• GETTING ARRESTED IN JAPAN (ou : Le Procès)

    https://sundaicity.com/blogs/getting-arrested-in-japan

    Japan is often seen as one of the safest countries in the world, but that same strict order comes with laws that can catch people off guard. Something as small as getting into a heated argument in public, accidentally taking an item you didn’t pay for, overstaying a visa, or even grabbing someone else’s umbrella or bike thinking it was yours can escalate further than you could imagine and have you arrested before you’ve even had a chance to explain. If you are arrested, you won’t be taken straight to a courtroom. You will first be placed in a police-run detention center, where you’ll be held while the case is built.

    [...]

    People stay here temporarily before being released, charged, or moved. In Japan, you can be held in a police detention center for up to 23 days for a single arrest before formal charges are filed. This usually starts with about 3 days of initial processing, followed by a 10-day detention period that can be extended another 10 days if approved. What many people don’t realize is that this clock can effectively reset if authorities make additional arrests on separate allegations, meaning the time can be extended far beyond 23 days.

    [...]

    Rules inside a Japanese detention center are EXTENSIVE and strictly enforced without exception, controlling even the smallest details of daily life. You are expected to follow instructions exactly, including how you sit, move, and even when you are allowed to speak. Talking is only allowed when permitted, and communication is restricted to Japanese only. You cannot lie down or rest outside of designated hours, even if you are exhausted. Lights dictate your day, and you are not allowed to cover your face or block your eyes from the light even while sleeping. Showers are limited to once every five days on a fixed schedule. Meals must be eaten exactly as instructed, and nothing can be saved for later. You cannot look into other cells, make noise, or attempt to communicate with anyone nearby. Personal items are not allowed, and everything you have ( tissue and a wash clothe) must be layed out and inspected multiple times a day. There are no visitors, no privacy, and no freedom to make basic choices about your own routine. I wasn’t even allowed to use my blanket as a pillow, sleep on top of one of my blankets to give my body some extra cushion against the hard floor, take off my socks, wet the wash cloth with water, or put tiny pieces of tissue paper in my ears at night to block the noise (got in big trouble for that one). They even controlled which position/direction i could sleep in. They have rules for things you would never think aboout. It’s a lot to know and the only way to learn everything is just by trail and error so just be prepared to make a lot of mistakes and get yelled at a lot.

    [...]

    Inside the cell, there is almost nothing you are allowed to do. You do not leave unless you are being taken for interrogation, meeting a lawyer, or for the brief, tightly scheduled moment to use the “fresh air room” to brush your hair in the morning. The rest of the time, you remain inside the same confined space. Reading is one of the only permitted activities, but even that is restricted to specific times and controlled conditions. Some facilities only allow Japanese books, and if you bring one in another language, it must go through inspection and translation before you are allowed to have it, which can take time and may even cost money. Writing is not freely allowed either. You cannot keep a notebook, and to use a pen you must request permission and fill out paperwork, only to use it for a limited period. Beyond that, there is nothing. No entertainment, no distractions, no way to pass the time. You are left alone with no one to talk to in an empty room with nothing to do but sit, wait, and endure. I passed the time by day dreaming and walking in circles which i would do on average for 4 hours a day until my knees hurt too much to continue.

  • Le maire, les voisins et la sorcière - Chronique d’un féminicide que personne ne nomme
    https://bonjourtsundoku.substack.com/p/le-maire-les-voisins-et-la-sorciere


    #femmes

    Je suis profondément révoltée que la mort de Catherine soit dans les pages Faits Divers. C’est un #féminicide, commis par un élu de la République. Catherine est morte car femme. Catherine est morte car malade. Ne pas qualifier de féminicide ce drame, c’est encore et toujours laisser ce qui ne convient pas, ce qui n’entre pas dans les lignes aux orties. Sa maladie ne donne pas un caractère inexplicable politiquement à sa mort. Elle n’est pas morte parce qu’elle était malade : elle est morte parce que des hommes, sous l’impulsion d’autres, ont voulu l’effacer.

    Quand je pense à Catherine, je pense aussi à toutes les femmes qu’on a jeté dans des hôpitaux ou des maisons car elles n’étaient pas assez soumises. Jeunes délinquantes, lesbiennes, malades mentales, sexuellement actives : la mort de Catherine est liée au traitement historique et patriarcale des femmes. Vous entendrez ici la voix de celles qu’on a enfermées, mauvaises graines. Je pense aussi, antifa toujours, à toustes les malades tué.e.s par le régime nazi.

    Pour paraphraser mon agent du chaos préf’, si tu ne t’intéresses pas au sujet, sache que le sujet s’intéresse à toi : dans le cadre de la lutte antiterroriste, il sera désormais possible de tomber sous le coup d’une injonction à examen psychiatrique émise par le préfet. Alors ? Prêt.e.s à se retrouver devant un psychiatre car vous avez protesté contre une loi ? Ou à voir des malades traités en terroristes ?

    Un féminisme qui exclut les malades mentales n’est pas le mien, et un féminisme qui ne s’adresse qu’aux femmes respectables car pas malades/grosses/moches/folles/arabes/TDS/voilées/… ne devrait être celui de personne.

  • Smashphone !
    https://lundi.am/Smashphone

    Les experts de la question (ici la chercheuse Anne Cordier) disqualifient ainsi toute tentative d’intrusion dans leur pré-carré (c’est nous qui soulignons) : « Les détracteurs des réseaux sociaux sont en réalité des détracteurs des ados, de l’éducation, de la recherche, celle qui se construit patiemment, rigoureusement, avec des protocoles répliqués. Ils jouent de cet amalgame et nourrissent une panique morale qui leur est profitable. »

    En renvoyant toute critique non scientifique au domaine de l’irrationnel, au mieux celle de parents trop paniqués qui n’ont rien compris, au pire celles de journalistes du Figaro prêts à faire feu de tout bois pour que progresse la réaction, ces scientifiques suppriment le débat (ou se le gardent pour eux) : il faudrait leur laisser le temps de terminer leurs études, puis de rejoindre d’obscurs conseils convoqués par le(ur)s dirigeants afin qu’ils puissent, à l’aune de leur compréhension incomparable du phénomène, éclairer la société en préconisant des mesures que ces mêmes dirigeants reprendront, ou non, à leur compte. La même Anne Cordier préconise ainsi d’attendre qu’elle et ses collègues aient statué avant de prendre des mesures conséquentes : « Si demain le consensus scientifique considère que les réseaux sociaux sont addictifs, alors effectivement, on basculera dans une tout autre discussion. Mais il faut dans un premier temps que les experts statuent sur cette question. »

    Ce prétexte du manque d’études scientifiques (sans parler de la production d’études bidons) pour délayer le passage à l’action est maintenant bien connu : il a servi à retarder l’interdiction du plomb et de l’amiante, la prise en compte du changement climatique dans l’agenda politique, à fabriquer du doute quand à la nocivité de la clope, et sert encore aujourd’hui de prétexte contre le bannissement du glyphosate.

