• Révélations : Qwant, boulet d’État
    Par Marc Endeweld | Le Média | 18 mai 2020
    https://www.lemediatv.fr/articles/2020/revelations-qwant-boulet-detat-z-DwVYPzQymrJjlldr8t4g

    Emmanuel Macron et la Caisse des dépôts continuent de soutenir le moteur de recherche prétendument français, censé concurrencer Google, alors qu’il fonctionne grâce à l’américain Microsoft et qu’il est mis en cause dans un rapport de la direction interministérielle du numérique. Subvention de plus de 20 millions d’euros, obligation de l’installer dans chaque administration, actionnaires sulfureux et ramifications troubles… Enquête au cœur de la start-up nation.

  • Hydroxychloroquine drug touted by Trump linked to increased risk of death, study says - The Washington Post
    https://www.washingtonpost.com/health/2020/05/22/hydroxychloroquine-coronavirus-study

    A study of 96,000 hospitalized coronavirus patients on six continents found that those who received an antimalarial drug promoted by President Trump as a “game changer” in the fight against the virus had a significantly higher risk of death compared with those who did not.

    People treated with hydroxychloroquine, or the closely related drug chloroquine, were also more likely to develop a type of irregular heart rhythm, or arrhythmia, that can lead to sudden cardiac death, it concluded.

    The study, published Friday in the medical journal the Lancet, is the largest analysis to date of the risks and benefits of treating covid-19 patients with antimalarial drugs. It is based on a retrospective analysis of medical records, not a controlled study in which patients are divided randomly into treatment groups — a method considered the gold standard of medicine. But the sheer size of the study was convincing to some scientists.

    “It’s one thing not to have benefit, but this shows distinct harm,” said Eric Topol, a cardiologist and director of the Scripps Research Translational Institute. “If there was ever hope for this drug, this is the death of it.”

    Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis - The Lancet
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31180-6/fulltext

    96 032 patients (mean age 53·8 years, 46·3% women) with COVID-19 were hospitalised during the study period and met the inclusion criteria. Of these, 14 888 patients were in the treatment groups (1868 received chloroquine, 3783 received chloroquine with a macrolide, 3016 received hydroxychloroquine, and 6221 received hydroxychloroquine with a macrolide) and 81 144 patients were in the control group. 10 698 (11·1%) patients died in hospital. After controlling for multiple confounding factors (age, sex, race or ethnicity, body-mass index, underlying cardiovascular disease and its risk factors, diabetes, underlying lung disease, smoking, immunosuppressed condition, and baseline disease severity), when compared with mortality in the control group (9·3%), hydroxychloroquine (18·0%; hazard ratio 1·335, 95% CI 1·223–1·457), hydroxychloroquine with a macrolide (23·8%; 1·447, 1·368–1·531), chloroquine (16·4%; 1·365, 1·218–1·531), and chloroquine with a macrolide (22·2%; 1·368, 1·273–1·469) were each independently associated with an increased risk of in-hospital mortality. Compared with the control group (0·3%), hydroxychloroquine (6·1%; 2·369, 1·935–2·900), hydroxychloroquine with a macrolide (8·1%; 5·106, 4·106–5·983), chloroquine (4·3%; 3·561, 2·760–4·596), and chloroquine with a macrolide (6·5%; 4·011, 3·344–4·812) were independently associated with an increased risk of de-novo ventricular arrhythmia during hospitalisation.

    #fin_de_partie

    • Medicus (@MedicusFR) sur Touiteur :

      https://threadreaderapp.com/thread/1263837955107565570.html

      L’étude observationnelle du Lancet est une mine d’or.
      J’ai beaucoup de choses à dire dessus. Le thread va être un peu long.
      Mais tout d’abord : IL FAUT ARRETER TOUS LES ESSAIS AVEC L’HYDROXYCHLOROQUINE.
      Il devient clair que ce traitement tue + de gens !

      https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31180-6/fulltext

      Je ne vais pas être le seul à le demander. Il n’est pas éthique de continuer un traitement qui augmente à ce point la mortalité et qui en plus n’a AUCUNE efficacité.
      Les autorités de santé doivent faire arrêter la majorité des essais avec ce produit.

      https://twitter.com/GaetanBurgio/status/1263820515891752960

      Tout d’abord sur la méthodologie. 96 000 patients. Les données viennent des registre de plusieurs centaines d’hôpitaux sur 6 continents. On a une étude en vie réelle.
      C’est une mine d’or pour la recherche.
      Publié dans le Lancet. Qui est un journal avec un haut facteur d’impact.

      C’est autre chose que les articles d’essai sauvage publié sur dropbox ou l’étude de Perrone retiré par les autres auteurs tellement ils avaient honte d’apparaître sur un tel torchon.

      L’étude donne beaucoup d’informations.
      Je ne pourrais pas tout expliquer. Mais je vais faire un résumé des points intéressants. D’autres comptes comme @FZores @SagittariusHH ou @Damkyan_Omega feront aussi des analyses je l’espère. Suivez les.

      Le critère principal de cette étude était de vérifier le taux de mortalité des patients prenant de l’HCQ seul ou avec l’AZTH. Et de vérifier l’impact sur les troubles du rythme cardiaque.

      L’étude va également permettre de donner plusieurs signaux d’intérêt. On ne peut pas conclure sur ces signaux mais ils devraient guider les prochains essais cliniques sur médicament.
      Essais qui ont été embolisés par la mystification hydroxychloroquine.

      On va donc parler du critère principal.
      L’hydroxychloroquine seul ou associé augmente la mortalité des patients covid19. Et pas qu’un peu.

      En données plus visuelles, on voit que l’hydroxychloroquine augmente nettement et significativement la mortalité. Et c’est encore pire en l’associant à un macrolide.
      Bravo la #FranceBasedMedicine.

      Le visuel montre également qu’une maladie cardiaque est un facteur de risque de surmortalité. Donc avoir donné un médicament ayant une toxicité cardiaque aux patients Covid19 ne vaudra pas le prix Nobel à EssaiClinix. Plutot le prix Darwin.

      Ca ne fera jamais que 2 mois que les scientifiques de ma TL alerte sur ce risque.
      La prochaine étape sera d’obtenir une étude pour connaitre la surmortalité chez les 10 000 patients ayant pris ce traitement en France.
      @ansm @ordre_medecins devront expliquer leur inaction

      L’étude montre également un augmentation significative du risque de troubles du rythme cardiaque avec ce médicament.
      Les centres de @Reseau_CRPV ont eu le même signal.
      @ansm ferme les yeux sur EssaiClinix depuis 2 mois, alors que @Reseau_CRPV tire la sonnette d’alarme.

      Il y a 2 mois, la première étude aurait du valoir un licenciement immédiat et un démantèlement de l’IHU de Marseille. Au lieu de cela, @EmmanuelMacron a été félicité EssaiClinix pour ses violations de protocole.

      https://twitter.com/MedicusFR/status/1241714810183655427

      Ne pas avoir réagi immédiatement en faisant respecter la Loi Jardé a pour conséquence une surmortalité.
      La crise Covid19 montre que la France se complait à tolérer les essais sauvages.
      La sécurité des patients n’est pas assuré par @ansm et @ordre_medecins

      Passons aux signaux d’intérêt.
      L’étude montre que les anticholestérols (les statines) et certains antihypertenseurs auraient un effet protecteur en stabilisant la fonction cardiaque.
      Ca fait 1 mois qu’on parle de ce signal avec @FZores @EricBillyFR et @Damkyan_Omega.

      Malheureusement cet axe de recherche est complètement noyé par la mystification chloroquine. Il n’y aura donc pas eu d’essais cliniques sur ces axes alors que les signaux sont d’intérêt.
      Parfait exemple que la chloroquine nous a fait perdre du temps et des ressources.

      Cette étude confirme aussi l’intérêt de développer des intelligences artificielles pour passer au crible en temps réel les données des hôpitaux afin de dégager le plus rapidement possible des signaux et axes de recherche.
      Cette étude, intéressante, arrive tard.

      Sur la base de ces résultats, il y a des questions que les cardiologues et les médecins vont devoir se poser :
      – Intérêt de remplacer les antihypertenseurs par des IEC (autre hypertenseurs) durant l’épidémie chez les patients prenant ces traitements.
      – Intérêt de mettre les patients à risque (notamment selon l’âge) sous statines en prévention primaire.
      – Intérêt d’utiliser une association statines-IEC chez les patients admis à l’hôpital
      Attention : ce sont des pistes de réflexion. Il faut des essais cliniques pour confirmer

      Enfin, compte tenu de la porte d’entrée du virus, la question d’utiliser les IEC en prévention doit aussi être analysé. Une poignée d’étude est en cours.
      https://twitter.com/MedicusFR/status/1256698468699078661

      Bilan ? La méthode scientifique est l’outil le plus performant pour nous protéger et éviter de prendre de mauvaises décisions.
      Court-circuiter la méthode est le plus sûr moyen de compter des morts.

      Epilogue (je vous l’ai dit, l’étude est dense).
      Vous vous souvenez aussi peut être de ces Pr de Médecine en France expliquant que la cigarette protégeait contre covid19. Cette annonce a créé une ruée sur les patchs Nicotine.
      L’étude montre que les fumeurs sont en surmortalité.

    • Eric Topol sur Touiteur :
      https://twitter.com/EricTopol/status/1263811764287725574

      Just published @TheLancet
      The largest study of hydroxychloroquine shows a significant increase in death (~35%) and >2-fold increase of serious heart arrhythmias. ~96,000 patients, ~15,000 on HCQ or CQ from 671 hospitals, 6 continents.
      https://marlin-prod.literatumonline.com/pb-assets/Lancet/pdfs/S0140673620311806.pdf

      It’s no longer that hydroxychloroquine has no sign of efficacy—it is associated with an increase in mortality.
      This is not a randomized trial but larger than all the preceding 10 studies and 3 randomized trials in aggregate.
      Chloroquine was even worse for risk than HCQ.

      The significant increase in deaths among HCQ of CQ treated patients cannot be directly attributed to the 2-5 fold increase in ventricular tachycardia (a malignant arrhythmia) but that must be playing a role.

