alimielle

Les filles sages finissent au paradis, les autres vont où elles veulent.

  • Une Histoire du logiciel libre - Polémix et la voix off
    https://polemixetlavoixoff.com/emission-une-histoire-du-logiciel-libre

    Alors comme ça, Big Brother veut nous coller de la 5G partout ?

    Une Histoire du logiciel libre. Une heure avec Philippe Rivière, spécialiste d’internet et journaliste au Monde Diplomatique.

    Où l’on verra le rapport que l’on peut faire entre le chanteur et militant politique Woody Guthrie … et internet…

    Première diffusion : Novembre 2012.

    http://polemix.dooz.org/HistoireDuLogicielLibre.mp3

    #internet #libre #communs #logiciel #informatique #libertés #audio

  • Tous les corps sont désirables | Cécile Kiefer
    http://cqfd-journal.org/Tous-les-corps-sont-desirables

    Dans une société qui exclut les corps qu’elle considère comme dysfonctionnels, la question de l’assistanat sexuel divise. Entre ceux qui associent ce service à de la prostitution et ceux qui considèrent qu’il rentre dans le cadre de la compensation du handicap, des voix s’élèvent et avancent d’autres arguments — ou affirment que ce débat est avant tout un écran de fumée. Tour d’horizon. Source : CQFD

  • La « santé publique communautaire », alternative possible à la médecine (...) - Le Numéro Zéro
    https://lenumerozero.info/La-sante-publique-communautaire-alternative-possible-a-la-medecine-li

    Certains réactivent ainsi la « santé communautaire », concept déjà ancien qui cherche à allier savoirs médicaux et sociaux en donnant une large place aux « patients-partenaires ». Partant des constats d’échecs d’une santé publique traditionnelle et administrative, elle cherche à réduire les inégalités sociales de santé. Elle a d’abord émergé en Amérique Latine et aux États-Unis puis, par l’intermédiaire de médecins québécois formés dans des universités américaines dans les années 1960, elle est passée dans le monde francophone. Dans les années 1970, un peu partout dans le monde, l’expression « santé communautaire » était très présente dans l’univers de la santé publique. Dans certains hôpitaux, des départements en relevant prenaient en charge la santé de toute la population locale.

    « La santé ... état de complet bien-être physique, mental et social »
    Cette approche a connu une reconnaissance institutionnelle au plus haut niveau puisque l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé, basée à Genève) l’avait consacrée en 1986 par la « charte d’Ottawa » [1]. Celle-ci définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Le « prendre soin » doit donc être global, et s’intéresser aussi aux conditions de vie (accès au logement, à l’éducation, à l’alimentation, aux revenus dans un éco-système stable et durable, à la justice sociale et à un traitement équitable).

    #santé #bien-être #communauté

  • La flor de la vida | IDFA
    https://www.idfa.nl/en/film/434146f3-58ab-4d92-8e20-41a66e437a17/la-flor-de-la-vida

    This is a film about love, related by people who should know: all the participants are at least 80 years old. Do they look back on a passionate life with many lovers, or were they in a stable marriage that lasted more than half a century? What starts out as a collection of interviews soon zooms in on the turbulent love lives of 83-year-old Aldo and his wife Gabriella. Aldo’s narcissistic character has prompted him to record all the significant moments in their long life together in home videos. Not only are we transported through these stories, photos and videos into a world of nostalgia, but we also see Aldo watching the films of his life, including one of him as a young man kissing his newborn son. This evokes a familiar feeling of melancholy: being able to see what was, but not to touch it. When Aldo tells filmmakers Adriana Loeff and Claudia Abend that their visits are a welcome feature in his often empty days, it becomes painfully clear how growing older goes hand in hand with loneliness and loss.

    https://vimeo.com/398229095

    #vieillesse #vieillir #amour #couple #vie #docu

  • The Human Impact of a Sport-less Society - Engaging Sports
    https://thesocietypages.org/engagingsports/2020/07/30/the-human-impact-of-a-sport-less-society

    So what happens when sport is abruptly halted, when socialization through the physical medium of sport (that is, when the act of playing and watching) is no longer a thing to be enjoyed or entertained by? The answer, perhaps, lies in the evident importance and impact of sport through its absence. The United Nations, for example, identified the disruptions to sport as a concern, while urging sport organizations to find new ways to engage with fans and mitigate the negative effects of COVID-19 on well-being and social development. People are certainly still interested in sport, as conversations about sport on social media increased during the initial lockdown period. If anything, the absence of sport has galvanized its sociocultural significance in terms of social relations, particularly in the age of social media and online engagement.

    In a recent study conducted by the Global Sport Institute at Arizona State University, 46% of participants said that the stoppage of sport had made them depressed, 52% said they feel lonely and isolated, and 30% said they wanted to seek a mental health professional.

    #sport #isolement #coronavirus #socialisation #distanciation

  • Le « modèle Preston », ou comment une ville peut reprendre la main sur son économie, ses emplois et son bien-être
    https://www.bastamag.net/Municipales-modele-Preston-budgets-municipaux-emplois-locaux-cooperatives-

    La nouvelle génération de maires écologistes ou issus d’alliance de gauche qui vient d’être élue pourraient s’inspirer du modèle expérimenté à Preston au Royaume-Uni ou à Cleveland aux Etats-Unis : s’appuyer sur les marchés publics, la création de banques régionales et de coopératives de salariés pour « relocaliser » leurs budgets, et éviter qu’ils ne s’évaporent dans la globalisation financière. Explications. Un soir de printemps en 2013, deux conseillers municipaux de gauche ont franchi la porte du Grey Friars, (...) #Inventer

    / #Alternatives_concrètes, #Innovation_politique, #Europe, #Enquêtes, #Services_publics, A la (...)

  • Une place à soi – Chouyo’s World
    http://www.chouyosworld.com/2020/07/23/une-place-a-soi

    Cela a commencé comme ça. Un petit groupe de six filles, à la fin d’un cours. J’ai mon sac prêt pour aller remplir ma bouteille d’eau et chercher un café, dans les dix minutes de récréation qu’il reste. Je leur dis avec un sourire que, s’il s’agit d’astuces pour leur devoir de physique-chimie, c’est pas gagné mais que je ferai mon maximum. Elles sourient. Trois autres filles, déjà parties dans le couloir, reviennent dans la salle.