    Cet article s’emploie donc à une critique du smartphone selon d’autres procédés que ceux de l’exercice pur de la rationalité scientifique : outre l’existence de preuves scientifiques (car il y en a quand même quelques unes), des enquêtes journalistiques, des sondages, notre propre expérience, le principe de précaution, l’intuition, la détestation de la situation actuelle, l’amour de la critique critique ou l’empathie pour ses concitoyens ont été des carburants très efficaces pour l’écriture de ce texte.

    Au risque de décevoir les personnes en recherche de cohérence d’impartialité, les processus décrits ne sont pas tous cohérents, ni observables en même temps chez un même usager de smartphone, et n’opèrent pas tous dans la même direction ou selon une même logique. Et puisqu’on ne manque pas de discours, d’articles, d’œuvres, de penseurs, de dirigeants politiques et économiques (sans parler du fonctionnement matériel même de la société) qui légitiment l’usage du smartphone, cet article est uniquement à charge.

    #smartphone #critique_techno #recherche #journalisme et #Anne_Cordier #acceptabilité

    • Quant aux préconisations d’éducation à l’usage de tous ces médias numériques, faites par nombre de personnes dont les scientifiques déjà mentionnés, nous reprenons à notre compte la réponse faite par Jean-Lou Fourquet sur son blog : « La métaphore est simple : nous vivons dans un lac d’information littéralement saturé de merde par ces plateformes et on dit aux individus — enfants compris — de développer des branchies pour trier ce qui est potable. Chacun avec sa petite gourde, à analyser l’eau pendant 45 minutes avant de boire. »

  • « Une démocratie éprouvée » de Pascal Nicolas-Le Strat
    https://topophile.net/savoir/une-democratie-eprouvee-de-pascal-nicolas-le-strat

    Dans le prolongement de ses travaux sur la recherche-action et sur le travail du commun1, Pascal Nicolas-Le Strat défend dans Une démocratie éprouvée (2026) une pratique de recherche située, collective et expérimentale. En se référant notamment à « une épistémologie du positionnement », il caractérise l’enquête en sciences sociales comme elle-même productrice du commun2. Depuis des lieux... Voir l’article

  • Mourir mal - AOC media
    https://aoc.media/opinion/2026/05/10/mourir-mal

    « Quand le tour de ma mère est venu, je ne me suis pas méfié. Personne évidemment ne m’a prévenu que ses deux derniers mois allaient mal se passer, que ma mère ne se trouverait jamais au bon endroit, que j’aurais à affronter une absence absolue de compassion. L’hôpital ne m’a pas dit : attention, je suis au bout du rouleau et contrairement à ce qu’indique mon nom, je vais être inhospitalier, voire hostile. »

    • avertissement : barbarie.

      Deux semaines après sa mort, ma mère reçoit un mail de SFR : « B***, Vous souhaitez donner une seconde vie à votre matériel non utilisé. » L’objet indique : « Le service client toujours à vos côtés. » C’est moi qui reçois ce mail, bien sûr, puisque je gère son compte.

      J’ai pourtant joint le certificat de décès à ma demande de résiliation. Qu’on adresse les mots « seconde vie » à une défunte ne m’étonne pas outre mesure, puisqu’au décès de mon frère, le syndic de copropriété avait mandaté un huissier pour trois mois d’impayés – après les avoir informés de la disparition de celui-ci, et leur avoir fourni les coordonnées du notaire en charge de la succession. L’huissier s’était présenté chez le mort et avait facturé son déplacement.

      Le mail de SFR me semble une bonne conclusion aux deux mois durant lesquels j’ai accompagné ma mère dans son agonie, d’abord à l’hôpital puis en Soins de Suite et Réadaptation (SSR). Il porte à un point d’indécence instructif le déni que j’ai eu à affronter tout du long, et qui s’énonce ainsi : en France, la mort n’existe pas. On pourra toujours débattre sur la « fin de vie » : tant qu’on n’aura pas admis que la mort fait absolument partie de celle-ci, rien ne changera. Ni la loi sur « l’aide à mourir », ni le manque de lits, ni le sort des agonisants qui n’ont plus de #consentement_éclairé.

      Ma mère n’était apparemment pas assez vive et pas assez mourante à la fois, elle ne correspondait à rien de prévu par les institutions : elle est rapidement devenue une patate chaude pour l’hôpital public. Sa « fin de vie » s’est transformée en long cauchemar filandreux, prise entre la gloriole des chirurgiens et le manque de temps et de compassion des #soignants, le tout aggravé par le manque d’argent.

      J’avais lu le témoignage d’une journaliste sur la fin de vie de sa propre mère, et comment il lui avait été impossible de trouver une équipe de #soins_palliatifs à domicile. J’avais lu des articles sur le naufrage de la #gériatrie, de l’hôpital, mais je ne l’avais pas expérimenté. Mon frère était mort d’un cancer dans un endroit laid avec un médecin désagréable mais, du moins, il avait eu droit à la sédation profonde et continue prévue par la loi Claeys-Leonetti.

      Quand le tour de ma mère est venu, il y a deux ans, je ne me suis en quelque sorte pas méfié. Personne évidemment ne m’a prévenu que ses deux derniers mois allaient mal se passer, que ma mère ne se trouverait jamais au bon endroit, que j’aurais par conséquent à affronter une absence absolue de compassion. L’hôpital ne m’a pas dit : attention, je suis au bout du rouleau et contrairement à ce qu’indique mon nom, je vais être inhospitalier, voire hostile.

      Je n’avais pas lu Ann d’Angleterre de Julia Deck (Seuil, 2024) qui n’était pas encore sorti, et je n’aurais sans doute pas cru alors ce qu’elle raconte sur la façon dont l’hôpital a traité sa mère, puisque je ne l’avais pas vécu. Ce livre m’a beaucoup fait rire, j’en ai gardé plusieurs passages en mémoire, dont celui-ci : « Je nous imagine propulsées dans un film apocalyptique où une administration bananière prononcerait de beaux discours pendant qu’elle achèverait ses vieux dans des zones de non-droit. Ce n’est pas une hallucination, c’est une tactique. »

      Le cas de ma mère n’est pas unique. Je pense au contraire qu’il est très banal et que c’est pour cela qu’il faut raconter, encore et encore. Parce que beaucoup d’entre nous vont être confronté·es à cette réalité désormais : il n’y a pas de place pour les #mourants. J’ai bien conscience évidemment que ce n’est qu’un sous-cas de la faillite généralisée du service public : France Travail ne peut pas vous indemniser parce qu’il n’a aucune case pour votre précarité, l’hôpital psychiatrique ne peut soigner les schizophrènes armés qui se croient musulmans et vous ne pouvez pas mourir en paix parce qu’on a ôté de sous votre corps les lits et les structures, fussent-elles privées, adaptées à votre état.

