• Pas de lune de miel pour Joe Biden, Ben Burgis
    https://www.mediapart.fr/journal/international/081120/pas-de-lune-de-miel-pour-joe-biden

    La gauche doit se préparer dès maintenant à s’opposer à l’administration de Joe Biden et Kamala Harris. Un texte du professeur de philosophie Ben Burgis publié par notre partenaire Jacobin.

    La fin de l’ère Trump est une bonne chose. Comme aime à le dire mon ami et camarade David Griscom, « voilà un show dont nous ne voulions pas regarder la deuxième saison » . Donald Trump a nommé des personnalités très anti-syndicales au Conseil national des relations du travail, et une pléthore d’avatars de la Federalist Society aux postes de juges fédéraux. Il a doublé le nombre d’attaques par drones au Yémen et a mené les États-Unis au bord d’une guerre avec l’Iran. Il a interdit aux musulmans d’entrer dans le pays et a séparé des parents migrants de leurs enfants.

    S’il est un moment où la victoire du moins pire des deux diables mérite de déboucher une ou deux bouteilles de champagne, c’est bien celui-là. Mais quand vous aurez cuvé, rappelez-vous qu’être moins diabolique que Trump est tout à fait compatible avec le fait d’être un ennemi implacable de la #working_class.

    L’administration Biden qui va s’installer ne mérite pas une once de crédit quant à ses intentions, et les progressistes n’ont pas à attendre qu’elle agisse avant de pivoter dans une posture d’opposition.

    Ce que je dis peut paraître exagéré. Le site de la campagne Biden-Harris promet la gratuité des frais de #scolarité des community colleges , la création d’une option publique de l’assurance-santé capable de rivaliser avec les assurances privées, et la capacité de se syndiquer facilement, ce qui développerait le nombre de membres des syndicats et leur pouvoir.

    Les gens de gauche ont pourtant de bonne raison de critiquer le caractère inadéquat de ces propositions. […] L’option publique de #santé proposée par Biden revient à créer un système de santé à deux vitesses qui n’aurait presque aucun des avantages de « Medicare for All » [l’assurance-santé universelle proposée par Bernie Sanders sur le modèle européen ou canadien – ndlr], et conserverait nombre des effets négatifs du statu quo.
    On peut faire la même critique de la gratuité des community colleges , tandis que les établissements universitaires fréquentés par les parents plus riches continueront d’être chers. On ne peut nier pourtant que ces réformes amélioreraient la vie de millions de travailleurs. Le problème est qu’il n’y pas de bonne raison pour prendre ces propositions au sérieux.

    Joe Biden est devenu sénateur du Delaware en janvier 1973. Il est resté à ce poste jusqu’à ce qu’il devienne vice-président de Barack Obama en janvier 2009. Il a conservé ce poste jusqu’à janvier 2017. Il est quasiment candidat à la présidence depuis lors. Autrement dit, nous avons 47 ans de preuves qui nous montrent qui est Biden, et quels intérêts il représente.

    Sur son site de campagne, on lit des mots très durs contre les ravages de l’incarcération de masse. On y lit que personne ne devrait être emprisonné parce qu’il est en possession de drogue, que le système carcéral devrait être centré sur la « rédemption et la réhabilitation » , et qu’il convient de réduire le nombre de prisonniers.

    Pourtant, tous ceux qui sont familiers, même de loin, de son activité au Sénat savent que Joe Biden a été pendant des décennies l’un des plus ardents défenseurs d’un système carcéral plus dur et plus punitif. Dans Rise of the Warrior Cop, un livre de Radley Balko sur l’histoire des mesures anti-crimes paru en 2013, le nom de Biden revient tout le temps. Il n’y a pas très longtemps, Biden s’en vantait encore...

    Le site du candidat propose un plan, emprunté à Elizabeth Warren [ancienne candidate social-démocrate à la primaire – ndlr], destiné à « soulager via les faillites personnelles les gens assaillis par les dettes ». Pourtant, le sénateur Biden a joué un rôle majeur quand il a fallu compliquer l’accès à ces dispositifs. Il fut un des principaux défenseurs d’une loi sur les faillites personnelles si dure que nombre de démocrates centristes s’y opposèrent.

    Il n’est pas difficile de multiplier les contradictions entre la carrière de Biden et ce que promet son site de campagne. Il en est d’ailleurs de même pour sa future vice-présidente Kamala Harris : malgré les affirmations trompeuses qui l’ont désignée parmi les membres du Sénat les plus progressistes, son bilan n’est pas plus fameux. Mais peut-être ne faut-il pas décourager ceux qui, comme Bernie Sanders, espèrent que Biden sera « le président le plus progressiste depuis Franklin Delano Roosevelt » .

    Il est techniquement possible que Biden ait vécu une expérience de conversion, une sorte de chemin de Damas, et qu’il se consacre désormais à s’opposer aux établissements de l’establishment qu’il a servis toute sa vie. Ce genre de chose arrive.

    Un des problèmes avec cette hypothèse est que Joe Biden a très récemment encore agi... comme Joe Biden. En juin 2019, il a promis devant un parterre de riches donateurs qu’il n’allait pas « “démoniser” les riches » , que les « conditions matérielles » de personne ne seraient diminuées sous sa présidence et qu’avec lui, « rien ne changerait fondamentalement ».

    Avait-il vécu son chemin de Damas lorsqu’en mars 2020, en plein début du chaos de la pandémie de Covid-19, il a dit à un journaliste qu’il s’opposerait en tant que président à une loi « #Medicare for All » si elle était votée par le Congrès ? Ces déclarations ne sont pas incompatibles avec les demi-mesures qu’il annonce sur son site en matière d’#éducation et santé, mais enfin, tout cela ne nous incite pas à dire que l’homme a changé…

    Il y a deux semaines, plusieurs médias ont rapporté que l’équipe de transition de Biden est en train d’éplucher les CV de plusieurs républicains à des positions importantes dans son administration, notamment Charlie Dent, un ancien élu au Congrès devenu lobbyiste, ou John Kasich, l’ancien gouverneur de l’Ohio. Lorsque Dent s’est enregistré comme lobbyiste après la période de carence légale due à ses anciennes activités de membre du Congrès, il a indiqué que ses clients étaient des entreprises pharmaceutiques et des assureurs de santé privés. En tant que gouverneur, Kasich était notoirement opposé aux syndicats.

    Biden, un caméléon ?

    Il y a une manière a priori plus réaliste de voir les choses : « Oui, bien sûr, Biden n’a pas changé. Il est resté l’opportuniste cynique qu’il a été durant toute sa carrière. Mais le vent a tourné. Il était sur la ligne dure contre le crime quand c’était populaire, il est désormais contre l’incarcération de masse parce que c’est cela qui est devenu populaire. Il était pour la ligne dure contre les faillites personnelles en 2005 quand la rhétorique de la responsabilité individuelle marchait bien, mais il a bougé sur sa gauche avec le reste de son parti. Il n’a pas de principes, et donc il suit le courant. Il va donc gouverner en progressiste. »

    C’est plus ou moins ce que la campagne Trump-Pence a dit depuis un an pour tenter d’effrayer les conservateurs des banlieues. L’idée était de dire que malgré sa longue carrière de centriste favorable au business, il s’est rapproché de Bernie et du Squad [le groupe des congresswomen les plus à gauche du Congrès, comme Alexandria Ocasio-Cortez – ndlr]. La plupart des gens de gauche lèvent les yeux au ciel lorsque Trump dit cela. Peut-être ne devrions-nous pas. Peut-être Biden gouvernera-t-il vraiment comme une sorte d’avatar de Sanders.