    L’une d’elle regarde ses camarades et commence à m’expliquer en choisissant bien ses mots. Depuis plusieurs semaines, certaines d’entre elles subissent des « remarques ». Des « moqueries ». Des « blagues ». J’écoute, hoche la tête. Vous avez vu comme cela va vite ? Elles ont 14 ans au mieux et elles ont déjà si bien intégré comment, dans le langage, édulcorer la réalité. Car ceux qui ont subi « blagues », « moqueries » et « remarques » savent de quelle réalité ces mots sont lourds.

    Mais l’élève porte-parole tourne autour du pot : je lui dit que j’ai besoin d’exemples concrets pour comprendre ce dont il s’agit, ce qui se joue ici, et surtout clarifier ce qu’elles ne savent pas ou n’osent pas, plutôt, nommer. Elles dansent d’un pied sur l’autre, hésitent, l’une d’entre elles réajuste son sac sur l’épaule et se tournant vers la porte esquisse un « Nan mais c’est rien Madame, et puis vous n’avez pas le temps ».

    Je pose mon sac et ma bouteille.

    Je pose mes clefs de salle.

    Je pose ma voix.

    – J’ai tout mon temps. Et vous aussi.

    #éducation #sexisme #empowerment #école #classe

    • Et avec cette classe, au fur et à mesure des mois, une configuration qui désormais me saute aux yeux s’était mise en place involontairement : toutes les places périphériques sont occupées par les garçons, sur les côtés et au fond de la classe, c’est-à-dire avec un mur qui rassure et permet une assise stable. Les filles, elles, sont au centre : sans assise, sans appui, exposées de toutes part.

      Je note que la répartition genrée dans l’espace s’inverse entre l’intérieur et l’extérieur : Dans la cour se sont les garçons qui occupent l’espace central (pour le foot) et les filles qui sont en périphérie. Dans la classe tout s’inverse.
      #spatialité

  • Le tourisme, stade ultime du colonialisme - Renversé
    https://renverse.co/analyses/article/le-tourisme-stade-ultime-du-colonialisme-2697

    En 1829, Victor Hugo estime que « tout le continent penche à l’orient ». Il y voit une inflexion politique et une source d’inspiration valable « pour les empires comme pour les littératures ». Prolongeant ou relayant le « Grand Tour », le Levant attire, aimante, séduit. Par dizaines, les artistes et créateurs de toute l’Europe voguent vers la Méditerranée du Sud comme ceux du XVIIIe siècle se rendaient en Italie et, pour certains, en Grèce. Le harem, l’odalisque et l’almée envahissent les ateliers des peintres, il n’est de tabac que de Turquie, de café que du Yémen et, à Londres, les amateurs de thé rêvent des grands clippers ramenant leurs cargaisons de Chine et de Ceylan.

    Tous ces horizons sont parcourus par de richissimes voyageurs, curieux du monde mais n’entendant sacrifier ni à leur confort ni à leur statut. Par leur éducation, ils savent peindre ou dessiner, se servir d’instruments de mesure géographique ; certains ont même appris à mouler des sculptures ou relever des inscriptions, et beaucoup s’intéressent à une invention récente, la photographie. Gérard de Nerval partant pour l’Orient mentionne ainsi dans une lettre à son père en 1843 que, dès le départ, leurs « lits de voyage et le daguerréotype sont cause [qu’ils ont] un excédent de bagage très coûteux ».

    #tourisme #colonialisme

  • Les conséquences désastreuses de la politique de l’enfant unique - https://www.revolutionpermanente.fr/Les-consequences-desastreuses-de-la-politique-de-l-enfant-uniqu

    En Chine, être un homme célibataire de 35 ans signifie faire partie d’une minorité socialement stigmatisée. Dans cette société patriarcale, on considère que les hommes célibataires sont enclins à des comportements extrêmes voire violents, et constituent donc une menace pour l’ordre social. Le remède à ce mal est le mariage, un rite de passage obligé vers la condition d’adulte et en même temps la marque d’un statut social.

    Selon la Banque mondiale il y avait en 2018, dans la fraction de la population chinoise âgée de 15 à 64 ans, 28,4 millions d’hommes de plus que de femmes – de 8 à 11 millions dans les zones urbaines et le reste à la campagne. L’inégalité entre sexes atteint des proportions particulièrement marquantes dans les zones rurales. Selon les calculs d’Isabelle Attané et de l’équipe d’investigation DéfiChine, publiés dans le bulletin de l’INED (Institut national d’études démographiques) Populations et Sociétés, il y a dans les zones rurales 2000 hommes célibataires de 50 ans pour 100 femmes célibataires du même âge. Chez les célibataires de 35 ans, la proportion est de 500 hommes pour 100 femmes. Dans tout le pays, moins de 1 % des femmes de 50 ans restent célibataires. Il est évident que la majorité de ces hommes ne pourront jamais se marier, avoir des enfants et ainsi perpétuer la lignée familiale. La société les appelle « quang gun », les « branches sans feuilles ».

    #chine #natalité

  • 🔴 SEATTLE, USA : UNE ZONE AUTONOME AU COEUR DE LA VILLE !
    https://www.nantes-revoltee.com/%f0%9f%94%b4-seattle-usa-une-zone-autonome-au-coeur-de-la-ville

    Une ZAD sur plusieurs blocs dans une métropole américaine. La Commune est-elle en train de refleurir ? A Seattle, au nord ouest des USA, des manifestations massives ont lieu comme partout contre le racisme et les violences policières. Après plusieurs nuits d’émeutes et de manifestations, la police a déserté une partie de la ville. Une zone […] L’article 🔴 SEATTLE, USA : UNE ZONE AUTONOME AU COEUR DE LA VILLE ! est apparu en premier sur Nantes Révoltée par Umbrella.

    https://nantes-revoltee.com/wp-content/uploads/2020/06/101821836_962134470937401_1159125927460169486_n.mp4

  • Comment j’ai sauvegardé « mon Web » sur un disque dur. – Graphisme & interactivité
    https://graphism.fr/comment-jai-sauvegarde-mon-web-sur-un-disque-dur

    Au mois de novembre dernier, j’ai entrepris de me créer une sauvegarde de « mon Web » en local, offline, sur un disque dur. Quand je dis mon web, ce sont les médias, outils, savoirs, vidéos, documents, etc. qui comptent pour moi et que j’utilise régulièrement.