      Extensive coverage of the results @washingtonpost
      https://washingtonpost.com/health/2020/05/22/hydroxychloroquine-coronavirus-study… by
      @arianaeunjung and @lauriemcginley2

      HCQ failed efficacy in the spectrum of mild to severe #COVID19, but now the higher mortality & VT in hospitalized patients (where arrhythmias get Dx’d and treated) raises 2 questions:
      1. Is it ethical to proceed with ongoing RCTs?
      2. How can the drug be given to outpatients?

      Just 2 footnotes
      1. This report is >6X the N of Rx’d patients cumulatively reported on cf prior studies (includes 3=RCTs)
      2. The addition of a macrolide antibiotic (1 of which was azithromycin) added substantially to risk of ventricular tachycardia: HCQ 2.3X-> H+M 5.1X risk

    • Eric Feigl-Ding sur touiteur (je ne mets que les paragraphes les plus intéressants, il y a évidemment beaucoup de redites avec les threads précédents) :
      https://twitter.com/DrEricDing/status/1263814135818719236

      11) For those given hydroxychloroquine, there was 34% increase in risk of mortality & 137% increased risk of serious heart arrhythmias. For those receiving hydroxychloroquine +antibiotic — there was 45% increased risk of death & 411% increased risk of serious heart arrhythmias.

      12) “Those given chloroquine had a 37% increased risk of death and a 256% increased risk of serious heart arrhythmias. For those taking chloroquine and an antibiotic, there was a 37% increased risk of death and a 301% increased risk of serious heart arrhythmias.”

      13) Clarification of “increased risk” nomenclature: hazard ratio of 5.0 denotes “inc risk by 5x” (drug user risk = 5*non user risk), or can also be described as a “400% increased risk of outcome”. In 1st post, I used the 5x language, which is same as 400% inc risk of X language.

      […]

      19) BOTTOMLINE: this study demonstrating CQ & HCQ increasing risk of death is an epic body of work representing amazing collaboration of 671 hospitals. Though not trial, it’s hospital registry data that is quite strong longitudinal design.

      ⇨ Do NOT take HCQ or CQ at this time!

    • quelques calculs de coin de table :
      • un IMC augmenté de 5, c’est comme être noir par rapport à être blanc : +35% de risque
      • 20 ans de plus, c’est un peu moins qu’être fumeur actif : +22% (+27%)
      • 40 ans de plus, c’être être hispano-américain par rapport à être blanc : +48% de risque
      • le plus gros effet qualitatif (en dehors d’âge et IMC qui sont quantitatifs continus) et de loin ! : être sous IEC (inhibiteur de l’enzyme de conversion, médicament contre l’hypertension), ça rajeunit de 57 ans…, ou ça fait perdre 9,3 points d’IMC…

  • Coronavirus : ce que les grandes épidémies disent de notre manière d’habiter le monde
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/21/ce-que-les-grandes-epidemies-disent-de-notre-maniere-d-habiter-le-monde_6040

    C’est une carte animée de la Chine qui donne le vertige. On y voit d’immenses flux de petits points verts se déplacer en étoile autour des métropoles : fondés sur les données de géolocalisation des téléphones portables, ces mouvements enregistrés pendant le Nouvel An chinois retracent les centaines de millions de voyages qui ont permis au coronavirus de conquérir la Chine depuis la ville de Wuhan. Au milieu du nuage de points verts, figurent nombre de petits points rouges – ce sont, précise le New York Times, les personnes infectées par le SARS-CoV-2.
    Le graphique suivant n’est guère plus rassurant : cette fois, les dizaines de milliers de points se dirigent vers Tokyo, Manille, Milan, Dubaï, Athènes, Buenos Aires, Islamabad, Los Angeles, Moscou, Singapour et Hongkong. En ce mois de janvier 2020, le New York Times recense 900 trajets par mois vers New York, 2 000 vers Sydney, 15 000 vers Banghok. Lorsque les vols au départ de Wuhan sont suspendus, fin janvier, il est déjà trop tard : les liaisons aériennes qui quadrillent le monde ont permis au virus de s’implanter sur tous les continents. « Dès la fin janvier, l’épidémie est présente dans plus de 30 villes et 26 pays », précise le quotidien.
    Pour l’immunologue Norbert Gualde, professeur à l’université de Bordeaux, ces graphiques illustrent à merveille le mécanisme des épidémies. « Ce n’est pas le virus, c’est l’homme qui fait l’épidémie, rappelle-t-il. Le virus est sédentaire : il n’a aucun moyen de locomotion. Pour se déplacer, il lui faut passer de corps en corps. C’est ce qu’exprime l’étymologie du mot épidémie : le terme est emprunté au latin médical “epidemia”, lui-même issu de la racine grecque “epidemos” – “epi”, qui circule, “demos”, dans le peuple. »

    #Covid-19#migrant#migration#santé#épidémie#circulations#santé#transports

    • La carte du New York Times aurait sans doute stupéfié les médecins qui, de la Renaissance au XIXe siècle, invoquaient au contraire la toute-puissance du « genius loci » (génie des lieux). « Ils croyaient fermement que l’apparition épidémique de certaines maladies était la conséquence des influences telluriques et cosmiques sur une région déterminée » , souligne l’historien de la médecine Mirko Drazen Grmek (1924-2000), en 1963, dans Les Annales. A l’époque, nul ne redoutait les épidémies mondiales : l’heure était au contraire à la recherche des « conditions géographiques et astrales » qui engendraient, dans chaque lieu, des maladies singulières.

      Cette tradition de la « topographie médicale » atteint son apogée au XVIIIe siècle avant de décliner à la fin du siècle suivant. Les découvertes de Louis Pasteur (1822-1895) et de Robert Koch (1843-1910) sur les micro-organismes pathogènes et leur contagion donnent le coup de grâce à une discipline qui souffre, selon Mirko Drazen Grmek, de son « caractère trop général » et de ses « synthèses précipitées » . Dès la fin du XIXe siècle, l’hygiéniste américain John Shaw Billings (1838-1913) n’hésite d’ailleurs pas à moquer ses confrères : il compare leur simplisme et leur naïveté à celle de chimistes qui voudraient analyser la composition d’un rat en le mettant tout entier dans un vase d’expérience.

      « Un passager clandestin planétaire »

      Le Covid-19 montre en effet que si les maladies contagieuses apparaissent plus aisément sous certains cieux, elles restent rarement prisonnières des « topographies médicales » imaginées aux XVIIe et XVIIIe siècles. Comme ses prédécesseurs, le SARS-CoV-2 s’est promené dans le vaste monde au gré des voyages des hommes : il est monté avec eux dans les trains, a emprunté des vols long-courriers, a séjourné dans des bateaux de croisière, a pris des autobus de banlieue. Le coronavirus est un « passager clandestin planétaire » qui suit pas à pas nos déplacements, résume le géographe Michel Lussault : comme toutes les épidémies, il raconte les allées et venues des hommes.

      Née en Chine, la « peste noire » met ainsi plus d’une quinzaine d’années, au Moyen Age, pour atteindre l’Europe. Apparu au début des années 1330, le mal emprunte, au rythme des déplacements humains, les routes commerciales entre l’Asie et l’Europe jusqu’à Caffa, un comptoir génois de Crimée où se joue le « futur drame de l’Occident » , notent Stéphane Barry et Nobert Gualde dans La Peste noire dans l’Occident chrétien et musulman (Ausonius, 2007). En 1345-1346, un chef militaire qui assiège la ville jette par-dessus l’enceinte des cadavres pestiférés. « Si certains historiens s’interrogent sur la véracité de cet événement, il est certain qu’une terrible épidémie éclate parmi la population. » En 1346, plusieurs navires partis de Caffa répandent alors la peste dans toute l’Europe.

      Le mal se propage au fil des mois sur les côtes de la mer Noire, en Grèce, en Crète, à Chypre, avant de débarquer, le 1er novembre 1347, dans le port de Marseille. Il emprunte ensuite les voies commerciales terrestres et fluviales : la peste franchit les Alpes, frappe la Suisse et progresse vers l’Allemagne et les Pays-Bas. En Europe du Nord, elle traverse à nouveau la mer pour se répandre en Angleterre, puis, en 1349, en Irlande et en Ecosse. En 1350, elle atteint la Scandinavie, puis tout l’espace hanséatique, avant de toucher Moscou en 1352.

      Routes commerciales et conflits militaires

      Si les épidémies empruntent volontiers les routes commerciales tracées par les hommes, elles savent aussi tirer habilement parti des conflits militaires. Lors de la guerre de 1870-1871, les troupes françaises et prussiennes disséminent ainsi la variole sur l’ensemble du territoire. « Pendant l’année 1869 et le commencement de 1870, les épidémies demeurèrent locales ou ne se propagèrent, par voisinage, qu’à de très courtes distances , constate, en 1873, Paul-Emile Chauffard, rapporteur de l’Académie de médecine. Mais lorsque la guerre amena ce grand mouvement de population qui suivit nos premiers désastres, l’épidémie reprit de toutes parts une nouvelle intensité. »

      Pendant le conflit, les soldats du Second Empire contaminent en effet les populations civiles. « Ils promènent la variole partout avec eux et les populations fuyant le flot envahisseur l’entraînent avec elles dans des retraites où elle n’avait pas encore sévi » , poursuit Paul-Emile Chauffard. Une fois faits prisonniers, les militaires français exportent le virus dans les pays frontaliers. « A mesure des batailles perdues, ils sont envoyés dans des camps en Prusse , raconte, en 2011, l’historien des sciences Gérard Jorland dans la revue Les Tribunes de la santé. La population civile allemande, par le biais de ses interactions avec les prisonniers, est contaminée. »

      Les réfugiés de Sedan propagent l’épidémie en Belgique, où elle fait plus de 33 000 morts en 1870-1872. Les volontaires italiens qui ont combattu en Côte-d’Or l’implantent à Naples, Milan, Turin et Gênes en rentrant chez eux. Les Français qui fuient les combats emportent le virus en Angleterre, où il provoque plus de 40 000 morts en 1871-1872. De ces pays, l’épidémie se répand en Irlande, en Ecosse, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Autriche et en Russie avant de conquérir les Etats-Unis, le Japon, le Chili, Hawaï, l’Australie, Bornéo, Ceylan et l’Inde. Dans la seule Europe, l’épidémie fait 500 000 morts.

