bituur esztreym

promeneur _ finno-magyar filolog _ perplex propaganda expert _ ποιειν _ ¨W;7[) _ copyleft _ achttp: v.n.a.t.r.c.? mimile= bituur(underscore)esztreym(arobase)no(tirait)log(point)org :: https://twitter.com/bituur_esztreym ·|_¬ image : Palézieux

  • quoi défaite longtemps  _

    soûlé de coups de lattes puis un grand quoi
    pendu haut à faisander cherra dans la cendre
    un grand quoi tu amuï déraillé
    rabot eut tant râpé qu’attaque le squelette
    quoi désossé cahin-cahote et sait
    sait maintenant et savait d’avant lassé
    par les claires-voies de la jongle des piques
    regardant se défaire brin par brin sans autre
    le lien les liens la relation huit fois liée
    garde défaite après ces ans dans le dur quoi
    le pourquoi insoluble de la défaite
    taillader dans les grands fonds de la page vierge
    les lèvres closes boudeuses pour longtemps
    les pas désalliés des tangentes orphelines


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • just jealous poets  _

    bum-dharming the vine of text florishing though the drought
    scrolling down the rocky slope of words stumbling and on
    “(I’m just jealous)” gosh ain’t possible poetry said that
    though data tells so meh tata data lies here lie
    brazing open data’s a clown the pityful one we bear
    inside the one ashamed we are be jealous at worst
    howto resist ourselves in worst moments con solitude
    the plain(t) is vast we’re given to roam up and down
    at moments leaning on ashes rug just dying we rest
    joker’s a friend foe y’inner yodatroll very i&i know
    by no means that night on the autobahn you would’ve made
    any difference by no blunder will anything actually change
    be left there just as since you were born no data can
    acknowledge nor process unknown unknowns by some
    the question is the joy “and love is a shortcut”


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • rechants fredonne Vāk  _

    passage du nord ouest fredonne Vāk se
    réjouit de la peu à peu montée des eaux
    le soleil l’accompagne à l’assaut des rivages
    les câbles sous-marins tôt muets flotteront
    la lenteur n’existera plus qu’en des recoins
    pélagiques tous échanges emballés
    dans un blue goo cruel plus efficace
    que la mousson il dirige ses troupes
    passage de l’agonie se gondole Vāk
    à l’écart depuis tout ce temps n’y a plus rien
    les rechants de la pluie ne cesseront plus
    les dieux ont plié les gaules les humains
    médusés vacillent talons doutant dans l’eau
    mémoire ôtée de tous leurs anciens milieux


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • indécise sur son sort  _

    sous la lumière rendue comme de phares
    fin de jour indécise sur son sort
    « corde lancée vers eux dans la pièce »
    tombée sans reprise aucune au fond du prisme
    le noir se sera fait trop bref et perpétué
    pour devenir visible plus que son goût amer
    gâtant toute lueur tentant une percée
    gâchera dents et pommettes et paupières
    corde sinue se lace exorbitante
    jouant aux quilles avec les perches tendues
    du fond lancée vers eux trop verte ou trop sèche
    obscursûrissante lumière leur lot
    dépareillé tentant d’éventrer le massif
    de fleurs de male mort fanées au fond du puits


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • là dans la mort dans le près  _

    elles sont là ce n’est pas que dans la mort
    qu’on expérimente la mort la monnaie de singe
    répandue sur le tapis de cendre elles sont là
    elles ont maintenant leurs égales brillent
    dans la poudre lointaine et la dorure crue
    des mots on est singes mouchetés de cendre
    on s’épouillessette lançant les monnaies en l’air
    sableux monnaie de singe dédorée
    abandonne le casier quitte l’endroit
    refais le chemin dans la poussière lance-toi
    lance-les sous le rouleau de la fumée
    l’alcool derrière les cendres de cravate
    ce n’est pas que dans la mort qui l’a fumé
    c’est dans le près le recreux doux contondant