    Dans cet article, je vais vous expliquer :

    pourquoi j’ai eu cette drôle d’idée
    ce que j’ai mis dans cette sauvegarde
    comment j’ai fait pour récupérer tout un tas de contenu en ligne
    ce qu’il me reste à faire
    J’ai appelé ça « BCKUP » pour Backup (sauvegarde), j’ai bricolé un logo en ASCII aussi.

    #internet #censure #blackout #diy #autonomie

  • Désobéissance, à cause de toi, je vais survivre - Paris-luttes.info
    https://paris-luttes.info/desobeissance-a-cause-de-toi-je-13770

    J’ai le coronavirus parce que, bien qu’il semble que la maladie n’ait pas encore pénétré mon corps, les gens que j’aime l’ont ; parce que le coronavirus traverse des villes que j’ai traversées ces dernières semaines ; parce que le coronavirus a changé – en un claquement de doigts, comme un miracle, une catastrophe, une tragédie désespérée - absolument tout. Où que l’on aille, où que l’on soit il est déjà là, et rien ne peut être pensé ou fait aujourd’hui sans le coronavirus entre les deux. Il semble que non seulement j’ai le coronavirus, mais nous l’avons tou.te.s ; toutes les institutions, tous les pays, tous les quartiers et toutes les activités.

    [...]

    Notre seule vraie alternative est de repenser l’infection.

    Cultivez la contagion, exposez-vous à la contagion et désobéissez pour survivre.

    Ce n’est pas un acte suicidaire, mais un acte de bon sens, de sens commun.

    Et peut-être dans ce sens commun se trouve la signification la plus puissante que nous pouvons développer.

    Que se passe-t-il si nous décidons de préparer nos corps à la contagion ?

    Que se passe-t-il si nous supposons que nous serons tou.te.s infecté.e.s et si nous partons de cette certitude en affrontant nos peurs ?

    Que se passe-t-il si, face à la réponse absurde, autoritaire et idiote de l’État au coronavirus, nous formulions l’autogestion sociale de la maladie, de la faiblesse, de la douleur, de la pensée et de l’espoir ?

    Que se passe-t-il si on se moque des fermetures de frontières ?

    Que se passe-t-il si on s’organise collectivement ?

    #covid #coronavirus #désobéissance #autogestion

  • « La médecine des personnes âgées ne peut pas tourner indéfiniment le dos à la liberté et à la mort », Philippe Bataille sociologue (EHESS) et président de l’association Vieux et chez soi
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/14/la-medecine-des-personnes-agees-ne-peut-pas-tourner-indefiniment-le-dos-a-la

    La crise sanitaire qui a touché les Ephad doit permettre de construire un autre projet de société qui tienne compte de ce que souhaitent nos aînés pour eux-mêmes, estime dans une tribune au « Monde » le sociologue Philippe Bataille.

    Tribune. Pensons à cette femme de 102 ans qui est hospitalisée. Elle dit ne plus vouloir vivre. Elle réclame sa mort sans jamais avoir perdu la tête. L’euthanasie se fera, mais pas maintenant ni ici. La dame était si tenace qu’elle a choqué le service de long séjour. Ses soignants n’ont pas admis sa demande. Plus tard, ses proches l’ont emmené en Belgique pour qu’un médecin réalise son projet d’une mort douce entourée des siens.

    Qu’en dire aujourd’hui ? Tant de métiers interviennent au bout de la vie. La longévité qui tient à des personnalités exceptionnelles est aussi une question de médecine, d’argent, d’administration et de formation des professionnels qui entrent dans la vie des vieillards. Vivre plus de cent ans repose sur des épaules autres que les siennes.

    Bien que très vulnérable, la dame s’appuyait sur ses fragilités pour nommer l’échéance de son existence. Sa revendication n’était ni individualiste, ni utilitariste, ni même égoïste. La centenaire ne voulait pas attendre la mort plus longtemps. Or, il n’est pas rare que des vieillards demandent à mourir. Combien de résidents en Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] se laissent glisser chaque année ? Combien de temps cela leur prend-il ? Dans quelles conditions ? Qui les accompagne humainement ? Activement ? Nul ne connaît ces chiffres.

    Vivre vieux est un choix personnel

    Rencontrons cette autre femme qui a également 102 ans. La dame ne me serre pas la main au moment où nous nous croisons. Elle précise ne pas vouloir me parler de manière rapprochée. Le matin, elle m’avait interdit l’accès à sa chambre le temps d’une conversation que j’avais sollicitée. Elle s’explique au sortir de la salle de restaurant puisque le règlement intérieur de son établissement de vieillesse impose qu’elle s’y rende midi et soir faisant que tout le bâtiment est entièrement brassé dans ces moments de convivialité imposée.
    A ce jour, la vieille dame est intacte alors que le Covid-19 a sévèrement contaminé le tiers des résidents avec de nombreux décès.

    A posteriori, je comprends qu’elle a eu des gestes élémentaires de prudence sanitaire dont je n’avais pas mesuré toute l’importance. Son refus d’une visite supplémentaire à celles, déjà nombreuses, qu’on lui imposait quotidiennement m’apparaît aujourd’hui être la meilleure réponse aux questions que je m’apprêtais à lui poser.

    La longévité tient à celui qui en fait l’expérience. Vivre très vieux relève d’un choix personnel auquel tous les âgés ne consentent pas toujours sans qu’ils décident de l’interrompre pour autant. De même que vivre vieux ne s’oppose pas à son strict inverse qui peut être une volonté de mourir en étant dignement accompagné.

    Encourir des risques

    Entendons cette autre femme de 103 ans qui vit chez elle en n’étant jamais seule. Mais cela lui est devenu insupportable. Elle est gardée vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Son dispositif de garde et de soins nécessite plus d’argent qu’un Ehpad qu’elle a toujours refusé de rejoindre. La surveiller jour et nuit mobilise trois emplois à temps plein. Longtemps, elle y a consenti, mais elle souhaite changer la formule.
    Sans tout remettre en cause ni réclamer mourir, elle entend disposer d’une plage horaire suffisamment longue pour demeurer seule dans son appartement parisien qu’elle aménage selon ses goûts, il est vrai sans tenir compte de l’avis de ses aidants ni des précautions que sa famille lui rappelle en permanence.

