• Des septuagénaires jugés pour avoir menacé de mort une enseignante « islamo-gauchiste »

    Lors de la polémique qui visait Sciences Po Grenoble en mars 2021, certains journalistes à l’instar de Pascal Praud et Caroline Fourest, avaient accusé à tort une enseignante. Après avoir subi une vague de #cyber-harcèlement, celle-ci avait porté #plainte contre dix personnes.

    « Je vais tenter de parler bien fort », prévient le président de la 24e chambre du tribunal judiciaire de Paris. L’audience a en effet quelque chose de peu banal. Les prévenus présents ce vendredi et poursuivis pour « #harcèlement au moyen d’un service de communication » et « #menaces_de_mort » sont majoritairement très âgés. Il fallait donc s’imaginer des personnes de plus de 70 ans saisir leur clavier, se connecter à leur compte Facebook et lâcher des #insultes et des menaces d’une extrême violence. Leur cible ? Une enseignante-chercheuse accusée de n’être rien d’autre qu’« une islamo-gauchiste ». 

    « Pour bien situer le contexte », le président résume la situation en lisant un article de presse. Il rappelle le début de cette affaire médiatisée en mars 2021 lorsque deux enseignants, #Klaus_Kinzler et #Vincent_T, sont la cible d’affiches placardées sur la façade de l’#IEP de Grenoble : « Des fascistes dans nos amphis Vincent T. […] et Klaus Kinzler démission. L’islamophobie tue. » Le syndicat étudiant Unef relaie l’action sur les réseaux sociaux, avant de tout supprimer. 

    Comme le racontait Mediapart (https://www.mediapart.fr/journal/france/110321/accusations-d-islamophobie-la-direction-de-sciences-po-grenoble-laisse-le-), ce #collage, condamné unanimement, venait après d’intenses tensions entre ces deux professeurs et une autre enseignante, Claire M., autour d’une journée de débats nommée « Racisme, antisémitisme et islamophobie » et organisée dans le cadre d’une « semaine pour l’égalité et la lutte contre les discriminations ». Rapidement, Klaus Kinzler fait le tour des plateaux télé pour livrer une version comportant de nombreuses omissions. Il affirme, à tort, avoir été viré de ce groupe préparatoire pour s’être opposé à l’utilisation du terme « islamophobie ». En plus de l’enseignante, il accuse Anne-Laure Amilhat Szary, patronne du laboratoire Pacte, rattaché à l’IEP, d’avoir livré son nom en pâture et d’avoir contribué à ce que des gens placardent des affiches sur les murs de l’institut. 

    Une victime ciblée par #Pascal_Praud et #Caroline_Fourest 

    L’accusation est rapidement reprise par Marianne, BFMTV et par l’essayiste Caroline Fourest. « D’après ce témoignage, c’est une enseignante et le laboratoire de recherche Pacte (CNRS) qui ont excité les étudiants contre ces deux professeurs et lâché la meute contre le droit de questionner un mot qui a tué. Affligeant. Elle a bon dos la “liberté académique” », tweete cette dernière le 6 mars 2021. Tout est faux comme l’a révélé Mediapart, mais qu’importe, l’accusation se propage en même temps que naît l’emballement médiatique. 

    Sur CNews, Pascal Praud va beaucoup plus loin et tient à être le premier à donner le nom et le prénom de la patronne du labo. « Puis intervient ce laboratoire Pacte avec cette dame, je vais citer son nom, Anne-Laure Amilhat Szary. Cette dame-là, c’est la directrice du laboratoire, cette dame c’est une militante […] qui avance avec le sentiment d’impunité, et c’est très révélateur parce qu’on voit le #terrorisme_intellectuel qui existe dans l’#université à travers leurs exemples », déclare-t-il le 9 mars 2021. 

    Il n’en fallait pas plus pour que la directrice en question reçoive des centaines de messages d’insultes et de menaces de mort. Entre le 12 et le 17 mars 2021, on veut « la buter », « l’éliminer » ou lui « trancher la gorge ». 

    Première invitée à la barre, Anne-Laure Amilhat Szary veut d’abord laver son honneur en rappelant les vérités bafouées par certains journalistes. Non, elle n’a jamais publié un communiqué officiel pour livrer le nom des deux enseignants mentionnés sur les affiches de l’IEP. Il s’agissait d’un simple courrier pour défendre une membre du laboratoire prise pour cible par ces deux professeurs. « Je suis intervenue pour assurer le respect de la laïcité et défendre une collègue », explique-t-elle tout en précisant avoir immédiatement « affirmé sa solidarité » avec ces deux enseignants lorsqu’elle a pris connaissance des affiches. Klaus Kinzler s’attaquait violemment à Claire M. et n’hésitait pas à fustiger les musulmans et hiérarchiser les religions en disant préférer le christianisme. 

    Très émue, elle détaille ensuite les conséquences de cette haine virtuelle. « Je craignais pour ma sécurité et d’être suivie dans la rue, raconte-t-elle. Je me suis mise à passer mes nuits sur les réseaux sociaux pour voir ce qui tombait. » Dans le même temps, plusieurs posts Facebook la ciblent directement et reprennent l’idée amorcée par Caroline Fourest. « L’islamo-gaucho Anne Laure Amilhat Szary est une instigatrice de la “fatwa” lancée contre deux professeurs à Sciences Po Grenoble ! Comme elle a trouvé normal de diffuser les photos des professeurs… rien ne va déranger à ce que l’on diffuse la sienne », peut-on lire dans un post accompagné de la photo de la directrice et publié le 12 mars par un certain Jean-Luc.

    Dans les commentaires, on peut lire un flot de #haine et d’#insultes. Et les messages des dix personnes poursuivies ce vendredi. 

    - Jacques L., 79 ans : « Quand ils la violent elle aura compris à moi que ça lui plaise !! […] Déjà pour la violer, il faut vraiment le vouloir beurk !! »
    - Alain B., 73 ans : « Qu’elle crève le cul bourré de chiffon rouge et la gueul ouvert. »
    - Annick L., 73 ans : « Horrible nana !! Le caillou rasé ! Pauvre tâche. Un jour viendra où tu devras te repentir ! »
    - Jean-Marie C., 60 ans : « Saloupe à butté »
    - Dominique B., 74 ans : « Il faut lui trancher la gorge »
    - Wilfrid B, 65 ans : « A l’échafaud (…) Regardez la gueule de la bavure. A expédier au pays du Maghreb »
    - Christian D., 58 ans : « Pauvre conne ton tour viendra »
    - Ronan M., 56 ans : « Grosse connasse on va te butter »
    - Dominique V., 56 ans : « Il faut tondre cette collabo de merde. »

    Seul Maxence D., 32 ans, se démarque en lâchant sur Twitter : « Potence + corde pas trop épaisse pour lui lacérer le coup à cette p*** ». 

    Des prévenus âgés et amnésiques 

    Très sûrs d’eux sur les réseaux sociaux, les quatre prévenus présents à l’audience sont désormais beaucoup moins fiers. Presque tous se disent amnésiques et affirment ne pas se souvenir de toute la polémique liée à Sciences Po Grenoble. Certains minimisent aussi la teneur de leur propos. « J’ai vu le post Facebook, j’ai lu deux trois commentaires et j’ai mis le mien, mais c’est juste une insulte, pas une menace de mort », lâche Alain B, qui contraint le tribunal à se répéter du fait de ses graves problèmes d’audition. « Qu’elle crève », ne serait pas une menace de mort selon cet ancien plombier aujourd’hui retraité. Tout juste « une connerie ». 

    Les mains dans les poches, il considère que « ce qui est fait est fait » et tarde à s’excuser, sans vraiment penser à la principale intéressée. « Je regrette bien sûr, si j’avais su que ça allait me ramener des ennuis comme ça… » Et d’insister face à une assemblée quelque peu médusée : « Je n’ai pas dit “je vais la crever”, j’ai dit “qu’elle crève”. Comme si elle tombait et que je la laissais par terre sans la ramasser. »

    Dominique B, secrétaire de direction à la retraite, qui voulait « trancher la gorge » d’Anne-Laure Amilhat Szary, aurait tout oublié. « C’est parti de mon ordinateur, mais je ne me rappelle pas avoir marqué ces propos », justifie-t-elle tout en expliquant ne pas vraiment maîtriser Facebook. Wilfrid B, 65 ans et ancien ouvrier, tente d’expliquer en quoi « À l’échafaud » n’est pas une menace de mort « puisque cela n’existe plus ». 

    « Je débutais avec Facebook et je ne savais pas comment ça fonctionnait », avance-t-il avant de reconnaître : « J’ai lu qu’on instaurait une fatwa contre ces profs. Je répondais à ça, mais je ne la visais pas particulièrement. » Même dénégation de Christian D., 58 ans, qui tente d’expliquer en quoi écrire « ton tour viendra » n’est pas une menace de mort. Pourquoi la phrase était-elle accompagnée par trois emojis « crotte » et trois emojis « flammes » ? « J’utilise l’emoji flamme pour tout, pour les anniversaires par exemple », tente-t-il avant de laisser sa place à Annick L. 

    Cette femme de 72 ans se déplace difficilement et dit avoir été « traumatisée » par sa garde à vue. « Depuis je suis sous antidépresseurs », confie-t-elle. « Y a rien à faire, je n’ai aucun souvenir de cette histoire. J’ai vu mon nom qui apparaissait sur Facebook mais je ne comprends pas. Je ne conteste pas l’avoir écrit mais je ne m’en souviens pas », poursuit-elle. Elle aurait donc oublié qu’elle voulait voir cette « traître », l’ex-directrice du laboratoire Pacte, clouée « au pilori » « le caillou rasé ». 

    Des sympathisants de Zemmour et Le Pen 

    Les quatre prévenus semblent aussi sincères que vulnérables et aucun d’entre eux ne veut laisser d’indice sur ses accointances politiques. Tant mieux puisque le président du tribunal ne souhaite pas en savoir plus et tient à rappeler qu’il « se fiche » de savoir ce « qu’ils pensent sur le fond ». Il faut attendre la plaidoirie de Raphaël Kempf, l’avocat d’Anne-Laure Amilhat Szary, pour avoir un profil politique un peu plus précis. 

    Lors de leur garde à vue en effet, la plupart ont confessé leur colère contre les « islamo-gauchistes », qu’ils définissent tantôt comme des « musulmans de gauche », tantôt comme des « gens de gauche pro-islam ». À la lecture de son audition, on découvre que Christian D « adore » Éric Zemmour et qu’il est, comme d’autres prévenus, membre du groupe « L’avenir France avec Éric Zemmour ». « Les gens de gauche sont des pro-islam et immigration qui organisent des réunions interdites aux gens de type caucasien et amènent des idées nauséabondes au sein des établissements publics français », déclare quant à lui Jean-Marie C, 60 ans et sous curatelle. 

    « Grâce à cette procédure, il devient évident que je voterai à tout jamais Marine Le Pen et que j’inciterai ma famille à faire de même », lâche de son côté Dominique V. aux enquêteurs. Annick L., enfin, a plus de mal à disserter sur ses opinions politiques. Lorsqu’on lui demande si elle connaît le groupe « Marion Maréchal-Le Pen, on t’aime » qu’elle suit sur Facebook, la réponse est évasive : « J’ai peut-être déjà mis un pouce, mais sans plus. »

    L’exploitation de son téléphone portable révèle pourtant de très nombreux commentaires virulents et des termes parfaitement explicites du type « nous les Français de souche ». « Ma belle-fille est chinoise, mon mari est d’origine polonaise. On n’est pas raciste », jure-t-elle. Elle affirme avoir répondu sans réfléchir et ne pas connaître Anne-Laure Amilhat Szary. Interrogée pour savoir ce qu’elle a contre les islamo-gauchistes , elle déroule les arguments déployés par certaines chaînes d’info en continu : « Y a cette histoire de Samuel Paty qui avait été égorgé, vous ne trouvez pas ça horrible ? Les gens qui sont poignardés pour rien, c’est affreux, c’est inhumain. Y a pas que ça. Tous les faits divers qu’on entend franchement c’est horrible, toutes ces jeunes femmes qui se font tuer. On ne vit plus dans un monde serein. »

    Une vie « bouleversée » pour Anne-Laure Amilhat Szary 

    Les avocats de la défense insistent sur l’âge des prévenus qui ne sauraient pas vraiment utiliser les réseaux sociaux et ne sauraient pas vraiment qu’un commentaire publié sur le réseau est lisible par tous dès lors que l’option privée n’est pas cochée. L’un des conseils, l’avocat de Jean-Marc C., tient tout de même à évoquer la responsabilité de certains journalistes dans cette affaire. « Les chaînes d’info en continu peuvent avoir une vraie influence tout comme certains journalistes, estime-t-il. Mon client a pu se dire que Caroline Fourest , qui elle, est journaliste , a recoupé ses sources avant de tweeter. Pour beaucoup de personnes et pour mon client, son tweet était une information. »

    Les prévenus, sorte de #fachosphère du troisième âge, ont en effet en commun de considérer les réseaux sociaux comme des sources à part entière et de ne rien vérifier. Ils confondent « article de presse » et « post-Facebook », et baignent dans des groupes qui s’affranchissent de toute réalité et qui partagent la même obsession que leurs journalistes préférés : la lutte contre des supposés islamo-gauchistes. 

    Lors de sa plaidoirie, Me Kempf livre sa déception de ne pas avoir eu « les explications » qu’il espérait. « Je regrette l’absence totale de prise en compte de ce que Anne-Laure Amilhat Szary a pu dire », enchaîne-t-il. Il rappelle donc les conséquences de ces mots sur la vie de sa cliente. Les quatre jours d’ITT, l’arrêt maladie, les troubles du sommeil et la dépression qui ont suivi. Il insiste aussi sur le « bouleversement professionnel » que cette victime collatérale de l’affaire de Sciences Po a dû subir.

    Peu de temps après ces attaques, l’ex-patronne du laboratoire rattaché au CNRS et renommé dans le milieu scientifique a préféré renoncer à son mandat. Si elle enseigne de nouveau depuis peu, elle dit ne plus pouvoir prendre un poste de direction. Il revient sur le rôle de Caroline Fourest qui a contribué à relayer « la légende » selon laquelle Anne-Laure Amilhat Szary aurait contribué à ce que deux professeurs de l’IEP soient pris pour cible. Il n’oublie pas non plus « la communauté d’intérêt politique » qui lie tous ces prévenus et demande qu’ils soient condamnés solidairement à une peine de 20 000 euros d’amende.

    La procureure, elle aussi déçue par la plupart des justifications, s’étonne que tous ces gens qui prétendent dénoncer ce qui est arrivé à Samuel Paty déploient la même mécanique « qui a tué Samuel Paty ». Pour les dix prévenus, elle a requis des peines avoisinant les mille euros d’amende à payer dans les 90 jours sous peine d’incarcération. La décision sera rendue le 13 janvier 2023.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/021222/des-septuagenaires-juges-pour-avoir-menace-de-mort-une-enseignante-islamo-

    #affaire_de_Grenoble #justice #réseaux_sociaux

    –—

    ajouté à la métaliste atour de ce qu’on a surnommé l’#affaire_de_Grenoble :
    https://seenthis.net/messages/943294

    ping @_kg_ @karine4 @isskein

    • Cyberharcèlement d’une enseignante de l’IEP de Grenoble : « Ils critiquent le meurtre de Samuel Paty, mais appellent eux-mêmes au meurtre »

      Dix prévenus ont comparu vendredi à Paris pour des accusations de #harcèlement_en_ligne et des menaces de mort à l’encontre d’une enseignante, dans le cadre d’une polémique médiatique à Sciences-Po Grenoble en mars 2021.

      Des cyberharceleurs aux cheveux blancs. Dix personnes comparaissaient vendredi au #tribunal_correctionnel de Paris, accusées de harcèlement en ligne et de menace de mort à l’encontre d’Anne-Laure Amilhat Szary, professeure des universités, dans le cadre de la polémique sur l’Institut d’études politiques de Grenoble en mars 2021. Les cinq prévenus présents n’ont pourtant pas le profil attendu dans une affaire de ce type. Ils sont nés entre 1948 et 1964. L’une d’entre eux à du mal à se lever pour venir jusqu’à la barre.

      Alain B., Corrézien de 74 ans, a écrit sur son compte Facebook, à propos d’Amilhat Szary, « qu’elle crève le cul bourré de chiffons rouges et la gueule ouverte ». Une « connerie », reconnaît-il devant le tribunal. Mais pas une menace de mort pour autant, selon lui. « Oui, c’est violent », mais « « qu’elle crève », c’est différent de « Je vais la crever » », tente-t-il d’argumenter. Le président de la séance lui demande s’il regrette son acte. « Bien sûr, si j’avais su que cela allait m’amener des ennuis comme ça… » L’avocat de la plaignante, maître Raphaël Kempf, dira dans sa plaidoirie qu’il s’attendait à « des excuses » de la part des prévenus, mais qu’« à une ou deux exceptions près, cela n’a pas été pas le cas ».