      Pour ma mère, cela commence comme ça : un samedi matin, son infirmier m’appelle, elle est encore tombée. Il l’a retrouvée au matin chez elle, mais que je ne m’inquiète pas : les pompiers l’ont emmenée aux urgences de l’hôpital de M., « et elle peut remuer ses orteils ». L’infirmier a donné mes coordonnées aux pompiers, transmis les ordonnances. Puis il a appelé l’hôpital. Ils vont sans doute l’opérer, me dit-il, pour consolider sa colonne vertébrale, une cimentoplastie : une sorte d’injection de colle, trois fois rien, ce sera idéal pour son cas. Ma mère a 90 ans, donc je m’inquiète quand même. Je vis à 800 km, je ne peux pas me rendre sur place en un clin d’œil. Et à quoi servirai-je si on est en train de l’opérer ? Mais je suis aussi son dernier proche : tout le reste de la famille est mort, ses amies sont séniles, son armée d’#aides_à_domicile est, par définition, cantonnée au domicile. Ses capacités cognitives sont en outre diminuées depuis quelques mois et le transport dans un lieu étranger ne va rien arranger, je le sais d’expérience : je dois y aller, je ne peux pas la laisser seule dans cet endroit – je serai son point de repère.

      Aussitôt raccroché avec l’infirmier, j’appelle l’hôpital. Un automate propose d’énoncer le nom de la patiente : « Je n’ai pas compris votre demande. » Au bout de plusieurs heures, l’accueil répond enfin. On ne peut pas me passer le service, c’est le week-end. Ma mère doit être opérée, je dis que je vais laisser mes coordonnées pour qu’on me rappelle, mais mon interlocutrice refuse. Aimable jusque-là, je me raidis : je vais laisser mes coordonnées, insistai-je, car je suis non seulement son fils mais son tuteur légal, « et si elle meurt sur la table d’opération, cela vous évitera de prévenir la police pour retrouver ma trace ». Sensible à cet argument, la réceptionniste me passe le service. Au bout du fil, une femme semble soulagée de mon appel : ils ne savaient pas comment me joindre ni quel était son traitement médical. Je ne fais pas remarquer que l’infirmer a communiqué tout cela aux pompiers. Je transmets la dernière ordonnance que j’ai en ma possession par email. La femme ne sait pas comment va ma mère, sauf qu’elle ne peut pas répondre au téléphone, et l’opération ne se fera pas ce week-end. Il faudra attendre lundi pour parler au médecin.

      Autre récurrence médicale : mieux vaut agir que d’accepter que le réel résiste.
      (Voilà une constante remarquable de ces huit semaines qui s’ouvrent : les infirmières ne savent pas comment vont les malades, elles ne sont pas habilitées à le savoir. Les infirmières du soir ne savent pas quels sont les traitements du matin, elles n’étaient pas là, elles se contentent de donner ceux du soir, même si la malade, quand elle ne pourra presque plus déglutir, les rend, s’étouffe avec – ou les deux à la fois. Autre constante : le matin, on ne peut pas visiter les malades. En réalité, on peut par dérogation, si votre proche est gravement atteint, ce qui va se révéler le cas, mais en pratique on peut difficilement puisque, quand vous vous présentez, on vous intime de déguerpir par égard pour les autres malades, auxquels on prodigue des #soins toutes portes ouvertes. La double injonction contradictoire règne. L’une vous dit d’un air de reproche : « Les médecins étaient étonnés de ne pas vous voir ce matin. » À quelle heure passent-ils ? Vers 10 heures. Le lendemain à 9h30, on commence par vous demander de sortir : les visites, c’est à partir de midi. On vous explique la pudeur comme si vous aviez cinq ans. Vous justifiez votre cas. Vous avez tort quand même : les médecins passent à 9 heures, ne le savez-vous donc pas ?)

      Le lundi, le médecin m’appelle. La cimentoplastie ne suffira pas mais il a une solution pour ma mère. L’arthrodèse. Une opération complexe, il la décrit. Car c’est plus grave qu’on ne pensait. « À la radio, y a plus de colonne vertébrale… Avec son ostéoporose, la pauvre, j’ai jamais vu ça, je vous montrerai si vous voulez. » Je le crois sur parole, pas besoin de me montrer, et je ne sais pas lire les radios. Il ajoute qu’elle est « hyperalgique » (traduction : elle souffre atrocement), et donc intransportable. Mais elle a trouvé une position supportable, me dit-il, elle est immobile. « Bon, l’arthrodèse, je vous cache pas qu’à son âge, 90 ans, c’est une opération hyper lourde, on fixe des plaques. Je vais essayer mais c’est pas sûr que les vis tiennent, et alors là, après, on pourra pas réopérer et alors sa qualité de vie… » Les anesthésistes n’étaient pas chauds, ajoute-t-il, mais il a bon espoir de pouvoir opérer quand même, il attend un second avis collégial.

      Ce type doit être fou. Je résume dans ma tête : elle risque au pire de mourir durant l’opération ou au moins d’avoir des suites post-opératoires affreuses pour un retour à la case départ, c’est-à-dire en l’occurrence la case fin. « Si l’opération rate, est-ce qu’elle souffrira davantage après ? » Il n’en sait rien. Je suppose surtout que ça ne l’intéresse pas de savoir, puisqu’il devrait pour cela envisager le ratage.

      (Autre récurrence médicale : mieux vaut agir que d’accepter que le réel résiste. Dix-sept ans plus tôt, quand le cancer de mon père était en phase terminale, irrécupérable, l’oncologue m’a expliqué qu’on allait commencer une chimiothérapie plus agressive. J’ai fait remarquer que cela allait le tuer plus vite. « C’est sûr, mais si on ne l’avait pas transfusé hier, il serait déjà mort. » Je sais surtout que cela va le faire souffrir davantage, mais par une politesse imbécile, je ne dis rien. C’est le protocole, argumente le médecin, et il y a une chance infinitésimale, miraculeuse, pour que ce traitement ait un effet. Dix jours après sa chimio, mon père meurt en effet, son état s’étant, comme prévu, brusquement dégradé.)