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • en besoin par ses soins  _

    dans l’air en besoin jusqu’à l’étouffe par ses soins
    « j’aimerais parfois savoir qui tu es vraiment »
    mâcha l’une des deux ou trois sur terre à
    jamais l’avoir approché d’aussi près après
    remontée remonté par des voies différentes
    le tapis de cendres par ses soins étendu
    dispersant ce qui ne pourra plus être recouvré
    ni os en dessous ni ces miracles de fleurs
    ni jamais plus dans son jardin ni ailleurs
    petit déj absorbé lent café tout pareil
    voyage écran reprend oeillade au pan de bois
    plonge dans le silence des griffures lettres
    pas à pas noirs dans la blancheur du gris
    pense à toi chaque jour et te chéris tousjours

     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3

  • sables mouvements sans fond  _

    vois la beauté inacceptable de vivre
    j’étais là-bas-loin du monde et les couvreurs
    avaient œuvré certainement le ciel passait bleu
    deux heures après comme blanchi over the moor
    les toits se comptent entre eux ils sont tous là
    c’est tourné vers les pentes cardinales du jour
    un doré pâle se précipite ici ou là
    sur les lignes de hasard de la distance
    à finir nous connaître comme peu ce fut -t’ans
    exquis de ce parallèle au plus près parfois
    des signes qui nous habitent et possèdent
    ce dernier-ci dont le reflet nous déboute
    « Ton défaut même, ton vice, peuvent t’aider,
    s’ils sont tiens. » vois la fin, tu te tiens sur le seuil


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • aire et feuilles d’août  _

    nous sommes au bord du terrain les boules pleuvent
    tirées pointées Zappa flotte sur un tee-shirt
    un autre laisse claquer sur l’écarlate
    un masque plein de dents à trois yeux noir
    crâne cerclé d’un tzompantli ricanant
    les victuailles s’enlèvent la ronde des chopes
    du citron de-ci de-là parfume l’air
    un 0urs à deux têtes & six pattes côtoie Frank
    et le Totonaque une tache jaune défie
    les regards un instant les traits s’assouplissent
    un barbu les mains vides estime les distances
    sur une table à côté tombent des cartes
    deux acrobates à bonnet noir grimpent sur
    un tigre tout un monde est en paix sous les feuilles


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • plain-chant du sémaphore  _

    déposés le cadre et les graines au sémaphore
    miradouro sur le champ plein de la mer
    et malgré l’invisibilité d’un poteau
    nu sans le temps gris qui l’arrête au soleil
    voilà nous rapportons « ces intailles d’un art
    très humble » qui tient ensemble mémoire et présence
    voici ces vaisseaux semés sur le bleu
    points dispersés sur une trame flottante
    quitté le sémaphore défilent ensuite
    long des voies le retour du temps le retour
    des terres une heure passera avant
    tout autre partage il faudra retrouver
    le jaguar et les lares tirés de leurs siestes
    et soir venu entouré narrer comme se doit


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • ruine qu’extrêmes  _

    de l’oriol que mirer sinon la ruine
    les hirondelles nouvelles-nées tournent piquent
    virent éclaboussent de leurs cris les cours
    bientôt parties pour des milliers de bornes
    presqu’hors d’haleine les enfants les chiens rechignent
    et tirent sur leurs guides les villes s’enfoncent
    les courses de vélo tournent au jeu de quilles
    dans les ravins il n’y a plus de vies ou
    de sports qu’extrêmes les hommes se jettent
    dans les océans avant d’être submergés
    les monts boudent les plaines se rencognent
    sous la pression en excès les matamores
    s’époumonnent le jour et polluent leurs nuits
    de cartes d’australies tracées à la grenade


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • d’après disent-ils  _

    des carreaux brisés un dos nu croisé de noir
    la terre écorchée du terrain de boules
    en jachère le ciel immuno-déprimé
    de juillet pétales jaunes éteints derrière
    une grille gens enfermés dans le réseau
    de leurs aboiements revêches allant jusqu’
    à nier leur âme à leurs interlocuteurs
    se refusant à eux-mêmes toute issue
    milliards de mollusques mourant sous les cris
    de la bulle dôme de filtre assoiffante
    corps brisés remplissent le puits à ras bord
    criquets desséchés rongent la corde du seau
    jusqu’à la dernière goutte dans la fibre
    recluse c’est le monde d’après disent-ils