    Elle a bien conscience que sa demande d’être seule l’expose à de multiples dangers, mais elle dit aussi qu’elle se sent prête à encourir des risques que sa fille unique de plus de 70 ans intègre péniblement. Au moment d’interroger la vieille dame sur ses motivations de réduire sa garde, elle répond : « Ça s’appelle la Liberté ! »

    La centenaire réclamait son droit fondamental d’être à l’image de son existence, par exemple en ayant été une des premières femmes alpinistes après avoir traversé l’Europe avec son bébé pour fuir ensemble les dictatures qu’elles subissaient. La dame revendiquait son besoin de se sentir vivante à elle-même dégagée du souci que les autres ont pour elle. Sans quoi vivre perdait du sens à ses yeux et coûtait bien trop d’argent de son point de vue.

    Impréparation institutionnelle à la mort des vieillards

    Vivre librement au bout de l’âge avancé fait se rapprocher ces trois femmes dont la vieillesse diffère. Toutes trois disent une même chose. L’une en voulant mourir, l’autre en voulant vivre et leur aînée en s’émancipant du principe de précaution qui vide son existence de son sens.

    La médecine du vieux (Aidé ou bien abandonné, plus ou moins soutenu par des aidants) en institution et à domicile ne peut pas tourner indéfiniment le dos à la liberté et à la mort.

    Mourir très âgé tient à des anticipations qui ne sont pas que des précautions, mais aussi à des compétences en soins palliatifs et à de la formation professionnelle, aux directions d’établissements et à des produits pharmaceutiques, dont l’oxygène qui améliore le confort d’un départ. Précisément tout ce qui a cruellement manqué dans l’hécatombe de Covid-19 qui a saigné la génération des anciens qui ont entre 80 et 100 ans aujourd’hui.

    L’épidémie mortelle met à jour de manière sidérante l’impréparation institutionnelle à la mort des vieillards. Apprenons du drame collectif d’aujourd’hui que le temps est venu de construire un autre projet de société en rapport avec ce que chaque vieux réclame pour lui-même, parfois en changeant d’avis ou d’opinion et s’il fait le choix de mourir en n’acceptant plus sa longévité. Ne répétons pas les erreurs qui nous ont conduits à la mort en cascade de tant de vieillards qui revendiquent leur liberté de penser et d’agir.

    #longévité #mourir #veillardes

  • MARSEILLE : LA PRISON FERME POUR DES CRS ? QUELQUES REMARQUES
    https://www.nantes-revoltee.com/marseille-la-prison-ferme-pour-des-crs-quelques-remarques

    Derrière une peine spectaculaire et médiatique, l’impunité reste la règle C’est une peine inédite contre des agents assermentés. Lundi, trois policiers sont été placés en garde à vue à Marseille, après le contrôle d’un jeune réfugié afghan dans le cadre du confinement. Les CRS ont frappé le jeune homme, appelé Jamshed, après l’avoir embarqué dans […] L’article MARSEILLE : LA PRISON FERME POUR DES CRS ? QUELQUES REMARQUES est apparu en premier sur Nantes Révoltée par Umbrella.

    • Très intéressant !

      J’ai ainsi pu observer l’agression comme mode d’accueil de celleux qui ne connaissent pas encore les codes.

      Quand tu veux quand même appartenir à ces groupes parce que plein de valeurs de ces communautés te touchent, ou parce que c’est le seul endroit où tu sais que tu trouveras du soutien, tu apprends vite à ne pas faire trop de vague. À te taire d’abord, parce que tu ne te sens pas légitime, et parfois longtemps. Tu intègres le Dogme, et tu le répètes. Tu reproduis aussi, probablement, les dynamiques dans lesquelles tu a été accueilli·e. Tu n’es pas là pour faire de la pédagogie. Éduquez-vous et fermez-la.

      Ce que j’appelle rhétorique de la victime, c’est le fait de déclarer être dans la position de victime en premier dans un conflit, et d’ainsi cantonner l’autre à la place d’agresseur. Il y a tout un vocabulaire déployé avec cette rhétorique, qui consiste souvent à accuser l’autre ou les autres d’abus, d’être toxique, etc. Ainsi, le langage développé pour aider des personnes victimes de violences à identifier et nommer ce qui leur arrive est instrumentalisé au nom du féminisme.

      Jo Freeman évoquait déjà cet enjeu dans un texte du début des années 70, Trashing : the dark side of sisterhood : “Pendant toute ma jeunesse, j’ai survécu parce que je n’avais jamais donné à une personne ou à un groupe le droit de me juger. Je m’étais réservée ce droit. Mais les douces promesses de sororité du Mouvement [féministe] m’ont séduites. Il prétendait offrir un refuge contre les ravages d’une société sexiste, un endroit où l’on serait comprise. C’était mon besoin même pour le féminisme et les féministes qui m’a rendue vulnérable. J’ai donné au Mouvement le droit de me juger parce que je lui faisais confiance. Et quand il a jugé que je n’avais aucune valeur, j’ai accepté ce jugement.” [3]

      Prégnance du dogme et lecture des conflits comme abus ont en commun d’instaurer une peur de dire, des difficultés à dialoguer, à remettre en question. C’est en fait une peur du jugement social et du rejet par sa communauté, dont l’importance peut être vitale.

      S’il est bon de pouvoir réagir en cas d’abus — et il est compréhensible qu’on en soit pas toujours capable — nous n’avons pas à vivre dans l’hypervigilance de l’abus imminent. Nous avons le droit de nous reposer.

      Il nous faut renoncer à cette fiction qu’il serait possible d’être safe, cesser d’utiliser ce terme pour qualifier des personnes qu’on connaît, nous-même, ou encore des lieux. Ce ne sont pas de bonnes bases pour construire un sentiment de sécurité et de la confiance. L’exigence de perfection est intenable, et donc vouée à l’échec. Elle amène forcément avec elle peur et malhonnêteté (peur de mal faire, peur des abus, dissimulation de pensées et d’actes pour éviter les jugements). Il nous faut donc une vision qui intègre le risque, l’erreur, l’échec, et même la violence. À l’intérieur et à l’extérieur de nos communautés. Oui, parce que la manière dont vont être jugé·e·s “les autres” nous renseigne sur la manière dont on peut s’attendre à être traité·e·s par nos pairs.

