade a achevé la mise au propre des Cent Vingt Journées de Sodome. Deux cents ans plus tard, ALB reprend l’avion pour remettre son manuscrit à Pauvert, qui assiste à un spectacle au Crazy Horse. À minuit, ils se retrouvent Chez Francis, place de l’Alma. Elle lui donne le texte, il retourne au Crazy Horse. À 6 heures du matin, coup de téléphone enthousiaste. Annie Le Brun n’est pas la première à lire Sade, mais, à partir de son aversion à le lire, la première à comprendre comment fonctionne cette machinerie. « Annie Le Brun a du génie. Comme l’extralucide André Breton, elle touche le noyau. Son Sade, ce n’est pas de l’érudition. Elle va très loin dans ce qu’elle restitue des émotions qu’ on éprouve à lire cette oeuvre. Ce qu’elle ose raconter est inouï », dit Raphaël Sorin, pourtant avare en compliments. Ainsi écrit-elle : « J’étais la proie d’un désir qui, d’être apparemment sans objet, me dépouillait même de ma nudité ».

    De l’atelier d’André Breton, Julien Gracq a écrit qu’il était un refuge contre tout le machinal du monde. La maison d’Annie Le Brun, avec ses objets d’art, ses livres, ses colliers de plume, ses plantes fantasques, est un refuge contre la marchandisation du monde. L’intelligence d’Annie Le Brun n’a jamais emprunté les autoroutes, et dans la vie, pareil, pas de métro, pas de bus, elle marche sur ses deux jambes montées sur semelles compensées. C’est une dame qui ne se transporte pas en commun. « Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je méprise », a-t-elle déclaré, cinglante. En la lisant, « on a la magnifique sensation que de l’avenir et du toujours sont encore possibles » (Mathieu Terence). On respire plus large.

    #censure #gallimard #edition #editions #livres #France #littérature #livre #art_contemporain #laideur #capitalisme #Art #Annie_Le_Brun

  • La “#Pudicizia”, scultura e segreti

    La “Pudicizia” è opera dello scultore veneziano #Antonio_Corradini (1688-1752) e si trova nella cappella #Sansevero (conosciuta anche come chiesa di Santa Maria della Pietà o “Pietatella”), a Napoli.

    Il progetto iconografico della cappella Sansevero, che si trova nelle vicinanze di piazza San Domenico Maggiore, è il parto della fantasia esoterica di Raimondo di Sangro (1710-1771), illuminista, alchimista, massone e letterato campano.

    Egli volle restaurare questa costruzione sacra risalente agli inizi del XVII secolo per farne la cappella funeraria dei componenti del proprio aristocratico casato, del quale, contestualmente, intendeva celebrare il valore, la nobiltà e le virtù.

    In quegli spazi trasfuse il suo messaggio segreto che è sempre stato oggetto di disparati tentativi d’interpretazione.

    Tra le opere che di Sangro commissionò per decorare gli spazi della cappella gentilizia, tre sono le più importanti: il “Cristo velato” (capolavoro di Giuseppe Sanmartino), il “Disinganno” (di Francesco Queirolo) e, appunto, la “Pudicizia” di Corradini, artista di fama europea.

    La statua, un’allegoria della Sapienza, è dedicata a Cecilia Gaetani dell’Aquila d’Aragona, madre del di Sangro, la quale morì quando il figlio non aveva compiuto ancora un anno.

    Il velo che aderisce con grande naturalezza alle flessuosità del corpo è realizzato con straordinaria maestria.

    Dietro quel velo è nascosto il dolore del figlio.

    E tanti altri suoi segreti che non saranno probabilmente mai rivelati.


    http://www.italianways.com/la-pudicizia-scultura-e-segreti
    #art #histoire_de_l'art #sculpture #voile

  • Une vie, une oeuvre - #Gertrude_Stein

    Une vie, une œuvre revient cette semaine sur les différents aspects de cette personnalité centrale de l’entre-deux guerre artistique à Paris : Gertrude Stein, en racontant le cheminement intellectuel de cette papesse des lettres et des arts.


    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/une-vie-une-oeuvre-gertrude-stein-1ere-diffusion-12112011

    #femmes #art #histoire #historicisation

  • Russian Avant-Garde Art — Composition with Figures, 1915, #Lyubov_Popova

    https://russian-avantgarde-art.tumblr.com/post/172554929245/composition-with-figures-1915-lyubov-popova

    The Russian avant-garde was a large, influential wave of modern art that flourished in the Russian Empire and Soviet Union, approximately 1890 to 1930—although some have placed its beginning as early as 1850 and its end as late as 1960.