    Il y a au moins trois raisons de ne pas y croire. La première est qu’il est rationnel de soupçonner qu’un politicien qui a passé des décennies à agir d’une certaine façon n’est pas un simple caméléon parce qu’il déclare pendant une élection qu’il agira différemment. Il a des préférences en matière de politique publique, et ses préférences ont été reflétées par sa longue carrière publique.

    La deuxième est que l’affirmation selon laquelle le « parti démocrate » a bougé sur sa gauche est aller un peu vite en besogne. Certes, le mouvement de « Bernie », et la popularité de ses propositions politiques, est un développement excitant, mais les membres du Congrès proches des idées socialistes ne se comptent à ce stade que sur les doigts d’une main, alors qu’il y a des centaines d’élus au Congrès.

    La troisième, et la plus convaincante, est que nous n’avons pas à spéculer sur ce qu’un représentant de l’aile centriste du parti démocrate promettant des mesures de gauche pendant sa campagne fera une fois élu. Ce film, nous l’avons déjà vu . Lorsque ce que Biden appelle l’ « administration Obama/Biden » est arrivée au pouvoir, le programme d’Obama incluait déjà l’option publique en matière de santé et le « card check » [permettant de se syndiquer plus facilement – ndlr].

    Il a souvent été dit à la base du parti démocrate qu’Obama a tenté jusqu’au bout de mettre en place une option publique dans sa loi Affordable Care Act , mais qu’il ne lui fut pas possible d’obtenir les soixante voix nécessaires au Congrès. […] En fait, il a été établi que la possibilité d’inclure un « plan public » dans la loi a été écartée dès l’été 2009 lors de négociations avec les compagnies d’assurance et l’association des hôpitaux. Le « card check » , lui, a été abandonné sans bruit...

    Obama n’était-il pas sincère quand il affirmait soutenir ces réformes ? Peut-être. Peut-être pas. […] Il est même possible qu’Obama souhaitait sincèrement protéger les lanceurs d’alerte, lui qui répéta pendant sa campagne de 2008 qu’il fermerait Guantánamo. Mais de même que les mesures économiques auraient suscité une résistance farouche de la part des milieux financiers, des problèmes similaires auraient émergé s’il avait tenté de s’opposer à l’ establishment de la sécurité nationale sur ces sujets – et il n’y a pas de raison de penser qu’Obama ait souhaité engager ce combat.

    S’il avait été élu, même un président Sanders n’aurait pu venir à bout de la résistance du capital à son programme qu’à condition d’une mobilisation massive des mouvements de terrain. Or les chances du futur président Biden d’en appeler à un tel mouvement et de l’amener à la victoire sont moins que nulles.

    Nous savons comment le film s’est terminé la dernière fois. L’administration Obama/Biden a bombardé des mariages au Pakistan, traqué Edward Snowden dans le monde entier. Elle était en fonction lorsque les inégalités économiques aux États-Unis ont augmenté de façon continue. Elle s’est coordonnée avec les autorités locales pour réprimer « Occupy Wall Street », menant aussi une guerre silencieuse, mais efficace, contre les syndicats enseignants.

    Cette fois, peut-être le scénario sera-t-il différent. J’aimerais beaucoup avoir tort, et je passerai les quatre prochaines années à me battre contre les libéraux sur l’option publique de santé telle que proposée par Biden, à pousser pour une assurance-santé vraiment universelle. Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’y croire, et nous ne devons donc pas nous retenir d’attaquer la future administration au prétexte que Biden fait de son mieux, ou bien souhaite vraiment ce que nous souhaitons.

    Comme George W. Bush l’a presque dit un jour : « Si tu me joues un tour une fois, honte à toi. Si tu me joues un tour deux fois, honte à moi. »

    #USA #Joe_Biden

  • Moscou ne se presse pas pour féliciter Joe Biden, « le candidat le plus dangereux »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/11/08/moscou-ne-se-presse-pas-pour-feliciter-joe-biden-le-candidat-le-plus-dangere

    Les médias russes ont accordé une place importante aux accusations de fraude brandies par Donald Trump et au « chaos » américain.

    La propagande antirusse va remplacer la propagande antichinoise. Et Le Monde est comme d’habitude à la pointe pour épouser les marottes géopolitiques américaines.

    On notera que les faits imputés aux démocrates dans cette élection n’ont pas vraiment fait l’objet d’une quelconque couverture de masse de ce côté de l’Atlantique...

  • École et dispositif de signalement pour risque de « radicalisation » - !S @sociodeter on Thread Reader App
    https://threadreaderapp.com/thread/1325355200484438019.html

    Là où je suis d’accord avec LdC c’est qu’un point de tension majeur se situe dans la question "qui va traiter du « problème » ?". Gestion en interne par l’établissement ou externalisation d’abord au rectorat, puis à la #police et enfin à la #justice.
    Pour répondre à cette question, il faut bien sûr prendre en compte le contexte actuel (#islamophobie, injonction au signalement, délire sécuritaire) mais aussi les évolutions qui touchent directement l’#école depuis des années, notamment cette tendance à l’externalisat° justement.

    Ayant déjà pas mal parlé de l’effet du contexte hier, je vais surtout m’attarder sur ces fameuses évolutions dans le traitement des problèmes de vie scolaire (car c’est bien de ça dont on parle et de rien d’autre : de simples problèmes de #vie_scolaire).

    Unroll available on Thread Reader

    On commence par un extrait d’entretien avec un principal adjoint qui reconnaît que le traitement de certaines situations spécifiques a fortement évolué ces dernières années : opposition entre signalement et gestion en interne.

    #profs #enseignants #école_sécuritaire #école_démissionnaire

  • « On n’a jamais vu ça » : à la Cité universitaire, des étudiants étrangers sur le fil de la précarité

    Il y a un petit air d’Halloween en cette soirée de novembre dans la Cité internationale universitaire de Paris. La nuit et le froid sont tombés, les étudiants ont quitté les pelouses pour rejoindre les cocons des 40 résidences dispersées sur le site et des lumières illuminent les fenêtres des 7 000 étudiants qui y logent. D’autres s’éteignent, des ombres masquées quittent furtivement les maisons du Liban, de la Tunisie, du Brésil… Elles convergent par dizaines vers la cour d’honneur de la Maison internationale et bifurquent vers le relais social de la cité. Les Restos du cœur y assurent, chaque mercredi soir, une distribution de denrées de première nécessité. Privés de job, de #stage, sans #aide_familiale du fait de la #crise_sanitaire internationale, ils sont des centaines d’étudiants étrangers, très diplômés, à avoir recours à l’#aide_alimentaire pour se nourrir.

    Tendre la main pour prendre un #colis_alimentaire écorche l’âme de Danielle Monsef Abboud. « Je ne veux pas qu’on me voie comme une personne en détresse », s’inquiète l’étudiante. A 25 ans, la jeune Libanaise est venue en France, en 2019, afin de terminer un cycle d’ingénieure en agronomie à Agroparistech. Pour cette élève brillante, l’année 2020 s’annonçait sous les meilleurs auspices. « J’ai étudié et travaillé dur pour n’être jamais dans le besoin », confie-t-elle.

    A la sortie de l’école, une ingénieure agronome peut tabler sur un salaire annuel d’au moins 30 000 euros. En mars, une grande entreprise française de la gestion de l’eau lui a proposé un contrat. Elle a travaillé notamment pour une fondation qui vient en aide aux Restos du cœur. Puis, la crise sanitaire est arrivée et son contrat n’a pas été renouvelé . « En trois mois je me suis retrouvée de l’autre côté de la barrière », constate-t-elle, abasourdie.