      Il faut que le prix à payer pour se reconnaître comme agresseur soit autre chose que la mort, sociale ou littérale. Quand il y a remise en question et reconnaissance du mal, nous devons collectivement apprendre à le recevoir autrement.

      La justice transformatrice reste très peu évoquée dans les milieux féministes, et on fait face à des réactions qui sont le plus souvent punitives et définitives, quand bien même elles rentrent en contradiction face à d’autres idéaux de gauche des personnes dont elles émanent. Parfois même, la punition est un réflexe émotionnel plus qu’une décision politique. Finalement, ces réactions sont avant tout sécuritaires.

      J’ai l’intention de prendre des risques
      Et je réclame le droit de me planter.
      J’espère être bien entourée,
      qu’on cultivera ensemble nos capacités d’expression
      pour éradiquer nos peurs de dire.

      Lien vers https://www.jofreeman.com/joreen/trashing.htm

      Paru initialement ici
      https://medium.com/@leilla/quelle-culture-f%C3%A9ministe-voulons-nous-102141a63830

    • Cela s’applique probablement a beaucoup de groupes militants (ce qui ne disqualifie pas forcément les idées qui peuvent y être défendues). Je ne serais pas surpris d’ailleurs que plus les idées sont radicales et plus on retrouve ce genre de comportements à base d’exclusion (ou plutôt d’excommunications), de respect de « dogmes » et de rejet véhément de toute parole contraire, sans parler d’autres codes plus subtils comme le style vestimentaire, les goûts culturels etc.
      Cela doit probablement être nécessaire à la fois au maintien du groupe en tant que structure radicale et aussi au maintien des quelques personnes qui dirigent le groupe (de façon souvent informelle ou pas, la hiérarchie pouvant être quelque chose de mise en avant aussi).

  • Sur la délation, à la Guillotière comme ailleurs - Rebellyon.info
    https://rebellyon.info/Sur-la-delation-a-la-Guillotiere-comme-22208

    Ce texte a été collé sur les murs de la Guillotière, en réaction à la vague de délation qui sévit en plein confinement contre le Covid-19.

    Chères voisines, chers voisins,

    Plusieurs médias en France se sont fait l’écho d’une importante vague de délation contre les personnes soupçonnées de ne pas respecter le confinement. Au point que certains commissariats en râlent... Tapez « délation » sur un moteur de recherche pour constater l’ampleur du phénomène. La Guillotière n’est pas exempte, notamment avec l’aide de certaines associations de riverains qui œuvrent pour un nettoyage social du quartier.

    A l’explosion de cette pratique se rajoute le fait que malgré la soit-disant « union sacrée » contre le virus, les violences policières sont loin d’avoir disparues, comme l’indiquent les collectifs les répertoriant, et comme le prouve la mort d’un SDF à Bézier lors de son interpellation.

    Aux délateurs et à celles et ceux tentés de le devenir, soyez conscients des conséquences que peuvent avoir cet acte, en lui-même détestable. Ne succombez pas au réflexe, classique en temps de crise, consistant à chercher un bouc émissaire sur lequel passer une frustration légitime. Gardez en tête que la délation est une honte en soit, et le plus répugnant des réflexes dans des temps difficiles.

    Nous subissons tous et toutes ce confinement, personne n’en jouit. N’en rajoutez pas, et en ces instants où la solidarité collective est nécessaire, ne jouez pas le rôle d’auxiliaires de la police, elle même loin d’être irréprochable.

    #délation #collabos #solidarité #covid #flicage

  • Un McDo marseillais réquisitionné par les travailleurs pour donner de la nourriture dans les quartiers
    https://www.revolutionpermanente.fr/Un-McDo-marseillais-requisitionne-par-les-travailleurs-pour-don

    Face à cet afflux, les travailleurs du McDonald’s de Saint-Barthélemy, soutenue par une multitude de collectifs et d’associations, notamment le Syndicat des quartiers populaires de Marseille, ont décidé de réquisitionner le site du restaurant pour pouvoir l’utiliser comme solution à la crise. La nourriture envoyée par des commerçants, des habitants ou la banque alimentaire, est stockée dans la chambre froide, le site permet d’assurer la préparation et la répartition des colis aux associations et collectifs. Les colis sont directement distribués au bas des halls d’immeuble ou devant les appartements. Le tout en respectant les mesures sanitaires (masques, gants, désinfection des produits) et les gestes barrières. Pour Kamel Guémari, syndicaliste à Force Ouvrière, figure de la contestation contre la direction de McDonald’s : « Dans cet état d’urgence, si l’on n’est pas acteurs pour nos quartiers qui le fera ? ».

    L’enseigne s’est opposée a l’action et la condamne. Ralph Blindauer, avocat des salariés du restaurant de Saint-Barthélemy raconte, au journalistes de La Marseilleise : « On aurait voulu le faire avec l’accord de McDonald’s France mais leur position consiste à dire que c’est non, compte tenu du passif ». Il ajoute : « Ils sont dépourvus de la moindre parcelle d’humanité, les travailleurs ont donc décidé de passer outre ». La direction de McDonald’s France se positionne donc aujourd’hui en obstacle aux solutions face à la crise pour venir en aide aux plus démunis. Les travailleurs du restaurant de St Barthélémy ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour pallier la situation dramatique que connaissent les habitants de Marseille.

    #mcdo #solidarité #quartiers_populaires #confinement #alimentation #réquisition #marseille

  • Dans les quartiers nord de Marseille, « le confinement est une gageure »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300320/dans-les-quartiers-nord-de-marseille-le-confinement-est-une-gageure


    Le Château en santé, à Marseille. © OB

    À Kalliste, l’un des quartiers les plus pauvres de France, l’équipe d’un centre de santé cherche des réponses à la précarité, l’insalubrité, la promiscuité, alors que la « vague » approche. Reportage dans un poste d’observation hors norme.