      Une cinquantaine d’années plus tard, au début du XXe siècle, c’est une nouvelle fois la guerre qui précipite la diffusion planétaire de la grippe espagnole. « L’épidémie, qui est repérée au Kansas au début du printemps 1918, franchit l’Atlantique grâce au premier conflit mondial, explique le géographe Freddy Vinet. La progression du virus suit les mouvements de troupes : au printemps 1918, les soldats américains envoyés sur le front diffusent le virus dans toute l’Europe, et à l’automne 1918, les militaires engagés sur le sol européen retournent chez eux en disséminant cette fois le virus dans les territoires coloniaux et les pays alliés. »

      Une guerre éclair

      Dans La Grande Grippe-1918, la pire épidémie du siècle (Vendémiaire, 2018), Freddy Vinet reconstitue en détail l’itinéraire de cette épidémie qui a fait plus de victimes que la première guerre mondiale. « Pour un virus se transmettant par voie respiratoire, les déplacements de troupes à l’échelle du globe sont une aubaine , explique-t-il. En 1918, plus de vingt pays sont en guerre, auxquels s’ajoutent les empires coloniaux – la quasi-totalité de l’Afrique, les Indes britanniques, les Indes Orientales néerlandaises (Indonésie), la Caraïbe… Les seuls recoins de la planète épargnés par le virus le doivent à leur isolement ou à des quarantaines strictes. »

      Comme le bacille de la peste ou le virus de la grippe espagnole, le SARS-CoV-2 a envahi la planète en se glissant discrètement dans les bagages des hommes. Mais il l’a fait à une tout autre allure : la peste médiévale avait mis près de vingt ans pour passer des terres mongoles au port de Marseille, et le virus de la grippe espagnole, une année pour se répandre sur toute la Terre. Le coronavirus a, lui, mené une guerre éclair : apparu au mois de décembre en Chine, il a franchi les frontières et les océans à une vitesse foudroyante. Le 8 mars, plus de 100 pays avaient déjà signalé des cas de Covid-19.

      Que nous disent ces épidémies de la géographie du monde ? En quoi témoignent-elles de notre manière d’habiter la planète ? La « peste noire » médiévale racontait la vitalité des routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, et la grippe espagnole, l’ampleur des transports de troupes pendant la première guerre mondiale. Pour le géographe Michel Lussault, le SARS-CoV-2 est le signe que notre monde est devenu un « buissonnement d’interdépendances géographiques » : le moindre événement local se diffuse désormais sans délai à l’ensemble de la planète à la manière du battement d’ailes du papillon évoqué en 1972 par le météorologue Edward Lorenz.

      Le coronavirus remet frontalement en question nos modes de vie
      Pour l’économiste Laurent Davezies, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, le coronavirus remet frontalement en question nos modes de vie. « Tout ce que nous considérions il y a encore quelques mois comme vertueux est devenu vicieux. La mondialisation a fait reculer la pauvreté comme jamais dans l’histoire de l’humanité mais elle a précipité l’extension de l’épidémie. La densité urbaine des métropoles a boosté l’innovation technologique mais elle a favorisé les contaminations. Le SARS-CoV-2 nous montre que la concentration et la mobilité qui régissent désormais la planète peuvent engendrer de graves périls. »

      Si les hommes se sont toujours déplacés, le monde contemporain est en effet caractérisé par une explosion mobilitaire sans précédent. « Tout bouge, sans cesse : objets, marchandises, matières, données, informations, humains, animaux, et tout emprunte des voies innombrables – terrestres, maritimes, aériennes, satellitaires, filaires, constatent Michel Lussault et Cynthia Ghorra-Gobin, en 2015, dans la revue Tous urbains (PUF). Tout est sans cesse en contact avec tout et cela témoigne de la vigoureuse montée en puissance des pratiques mais aussi des imaginaires et des cultures de la connectivité. »

      Les déplacements à l’intérieur des frontières ont beaucoup augmenté : un Français parcourt en moyenne près de 15 000 kilomètres par an contre moins de 10 000 en 1980. Le nombre de voyages à l’étranger a, lui aussi, explosé : en 2018, près de 1,5 milliard d’individus ont, au cours de l’année, franchi une frontière pour effectuer, loin de leur domicile, un séjour de moins d’un an, ce qui représente une progression de 50 % en une décennie. La tendance à franchir toujours plus les frontières n’est ni une mode ni une anomalie, résume François Héran, professeur au Collège de France : c’est une « lame de fond » .

      Les marchandises, elles aussi, ne cessent de se déplacer

      Pour Laurent Davezies, cette mobilité représente une « transformation radicale ». « Pendant des siècles, les Français avaient été assignés à résidence dans un territoire. Mais aujourd’hui, tout a changé : selon le sociologue Jean Viard, le travail, entre la naissance et la mort, ne représente plus que 12 % à 13 % de notre vie. L’immense plage de temps libéré par ce recul des contraintes professionnelles est consacrée à des activités qui supposent des déplacements – faire des études à l’étranger, visiter une ville pendant les vacances, partir en week-end, effectuer des visites familiales pendant la retraite. »

      Les marchandises, elles aussi, ne cessent de se déplacer. Dans un livre publié en 1996, Mondialisation, villes et territoires (PUF), l’économiste Pierre Veltz décrivait les rouages de l’ « économie d’archipel » composée par le réseau planétaire des grandes régions urbaines. « Ces métropoles concentrent l’essentiel des flux de toute nature, et notamment ceux d’une production industrielle de plus en plus éclatée, explique-t-il. Pour fabriquer une brosse à dents électrique, les piles viennent de Tokyo, l’assemblage est fait à Shenzhen et les tests aux Philippines. L’acier vient de Suède et le plastique d’Autriche. Au total, les composants parcourent plus de 30 000 kilomètres par air, par mer ou par route, avant de servir le marché californien. »

      Dans cette nébuleuse hyperconnectée qu’est devenu le monde, les villes jouent un rôle capital. L’urbanisation de la planète est, selon Michel Lussault, une mutation comparable à celle du néolithique ou de la Révolution industrielle : aujourd’hui, plus de 4 milliards de personnes vivent en ville – et toutes ces zones urbaines sont reliées. « Loin de se réduire à un centre historique et à un quartier d’affaires, la métropole contemporaine doit plutôt s’appréhender comme un entrelacs de réseaux qui mettent quotidiennement en relation des lieux de formes, de tailles et de fonctions très diverses » , analysent le géographe Eric Charmes et le politiste Max Rousseau dans un article publié sur le site de la Vie des idées.

      Cette révolution ne s’est pas contentée d’engendrer des « world-cities » comme New York, Londres ou Tokyo : elle a également fait disparaître les frontières qui séparaient les villes des campagnes. « Aujourd’hui, en France, le monde rural est habité par des gens qui sont en relation permanente avec le monde urbain, souligne Laurent Davezies. La moitié des actifs qui vivent à la campagne travaillent en ville et tous fréquentent des circuits de consommation situés dans des territoires urbanisés. Les va-et-vient sont permanents – au point que certains géographes ont renoncé à utiliser les termes rural et urbain : ils parlent simplement d’une variation de la densité. Il n’y a pas de changement radical de mode de vie entre ces deux mondes. »

      Le bouleversement des pratiques sociales

      Selon le géographe et urbaniste Jacques Lévy, cette culture mondiale de la mobilité a provoqué un véritable changement d’échelle du monde. « A l’époque de la peste médiévale, les villageois se déplaçaient dans un réseau, comme nous, mais à l’échelle de la marche ou du cheval, explique le professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. La modernité a inventé un espace d’échelle mondiale à partir des espaces préexistants d’échelle inférieure. Certaines civilisations anciennes avaient imaginé sans y croire qu’un jour, elles pourraient se pencher au-dessus d’une corniche pour regarder l’ensemble du monde. Nous y sommes. »

      Le plus étrange, poursuit Jacques Lévy, c’est que cette stupéfiante mutation s’est accomplie en l’absence de révolution des transports. « Les voitures et surtout les avions ne vont pas tellement plus vite que dans les années 1950, constate-t-il. L’explosion des mobilités n’est donc pas liée au changement de la vitesse nominale des transports mais au bouleversement des pratiques sociales. A l’époque préfordiste, la mobilité était pendulaire – elle se résumait aux trajets domicile-travail. Avec le fordisme, s’y sont ajoutés des voyages liés aux vacances et aux loisirs. Aujourd’hui, le trajet domicile-travail ne représente plus que 20 % des déplacements. »

      Pour illustrer ce changement d’échelle, Jacques Lévy, Ogier Maître et Thibault Romany ont imaginé en 2016, dans la revue Réseaux , une nouvelle manière de cartographier le monde. A la métrique euclidienne classique – la distance kilométrique entre deux points –, ils ont substitué, pour 35 villes de plus de dix millions d’habitants, une « métrique de réseau » fondée sur le temps de transport entre les mégapoles. Cette carte ne cherche pas à représenter la topographie physique : elle s’efforce de dessiner les nouvelles lignes de force de l’espace mondial, faites de « réseaux et plus particulièrement de rhizomes » .

      Le concept de rhizome

      Inventé en 1980, par Gilles Deleuze et Félix Guattari, le concept de rhizome désigne des réseaux aux frontières floues dont les éléments s’influencent en permanence les uns les autres. Depuis la fin du XXe siècle, les « rhizomes ouverts de l’individu, urbain et mondialisé, contemporain » ont remplacé les « petits pays enclavés du paysan » , conclut l’article. « Notre carte fait apparaître des ensembles que les transports ont rapprochés, même s’ils restent éloignés en kilomètres , ajoute Jacques Lévy. Cette trame du monde qui met en exergue les lieux forts et les liens rapides correspond parfaitement à la géographie de l’épidémie : le coronavirus colle à la planète interconnectée. »

      C’est en effet en parcourant ces rhizomes que le coronavirus a conquis le monde à la vitesse de l’éclair. Il ne s’est pas contenté d’emprunter les avions, les bateaux ou les trains : il a prospéré dans les espaces publics interconnectés du monde contemporain que sont les gares, les stades de foot ou les galeries marchandes, ces lieux de sociabilité intense où les hommes se frôlent avant de se connecter à un autre pôle, un autre réseau, une autre ramification. « A l’échelle mondiale, l’infrastructure spatiale de cette épidémie, ce sont les hubs – les hubs stricto sensu que sont les aéroports, mais aussi les centralités plus spécialisées que sont, par exemple, les centres commerciaux » , résume Jacques Lévy.