    Explosion de la demande d’#aide_sociale

    Comme Danielle, ils sont des centaines d’étudiants étrangers à se retrouver en grande difficulté dans la seule Cité internationale. Depuis mars, 600 résidents qui n’étaient pas connus des services sociaux de la cité ont entamé des démarches pour obtenir un soutien, quatre fois plus qu’en temps normal. « Depuis la rentrée, la demande d’accompagnement social a bondi de 154 % par rapport à l’année dernière. On n’a jamais vu ça », s’alarme Laurence Marion, déléguée générale de la Cité. Le constat est similaire pour l’épicerie solidaire Agoraé Paris, qui, dans le même temps, a vu le nombre de demandes multiplié par trois.

    La dégringolade a commencé avec le premier #confinement. Amna Saidi, 29 ans, Tunisienne et ingénieure en génie civil, est arrivée à la Cité internationale en septembre 2019 pour une année en master spécialisé au Centre des hautes études de la construction. Sa formation est couplée à un stage en entreprise qui lui assure également les revenus nécessaires pour vivre. « Mais tous les chantiers ont été mis en attente », déplore-t-elle. Les petits boulots également se tarissent. Kira Novikova, 32 ans, en master 2 de traduction à Paris, a monté son entreprise d’événementiel et de traduction pour financer ses études. « Ça marchait bien, mais du jour au lendemain il n’y a plus eu de tourisme, de salons ni de revenus », raconte-t-elle. « Ils ont tout perdu », résume Daphné Aouizerate, assistante sociale à la Cité universitaire.

    Après avoir payé leur loyer, les transports et leur forfait de communication, « de nombreux étudiants étrangers ont un euro ou moins de reste à vivre par jour », affirme Bérengère Pontet, présidente de l’Association générale des étudiants de Paris

    Sans stage, ni job, les étudiants étrangers sont particulièrement fragilisés. Bien que le gouvernement ait abondé d’une dizaine de millions d’euros son fonds d’aides spécifiques, qui sert à répondre aux besoins d’urgence et qui se monte à 49 millions d’euros, « les prestations sociales des centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires de Paris (Crous) sont prioritairement distribuées aux étudiants français, européens ou réfugiés », rappelle Daphné Aouizerate. « Il existe des bourses pour les étrangers, mais l’accès est très restrictif », poursuit Laurence Marion. Quant aux charges des étudiants, elles demeurent. Tous doivent s’acquitter d’un loyer qui varie entre 495 et 580 euros, auquel il faut ajouter les transports, la télécommunication, les produits essentiels du quotidien.

    Boucler son budget est impossible pour la plupart d’entre eux. Bérengère Pontet, étudiante en orthophonie et présidente de l’Association générale des étudiants de Paris chargé des épiceries solidaires Agoaré, a pu calculer la #détresse de ses usagers. Pour permettre aux plus précaires l’accès aux denrées, il est calculé le « reste à vivre » de chaque étudiant, une fois les dépenses mensuelles soustraites aux revenus. « De nombreux étudiants étrangers qui viennent nous voir ont un euro ou moins de reste à vivre par jour. Ils sont en situation d’extrême précarité », constate-t-elle.

    De nombreux pays ont bloqué les #transferts_d'argent, empêchant les étudiants de recevoir de l’aide de leur famille… Dont certaines sont aussi en difficulté

    Aux difficultés que ces étudiants rencontrent en France s’ajoutent celles de leurs familles dans leur pays d’origine. « Beaucoup subissent une interruption ou une diminution du soutien financier familial », observe Laurence Marion. A Beyrouth, la famille de Danielle reconstruit sa maison soufflée par l’explosion du 4 août « et les banques libanaises ont bloqué nos avoirs », explique la jeune femme. Impossible de transférer de l’argent vers la France.

    Amna a souscrit un #prêt de 7 000 euros auprès d’une banque tunisienne pour financer son année d’études. Si elle doit bien rembourser son prêt, elle ne peut plus, elle non plus, bénéficier d’un transfert d’argent vers la France. Les frontières se ferment, laissant ceux qui sont partis démunis . « Ma #famille n’a pas les moyens de m’aider », est un leitmotiv de tous les étudiants étrangers en situation d’extrême précarité.

    Pour subvenir aux besoins les plus urgents, la Cité universitaire a mis en place un fonds d’aide exceptionnel. Ainsi, 189 résidents ont reçu en moyenne 120 euros, qui s’ajoutent, pour certains, à une aide financière du Crous et aux #aides_alimentaires, notamment de #Restos_du_cœur. Tous très diplômés, ces étudiants supportent mal l’image d’eux-mêmes que leur a façonnée la crise sanitaire. « L’image de la clocharde qui tend la main, il n’en est pas question pour moi », prévient Kira Novikova. A la rentrée, la jeune traductrice a pu, à la rentrée, obtenir un poste d’assistante, sous statut autoentrepreneur.

    Durant le confinement, Amna, l’ingénieure en génie civil, a trouvé un emploi de caissière dans une grande surface avant de décrocher un stage dans une société de transport. Cela pourrait lui permettre de terminer son année d’études. Quant à Oscar Fiallo, 22 ans, arrivé du Venezuela en septembre pour suivre un master de génie mécanique à l’école d’Arts et métiers, il fait la plonge, de nuit, dans un fast-food de la banlieue parisienne qui fait de la vente à emporter… et il étudie derrière son écran le jour.

    Pour tous demeure une inquiétude forte : que le nouveau confinement, comme le premier, les prive de leurs minces revenus, indispensables pour ne pas sombrer. « Le plus inquiétant, c’est l’absence de visibilité sur les contraintes qu’on leur impose, cette succession de mauvaises nouvelles sans avoir un point de sortie », alerte la déléguée générale de la Cité. Pour Kira, lasse, le reconfinement, c’est aussi ajouter de « la solitude » à la précarité.

    https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/11/08/on-n-a-jamais-vu-ca-a-la-cite-universitaire-des-etudiants-etrangers-sur-le-f

    #étudiants_étrangers #précarité #pauvreté #université #France

  • Une réforme discrète et hop ! la France est revenue à l’Ancien Régime
    https://reporterre.net/Une-reforme-discrete-et-hop-la-France-est-revenue-a-l-Ancien-Regime

    En 2009, il a été décidé de regrouper les services départementaux de ministères différents dans des directions communes (par exemple, la Direction départementale des territoires, DDT, regroupe à la fois des missions liées aux ministères des Transports, du Logement et de la Transition écologique). Les Directions départementales interministérielles ont donc été créées. Dépendant auparavant de plusieurs ministères à la fois, elles ont logiquement été placées sous l’autorité du Premier ministre, les préfets de département en assurant la coordination sous son autorité. Elles restaient en liaison avec leurs anciens ministères de tutelle, les ministères techniques (Écologie, Agriculture, etc.).

    La grande rupture instituée par ce décret du mois d’août, c’est qu’il évince le Premier ministre, et prévoit que, désormais, ces directions départementales seront rattachées au ministère de l’Intérieur. C’est-à-dire que tous les champs de compétences de ces directions, qui organisent la vie sociale (urbanisme, logement social, biodiversité, transition écologique, agriculture, éducation populaire, jeunesse et sport…), vont désormais être placés sous l’autorité du ministère de l’Intérieur et du préfet de département (dont la carrière dépend du ministère de l’Intérieur).

    Les significations politiques et administratives de ce changement de tutelle sont lourdes.