    « Le Château en santé » allait fêter son anniversaire quand le confinement est venu. La fête devait durer une semaine, organisée par l’équipe soignante et les habitants. Il a fallu y renoncer, la reporter, pour basculer dans ce monde calfeutré. En ouvrant il y a deux ans au parc Kalliste, l’un des quartiers les plus pauvres de France, l’équipe pluridisciplinaire (médecins, infirmières, médiateurs, orthophonistes, assistante sociale, etc.) voulait construire le centre de santé avec les habitants pour mieux répondre à leurs besoins, et prendre en compte leurs déterminants sociaux autant que leurs symptômes, pour mieux les soigner. Le confinement venu, tout cela fait du centre un prisme passionnant pour comprendre à quel point le confinement agit dans les quartiers populaires comme une loupe sur les inégalités, sanitaires, éducatives, alimentaires, numériques…

    Vendredi matin, quelques patients attendent à l’extérieur. Des chaises éloignées les unes des autres font office de salle d’attente devant la bastide élégante qu’une famille de négociants avait fait construire au milieu du XIXe siècle, quand les collines appelées aujourd’hui « quartiers nord de Marseille » étaient parsemées de villégiatures de la bourgeoisie marseillaise. Neuf barres de béton ont été construites à la fin des années 1950 dans le parc de la villa. Elles forment comme un rempart autour de la bastide, abandonnée jusqu’à ce que les jeunes soignants obtiennent que la ville la rachète pour la transformer en centre de santé communautaire au cœur du quartier. Les habitants pensant la bâtisse hantée, ils l’ont appelée le Château en santé.

    Les immeubles autour se sont terriblement dégradés en soixante-dix ans. Des marchands de sommeil ont progressivement racheté les appartements, loués très cher à des locataires qui ne peuvent accéder au logement social, doivent parfois se tasser à plusieurs familles pour payer le loyer. « Dans ce contexte, le confinement est une gageure », disent les médecins, qui interpellent les pouvoirs publics pour prendre en compte ces freins au confinement. Il faut selon eux multiplier les centres de dépistage dans les quartiers nord (à Kalliste, un labo commence mardi sur ordonnance) ; trouver des solutions de confinement strict pour ceux qui se révèlent positifs, au besoin en réquisitionnant des hôtels ; mettre en place l’accompagnement autour.

    À Kalliste, des familles vivent à huit ou dix (ou plus). Lors des visites à domicile, les toubibs constatent qu’il y a parfois deux ou trois lits par pièce, dans des appartements souvent insalubres, mal isolés, humides. Certaines barres sont par ailleurs infestées de punaises de lit. Rester strictement confiné dans ce cadre est un enfer. Passés les premiers jours, comme partout en France, le confinement est pourtant relativement bien respecté. Une note d’ambiance des éducateurs de l’arrondissement relève que les jeunes sortent beaucoup moins.

    Habiba fait partie de l’équipe du Château en santé où elle assure le ménage et apporte dans ce centre au fonctionnement très horizontal des éclairages précieux sur la situation des habitants, ou le fonctionnement du quartier. Elle habite La Solidarité, cité constituée de hautes tours juste au-dessus de Kalliste. « Au début, raconte Habiba, les habitants ont pris le confinement à la rigolade. Quand ils allaient sur le balcon, mes enfants me disaient pourquoi tout le monde est dehors et pas nous ? » Depuis, les espaces collectifs se sont retrouvés désertés. Ne restent que les chats, nombreux.

    Morad assure l’entretien des espaces communs d’une barre du parc Kalliste, où vivent ses parents, où lui-même a grandi. Dans le quartier, dit-il, « seuls les 16-17 ans continuent de sortir ». Jusqu’à la semaine dernière, certains continuaient de jouer au football, le soir, sur le petit terrain derrière le centre commercial. « Ils disent : “Moi je crains rien, j’ai pas peur.” Moi je leur dis :“Et ton père, et ta mère, ils craignent rien, crétin ?” »

    Tout autour, les réseaux de vente de drogue ont ralenti mais l’activité continue. « Tu viens pour toucher ? » (acheter), demandait hier un guetteur posté dès 9 heures du matin près de l’une des barres de quartier. Les clients se font rares mais ils n’ont pas totalement disparu. Certains viennent avec des gants, une écharpe en guise de masque. Mais les points de vente risquent de n’avoir bientôt plus grand-chose à charbonner. Fermeture de frontières et limitation de la circulation rendent l’approvisionnement dangereux. La pénurie approcherait.

    Les parents ont d’autres priorités. Il faut occuper les enfants, puisqu’ils ne peuvent plus sortir, essayer de faire école pour qu’ils ne prennent pas de retard. Khadija a quatre enfants, elle vit à La Granière, une cité voisine. Elle est aide-soignante à l’hôpital Nord, très mobilisée ces temps-ci, tout comme son mari préparateur de commandes pour Carrefour. Quand elle rentre du travail, lestée d’une fatigue « physique et psychologique », elle essaie de devenir maîtresse. Les enseignants du primaire envoient les leçons et devoirs par mails, Khadija prend en photo le travail des enfants pour le leur renvoyer.

    « Pour celle qui est au collège, dit-elle, c’est plus compliqué. Seuls quatre professeurs restent en contact avec eux, les autres ont donné plein de travail en disant : “On verra en classe après le confinement.” Moi je ne peux pas aider dans toutes les matières, j’espère que ma fille ne va pas prendre trop de retard. »

    D’autres parents sont beaucoup plus démunis. Certains n’ont pas d’ordinateur, la plupart pas d’imprimante. « Au début, raconte Céline, orthophoniste au Château en santé, certains enfants recopiaient intégralement les formulaires comportant des questions à remplir, parce qu’ils ne pouvaient pas les imprimer. » À la maison, pères et mères se retrouvent parfois dans une incapacité culpabilisante, humiliante, remarque Carolina, assistante sociale au Château.

    L’école primaire de Kalliste a décidé de ne pas avancer dans les apprentissages le temps du confinement, pour éviter de creuser les inégalités. Les enseignants n’envoient des exercices que sur les notions acquises. Le directeur s’efforce de rester en lien avec les familles, il appelle les plus isolés pour prendre des nouvelles. Paradoxalement, certains parents raccrochent un peu avec l’école dans cette période. « Ils essaient de prendre en charge, de pallier les difficultés, alors qu’ils étaient très éloignés du système éducatif, du langage scolaire », observe Céline, l’orthophoniste.