      Avec la pandémie de Covid-19, la planète urbanisée et hyperconnectée de ce début de XXIe siècle s’est révélée extrêmement vulnérable : pour un virus aussi contagieux que le SARS-CoV-2, les flux, les rhizomes, les plates-formes, les liens et les réseaux constituent un véritable paradis. La lutte contre le coronavirus a donc imposé aux habitants de la planète un revirement radical : il a fallu immobiliser brutalement un monde qui vénérait depuis des décennies le principe de la mobilité. Reprendra-t-il, une fois que la pandémie sera vaincue, sa folle course – au risque de voir renaître de nouvelles épidémies ? Nul ne le sait encore.

      #villes #métropole #mobilité #voyage #transport_aérien #peste_noire #variole #grippe_espagnole

  • Les mauvais genres : trans et féministes | Un podcast à soi
    https://www.arteradio.com/son/61663807/les_mauvais_genres_trans_et_feministes_25

    Il y a quelques mois éclatait au sein du mouvement féministe un conflit lancé par certaines militantes qui remettaient en question la place des femmes trans dans les milieux féministes. Cet épisode de « Un podcast à soi » aborde cette question et tente de comprendre ce qui se joue dans ces prises de position. Mais plutôt que d’insister sur les divisions, il interroge avant tout les alliances possibles, en donnant la parole à des personnes trans et féministes. Durée : 1h13. Source : Arte Radio

    https://download.www.arte.tv/permanent/arteradio/sites/default/files/sons/16upaslesmauvaisgenres_hq_fr.mp3

    • Émouvants témoignages, vraiment, qui montrent d’importantes difficultés de leur vie et des choix à faire.

      Au delà des témoignages, on ne peut s’en tenir là puisque le docu indique clairement parler d’un point de vue politique. Donc on peut alors le commenter d’un point de vue politique (et non pas juste « c’est du témoignage et on n’a rien à dire là dessus »).

      Les deux témoignages concernent une femme trans, Héloise, et un homme trans (ou pas, cf le détail), Dal.

      Moi j’ai trouvé que dans les deux cas, ces témoignages montraient que leur choix de changer de genre était entièrement social, et à peu près uniquement dû à la société patriarcale, homophobe et viriliste.

      Clairement Héloise a eu une enfance très dure avec des exemples de mâles paroxystiques (encore pire que ce qui est déjà pas cool dans la norme), et son choix de changer n’est pas tant pour « devenir une femme » que pour échapper à la masculinité toxique. Elle le dit aussi bien pour ce qui est du comportement, que pour l’opération physique : ce sexe qui lui rappelait tant tout ce qu’elle détestait. Et pourtant au niveau du discours, de la théorisation, ça parle de « devenir ce qu’on est », vraiment comme de l’essentialisation, ce que je ne trouve pas super, mais surtout qui est à priori faux et en contradiction avec toute l’explication de sa vie, de son parcours. Sans même parler d’un autre monde, d’une utopie non-patriarcale, si déjà juste elle était née dans une famille entièrement aimante (pas que les femmes), sans aucun exemple de masculinité toxique, sans violence, il n’est pas dit du tout qu’elle aurait eu envie de changer de genre.

      Quant a Dal, ille aime (aimait ?) son corps, ses seins, aussi bien pour soi-même que dans la sexualité. Et il a fait le choix d’aller jusqu’au bout pour le passing, pour au final ne pas être une lesbienne butch car socialement c’était plus difficile que d’être reconnu comme mec (mais du coup ça en devient socialement difficile dans le milieu lesbien, qui ne l’accepte pas partout comme mec trans… :/ ). Là encore, sans homophobie, ou tout du moins avec une forte baisse d’homophobie, pas sûr du tout qu’il y ait eu ce besoin de changement de genre, et donc là encore c’est pas « devenir qui on est », elle (car je parle à l’époque femme) aurait apparemment très bien pu rester lesbienne butch d’après ce qui est raconté.

      J’en ressors avec une impression encore plus que tout ça est social, et que dans le même temps, il y a toute une frange qui théorise un discours essentialiste ou qui s’en rapproche, même quand leurs propres parcours de vie démontrent le contraire.

      Le fait est qu’on vit pas dans une société utopique, et que ces personnes là on dû changer de genre pour être mieux dans leur vie, et c’est très bien si elles ont pu réussir et qu’elles vont mieux ! Mais qu’on ne vienne pas enrober ça avec des arguments essentialistes, et comme quoi c’est logique voire limite « naturel » (huhu) car c’est « ce qu’elles sont ».

  • Les « malades à la maison » du Covid-19, entre oubli et euphémisation | Caroline Hodak, AOC media
    https://aoc.media/opinion/2020/05/19/les-malades-a-la-maison-du-covid-19-entre-oubli-et-euphemisation

    Les chiffres des morts et des personnes hospitalisées pour Covid-19 sont scrutés quotidiennement. Après s’être inquiété de leur hausse, voilà qu’on se réjouit de leur baisse. Mais qu’en est-il de celles et ceux qui ont été malades à la maison ? En ne traitant que des morts et des malades hospitalisés, les discours se cristallisent sur la partie émergée de l’iceberg, et empêchent de remettre au cœur du dispositif de politique publique et sanitaire la connaissance médicale et le suivi des patients.

    En sciences sociales, particulièrement en sociologie et en ethnographie, mais aussi chez les historiens, dire d’où l’on parle, ou mieux, l’auto-analyse, éclaire un parcours et la réflexion de l’auteur. Dans ce prologue, il me semblait important de raconter d’où j’écris. Ni médecin, ni épidémiologiste, j’ai vécu le Covid-19 et ses conséquences socio-économiques comme tous les citoyens. Et puis, je l’ai vécu à l’épreuve des faits, au rythme des malades non testés, au fil de l’eau de ce qui s’est présenté à moi et des réalités médicales hors de l’hôpital. M’apercevant qu’en fait le sujet de la maladie, « les sujets » que sont les malades non testés, les #pasgrave, « les malades à la maison » n’étaient jamais évoqués alors qu’il s’agit de centaines de milliers de personnes.

    Comment ça commença…

    À l’origine, j’ai fait partie d’au moins un cluster parisien infecté par le Covid-19 avant le confinement. Le 16 mars au soir, j’ai eu la confirmation via un WhatsApp collectif de ce cluster que mes maux de tête, courbatures, nausées et immense fatigue étaient vraisemblablement la version bénigne de ce que d’autres au sein de ce groupe vivaient en bien plus grave. J’ai en tout cas conclu : « C’est bon je l’ai eu ». Et pour moi, l’histoire était terminée. Je n’ai pas associé, deux jours plus tard, d’importantes inflammations à un pied rougi et douloureux à l’épisode précédent. J’imaginais une allergie à des chaussettes et que cela passerait.

    Ce n’est qu’un mois après que les pièces du puzzle se sont enchevêtrées. Le 9 avril, le SAMU m’emmène aux urgences (non Covid) pour douleurs thoraciques et tension différentielle suspectant un AVC. Je sors quelques heures plus tard avec pour diagnostic une crise d’angoisse, bien que je ne fusse pas angoissée. Mais bon, pourquoi pas. La semaine suivante, je suis de plus en plus fatiguée et, alors que j’en parle à des amis en évoquant les urgences du 9 avril et « ce truc bizarre au pied dorénavant violet », je comprends que ce que j’avais pris pour une allergie étaient des engelures et que « le violet » était en fait un acrosyndrome (modification de la peau suite à un problème vasculaire). Pas très en forme, je rappelle le SAMU qui, comme je ne tousse pas et n’ai pas de fièvre, me conseille de me reposer. À peine 24h plus tard, le 19 avril, je ne tiens plus debout, je claque des dents, je suis livide, les douleurs thoraciques, qui n’avaient pas tout à fait disparu, sont à nouveau vives et profondes. Le SAMU envoie la Croix Rouge qui, « embêtée par ses observations », appelle le SAMU en renfort. Huit personnes chez moi. Suspicion d’embolie pulmonaire. Je repars aux urgences. Je sors le soir même.

    Bilan à l’hôpital (en non Covid) : « Si vous étiez soignante, on vous testerait, mais vous ne l’êtes pas, donc on n’a pas le droit ». Diagnostic au regard de l’examen clinique et de mes symptômes : « Vous avez été vraisemblablement primo-infectée du Covid-19 mi-mars et vous avez fait une réaction immunitaire vasculaire inflammatoire marquée par vos engelures. Vous faites manifestement un rebond inflammatoire. Il n’y a pas de pronostic vital pour nous aux urgences. A priori vous n’êtes plus contagieuse depuis longtemps. En revanche, il faut dorénavant poursuivre les explorations en ville car les signes peuvent révéler une pathologie qui ne relève pas de ce que nous traitons ici ». Je rentre.

    Carnet de Bal

    Commence alors le parcours en ville. Généraliste. Cardiologue. Phlébologue. Service vasculaire à l’hôpital. Acrosyndrome et micro caillots. Anti-coagulants, puis avec la disparition des symptômes (douleurs thoraciques, maux de tête, vertige), fluidifiant. Reste la sensation de faim qui a disparu et l’épuisement. Les fourmillements et engourdissements de la jambe disparaissent progressivement. En tout, en comptant le SAMU et les 2 passages aux urgences : 5 ECG, 1 HolterECG, 2 échographies du cœur, 2 dopplers, 1 capillaroscopie, 1 angioscanner, 7 prises de sang. L’examen micro-neurologique était gardé en suspens si les symptômes de la jambe restaient ou augmentaient. Le test d’effort jugé inutile. Jamais testée Covid. En revanche une prise de sang pour voir si j’avais des anticorps. Négatif (pour le moment ? Ce n’est pas très clair encore. À refaire).