  • Qu’en est-il de la gestion économique de la pandémie et de ses conséquences ? David Cayla, dav_cayla on Thread Reader App
    https://threadreaderapp.com/thread/1325088711147741187.html

    En général quand une entreprise n’est plus solvable, elle finit assez vite par ne plus avoir accès à la monnaie une fois que sa trésorerie tombe à zéro, car aucun organisme de crédit ne souhaite prêter à une entreprise non viable.

    Mais avec le prêt garanti par l’État (PGE), et le chômage partiel, les entreprises n’ont plus du tout intérêt à faire faillite et peuvent facilement l’éviter.

    Le chômage partiel permet à toute entreprise de continuer de payer ses salariés. Avec le PGE elle repousse sa faillite.

    Quand une entreprise non viable économiquement parvient à poursuivre son activité et repousse indéfiniment sa faillite en recourant à l’emprunt on dit qu’il s’agit d’une « entreprise zombie ». Morte sur le plan économique, mais vivante sur le plan administratif.

    Le PGE s’est traduit par un phénomène relevé par la Banque de France.

    Entre février et juillet 2020, la trésorerie des sociétés non financières a augmenté de 170 milliards d’euros, et leur endettement s’est accru de 175 milliards.

    Autrement dit, le PGE a permis de maintenir de nombreuses entreprises en survie artificielle et donc de leur a permis de distribuer des salaires via le chômage partiel.

    Il y a donc non seulement des entreprises zombies, mais surtout des centaines de milliers d’emplois zombis.

    #entreprise #emplois_zombies

    • Les banquiers ont intérêt à distribuer des PGE. En cas de non remboursement, c’est l’État qui paie. Et tout PGE permet d’engranger des intérêts et une commission. Les conseillers bancaires sont incités à en refiler le plus possible pour toucher une prime de fin d’année.
      Voilà comment le système bancaire se met à prêter à tour de bras à des entreprises non solvable avec la bénédiction de l’État et la bénédiction des contribuable.

      Cette logique ne vous rappelle rien ? Mais si ! C’est le retour des subprimes !
      Avec une nuance, toutefois.

      Cette fois-ci le risque n’est pas assumé par les opérateurs des marchés financiers (qui seront ensuite sauvés par l’État), mais par l’État directement.
      Le PGE est en train de créer une énorme bulle de faillites à retardement. Car dès que ce dispositif sera arrêté, toutes les entreprises zombies vont soudainement se retrouver en cessation de paiement.

    • Une critique détaillée du thread de David Cayla, par fipaddict
      @fipaddict, Enseignant en économie et finances publiques.
      https://threadreaderapp.com/thread/1325434721476767747.html
      le Gouvernement aurait fait preuve d’un « déni économique » en « faisant le pari d’un « rapide retour à la normal » ?

      Comme l’indique le Haut Conseil des finances publiques, le Gouvernement a au contraire fait l’hypothèse que les ménages continueraient à épargner davantage, ce qu’il a d’ailleurs qualifié de « prudent ».
      Il suffisait pour le savoir de lire les documents du Gouvernement, dont on notera au passage qu’il tablait également sur un maintien d’un taux d’épargne supérieur au niveau d’avant-crise en 2021. (...)

      la prévision de croissance 2020 du Gouvernement avant le reconfinement avec celle des instituts de conjoncture et organisations internationales, elle était parmi les plus pessimistes !

      le "plan de relance" ?

      il est faux de dire que les baisses d’impôts [auxquelles fipaddict est hostile] pour les entreprises constituent l’essentiel du plan : elles en représentent 20 %, comme l’indique ce tableau.

      Les PGE

      Venons-en pour finir au dernier volet de la thèse, qui relève quasiment du complotisme. Plutôt que d’aider les entreprises, le Gouvernement aurait préféré leur faire des prêts avec la complicité du système bancaire, au risque de faire jaillir une armée de « zombies » surendettés.

      Quel est l’intérêt pour les banques ? Ce serait « d’engranger des intérêts et une commission » sans prendre aucun risque puisque « en cas de non remboursement, c’est l’État qui paie ».

      Problème : la garantie de l’État en cas de défaut de paiement de l’entreprise ne couvre que 70 à 90% des pertes. La banque n’a donc pas intérêt à prêter à des entreprises dont elle sait pertinemment qu’elles feront faillite.

  • En coulisses, l’État prépare le financement de six nouveaux réacteurs EPR
    https://reporterre.net/En-coulisses-l-Etat-prepare-le-financement-de-six-nouveaux-reacteurs-EPR


    Le gouvernement prévoit de subventionner à hauteur de 25,6 milliards la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires par EDF, selon un rapport rendu public par Reporterre. Une aide publique massive en raison de l’impasse financière dans laquelle se trouve l’électricien.
    #nucléaire

    • Carrément !
      J’ai des mails qui disparaissent dans des trous intergalactiques de l’internet ! Il suffit que j’inscrive un nom de domaine précis dans le corps du texte, même pas en destinataire ou envoyeur donc. Domaine qui n’est rien de plus qu’une librairie indépendante en ligne, que j’envoie ce mail avec le smtp de free et hop blocage total, impossible de franchir, mon mail est déclaré en spam. Je ne sais pas depuis combien de temps, qui quoi comment, les mails n’arrivent même pas à la boite mail pour y être reconsidérés, ils sont éliminés en cours de route, pof, disparus sans laisser de traces.
      Après avoir insisté de nombreuses fois hier auprès de free qui ne comprenait pas ce que j’écrivais, même en suivant leur protocole d’envoi d’un mail que je ne peux pas envoyer (oui, c’est marrant ça) (ça a été assez rapide en fait, mais depuis quand ça plantait, mystère) je confirme que je reçois aujourd’hui les mails provenant de la dite librairie. Preuve qu’il y a eu levée d’un blocage. L’enfer.

      Et donc ce ne sont plus les spams qui bousillent internet mais les algorithmes aux logiques marchandes à #IA bas du front qui filtre n’importe quoi n’importe comment avec des critères totalement opaques. Je viens de consacrer plusieurs heures à décrypter le pourquoi d’un blocage sans avoir aucune réponse sauf absurde, par soustractions, essais variés et divers j’isole un problème énorme car j’imagine que la solution actuelle n’est que temporaire et un stade supplémentaire de l’anéantissement de l’internet ouvert à tout·es.

      #stupidité_artificielle

  • Santé Publique France au 6/11 :
    398 décès en hôpital, pas encore les données d’EHPAD

    toujours sur la tendance stable depuis 2 mois : +6,3% / jour, doublement en 11,3 jours
    les hospitalisations à 28955 confirment l’inflexion, on se rapproche d’un plateau

    côté décès quotidiens, l’Insee repasse à une fréquence hebdomadaire, la statistique complète est à jour au 26 octobre. Sans surprise, la surmortalité commence à se voir au niveau national.

    en zoomant sur les mois de septembre et octobre

  • Covid-19 : cinquante-neuf personnes infectées en Irlande par le coronavirus après un vol intercontinental – Réalités Biomédicales
    https://www.lemonde.fr/blog/realitesbiomedicales/2020/11/06/covid-19-cinquante-neuf-personnes-infectees-en-irlande-par-le-coronavirus-ap