      « Ce n’est pas dans mes habitudes »

      Le procès était celui des fausses informations et du mécanisme de meutes engendré par les réseaux sociaux. Anne-Laure Amilhat Szary, 52 ans, est l’ancienne directrice du laboratoire de sciences sociales de Grenoble. Son nom a été propulsé dans le débat public il y a un an et demi, après l’affichage sur les murs du campus de l’IEP de Grenoble par des étudiants du nom de deux professeurs taxés de fascisme et d’islamophobie. Une démarche irresponsable quelques mois seulement après l’assassinat de Samuel Paty, enseignant de géographie accusé à tort d’islamophobie sur les réseaux sociaux.

      L’un des deux enseignants grenoblois mis en cause, Klaus Kinzler, avait alors décidé de répondre médiatiquement et jeté en pâture, avec la complicité de Pascal Praud sur CNews, le nom d’Anne-Laure Amilhat Szary. Il lui reprochait de l’avoir recadré après un échange de mail dans lequel il remettait en cause la présence du mot « islamophobie » sur le même plan que « racisme » et « antisémitisme », dans l’intitulé d’un séminaire sur les discriminations. Klaus Kinzler a par la suite été suspendu en décembre 2021 pour avoir tenu « des propos diffamatoires dans plusieurs médias contre l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel il est en poste ».

      De cette polémique à tiroirs, nos prévenus ne savent quasiment rien. Certains ont lu un simple message sur Facebook – que certains appellent « un article » –, selon lequel Anne-Laure Amilhat Szary aurait notamment lancé une fatwa contre deux professeurs et aurait diffusé leur photo. Rien de tout cela n’est vrai, mais le post déclenche une avalanche de commentaires haineux.

      Wilfried B., 65 ans, reconnaît avoir écrit « A l’échafaud » et « Regardez-moi la gueule de la bavure » sous la publication. « Ce n’est pas dans mes habitudes, assure-t-il. Mais après ce qui s’était passé avec l’assassinat de Samuel Paty… C’est pour ça que j’ai répondu ce genre de commentaire. » Il s’excuse maintenant auprès de sa victime. Reste une incohérence relevée par la procureure : « Ils critiquent le meurtre de Samuel Paty, mais ils appellent eux-mêmes au meurtre et à la violence », pointe-t-elle dans son réquisitoire. Elle réclame des amendes allant de 630 à 1 350 euros selon les prévenus.

      « Ce sont des gens qui ne connaissent rien à Facebook »

      L’audience faisait aussi office de révélateur sur l’effet d’entraînement dans le cyberharcèlement. Plusieurs prévenus disent avoir publié leur message pour aller dans le même sens d’autres commentaires lus auparavant, sans vraiment se renseigner sur le fond de l’affaire. « Ce sont des gens qui ne connaissent rien à Facebook », glisse un proche d’une prévenue dans la salle. De fait, le procès a parfois tourné à la leçon sur les réseaux sociaux. « Quand vous publiez sur Facebook, tout le monde ne fait pas attention que s’il y a une petite planète, le post est visible par tous », tente le président de la séance.

      Mais l’absence de maîtrise des outils numériques n’excuse pas la violence des propos. Quand Jacques L., 79 ans, absent mais excusé par lettre, écrit « Quand ils la violeront, elle comprendra », il n’a probablement pas conscience de raviver un souvenir traumatisant de la vie de sa victime. Il n’en reste pas moins qu’il a rouvert « un gouffre », « une blessure béante », déplore Anne-Laure Amilhat Szary.

      Si Dominique B., 74 ans, pull en laine vert et écharpe rose, affirme ne pas se souvenir d’avoir écrit « Il faut lui trancher la gorge » à la barre, les conséquences dans la vie de la plaignante n’en sont pas moins tragiques. Redevenue simple enseignante-chercheuse, Anne-Laure Amilhat Szary ne se sent plus capable de reprendre des responsabilités dans sa carrière après avoir quitté la direction du laboratoire de sciences sociale de l’IEP Grenoble, en octobre 2021. Elle « s’autocensure » si elle doit prendre la parole publiquement et même sa vie personnelle s’est « effondrée », d’après la procureure.

      « Le système judiciaire est capable de réagir »

      Malgré ce déversement de violence, Anne-Laure Amilhat Szary ne regrette « ni ses engagements ni ce procès ». Elle le fait « pour les autres enseignants et chercheurs victimes de harcèlement ». « Comme la philosophe Sophie Djigo, à qui on reproche de vouloir emmener ses étudiants voir des migrants », pointe-t-elle, en référence à cette enseignante valenciennoise dont la sortie scolaire à Calais a été annulée sous la pression de l’extrême droite. La parole scientifique dans le débat public est loin d’être simple. Et le combat est bien politique, selon elle.

      Si le président de la chambre n’a pas voulu s’aventurer sur ce terrain vendredi, les publications Facebook incriminées ont pourtant bien souvent été vues par les prévenus sur des groupes de soutien à Eric Zemmour ou Marion Maréchal-Le Pen. La critique sans mesure des universitaires a été lancée par Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal (alors respectivement ministre de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur) quand ils sont partis en croisade contre un supposé #islamo-gauchisme à l’université. Elle a été largement reprise par Zemmour à la présidentielle 2022.

      Cette audience laisse donc un goût doux-amer. Dix prévenus sur les milliers de messages reçus, cela semble bien faible. « On a sélectionné les messages les plus outrageants », reconnaît maître Kempf. Mais le mieux est l’ennemi du bien. « Quand on porte plainte, je ne suis pas certain qu’elle aboutisse », nous glisse-t-il.

      « Cette audience montre que le système judiciaire est capable de réagir », positive aussi Anne-Laure Amilhat Szary, qui a remercié la cour de sa rapidité. Cette audience participe à faire reculer le sentiment d’impunité en ligne. Dominic V., un prévenu de 56 ans absent à l’audience, a revendiqué ses propos lors de sa garde à vue, croyant que « seuls des rappels à la loi sont prononcés » dans ce genre de cas. La procureure a enjoint la cour à « lui donner tort ». Réponse le 13 janvier.

      https://www.liberation.fr/societe/police-justice/cyberharcelement-dune-enseignante-de-liep-de-grenoble-ils-critiquent-le-m

    • C’est à cause de la #télévision :
      https://contre-attaque.net/2022/12/03/le-profil-des-trolls-dextreme-droite-enfin-devoile

      Au procès, ces personnes âgées disent qu’elles ne se souviennent plus. Pourtant, lors de leurs arrestations, plusieurs avaient déclaré leur haine contre les « islamo-gauchistes » et leur proximité avec Zemmour ou Le Pen. Annick, 73 ans, avait parlé des « gens poignardés pour rien » et des « faits divers » qu’elle voyait : « franchement c’est horrible, toutes ces jeunes femmes qui se font tuer ». Bref, les prévenus sont des seniors rivés devant leurs télés, intoxiqués par les horreurs et la désinformation quotidienne de chaînes en continu. D’ailleurs l’avocat d’un prévenu dénonce à l’audience la responsabilité des journalistes : « Mon client a pu se dire que Caroline Fourest, qui elle, est journaliste, a recoupé ses sources avant de tweeter. » Pourtant, ni Pascal Praud ni Fourest ni les patrons de ces médias semeurs de haine ne sont sur le banc des accusés. Impunité totale.

      Voilà donc le profil mystérieux de ces milliers de trolls fascistes. Des personnes vulnérables, séniles, parfois sous curatelle, qui se font pourrir le cerveau par les chaînes d’extrême droite. Ce pays bascule à cause d’une poignée de milliardaires qui ont fait main basse sur l’information. Nous sommes beaucoup à connaître un oncle, un grand-père, un ami d’ami âgé ou des parents retraités à avoir vrillé progressivement ces dernières années, à force de regarder ces chaînes. Parlons-leur, proposons-leur de sortir, aidons-les à se désintoxiquer. Et organisons-nous pour mettre hors d’état de nuire Bolloré et ses amis.

      Le #PAF en état d’insalubrité publique ?
      Petite histoire de la « régulation audiovisuelle » :
      https://www.csa.fr/Informer/Toutes-les-actualites/Actualites/Histoire-de-la-regulation-audiovisuelle

      Le saviez-vous ? Le « pendant » internet du PAF s’appelle le #PIF. Étonnant, non ?

  • "Comme vous le savez, la mortalité infantile est désormais en hausse en France..."

    Crise de la pédiatrie : « Monsieur le président, votre silence est assourdissant », la lettre de 10 000 soignants à Emmanuel Macron

    Monsieur le président, le 21 octobre, après deux semaines seulement d’épidémies hivernales, habituelles et prévisibles, nous vous avions écrit pour vous alerter sur la situation précaire de la pédiatrie, les risques et les pertes de chance déjà encourus par les enfants, et le désespoir des soignants qui en résulte.

    Un mois plus tard, nous restons sans réponse de votre part : votre silence est assourdissant.

    Tout au long de ce mois, nous avons été confrontés à ce que nous n’osions imaginer : quotidiennement, des enfants hospitalisés sur des brancards ou sur les genoux de leurs parents aux urgences, dans un bureau réaménagé pour l’occasion, des enfants intubés et hospitalisés sans chambre dans le couloir de la réanimation, des prises en charge trop tardives et des soins précaires, des retours prématurés à domicile et des retours en catastrophe d’enfants renvoyés chez eux faute de place, des transferts hors secteurs par dizaines en réanimation, mais aussi en hospitalisation classique.

    Nous pensions que transférer des enfants à 300 kilomètres de chez eux était une dégradation majeure des soins, nous constatons désormais qu’il pouvait y avoir pire : ne plus pouvoir transférer car l’épidémie a déferlé partout, saturant l’ensemble des services de pédiatrie français. Nous culpabilisions d’envoyer des adolescents au sein de services adultes, ce sont désormais des enfants âgés de 3 ans que nous envoyons.

    Eternelle variable d’ajustement

    Et encore, toujours, les annulations de soins, les reports de chirurgie comme unique réponse de nos tutelles à l’urgence, au détriment des enfants porteurs de handicap, de maladie chronique et pédo-psychiatriques, soupape désormais permanente de l’hôpital, éternelle variable d’ajustement.

    En cette fin novembre, les rappels des soignants à peine sortis de l’hôpital pour venir aider la nuit suivante ne suffisant pas, ce sont les infirmiers des réanimations adultes qui viennent à la rescousse : ils n’ont jamais soigné un enfant, qu’à cela ne tienne, ils s’occuperont désormais de nourrissons en réanimation.

    L’épidémie annuelle de bronchiolite s’est transformée en un mauvais remake de la pandémie de Covid-19. Sauf que cette fois-ci, il n’y a pas d’alternative pour sauver l’hôpital, la pédiatrie libérale est noyée dans la vague, l’hospitalisation privée en pédiatrie est inexistante car non rentable. Et vous n’êtes pas apparu pour rassurer les parents, assurer les soignants de votre soutien et de la volonté de sauver l’hôpital public. A la place, votre gouvernement empile les enveloppes et les mesures d’urgence temporaires au fil de la catastrophe, et remet en cause les constats unanimes des soignants et des patients, les menaçant en « une » des journaux d’enquête publique.

    Mortalité infantile en hausse

    Comme vous le savez, la mortalité infantile est désormais en hausse en France, alors que sa diminution continue dans la seconde moitié du XXe siècle était notre fierté nationale. Vous n’ignorez pas les difficultés que connaît l’hôpital public en général, mais une société qui ne peut plus prendre soin des enfants est une société sur le déclin. Aucun parent, grand-parent, aucun citoyen ne peut accepter de sacrifier l’enfance et l’avenir.

    Monsieur le président de la République, il s’agit de la dernière chance de notre société pour arrêter l’hémorragie massive des soignants qui quittent l’hôpital public, désabusés, épuisés, culpabilisés. Nous demandons simplement de pouvoir faire notre travail, de soigner, sereinement. Pour cela, nous vous demandons :

    – d’être à nos côtés et de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans la crise sanitaire majeure que nous vivons ;

    – de vous engager à prendre les mesures nécessaires pour sécuriser le travail des soignants à l’hôpital : plafond du nombre de patients par infirmier et infirmière, respect des temps de repos et des temps de formation. De mieux indemniser sur le long terme le travail de nuit et de week-end ;

    – de vous engager à prendre les mesures pour la reconnaissance de la spécificité et de l’expertise de la pédiatrie ;

    – de vous engager à remettre le service hospitalier au centre des décisions, afin que les soignants puissent orienter et décider des soins adaptés sans subir les strates administratives loin du terrain ;

    – de vous engager à augmenter le nombre de jeunes formés aux métiers du soin et à assurer la formation générale en pédiatrie de chacun, en réinstaurant notamment la pédiatrie dans les écoles d’infirmiers et d’infirmières et en restaurant les possibilités de financement des formations en puériculture.

    Nous osons espérer que les contours exacts et les applications de ces mesures seront discutés plus spécifiquement lors des Assises de la pédiatrie, au printemps 2023, mais il est indispensable que ces engagements forts sur des mesures structurelles et pérennes soient pris en amont et immédiatement.

    Monsieur le président, plus encore que jusqu’à présent, la crise actuelle pousse aux démissions toujours plus nombreuses. Dos au mur, la France saura-t-elle sauver ses enfants ?

    Premiers signataires : professeure Nadia Bahi-Buisson, présidente du conseil national des universités de pédiatrie ; docteur Emmanuel Cixous, président du syndicat national des pédiatres en établissement Hospitalier (SNPEH) ; professeur [merdeux] Robert Cohen, président du conseil national professionnel de pédiatrie ; professeure Isabelle Desguerre, co-animatrice du collectif de pédiatrie et du collectif Inter-Hôpitaux ; professeur Bruno Dohin, président du collège national hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique ; Charles Eury, président du collège des infirmier(e)s puéricultrices(teurs) ; professeure Christèle Gras-Le Guen, présidente de la société française de pédiatrie (SFP) ; docteur Christophe Libert, président de l’association des psychiatres infanto-juvéniles de secteur sanitaire et médico-social (API) ; Mahmoud Rifai, Interne, président de l’association des juniors en Pédiatrie d’Ile de France (AJP) ; docteure Brigitte Virey, président du syndicat national des pédiatres français (SNPF) ; Pr Jean-Luc Jouve, président de la Commision médicale d’établissement (CME) de l’AP-HM (Marseille) et président du Conseil national des universités ; professeur Rémi Salomon, président de la CME de l’AP-HP (Paris) et président de la conférence des présidents de CME de CHU ; professeure Sabine Sarnacki, présidente de la société française de chirurgie pédiatrique ; docteur Andreas Werner, président de l’association française de pédiatrie ambulatoire de chirurgie infantile ; et 36 associations de patients dont les associations Aide aux jeunes diabétiques, Vaincre la mucovicidose, Maladie foie enfant.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/11/30/crise-de-la-pediatrie-monsieur-le-president-votre-silence-est-assourdissant-

    Lire aussi :
    « Oui, par manque de moyens, la pédopsychiatrie doit depuis des années trier les enfants » https://seenthis.net/messages/980921
    « La dégradation de l’hôpital public risque d’aboutir à la disparition de pans entiers d’activités et de savoir-faire »
    « Les personnels soignants quittent l’hôpital parce qu’ils ne veulent pas devenir des monstres »
    Dominique Méda : « Il pourrait être nécessaire de recruter jusqu’à 100 000 infirmiers pour un montant de 5 milliards d’euros »

    #santé_publique #pédiatrie #hôpital #enfants #malades

    • C’est encore pire que ça...

      Dans un pays du « tiers-monde » tu te bats pour améliorer les choses, tu t’organises, tu te formes, tu te renseignes, tu battis, tu construis des solidarités, des réseaux, des partenariats...

      Ici tu ne peux que faire chaque jour l’inventaire du nauffrage en cours...

    • @o.a Oui ! La destruction systématique se double d’une redoutable machine de guerre destinée à décourager toute forme de solidarité et d’auto-organisation. (L’impression que c’est justement le rôle de l’extrême-droite.)

    • Là je trouve que les médias ont un rôle décisif de décervelage permanent, on est sans cesse ramené à l’actualité, au présent mais l’avenir c’est çà dire la capacité à se projeter est totalement absente, en regardant la pyramide des âges on comprends mieux... la France est un pays de retraités ou de pré-retraités qui veulent être tranquille et après des décennies de lavage de cerveau libéral pensent plus à transférer du capital à leurs gosses que de construire un pays vivable socialement, sanitairement, politiquement...

      donc c’est après moi le déluge, le petit chéque pour noel et démerdez vous...

  • Après « une année de fonte record », ces deux glaciers des Pyrénées françaises ont été déclarés morts - Edition du soir Ouest-France - 24/11/2022
    https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2022-11-24/apres-une-annee-de-fonte-record-ces-deux-glaciers-des-pyrenees-francais

    Rayés de la liste ! Deux des neuf glaciers des Pyrénées françaises vont sortir de l’inventaire des glaciologues. L’hiver marqué par un déficit de neige, l’été précoce et caniculaire, les anomalies climatiques de l’automne et « les dépôts de sable du Sahara » augmentant les effets du rayonnement solaire ont eu raison des glaciers du Boum et du Portillon, près de Luchon (Haute-Garonne). « Leur mort est déclarée ! On ne les mesurera plus », annonce le glaciologue Pierre René qui les ausculte depuis vingt ans, à 2 800 m d’altitude.