    Au bout de ce parcours, j’ai découvert que, « dans le fond », je suis en pleine forme, d’autant que je n’ai aucun antécédent personnel ou familial en cardio-vasculaire. Que je n’ai pas non plus de maladie auto-immune ou génétique. Parce que oui, à ce stade, les médecins ont besoin de vérifier tout cela pour savoir de quoi il s’agit. J’ai découvert que les réactions vasculaires et neurologiques sont liées au virus. Qu’il y a des rebonds, mais pas forcément. Que les symptômes s’expriment de façon sinusoïdale. J’ai aussi découvert les questions des médecins. La voix des malades. Leurs interrogations. Le polymorphisme des expressions, des pathologies, des durées. Et le vide. Le vide en matière de coordination des parcours. Ainsi que le poids des incertitudes.

    Depuis la mi-avril, quelques articles, rares, commencent à documenter ces aspects. Cependant, en dehors de ce que vivent les malades et les médecins pour juguler les pathologies et adapter les traitements à chacun, je me suis rendue compte que personne ne sait ce qu’est être malade du Covid hormis ce que tout le monde, via la presse et les discours dominants, qualifie de maladie respiratoire. Le Covid-19 n’est pas qu’une infection virale des poumons. L’incubation ne dure pas seulement 2 jours. La maladie ne dure pas 14 jours (parfois beaucoup moins, parfois beaucoup plus). Une fois qu’on a été infecté, on n’est pas forcément tiré d’affaire. Parfois oui, parfois non. Les rebonds existent et sont eux aussi polymorphes, parfois graves, parfois juste réactionnels, et très souvent bel et bien hors respiratoire. Parallèlement, celles et ceux qui sont hospitalisés sont confrontés à une route souvent longue avant de pouvoir être vraiment remis. Qu’on ne sait pas bien encore ce que signifie « être guéri » du Covid-19. Ni ce qui explique la diversité des cas, des pathologies, des réactions, des conséquences.

    En réalité, ce que j’ai découvert, c’est que les médecins apprennent au jour le jour, au fur et à mesure, à travers leurs patients et les pathologies ou les réactions qu’ils découvrent en même temps qu’ils auscultent. Que chaque jour, ils analysent, supputent, déduisent, estiment. Qu’ils échangent sur leurs fils WhatsApp entre spécialités différentes autour de ce qui est observé sur le malade qu’ils ont en commun. Ou de ce qu’ils partagent entre confrères d’une même discipline. Nous, malades, attendons des réponses, mais les médecins les trouvent en nous observant. Il est donc essentiel qu’ils puissent nous suivre et que ce qui s’exprime chez les patients soit partagé entre eux.

    Les médecins, en ville tout autant qu’à l’hôpital, apprennent à l’épreuve des faits et les faits sont les malades, la maladie et ses expressions. Et eux-mêmes voient concrètement qu’il n’y a pas un traitement miracle mais bien, en fonction des organes touchés et des organismes des patients, des traitements à ajuster et d’autres à ne même pas envisager. Cela dépend de chaque cas. Car à ce stade il n’y a pas de trends dominants, mais des cohortes différentes. Les signes propres à une catégorie d’âge se retrouvent chez une autre. Un malade avec des antécédents résiste là où un autre, sans antécédent, marque des faiblesses. « L’intelligence » du virus se joue des règles et des évidences.

    Alors…

    Parce qu’à l’origine je suis chercheure en histoire et sciences sociales et que « nommer », c’est qualifier ; que l’observation du terrain est ce qui permet de nourrir les catégories de l’analyse et que sans nommer, on ne pose pas les bonnes questions. Parce qu’en tant que conseil et directrice en communication et en transformation des organisations, je suis confrontée aux outils numériques, si souvent souhaités, qui ne répondent pas aux besoins si ceux-ci ne sont pas dûment corrélés aux réalités du terrain et que, dans mon métier, la fabrique des données est ce qui constitue non seulement les référentiels mais l’intérêt de l’outil. Je travaille souvent avec les enjeux propres aux data, leur modération, le RGPD, le stockage et surtout en amont, avec le data mining et donc avec le fait de « nommer » et qualifier pour créer de l’opératoire et de l’opérationnel.

    Enfin, parce que je me suis retrouvée ahurie face à ce que j’ai découvert au jour le jour dans les méandres de mon aventure Covid-19, grâce aux médecins et aux malades avec qui j’ai échangé, je me suis demandée : mais où sont les « malades à la maison » et leurs « maladies Covid » dans les discours et le plan de déconfinement ? Comment penser une politique publique à hauteur d’une épidémie dont les expressions sont multiples et évolutives si personne ne parle des malades et de leur maladie ? Alors j’ai écrit ce papier.

    Les malades sont majoritairement hors de l’hôpital

    Traiter des malades et de la maladie, c’est remettre au cœur du dispositif de politique publique et sanitaire la connaissance médicale et le suivi des patients. Casser les chaînes de contamination pour répondre à l’urgence est nécessaire dans l’immédiat de la crise mais une épidémie s’inscrit dans le temps long. Connaître les expressions de la maladie, accompagner la population avec les informations ajustées, en étant pragmatique et réaliste, c’est non seulement mieux comprendre le cycle de vie du virus et tous les effets du Covid-19 mais aussi soutenir une prévention active auprès de toute la population. Encore faut-il traiter de tous les malades.

    Le propre d’un virus lorsqu’il se déploie dans un organisme, c’est d’investir son hôte et de proliférer. Si on simplifie : soit l’hôte résiste, soit il tombe malade. Éventuellement l’infection peut être fatale. En focalisant l’attention sur le nombre de morts et de malades hospitalisés par l’infection au Covid-19, les autorités françaises ont construit un discours binaire qui oppose confinement et nombre de morts-cas graves, car l’urgence consistait à éviter l’explosion des services de réanimation d’un système hospitalier exsangue. Or si l’objet de la problématique d’urgence est le virus et son incidence sur les services de réanimation, quel est le véritable sujet d’un virus, au quotidien, dans la vie d’une population, si ce ne sont les malades ? Tous les malades.

    Peu d’études épidémiologiques ont été lancées et celles-ci sont principalement axées sur l’identification du nombre de personnes infectées et suivies en hôpital. À date, l’actualisation des projections estime que 4,4 % de la population française a été touché. Soit près de 3 millions de personnes (la marge se situe entre 1,8 et et 4,7 millions de personnes). D’un côté du spectre, les asymptomatiques[2] (50 % environ, voire plus, mais les chiffres varient tant on manque d’études au sein de différents clusters). De l’autre, les cas graves hospitalisés (3,6 %) et les morts (0,7 %)[3].

    Sur la base de ces estimations il reste donc environ 1,3 millions de personnes[4] ayant été, ou étant encore, malades à des degrés très divers « à la maison » (de quelques jours « pas bien » à quelques semaines et plusieurs traitements antibiotiques, et parfois même des incursions à l’hôpital hors respiratoire) auxquels s’ajoutent les patients « guéris » de l’hôpital qui ont encore de longs mois de rémission et de suivi médical. Si le risque de mourir appelle vigilance et moyens, les effets de la maladie parmi les 99 % de la « population malade qui ne meurt pas » ne sont pas sans conséquences. Certaines sont connus. D’autres en voie de découverte. D’autres encore en interrogations. L’urgence de la crise peut-elle occulter ce qui dans les faits vient toucher de nombreux malades au long cours et avec eux le système de santé bien au-delà des pics aigus ?

    Combien de personnes ont-elles été infectées, sous quelles formes et de quelles façons ? Quelle est la véritable ampleur de l’épidémie et ses conséquences ?
    Ne pas nommer, c’est euphémiser la réalité. C’est ne pas dire qu’outre la survie des services hospitaliers, le sujet Covid-19 est bel et bien un sujet de santé publique qui sort des murs de l’hôpital, et qui est bien plus vaste que celui des seules maladies respiratoires et impliquant de nombreuses spécialités médicales : cardiologie, phlébologie, angiologie, ORL, gastro-entérologie, dermatologie, neurologie avec, en première ligne, les médecins généralistes qui se trouvent non seulement à traiter les cas en première instance mais souvent à orchestrer un suivi de leurs patients avec plusieurs confrères.

    Ne pas désigner l’ensemble des malades, c’est aussi omettre un enjeu de taille : la totalité des pathologies et leurs conséquences, leur durée éventuelle. Les médecins le disent, entre eux et à leurs patients : ils ne savent pas si chez certains le virus est quiescent (au repos, dormant) et se manifeste par des résurgences. Les critères de guérison ne sont pas encore clairement établis. Il apparaît que le virus après s’être exprimé par une première symptomatologie (rhinite, erythème, engelures, diarrhées, bronchite, myalgie, troubles neurologiques, etc.) puisse aussi s’exprimer en récurrence par une seconde symptomatologie touchant d’autres organes parfois plusieurs semaines plus tard (AVC, embolie, myocardite, complications urinaires, etc.).

    Les médecins ignorent pour le moment si le virus en s’attaquant à certains organes ne crée pas des pathologies qui décompenseront ou laisseront des séquelles à moyen ou long terme, voire si chez certains asymptomatiques ou symptomatiques légers, il n’y a pas de sanctuaire viral. Car les symptômes, comme les expressions apparaissent sinusoïdales : cycliques, avec des fluctuations très différentes selon les patients, leur historique, mais aussi la charge virale et les réactions de chaque organisme. Autrement dit, les complications ne touchent pas que les formes respiratoires du Covid-19, ne se limitent pas à quelques jours, et peuvent susciter des rechutes ou des rebonds. Ces aspects ne semblent pas toucher la majorité des malades et sont curables.