    L’histoire remonte à l’été dernier. Une flambée épidémique de Covid-19 est survenue dans les jours qui ont suivi l’arrivée en Irlande de passagers d’un vol international d’une durée de plus de sept heures. Douze passagers ont été contaminés par un passager infecté. Une fois contaminés, ces passagers ont transmis le virus à 46 personnes. Sur les 59 personnes infectées par le SARS-CoV-2, quatre personnes ont été hospitalisées dont une en réanimation. Les passagers de ce vol étaient en provenance de trois continents différents. Un premier groupe (groupe 1) de passagers avait passé douze heures dans un salon de transit durant une escale. Les passagers du deuxième groupe (groupe 2) s’étaient retrouvés dans une autre zone de transit. Enfin, deux autres groupes de passagers (groupes 3 et 4) avaient patienté moins de deux heures dans la zone de départ d’un aéroport*.
    Le vol aérien a duré 7 heures et demie. Le taux d’occupation de la cabine n’étant que de 17 %, certains passagers étaient distants les uns des autres. Sur les 283 sièges, seulement 49 étaient occupés. Il y avait douze membres d’équipage dans l’avion. L’article ne mentionne l’aéroport de départ de ce vol intercontinental. Au total, ce sont donc treize individus (8 + 4 + 1), passagers d’un même vol aérien intercontinental, qui ont été infectés. Ces treize personnes avaient un âge compris entre 1 et 65 ans. Douze d’entre eux étaient symptomatiques. Un patient infecté est resté asymptomatique. Neuf des treize passagers infectés portaient un masque durant le vol. Un enfant n’en portait pas. On ignore ce qu’il en était pour les trois autres passagers.Parmi les 46 personnes contaminées à partir de ces passagers, 34 ont présenté des symptômes. Le dernier cas de transmission associé à cette flambée épidémique est survenu dix-sept jours après le vol

    #Covid-19#migrant#migration#sante#volaerien#transmission#masque

    • Aucune information n’est fournie dans l’article des chercheurs irlandais sur le mode de ventilation de l’air dans la cabine de l’avion en question. Signalons que dans les avions récents, les cabines des passagers sont aérées avec 50 % d’air extérieur, le reste étant de l’air de cabine filtré et recyclé. Les avions, en particulier ceux de dernière génération, sont équipés de filtres « à haute efficacité pour les particules aériennes » (HEPA, high efficiency particulate-air), similaires à ceux utilisés dans les salles d’opération. Ces filtres HEPA, qui éliminent 99,97% des particules de l’air, sont destinés à purifier l’air recyclé.

      #filtres_HEPA

  • Forte mobilisation contre le projet de loi réprimant la diffusion d’images de violences policières
    https://www.bastamag.net/Mobilisation-massive-proposition-loi-Fauvergue-Securite-globale-repression

    L’article 24 de la proposition de loi « relative à la sécurité globale » sanctionne d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende la diffusion d’images relative aux pratiques policières. Face à cette mesure considérée comme « une atteinte inédite au droit d’informer », plus de 560 000 personnes ont d’ores et déjà signé une pétition. Le 17 novembre, l’Assemblée nationale doit étudier la proposition de loi dite de « Sécurité globale » (#PPLSecuriteGlobale). Ce texte, montagne de mesures liberticides, précise (...)

    #journalisme #police #législation #violence #surveillance #vidéo-surveillance #activisme

    • La France, pays de la déclaration des droits de l’homme, transformée en État policier par la macronie.

      C’est inacceptable.

      Compte-rendu de l’adoption de la loi #sécuritéglobale hier par la commission des lois de l’Assemblée nationale.

      Immersion dans les méthodes législatives propres aux États policiers.
      https://www.laquadrature.net/2020/11/06/securite-globale-la-police-fait-la-loi

      La loi « sécurité globale » a été adoptée hier en commission des lois de l’Assemblée nationale (relire notre première analyse de la loi). Un premier constat s’impose aux personnes qui ont suivi l’examen du texte : une ambiance singulière, lugubre et fuyante. Un silence de plomb rompu seulement par divers éclats de rires du groupe LREM, incongrus et parfaitement indécents compte tenu de la gravité du texte examiné. Certains diront qu’il faut écrire la loi d’une main tremblante. Alors tremblons...

    • Le RAID dans l’Assemblée

      Cette loi illustre la méthode législative propre aux États policiers : la police écrit elle-même les règles qui définissent ses pouvoirs.

      D’abord, littéralement, l’auteur principal du texte, Jean‑Michel Fauvergue (LREM), est l’ancien chef du RAID, de 2013 à 2017. Il est l’un des deux rapporteurs du texte. À travers lui et, depuis son pupitre en commission des lois, la police a pu imposer son autorité.

      Quand la députée Danièle Obono (LFI) s’inquiète pour nos libertés fondamentales, Fauvergue lui reproche de « déverser [son] fiel sur la société française » – car, comprenez-vous, critiquer la police, c’est critiquer « la France ». Voyant Obono insister, il lui intime même : « Allez prendre vos gouttes ! ». Sans doute voit-il le « débat parlementaire »a comme un champ de bataille où il est exclu de négocier avec l’ennemi, tout en se permettant de reprocher à Obono de « voir la société de façon binaire entre les « gentils » et les « méchants » ».

      Pensées interdites

      Cette négociation impossible s’est aussi traduite dans l’attitude de l’autre rapporteure du texte, Alice Thourot. Chaque fois qu’un amendement proposait de limiter ne serait-ce qu’un tant soit peu les nouveaux pouvoirs de la police, elle restait cloîtrée dans une unique et lancinante réponse, se résumant à : « Cette disposition a été demandée par la police, il faut l’adopter telle quelle ».

      Elle n’est sortie de ce mutisme intellectuel que pour demander aux députés d’arrêter d’envisager des hypothèses où la police abuserait de ses nouveaux pouvoirs, car de telles pensées seraient insultantes pour la police. Entre ces « crimepensées » et le slogan choisi par Thourot pour cette loi, « protéger ceux qui nous protègent », 1984 est à l’honneur.

    • https://linsoumission.fr/2020/11/06/exclusif-interdiction-de-filmer-les-policiers-entretien-avec-le-depute

      « Il s’agit bien de la banalisation d’une surveillance de masse aérienne dont la précision est chirurgicale. »

      La proposition de loi renforce le statut des agents de sécurité privée, le rapprochant petit à petit de celui d’un agent de l’Etat. Sous couvert de vouloir renforcer la protection de ces agents privés, les députés marcheurs pensent qu’on oublie que le secteurs de la sécurité est très attractif, au détriment de la police nationale et municipale notamment. La crise de vocation et de fidélisation des policiers et gendarmes passe aussi par une capacité du privé à capter les effectifs. En cherchant à aligner le statut et les protections le texte anticipe même la possibilité d’empiéter sur des périmètres directement publics. C’est ce qui est explicitement dit dans l’exposé des motifs, quand ils évoquent la participation aux évènements de la Coupe du monde de rugby 2023 et les Jeux olympiques 2024. Il faut bien avoir conscience que la participation à de tels événements de la sécurité privée, conduit à un partage d’information notamment sur l’anti-terrorisme, sur des contrôles d’identité aux abords des stades, des participations plus actives à des actions de police judiciaire, … De la coordination à la recherche d’efficacité, on oublie les missions remplies par l’État en terme de sécurité.

    • je me doute bien @colporteur que tu ne soutiens pas Le Monde ou la presse de régime des milliardaires. Mais comme tu es celui qui affiche, ici, le plus de liens vers le quotidien français « de référence » voire en caviardant des articles entier, saches que je n’ouvre jamais ce journal même en papier. Encore moins quand des fractions de la classe dominante s’opposent à des lois iniques. Surtout Le Monde qui a encensé macron lors de son sacre.

  • Crime d’État, Bernard Aspe | Terrestres
    https://www.terrestres.org/2020/11/06/crime-detat

    Les mesures prises par le gouvernement Macron ne suscitent pas l’unanimité. Le problème est que les critiques qui les visent semblent incompatibles entre elles. D’un côté, on constate avec effarement l’extraordinaire rétrécissement des libertés qui se produit au nom de la gestion de la crise. Se rassembler pour manifester, bien sûr, mais aussi prendre un café en ville, aller voir les amis ou même sortir de chez soi : autant de gestes désormais interdits (ou du moins soumis à l’approbation de la police), dont on n’aurait pu imaginer il y a tout juste huit mois qu’ils puissent l’être un jour dans nos « démocraties libérales ».