      Le second avis des anesthésistes arrive le lendemain. Une femme me téléphone : elle et ses collègues refusent l’opération, trop longue et trop lourde vu l’état de la patiente. Ce sera la seule personne, en deux mois, à m’avouer que, oui, ma mère est condamnée à brève échéance par grabatisation puisqu’elle ne peut plus bouger. Les fonctions vitales vont se détraquer jusqu’à ce que mort s’en suive. Je parle de « soins palliatifs », elle renchérit, promet qu’elle fera tout ce qu’elle peut pour la soulager, je suis légèrement rassuré. Mais je ne reverrai ni n’entendrai plus jamais cette médecin. La même semaine, au détour d’un couloir, une infirmière désignera ma mère comme « la petite mamie en fin de vie ». Malgré cela, je n’aurai désormais plus qu’une seule réponse, extravagante, de personnes s’occupant de mourants : « Nous, vous savez, on s’occupe de la vie. » On traitera toujours ma mère comme une malade appelée à guérir – et moi comme un importun.

      Je débarque à l’hôpital le mardi. Trois heures de TGV, quarante-cinq minutes d’attente avant une heure de bus intercités, puis encore vingt minutes de bus. Je me présente dans le service. Une infirmière m’engueule en guise de bienvenue : où sont les serviettes de toilettes de ma mère ? Le gel douche ? Le shampoing ? Je vois qu’il n’y a qu’un gobelet en carton pour boire et que, ne pouvant bouger, elle se renverse systématiquement le liquide sur elle. Plus tard, en SSR, une aide-soignante me dira : « Ah bon, ils vous ont demandé des serviettes de toilette à l’hôpital ? Ils sont gonflés, ils en ont. »

      Ma mère demande en me voyant « Mais qui es-tu ? » d’un air presque joyeux. Je le lui explique, elle a l’air satisfaite. Cette désorientation ne va pas s’améliorer dans les deux mois qui viennent. Elle ne parle presque plus, se contente de répondre par « oui » ou par « non » à des questions de bien-être (froid, chaud, mal, faim, etc.). Elle se plaint de l’eau : « C’est pas bon ». Sans doute un symptôme de délitement physiologique. Aucune boisson ne sera plus jamais bonne. Parfois des phrases sortent toutes armées de la confusion générale : « Remets ton col, il est de travers » (et c’est vrai).

      Ce premier jour, je vais donc acheter les serviettes de toilette dans un hypermarché de ZAC, à vingt minutes à pied de l’hôpital. Je prends les produits d’hygiène dans une pharmacie. On n’y vend pas de « verre anti-fausse route » (un gobelet plastique avec une anse et une paille intégrée dans le couvercle). J’irai dans un magasin spécialisé en matériel médical le lendemain. Le gobelet fait merveille, ma mère peut enfin boire. Mais il disparaîtra quand on la transférera un mois plus tard de l’hôpital aux Soins de Suite et de Réadaptation. J’en rachèterai un autre. Hélas, chaque fois qu’un soin de nursing est prodigué à ma mère, sa tablette est écartée du lit et jamais remise en place, son verre systématiquement hors de portée. Je suis là tous les après-midi, j’ai loué une chambre en ville, je remets le verre près de sa main dès que je reviens dans sa chambre.

      Assez vite, une infirmière me demande si je veux donner ses médicaments à ma mère à la fin du dîner, elle les a broyés dans un peu de compote. Je le fais volontiers, puisque le soir je la nourris à la cuiller. Le lendemain, une autre que je ne connais pas pose les médicaments sur le plateau sans rien dire et repart. Je sors de la chambre et demande si je dois les lui administrer. La question étonne : oui bien sûr. Je les broie, je les mets dans la compote. Un jour, le broyeur (un petit pot en plastique) a disparu. Je pars dans les couloirs à la recherche d’un autre broyeur. Soupir, grimace : visiblement, j’agace. Un autre soir encore, j’ose demander pourquoi il y a autant de médicaments et si l’on ne peut pas en supprimer, ma mère n’arrive jamais à tout avaler, elle en laisse ; le Tanganil, par exemple, recommandé lors des crises de vertige. Un infirmier téméraire abonde : « C’est sûr que ça ne va pas lui servir à grand-chose, elle est allongée en permanence. » C’est le seul que j’aurais entendu, durant ce séjour, dire une chose de bon sens. Personne apparemment n’avait remis en question l’ordonnance que j’avais transmise.

      On ne peut pas garder ma mère en chirurgie orthopédique ni même à l’hôpital si on ne lui fait rien. Car elle occupe un lit qui serait plus utile à soigner d’autres vies : personne ne le dit mais c’est une évidence et je suis d’accord. Malheureusement, on ne peut pas la redresser ni l’asseoir, et la transporter est dangereux. Le chirurgien décide donc de faire quelque chose. Il a une idée. On va essayer un corset. Il en profite pour me raconter la technique de l’arthrodèse une deuxième fois. Une orthoprothésiste vient prendre des mesures. Il lui faut aller chercher quelqu’un pour « mobiliser » comme on dit ma mère, sinon elle ne peut pas passer le mètre-ruban. Ma mère souffre, elle crie. Le lendemain, on me dit que la jeune femme a refusé de faire le corset. Je suppose qu’elle n’est pas là pour torturer les gens. Qu’à cela ne tienne, on convoque un deuxième orthoprothésiste, un homme jeune, cette fois-ci. Les mesures sont prises de nouveau dans les cris, le corset fabriqué. Je rentre trois jours à Paris, je dois absolument travailler « en présentiel ».

      Mais maintenant qu’on soigne si bien les gens, les femmes finissent par périr irréparables, avec le squelette en miettes.
      Quand je reviens, c’est le soir, le corset est posé, ma mère implore en continu, de sa voix faible, « Mon Dieu, au secours, arrêtez, au secours ». Elle souffre visiblement. Les soignants et aide-soignants sont gênés de me voir. Je leur montre que ma mère a mal, ils sont obligés d’acquiescer. Je demande qu’on enlève le corset. Les infirmières disent qu’elles vont demander au médecin. Je demande à voir le médecin. Il n’est pas là. Je suis lâche et je n’en peux plus, je dis « Au moins donnez-lui un antalgique » et je m’en vais, il est vingt heures, ce spectacle est insoutenable. Le lendemain matin le chirurgien me reçoit (il me raconte à nouveau l’arthrodèse avec délectation, ça doit être son opération-signature) et me dit qu’il a constaté que le corset ne convenait pas et qu’il a donc préconisé de l’enlever – comme une preuve brillante de sa perspicacité. On finit par mettre ma mère sous morphine. Personne ne m’en informe alors que je viens tous les jours, mais je sais lire les étiquettes et je reconnais les hallucinations : j’ai déjà vu mon père et mon frère avec ce médicament.