    Mais complexes, multiples, ils touchent bien au-delà des personnes actuellement recensées, bien au-delà de quelques semaines, des milliers de personnes. Surtout, elles appellent un suivi ou une observation sur un temps long. Beaucoup de patients, notamment ceux sortis de l’hôpital, mais pas seulement, vont être suivis sur 3, 6 ou 12 mois ou certains comme les quelques cas d’enfants « Kawasaki-like » – on le sait par les documentations déjà établies de ces symptômes – auront un suivi sur plusieurs années. Comment aider alors les médecins de ville à pouvoir exercer en pluridisciplinarité pour les cas complexes de cette nouvelle pathologie ? Comment organiser le parcours de soins si les malades et la maladie ne sont pas désignés en tant que sujets ?

    De la nécessité d’une veille sanitaire selon les critères des maladies à déclaration obligatoire
    En ne nommant pas le sujet, en ne parlant pas des malades dans leur totalité, l’État et nous avec lui, oublions une grande partie des malades, falsifiant les référentiels, obérant une des fonctions premières de la politique sanitaire du pays telle que celle-ci est censée être portée par Santé Publique France : étayer le « besoin de connaissances de la maladie » ; « évaluer (…) le risque de séquelles de la maladie » ; « évaluer les programmes de lutte et de prévention menés par les pouvoirs publics pour en mesurer l’efficacité ». Pourtant l’État a construit, depuis plusieurs décennies déjà, les outils pour « disposer d’informations afin de préserver la santé de la population » avec le dispositif des Maladies à Déclarations Obligatoires, dispositif de surveillance de 33 maladies sources d’épidémies (tuberculose, paludisme, Zika, etc.) qui repose sur la transmission de données par les médecins et les biologistes (libéraux et hospitaliers) aux médecins inspecteurs de santé publique (Misp) et leurs collaborateurs des Agences régionales de santé (ARS) ; puis aux épidémiologistes de Santé publique France.

    Ce système de déclaration permet à la fois le partage des connaissances sur la base de toutes les observations de terrain et la confidentialité des données comme du secret médical, garantissant l’anonymat des malades tout en permettant le suivi médical idoine. Là repose la constitution d’un véritable réseau de veille sanitaire incluant toutes les pathologies liées à l’infection et pas uniquement les symptômes respiratoires (à date les déclarations sur le Réseau Sentinelle sont partielles et uniquement orientées respiratoires et pas obligatoires). Ce qui est donc incompréhensible, c’est pourquoi le Covid-19 n’est que partiellement devenu une Maladie à Déclaration Obligatoire (MDO). Le dispositif mis en place par l’article 6 de la loi du 12 mai 2020 prorogeant l’état d’urgence sanitaire est défini afin de « recenser les personnes infectées par le coronavirus et les personnes ayant été en contact avec celles-ci, dans l’objectif de la rupture des chaînes de transmission virale ». Cependant, « ce dispositif aura une durée très limitée » i.e. le temps du dispositif est celui de l’état d’urgence.

    La déclaration obligatoire s’applique donc à la crise mais pas à une véritable veille sanitaire qui permettrait de documenter les observations cliniques et pas seulement le suivi des infections recensées sur la base de quelques critères seulement (limitées aux personnes testées). Une telle veille sanitaire assurerait le lien entre médecine de ville, toutes spécialités médicales confondues, avec ce qui se passe à l’hôpital. Cela constituerait la plateforme pour lancer des études épidémiologiques au-delà du seul lycée de Crépy-en-Valois (Oise) ou du paquebot Diamond Princess. Cela permettrait aussi le suivi dans le temps des pathologies subséquentes qui s’inscrivent dans une temporalité différente que celle de la primo-infection. Une meilleure connaissance et une meilleure compréhension permettent alors une meilleure anticipation (versus réaction), pour une approche du healthcare et non pas uniquement du sickcare.

    Or, telle qu’actuellement communiquée dans le cadre du déconfinement, la mise en place d’un système de déclaration à l’Assurance maladie par les médecins généralistes et l’intervention de brigades d’intervention, ou « contact tracer »[5], pour suivre les cas contacts des personnes identifiées infectées, est un système de contrôle des contaminations et d’enregistrement de données qui relève de la surveillance des personnes : on veille pour contenir l’épidémie, pour éviter les morts mais les effets de l’épidémie sur la santé apparaissent totalement secondaires. Pourtant le fameux article 6 mentionne que des éléments probants du diagnostic clinique peuvent être retenus dans l’identification (alinéas 4 et 7) et qu’il s’agit de pouvoir orienter les personnes infectées vers un suivi médical pendant et après ces mesures (alinéa 9). Cependant ces points sont minorés dans ce qui est expliqué auprès des populations.

    L’attention portée aux chaînes de contamination et à l’isolement des personnes infectées et leurs contacts des deux derniers jours euphémise la question du suivi thérapeutique d’une part, du suivi des malades dans le temps d’autre part, alors que de nombreux facteurs cliniques démontrent que dans un nombre non négligeable de cas (encore à étudier pour connaître la proportion) la maladie ne s’arrête pas aux portes d’une quarantaine de deux semaines.

    Le cadre d’une déclaration obligatoire évite le piège d’écorcher le secret médical et les données personnelles
    L’approche actuelle rappelle certains manques de la première phase d’identification par les tests. Ceux-ci étaient principalement accordés aux malades souffrant de difficultés respiratoires aiguës (du fait des risques vitaux potentiels). Aujourd’hui, les critères exprimés publiquement pour le signalement sont non moins partiels : fièvre, toux, altération de l’odorat et du goût laissent de côté de nombreux autres symptômes qui sont non moins évocateurs d’une éventuelle infection au Covid-19 (dermatologiques, gastroentérologiques, ophtalmologiques, etc.). En limitant les critères d’identification de la maladie à leur strict minimum, on réduit les expressions de celle-ci. On élimine tous les autres critères que pourtant de nombreuses spécialités médicales font remonter. On soustrait toutes les autres cohortes de malades sources de contamination et sujets de pathologies.

    On ne permet pas à la population de savoir qu’un érythème, des engelures, une conjonctivite, des diarrhées, une infection urinaire etc. sont possiblement des signes d’infection aux Covid-19 et donc que ces personnes-là doivent aussi être rapidement testées pour savoir si elles doivent s’isoler de leur entourage. Tel qu’actuellement pensé pour le déconfinement, le recueil de données par le biais de l’infection et de la contamination réduit la focale à l’enregistrement des personnes, là où il doit être question d’une véritable politique publique sanitaire tenant compte de la maladie et des malades. Il est nécessaire d’encourager la population à une vigilance holistique des symptômes, puis également à une deuxième salve de vigilance de la part des personnes infectées durant plusieurs semaines, afin qu’elles informent leur médecin de tout autre signe.

    Ne pas opérer en ce sens, c’est biaiser la connaissance, biaiser les réalités du terrain. Sans porter l’attention sur la nécessité du suivi des personnes infectées, l’approche actuelle se concentre sur la désignation des personnes, ce qui peut pousser des patients à ne pas consulter ou à taire les symptômes de peur de subir une enquête qui pourrait leur être délétère pour des motifs personnels (avoir à déclarer un contact qu’ils ne souhaitent pas) ou professionnels (risque de stigmatisation sur leur lieu de travail, voire crainte du licenciement dans un contexte économique altéré). La protection des données et le secret médical doivent être garantis, mais l’attention devrait non moins se porter sur les soins pour que l’implication apparaisse dans ce qu’elle a de vertueux : dire pour guérir.

    Considérer la maladie à partir de critères cliniques, c’est faire prendre conscience des plus larges biais de contagiosité ou des besoins de suivis éventuels
    Enfin, le dispositif tel qu’expliqué à date engage un autre biais de désignation restrictif. La période d’incubation est encore mal connue et estimée entre 2 et 14 jours. Dans le cadre de la procédure définie actuellement, la brigade sanitaire a vocation à recenser les contacts des deux derniers jours de fréquentation d’un malade identifié. Là, on comprend que ce ne sont pas seulement les questions du secret médical et des données personnelles qui sont problématiques, mais aussi les bases mêmes de l’identification : à ne remonter les contacts que sur 2 jours, nombreux infectés potentiels sont inaperçus.

    Quel est le droit pour la brigade sanitaire de contrôler, décider pour des personnes supposées contaminées : vérifier si ces personnes s’isolent correctement, refont bien les tests, y embarquent également leur propre entourage en donnant à leur tour les noms des personnes fréquentées ? Jusqu’où un tel raisonnement est-il opératoire ? Jusqu’où enregistre-t-on les inter-connaissances et les cercles d’interaction ? Un tel exercice, replacé dans le contexte de la maladie permettrait une toute autre sensibilisation de la population. En recensant l’intrication sociale (embeddedness) de la contamination, mais pas le chemin du virus dans l’organisme, le corps social prend le pas sur le corps médical. L’individu et ses relations ont le dessus sur le malade et sa maladie.

    Par ailleurs, selon le type d’expression de l’infection un malade peut contaminer autrui 14, 21 ou 28 jours, voire plus selon la durée de ses propres infections, nombre de jours auxquels ajouter une semaine sans symptômes. Que ce soit pour un malade sorti d’hôpital et qui poursuit ses soins en ville, ou pour un malade soigné au Doliprane à la maison, le sujet est le même : la durée de contamination varie, l’éventualité de rebonds également. Là encore, les temps officiels de réclusion ne sont pas les temps des malades et de leurs pathologies. Même la délimitation de la contagiosité n’est pas encore maîtrisée par les médecins eux-mêmes à ce jour. La question d’un suivi régulier avec le médecin coordonnant les soins du malade est nécessaire, et mettre en place ce suivi participerait de la rétention des contaminations. Pourquoi ne pas expliquer tout cela afin que tous puissent agir de façon concertée et responsable puisque l’objectif est bien d’envisager, au-delà de la désignation du malade, la cure de la maladie ?

    La veille sanitaire non seulement soutient la planification des soins mais aussi la stratégie de prévention
    En ne traitant que des morts et des malades hospitalisés et dorénavant en créant un système qui entérine une politique d’enregistrement ad hoc des infectés, les discours se cristallisent sur la partie émergée de l’iceberg. En dehors de l’hôpital, le message officiel est qu’on ne considère le malade que comme un contagieux et pas comme un malade. Plus souvent qu’il ne tue, le virus touche les vivants et impose aussi ses conséquences chez ceux qui restent en vie. Se concentrer sur l’étape d’infection et la contamination, sur l’explosion de l’hôpital, ou sur une appli telle StopCovid, ne permet pas d’accompagner les malades et détourne des outils prioritaires qui construisent eux-mêmes les données nécessaires : les données cliniques et biologiques pour élaborer les catégories de l’analyse médicale, du parcours de soins des malades et les mesures de prévention et d’hygiène collective pour protéger les populations.