    De l’autre côté, on insiste sur l’échec de la gestion de la crise sanitaire en tant que telle. Le risque d’un effondrement de l’hôpital est notamment souligné par le personnel soignant depuis plusieurs semaines, et pourtant aucune mesure permettant de contrer efficacement l’épidémie n’a été prise à temps – car c’est en septembre, lorsque l’épidémie reprenait à bas bruit, qu’il aurait fallu réagir. Les hésitations, atermoiements et incohérences des gouvernants mettent donc en danger la vie de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

    Alors quelle est la position juste : s’agit-il de dire que le confinement est une mesure liberticide, que le port du masque devrait être laissé à la libre initiative de chacun et que l’attention dont chacun est capable pour ses proches et pour les autres doit suffire à éviter une catastrophe ? Ou bien au contraire faut-il dire que le confinement devrait être plus conséquent, qu’il faudrait stopper la majeure partie des activités sur les lieux de travail et dans les écoles, et prévoir plusieurs mois de consommation réduite au strict nécessaire ? Peut-être n’est-ce pas la bonne alternative. Du moins, peut-être que l’alternative, formulée ainsi, rate quelque chose d’essentiel.

    Il faut peut-être repartir de ce qu’indiquent les critiques formulées à l’encontre du gouvernement. On peut considérer que chacune a sa pertinence : non seulement il y a une incohérence manifeste dans les choix du gouvernement, mais ceux-ci ne peuvent se défendre ni du point de vue d’une stricte logique sanitaire, ni du point de vue des conséquences sur la vie sociale et politique. Que des points de vue critiques apparemment contradictoires puissent être également pertinents, cela veut dire deux choses : premièrement, qu’ils cernent bien les contradictions dans lesquelles s’empêtrent les dirigeants ; deuxièmement, à l’inverse : ce qui semblait contradictoire du côté des critiques peut en réalité se révéler tout à fait cohérent. Comment dégager cette cohérence ? Avec les mesures adoptées récemment par l’État français, la réponse à cette question a sans doute été clarifiée.

    #covid-19 #économie #travail #mise_au_travail

    • Cette obsession de la productivité du travail est notamment ce qui a conduit il y a quelques années Jean Castex, alors directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au ministère de la santé, à concevoir le plan hôpital 2007, par lequel la logique de la rentabilité s’est introduite dans les structures hospitalières. L’actuelle ministre de la culture, Roselyne Bachelot, a pour sa part travaillé à entériner cet état de choses avec la Loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, du 21 juillet 2009. Les principaux responsables directs de l’état de délabrement dans lequel sont plongés les hôpitaux, qui sont donc aussi les responsables de la catastrophe sanitaire en cours, se trouvent donc aujourd’hui à la tête du gouvernement.

      La bêtise et le cynisme d’un Macron, par ailleurs indubitables, ne suffisent pourtant pas à expliquer le geste de nommer ces personnes dans le nouveau gouvernement. Il faut voir dans cette nomination un geste politique. Un geste qui peut se traduire ainsi : « nous assumons pleinement la logique de rentabilité imposée dans les institutions de soin. Nous allons défendre cette logique quel qu’en soit le coût en termes politiques, et quel que soit le nombre de vies qu’il faudra sacrifiées ».

  • Le débat censuré
    Farhad Khosrokhavar > 5 novembre 2020
    https://orientxxi.info/magazine/le-debat-censure,4262

    Le 29 octobre 2020, j’ai été contacté par une journaliste de Politico qui m’a demandé de faire un article sur la laïcité et le débat autour d’elle en anglais. Le 30 octobre je le lui ai envoyé, dans la limite des mots qu’elle m’avait assignée. Le 31 octobre elle m’a signalé que l’article avait paru et m’a donné ses coordonnées sur la Toile.

    Quelques jours après, des amis m’ont signalé que l’article avait disparu. Peu après, Politico a mis un mot sur son site, sans me prévenir, disant que l’article ne satisfaisait pas à leurs standards et qu’on l’avait donc supprimé. Tout cela dans le mépris total pour l’auteur que l’on n’a pas du tout informé, le mettant ainsi devant un fait accompli d’une manière qui n’est autre qu’une censure pure et simple. J’ai contacté ladite journaliste, mais elle ne m’a pas répondu. Bref, silence de mort.

    Le 1er novembre, j’ai reçu le courriel d’un chercheur de l’université de Leyde, m’éclairant, dans un article critique, sur les raisons du retrait de mon article par Politico sous la pression des intellectuels français qui se réclament du droit à la libre expression au sujet du blasphème, notamment par des caricatures. Les mêmes, apparemment lorsqu’il faut interdire la parole aux autres, n’hésitent pas à intervenir, faisant ainsi du « deux poids deux mesures » un standard dans leur appréciation de la liberté. Quant à Politico, son directeur en a été le complice actif, puisque c’est lui qui a donné son feu vert, exerçant de la censure au mépris du droit de l’auteur que son magazine avait pourtant accepté de publier, sur sa propre demande d’article. Voilà la triste affaire, qui aurait pu se terminer autrement : les individus indignés auraient pu riposter en mettant en avant leur argument, mais ils ne l’ont pas fait. Et pour aller au bout de la bassesse, le site Politico vient de publier un article de Gabriel Attal,, porte-parole du gouvernement qui répond à mon article dépublié ! (...)

    #liberté_d'expression

    • Sacrées caricatures !
      Tom Theuns > 5 novembre 2020
      https://orientxxi.info/magazine/sacrees-caricatures,4264

      Samedi 31 octobre, Farhad Khosrokavar, professeur de sociologie à la retraite de la prestigieuse École des hautes études en sciences sociales de Paris (EHESS) a publié un article d’opinion dans Politico Europe intitulé « La dangereuse religion française de la laïcité ». L’article a immédiatement suscité une tempête, avec des journalistes connus comme Caroline Fourest, Bojan Pancevski, David Harsanyi, Noam Blum, Ian Dunt et même Florian Eder, de Politico Europe, qui ont exprimé leur horreur.

      Le lendemain, Stephen Brown, le rédacteur en chef, a retiré l’article, déclarant qu’il « ne répond pas à nos normes éditoriales ». Bien que, comme je vais le préciser, je ne sois pas d’accord avec l’article, j’ai du mal à imaginer quelles normes il a enfreintes.(...)

  • Loi sur la sécurité globale, un projet réactionnaire et liberticide - Paris-luttes.info
    https://paris-luttes.info/loi-sur-la-securite-globale-un-14451

    En plein contexte de reconfinement et de saturation des hôpitaux, et après la sidération suite aux attentats de Conflans et de Nice, le gouvernement et Darmanin sont essentiellement occupés... à réprimer les manifestations !
    Une proposition de loi sera examinée en catimini le 4 novembre 2020, à peine deux semaines après sa proposition, pour réprimer (toujours plus) les manifestant·e·s. et les personnes des quartiers populaires, alors que tout le monde a les yeux rivés sur autre chose (Covid, élection américaine, attentats...). Présentation de ce projet liberticide.