      Chaque fois que je la quitte deux ou trois jours, ma mère met du temps à me reconnaître comme « son fils ». Après le « Mais qui es-tu ? » de la première fois, la suivante est pire, elle me vouvoie, me regarde comme un inconnu non invité. « — Tu ne me reconnais pas ? — Non. » Puis les liens rentrent dans l’ordre si je passe tous les après-midis avec elle. Vers le milieu de l’agonie, une soignante confirme : « Elle vous attend. – Je ne sais pas si elle me reconnaît vraiment. – Si, elle a dit que son fils allait venir ». Mais en général elle dort quand j’arrive.

      La dernière fois que je croise le chirurgien orthopédiste, il raisonne : on voit de plus en plus de cas comme ma mère, m’explique-t-il devant ses collègues des « soins palliatifs », deux femmes souriantes et mutiques que je verrai deux fois et qui ne pallient volontairement rien, car l’agonie de ma mère, discrète pendant leurs deux minutes de visite quotidienne, leur convient. Il existe des anxiolytiques pour personnes âgées, mais elles ne jugent pas utile de lui en prescrire, puisque je suis le seul témoin de son angoisse quotidienne. À son âge, il y a quelques années, continue le chirurgien, ma mère serait déjà morte d’autre chose. Mais maintenant qu’on soigne si bien les gens, les femmes finissent par périr irréparables, avec le squelette en miettes. Le roi de l’arthrodèse a cependant un dernier espoir : « que ça se recolle tout seul ». On lui fera une radio dans un mois pour savoir. Un miracle est si vite arrivé.

      En attendant la radio, on va donc envoyer ma mère en soins de suite et de réadaptation à un kilomètre de là. Un jour, il est prévu de la transférer : on l’emmène, mais les SSR se sont trompés, aucune chambre n’est libre. On la ramène, on la remet dans sa chambre d’hôpital. On lui a supprimé la morphine par la même occasion, j’ignore pourquoi, j’assiste en direct à sa descente et à son manque, elle ne comprend pas où elle est, son délire prend, comme souvent dans ce cas, la forme d’une logorrhée. Depuis qu’elle est hospitalisée, nous n’avons jamais autant parlé. Les chambres sont devenues doubles, des saumons japonais remontent des fleuves. Ce n’est pas à la télé qu’elle a vu ça, elle ne l’a pas. Elle me fait signe qu’elle l’a entendu. Mon père avait un dragon sous son lit qui faisait cuire des pommes de terre en crachant le feu. À chacun son animal.

      Là encore, personne ne m’a prévenu de rien, je suis venu à l’hôpital à l’heure dite du transfert pour l’accompagner, et elle était déjà revenue. Sans doute que je me laisse trop faire, sans doute qu’il faudrait gueuler, en imposer, avoir de mauvaises pensées et rudoyer cette humanité amorphe pour ce qu’elle est. Mais ce n’est pas de leur faute, me dis-je, c’est la loi de la jungle : pas d’argent pour l’hôpital, pas de pitié pour les mourants ni les proches. Ce doit donc être ma faute : je ne connais aucun médecin, nous sommes des prolétaires sans relations ni passe-droit, et l’infirmière-cadre m’assure que ce sera pareil dans une clinique privée. Il n’y a que certaines aides-soignantes et les femmes de ménage pour montrer un peu d’humanité.

      Quand je demande un point sur l’état de ma mère, deux fois par semaine, peut-être, pour connaître l’état de ses escarres, de son sommeil, de sa nutrition matinale, au moment d’un « nursing » ou de la prise des médicaments, l’infirmière va chercher son binôme et lui lance bien fort, d’un air narquois : « Y a le fils de Mme Loret qui voudrait des informations », comme elle dirait : « Démerde-toi ma petite. » Cela doit être un jeu entre elles. L’autre souffle ostensiblement, s’acquitte du pensum en résumant que « les constantes » vitales sont constantes. Personne ne veut affronter le fait qu’une patiente ou un patient va mourir, je le comprends bien. C’est l’impensable échec médical. Les gens qui ne peuvent pas guérir les emmerdent, ils en ont peur ou les évitent, et leurs familles avec. Personne ne peut dire « Oui, elle va mourir et nous allons vous accompagner tous les deux ».

      Finalement, au deuxième mois, il y a une place en SSR. Contraste frappant. Les aides-soignantes sont sympathiques, les infirmières toutes très jeunes et souriantes. Y a-t-il une distribution générale de Prozac ici ? Même s’il s’agit d’un service destiné à réadapter les accidentés, leur rendre leur autonomie, il y a d’autres cas désespérés de personnes qu’on ne peut plus « mobiliser ». Je m’attends donc à un peu d’intelligence de la part du gérontologue qui est assigné à ma mère. Hélas, celui-ci non plus n’arrive pas à me regarder dans les yeux. « Ici, on ne garde pas les gens plus de trois semaines », prévient-il. Il n’a pas l’air de croire à la consolidation spontanée qui permettrait d’échapper à la mort par grabatisation. « On va voir à la radio si on peut la mobiliser. — Et si on ne peut pas ? » Mais il faut la mobiliser : c’est la raison d’être des SSR.

      Au bout d’une semaine, un jour que je propose une énième compote à ma mère, elle répond « Je préférerais mourir ». Depuis le début, son visage est sans expression. Puis elle dit « Tu n’en as pas marre de moi ? » Je réponds « Non. Et toi, tu en as marre de moi ? — Non. » Dix jours plus tard, elle arrête définitivement de manger. Encore quinze jours, elle arrêtera de boire. Il n’y a que l’assistante sociale pour parler franchement : « Bon, elle nous fait un syndrome de glissement, on ne va pas se mentir. – Oui, je vois bien. Est-ce qu’on peut la transférer en soins palliatifs ? » Eh bien non, car elle ne souffre pas encore assez.

      C’est vrai qu’on n’est pas là pour achever les gens, suis-je bête : « on s’occupe de la vie », fût-elle invivable. Ce sera donc l’EHPAD. « Elle sera aussi bien soignée qu’ici. — Mais enfin, ça n’a aucun sens, elle va bientôt mourir, elle ne mange plus depuis deux semaines ». Je souhaite ramener ma mère chez elle. L’assistante sociale m’en dissuade. « Vous savez, ça peut durer très longtemps, on a eu une patiente qui est restée deux mois comme ça avant de mourir, vous vous imaginez seul avec elle ? » Car il est impossible de trouver du personnel assurant une garde 24 heures sur 24. Moi-même, je ne suis pas sûr que ma mère reconnaîtra sa maison – un ami me parle de son père hospitalisé à domicile qui disait « C’est bizarre, on dirait chez moi ». J’appelle son médecin traitant, son infirmier, personne ne connaît de service qui pourrait m’aider.