    #climat

  • Un chauffeur de car licencié en Haute-Vienne pour avoir refusé de laisser une enfant seule en rase campagne - Limoges (87000)
    https://www.lepopulaire.fr/limoges-87000/actualites/un-chauffeur-de-car-licencie-en-haute-vienne-pour-avoir-refuse-de-laisse

    Pour éviter à une jeune collégienne de parcourir chaque jour 650 mètres à pied sur une route de campagne isolée, sans trottoir, sans marquage et dans le noir, le conducteur du car scolaire avait pris l’habitude de s’arrêter devant son domicile situé exactement sur son circuit. Il vient d’être licencié par son entreprise pour faute grave.

    • Le chauffeur :

      « J’ai reçu ma lettre ce lundi 28 en recommandé, explique le chauffeur, Damien Tabard. Pour moi ce n’est pas grave après tout, je trouverai un emploi par ailleurs on cherche des chauffeurs partout. Mais ça me fait de la peine de laisser des enfants que j’aimais bien. Je voulais qu’ils soient en sécurité. C’est difficile de laisser un enfant seul sur la route. Tout comme de contraindre une maman avec une poussette et son bébé à marcher le long d’une voie dangereuse pour rejoindre un arrêt alors que mon bus passe juste devant chez eux. »

      La mère :

      « On a expliqué la situation de ma fille, on a alerté les services compétents, mais on s’est entendu répondre : “le bus ne va quand même pas aller chercher les enfants jusque dans leur lit”... »

    • Un bord de route en rase campagne, sans trottoir, sans éclairage, sans marquages, sur un axe très fréquenté avec virages et problèmes de visibilité...

      On t’explique qu’il n’y a rien de conçu pour les piétons dans les campagnes, et on te répond que t’exagère de vouloir qu’on crée des arrêts au pied du lit des gamins. Y-a des coups d’pelles qui s’perdent...

    • l’entreprise de ramassage scolaire marque toujours l’arrêt dit « sauvage »
      Des arrêts « sauvages » à l’origine de son licenciement pour faute grave.
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/12/03/des-arrets-de-bon-sens-un-conducteur-de-car-licencie-parce-qu-il-refusait-de


      Damien Tabard, sur la départementale 50 qui traverse le lieu-dit d’Entrecolles, dans le village des Billanges (Haute-Vienne), le 2 décembre 2022. VALERIE TEPPE POUR « LE MONDE »

      .... « Autrefois, il y avait un abribus à chaque bout de ferme », regrette M. Tabard.

      Cet arrangement entre le chauffeur et les familles aurait pu rester inaperçu… si ce n’était le nouveau système de billettique scolaire mis en place à la rentrée par la région, avec une géolocalisation du car. Les conducteurs se sont vus dotés d’un smartphone embarqué, les élèves de cartes sans contact à badger. « Un flicage, la robotisation des conducteurs et des enfants », maugrée l’agriculteur, ancien militant du Larzac. Une opposition qu’il ne s’est pas privé de manifester à son nouveau patron lors de la formation à l’outil. Il venait en effet de changer d’employeur, le marché public assurant les lignes dans le secteur des Billanges ayant été remporté par Europ Voyages.

      « Insubordination caractérisée »

      « Arrêtez de me regarder comme un petit con », aurait dit M. Tabard à son nouveau chef. Il se sentait, dit-il, regardé d’un « air moqueur » par ce « jeune moderne affûté ». Dans la lettre de licenciement, la direction affirme quant à elle que M. Tabard a traité son responsable de « petit con ». Une « insubordination caractérisée », « répétée », entachant « la bonne réputation et l’image de marque de notre entreprise » et « l’exposant à des risques graves et au paiement de pénalités financières » peut-on lire, entre autres motifs reprochés. Sollicitée, l’entreprise n’a pas souhaité communiquer.

      M. Tabard avait aussi signalé à son employeur des incohérences sur le tracé de son circuit – compétence régionale –, à ses yeux « inadapté par rapport aux besoins actuels ». En vain. « Le problème, c’est la complexité, face à la rigidité de l’administration, à adapter les arrêts et les circuits au fur et à mesure que les situations évoluent dans les villages et que les familles changent », estime M. Tabard.

      En dépit des avertissements répétés de son employeur, le conducteur frondeur s’est ainsi obstiné à marquer l’arrêt pour Chandani. Une désobéissance « citoyenne » qu’il revendique, « sans aller jusqu’à [s]e comparer à José Bové ». Quant à l’utilisation du smartphone – « de l’hébreu », pour le septuagénaire, « pas à l’aise avec l’électronique » –, il s’y est néanmoins plié. « Une fois sur deux, je m’y prenais mal avec ces tas de manips : si l’élève a oublié sa carte, si la carte est muette, inconnue, déjà validée. » Il soupire en lisant la notice : « appairez le valideur, 2Place onboard ». Il doute être le seul conducteur qui rencontre des difficultés avec le numérique, au sein d’une profession vieillissante, composée de nombreux retraités et peinant à recruter – il manquait 8 000 #conducteurs_scolaires à la rentrée.

      « Des valeurs humaines comme on n’en trouve plus »

      Sans commenter les motifs du licenciement – relevant de l’entreprise –, le vice-président chargé des mobilités à la région Nouvelle-Aquitaine, Renaud Lagrave, explique les épineux arbitrages qui sous-tendent la gestion des #transports_scolaires en milieu rural. Concernant la demande de création de point d’arrêt de Mme Nozière, il reconnaît un possible manque « d’explications circonstanciées », rappelant que les équipes régionales de la Haute-Vienne – qui compte plusieurs antennes à proximité – doivent gérer 350 demandes de création d’arrêt par an. « Un travail de dentelle, en concertation avec les gestionnaires de la voirie – mairies, conseil départemental –, et les transporteurs pour les situer au mieux, au regard des objectifs de sécurité, mais aussi de l’optimisation du temps de parcours. Les arrêts et les circuits évoluent chaque année en fonction des besoins. »
      Quant au secteur des Billanges, une concertation va être engagée, pour apporter les modifications opportunes. Mais il rappelle que la sécurité n’est pas forcément assurée au pied d’un domicile, « imaginez, s’il y avait un accident de car à un arrêt sauvage ». Quant au système de géolocalisation, M. Lagrave salue des fonctionnalités visant à optimiser le remplissage des bus et la sécurité des élèves. « On a pris le temps qu’il faut pour échelonner le déploiement de l’outil avec les entreprises, former les chauffeurs », assure-t-il.
      En attendant, Mme Nozière constate – non sans ironie – que l’entreprise de ramassage scolaire marque toujours l’arrêt dit « sauvage » pour sa fille. « L’effet de la pression médiatique ? » L’histoire a en effet trouvé de l’écho : une pétition en ligne en soutien au chauffeur réunissait plus de 46 300 signatures et près de 2 200 commentaires samedi matin. Des courriers et même une proposition d’embauche d’une société de cars ont été adressés à M. Tabard. Aux Billanges, parents et enfants regrettent « un professionnel à qui on pouvait confier les enfants les yeux fermés », « des valeurs humaines comme on n’en trouve plus ».

      Ses jeunes passagers sont ceux qui manquent le plus à celui qui a conduit des générations d’élèves. Sa dernière tournée, il y a une semaine, n’était pas sans émotion, « même le petit caïd de 6e a essuyé une larme ». Le chauffeur va contester son licenciement aux prud’hommes. Mais sa victoire se joue ailleurs : avoir mis en lumière les difficultés que partagent ses collègues, ailleurs sur les petites routes de rase campagne.

      #chauffeurs_scolaires #emplois_vieux avec #horaires_en_coupure #retraites

  • « Equium » : une pompe à chaleur acoustique sobre et durable
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/equium-une-pompe-a-chaleur-acoustique-sobre-et-durable-6365377

    La jeune entreprise nantaise conçoit des pompes à chaleur qui fonctionnent avec l’énergie du son. Cette technologie sortie des laboratoires de recherche du CNRS promet de chauffer et rafraîchir les logements de manière sobre, écologique et sans gaz réfrigérants fluorés nocifs pour l’environnement.

    « Sans combustion, ni aucune pièce en mouvement, nous pouvons produire du chaud et du froid. »

    Considérée comme une technologie de rupture, le cœur de la pompe à chaleur thermo-acoustique conçue par la jeune entreprise, change en effet totalement la donne. Car c’est en s’appuyant sur un phénomène naturel d’autogénération d’ondes acoustiques par gradients de température, étudié depuis de nombreuses années dans les laboratoires du CNRS, qu’elle parvient à produire de la chaleur et du froid.

    https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2022/11/1102d576-6c51-42a4-869d-efd97afcfa61/860_equium-moteur.webp
    #pompe_à_chaleur_acoustique #thermo-acoustique

  • Ça fait une petite semaine que je joue avec Stable Diffusion (avec DiffusionBee sur Mac). Quelques idées :

    – il faut vraiment se rendre compte à quel point ça commence déjà à être exploitable dans un cadre professionnel ; je ne suis pas certain que ça puisse déjà remplacer un·e illustrateur·ice dans les situations où, réellement, on paie un·e illustrateur·ice (réaliser la production finale) ; mais pour tous ces moments du boulot où de toute façon on « bidouillait » pour faire des scénarios, des proof of concept, sans passer par un·e pro du dessin (perso je faisais parfois moi-même des petits croquis aquarellés, juste pour donner une idée au client ; cette semaine j’ai monté quelques images réalisées avec Stable Diffusion, ça m’a pris dix fois moins de temps et ça rend vachement mieux)… ;

    – les progrès sont juste fulgurants ; ça faisait très longtemps que je n’avais pas été confronté à une évolution technologique tellement rapide qu’elle semble « magique » (je parle de ces moments, très rares, où je vois réellement quelque chose se produire sur mon ordinateur, que je n’imaginais même pas techniquement possible avant).

    – ce que je veux dire ici, c’est que les productions AI sont déjà souvent exploitables dans les situations où, de toute façon, il n’y avait pas réellement un marché professionnel pour ces productions. Mais qu’à la vitesse où ça va, très bientôt ce sera largement exploitable pour un produit final, en concurrence directe avec la production qui, normalement, demande un travail spécifiquement rémunéré.

    – les illustrateur·ices vont prendre très cher, et très vite : il faut vraiment envisager tout de suite la reconversion, parce que c’est pas en dessinant des personnages et des scénettes qu’il va encore y avoir moyen de vivre : même les gens avec une identité graphique identifiée, je pense que ça va être difficile. Pour les autres (pour qui c’est déjà pas facile), je crains que là c’est mort. Après quelques heures avec Stable Diffusion, j’ai déjà produit en quelques minutes une dizaine de personnages illustrés totalement crédibles et parfaitement utilisables pour un jeu en ligne, par exemple : alors certes de mon côté je n’en ai pas l’utilité (pour l’instant), mais ça veut dire que ça c’est quasiment plus un marché pour les vrais gens qui font des vrais dessins. À quel moment l’édition jeunesse va basculer ? Ben à mon avis ça va arriver très très vite, sans doute en commençant par l’entrée de gamme (mais la disparition du « tout venant » finit par assécher la possibilité de survie du qualitatif).

    – je lis que non, c’est pas la disparition du métier, c’est juste une évolution : il faudra travailler autrement, car maîtriser ces outils avec goût et savoir-faire restera un métier. Certainement, mais ce métier existe déjà, il est déjà largement saturé, c’est le métier de graphiste (les graphistes ne sont pas des illustrateur·ices, il·elles ne dessinent pas), qui désormais pourra se passer des illustrateur·ices et largement réaliser le poduit final en dictant ses ordres à une AI plutôt qu’en payant quelqu’un.

    – c’est pas la peine d’en faire une question morale (« ah oui mais il suffit de refuser ») : c’est un marché déjà difficile, les gens y sont largement des prestataires indépendants, ça va être terrible, on a une technologie qui progresse à une vitesse sidérante, et qui va percuter de plein fouet un milieu de travailleurs indépendants déjà souvent en limite de paupérisation ;

    – ne pas compter sur le droit pour protéger le métier traditionnel. Je vois bien qu’il y a des histoires de propriété intellectuelle en ce moment, ça joue sur les illustrateur·ices déjà établis dont on utilise la production pour entraîner les modèles, mais c’est temporaire, à mon avis ça va se résoudre rapidement, et il n’y aura aucun moyen de poursuivre des productions par AI sur la base du plagiat (il est très difficile de poursuivre quelqu’un qui produit dans « le même style que » s’il n’y a pas plagiat direct). Et comme c’est un milieu de petits producteurs indépendants, il n’y aura même pas d’outils de financements « socialisés » façon racket des ayants-droits de la musique.

  • An #Interactive Guide to #Flexbox in #CSS
    https://www.joshwcomeau.com/css/interactive-guide-to-flexbox

    In this blog post, I want to refine your mental model for Flexbox. We’ll build an intuition for how the Flexbox algorithm works, by learning about each of these properties. Whether you’re a CSS beginner, or you’ve been using Flexbox for years, I bet you’ll learn quite a bit!

    Article très détaillé avec plein de petites démos sympas.

  • GitHub - ovh/venom : 🐍 Manage and run your integration tests with efficiency - Venom run executors (script, HTTP Request, web, imap, etc... ) and assertions
    https://github.com/ovh/venom

    Un outil CLI qui permet de faire des « tests utilisateurs » pour une application web avec gestion des retours selon différents protocoles (http, imap, readfile...), de les enchaîner en récupérant les résultats d’une étape pour les utiliser comme input de l’étape suivante...
    Les tests sont écrits sous forme de fichiers yaml, peuvent être lancés en parallèles.
    Open source (langage principal : GO) : binaire fourni pour Linux / Windows / Mac + Docker

    Qui n’a pas eu le besoin d’exécuter un VRAI test d’intégration ?
    1 - Inscription sur une application
    2 - Vérifier le mail envoyé par l’application
    3 - Le mail contient une URL, ouvrir cette URL pour valider l’inscription
    4 - S’authentifier avec le nouveau compte créé
    5 - Naviguer sur l’application Web
    6 - Vérifier en DB, ou sur votre API que les données sont cohérentes

    Venom répond à 5 problématiques :
    – lisibilité des scénarios de tests
    – multi-protocoles
    – résultats xUnit compréhensibles
    – « as-code », les tests sont sur vos dépôts git
    – extensibilité via les exécuteurs (mail, rest, web, kafka, redis, ...)

    Voir la présentation (simple mais bluffante !) sur https://www.youtube.com/watch?v=RGy-xbTs8_s

    #venom #test_utilisateur #unit_test #SPIP #yaml

  • Amazon Alexa is a “colossal failure,” on pace to lose $10 billion this year | Ars Technica
    https://arstechnica.com/gadgets/2022/11/amazon-alexa-is-a-colossal-failure-on-pace-to-lose-10-billion-this-year

    Alexa has been around for 10 years and has been a trailblazing voice assistant that was copied quite a bit by Google and Apple. Alexa never managed to create an ongoing revenue stream, though, so Alexa doesn’t really make any money. The Alexa division is part of the “Worldwide Digital” group along with Amazon Prime video, and Business Insider says that division lost $3 billion in just the first quarter of 2022, with “the vast majority” of the losses blamed on Alexa. That is apparently double the losses of any other division, and the report says the hardware team is on pace to lose $10 billion this year. It sounds like Amazon is tired of burning through all that cash.

    • The report says that while Alexa’s Echo line is among the “best-selling items on Amazon, most of the devices sold at cost.” One internal document described the business model by saying, “We want to make money when people use our devices, not when they buy our devices.”

      That plan never really materialized, though. It’s not like Alexa plays ad breaks after you use it, so the hope was that people would buy things on Amazon via their voice. Not many people want to trust an AI with spending their money or buying an item without seeing a picture or reading reviews. The report says that by year four of the Alexa experiment, “Alexa was getting a billion interactions a week, but most of those conversations were trivial commands to play music or ask about the weather.” Those questions aren’t monetizable.

      C’est très intéressant à plusieurs titres. Mais l’un des points est ignoré par l’article : la théorie n’était pas qu’on allait monétiser les actions des usagers (par exemple prendre un pourcentage quand ils achètent quelque chose), mais utiliser les capacités de surveillance et d’intrusion de ces appareils pour monétiser le profil des consommateurs. Quand on pensait « a billion interactions a week », on ne pensait pas à ce que ces interactions produisent directement un revenu, mais que le stockage et l’analyse de ces milliards d’interactions permettrait de vendre des ciblages publicitaires redoutables.

      Apparemment : pas du tout. Est-ce que le business du profilage des usagers était, lui aussi, un truc qu’on nous a survendu pour faire monter les actions des GAFAM, et qui au final est loin d’être si rentable que ça ? (Le fait que Facebook se transforme en un truc de réalité virtuelle, alors que c’est en théorie l’un des réseaux les plus intimes, permettant de réaliser l’un des profilages les plus intrusifs, ça va certainement aussi dans ce sens : fliquer les gens n’est peut-être pas aussi rentable qu’on a bien voulu nous le dire – au-là du simple problème éthique, s’entend).

    • (Je ne me rappelle plus où j’ai lu un article sur une grosse boîte américaine qui a fait l’expérience de suppression totale de pub ciblée sur internet sans effet notable sur les visites et achats sur son site).