    Car le message de prévention pour les gestes barrières est affaibli avec cette vision binaire : ce n’est pas pareil d’évoquer le 1 % qui peut mourir, particulièrement au-dessus de 60 ans, que de dire clairement « il y a des risques pour toutes personnes contaminées » y compris les enfants. Ces risques touchent déjà plusieurs dizaines de milliers de personnes qui vont être suivies au long cours. Cela peut non seulement changer le message mais aussi réorienter toute la politique sanitaire en obtenant une conscience et une responsabilité plus grandes de l’ensemble de la population qu’il va falloir, en outre, réussir à maintenir dans le temps. Nommer la maladie et ses expressions, les malades et leurs spécificités, devient alors source d’informations pour tous. C’est prendre le sujet dans toutes ses réalités et l’accompagner au-delà du temps de crise, sur le temps long qu’impose sa versatilité et ses évolutions, pour les malades, la santé publique et la société dans son ensemble avec l’impact socio-économique sous-jacent aux maladies complexes.

    [1] Les chiffres officiels sont accessibles sur data.gouv.fr et santepubliquefrance.fr. On notera cependant que si la France déclare 139 000 cas confirmés, la source de Statista fondée sur les chiffres des chercheurs de Johns Hopkins indique 175 000 cas confirmés en France, ce qui rend toutes les considérations chiffrées somme toute compliquées.

    [2] 20 % des personnes infectées serait asymptomatique, selon une étude dans un cluster en Allemagne mais 50 % selon l’étude à bord du paquebot Diamond Princess (voir infra). AMMOUCHE (Marielle), « Covid-19 : 20% de patients asymptomatiques dans un cluster en Allemagne », Egora.fr, accessible ici.

    [3] Chiffres du 13 mai 2020 par une équipe d’épidémiologistes de l’Institut Pasteur réactualisant l’étude conduite le 21 avril et tenant compte de l’impact du confinement. Ces calculs sont fondés sur des modélisations et données d’hospitalisation et de santé. Simon Cauchenez & alii, « Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France », Science, accessible ici.

    [4] Le calcul est établi sur la base de l’estimation des quelques 3 millions de personnes infectées, dont sont déduits 50 % d’asymptomatiques, les personnes hospitalisées et décédées. Sous réserve des marges à prendre en compte.

    [5] Sur le recrutement et les missions des brigades, plusieurs articles de presse : NouvelObs, LeFigaro, Slate.fr, LCI.fr, OuestFrance, BFM.tv.

    #hospitalo_centrisme #santé_publique

    • On ne permet pas à la population de savoir qu’un érythème, des engelures, une conjonctivite, des diarrhées, une infection urinaire etc. sont possiblement des signes d’infection aux Covid-19 et donc que ces personnes-là doivent aussi être rapidement testées pour savoir si elles doivent s’isoler de leur entourage

    • contribution remarquable, à diffuser largement !

      En ne traitant que des morts et des malades hospitalisés et dorénavant en créant un système qui entérine une politique d’enregistrement ad hoc des infectés, les discours se cristallisent sur la partie émergée de l’iceberg. En dehors de l’hôpital, le message officiel est qu’on ne considère le malade que comme un contagieux et pas comme un malade. Plus souvent qu’il ne tue, le virus touche les vivants et impose aussi ses conséquences chez ceux qui restent en vie. Se concentrer sur l’étape d’infection et la contamination, sur l’explosion de l’hôpital, ou sur une appli telle StopCovid, ne permet pas d’accompagner les malades et détourne des outils prioritaires qui construisent eux-mêmes les données nécessaires : les données cliniques et biologiques pour élaborer les catégories de l’analyse médicale, du parcours de soins des malades et les mesures de prévention et d’hygiène collective pour protéger les populations.

      #maladie_à_déclaration_obligatoire

    • D’ailleurs un des aspects que je constate à chaque fois que je tombe (malheureusement) sur une relation qui m’explique que hé ben dis donc tu te rends comptes qu’on a été confinés et qu’on a détruit l’économie pour aussi peu, et donc clairement partisans de la recherche rapide de l’immunité de groupe, il y a systématiquement l’occultation des gens qui en ont chié en étant malades chez eux.

    • Des #témoignages parmi d’autres, via la veille de @monolecte :
      Covid-19 : deux mois après leur infection, de nombreux patients présentent de nouveaux symptômes - France 3 Paris Ile-de-France
      https://seenthis.net/messages/854487

      Par contre, dans le texte, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris :

      Par ailleurs, selon le type d’expression de l’infection un malade peut contaminer autrui 14, 21 ou 28 jours, voire plus selon la durée de ses propres infections, nombre de jours auxquels ajouter une semaine sans symptômes.

      Elle veut dire qu’une personne peut être contagieuse aussi longtemps après l’apparition des symptômes, quand elle en a ? Je n’avais pas vu passer cette info.

    • Plusieurs études chinoises du mois de mars laissaient penser qu’il fallait vraiment se méfier de la contagiosité sur un temps non encore circonscrit… il a été difficile en avril de suivre ces infos quand les revus se sont mises à publier des études en prélecture  : trop d’infos (surtout non vérifiées) tue l’info…

  • Quels sont les coûts liés à l’utilisation de frameworks JavaScript pour le développement Web ? Une analyse des sites utilisant React, Vue.js ou Angular
    https://javascript.developpez.com/actu/303519/Quels-sont-les-couts-lies-a-l-utilisation-de-frameworks-JavaS

    S’invitant dans le débat, Tim Kadlec, un développeur qui aide les organisations à améliorer les performances de leurs sites, estime pour sa part qu’il n’y a « pas de moyen plus rapide de ralentir un site que d’utiliser un tas de JavaScript », et c’est justement ce que font les frameworks JavaScript : utilisez beaucoup plus de JavaScript. Mais « le truc avec JavaScript », poursuit-il, « c’est que vous finissez par payer une taxe sur les performances pas moins de quatre fois », dit-il. Les quatre taxes auxquelles il fait allusion sont :
    – le coût de téléchargement du fichier sur le réseau ;
    – le coût de l’analyse et de la compilation du fichier non compressé une fois téléchargé ;
    – le coût d’exécution du JavaScript ; et
    – le coût de la mémoire.

    Avec des graphes comparatifs de divers paramètres tels que « Quantité de JavaScript servi », « Temps de traitement CPU »

    Pour illustration de cette lenteur et du peu d’importance donnée à l’UX par les développeurs, voir par exemple le backoffice de #Mailjet ou #Gandi_v5 qui sont des modèles de lenteur totalement désespérant et rebutant pour l’utilisateur... (en plus d’un manque d’ergonomie flagrant sur toutes les fonctionnalités un peu avancées)

    Et conséquence non évoquée ici, le coût écologique lié à l’utilisation de ces framework doit être non négligeable...

    L’article original (En) : https://timkadlec.com/remembers/2020-04-21-the-cost-of-javascript-frameworks

    #lenteur #framework_javascript #web_dev #fail

    • Un commentaire précise qu’il faut quand même pas juste prendre en compte le premier chargement, ça n’a pas de sens, car pour là où c’est utilisé, c’est généralement pour des choses qu’on utilise plusieurs fois, où on a un compte, etc. Donc une fois le premier chargement, une grosse partie est déjà en mémoire du navigateur, que ce soit le JS et la plupart des éléments d’interface.

    • Pour le premier chargement, ça dépend à quel utilisateur on s’adresse mais si la première impression qu’on a en arrivant sur un site c’est sa lenteur, ça fait mauvais genre. De plus le cache ne dure pas indéfiniment, en plus du fait que le fichier JS peut inclure autre chose que la librairie du framework et donc demander à être téléchargé de nouveau à chaque màj du code.
      C’est amusant de voir les commentaires sur le site developpez, certains semblent penser qu’on ne peut pas faire de site/app sans ces frameworks... Cela explique sûrement que tant de sites ou d’applications Web soient si lourds.
      Pour moi le pire que j’ai vu (en tant qu’utilisateur) c’est le site d’Arrêts sur image, qui utilise Angular. Une aberration. Ils ont optimisé un poil depuis le lancement donc c’est moins pire aujourd’hui mais ça reste une erreur technique majeure à mon sens.

    • Ah bah pour un site de média éditorial, essentiellement fait de texte avec quelques images et vidéos, ça n’a aucun putain de sens… Normalement c’est pour de l’applicatif, des trucs où ça doit mettre jour des données en direct, etc. C’est ce que je disais plus haut, normalement quand on l’utilise c’est pour de l’appli, où t’as un compte, où ya du fonctionnel (pour l’interface d’admin d’un média éditorial à la limite, mais pas sa partie publique). Pour juste du texte et des commentaires dessous… hu

    • C’est tout le problème, les développeurs connaissent tel ou tel framework et se mettent à l’utiliser partout, sans discernement. Dans les commentaires sur Développez, il y en a même un qui explique que sans framework Javascript son appli ne serait pas jolie ! Et même pour les applis, sauf besoins très spécifiques, j’ai quelques doutes sur l’utilité de ces machineries, l’auteur du texte initial a raison, le Javascript de base (ou jQuery) peut faire beaucoup de choses. Bien sûr ça suppose de passer un peu plus de temps à coder (et de se confronter à des choses peut-être plus complexes au premier abord), encore que la maintenance sera probablement beaucoup plus légère ensuite.
      Je précise par ailleurs que j’ai déjà utilisé Angular de manière assez intensive, je suis loin d’être un anti-framework primaire.

    • Bonne jour née !