    Mais après le confinement, « il va falloir ouvrir des centres de repos pour les mamans au bord de la dépression nerveuse », soupire Zoubida, patiente du Château. Elle a quatre enfants, a l’impression d’être « sur le pont de 7 heures à minuit ». Elle dit que c’est infernal. « Le temps que je passe de l’un à l’autre, le premier ne se souvient plus de ce que j’ai expliqué ; quand je reviens à lui, le troisième décroche… » Elle a l’impression que sa seule pause est « à 20 heures, quand ils se défoulent sur le balcon avec les casseroles et des couverts ».

    Dans les quartiers populaires plus qu’ailleurs, les femmes sont en première ligne, soumises au stress, à des responsabilités écrasantes. Par temps de confinement, elles ont en plus « les hommes dans les pattes », soupire une patiente du Château. « Et le carême approche, prévient Zoubida (le ramadan est attendu aux alentours du 24 avril). Dans ces périodes, comme ils ne peuvent pas fumer dans la journée, les hommes sont de mauvaise humeur, ils essaient de dormir, les enfants ne doivent pas faire de bruit. J’espère pour les mamans que le confinement sera terminé sinon ça va être explosif… »

    « La peur d’encombrer »

    Carole, infirmière, avec un patient et son fils. © OB
    Élisa, conseillère conjugale et familiale, a « très peur de l’après », des situations qu’ils vont rencontrer. En ouvrant le centre de santé, les professionnelles ne s’attendaient pas au niveau de violences conjugales et familiales qu’elles ont découvert. Elles s’inquiètent d’une recrudescence avec le confinement. « Cela peut être tendu dans tous les milieux, reconnaît Carolina, l’assistante sociale. Se retrouver enfermés ensemble, ce n’est simple pour personne, mais c’est encore plus dur quand il y a plus d’enfants dans moins de pièces et d’autres problématiques urgentes à affronter. » Un « groupe d’appui » se met en place au Château avec Carolina, Élisa la conseillère conjugale et familiale, Carole l’infirmière, Céline et Clémentine les orthophonistes, Fatima et Apo qui assurent les médiations, traduisent pour les familles comoriennes, turques et kurdes.

    Dans cette période où les services publics n’offrent pas de réponses face à la grande précarité, l’équipe dépasse les barrières des professions pour inventer des réponses informelles, appelle régulièrement les familles, soutient les femmes plus isolées. « Mais si certaines subissent des violences, elles ne le diront qu’après, murmure Carolina. Elles n’en parleront jamais au téléphone. Il faut toujours du temps pour laisser venir cette parole. » Et puis comment parler de violences avec toute la famille autour de soi ?

    Le Château va aussi ouvrir un blog pour garder le lien, partager questions, renseignements pratiques, conseils, coups de gueule ; échanger des idées d’activités pour les enfants, des recettes, des solutions pour les devoirs ; inventer des « défis créatifs ». Enfants et adolescents pourraient par exemple tourner des petits films chez eux sur un thème donné, avec les smartphones. Tout cela serait projeté ensuite au Château, quand le temps de la fête d’anniversaire sera enfin venu.

    En attendant le centre s’est transformé. Le rez-de-chaussée accueille les patients suspects de Covid, le premier étage les autres urgences. Deux équipes d’accueillants et de médecins sont constituées chaque jour, elles ne se croisent théoriquement pas de la journée. D’autres toubibs assurent les consultations par téléphone, qui changent beaucoup la nature du soin dans ce quartier où le symptôme est souvent un prétexte pour venir voir un médecin, poser son sac, dire l’enchevêtrement de soucis autant que de pathologies.

    Avec le confinement, beaucoup appellent ou viennent pour des difficultés à respirer, un sentiment d’oppression thoracique, parfois dus aux troubles d’anxiété. Au moindre doute, les médecins demandent aux patients de venir. Ce n’est pas toujours simple. Vendredi, une dame a décommandé son rendez-vous au dernier moment : trois ou quatre personnes sont atteintes du Covid-19 dans son immeuble, or, pour sortir, il faut passer par tous les espaces communs. Elle n’ose plus bouger.

    Marseille a été relativement épargnée jusque-là, mais la vague approche. En fin de semaine dernière, les présomptions de cas positifs se multipliaient en consultations. Edwige, médecin généraliste, a découvert l’angoisse d’annoncer le résultat, « parfois perçu comme une annonce de VIH ». Lorsque les symptômes ne sont pas trop alarmants, les patients sont appelés à se confiner le plus étroitement possible. Les médecins les rappellent pour vérifier que la situation ne s’aggrave pas.

    Céline et Clémentine, orthophonistes, assurent l’accueil. © OB
    L’équipe est très mobilisée mais le centre n’a jamais semblé aussi silencieux. L’absence des familles, des enfants, change tout. Bon nombre de patients n’osent plus venir. « Il y a la peur de l’infection, analyse Thomas, médecin généraliste, mais aussi celle de nous encombrer. Ils nous imaginent complètement débordés, alors ils ne viennent pas, ils reculent tout ce qui ne leur paraît pas urgent. » Edwige, sa collègue, craint « un retour sérieux » après la pandémie, pour rattraper prévention et suivis chroniques, tout ce que les patients auront laissé dériver, « oubliant leur santé ».

    Les questions de santé sont souvent reléguées lorsqu’on s’inquiète pour la fin de mois, pour l’avenir des enfants, pour ce qu’on pourra leur donner à manger. Laetitia (prénom changé à sa demande), professeur des écoles dans les quartiers nord, a été alertée par une mère du quartier qui lui a dit que certains de ses élèves « avaient faim ». Les parents qui travaillent au noir se retrouvent soudain privés de tout. « Beaucoup cachent leur situation, parce qu’ils sont clandestins ou qu’ils craignent qu’on leur enlève leurs enfants, ou tout simplement parce qu’ils ne veulent pas les stigmatiser » (pour la même raison, elle demande de ne pas citer le quartier, aussi dégradé que Kalliste). La mère de famille qui l’avait alertée lui a fait remonter les besoins, des bénévoles ont collecté les courses faites par des particuliers, le minibus de l’association sportive qui ne transporte plus de sportifs a été réquisitionné. « Quand on voit la liste de ce dont les gens disent manquer, on est vraiment dans la première nécessité : des pâtes, de l’huile, de la margarine, des couches. » Dans certaines familles, depuis quelques jours, on change les bébés moins souvent.