  • Un magistrat ordonne la censure préalable d’une enquête de Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/politique/211122/un-magistrat-ordonne-la-censure-prealable-d-une-enquete-de-mediapart

    Vendredi 18 novembre, un huissier est venu au siège de Mediapart nous délivrer un acte judiciaire sans précédent de mémoire de journaliste comme de juriste.

    Il nous ordonne de ne pas publier une enquête d’intérêt public à la demande expresse de la personnalité concernée sans qu’à un seul instant les arguments de Mediapart n’aient été sollicités. Mediapart n’était pas informé de cette procédure et l’ordonnance a été prise par un juge sans que notre journal n’ait pu défendre son travail et ses droits.

  • Floor796
    https://floor796.com

    Floor796 is an ever-expanding animation scene showing the life of the 796th floor of the huge space station! The goal of the project is to create as huge animation as possible, with many references to movies, games, anime and memes.

    All scenes are drawn in a special online editor right in the browser by one person, as a hobby. You can watch the process of drawing some blocks on youtube.

    You can read more about how the animation renderer is built in the article on Habr (ru).

    Author of the project and all animation — 0x00. If you have any questions or suggestions, I will be happy to answer at info@floor796.com.

  • Assurance-chômage : le gouvernement a le feu vert pour baisser la durée des droits | Cécile Hautefeuille

    Le Parlement a définitivement adopté la loi Travail 2 ouvrant la voie à une modulation des droits des chômeurs selon la conjoncture et barrant l’accès à l’indemnisation en cas d’abandon de poste ou de refus de CDI. Un an après la première réforme de l’assurance-chômage, le gouvernement entend taper encore plus fort sur les chômeurs.

    C’est la dernière digue qui n’avait pas encore cédé. Après avoir fait tomber des règles historiques et diminué le montant des allocations-chômage ; après avoir détérioré les conditions d’accès aux droits, le gouvernement s’apprête à s’attaquer à la durée de versement des allocations. Et cela pourrait cogner très fort, dès le début de l’année 2023, avec une baisse de 25 % de la durée des droits.

    L’exécutif a les mains complètement libres pour décider du sort des demandeuses et demandeurs d’emploi. La loi adoptée ce jeudi par le Sénat, deux jours après l’Assemblée nationale, l’autorise à changer les règles, au plus tard jusqu’au 31 décembre 2023.

    Sans surprise, cela va aller très vite. Un décret devrait être ficelé mi-décembre, pour une application « dès février 2023 », selon le ministère du travail. Aucun suspense non plus sur les intentions : la modulation des allocations-chômage selon la conjoncture économique sera bien au cœur des nouvelles règles, et continuera à concasser les droits des chômeuses et chômeurs, déjà mis en pièces par la première réforme il y a un an.

    Emmanuel Macron a (im)posé, dès juillet 2002, sa volonté : « Quand ça va bien, on durcit les règles, et quand ça va mal, on les assouplit », reprenant un engagement de sa campagne qui tenait en trois lignes dans son programme, sans que l’on en comprenne vraiment les objectifs.

    Les motivations se sont, depuis, éclaircies. Le gouvernement veut atteindre le plein emploi, qu’il fixe à 5 % de taux de chômage, et voit dans cette réforme « une réponse efficace aux difficultés de recrutement ». Qu’importe si rien ne démontre que durcir les règles de l’assurance-chômage soit plus efficace. Et peu importe qu’aucune étude d’impact solide n’ait été publiée au préalable sur le sujet.

    Quant aux partenaires sociaux, ils ont été invités à une concertation de pure forme, lancée avant même l’adoption de la loi. C’est dire si la chose semblait acquise pour le gouvernement. Autre « cocasserie » : les syndicats représentant les salarié·es ont été concertés sur un sujet qu’ils avaient, fait rarissime, rejeté en bloc dans une déclaration commune, publiée en septembre dernier.

    18 mois de droits, au lieu de 24

    L’issue de la concertation sera bientôt connue. Les discussions s’achèveront en début de semaine prochaine, le 21 novembre. Le ministère du travail précisera alors les grandes lignes de son futur décret. Quels seront les critères pour déterminer si la conjoncture est bonne ou mauvaise ? Les droits pourront-ils changer en cours de route, si la situation économique évolue ? Les réponses seront bientôt sur la table.

    Concernant la baisse de la durée, selon les informations de Mediapart, également évoquées dans Le Parisien, un coefficient pourrait être appliqué pour la calculer, selon la conjoncture. Actuellement, ce coefficient est de 1, ce qui permet de bénéficier de 24 mois de chômage (le maximum permis, pour les moins de 55 ans) après 24 mois de travail. Si ce coefficient baisse, la durée baisse. Et c’est précisément ce qui se dessine.

    Si la conjoncture est bonne, le coefficient pourrait être ramené à 0,75, soit 18 mois de droits au chômage, malgré les 24 mois de travail. C’est 25 % de moins.

    À l’inverse, si la situation économique est mauvaise, et que le chômage remonte, le coefficient reviendrait à 1, c’est-à-dire aux règles actuelles. On comprend où le gouvernement place le curseur de droits jugés « assouplis » ou « plus protecteurs ». Les chômeurs et chômeuses pourront avoir moins... mais pas plus.

    Sanctionner le refus de CDI : « un défi technique »

    Ce nouveau durcissement des règles pulvérise en tout cas les arguments avancés, il y a tout juste un an, par l’ex-ministre du travail Élisabeth Borne, en plein service après-vente de la première réforme de l’assurance-chômage. « Ceux qui alternent des périodes d’activité et d’inactivité pourront avoir une allocation mensuelle plus basse, mais seront indemnisés plus longtemps », martelait-elle, sur tous les plateaux. Un « plus longtemps » bien vite évaporé.

    Devant les députés, mardi 15 novembre, le ministre du travail a en revanche promis de ne pas toucher au montant des allocations, ni aux conditions d’accès aux droits, déjà durcies par la précédente réforme en passant de quatre à six mois de travail nécessaires.

    Ce jeudi, dans un communiqué de presse publié après l’adoption de la loi par le Parlement, Olivier Dussopt se félicite d’un texte « étoffé » par « de nouvelles dispositions encadrant davantage les abandons de poste ainsi que les refus de CDI ». Deux mesures visant à raboter encore un peu plus les droits ont, en effet, été ajoutées durant les débats et finalisées en commission mixte paritaire, composée de député·es et de sénateurs et sénatrices, et réunie le 9 novembre.

    Pour obtenir le vote des élu·es Les Républicains (LR), le gouvernement a consenti à ce que deux refus de CDI après un CDD ou un contrat d’intérim sur le même poste « ou un emploi similaire, assorti d’une rémunération au moins équivalente », puissent entraîner la perte de l’indemnisation chômage. Le texte précise que c’est l’employeur qui devra informer Pôle emploi « en justifiant du caractère similaire de l’emploi proposé ».

    Une mesure qui semble complexe à mettre en œuvre, de l’aveu même du ministre du travail. « Il faut que l’opérationnalité soit au rendez-vous […], c’est un défi technique », a expliqué Olivier Dussopt, lundi 14 novembre, au cours d’une rencontre avec l’association des journalistes de l’information sociale (AJIS). Il n’a pas souhaité donner de date pour la rédaction des décrets. Autant dire qu’il n’est pas certain qu’ils sortent un jour.

    La seconde mesure venue « étoffer » la loi assimile quant à elle l’abandon de poste à une démission, privant les salarié·es des droits au chômage. Ces deux dispositions, sorties du chapeau à l’Assemblée nationale et au Sénat, ne sont appuyées par aucune étude, ni publication, ni chiffrage sur les phénomènes visés.

    Les élu·es auraient, en revanche, pu s’inspirer d’un rapport de la Dares sur le non-recours à l’assurance-chômage, révélant qu’entre 25 % et 42 % des salarié·es éligibles après une fin de contrat ne réclament pas leurs droits au chômage. Et ce sont les plus précaires qui réclament le moins. « Les salariés en contrats temporaires (intérim et CDD) recourent significativement moins à l’assurance-chômage que les salariés en fin de CDI », souligne le rapport.

    La première réforme de l’assurance chômage avait envoyé une première salve de mesures drastiques qui visaient ces précaires, les travailleuses et travailleurs alternant périodes de chômage et d’emploi. À peine un an plus tard, et sans aucun recul ni étude sur cette réforme, le gouvernement s’apprête à aller encore plus loin. En s’attaquant à tout le monde, y compris à celles et ceux ayant travaillé de façon continue.

    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/171122/assurance-chomage-le-gouvernement-le-feu-vert-pour-baisser-la-duree-des-dr

    #droit_au_chômage #chômeurs #abandon_de_poste #refus_de_CDI

  • Frites surgelées et COP 27 - AOC media
    https://aoc.media/opinion/2022/11/15/frites-surgelees-et-cop-27
    Par Jean-François Collin – Haut fonctionnaire

    Alors que les nations du monde entier tentent d’afficher leur lutte pour sauver le climat et la planète à la COP27 du Caire, l’OMC révèle le véritable du capitalisme mondialisé en donnant raison à l’Union Européenne qui avait attaqué la Colombie au nom de la défense de ses frites surgelées…

    En lisant mon journal habituel, je suis tombé sur un petit article m’apprenant que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) venait de donner tort à la Colombie dans une conflit qui l’oppose à l’Union européenne. Le différend porte sur le commerce des frites surgelées. Le sujet peut sembler anecdotique mais en réalité le commerce des frites surgelées résume parfaitement ce qu’est capitalisme mondialisé et dévoile l’hypocrisie du rituel des COP « pour sauver le climat et la planète ».

    Un rappel d’abord, même si l’histoire de la pomme de terre est bien connue.

    Nous ne mangerions pas de pommes de terre en Europe si les populations andines d’Amérique du Sud ne les avaient cultivées depuis plus de 8 000 ans. Les conquistadors espagnols arrivés beaucoup plus tard ont rapporté des pommes de terre en Espagne au début du XVIe siècle, mais le développement de sa culture et de sa consommation en Europe fut lent. En France, par exemple, jusqu’au XVIIIème siècle, la pomme de terre était considérée comme une plante toxique dont l’usage devait être réservé aux animaux.

    Il fallut que Parmentier, prisonnier des Prussiens pendant la guerre de Sept Ans, consomme les pommes de terre servies par ses geôliers, en apprécie les qualités et revienne en France convaincu de son intérêt pour alimenter la population encore fréquemment victime de disette, voire de famine, et mène une grande campagne de promotion de la pomme de terre jusqu’à la table du roi, pour que sa culture se développe jusqu’à faire de ce tubercule un élément majeur de notre alimentation.

    Pour remercier ceux qui nous ont apporté ce bienfait, voilà que l’Union européenne attaque la Colombie devant l’OMC pour la contraindre à acheter des pommes de terre dont nous ignorerions l’existence si les précolombiens ne les avaient cultivées bien avant nous.

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

    La pomme de terre, une industrie européenne tournée vers l’exportation
    L’agrobusiness a transformé la culture de la pomme de terre en une industrie vouée à l’exportation.

    La Belgique, pays emblématique de cette culture, a obtenu que la frite soit inscrite à l’inventaire du patrimoine mondial de l’humanité. Pourtant, ce qu’elle produit aujourd’hui n’a pas grand-chose à voir avec la frite traditionnelle vendue autrefois dans ses cornets, avec ou sans mayonnaise, qu’elle a remplacé, pour l’essentiel, par un affreux produit surgelé.

    Les surfaces consacrées à la culture de la pomme de terre ont progressé de 50 % depuis le début des années 2000 pour atteindre 100 000 hectares, soit 11 % des terres cultivées du pays. La Belgique produit 5 millions de tonnes de pommes de terre aujourd’hui contre 500 000 tonnes en 1990. Mais comme cela ne suffit pas aux industries de transformation, les importations de pommes de terre (en provenance de France notamment) ont été multipliées par trois en 20 ans, passant de 0,9 millions de tonnes en 2000 à 2,6 millions en 2018.

    Ces pommes de terre ne sont pas achetées par les ménages belges pour qu’ils préparent leurs frites à la maison. 90 % des pommes de terre belges sont transformées, par de grands groupes internationaux, en frites surgelées, croquettes et autres produits transformés issus des pommes de terre pour être exportés aux quatre coins de la planète. C’est ainsi que la Belgique est devenue le premier exportateur mondial de produits surgelés à base de pommes de terre. Cinq millions de tonnes de pommes de terre sont transformées par l’industrie pour produire 2,3 millions de tonnes de frites, 700 000 tonnes de purée, des chips, des croquettes, etc. Entre 40 et 50 % des pommes de terre sont perdues dans le processus de transformation industrielle, une partie de ces pertes étant récupérée pour l’alimentation animale.

    Le groupe belge Clarebout Potatoes est devenu le premier producteur européen et le quatrième producteur mondial de produits surgelés à base de pommes de terre avec une production an­nuelle estimée à environ 800 000 tonnes de produits transformés et un chiffre d’affaire de 1,3 milliards d’euros en 2019.

    Clarebout va d’ailleurs installer prochainement une usine de production de frites surgelées dans le port autonome de Dunkerque, qui en produira 1 400 tonnes par jour (7 jours sur 7, soit une production annuelle de plus de 500 000 tonnes) qu’il sera facile de charger sur un bateau pour l’exporter… en Amérique du Sud par exemple.

    D’autres groupes internationaux sont présents en Belgique et en France, comme le canadien McCain, un géant du secteur, le néerlandais Farm Frites, ou encore Nestlé.

    La France a connu une évolution similaire. Elle produit 5 à 6 millions de tonnes de pommes de terre sur 150 000 hectares. 43 % de la production sont exportés, 21 % sont utilisés dans les usines de transformation pour la production de produits surgelés (à leur tour souvent exportés), 19 % sont incorporés dans l’alimentation du bétail. Le marché national de consommation de pommes de terre fraiches n’absorbe que 17% de la production.

    La pomme de terre est devenue la matière première d’une industrie de transformation qui a accompagné la généralisation de la distribution des produits alimentaires par les grandes surfaces, notamment sous forme de produits surgelés.

    L’exportation de produits surgelés est l’objectif principal de cette industrie.

    Culture de la pomme de terre et disparition des paysans
    Au XXème siècle, les pommes de terre étaient produites sur l’ensemble du territoire français par de petites exploitations agricoles et dans les jardins familiaux. Elles constituaient un élément important de l’alimentation de la population, encore très largement rurale. Chaque français en mangeait en moyenne 95 kilos de pommes de terre par an en 1960 ; il n’en mange plus que 52 kilos en 2022. En conséquence de quoi les surfaces consacrées à cette production ont fortement diminué, jusqu’au début des années 2000 où elles ont recommencé à croître.

    Les rendements à l’hectare ont beaucoup augmenté et la production s’est concentrée dans 3 régions : les Hauts-de France (65 % de la production nationale), le Centre-Val de Loire (environ 10 %) et le Grand Est (11 %).

    Dans ce secteur comme dans tous les autres secteurs de l’agriculture, nous assistons à une véritable délocalisation de la production qui est désormais plus liée aux réseaux de transport, à la localisation des industries de transformation, qu’au climat ou à la qualité des sols.

    On constate les mêmes phénomènes chez les autres grands producteurs européens, Belgique, Allemagne et Pays-Bas. En Belgique, la moitié de la production est réalisée par 5 % des producteurs de pommes de terre.

    En France, comme en Belgique ou en Allemagne, les producteurs de pommes de terre ne sont plus majoritairement des petits agriculteurs indépendants, vivant de leur travail en approvisionnant les marchés locaux, en faisant vivre les circuits courts et tout ce qui est vanté comme devant être le cœur de la transition écologique souhaitée par la population et les gouvernements.

    C’est tout le contraire, et les agriculteurs sont devenus des « travailleurs à façon » placés dans une situation de dépendance économique vis à vis des industries de transformation. Ils sont liés par des contrats qui leur imposent les volumes, la qualité et les conditions de production. Ils doivent fournir chaque année un volume donné de pommes de terre. S’ils ne sont pas capables d’honorer cet engagement, les sanctions sont variables : pénalités ou bien facturation par le transformateur des pommes de terre qu’il a dû acheter ailleurs. Les trois quarts des pommes de terre, en Belgique comme en France, sont produites par des « agriculteurs » sous contrat avec les groupes de transformation.

    Le développement de cette industrie a donc accéléré la disparition des agriculteurs en Europe, avant de faire la même chose dans les pays de destination des exportations européennes, en Amérique du Sud notamment.

    Pour conquérir ces marchés, les industriels font payer cher leurs produits sur le marché européen et pratiquent le dumping sur les marchés d’Amérique du Sud. Le Brésil et la Colombie ont adopté des mesures antidumping en 2017 et 2018 après avoir constaté que les prix de vente des produits européens sur leur marché étaient inférieurs de 18 à 41 % à ceux qui étaient pratiqués pour les mêmes produits vendus par les Belges ou les Allemands au Royaume-Uni.

    Ce dumping a eu des conséquences dramatiques pour les agriculteurs en Colombie ou au Pérou. Depuis l’entrée en vigueur des accords de libre-échange entre ces pays et l’Union européenne en 2013, les exportations ont grimpé en flèche. Celles de frites congelées ont augmenté de 915 % en Colombie, à tel point que les petits producteurs colombiens se sont mis en grève et ont exigé l’arrêt des importations de pommes de terre européennes.