      Puisqu’elle va plutôt mourir que ressusciter, arguai-je auprès du gérontologue, ne peut-on lui procurer des soins palliatifs, puisqu’elle est de toute évidence en détresse ? J’ai apporté ses directives anticipées, rédigées il y a vingt ans : pas de souffrance inutile. Je répète ce qu’elle m’a dit : elle « préférerait mourir ». Évidemment, j’ajoute que j’ai bien conscience qu’elle est mentalement confuse. Peut-être préférait-elle mourir que de manger encore de la compote. « Je n’attends aucun miracle, je demande juste qu’elle ne souffre ni mentalement ni physiquement. » Le médecin fait une réponse minimale : « Donc nous sommes d’accord, si elle fait une crise cardiaque, nous ne la réanimerons pas. »

      L’assistante sociale trouve un EHPAD privé de luxe, me demande d’aller le visiter pour choisir une chambre, elle a transmis le dossier de ma mère. Le médecin de l’EHPAD est d’accord, on me demande un état précis de ses finances : le relevé en ligne de ses comptes ne suffit pas, il faut un papier tamponné par la banquière. À l’EHPAD, l’assistante sociale, qui est aussi apparemment directrice commerciale, me fait l’article : « Ici, quand ils ont un souci, les résidents sonnent et on leur parle via ces terminaux électroniques dernière génération, ça les rassure et ça évite de déranger le personnel pour rien. » Génial, ils ont inventé la téléassistance. « Ça fait longtemps que ma mère ne peut plus appuyer sur une sonnette », cinglai-je. Vont-ils la laisser crever si elle ne peut se manifester ? Je croyais qu’ils avaient lu son dossier. Je ne gifle pas la commerciale sociale : mais être aussi déconnectée du mourir me semble, à ce tarif-là, impardonnable.

      J’ai le choix entre une chambre assez grande, ensoleillée avec balcon, et une autre côté nord, avec vue sur un parking : « Non je ne vais pas prendre celle-ci, lui dis-je, sinon c’est moi qui saute par la fenêtre. »

      Dans un de ses rares moments de lucidité, ma mère me dit que le gérontologue lui a annoncé son transfert dans « une maison ». Elle n’a pas compris le but. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut pas être transportée, cela lui fait trop mal, je vois que c’est une angoisse insupportable. Je lui dis qu’elle n’ira pas, je lui dis que je viendrai avec elle, je dis n’importe quoi. C’est un chemin de croix pour elle comme pour moi, il n’y a que du malheur et de la douleur depuis des semaines, on n’en peut plus. J’écris à un ami : « Rester à ses côtés, croire la retenir à bout de souffle et des “à demain” échangés jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de demain ou plus d’échange, est épuisant. » Un soir, vers la fin, une aide-soignante ukrainienne me ramasse en pleurs à l’arrêt de bus et me raccompagne en voiture au centre-ville. Elle me conseille de parler à un autre gérontologue du service, selon elle moins borné. Mais je n’aurai pas le temps.

      Parfois, il y a des moments drôles dans l’horreur. Un soir, avant qu’elle cesse de manger, comme je suis épuisé, je décide de m’éclipser, rentrer dans mon Airbnb et laisser l’aide-soignante la nourrir. Je soulève néanmoins la cloche en plastique, ma mère commence à faire le geste de porter une cuiller imaginaire à sa bouche, comme elle le fait depuis un moment. Mais le plat est fumant. Je lui crie : « Ouh là là, c’est très chaud ! Il faut attendre un peu ». J’ajoute : « Bon, je vais y aller, je vais rentrer. D’accord ? Tu me fais un bisou ? » Je lui tends la joue et elle mord dedans à belles dents qu’elle n’a plus, aussi bien que je ne sens rien. « Mais maman, ce n’est pas de la nourriture, c’est ma joue ! – Ah ben c’est malin, ça », me répond une autre région de son cerveau qui fonctionne encore, et qui croit que je lui ai fait une blague. Elle a une sorte de petit rire.

      Dans le même service de Soins de Suite et de Réadaptation, il y a une madame G. qui gueule en permanence, parle mal au personnel et a des exigences. J’apprendrai un peu plus tard qu’elle a été cheffe de quelque chose, habituée à commander. Elle a mordu jusqu’au sang une aide-soignante. Le premier dimanche où je l’entends, elle hurle en continu pendant presque une heure « J’ai mal, ma piqûre ! Viiite ! » Parfois, entre deux redites, elle menace de souiller ses draps, ou elle croit qu’elle l’a fait (une aide lui explique que ce n’est pas possible, vu qu’elle a, comme la plupart des vieillard·es ici, une sonde urinaire et une couche). Au bout d’un moment quelqu’un vient. Peut-être a-t-elle sa piqûre. Elle se tait.

      Trente minutes après, ça recommence, autre disque rayé, une longue plainte : « Je n’ai pas mangé, j’ai faim ! » Ses cris sont insupportables. Cela dure encore un moment et, au bout d’une énième répétition, elle ajoute à son « Je n’ai pas mangé, j’ai faim ! », en guise d’argument supplémentaire, d’un ton presque informatif et quelques décibels plus bas : « Et la dame à côté, elle a mal à la tête. » Je ris nerveusement.

      Le moment de la radio qui doit montrer si la colonne vertébrale s’est réparée approche. On me promet qu’on lui donnera un « bolus » de morphine, un supplément. Le jour J, l’examen est reporté ou annulé, ce n’est pas clair. Je dois repartir une seconde fois à Paris travailler, c’est obligatoire. Je reviendrai pour le jour du transfert à l’EHPAD, le mercredi suivant. Mais le dimanche soir, une infirmière appelle. L’état de ma mère s’est dégradé. « Vous voulez dire que c’est mieux si je viens le plus vite possible ? — Oui. » Et en effet, le lundi, je la retrouve inconsciente, il y a cinq moniteurs et pompes divers accrochés à son corps. « Vous la mettez toujours à l’EHPAD ? » Plus que jamais, apparemment. Le mardi, veille du transfert prévu, on m’informe qu’on va finalement l’emmener en soins palliatifs à 50 km de là, dans une clinique religieuse privée. Je change de ville et d’appartement, je me retrouve à la clinique à dix heures du matin, l’ambulance de ma mère est encore dans la cour.