      Grand lodge de l’état de New York libre - maçons acceptés, Invention de nouveaux membres ont besoin de leur donner le pouvoir de richesse et la renommée, ce que jamais le cœur membre désire sera de donner à lui, dans les francs-maçons il n’y a pas de sacrifice humain, les francs-maçons est là pour vous enseigner la loi de la nature et comment profiter du bénéfice de la terre, êtes-vous intéressé à profiter du bénéfice des francs-maçons ? Appel/Texte +19293141761 NY Ou WhatsApp NL Via +31687718900 Vous pouvez également frapper notre page officielle sur Instagram, https://instagram.com/freemasonry001?igshid=ocfw41haedxh

  • Le gouvernement britannique avait apparement justifié sa décision de #confinement de la population par une #simulation effectuée par des chercheurs en #épidémiologie de l’#Imperial_College de Londres. Comme la grande majorité des articles scientifiques, le code source des programmes ayant produit les résultats publiés n’était pas disponible. Cela a, à juste titre, fait râler, et le code (ou bien une version améliorée, ce n’est pas clair) a été publié :

    https://github.com/mrc-ide/covid-sim

    (peut-être aussi en https://www.imperial.ac.uk/mrc-global-infectious-disease-analysis/covid-19/covid-19-scientific-resources )

    Il a fait l’objet de pas mal de critiques, tellement il est mal foutu et bogué. Attention : toutes les critiques ne sont pas justes, car il se mêle à ce débat des considérations politiques, complotistes (il y a un mouvement anti-confinement conspirationniste fort dans les pays anglophones), de la jalousie entre programmeurs (le code écrit par les autres est toujours jugé illisible), des positions idéologiques (l’université, ce sont forcément des amateurs) donc, prudence. L’intérêt que je vois à ce débat, c’est que des tas de gens se rendent soudainement compte que 1) des tas de décisions sont basées (ou en tout cas justifiées) par le résultat d’un programme informatique 2) que la majorité des programmes sont bâclés et ont des bogues.

    Un article du #Telegraph : https://www.telegraph.co.uk/technology/2020/05/16/coding-led-lockdown-totally-unreliable-buggy-mess-say-experts (c’est derrière un paywall mais en affichant le source de la page, on voit tout).

    Une critique très sévère (et souvent injuste, le type ne semble pas connaitre le monde réel, par exemple quand il exige que tout programme ait une suite de tests de non-régression complète) : https://lockdownsceptics.org/code-review-of-fergusons-model https://lockdownsceptics.org/second-analysis-of-fergusons-model

    Une réponse aux critiques : http://blog.khinsen.net/posts/2020/05/18/an-open-letter-to-software-engineers-criticizing-neil-ferguson-s-epide

    Opinion personnelle : oui, les chercheurs non-informaticiens (biologistes, physiciens, SHS…) écrivent du mauvais code car ils n’ont pas de formation, s’en foutent, et ça ne compte pas pour leur avancement de toute façon (les "reviewers" ne vérifient jamais le code). En prime, ils n’ont pas d’argent pour payer des programmeurs (cf. le recrutement des « ingénieurs de recherche » au CNRS). Mais ce n’est pas spécifique à cette étude. Si on regardait aussi soigneusement tous les programmes (même écrits dans le privé), on pousserait les mêmes cris d’horreur.

  • Ce qu’il y a de bien, avec l’Internet, c’est qu’il permet de partager la culture (euh, non, pardon, ça, c’est son inconvénient, ça prive Carla Bruni et Justin Bieber de leurs revenus durement gagnés). Je disais donc, ce qu’il y a de bien avec l’Internet, c’est qu’on peut voir les films de #Mary_Doodles. Ses films la montrent en train de dessiner, en accéléré, et donnent donc un genre intermédiaire entre le dessin et le dessin animé (technique dite du « #time_lapse_painting »). Ils me font beaucoup rêver.

    http://www.marydoodles.com

    Le plus romantique, et le plus sophistiqué techniquement, « Love & time travel » :

    http://www.youtube.com/watch?v=pXwwvDlpQsc

    Pour les fanas des #Avengers, un dessin très drôle :

    http://www.youtube.com/watch?v=KdgofYQKOtg

    Pour les âmes sensibles, « Love at first sight » :

    http://www.youtube.com/watch?v=glSAFbP09Ro

    #dessin #art

  • Voici un passionnant article sur l’utilisation de l’#IBR pour mesurer les effets sur l’Internet d’évenements comme les censures étatiques ou comme les tremblements de terre. Mais d’abord, c’est quoi, l’IBR ? L’Internet Background Radiation (ainsi nommé en allusion au fond de rayonnement cosmique, celui qu’on a hérité du Big Bang) désigne le trafic non sollicité émis par toutes les machines zombies et les logiciels malveillants de l’Internet, soit directement lorsqu’ils sondent l’Internet à la recherche de machines à spammer, soit indirectement (le « backscatter » en anglais), lorsque les machines zombies usurpent des adresses IP pour sonder ou faire une attaque par déni de service, déclenchant ainsi l’émission de réponses vers les adresses IP usurpées.

    L’IBR est suffisamment intense pour être mesuré. On utilise pour cela des « darknets » des réseaux qui n’émettent jamais rien mais reçoivent du trafic pour un préfixe IP donné. Dès que ce préfixe est annoncé avec BGP, le darknet reçoit du trafic, machines qui recherchent des victimes, et backscatter pour les cas où le méchant a usurpé une adresse du darknet. Pour continuer la métaphore astronomique, le darknet est un téléscope, collectant passivement l’IBR comme le téléscope optique collecte passivement la lumière.

    Tout cela est bien connu et l’IBR avait déjà fait l’objet de plusieurs articles de recherche (même s’il n’a pas encore de page Wikipédia, au contraire du fond de rayonnement cosmique). Mais l’article « Extracting benefit from harm : using malware pollution to analyze the impact of political and geophysical events on the Internet » de A. Dainotti, R. Amman, E. Aben, et K. Claffy, utilise l’IBR pour un nouvel usage, détecter des évenements influençant la connectivité. L’idée de base est que le téléscope compte, non pas le trafic (trop variable) mais le nombre d’adresses IP distinctes qui émettent pendant un intervalle de temps. Une diminution brusque de ce nombre indique une grande perturbation dans la Force, pardon une grande perturbation de l’Internet, qui a empêché les machines malveillantes d’émettre. Il n’y a plus qu’à géolocaliser pour savoir où était le problème (si on ne l’a pas déjà appris sur CNN ou Twitter).

    Les auteurs ont testé leur hypothèse avec les censures égyptiennes et lybiennes, puis avec les tremblements de terre de Christchurch en février 2011 et de Tohoku en mars 2011. Conclusion : l’IBR baisse bien de manière mesurable lorsque un de ces évenements se produit. Et on peut quantifier cette baisse (les auteurs proposent des métriques) afin de caractériser de manière chiffrée les perturbations de l’Internet.

    http://www.caida.org/publications/papers/2012/extracting_benefit_from_harm

    #tremblement_de_terre #résilience_Internet

  • Vendre de force un système d’exploitation enfin jugé déloyal en toutes circonstances | AFUL
    http://aful.org/communiques/faire-payer-systeme-exploitation-non-demande-deloyal-en

    Pour la première fois dans une affaire de vente matériel/logiciels, un jugement déclare explicitement que la revente du système d’exploitation par le constructeur sans que le client l’ait demandé constitue une pratique « déloyale en toute circonstance à raison de son caractère agressif ». L’argumentation, plus directe que jamais (vente forcée plutôt que vente liée), est utilisable dans toute l’Europe.

    La double condamnation de Samsung
    http://www.cuifavocats.com/Double-condamnation-de-SAMSUNG-la

  • Il se peut que je fuis, mais tout au long de ma fuite, je cherche
    une arme !

    « La possibilité d’un malentendu entre nous, en tant
    que personnes, proviendra toujours du fait que je
    suis un étranger. Ce sera toujours de ma faute. Les
    choses secrètes que je cache à presque tout le
    monde et surtout à ceux qui sont aimables et
    bienveillants, mais intellectuellement incapables de
    comprendre pleinement quelle épreuve c’est d’être
    chassé comme un gibier, rejeté comme un étranger,
    ces choses excluent pour toujours la possibilité
    d’une entente parfaite. Une fois que vous aurez
    admis cela, vous me comprendrez mieux. Ayez cette
    idée toujours présente à l’esprit et soyez patiente
    avec moi.

    Je me sens menacé. C’est par là qu’il aurait fallu
    commencer. Rappelez-vous comment j’ai tenté
    d’expliquer ce sentiment, cette sensation singulière
    et envahissante. Ajoutez à cela que, même en mes
    jours de plus profond désarroi, lorsque tout en étant
    moi-même je n’étais plus moi-même, ma façon de
    réagir à cette impression (et je me suis toujours senti
    menacé), je la puisais dans les régions les plus
    archaïques de mon esprit. Etre un étranger ne m’a
    jamais rendu craintif, ou alors très rarement !

    A partir de là, de cette attitude, vous reconnaîtrez
    tous les traits atypiques de mon caractère. Il se peut
    que je fuis, mais tout au long de ma fuite, je cherche
    une arme !
    Une position défensive ! Il ne m’est
    jamais arrivé de me coucher pour recevoir des
    coups de pied. C’est stupide ! Quand je le fais,
    j’attends de saisir le moment où mon ennemi sera
    fatigué. La meilleure tactique est de lui tordre la
    jambe ou de tirer dessus si l’on peut. Engager une
    discussion avec un assaillant pour dénoncer la
    logique de la violence — ou une discussion avec
    moi-même sur la sagesse d’une attitude naturelle de
    contre-violence — frise, ou plutôt dépasse, les
    limites de l’absurde !

    Je refuse net de souscrire à ces balivernes de
    surhomme, j’ai vu trop d’hommes pleurer, j’ai vu trop
    d’hommes dans toutes les postures de la misère
    commune — de la mort. Mon message au peuple
    noir et aux gens sensibles et bons, et bien-aimés,
    comme vous, sera le même que celui que j’ai reçu
    moi-même des profondeurs de mon esprit. Il sera le
    même aussi longtemps que nous aurons le même
    problème, il sera le même qu’il vienne d’un cerveau
    vivant, aimant, ou qu’il vienne de la tombe. » (Georges Jackson, Les Frères de Soledad)

    #Black_Panthers