    Des conséquences terribles pour l’eau, les sols et le climat
    La pomme de terre ne se développe que si elle trouve suffisamment d’eau dans le sol. Ce besoin d’eau augmente considérablement pour atteindre les rendements très élevés exigés par les industries de transformation, compris entre 40 et 50 tonnes à l’hectare, de surcroît avec des pommes de terre d’un calibre suffisamment gros pour se prêter aux besoins de l’industrie.

    C’est pourquoi l’irrigation des champs plantés en pommes de terre s’est beaucoup développée dans la région des Hauts de France, qui n’est pourtant pas réputée comme l’une des plus sèches du pays. Les problèmes, déjà très importants, de qualité de l’eau dans cette région, provoqués par une urbanisation et une industrialisation anciennes, s’en trouvent aggravés.

    Comment peut-on justifier le développement de telles pratiques agricoles alors que le changement climatique pose des problèmes de disponibilité de la ressource en eau de plus en plus importants y compris en France ?

    De plus, la culture de la pomme de terre intensive fait un usage immodéré des produits phytosanitaires pour lutter contre le mildiou et les autres maladies. Jusqu’à 20 pulvérisations de produits phytosanitaires par récolte sont nécessaires. En moyenne, 17,6 kilos de substances actives sont épandus par hectare en Belgique, contre 6,4 pour la betterave et 2,8 pour le froment.

    Les engins agricoles utilisés pour cette culture industrielle sont énormes, ils pèsent des dizaines de tonnes et contribuent à renforcer le tassement des sols qui fait obstacle à l’infiltration des eaux de pluie. À terme c’est tout simplement la capacité de production des sols qui sera affectée.

    Enfin, produire en Europe des pommes de terre que l’on transforme en frites surgelées auxquelles il faudra faire traverser l’océan Atlantique dans des bateaux réfrigérés représente une consommation d’énergie contribuant au changement climatique parfaitement aberrante et à laquelle il faudrait mettre fin sans délai.

    Les discours alarmistes sur la situation alimentaire d’une partie de la planète méritent d’être mis au regard de telles aberrations. En effet, la vente de pommes de terre européennes en Amérique du Sud n’a pas pour but d’assurer l’alimentation de populations sous-alimentées. Au contraire, elle ruine la possibilité des pays importateurs de produire leur propre alimentation grâce à une agriculture paysanne beaucoup moins polluante et plus conforme à l’orientation qu’il faudrait donner à l’organisation de notre société pour l’adapter aux changements climatiques en cours.

    L’Union européenne doit choisir entre les frites surgelées et le climat
    En même temps que les pays européens et la Commission européenne font de grands discours à Charm El-Cheikh à l’occasion de la COP 27 et protestent de leur engagement dans la lutte contre le changement climatique, ils mènent un combat acharné au sein de l’OMC en faveur de ce commerce aberrant des produits transformés surgelés issus de la transformation de la pomme de terre. Ce combat a payé puisqu’ils ont obtenu la condamnation de la Colombie par l’organisme de règlement des différends de l’OMC. Si la Colombie respecte cette décision scandaleuse, elle devra donc supprimer les droits de douane qu’elle avait instaurés, qui n’ont même pas suffi à protéger son marché intérieur. Quelques grands groupes internationaux continueront à faire de plantureux profits grâce à ce commerce qui représente l’exact opposé de ce que nos sociétés prétendent vouloir faire pour éviter la catastrophe annoncée.

    D’un côté, l’Union européenne fait des discours sans conséquences dans des conférences internationales, de l’autre elle défend des mesures bien concrètes pour développer le commerce international dans ce qu’il a de pire, au prix de la pollution des sols, de l’eau et de l’air, au bénéfice d’une activité économique inutile et destructrice.

    La COP 27 est focalisée sur les compensations financières qu’il faudrait accorder aux pays en développement au titre de la responsabilité passée des pays développés dans le changement climatique. Des promesses seront faites, comme elles ont déjà été faites dans le passé, et seront certainement tenues de la même façon.

    Mais le vrai sujet n’est-il pas de préparer l’avenir avant de réparer le passé ? Les pays développés devraient d’abord cesser de ruiner l’économie des pays moins riches, en faisant disparaître leur agriculture paysanne victime d’exportations à bas prix de produits transformés très consommateurs d’énergies fossiles. Faisons cela sans attendre, il sera toujours temps de parler des compensations financières.

    Nul besoin de mesures complexes, de contrôle international bureaucratique des tonnes de carbones émises ou économisées par les États signataires de la convention de l’ONU sur le climat. Il suffit de déclarer un moratoire sur le commerce international de tous les produits transformés surgelés issus de la pomme de terre.

    Pour atteindre cet objectif, pourquoi ne pas lancer une campagne mondiale de boycott des frites surgelées, dont la production n’est pas moins coupable que l’activité des groupes pétroliers du changement climatique ?

    Pourquoi ne pas suspendre l’activité de l’OMC jusqu’à ce que ses règles de fonctionnement aient été mises en cohérence avec les exigences de la lutte contre le changement climatique ? Cela permettrait aux États qui le souhaitent de relocaliser une partie de la production dont ils ont besoin et de remettre un peu de bon sens dans les échanges commerciaux internationaux.

    Puisque la mode est à la sobriété et aux petits gestes, épluchons nos pommes de terre fraiches pour les manger, ce sera bien meilleur dans nos assiettes et pour l’environnement que d’accepter de consommer ces horribles produits surgelés, d’ailleurs très indigestes.

    Quant à l’Union européenne, qu’elle abandonne immédiatement ses actions contre la Colombie qui a déclaré son intention de faire appel de la décision prise par l’OMC ! Si la Commission de l’UE ne le fait pas, elle confirmera la vacuité de ses discours sur le climat. Quelle belle surprise ce serait si elle profitait de la COP pour annoncer cette sage décision !

  • « Dette immunitaire » : Pourquoi les scientifiques disent que ce nouveau terme favorise la désinformation sur le COVID-19 | Teresa Wright
    https://cabrioles.substack.com/p/dette-immunitaire-pourquoi-les-scientifiques

    L’idée selon laquelle le système immunitaire d’une personne peut être affaibli par un manque d’exposition à une maladie « témoigne d’une incompréhension fondamentale du fonctionnement du système immunitaire. » En réalité, les enfants qui contractent des infections par le VRS à plusieurs reprises ou à un jeune âge sont plus exposé·es à des maladies comme l’asthme qui les suivront toute leur vie. Alors pourquoi tant d’enfants souffrent-ils de maladies graves causées par des virus saisonniers ? De nouvelles données suggèrent que le COVID-19 pourrait être en cause. Source : via Cabrioles

  • Soyez sympas, portez un masque - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Soyez-sympas-portez-un-masque

    Quand les annonces dans les trains et les métros, depuis plus de six mois, invitent « vivement » au port du masque pour éviter la propagation du Covid alors que même le personnel de la SNCF ou de la RATP ne le porte pas

    J’ai beaucoup pris le train et les transports dernièrement, et ça me rend fou ça !
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Double_contrainte

    #double_bind #santé #information #covid-19

  • Les émissions réelles de #CO2 dans le monde sont 3 fois plus importantes que celles déclarées
    https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-emissions-reelles-co2-monde-sont-3-fois-pl

    Climate Trace, c’est avant tout un outil numérique recensant plus de 72 000 sites à travers le monde et évaluant leurs émissions de gaz à effet de serre grâce à des données satellitaires qui sont analysées par des procédés d’intelligence artificielle. Si cet outil a été à l’origine financé par un don de Google, il est géré par un ensemble international de laboratoires publics, d’entreprises et d’ONG.

    Climate Trace se base ainsi sur des observations réelles, et non pas sur des chiffres fournis par les différentes industries.

    #climat

  • Justice. Prisons : "110 € par jour par détenu, c’est très cher pour fabriquer de la récidive"
    https://www.ledauphine.com/faits-divers-justice/2022/11/12/prisons-110-par-jour-par-detenu-c-est-tres-cher-pour-fabriquer-de-la-rec

    ❝Cellules qui débordent, cafards qui pullulent... Alors que la France est en passe d’établir un nouveau record du nombre de détenus, la contrôleure des prisons Dominique Simonnot exhorte le gouvernement à « affronter la réalité » carcérale et « agir » contre la surpopulation.

    Nommée contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) il y a deux ans, l’ancienne journaliste du Canard enchaîné a, au gré de visites de contrôle, pu constater le « cauchemar » de la situation actuelle.

    A son arrivée à la tête de l’autorité indépendante, vigie des droits fondamentaux, les prisons étaient occupées à 100,7%, avec quelque 61 100 détenus pour 60 650 places.

    Elles comptent désormais, selon les derniers chiffres officiels, 72.350 détenus, 2 053 matelas posés à même le sol, et le taux d’occupation atteint 119,2% en moyenne.

    A la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan, occupée à plus de 200%, « j’ai vu des gens à trois par cellule avec 0,8 m2 d’espace vital par être humain », décrit Dominique Simonnot. La nuit, le troisième détenu dort par terre et se sert d’une porte pour y poser son matelas afin de ne « pas respirer des petits cafards au milieu de la poussière », explique-t-elle.

    « Gradignan, c’est quand même une prison où les surveillants nous ont dit "moi (si j’étais) détenu, je ne rentrerais pas dans les cellules", nous ont parlé de leur détresse. Et où les détenus répondent "il faut les comprendre, ils sont à bout, on est trop" », souligne encore la contrôleure générale.

    Après cette visite, le CGLPL a adressé en juillet des recommandations en urgence dénonçant des conditions « inhumaines » de détention, mais son avis n’est pas contraignant.

    A chaque prison épinglée par l’autorité indépendante, il est répondu « "ne vous inquiétez pas, une nouvelle prison va sortir de terre" ». Mais cette « course à la construction est sans fin et les détenus ne peuvent attendre dans ces conditions », tempête Dominique Simonnot.

    « Mise en danger »

    A la maison d’arrêt de Fresnes, où l’Etat est condamné à effectuer d’importants travaux de rénovation et qui a fait la « une » de l’actualité cet été pour une course de karting, Dominique Simonnot a vu un détenu « le dos constellé de boutons » de punaises de lit.

    Elle ne compte plus les courriers de prisonniers qui ne vont plus aux toilettes par manque d’intimité et « qui frôlent l’occlusion » intestinale. Ni ceux témoignant des « hurlements » la nuit d’un codétenu atteint de troubles mentaux. Ou du cas d’un homme qui s’est pendu et qu’on doit décrocher.

    « Les gens doivent être punis, mais la punition ça ne peut pas être d’entasser des gens comme des poulets de batterie », s’insurge la contrôleure générale. « Quand un ascenseur est prévu pour huit, on n’a jamais entendu "vous pouvez monter à seize" ! »

    Ses prises de parole dans des tribunes ou les médias ont pu agacer, notamment des juges. A l’Assemblée nationale, une députée RN a critiqué son idéologie « gauchisante » et « laxiste ».

    « Si être angéliste et gauchiste, c’est regarder en face la réalité, moi j’appelle ça pragmatique », rétorque Dominique Simonnot.

    Aucunement « découragée », cette promotrice d’une régulation carcérale inscrite dans la loi voit même une « note d’espoir » dans la multiplication des partisans, dont des hauts magistrats, d’un mécanisme contraignant dès qu’un établissement atteint les 100% d’occupation.

    Au gouvernement maintenant de « faire preuve de courage politique » en portant cette inscription dans la loi, dit-elle. « C’est du cynisme de ne pas remédier à la réalité telle qu’elle est », estime la contrôleure générale.

    « Et c’est détourner les yeux d’un problème dont on tient les solutions, mais quoi, on redoute que ça indispose certains ? Mais gouverner, c’est être courageux ! », assène-t-elle.

    « C’est même un calcul économique intelligent. 110 € par jour par détenu, c’est très cher pour fabriquer de la récidive », tacle Dominique Simonnot.

    #prison

    • Six surveillants condamnés pour avoir violenté un détenu de la prison de Sequedin.
      https://www.ouest-france.fr/societe/prison/six-surveillants-condamnes-pour-avoir-violente-un-detenu-de-la-prison-d

      Des peines allant jusqu’à un an de prison avec sursis ont été prononcées jeudi 10 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Lille contre six gardiens de prison pour « des violences en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique » sur un détenu d’une maison d’arrêt du Nord.

      Deux des prévenus ont été condamnés à un an de prison avec sursis et à deux ans de suspension de l’administration pénitentiaire, les quatre autres à six mois de prison avec sursis et un an de suspension de l’administration pénitentiaire.

      Ces gardiens, employés à la prison de Sequedin près de Lille, avaient été placés en garde à vue le 27 septembre, sur la base d’une plainte d’un prisonnier, puis sous contrôle judiciaire.

      Le parquet avait requis six mois de prison pour cinq d’entre eux, et huit mois pour le premier surveillant, responsable de l’équipe, ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer dans la fonction publique pour tous.

      Au cours de l’audience, le 13 octobre, ces six hommes, âgés de 30 à 44 ans, avaient reconnu les faits, qui s’étaient produits le 3 janvier dernier, quand ils étaient intervenus pour un tapage dans une cellule.

      Sous mandat de dépôt dans le cadre d’une enquête pour trafic de stupéfiants, le prévenu plaignant avait été découvert nu sous la douche, avec une poêle dans la main, en train d’insulter son codétenu. La scène avait été filmée par les caméras de vidéosurveillance de la prison.

      Diffusé durant l’audience en octobre, l’enregistrement montre les surveillants sortir le détenu de sa cellule, puis le menotter, les mains dans le dos, entièrement nu, avant de le traîner sur le sol sur quelques mètres.

      Pendant ce transfert de plusieurs minutes, il subira des violences, notamment un taquet derrière la tête qui le fait chuter ou encore des coups de pied. La vidéo montre également la victime jetée nue dans une flaque d’eau, au milieu d’une cour humide, juste avant d’être amenée dans le quartier disciplinaire.

      Le prévenu violenté s’était vu délivrer une incapacité de travail inférieure à sept jours.

      #violences_pénitentiaires

    • Traitements inhumains et dégradants à la prison de Bordeaux-Gradignan : la spectaculaire dérobade du Conseil d’État
      https://oip.org/communique/traitements-inhumains-et-degradants-a-la-prison-de-bordeaux-gradignan-la-specta

      Par une décision du 10 novembre 2022, le Conseil d’Etat a rejeté, sans audience, la requête formée par l’OIP, l’Ordre des avocats du Barreaux de #Bordeaux, le SAF et l’A3D à propos du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. En dépit des conditions de détention inhumaines et dégradantes dans cet établissement notoirement insalubre et surpeuplé, il écarte les demandes d’améliorations réclamées par ces organisations.

      #OIP #CGLPL #surpopulation_carcérale

    • En réalité, le « coût » de revient du prisonnier doit être nettement plus élevé. Apparemment, il est calculé ici en intégrant diverses dépenses (repas, eau, chauffage, frais de personnel) (voir ce lien). Mais il faut en réalité ajouter bien des frais « annexes » ; dont probablement la location des établissements construits sous le régime des partenariats privé/public (compter un bon million d’euros/mois par établissement). Le chiffre de 110 euros/mois comprend-il les seuls personnels « surveillants » (sinon, les effectifs réels de l’administration pénitenciaire et leurs coûts sont bien plus élevés). Il faut ajouter à cela également tous les frais liés à l’aide à la réinsertion (formations, enseignements, etc) dont une partie est prise en charge par l’EN à ma connaissance), et enfin les coûts des soins de santé (même s’ils sont très insuffisants). Il faudrait quantifier également l’apport financier de nombreux bénévoles, qui entre en ligne de compte dans les frais engendrés par ce système aussi coûteux qu’inefficace. Et je dois en oublier...

  • La solitude d’une généraliste traînée devant les tribunaux par les complotistes (Dr Isabelle Schiepers)
    https://www.mediquality.net/be-fr/news/article/25177561/la-solitude-dune-generaliste-trainee-devant-les-tribunaux-par-les-compl

    [Carte-blanche intégrale] BELGIQUE • BRAINE-L’ALLEUD 03/11/2022 Un médecin poursuivi en #justice par un patient, ce n’est pas si rare. Mais pour l’avoir vacciné contre le #covid-19, c’est plus étonnant... A l’heure où pas un jour ne passe sans lire dans la presse médicale la grogne des prestataires de soins, j’ai l’envie - et le besoin – de partager un épisode inédit de ma vie de médecin de famille. Fin septembre, un huissier de justice est venu me déposer en mains propres une citation à comparaître au Tribunal Civil. Après trente ans de carrière, me voilà pour la première fois confrontée au monde judiciaire. Je suis accusée par une ancienne patiente d’« empoisonnement par un produit expérimental » . Traduisez : pour la protéger, je l’ai vaccinée avec le Comirnaty de Pfizer, appliquant ainsi scrupuleusement (...)

    #santé #science

    • Cela dit, même dans une optique où on devient moins viandu et moins industrieux, justement ça ne sera pas la même productivité que l’agriculture industrielle du tout (et même justement car on ne veut pas de ce productivisme), du coup il me semble qu’assez mathématiquement il faudra plus d’hectares et de travail par personne à nourrir, donc forcément « plus simple » à gérer si on est un peu moins, en terme d’emprise sur les territoires, non ?