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • bulles allées venues  _

    le soleil de vingt heures réémerge des nuages
    au rythme intempestif des colonnes de bulles
    picorant la surface des limonades
    puis sa tâche accomplie s’endort sous un toit
    le bleu du ciel bientôt vide épouse le soir
    les verres bientôt vidés feront écho
    de pétillements silenciés les allées
    se videront et venues devenues rares
    la nuit le crépuscule le soir la tombée
    d’il n’y a plus de bulles ni de colonnes
    ni de rythme ni d’astre ni temps qui tienne
    place terrasse ne sont plus d’aucun véhicule
    auxiliaire intérieur on finit son verre
    sa goise son ciel on continue se faufiler


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • les graines  _

    du bleu plein s’assombrissant vers le coin
    nord-ouest du cadre se détachent les ivoires
    parfois vaporeusement cernés de blanc
    de dix-sept et sept graines séchées de courge
    immobiles choses légères saisies au vol
    étalées au grand hasard sur un torchon
    gravure de signe achéiropoiètes
    dé- & voilant les leçons du temps ou des astres
    offrant un eden en dormance au regard
    un petit pré carré dépeignant le repos
    chaque graine s’accointant à l’une ou l’autre
    de ses soeurs de hasard en ce récit sur fond bleu
    mélangé de céruléen et cobalt
    chaque heure du jour laissée empreinte sur la plage


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.
    [ anne-claire-schmit.com/img/oeuvres/lesgraines.JPG
    24 - 17 7 - 21 M. &T. G. d M. -\· coll. perso.]

  • depuis mars & Belmarsh  _

    peau html et myriade de regards
    cinq mille images rassemblées à Saint-NFTaire
    depuis mars les harmoniques déclenchées
    provoquent un acmé bizarre sans rapport
    décelable avec la gigue des volcans
    s’épanchant d’îles en failles tectoniques
    depuis Belmarsh sourdent les ondes agoniques
    d’une lutte amère bardée d’éclats de guerre
    de fausses nouvelles mensonges aux enchères
    la vallée bruit de manipulations sordides
    un drone a tué sans demander la permission
    « analyser la situation » semble une impasse
    poésie morte à l’imaginer s’attelle
    un mathématicien à dos de crocodile


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • par beaux monts et par vaux  _

    le vol d’un disque dur par beaux monts et par vaux
    au moulinistère de l’Intérieur
    offrit alors sur un plateau mais à qui donc
    toute une pelote de méta-données
    allégorie en marche d’un potentiel
    trafic d’influence d’éconocroques
    des décennies plus tard le chroniqueur
    volant malhabilement les accents de Joinville
    s’usera la couenne à démêler tout ça
    à grands renforts de variables de lissage
    brûlant de l’encens pour que ça tombe en marche
    en deux mil cent treize on le retrouvera
    tout desséché dans un maquis de fichiers
    mémoire virtuelle d’une époque navrante


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • dernières portées, / peut-être,  _

    insensée virtuosité pour son grand âge
    « sur les dernières portées, / peut-être, de sa vie : »
    elle rend hommage à sa chance honorant
    son art en repoussant les limites sans autre
    on l’étonnerait encore à lui dire
    l’épatement que procure l’écouter
    la consolation parfois enfin le sens
    de toute une vie à s’exercer donnée
    elle sait assez jusqu’aux moindres détails
    que nul ne monte jamais au ciel tout seul
    la voix de chacun se colore à son rythme
    et s’étoffe de tant d’aspects du concert
    qu’on ne distinguera enfin plus de la trame
    du monde que ce qui aura été don


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • marche jamais posé  _

    le peu d’hommes qui peupla jamais l’Atlantide
    aura marché plus que ne marcheront jamais
    tous les humains couvrant aujourd’hui la planète
    on ne marche plus de nos jours on dévale
    on se fige on roule on est déplacés on
    ne s’en remet jamais vraiment il aura
    suffi d’une fois on est sorti de ses pas
    et d’âge en âge ainsi il faut retourner
    de plus en plus loin delà dans le dehors
    retraverser les mots et les espaces
    sans illusion faire attention aux angles morts
    l’Atlantide par exemple n’a jamais
    existé Ithaque sait-on peut-être la
    joie d’Ulysse n’est que son pied au sol posé