    Des solidarités se mettent en place, mais elles sont souvent entravées par la crainte de la contagion. Habiba, du Château en santé, dit qu’elle ne sait plus quoi faire : elle a l’habitude de partager avec ses voisins quand elle prépare un plat, mais en ce moment elle n’ose plus. Elle a peur. Et « honte d’avoir peur ». L’une de ses amies a perdu son mari pendant le confinement, elle ne savait pas si elle devait aller « au deuil ». Finalement, elle y est allée, elles se sont retrouvées à six ou sept, soigneusement éloignées les unes des autres. « On se disait : “Alors finalement t’es venue toi aussi ?!” Je crois que cela a fait beaucoup de bien à mon amie. »

    Au début du #confinement, patients et soignants imaginaient que la fête d’anniversaire serait après la pandémie extrêmement libératrice. Il faudra cependant se réjouir rapidement. Tout le monde a compris que la crise sociale frappera plus durement ici. Qu’elle se posera comme une loupe, encore, sur les quartiers populaires. « Pour nous, ce sera le retour des apéros en terrasses, pour beaucoup ce sera encore plus de chômage, plus rien pour payer le loyer », résume Laetitia, l’institutrice.

    Thomas, le généraliste, répond que patients et soignants feront au Château comme ils font depuis deux ans. « Composer comme on peut, en étant là les uns pour les autres. » Il a envie que la fête d’anniversaire vienne vite, et qu’elle soit « très libératrice ».

    #quartiers_populaires #soin #hors_normes

  • un appel afin de ne plus présenter l’attestation de circulation

    https://www.lasemainedespyrenees.fr/2020/03/31/bigorre-renaud-de-bellefon-ne-veut-plus-presenter-son-attestati

    N’abandonnons pas notre dignité dans une attestation de circulation
    Parce que notre parole a autant de valeur que notre stylo ;

    parce que nous imposer à chaque contrôle de présenter un papier qui ne dit rien d’autre que ce que nous pouvons déclarer oralement ;

    parce que ce contrôle tatillon nie notre responsabilité et notre sens de l’intérêt commun ;

    parce que la rédaction quotidienne, ou presque, de cette attestation normalise à terme un contrôle permanent ;

    parce que présenter systématiquement ce document aux forces de l’ordre nous fait incorporer ce geste, tend à en faire une habitude ;

    parce que l’absence, l’oubli de ce document ne peut pas faire de nous un délinquant (la ministre de la justice ne voulait-elle pas que la non-présentation de l’attestation soit justement un délit ?)* 1 ;

    parce que stigmatiser une partie des citoyens, c’est instaurer la suspicion généralisée ;

    parce que créer des boucs-émissaires, mauvais Français qui sortent sans raison, c’est détourner des vraies responsabilités, des manquements du gouvernement dans cette crise ;

    parce que cette obligation va à l’encontre des demandes de plus de transparence, de démocratie qui montent dans la société ;

    parce qu’instaurer un Etat policier n’incite pas à la responsabilisation mais à l’évitement, au « jeu » du chat et de la souris, aux réactions mesquines et individualistes ;

    parce que la normalité de demain qui nous est proposée, et imposée désormais – un monde policier et de contrôle encore plus quotidien – n’est pas celle que nous espérons ;

    parce qu’accepter de se soumettre, c’est cautionner un autoritarisme aveugle, et les dérives usurpant nos codes de valeurs ;

    parce que c’est une manière de dire que nous refusons la soumission, la servitude volontaire, et de le dire en acte, de prendre conscience et refuser d’être la grenouille dans l’eau qui chauffe ;

    parce que ce refus participe à l’ébauche d’une autre normalité demain, une normalité d’après la crise ;

    parce qu’aussi il y a aujourd’hui de nombreuses personnes, notamment parmi les populations les plus en difficulté déjà, qui sont devenues des délinquantes pour rien ;

    parce que refuser de présenter une attestation n’est pas refuser un confinement responsable ;

    Refusons en nombre, au moins une fois, de présenter l’attestation de circulation.

    Contestons l’amende et nous défendrons notre position devant les tribunaux. Plus nous serons nombreux, plus notre démarche sera entendue, et plus nous regagnerons notre dignité

    #refus

  • Témoignage de baby-sitter : « Avec le coronavirus j’ai perdu mon job et on me propose de travailler gratuitement ! »
    https://www.revolutionpermanente.fr/Temoignage-de-baby-sitter-Avec-le-coronavirus-j-ai-perdu-mon-jo

    Étudiante étrangère et précaire, je me suis retrouvée dans une des villes les plus chères au monde, afin de pouvoir avoir accès à une éducation de qualité absente dans mon pays. Néanmoins, pour vivre je suis contrainte à travailler 15 heures par semaine comme baby-sitter.

    Comme plusieurs jeunes qui font de la garde d’enfant, je craignais le moment où les écoles fermeraient à cause du Coronavirus car l’avenir de mon boulot était incertain. Plusieurs possibilités se présentaient, soit devoir travailler plus d’heures soit on ne plus travailler du tout car l’utilisation des transports en commun m’exposerait trop à l’épidémie. Mes employeurs ont décidé, eux, de partir dans le Sud, chez leurs parents, sans se préoccuper de comment j’allais faire pour survivre à la fin du mois.

    Sans aucune connaissance de mes droits, je contacte l’entreprise de baby-sitting qui m’emploie pour savoir si j’ai le droit à une certaine indemnisation, ce à quoi ils répondent : « votre employeur ne sera pas tenu de vous rémunérer durant cette période. Mais pas de panique ! Vous pourrez, sous certaines conditions, demander un arrêt de travail auprès de l’ARS afin de pouvoir obtenir une compensation financière ». Conditions qui sont, bien évidemment, que mes employeurs (ou moi) soient atteints du Coronavirus…

    Suite à cela, l’entreprise Yoopies pour laquelle je travaille a envoyé un mail proposant aux baby-sitters de se porter volontaires durant cette période pour aider les travailleurs qui ne peuvent pas se permettre de payer une garde d’enfant toute la journée.

    #précarité