      (et si on voulait nourrir autant une population toujours élevée voire même en croissance, ça signifie forcément immensément plus de monde qui bosse dans l’agriculture, toujours dans le cas d’une optique moins industrielle, bio, etc… plutôt que dans l’internet, la culture, ou ce genre de parasite qui fait rien de très utile 🙃)

    • Il me semble qu’il explique que les terres agricoles sont sous-utilisées et qu’en basculant les usages pour la viande et pour les carburants, on pourrait tout à fait nourrir encore plus de milliards d’habitants. Mais il faudrait lire son livre... et j’ai déjà du mal à lire les réseaux sociaux... :-))

  • Pétrole et paradis fiscaux : les intérêts cachés de la ministre de la transition énergétique
    https://disclose.ngo/fr/article/petrole-et-paradis-fiscaux-les-interets-caches-de-la-ministre-de-la-transi

    Agnès Pannier-Runacher est liée à une société créée par son père, en 2016, pour le compte de ses enfants mineurs. Baptisée Arjunem, l’entreprise familiale partage des intérêts financiers avec Perenco, numéro 2 du pétrole en France, et détient plus de 1 million d’euros dans des paradis fiscaux. Malgré le risque de conflit d’intérêts, la ministre de la transition énergétique n’a jamais rendu publique son existence. Lire l’article

  • Extraits

    Rapport MIVILUDES 2021

    216 Pages

    J’incite vivement à la lecture complète du rapport...

    Ces extraits sont une série de copiés-collés donc une décontextualisation des paragraphes. Avant toute polémique ou commentaire merci de se reporter au texte ou au chapitre concerné (la numérotation des pages est faite à cet objet...)

    Télécharger le rapport :

    https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/MIVILUDES-RAPPORT2021_0.pdf

    Le site de la Miviludes :

    https://www.miviludes.interieur.gouv.fr

    Page20 Intro

    La MIVILUDES observe un phénomène sectaire « à l’état gazeux » : le groupe est bien là, mais il est mobile, changeant et impalpable.

    Ses membres y adhèrent ou se désolidarisent facilement en créant d’autres groupes, selon la lecture qu’ils font du contenu doctrinal. Certains pourront alors sans mal l’essaimer à l’identique ou avec des variantes.

    La rhétorique utilisée par ces groupes et individus se veut en opposition à l’ordre établi : les institutions étatiques seraient corrompues, la société serait décadente, la médecine conventionnelle inefficace, etc. Ces discours, caractéristiques des théories complotistes, se nourrissent les uns des autres et se renforcent mutuellement, rendant la mission de la MIVILUDES toujours plus difficile. Les liens de plus en plus complexes tissés et entretenus par ces communautés contribuent au développement d’une véritable « toile » sectaire.

    Page 22 Thérapeutique

    Si la maladie est un point d’entrée facile pour les mouvements à caractère sectaire, toute dérive thérapeutique n’est pas forcément sectaire. Un médecin peut croire fortement à une thérapie non éprouvée, complémentaire ou alternative, mais qui ne porte pas de danger en soi. Les pratiques non conventionnelles deviennent sectaires lorsqu’elles essaient de faire adhérer le patient à une croyance, à un nouveau mode de pensée visant à l’exclure de toute forme de rationalité et à créer les conditions de son isolement. Prétextant l’inutilité des traitements conventionnels, le pseudo-praticien va demander au patient d’avoir toute confiance en lui car il affirme être le seul à détenir la « méthode miracle » apte à le guérir.

    Page 23-24. L’invisibilisation des victimes

    Si la MIVILUDES observe une hausse de ses saisines, il faut néanmoins garder à l’esprit que de nombreuses victimes demeurent totalement indécelables. Plongées dans un état de dépendance et de perte d’autonomie psychique, elles n’ont pas conscience de faire l’objet d’une manipulation et ne peuvent se prévaloir du statut de victime pour entamer les démarches nécessaires à la reconnaissance et à la protection de leurs droits.

    Ces personnes sont intimement convaincues d’avoir été triées sur le volet par un meneur quasi-messianique et d’appartenir à une communauté unique et sélective. Elles seraient des privilégiées. Pour obtenir une guérison, un bien- être, voire un simple sentiment d’acceptation, elles taisent peu à peu leur individualité pour se fondre dans une relation de soumission absolue. Puisque le groupe se construit en opposition à l’ordre établi, sur la base de vérités alternatives, il est en rupture avec le reste du monde. L’isolement, qui ne sert concrètement qu’à accentuer l’emprise sur les victimes, est légitimé par un besoin de se préserver d’une société considérée comme immorale et impure

    À cet égard, il convient de préciser que les ter-minologies fréquemment utilisées pour se référer à ces individus traduisent un certain folklore, une curiosité presque sympathique envers eux,
    tels que les « gourous » , « gourelles » , « leaders charismatiques » , « maître à penser » , etc. Pour autant, ce ne sont là que des personnalités prédatrices, qui abusent, escroquent, manipulent et violentent des victimes de la manière la plus pernicieuse qui soit, en leur donnant de faux espoirs. Une fois condamnées, ces personnes ne peuvent être qualifiées autrement que comme des délinquants et des criminels.

    En 2021, les condamnations observées vont dans le sens du constat effectué par la Mission interministérielle, à savoir que des pseudo-thérapeutes , pseudo-professeurs , pseudo-coachs et pseudo-médecins sont mis en cause pour de graves infractions pénales. Les victimes sont souvent des personnes vulnérables, parfois atteintes de graves pathologies.

    Par exemple, un ancien « professeur » de yoga a été condamné en 2021 par le tribunal correctionnel de Poitiers pour abus de faiblesse à 4 ans de prison ferme. Un appel a été interjeté par le mis en cause. Il a en outre été condamné à payer 600 000 euros de dommages et intérêts à ses victimes et a vu l’ensemble de ses biens confisqués.
    Dans un but prétendument thérapeutique, l’homme de 73 ans s’était livré à des brimades physiques, psychologiques et sexuelles sur une douzaine de personnes. Il les avait également exploitées financièrement, l’une des victimes ayant été contrainte à l’achat de plusieurs propriétés pour un préjudice estimé à plusieurs centaines de milliers d’euros.

    Similairement, un « naturopathe », qui se présentait comme « médecin moléculaire » titulaire d’un doctorat et d’un post-doctorat, a été condamné 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour exercice illégal de la médecine. L’intéressé a interjeté appel de la décision. Plusieurs de ses « patients », qu’il recevait dans un simulacre de cabinet, avaient décidé de s’en remettre entièrement à lui pour qu’il les aide à guérir grâce à des remèdes naturels tels que des cocktails d’huiles essentielles, une alimentation centrée sur des jus de fruits et de légumes, des jeûnes sévères et prolongés. Même lorsque ses victimes présentaient des états de faiblesse très avancés, le mis en cause les incitait à jeûner. Au moins deux personnes souffrant d’un cancer sont ainsi décédées.

    Page 26 Emprise mentale

    Le point commun à toutes les dérives sectaires est l’emprise mentale. Toutefois, elle ne saurait suffire au motif que cette dernière est présente dans d’autres situations comme cela peut être le cas dans le cadre des violences conjugales. En revanche, pour caractériser une dérive sectaire, il est indispensable de constater la présence d’autres critères cités ci-dessus. L’appréciation se fait in concreto. Dans certains cas, un seul de ces autres critères permettra de caractériser la dérive sectaire.

    Page 27 Processus d’aliénation.

    Ce processus d’aliénation se décline en plusieurs étapes successives exercées sur la victime : la séduction, la déconstruction, la reconstruction et la consolidation.
    Lors de l’étape de la séduction, une attention particulière est portée à l’individu, tant à ses aspirations qu’à ses difficultés. Des promesses exceptionnelles et l’appartenance à un groupe lui sont offertes.

    Une fois cette étape achevée, l’auteur des faits va alors pouvoir s’atteler à une deuxième étape essentielle à sa domination : la déconstruction de la victime. Un processus « initiatique » est alors engagé et un investissement toujours plus important de l’individu est requis par le groupe. Son isolement progressif est mis en place, induit en partie par sa rupture avec ses références antérieures.
    C’est seulement à cette condition que pourra survenir une troisième phase au cours de laquelle l’individu va véritablement devenir adepte : la reconstruction. Une nouvelle éthique est proposée à la victime et son histoire personnelle est réinvestie voire réécrite. Une servitude volontaire se met en place, entraînant une perte progressive d’autonomie sur des choix importants.

    Enfin, viendront la consolidation et le renforcement. La victime est alors soumise à l’affirmation de vérités absolues soutenues par une rhétorique fallacieuse et empreinte de nombreux sophismes. Le doute et la contre-argumentation sont de moins en moins tolérés et peuvent amener à des sanctions. La vénération d’un individu ou du groupe est développée, entraînant la soumission et la disponibilité sans réserve.

    La personne sous emprise aura alors du mal à s’émanciper de sa condition de victime, puisqu’elle n’aura même pas conscience d’avoir fait l’objet d’un tel processus.

    L’ingéniosité du mis en cause est ainsi de convaincre la victime qu’elle a adhéré seule à ces croyances et à cet état d’emprise.

    Page 28. Le complotisme

    Le complotisme est un mode de pensée antisystème qui s’appuie sur des arguments non falsifiables, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être ni prouvés ni récusés, ou sur une vérité partielle, soumise à une interprétation rationnelle mais erronée.

    Si les théories du complot ne sont pas nouvelles et ont toujours fasciné, il est possible de constater de nos jours qu’elles ne sont plus l’apanage d’une minorité marginalisée. Portées par Internet et les réseaux sociaux, elles s’imposent désormais comme un logiciel d’explication du monde sous la forme d’une immense opération de manipulation de la population, et cela ne peut qu’inquiéter les services de l’État.

    Les mécanismes conduisant à adhérer aux théories du complot reposent en grande partie sur les biais cognitifs du cerveau humain. Il réside en effet une volonté de réduire l’incertitude et de reprendre le contrôle de la situation en identifiant à qui attribuer les torts. Ce dessein est accentué par le biais de confirmation – consistant à privilégier des informations qui confortent ses idées préconçues, ses préjugés ou ses hypothèses – et par le biais de proportionnalité selon lequel une explication trop simple, même vraie, n’est pas satisfaisante lorsqu’il s’agit de justifier quelque chose de grave.

    À ces biais cognitifs, une explication sociologique peut également être avancée. En effet, d’un point de vue sociopolitique, les théories complotistes constituent un discours de revanche contre les élites et contre le système socio-économique dans lequel l’individu vit. Plus celui-ci est indigné de sa situation, plus il trouvera un écho à sa colère dans le complotisme. Si le système est perçu comme injuste, la théorie venant le discréditer sera accueillie positivement. Plus généralement, le manque de confiance dans les élites dirigeantes et le sentiment d’une prétendue opacité de la vie publique ébranlent fortement la confiance de l’individu envers les institutions. Celles-ci sont alors considérées comme immorales et illégitimes.

    En tant que telles, ces doctrines conspirationnistes ne sont donc pas illégales ou répréhensibles pour elles-mêmes, sauf si elles incitent à la haine raciale, à la violence contre les personnes ou si elles poussent à la commission d’infractions, crimes ou délits. Il en est de même pour celles qui pousseraient à la réalisation de violation des lois, des règlements et des principes constitutionnels reconnus par la République française.

    Page 29. Crise sanitaire etc...

    L’adhésion aux thèses complotistes relève donc d’abord de la croyance. La MIVILUDES ne les juge aucunement et n’a pas compétence pour les valider ou les certifier. Ce sont donc uniquement les conséquences préjudiciables sur les individus que ces croyances peuvent engendrer qui sont seules répréhensibles et sanctionnables en droit, et sur lesquelles la MIVILUDES a autorité pour révéler leur dangerosité.

    etc...

    La crise sanitaire, en déstabilisant de nombreux individus, a accentué les doutes et les peurs créant en réaction une intolérance à l’incertitude. Chacun veut détenir, non plus la vérité, mais sa vérité. C’est une manière de se réaffirmer comme individu dans un système globalisé.

    Pour autant, il est à préciser que la MIVILUDES ne reconnaît pas, à ce jour, les éléments consti- tutifs de la dérive sectaire, à savoir une emprise mentale volontairement induite par un individu ou un groupement, entraînant des préjudices pour les personnes ainsi assujetties. En effet, bien souvent, c’est l’individu lui-même qui se « cultive » à ces théories, au travers d’articles, de blogs, de vidéos, etc. Il développe son propre corpus de contre-vérités et ne rejoint pas nécessairement une organisation structurée.

    En revanche, il existe de nombreux groupes sectaires qui s’appuient sur des théories du complot pour exercer leur emprise. La frontière entre dérive sectaire et complotisme est donc ténue et il apparait parfois difficile de distinguer ces deux mouvances pour des personnes non aguerries
    etc...

    Page 30. COVID 19

    Christian TAL SCHALLER accuse les gouvernements sans distinction et le « lobby pharmaceutique » d’entretenir la crédulité des masses au nom du profit. Durant la crise sanitaire, il déclarait sur sa chaine YouTube, récemment censurée, où il comptait 90 000 abonnés, qu’« ils ont fabriqué un virus dans le but de tuer des millions de gens » et que « le but du vaccin n’a jamais été de les protéger, mais c’est de les empoisonner. Les vaccins sont des poisons calculés ». Son discours anti-vaccin n’est pas nouveau puisque qu’il publiait en 2014 Les vaccins sont des poisons et dès 2009, Vaccin, un génocide planétaire. Christian TAL SHALLER est en contact avec de nombreux autres individus et collectifs tenant le même discours, tels que Jean-Jacques CRÈVECŒUR ou encore Silvano TROTTA et son association BonSens .

    S’appuyant sur ces théories complotistes, Christian TAL SCHALLER a développé certaines pratiques s’inscrivant dans des dérives thérapeutiques afin de faire adhérer le patient à une croyance, à un nouveau mode de pensée.

    Page 30 Survivalisme et collapsologie.

    Le nombre de saisines traitées par la MIVILUDES concernant le survivalisme reste marginal.

    Le mode de vie des survivalistes est le suivant : ils se préparent en modifiant leurs habitations, en apprenant des techniques de survie et des rudiments de notions médicales, en stockant de la nourriture et des armes, en construisant des abris antiatomiques ou en apprenant certaines techniques pour se réchauffer, avoir de l’eau potable et se nourrir en milieu sauvage ou hostile.
    Les thèses des survivalistes trouvent très généralement leur origine soit dans le complotisme, en considérant que les élites dirigeantes cacheraient une fin du monde imminente, soit dans la collapsologie.

    La collapsologie est un courant de pensée trans-disciplinaire théorisé dans les années 2010 qui envisage les risques d’un effondrement de la civilisation industrielle et ses conséquences. Elle s’inscrit dans l’idée que l’homme altère son environnement durablement. L’urgence écologique, liée notamment au réchauffement climatique et à l’extinction de la biodiversité, entraînerait un effondrement de notre société.

    Comme pour le complotisme, adhérer aux thèses survivalistes relève de la liberté de pensée. La plupart des survivalistes ne présente pas un caractère de dangerosité et s’inscrit dans une réaction assez instinctive face aux incertitudes du monde de demain et à un climat anxiogène.

    Page 31. Survivalistes extremistes

    Toutefois, à côté de ces groupes inoffensifs, il existe d’autres nébuleuses potentiellement violentes liées à des groupuscules politiques extrémistes qui présentent un risque de passage à l’acte. Dans ce contexte, l’acquisition d’armes, l’organisation de stages et la consti- tution de petites communautés dans des lieux isolés doivent faire l’objet d’une vigilance accrue de la part des institutions de l’État.

    Page 32 Séparatisme et radicalisation

    Page 33 Recommandations

    Face à une personne tenant de manière récurrente des discours à caractère complotiste, survivaliste, il est conseillé de :

    → Maintenir les liens d’affection et de confiance, même si le dialogue est très difficile à conserver.

    → Adapter son langage et sa communication en adoptant la même approche empathique et bienveillante que l’individu à l’influence néfaste.

    → Ne pas tenir de discours trop rationnel au risque de la braquer en entrant en confrontation avec ses positions et ses propos.

    → Inciter la personne à multiplier ses sources d’informations afin de l’encourager à développer son esprit critique.

    Page 35. Saisines

    Par rapport aux années précédentes, la MIVILUDES continue de traiter des saisines sur des mouvements identifiés : 99 saisines sur les Témoins de Jéhovah, 33 sur l’ Église de Scientologie , 31 saisines sur l’ anthroposophie . La Mission interministérielle a également traité 293 saisines concernant la mouvance chrétienne au sens large, dont 106 sur le catholicisme et 168 sur le protestantisme dont 153 sur la mouvance évangélique.

    La santé reste un sujet de préoccupation majeure avec 744 saisines traitées au total dont près de 70 % concernent les pratiques de soins non conventionnelles telles que la naturopathie , le reiki , la nouvelle médecine germanique , etc.

    Parmi les saisines traitées par le pôle Économique et Financier en 2021, 173 saisines concernent le développement personnel dont 54 % sur le coaching spécifiquement. 86 saisines concernent la vente multi-niveaux, un sujet d’attention de la MIVILUDES depuis quelques années et qui touche principalement les jeunes de 16-25 ans.