    Le porteur de cette scandaleuse initiative se nomme Jean-Michel Fauvergue. Bien qu’on puisse en douter, vu le contenu de cette proposition de loi, il n’est pas au RN mais bien à LREM. Attardons-nous une seconde sur le bonhomme.
    Ancien commissaire à la retraite, il a fait une bonne partie de sa carrière hors de la métropole. Chef du GIPN à Nouméa en Kanaky (Nouvelle-Calédonie), puis Directeur départemental de la sécurité publique en Guyane, nommé au Mali et au Gabon aux ambassades de France (chargé de la sécurité) il revient en France en 2007 pour traquer les sans-papiers en intégrant la Police aux Frontières.
    Il finit par diriger le RAID à partir de 2013. À ce titre il supervise l’assaut de l’appartement de Saint-Denis où s’étaient cachés des terroristes de l’attaque du Bataclan, avec un succès très mitigé. Les équipes du RAID ont tiré 1 576 cartouches (certaines sources parlent de plus de 5000 cartouches) contre trois terroristes qui n’avaient qu’un revolver, des grenades et une ceinture explosive. En réalité, le Raid s’est tiré dessus pendant plusieurs heures.
    Mais ce n’est pas vraiment ce que tente de raconter Jean-Michel Fauvergue dans plusieurs entretiens [1] où il évoque la présence de plusieurs kalachnikovs, et d’un tir nourri. De là à penser que Jean-Michel Fauvergue est un mytho...
    Après cela il soutient Macron dès le début, et parvient à se faire élire député en 2017 sous les couleurs de LREM. Autant dire que le porte-serviette de Darmanin est tout pro-flic et n’y connaît rien en maintien de l’ordre dans le cadre de manifestations.

    La proposition de loi est aussi portée par Alice Thourot, Christophe Castaner (tiens, tiens...), Olivier Becht, Yaël Braun‑Pivet, Pacôme Rupin.

    Maintenant que les présentations sont faites, passons à l’examen de ce projet de loi liberticide.

    #libertés_publiques #Loi_sur_la_sécurité_globale #fascisation

  • The Lost Ways of Programming: Commodore 64 BASIC, by Tomas Petricek
    http://tomasp.net/commodore64

    In this interactive article, we will build a breakout game using Commodore 64 #BASIC in the browser. This is a fun programming hack, but it has quite profound theoretical background. Let me explain.

    en attendant de relire “in the beginning was the command line” cc: @thibnton

  • Chez les chasseurs-cueilleurs, les femmes s’attaquaient aussi au gros gibier
    https://www.liberation.fr/planete/2020/11/05/chez-les-chasseurs-cueilleurs-les-femmes-s-attaquaient-aussi-au-gros-gibi

    Une nouvelle étude fait vaciller l’imaginaire collectif selon laquelle la femme n’était dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs qu’un être passif qui se consacrait surtout à la reproduction et la cueillette, quand l’homme actif et dominant s’occupait d’aller chasser. Une figure régulièrement invoquée par les masculinistes et autres adeptes des différences entre les sexes sur un ton plus ou moins blagueur. Cette étude, publiée jeudi dans la revue Science Advances, montre pourtant que dans ces sociétés des femmes ont participé à la chasse, y compris au gros gibier. « Cela nous montre que cette allégation (selon laquelle les chasseurs étaient principalement des hommes) était inexacte, au moins pour une partie de la préhistoire humaine », explique Randall Haas à l’AFP.

    https://advances.sciencemag.org/content/6/45/eabd0310

    #Préhistoire #Chasseuses-cueilleuses

  • « Le confinement allégé ne sera pas suffisant pour casser rapidement la courbe épidémique »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/05/william-dab-il-faut-des-maintenant-travailler-a-eviter-un-troisieme-confinem
    William Dab, médecin, épidémiologiste, professeur émérite au CNAM, a été directeur général de la santé de 2003 à 2005. Il analyse la stratégie de lutte contre l’épidémie de Covid-19. Propos recueillis par Pascale Santi.

    Les écoles, collèges et lycées ont rouvert lundi 2 novembre, qu’en pensez-vous ?

    La situation n’est pas simple. Le retour à l’école est une bonne décision du point de vue éducatif. Mais du strict point de vue de l’épidémie, il vaudrait mieux les fermer pour réduire la circulation virale. C’est un choix politique, un arbitrage entre l’impératif pédagogique et l’impératif sanitaire.

    Fermer les écoles, surtout durant le premier semestre, accentue les inégalités. Or, on sait que l’épidémie touche plus les populations les plus précaires. En ce moment, on ne cherche pas la bonne solution, on cherche la moins mauvaise.

    Quel est le rôle des enfants dans la circulation virale ?

    Les enfants semblent moins contaminés et moins contagieux. Les adolescents aussi, mais ils ont plus de contacts sociaux. A l’instar des jeunes adultes, ils sont le plus souvent asymptomatiques. Cependant, il faut être prudent avec les études disponibles. Elles ne sont pour la plupart pas françaises, et elles ont été réalisées au moment où la circulation virale était moins forte qu’aujourd’hui, et à des moments où des écoles pouvaient être fermées.

    Vous avez estimé que les enfants devraient porter un masque à la maison, pour quelles raisons ?

    Cette position a suscité beaucoup de réactions. La représentation dominante est qu’il n’y a pas de problème à la maison, où on a le sentiment d’être protégé. Ce n’est pas vrai. Ma position n’est pas le port du masque systématique à la maison. Ce qu’il faut, c’est inciter les familles à évaluer le risque. Actuellement, la circulation du virus est intense et il faut éviter d’être malade. Le temps médical et le temps soignant, déjà diminué, va se réduire tout au long du mois de novembre. Dans ce contexte, les enfants peuvent ramener le virus à la maison sans le savoir et contaminer leurs proches.

    Plusieurs éléments sont à prendre en compte. Vivre dans un grand appartement chacun ayant sa chambre ou à cinq dans 50 mètres carrés, ce n’est pas le même risque. De même, s’il y a dans la famille des gens à risque élevé de complications. Dans ce cas-là, les enfants et les adolescents doivent se considérer contagieux jusqu’à preuve du contraire. Quoi qu’il en soit, il faut être irréprochable sur l’hygiène des mains et veiller à une aération régulière. Il faut aussi réfléchir aux repas, être vigilant sur les ustensiles, les surfaces, etc.

    Le masque à la maison est-il acceptable ? C’est à chaque famille de décider, c’est un choix délicat entre le besoin affectif et le besoin sanitaire. Rappelons que les personnes fragiles ne sont pas que les personnes les plus âgées ; 40 % des personnes actuellement en réanimation ont moins de 65 ans et 90 % des personnes en réanimation ont des facteurs de risque, qui, outre l’âge, sont le surpoids, le diabète et les antécédents cardiovasculaires ou pulmonaires.

    Pensez-vous que ce confinement allégé sera suffisant ?

    Suffisant pour casser rapidement la courbe épidémique, non. Les mesures prises ne peuvent donner des effets que deux semaines après leur instauration. Je serais étonné que l’on parvienne fin novembre à 5 000 contaminations par jour, objectif fixé par le président Macron. Je l’espère, mais obtenir ce résultat alors que les écoles sont ouvertes semble une gageure. Je m’attends plutôt à ce que ce confinement dure jusqu’au mois de janvier.

    Au printemps, un confinement strict a démarré le 17 mars, l’épidémie n’a cessé de gagner du terrain jusqu’au 7 avril. Mais c’était différent, car nous n’avions ni masques, ni gel, ni tests et le taux de reproduction effectif du virus, le « R », était de 3, le nombre de personnes hospitalisées doublait tous les trois jours.