      Là, un médecin en soutane m’apprend qu’on l’a transportée d’abord à l’hôpital de T. pour la radio promise : les vertèbres se sont bien ressoudées, mais avec des atteintes neurologiques définitives. Je la vois, on l’a débranchée, elle est consciente et ne peut presque plus articuler, on dirait un cadavre. Ici, ils ont une autre approche du traitement de la douleur, explique le médecin. Mais la comédie de la résurrection continue : on me demande d’aller acheter gel douche et shampoing (les SSR les ont gardés), du dentifrice et une toute petite brosse à dents chirurgicale pour masser ses chicots. Si je peux apporter des vêtements aussi. « Vous allez l’habiller ? — Oui bien sûr, on habille les patients ici, c’est une question de dignité. » Un infirmier me montre comment hydrater sa bouche avec un écouvillon à bout de mousse, puisque la déglutition ne fonctionne plus. Elle suce l’eau bicarbonatée et manque de s’étouffer.

      Il y a une psychologue aussi, qui est très présente. Trois fois, elle essaie de faire prononcer à ma mère les prénoms de ses fils. Une bouillie incompréhensible sort. Elle me dit : « Rentrez, vous êtes épuisé, c’est vous qui allez mourir si vous continuez. » Elle articule très fort à ma mère : « Votre fils est fatigué, il va rentrer. Vous aussi, vous êtes très fatiguée, je le vois, vous allez dormir. » Et à moi : « Reposez-vous, et demain revenez le plus tard possible, vous en avez assez fait. » Voilà qui me semble raisonnable. Je retourne à ma location.

      À zéro heure dix, la clinique m’appelle pour me dire que ma mère est décédée. Depuis sa chute deux mois plus tôt, elle aura passé moins de vingt-quatre heures dans un service adapté.

      #Hôpital #médecins #directives_anticipées #maltraitance #violence_médicale #mourir #mort #Éric_Loret #récit

  • Catastrophe, cette fois, c’est Parcoursup qui se fait pirater ! 705 000 candidats concernés par une fuite de données
    https://www.clubic.com/actualite-610417-catastrophe-cette-fois-c-est-parcoursup-qui-se-fait-pirater
    https://pic.clubic.com/v1/images/2211558/raw
    Une certaine interprétation de l’idée de « jouer franc jeu »

    Pour les candidats qui étaient mineurs au moment de leur inscription, l’exposition est encore plus importante. Les fichiers volés contiennent en effet des informations sur leurs parents ou tuteurs légaux. Les pirates connaissent ainsi leur lien avec le candidat, mais aussi leur catégorie socio-professionnelle. Concrètement, le piratage ne touche pas seulement les jeunes concernés, mais il écorne aussi, indirectement, la vie privée de leurs familles.
    Phishing, usurpation d’identité, les vrais risques qui guettent les 705 000 victimes de Parcoursup

    Mis au courant courant mars 2026, le ministère de l’Enseignement supérieur a choisi de jouer franc jeu, même si l’annonce publique a tardé, jusqu’au 23 avril.

    #France_passoire

    • J’ai vécu dans ma petite enfance en pays chelh.

      Aït Sadden, ou dans sa forme arabisée "Beni Sadden", est une tribu berbère du Moyen Atlas qui occupe une aire géographique située entre Fès, Sefrou, Taza et la province de Taounate. Elle se trouve à 35 kilomètres au nord-est de la ville de Fès, et à 70 kilomètres au sud-ouest de la ville de Taza.

      La région « Aït Sadden » s’étend approximativement de Sidi Harazem à Ouled Ayyad, en direction de Taza. Elle est entourée de deux grands barrages : Moulay Idriss au nord, et Aït Youb (dit Allal El Fassi) au sud-est. Les deux barrages sont inter-connectés par un tunnel souterrain de 18 kilomètres servant à produire de l’électricité via une chute située en aval du bassin de compensation situé à Oueled Ayyad. Les revenus des habitants proviennent essentiellement de la culture des céréales et des migrants à l’étranger. La tribu est connue pour une forte scolarisation, depuis le début du XXe siècle, et ce n’est pas une coïncidence si le premier amazigh à avoir son bac en 1949 soit de cette tribu. De même cette scolarisation a permis à de nombreux membres de cette tribu d’intégrer la fonction publique couvrant tous les secteurs qui existent au Maroc et à un degré moindre en Europe.

      La confédération Aït Sadden parle le tamazight, sa culture ne diffère pas de celle des autres tribus du Moyen Atlas, sauf qu’elle est l’une des rares à parier précocement sur la scolarisation de la femme.

      Dans la commune rurale de Ras Tabouda dans les Beni Sadden . J’ai parlé le chelh et le français jusqu’à mes cinq ans avant d’être scolarisée. Le drame de ma vie est d’avoir perdu cette langue en apprenant à lire et écrire le français.

    • Une belle histoire que la tienne @mfmb, merci !
      Il n’est jamais trop tard pour reprendre ton apprentissage :) et les souvenirs reviennent parfois en stimulant son envie de savoir.

  • Mariella Mehr, la voix des Yéniches - France Culture
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-mariella-mehr-la-voix-des-yeniches

    Épisode 1/2. Les enfants de la grand-route
    Née à Zurich en 1947, Mariella Mehr, est arrachée à sa famille, placée, internée puis emprisonnée. Devenue journaliste et écrivaine, elle dénoncera les enlèvements d’enfants yéniches menés par la fondation Pro Juventute avec le soutien de l’État suisse.

    Épisode 2/2. Écrire pour survivre
    À 16 ans, sans études, Mariella Mehr commence à écrire. Poèmes, romans et essais mêlent sa vie et la violence faite aux Yéniches. Par l’écriture, elle dénonce, survit et lutte, obtenant reconnaissance et excuses officielles.

  • #Mégabassines, #data_centers : « La guerre contre l’#eau s’est intensifiée »

    Dans le livre-enquête « Les Assoiffeurs », les journalistes Nicolas Celnik et Fabien Benoit montrent comment certains acteurs privés accaparent, avec la bénédiction de l’État, une ressource de plus en plus rare et de plus en plus polluée.

    DepuisDepuis dix ans, un tiers du territoire français subit des restrictions d’eau et le pays vit désormais au rythme d’épisodes de sécheresse toujours plus longs et plus intenses. Qui demain aura accès à l’eau ? De quelle qualité ? Depuis les années 1980, près de 14 000 captages d’eau potable ont dû fermer en raison de taux de pollution aux pesticides trop importants. Et le scandale de la contamination massive aux PFAS ne fait que commencer…

    À Sainte-Soline, les militants en lutte contre l’accaparement de l’eau par le modèle agricole productiviste ont reçu pour toute réponse du gouvernement un déluge de grenades.