    La Mission interministérielle continue de traiter des saisines sur des individus et mouvements diffus qui relèvent de croyances diverses : 59 saisines sur le chamanisme, 22 sur la médiumnité et le channelling ont été traitées en 2021.

    La MIVILUDES a traité 148 saisines en rapport avec le complotisme et le mouvement anti-vax dont la majorité est constituée de signalements, bien que ces sujets en tant que tels ne relèvent pas de sa compétence.

    Page 38 Tableau des Principaux thèmes des saisines traitées en 2021

    Page 40 Désertification médicale

    La place des pratiques de soins non conventionnelles devient un enjeu de santé publique. La désertification médicale des campagnes françaises n’est pas étrangère à ce phénomène qui prend des proportions inquiétantes et contribue à créer une insécurité sanitaire.

    Page 43. Communautés néos.

    Parmi les thématiques traitées par le pôle Sécurité, figurent entre autres le néo-chamanisme, le masculinisme et le féminin sacré, le bouddhisme, etc.

    Ainsi, s’agissant des églises dites « évangéliques », les témoignages reçus par la MIVILUDES font état, dans certains cas, d’éléments particulièrement préoccupants tels que l’exigence de dons parfois très importants, la tenue en interne de « discours très sexualisés sur la femme et la condition féminine » et d’« une nécessaire soumission à leur mari ». De plus, les fidèles seraient soumis à l’obligation de rester au sein de la communauté car s’ils décident de quitter le groupe, « ils sont dans l’illusion et l’aveuglement, avec impossibilité ensuite de revenir dans la repentance car ils auraient fait le choix clair entre la vie (dans la communauté) et la mort (en dehors) ».

    Page 47-48. Personnes agêes.

    La maltraitance financière et l’emprise à l’égard du sujet âgé fait notamment partie des sujets d’inquiétude de la MIVILUDES. La maltraitance financière peut être définie comme « tout acte commis sciemment en vue de l’utilisation ou de l’appropriation de ressources financières d’une personne à son détriment, sans son consentement ou en abusant de sa confiance ou de son état de faiblesse physique ou psychologique ».

    Selon le rapport du Département des Affaires Économiques et Sociales des Nations Unies, le nombre de personnes de 60 ans et plus devrait plus que doubler d’ici 2050 et plus que tripler d’ici 2100, passant de 901 millions en 2015 à 2,1 milliards en 2050 et 3,2 milliards en 2100. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé, une personne âgée sur six serait victime de maltraitance dans son environnement au cours de l’année passée.

    Page 50. Information

    En effet, les dérives sectaires sont un sujet com- plexe et en constante évolution : sa compré- hension par les citoyens est indispensable et ce d’autant plus qu’il n’existe pas de définition juridique de la « secte ».

    Page 58-59. L’Église de Scientologie : une stratégie de reconquête à grande échelle

    En 2021, dans un contexte de perte de repères sociaux engendré par la crise sanitaire, le groupe a intensifié ses actions de prosélytisme. Des « ministres volontaires » se sont multipliés dans plusieurs villes pour distribuer des « carnets du bonheur », parfois en installant des stands sur la voie publique sous le slogan « On peut y faire quelque chose ». Similairement, le groupe a assuré la diffusion de tracts dans les boîtes aux lettres de particuliers mais également au sein de certaines résidences étudiantes comme au campus de Bordeaux-Talence où les prospectus scientologues proposaient des « cours en ligne gratuits » permettant de faire face à la « déprime », aux « angoisses », à la « précarité », et au « sentiment d’échec ».

    S’il se présente sous des termes bienveillants en adoptante une posture avenante et empathique, la MIVILUDES s’inquiète du manque de transparence du groupe qui semble cibler des personnes fragiles, en souffrance, confrontées à des drames personnels ou à des questions existentielles. La Scientologie se fonde sur des causes en apparence tout à fait nobles et des structures au nom attractif pour recruter de nouveaux adeptes.

    Ce phénomène a été particulièrement visible en 2021 au regard de ce qui pourrait être considéré comme des opérations de déstabilisation menées par la Scientologie contre les hôpitaux psychiatriques français. Pour ce faire, le groupe a recours à un organisme distinct de l’Église de Scientologie mais entièrement contrôlé par cette dernière : la Commission des citoyens pour les droits de l’homme (CCDH).

    Page 60. Drogue et Internet.

    Ce n’est pas un cas isolé puisque l’Église de Scientologie dispose également d’autres antennes, d’apparence à vocation humanitaire, comme son association « Non à la drogue, oui à la vie » qui a également assuré des opérations de communication et de tractage ou encore son programme Narconon de réhabilitation des personnes souffrant d’addiction.

    Par ailleurs, l’Église de Scientologie se fait connaître sur Internet. Elle a ainsi été active sur les réseaux sociaux, notamment par son compte Facebook Celebrity Centre Paris pour proposer un atelier gratuit visant à repérer une personne toxique et à s’en libérer. Le groupe a aussi misé sur des sites spécialisés pouvant atti-rer des personnes en souffrance, comme le site atypikoo.com , se définissant comme « le réseau social pour atypiques : Hypersensibles, surdoués, HPI, HPE, Zèbres, Aspies, Empathes ... ».

    Page 67 Les Témoins de Jéhovah

    « Le monde extérieur à leur organisation serait peuplé de méchants, dangereux, vicieux dont l’unique but est de détourner les gentils Témoins de Jéhovah du droit chemin ».
    Pour diffuser ces idées auprès des enfants, les Témoins de Jéhovah ont recours à une littérature abondante. Ils ont conçu et édité leurs propres livres regorgeant de « descriptions et d’illustrations des armées sataniques : dragons à plusieurs tête cornues, grenouilles griffues aux yeux rouges... ». Il s’agit d’images très violentes comme en témoigne le Recueil d’histoires bibliques. Nous y trouvons la Mort et la Maladie de Job, Abraham qui attache Isaac sur l’autel et lève le couteau pour le tuer, des nourrissons qui sont attaqués avec un couteau, un homme mort qui baigne dans son sang et un autre qui est étranglé. Lapidation, étranglement, bains de sang, noyade de personnes, toutes ces vio- lences peuvent être trouvées dans la littérature destinée aux enfants de cette communauté. Les récits de morts atroces couplés à la peur d’une apocalypse imminente sont de nature à soumettre les mineurs à une anxiété et un stress particulièrement difficiles.

    Page 75 L’Anthroposophie.

    De même, la MIVILUDES a pu constater la prolifération de propos de la part de médecins anthroposophes particulièrement virulents durant la crise sanitaire. Opposés à toute cam- pagne de vaccination, des médecins anthroposophes se sont effectivement illustrés pendant cette crise en expliquant que la COVID-19 était le résultat, non pas d’un virus, mais d’une « électrification de la Terre » causée par le déploiement de la 5G. Dans certaines cliniques allemandes, des médecins anthroposophes ont prescrit de la poussière de météorite pour guérir de la COVID-19.

    Page 86-87 Les Eco-villages et éco-spiritualité.

    Ces éco-villages semblent se multiplier aussi bien en France qu’à l’étranger, la MIVILUDES ayant par exemple été interrogée au sujet de structures créées au Brésil et au Mexique. Des Français, parfois expatriés, tentent ainsi d’attirer de nouveaux adhérents pour les accueillir sur place, avec leurs proches et leur patrimoine. Leur stratégie de recrutement s’opère via les réseaux sociaux et des sites internet dédiés. Les fondateurs de ces structures s’appuient sur un contexte sanitaire et économique difficile pour proposer un nouveau mode de vie prétendument détaché des difficultés du monde extérieur : une « utopie ».

    La MIVILUDES observe également, au sein de ces structures, le développement d’une doctrine qualifiée d’« éco-spiritualité ».

    De manière très schématique, selon la chercheuse Aurélie CHONÉ, « il y aurait une parenté entre écologie et spiritualité. Il y aurait ainsi du spirituel dans l’écologie et de l’écologie dans la spiritualité ». Depuis les années 1980, certaines mouvances font ainsi état d’une « Nature » élevée au rang de quasi-divinité, formant un tout harmonieux et dans lequel l’humanité ne formerait qu’une infime partie. Il s’agirait alors de lui reconnaitre une valeur intrinsèque et de la rendre sujet de droit. Ces théories mettent en avant des notions comme « Gaïa », « Terre Mère » ou « Terre Nourricière » et traduisent une spiritualisation de l’écologie. Elles pourraient être en lien, selon certains chercheurs, avec des formes de « néo- paganisme » dont l’une des caractéristiques serait le « panthéisme », à savoir l’idée d’une communion totale avec la nature. La Terre constituerait alors une entité spirituelle.
    L’autarcie prônée par ces mouvements, mêlée à un mysticisme accessible uniquement à une élite, constituent des éléments favorisant un possible endoctrinement. La MIVILUDES demeure donc vigilante quant au développement de ces structures.

    Page 88. Médecines douces.

    Page 93. Le jeûne.

    La MIVILUDES observe une diversification des pratiques et des offres de jeûne, une pratique consistant en une privation totale ou partielle de l’alimentation. Les groupes ou individus à l’origine de dérives sectaires sont nombreux à y recourir. Ils organisent des stages de jeûne particulièrement onéreux, généralement d’une semaine et se déroulant en milieu rural.
    Les jeûnes à vocation thérapeutique sont d’abord conduits dans une recherche de bien- être. Ils prennent généralement place durant des séjours d’une semaine, en milieu rural autour de la pratique du jeûne et de la marche, associées à des prestations diverses, notamment du yoga , du shiatsu , de la kinésiologie , de la programmation neurolinguistique ( PNL ), de l’ hypnose , de la sophrologie , des élixirs floraux , du rebirth , du chamanisme , de la bio-respiration , du bio-magnétisme , etc. Les organisateurs font état de formation à la naturopathie .
    Le respirianisme , promu en France par une Australienne surnommée Jasmuheen , de son véritable nom Ellen GREVE , repose ainsi sur la pratique du « jeûne total ». Ce type de jeûne constitue un « processus sacré » de 21 jours au-delà duquel il est envisageable de se nourrir uniquement d’air et de lumière.
    Cette pratique serait responsable de 7 décès à l’étranger à ce jour. En France, l’activité de Jasmuheen et de ses affidés fait l’objet d’une surveillance étroite lorsque des colloques et stages sont programmés sur le territoire national.

    En 2021, la Mission interministérielle a traité 54 saisines relatives à Thierry CASASNOVAS . La majorité des internautes qui se sont manifestés auprès de la Mission interministérielle l’ont fait en raison des propos qu’il a tenus, notamment dans ses vidéos portant sur la prise en charge des personnes atteintes de cancer ou bien encore atteintes de maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle, etc.) et sur la politique vaccinale. Il incite les personnes à remettre en cause les pratiques thérapeutiques médicales, expliquant par exemple que la chimiothérapie est toxique et inefficace.

    Thierry CASASNOVAS se présente comme un naturopathe, adepte du jeûne et du régime ali- mentaire cru. Il possède une chaîne YouTube rassemblant 558 000 abonnés et comptant plus de 80 millions de vues. À travers ses vidéos, il propose des « conseils génériques en alimentation, et plus largement en hygiène de vie, des- tinés aux personnes souhaitant adopter une approche plus naturelle ». Il est également présent sur Facebook et Instagram .

    Page 100-101. Le développement personnel et coaching

    Atteindre la « meilleure version de soi-même », exploiter son « plein potentiel », devenir son « propre leader », autant de promesses que vantent des entrepreneurs aux titres et diplômes variés, souvent sans reconnaissance d’un organisme officiel, et qui rencontrent un succès grandissant. Il ne s’agit plus de vénérer une divinité, un chaman ou un guérisseur, mais un idéal de soi. Cet idéal ne serait accessible qu’au travers de l’enseignement d’un « guide », détenteur d’une méthode miracle pour s’affranchir de ses défauts, de ses regrets, de ses contraintes, etc.

    Selon Santé Publique France, 3 millions de Français souffrent actuellement de troubles psychiques sévères. La crise sanitaire a sensiblement impacté la santé mentale des individus, tant dans leur vie professionnelle que personnelle.

    Les techniques de manipulation utilisées peuvent conduire les individus à dépenser leur épargne, leurs économies, à vendre leurs biens, à quitter le domicile familial, leur conjoint(e) en contre-partie de la promesse d’une vie de rêve. Le leit-motiv semble immuable et urgent : chacun a en lui/soi les ressources illimitées pour devenir un « être idéal ».

    La phase de séduction s’accompagne d’une attention particulière portée par le meneur et les membres du groupe au nouveau participant. Bienveillance, écoute et empathie de façade lui sont offertes à un moment de doute et de questionnement existentiels.

    • Deuxième phase : la déconstruction par un processus initiatique

    • Un engagement exclusif

    Le meneur se pose comme un modèle à suivre, une référence unique et exclusive car il aurait lui-même expérimenté diverses entraves à son développement. Il aurait surmonté les obstacles et il serait aujourd’hui habilité à montrer aux autres la voie. La condition essentielle à la réussite du processus est de suivre à la lettre ses consignes, principes et stages pour approfondir sa connaissance de soi.

    Très souvent, il est fait un usage abondant d’une terminologie pseudo-scientifique avec l’usage de termes empruntés : à la médecine tels que « neurotransmetteur », « neuromusculaire », « symptômes », « connexions synaptiques », « cerveau »,
    « neurones », « réencodage de l’ADN » (...) ;
    à la psychologie tels que « neuro-émotionnel », « intelligence émotionnelle », « hypnose conversationnelle », (...) ;
    à la spiritualité tels que « circulation d’énergies », « chakras », « mandala » ;
    néologismes tels que « harmonisation bioénergétique », « reprogrammation du subconscient », « collapsus neuro-émotionnel », « communication quantique », etc.

    Page 105.Vente multi-niveaux et cryptomonnaies, des formations en ligne très tendance à destination des jeunes hommes

    Les systèmes de vente multi-niveaux (VMN) ne sont pas nouveaux. Ce qui change aujourd’hui, c’est la cible constituée de jeunes gens de 16 à 25 ans. Ils sont séduits par l’idée de devenir « trader » pour leur propre compte et de s’enrichir en toute autonomie, notamment par les crypto monnaies . Ces réseaux proposent des « formations en ligne » présentées comme « éducation financière ». Ils encouragent ces jeunes adultes à rompre avec leur cadre fami- lial et à quitter leurs études au profit d’une entreprise présentant un haut risque de perte financière. Ces systèmes de VMN utilisent les ressorts de la manipulation mentale et de l’addiction au jeu.
    L’isolement social et le temps disponible ont incité les sociétés de vente multi-niveaux à être particulièrement présentes sur les réseaux sociaux pendant la crise sanitaire. Leur communication est extrêmement soignée avec une maîtrise du marketing digital.
    Guidés dans leur navigation par des mots-clés liés à la performance, à la richesse et au bonheur, les internautes qui ont l’illusion d’être libres dans leurs choix de navigation ont été en réalité « ciblés » à leur insu.

    Ces systèmes ciblent des publics différents : l’éducation financière et le trading pour les jeunes hommes, les compléments alimentaires pour les personnes souhaitant perdre du poids ou les sportifs, les produits de beauté pour les femmes, etc.

    Cependant, dans certains systèmes de vente multi-niveaux, la vente de produits ou prestations n’est qu’un prétexte pour déguiser un système pyramidal . L’essentiel des revenus des membres, leur permettant de vivre convenablement, ne provient pas tant de la vente de produits ou de prestations en ligne mais plutôt du développement de leur réseau. Leur source principale de collecte d’argent semble ainsi se faire par le biais de la récolte des droit d’entrée, des abonnements mensuels etc.

    Page 107. « Domination By Love » (DBL)

    Jean-Marie CORDA se présente sur les réseaux sociaux sous plusieurs identités : vidéaste, acteur pornographique, coach sexuel et artiste de rue. Aujourd’hui, il critique le système occidental : selon lui, la France va « brûler » et il faut quitter ce pays avant qu’il ne devienne « Franquistan », c’est-à-dire un pays sous la coupe des talibans. En réponse, Jean-Marie CORDA prône un mode de vie nomade capitaliste dans des paradis fiscaux. Il fait l’apologie du proxénétisme et de la prostitution. Pour diffuser ses thèses, il poste des vidéos sur YouTube de quelques minutes pour attirer les internautes et les développe ensuite sur d’autres serveurs pour éviter « la censure de YouTube ».

    Les jeunes recrues sont invitées à rejoindre sa communauté sur les réseaux sociaux en vue d’une expatriation vers les pays de l’Est – en particulier vers la Russie, la Biélorussie, l’Estonie, l’Ukraine ou bien encore la Bulgarie – avec à la clé la promesse de devenir riche et d’être réellement libre.

    Il recruterait principalement sur le site jeuxvideo.com , média de référence des joueurs en ligne. Ce site s’adresse officiellement aux 18-25 ans mais attire également un public à la fois plus jeune et plus âgé. Il embrigaderait aussi par le biais de conférences sur YouTube articulées autour des thèmes de l’argent, de la puissance financière, du sexe, de la compétence et du savoir ( skills ), de la manipulation et l’influence, de la force physique (combat, musculature), de la force émotionnelle (contrôler ses émotions) et de l’identité.