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • s’abattra se couvre  _

    une voiture en bois brûle au coin de la rue
    des grappes de pantins passent à côté
    une chaleur écrasante s’abattra
    bientôt sur les arbres de la ville
    deux vieux rockers se racontent des souvenirs
    au bout d’une grande tablée où certains
    s’épuisent à coups de blagues débiles
    diane en livrée vert d’eau s’échappe vers l’est
    cartons litière imprimante chaises pliantes
    les champs de vision se rétrécissent
    le ciel se couvre et ne bouge plus il va
    bientôt se mettre en grève de la soif
    règnera l’affolement propitiatoire
    un type isolé cheminant lentement


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • fil vide ciels ancres  _

    doubler le fil du piqué des hirondelles
    se risquer en plein mitan du large vide
    en valdinguant de fenêtre en fenêtres
    un calme s’ouvre abruptement ancré
    c’est à le rejoindre on ne sait comme qu’il
    se parfait tant que peine et mort se répandent
    on découvre des charniers sans cesse
    d’une terre habitée à l’autre jusque
    dans les forêts au centre du continent
    même les migrateurs n’ont plus d’échappatoire
    autre que ces ciels vides où filent avides
    les prédateurs un fier lot d’entre eux
    s’écrasera sur les porte-conteneurs
    tournant à vide autour du globe et de leurs ancres


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • liens tissés ta préférence,
    requiem pour Marina Maestrutti  _


    ajuster quelques cadres dans un coffre et
    au soleil revenu attendre la suite
    des événements que Marina ne re-
    verra plus sa mort brutale nous navre
    de Paris à Codroipo l’air que nous res-
    pirons n’est plus le nôtre elle et tant des nôtres
    partis le diminuent nous étouffons peu
    à peu sous le soleil ou les sanglots de la pluie
    tant de liens tissés comment perdurent-ils
    dans le tissu du monde sous l’arc-en-ciel
    nocturne encerclant la lune quasi pleine
    sur fond de lutte à mort contre le ret des nuées
    « Impossible (..) d’en isoler une pièce sans
    que [tout] s’effiloche se défasse par tout »
    ce qui de plus précieux de plus fragile te donne
    « la forme qui aurait eu ta préférence »


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.
    in memoriam Marina Maestrutti : : 18 juin 1968 - 22 janvier 2021 : :
    : : bio : https://twitter.com/bituur_esztreym/status/1397461867904253952
    : : le dernier vers cf. : https://twitter.com/bituur_esztreym/status/1397519463524749323

  • la nappe d’échos d’aération  _

    « ces bruits dans les tuyaux à un rythme
    processionnaire dans la nappe rituelle
    propagent un tissement d’entrain relief
    la conversation se poursuit échos retiennent
    la cruelle brutalité des grèves de la faim
    des cous piétinés regard se fume d’échos
    slow and painful eth- écoute voir est-il
    dit à côté qu’on peut est-il bah spas dit
    les amers sonores que tu perçois bips furtifs
    n’indiquent si que rien d’inquiétante étrangeté
    como un grito cherchant frayer camino
    le bush intérieur déploie encore ses liens
    ses lianes ses tentacules ses pâtes chercheuses
    toujours de plus belle un peu d’aération »


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • de Francis Ponge

    lu dans Ponge, pâturages, prairies, de Philippe Jaccottet, éd. Le Bruit du temps, 2015 ; pp.17-18 :

    « Quant à la "vérité", toutefois, il me semble que Ponge était devenu, avec le temps, moins sûr de lui ; je pense, entre autres, à ces lignes de janvier 1964, après la mort de Braque et à son propos :

    L’esprit marche à je ne sais quelle allure, la Vérité beaucoup plus lentement.
    Je dois même dire qu’en ce qui me concerne, ELLE est de plus en plus longue à me rattraper.
    De façon générale, Elle ne me paraît pas chose à atteindre, mais à attendre.
    Tout ce que nous pouvons faire, plutôt que de nous lancer à sa poursuite, c’est tenter de ralentir notre esprit, qu’Elle nous rejoigne.
    Les notes que nous amassons, les mots que nous alignons sont à cet effet seulement.
    Qu’Elle parvienne un jour à notre hauteur, (comme on dit), et nous touche l’épaule, c’est la surprise, alors, qui nous cloue sur place ; nous La reconnaissons à sa figure inouïe.