    #Avant-Garde_russe #Art #peinture

  • Au détour des livres (8) : #Franck_Venaille, poète de nos douleurs fantômes
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/060817/au-detour-des-livres-8-franck-venaille-poete-de-nos-douleurs-fantomes

    Franck Venaille a fait paraître au printemps un livre aussi dérangeant qu’éblouissant intitulé Requiem de guerre où transparaissent les lignes de force de son œuvre distinguée par le #Goncourt_de_la_poésie 2017. « Oye ! Oye ! Oye ! Ce n’est pas possible autrement. »

    #Culture-Idées #poésie_de_langue_française

  • Une carte de la musique alternative - Pacha cartographie

    https://www.pacha-cartographie.com/musique-alternative

    Cette belle carte tracée telle un circuit imprimé nous présente les ramifications complexes de la musique alternative, des Smiths à Artic Monkeys !

    Pour Dorothy, le studio de design à l’origine de cette œuvre cartographique intitulée Alternative Love Blueprint – Une histoire de musique alternative, tout a commencé avec les Sex Pistols. Ou plus précisément, avec l’émission anglaise The Sex Pistols du 4 juin 1976 au Lesser Free Trade Hall de Manchester. Ce concert aujourd’hui mythique est devenu célèbre pour avoir compté dans sa maigre foule de spectateurs quelques ados qui créeront plus tard des groupes comme The Smith, Joy Division ou encore The Buzzcocks. La mode actuelle des « influenceurs » peut en prendre de la graine…

    exempel de #cartographie #visualisation #musique

    • @reka Alors certes l’ image est belle (si on peut dire les choses comme ça), mais peut-on vraiment la considérer comme une carte , je viens de passer cinq petites minutes à tenter de l’interpréter et je n’ai réussi à en tirer aucune information , si tant est que l’on puisse sur le sujet parler d’ informations, et, au contraire de nombreuses interrogations, comme, par exemple, Zappa, comme un tout petit truc de rien du tout, perdu dans un coin, sans relation réelle avec le reste (alors que je pense qu’il n’y a pas un seul des courants ici représentés qui n’ait été parodié et moqué par Zappa). Bref.

    • @philippe_de_jonckheere oui... Je suis d’accord. Je publie un peu vite sans approfondir, juste pour ne pas perdre les liens. Souvent ces tentatives sont intéressantes, mais sans doute publiées beaucoup trop vite. Avec Fil quand nous travaillons sur un sujet, on est enthousiastes et on veut publier tout de suite, puis on se rend compte des lacunes et des problèmes, on suspend en pensant qu’on va y travailler et on ne publie jamais :) Dans cette proposition de visualisation, il y a un potentiel, il faudrait juste améliorer le système en y intégrant des dimensions complémentaires.

  • « Peindre, peindre, PEINDRE ! » (1/2) - INHA

    https://blog.bibliotheque.inha.fr/fr/posts/correspondance-loewenstein-rivier.html

    En janvier 2016, Danièle et Bernard Sapet, propriétaires de la galerie Sapet à Valence, ont fait don à la bibliothèque de l’INHA des lettres adressées par Fedor Löwenstein (1901-1946) à Marcelle Rivier (1906-1986) pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Né à Munich mais de nationalité tchécoslovaque, Fedor Löwenstein fait partie de ce vaste mouvement d’artistes d’Europe de l’Est qui, attirés par le rayonnement culturel de Paris, contribuèrent à l’éclat de l’Ecole de Paris dans l’Entre-deux-guerres. Après des études artistiques à Berlin et à Dresde, il s’installe dans la capitale en 1923. Il expose au salon des Indépendants dès 1925 et adhère au mouvement des Surindépendants en 1936. Il subit l’influence d’André Lhote (1885-1962). Ses toiles naviguent alors entre cubisme et abstraction.

    #art #peinture #peinture_et_politique #seconde_guerre_mondiale

  • #Daryush_Shayegan : la #Poésie, ultime quête du philosophe
    https://www.mediapart.fr/journal/international/240318/daryush-shayegan-la-poesie-ultime-quete-du-philosophe

    Darius Shayegan, en 2013. © Darafsh Kaviyani Le célèbre penseur iranien s’est éteint à Téhéran. Lui qui se réclamait des Lumières avait le premier décrypté la révolution islamique, et expliqué le choc de la modernité dans les sociétés traditionnelles. Étudiant la schizophrénie qui menace le monde non occidental, il laisse comme testament un grand livre sur la poésie classique persane, dans laquelle il voit un des sommets de l’esprit humain.

    #International #Culture-Idées #Iran #Philosophie

  • « L’homme qui parle tout seul » par Roland Dubillard | l’Atelier de création radiophonique
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/lhomme-qui-parle-tout-seul-de-et-par-roland-dubillard

    Dans l’Atelier de Création Radiophonique du 25 avril 1971, produit par Colette Garrigues, Robert Valette, René Farabet et Harold Portnoy, Roland Dubillard interprétait un texte dont il était l’auteur L’homme qui parle tout seul. Durée : 25 min. Source : France Culture

    http://rf.proxycast.org/1415647483316412416/13915-25.03.2018-ITEMA_21601414-8.mp3