    Jean-Marie CORDA a conçu un programme de développement personnel nommé « Domination By Love » (DBL) dans lequel il enseigne aux internautes des techniques de manipulation en vue d’une réussite sociale. DBL est en réalité pensé comme une communauté dont le but est d’être « à son service car il est le gourou » et d’inciter les gens à s’expatrier (« le but, c’est l’expatriation »).

    Il développe également une activité de vente multi-niveaux. Etc...

    Page 108. Tisseuses de rêves.

    En 2021, la MIVILUDES a traité 11 signalements relatifs aux « tisseuses de rêve », « mandalas de femmes », « cercle d’abondance », ou bien encore « alquimia », « telar » pour les réseaux espagnols et « dreamweaver » pour les réseaux anglo-saxons. Même si les mandalas de femmes sont les plus fréquents, il existe également des groupes mixtes comme le « mandala de la magie de l’amour ». Ces réseaux peuvent opérer de l’étranger.
    Ils renvoient à un système pyramidal c’est- à-dire une technique de vente fondée sur le recrutement de vendeurs dont la rémunération est liée aux commandes réalisées par les nouveaux vendeurs.

    Afin de séduire un public, majoritairement de femmes, en quête de spiritualité et de bien-être, les échanges au sein du groupe sont présentés comme des « expériences magiques et merveilleuses » au travers d’activités de méditation, de yoga et de discussions sur les énergies. Le but annoncé est d’être « connectée à son cœur », « d’être moins seule car reliée aux autres », « de brûler ses peurs pour s’empuissancer ».

    Page 118. Le féminin sacré : une appropriation du féminisme par les dérives sectaires

    La MIVILUDES observe que la théorie du féminin sacré est en pleine expansion et trouve un véritable succès sous couvert de l’émancipation des femmes, alors même que l’objectif premier semble être purement financier. Il est alors apparu essentiel pour la Mission interministérielle d’évoquer le sujet afin de sensibiliser le plus grand nombre aux potentiels dangers de cette doctrine.
    Le féminin sacré est présenté comme un travail « de reconnexion du corps et de l’esprit ». Il est souvent « enseigné » lors de stages à destination des femmes durant lesquels une grande place est accordée au rituel et à l’ésotérisme. Par exemple, les femmes sont incitées « à faire appel au karma et autre énergie quantique ». Des figures mystiques sont également utilisées comme celle de la sorcière, notamment au travers du mouvement WICCA.

    Page 120. Masculinisme, virilisme et anti-féminisme : un endoctrinement violent et sexiste

    Les thématiques associées au masculinisme, au virilisme ou à l’anti-féminisme relèvent a priori davantage d’un radicalisme idéologique, voire politique, que de thématiques d’ordre sectaire. Toutefois, l’attention de la MIVILUDES a été attirée sur certains groupes et individus suscep- tibles, par leurs discours et méthodes, d’induire un lourd endoctrinement.

    Le « masculinisme » désigne dans la sphère francophone un « mouvement social ultra-conser- vateur qui prétend que les hommes souffrent d’une crise identitaire parce que les femmes en général, et les féministes en particulier, dominent la société et ses institutions ».

    Les masculinistes considèrent que les femmes seraient désormais dominantes et favorisées. Les adeptes de ces théories militeraient ainsi activement pour la défense des hommes dont les droits seraient bafoués de toutes parts. Ils pointent du doigt ce qu’ils considèrent comme des inégalités systémiques subies par les hommes, étouffées selon eux par la « sur-attention » accordée aux inégalités subies par les femmes.

    Le Mankind Project (ou MKP ) est un groupe réalisant chaque mois des « stages d’initiation à la masculinité ». La MIVILUDES a déjà été saisie 3 fois en 2020 et 10 fois en 2021. Le MKP organise notamment des week-end en forêt devant permettre « de changer le monde, un homme à la fois » comme l’indique leur slogan. Il a été fait mention à 5 reprises de changements de comportement radicaux et de violences commises par un mari, un conjoint ou un beau-fils suite à leur participation à ces stages.

    Témoignage (extraits) :

    Cette déstabilisation s’opère en plusieurs étapes. Tout d’abord, les participants au nombre d’une cinquantaine, réunis dans un lieu identifié, sont coupés du monde du vendredi au dimanche soir, sans pouvoir appeler leurs proches ni interrompre le séjour, leurs papiers, argent et clés de voiture leur ayant été d’emblée confisqués. Leur nom leur est également retiré et remplacé par un numéro. Les plages accordées au sommeil sont très largement insuffisantes (environ quatre à cinq heures par nuit même si difficile à évaluer car montres et portables retirés). Pour ma part, je n’ai pas réussi à dormir, vu l’état de tension dans lequel j’étais plongé. Quant à la nourriture, elle se réduit à quelques bols de raisins secs et d’amandes pendant plus de 40 heures. Enfin, il est fréquemment demandé aux participants d’évoluer nu durant plusieurs heures, y compris dehors, par des températures proches de 5°C. ‘L’initié’ se trouve donc plongé dans une sorte d’état second qui le rend ainsi perméable à toutes les demandes et suggestions. Un des points d’orgue de ces week-ends est l’évènement qui a lieu le samedi après-midi, étape que je qualifierais de confessions publiques forcées devant tout le monde.

    L’objectif affiché par l’équipe du MKP est de ‘réactiver les anciennes blessures’ de ‘l’initié’ pour l’aider à les dépasser et, ainsi, devenir un ‘homme nouveau’. A cette fin, l’équipe encadrante a étudié des question- naires de personnalité distribués aux participants quelques semaines en amont du week-end et interroge sans ménagement les participants sur leur enfance, leurs relations avec leurs parents, les femmes etc. en ayant parfois recours à la culpabilisation et l’intimidation. Or, ces séances, d’une vingtaine de minutes par participant, sont particulièrement éprouvantes sur le plan émotionnel, y compris pour les témoins, puisque certaines blessures psychiques sont brutalement réactivées, sans égard pour l’éventuelle fragilité des participants. La plupart se sont retrouvés en pleurs en quelques minutes. Je n’ai pas été surpris d’apprendre que des cas de décompensation psychotiques vous avaient été signalés.

    Page 123. Le néo-chamanisme : l’altération de la conscience et ses dangers

    Emprunté aux Tongouses de Sibérie , le mot chamanisme s’est répandu en Occident au XVIIe siècle pour désigner diverses sociétés religieuses traditionnelles qui s’inscrivent dans une conception holistique et animiste du monde. Pour le chamanisme, l’être humain fait partie intégrante de la nature et du cosmos et il n’existe pas de frontière étanche entre le monde visible et le monde invisible peuplé de dieux et d’esprits.
    Si ce courant a été un temps affaibli par l’expansion des grandes religions monothéistes, le « néo-chamanisme » traduit, quant à lui, un regain d’intérêt pour ces pratiques généré par le développement du New Age dans les années 1960. Un nombre important des saisines reçues par la MIVILUDES fait état d’inquiétude pour des proches suivant rigoureusement les pratiques de « maîtres et guides chamans ».
    Ces témoignages abordent une difficulté commune : une impossibilité à échanger avec celui ou celle qui a adhéré à cette mouvance en raison d’une « adhésion inconditionnelle » aux propos du chaman et ainsi d’une réduction, voire d’une perte de l’esprit critique. Progressivement, ces personnes rompent avec leur environnement familial, amical ou professionnel et changent radicalement leur comportement.

    La technique des faux souvenirs induits consiste à créer de faux souvenirs traumatiques, notamment d’agressions sexuelles, mettant en cause des proches et ce afin d’isoler la personne de son entourage susceptible de pouvoir la sortir de ce piège.
    S’agissant de l’utilisation de produits classés stupéfiants – tels que l’ ayahuasca ou l’ iboga , voire même de produits vénéneux toxiques comme le venin de crapaud appelé kambo ou bufotérine – ils ont pour point commun d’être des substances hallucinogènes très puissantes qui peuvent être combinées avec du tabac ou du cannabis pour en augmenter les effets.

    L’individu, sous l’emprise de ces produits, n’aura alors plus pleinement conscience de ce qui l’en- toure et pourra avoir des visions particulièrement violentes, voire traumatisantes

    Il est à noter que l’utilisation de ces substances lors de rituels chamaniques a pu entraîner des lésions neurologiques et psychiques voire provoquer la mort par overdose ou par arrêt cardiaque. Par ailleurs, la consommation de certains de ces produits peut conduire à développer une dépendance physique et psychologique qui augmentera la vulnérabilité des adeptes.

    Quant à la pratique des « huttes de sudation » , il est à préciser qu’elle plonge également l’individu dans un état second et peut même causer sa mort.

    Pages 184 à 189 Contribution de Michel WIEVIORKA sur les sectes, les dérives sectaires

    #MIVILUDES#Derives_sectaires#Sectes#wieviorka#COVID19

  • Ce qui ne vous a pas été dit sur le dernier rapport de la MIVILUDES – L’Extracteur
    https://bloglextracteur.wordpress.com/2022/11/04/ce-qui-ne-vous-a-pas-ete-dit-sur-le-dernier-rapport-de-la

    Tout d’abord, ce rapport dit les termes précis et cite nommément des pratiques, des groupes, des manipulateurs… En développant à chaque fois, et ce sur plusieurs pages, pourquoi cela peut s’apparenter à une dérive sectaire et quels en sont les dangers. Jusque là, on avait dû souvent se contenter de rapports assez théoriques, tournant parfois autour du pot. Et c’est assez logique : l’État est frileux quand il s’agit de nommer les dérives, car le risque de procès est important. Cela pourrait d’ailleurs bien arriver cette année compte-tenu de la franchise du document.

    L’anthroposophie, le féminin sacré, le masculinisme, les témoins de Jéhovah, les coachs, la méditation de pleine conscience, Tal Schaller, Jean-Jacques Crèvecœur… ce rapport nous offre de vrais dossiers étayés et sourcés, rédigés par des gens qui savent vraiment de quoi ils parlent. C’est un réel plaisir de voir enfin des groupuscules, des pratiques ou des individus sur lesquels nous alertons avec d’autres depuis des années, démasqués en bonne et due forme dans ce rapport. Sans compromissions, sans tergiversations. Grâce à cette approche extrêmement concrète des dérives sectaires, le rapport pourra remplir son objectif premier : informer et servir d’outil de prévention à tous les niveaux et sur tout le territoire. Nous saluons donc la qualité et le sérieux de ce rapport.

  • We Were Once Kids - Trailer
    https://www.dailymotion.com/video/x8b9ke5

    The cult film ‘Kids’ was a scandalous succes in 1995. But the semi-documentary about young, sex-crazed skaters in New York had big consequences for the cast, who finally speak out 25 years later.

    In 1995, everyone was talking about ‘Kids’. Larry Clarke’s semi-documentary about a group of young skaters in New York was an international scandal and a massive success, nominated for the Palme d’Or at Cannes and causing a furore for its transgressive portrayal of teenage sex, violence and drugs. 25 years later, the cast tell their own version of the story, and it’s not pretty. ‘We Were Once Kids’ is a tale of solidarity, delusion and exploitation. The young people were cast on the street for a film where few in the audience could tell reality from fiction. And once the film hit, it was too late to draw the lines.
    https://cphdox.dk/film/we-were-once-kids

    #larry_clark #heroin_chic #addiction #jeunes #cinema

    • W e Were Once Kids addresses the still tender and painful heart of the 1995 film’s aftermath, the deaths of Pierce and Hunter, who could be understood as best embodying the ethos portrayed in Kids. It conveys the difficulties that both of them, like other cast members, faced after the movie had been released: struggling with addiction and alcoholism while facing the challenge of maintaining authenticity after being made into an image, and navigating what must have felt like a make-believe world.

      https://www.artforum.com/print/202209/lila-lee-morrison-on-kids-and-the-surplus-of-the-image-89462

    • tiens c’est Disney qui a distribué Kids :
      https://www.nytimes.com/1995/05/24/style/IHT-kids-grabs-spotlight-at-cannes.html

      Ce qui a permis à Clark d’assurer que personne ne s’est vraiment drogué sur le tournage, et que tout les kids du film sont plus vieux que ce qu’ils ont l’air à l’écran.

      The director claimed that the kids on screen were older than they looked, and that none were doing drugs.He even got in a pitch for Disney, the distributor.

      J’ai tout de même littéralement adoré Whassup rockers à l’époque. Faudrait que je le revois.

      Ce qui est dingue c’est d’avoir aimé à ce point la vision de Clark sur les gamins. ça me fait beaucoup (re)penser à cette citation de Dworkin :

      « Parce que la plupart des adultes mentent aux enfants la plupart du temps, l’adulte pédophilique semble honnête, quelqu’un qui dit la vérité, le seul adulte justement, prêt à découvrir le monde et à ne pas mentir. »

      Un exemple :

      “Larry doesn’t do kids the way other people do,” said Fitzpatrick. “Larry knew early on that to make a film like this he needed to be on the inside of this sort of counterculture.” So at 50 years old Clark taught himself how to skateboard and hung around Washington Square Park everyday getting to know the kids. In Fitzpatrick’s opinion, that time commitment was absolutely necessary, because “teenagers don’t trust adults”, and it was the only way Clark could convince the skaters to take part in his film. “He knew that to get respect from these kids he would have to give them respect,” said Fitzpatrick. “Larry gave them respect and they trusted him to tell their story.”

      https://www.theguardian.com/film/2015/jun/22/harmony-korine-kids-20th-anniversary

    • Peu ont montré avec autant de réalisme le quotidien d’une certaine jeunesse
      Dans une interview pour le Guardian, Larry Clark a dit que le plus beau compliment qu’il n’ait jamais reçu venait d’un garçon qui a défini Kids en ces termes : ’’Ce n’était pas comme un film. C’était comme dans la vraie vie.’’

    • Tiens ils ont parlé du doc dans el pais :

      https://english.elpais.com/culture/2022-07-14/kids-the-indie-movie-sensation-with-a-darker-side.html

      In 2021, #Hamilton_harris – one of the boys featured in the film – participated in a documentary titled We were once kids, directed by Eddie Martin. Harris pursued this project after becoming alarmed when he discovered that a large part of the movie’s viewership mistakenly believed that they were watching a documentary.

      “My feelings towards the movie started to change after seeing the global reaction it got,” he told Variety. At the same time, he felt that the creators outside the group – Korine and director Larry Clark – failed to capture the strong sense of community that the teenagers had created. While the film reduced the existence of its protagonists to a devastating nihilism, the truth is that those kids – who used skateboarding as an outlet – had formed a family. They were protecting each other, escaping from homes where drug usage and violence were common. Carefree sex was not at the center of their lives: in fact, many of the protagonists were virgins.

      (...)

      The problematic part came with the female roles. When the women in the gang read the script, they refused to participate. It did not reflect the relationship of camaraderie that united them: it was simply a festival of sex and drugs, a film “about rape and misogyny” says Priscilla Forsyth, who ended up participating in a minor role with only one sentence for posterity (“I’ve fucked and I love to fuck”). On the other hand, the boys could be of non-normative beauty, but the girls chosen to star in the film included 15-year-old Rosario Dawson – whom Korine discovered in a social housing project where she lived with her grandmother – and Chlöe Sevigny, a New York club regular who, after being featured in two fashion editorials and a Sonic Youth video, had become the city’s great underground sensation.

      (...)

      The director of We were once kids does not point to a culprit, but hints that many powerful people made a fortune while the protagonists were exposed to the world with their allegedly amoral lifestyle.

    • On parlait de cette divergence, en 2015, dans le guardian :

      https://www.theguardian.com/film/2015/aug/19/kids-film-larry-clark-skateboarding-culture-new-york-east-coast-supreme

      High says the added storyline was a distortion: “The true story [of Kids] is about a bunch of kids who grew up with literally nothing,” she says. “We might have been from different areas and different races but we came from the same income bracket of broke. We learned how to take care of each other at a time that was one of the rougher periods in New York City’s history.

      “The film portrays segregation between girls and guys, which wasn’t reality. The main point [of the film] – the whole virgin-fucking, misogynistic thing – was not necessarily how we lived our lives.”

      (...)

      To Harris, the group was ahead of its time in a country mired in racism and recession. Intuitively post-racial in a colour-conscious society, the crew formed its own world around skateboarding despite being tethered to a socioeconomic bracket that deemed it invisible

      .

      Le sujet du film aurait pu être ça :

      “In the early 90s we were dealing with crack, the Aids epidemic, racism and all kinds of social injustices. We were totally aware of the social dynamic in the world around us. We were constantly trying to change that, and foster that change as an example,” he said

      En terme de révolution, une toute autre paire de manche...

    • (déso je spam un peu)

      Cette #ruse, de faire passer sa vision des choses pour des #preuves.

      https://www.theguardian.com/fashion/fashion-blog/2014/jun/25/larry-clark-t-shirts-dressing-young-teenagers

      Still, he rejects claims that his previous work is either exploitative or luridly voyeuristic: "I would go to these parties and see fucking, gangbanging and drugs. To me it’s historical evidence. I can only shoot what I see.

      “Back then it was a secret world but you know what? Kids was based on reality. That’s what these kids on the street tell me, they say: ’Larry that’s how it is.’ Personally, I feel there’s the argument that if it’s not documented, how would we know it’s going on at all?”