    (Ce Ponge-là, le moins rodomont de tous, est le plus grand.) »

  • doigts bol soif  _

    tenir son bol avec trois doigts sur le bord
    pouce vers l’intérieur mémoire de quand ils
    buvaient en faisant une coupelle de
    leur main vivre dans les couches du monde é
    pais feuilleté voir se raffraîchir au son
    de strate en strate de la soif éprouvée
    trois doigts bol de café le pouce à l’intérieur
    Duralex au fond transparent vert pâle presque
    d’eau plus vif et puis gris blanc à l’intérieur
    pour l’instant noyé de noir dans les profonds
    du café fumerolles dans l’air motile
    une abeille charpentière se réveille
    fumant lentement regardant le hameau
    intérieur s’ébrouer se reprendre vie



     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.

  • danssur un casier d’imprimerie  _

    pièces d’une tête de déesse maya casquée
    empilées dans une case typographique
    qu’on ne discerne qu’à la mince lumière
    qui découpe son contour d’une soie claire
    le fond est obscurci par les nuits légendaires
    sur lesquelles veille la Ixchel et remâche
    le cours des choses en accumule la
    nouveauté insatiable les éclats de
    fer et vieil or de la tête en pièces
    ac clament à elles seules la lumière
    venue de drest blondir le bois et les ombres
    c’est la précision des lignes endormies
    dans le type des teintes se mêlant
    que signale d’icelle tête le profil


     c] bituur esztreym aka e-m gabalda, 2021, LAL1.3.
    (sur anne-claire-schmit.com/img/oeuvres/casierdimprimerie.JPG coll. perso)

  • 24 février 2021, mort cette nuit de Philippe Jaccottet.

    depuis tellement longtemps lu, lecture décisive je m’en serai rendu compte, remercié silencieusement, évoqué, le vaste unilivers découvert par lui ; dans l’article du Temps https://www.letemps.ch/culture/philippe-jaccottet-sen-alle-chemins-terre-mots touché aussi d’y lire le nom d’Anne Perrier).

    ici en hommage, tiré de dès les débuts de L’Effraie , premier lu :

    ᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞ▁▁▁▁▁▁

    Je sais maintenant que je ne possède rien,
    pas même ce bel or qui est feuilles pourries,
    encore moins ces jours volant d’hier à demain
    à grands coups d’ailes vers une heureuse patrie.

    Elle fut avec eux, l’émigrante fanée,
    la beauté faible, avec ses secrets décevants,
    vêtue de brume. On l’aura sans doute emmenée
    ailleurs, par ces forêts pluvieuses. Comme avant,

    je me retrouve au seuil d’un hiver irréel
    où chante le bouvreuil obstiné, seul appel
    qui ne cesse pas, comme le lierre. Mais qui peut dire

    quel est son sens ? Je vois ma santé se réduire,
    pareille au feu bref au-devant du brouillard
    qu’un vent glacial avive, efface... Il se fait tard.

    ᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞ▁▁▁▁▁▁

    ᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞPortovenere

    La mer est de nouveau obscure. Tu comprends,
    c’est la dernière nuit. Mais qui vais-je appelant ?
    Hors l’écho, je ne parle à personne, à personne
    Où s’écroulent les rocs, la mer est noire, et tonne
    dans sa cloche de pluie. Une chauve-souris
    cogne aux barreaux de l’air d’un vol comme surpris,
    tous ces jours sont perdus, déchirés par ses ailes
    noires, la majesté de ces eaux trop fidèles
    me laisse froid, puisque je ne parle toujours
    ni à toi, ni à rien. Qu’ils sombrent, ces « beaux jours » !
    Je pars, je continue à vieillir, peu m’importe,
    sur qui s’en va la mer saura claquer la porte.

    ᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞ▁▁▁▁▁▁

    et puis juste après lu, lu dans L’Ignorant ,
    La patience, La voix,

    et ce poème
    ..

    ᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞL’inattendu

    Je ne fais pas grand-chose contre le démon :
    je travaille, et levant les yeux parfois de mon
    travail, je vois la lune avant qu’il fasse clair.

    Que reste-t-il ainsi qui brille d’un hiver ?
    A la plus petite heure du matin je sors,
    la neige emplit l’espace jusqu’aux plus fins bords,
    l’herbe s’incline devant ce muet salut,
    là se révèle ce que nul n’espérait plus.

    ᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞᅞPhilippe Jaccottet