    Depuis la mi-août, nous avons une croissance exponentielle, avec un doublement des cas tous les quatorze jours. Au début du mois de septembre, 5 000 cas de contaminations étaient recensés chaque jour, ce qui a conduit à environ 100 000 contaminations quotidiennes aujourd’hui. C’est le grand piège d’un modèle exponentiel à latence longue, pendant longtemps on a l’impression que c’est maîtrisable et à un moment donné, lorsqu’on passe de 20 000 à 40 000 cas, on perd le contrôle de la pandémie, même avec un taux de reproduction « R » de l’ordre de 1,3 (c’est-à-dire que 10 personnes en contaminent en moyenne 13 autres).

    Qu’est-ce qui a failli ?

    Comme l’a dit le maréchal Foch, les défaites s’expliquent souvent par deux mots : trop tard. Au printemps, nous avons payé la faiblesse de notre préparation face aux pandémies. Les commissions d’enquête parlementaires sont en train d’investiguer cela. Cet automne, nous avions les tests, les masques et le gel hydroalcoolique. Mais nous n’aurions pas dû nous trouver dans cette situation si on avait agi résolument dès la fin août.

    Lors du déconfinement, en mai, les vannes n’ont pas été ouvertes d’un seul coup, mais progressivement. En revanche, fin août, alors que la circulation virale et le nombre de personnes infectées étaient repartis à la hausse, les écoles ont été ouvertes, puis les universités, et on a demandé aux salariés de revenir dans les entreprises, tout cela en même temps, sans stratégie sur l’utilisation des tests, sur l’isolement. Dès lors, le scénario actuel était écrit.

    Que fallait-il faire ?

    L’isolement est la pièce maîtresse de la lutte contre l’épidémie. Ce n’est pas nouveau. On le sait depuis Robert Koch et sa gestion d’une épidémie de fièvre typhoïde. Cela fait des mois que plusieurs instances le recommandent, mais le mot « isoler » a disparu du discours officiel.
    Il ne suffit pas de dire « restez chez vous ». Le dispositif des hôtels avait été évoqué mais n’a jamais fonctionné. Pour cela, il faut mettre en place un accompagnement sur le terrain, personne par personne. Il ne suffit pas non plus de faire 1 million de tests par semaine. Leur usage doit poursuivre un objectif prioritaire qui est de repérer les malades contagieux et de les isoler.

    On s’attendait le 15 septembre à ce que le premier ministre, Jean Castex, annonce des mesures de ralentissement de la circulation virale, mais il s’est contenté de recommandations. Encore une fois, c’est le problème d’un modèle exponentiel avec un temps de doublement des cas qui est long. Il faut prendre des décisions fortes alors qu’il y a encore peu de cas. Le conseil scientifique l’a dit, mais ce n’est pas facile politiquement.

    A-t-on manqué de pédagogie en France ?

    Oui, je le crois. Les gens ont un sentiment d’incohérence, on ne peut pas acheter des livres mais des cigarettes, pourquoi ? Par ailleurs, les incertitudes ne sont pas suffisamment expliquées : mutations, durée de l’immunité, etc.

    Dans ces situations, la confiance sociale est une question absolument clé. Pour l’obtenir, les décisions doivent s’appuyer sur une évaluation scientifique du risque, ce qui veut dire notamment connaître la contribution des différentes sources de contaminations, ce que l’on pourrait faire sur des échantillons, par des enquêtes téléphoniques et chez les personnes admises à l’hôpital. On nous dit que la plupart des contaminations sont dans le cercle familial. Je ne sais pas où sont les données à l’appui de cette affirmation.

    Les dégâts sociaux, économiques et sanitaires liés au confinement ne seront-ils pas supérieurs aux dégâts sanitaires du Covid-19 ?

    Oui c’est possible. J’ai évoqué cela dans vos colonnes dès le mois d’avril. C’est pour cela que la réactivité de la prévention est fondamentale. Si on agit vite et tôt, on limite l’impact sanitaire et l’impact économique. Plus généralement, la question qui se pose à nos sociétés est celle d’un arbitrage entre le court et le long terme. Pour sauver des vies maintenant, faut-il fragiliser les générations futures ? Si notre santé publique était efficace, on n’aurait pas à se poser cette question.

    Etes-vous pessimiste ?

    Par nature, je suis optimiste, mais à court terme, cela va être douloureux. L’optimisme serait que l’on se mette dès maintenant à préparer le déconfinement et de faire ce qu’il faut pour éviter un troisième confinement au printemps, ce qu’évoque le conseil scientifique. Ce serait socialement trop destructeur, on sent déjà le désarroi et la lassitude.

    #covid-19 #prévention #santé_publique

  • « UN VRAI SCANDALE... Dans le film sur De Gaulle lundi soir encore une fois les communistes sont dénigrés et seul De Gaulle est présenté comme le créateur de la Sécu et des différentes nationalisations. La révision historique de cette époque continue de plus belle, on sait aujourd’hui où nous mène cette désinformation de l’histoire !!! on le sait, la sécu n’était pas dans l’ADN de de Gaulle * , il quitte d’ailleurs le gouvernement en janvier 1946 avant même que la sécu soit créée et bâtie essentiellement par des militants de base CGT ( à partir du 22 mai). Rappelons que sans le rapport de force de 29 % des voix du PCF, des 5 millions d’adhérents à la CGT ainsi que du travail considérable de CROIZAT au ministère du travail, la sécu n’existerait pas. De Gaulle d’ailleurs sera le premier à casser la sécu. Dans le discours de Compiègne en 1948, il insiste pour « revenir au vieux système précédent des assurances sociales » inégalitaire, en 1958 il instaure le contrôle d’état préalable des budgets de sécu, fait nommer les directeurs de caisse qui ne sont plus élus et pire en 1967 avec les ordonnances Jeanneney supprime les élections et instaure le paritarisme qui fait basculer la gestion de la sécu du coté des patrons... suivrons dans son sillage 75 ans de casse sociale... »

    Michel Etievent, historien

    * c’est la force de la gauche, le poids de la résistance et des maquis qui ont pu imposer au sein du CNR l’exigence d’une securité sociale et de tous les grands conquis sociaux. De gaulle a du s’y plier. Rappelons que c’est Pierre Villon, communiste, qui a rédigé le texte final du programme du CNR comprenant l’exigence de la sécu.

    • 1945, dans Une enfance laïque et républicaine (Souvenirs, Manya, 1992), Maurice Rajsfus.

      L’envers du décor était moins brillant (...).
      Pas question de s’interroger sur la collaboration effective au gouvernement avec les socialistes de la SFIO et les chrétiens démocrates du MRP. Maurice Thorez était ministre d’État. Que demander de plus ?
      De temps à autre, un membre du bureau de section du PCF venait à nos réunions faire une causerie sur les perpectives économiques et sociales. Cela remettait de nous transmettre - avec commentaires à l’appui - les nouveaux slogans du Parti : « Produire c’est la forme la plus élevée du devoir de classe » énoncé par Thorez avait pour corollaire la dernière trouvaille de Jacques Duclos : « La grève c’et l’arme des trusts ! ». Le petit pâtissier rondouillard ajoutait dans les meetings, en roulant les « r » de son Bérn natal « ... apatrides ».

      [...]

      Le ministre communiste du travail, Ambroise Croizat, pouvait tout à loisir justifier les cadences infernales dans les usines et faire passer à la trappe certains acquis sociaux, durement obtenus en juin 1936 comme les 40 heures dans certains secteurs d’activité. L’hymne au travail avait remplacé la volonté de transformer tous les jeunes français en soldats prêts au sacrifice suprême.
      Tout cela n’avait rien d’exaltant pour ceux étaient chargés d’exécuter la consigne et nos rangs continuaient de s’éclaircir. (...)

      #staliniens #travail #productivisme #nationalisme #union-nationale