    Dans une enquête fouillée, les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik montrent comment certains acteurs privés, des producteurs de maïs aux promoteurs de data centers, font main basse sur l’eau, avec la bénédiction de l’État.

    Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (Les Liens qui libèrent, 2026) pointe comment certains comptent aussi capitaliser sur la raréfaction de la ressource et sur les inquiétudes concernant la santé. Entretien.

    « Mediapart » : La loi d’urgence agricole qui arrive à l’Assemblée nationale le 19 mai comporte un important volet sur l’eau. Une fois de plus, le gouvernement veut « sécuriser » l’accès à l’eau pour les agriculteurs et agricultrices irrigant·es, au détriment des autres usagers et usagères, en favorisant notamment la construction de mégabassines.

    Fabien Benoit : On a beaucoup parlé de guerre de l’eau, notamment autour des bassines. Pour nous, il y a surtout une guerre contre l’eau, c’est-à-dire contre cette ressource, pour l’accaparer, pour l’abîmer. Cette loi d’urgence agricole en est un nouvel épisode. Si on met d’ailleurs bout à bout la loi d’orientation agricole qui consacre l’intérêt majeur de l’agriculture, les arrêtés sécheresse qui exonèrent régulièrement les plus gros accapareurs de l’eau, et la révision de la directive-cadre eau européenne qui est sur la table…, on se rend compte que cette guerre contre l’eau s’est intensifiée, au détriment de sa qualité, de sa disponibilité.

    Nicolas Celnik : Il y a dans ce projet de loi deux articles qui entrent en résonance avec notre enquête : l’article 6, qui prévoit que le préfet puisse déroger aux schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) pour des projets d’ouvrage de stockage de l’eau, et l’article 5, qui rend facultative la consultation publique pour construire une bassine. Cela correspond à ce que le chercheur Sylvain Baron appelle la « préfectorialisation de la politique de l’eau ». C’est la volonté de donner aux préfets des moyens de contourner cette démocratie locale de l’eau, qui est certes imparfaite, mais qui reste une expérimentation démocratique vraiment intéressante. Là, on assiste à une « reverticalisation » des politiques de l’eau au nom des intérêts économiques.

    Vous montrez bien dans votre livre comment ceux que vous appelez les « assoiffeurs » parviennent à s’affranchir du droit commun pour faire main basse sur la ressource.

    N. C. : Nous avons cherché à comprendre les stratégies des grands acteurs économiques (agriculture, data centers, embouteilleurs…) qui s’assurent qu’ils bénéficieront de réserves d’eau, même dans des situations de tension sur la ressource. Leur travail de lobbying a été, effectivement, de normaliser des situations d’exception. Alors qu’il existe en France une hiérarchie des usages de l’eau qui priorise la santé humaine, puis les écosystèmes et enfin les enjeux économiques, être parvenu à imposer l’agriculture comme « d’intérêt général majeur » dans la loi inverse cette hiérarchie. On normalise le fait qu’en cas de sécheresse, l’activité économique vaut autant que la préservation de l’environnement. Une mégabassine est présumée dans la loi Duplomb d’intérêt général majeur.

    F. B. : Et quand on parle de « l’agriculture qui a besoin d’eau », il faut rappeler quelques ordres de grandeur. L’agriculture représente 60 % de la consommation d’eau douce en France, 92 % de cette eau-là va à l’agriculture irriguée. Et les surfaces irriguées en France, c’est 7 à 8 % des surfaces. Donc, 93 % du monde agricole n’a pas besoin de beaucoup d’eau. Ce n’est pas « l’agriculture » qui a besoin d’énormément d’eau mais un certain modèle agro-industriel qui produit de la céréale, dont en bout de chaîne 7 % environ sert finalement à l’alimentation humaine.

    Vous dites que c’est la répression des manifestant·es de Sainte-Soline contre les mégabassines qui vous a donné l’envie de faire ce livre. Pourquoi ?

    F. B. : L’usage extrême de la violence pour réprimer des militants qui défendaient l’eau comme un patrimoine commun, ce qui est inscrit dans la loi, nous a effectivement frappés. L’idée d’accaparement de l’eau était au cœur de cette mobilisation et cela nous a conduits à nous interroger sur les acteurs qui aujourd’hui accaparent cette ressource avec le soutien de l’État.

    N. C. : Concernant l’agriculture, c’était intéressant d’essayer d’enquêter sur le fonctionnement de ce petit monde du lobbying de la FNSEA. Le principal syndicat agricole a un groupe dédié spécialement au lobbying sur la production du maïs, et ce lobby a son propre lobby interne spécialement dédié à l’irrigation du maïs. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin de beaucoup d’eau pour le maïs, et en particulier au pic de chaleur, parce que c’est une plante tropicale.

    Ils ont travaillé à diffuser l’idée, notamment dans les médias, qu’il fallait absolument stocker l’eau d’hiver pour l’été parce que sinon l’eau « partirait à la mer ». En fait, d’après les compréhensions du cycle de l’eau, il est au contraire important de laisser l’eau s’infiltrer dans la terre, être stockée dans des zones humides, comme l’expliquent les hydrogéologues. Le lobbying de la FNSEA a aussi consisté à faire travailler le concept de « souveraineté alimentaire », qui signifiait initialement la capacité de manger ce qu’on produit, et qui désigne à présent la capacité de choisir vers qui l’on exporte notre production. Au nom de la « souveraineté alimentaire », on soutient les producteurs de maïs qui exportent pour nourrir le bétail.

    Et vous montrez aussi comment désormais la transition écologique – avec le besoin d’électrifier les usages – sert aussi de prétexte à sécuriser l’accès à l’eau pour les industriels des semi-conducteurs ou des data centers.

    F. B. : Oui, parce qu’on a une transition écologique qui est carbo-réductionniste, c’est-à-dire qui s’intéresse uniquement aux émissions de CO2, en occultant tout le reste. Et, effectivement, l’électrification, comme le numérique, implique une course aux métaux, ce qui veut dire des besoins colossaux en eau.
    C’était important pour nous de déconstruire certaines idées reçues, notamment celle d’une « transition écologique et numérique ».

    Comme si, en soi, le numérique était synonyme de mieux-disant écologique. C’est absolument faux et c’est le fruit d’un récit, forgé depuis des décennies, pour nous faire croire que le numérique s’affranchirait de la matière et de la pression sur les écosystèmes.

    En réalité, depuis les mines, en passant par la production de semi-conducteurs, le fonctionnement des data centers, jusqu’à tous les appareils numériques qu’on a entre nos mains, on a un continuum qui demande beaucoup, beaucoup de matières premières et, à chacune des étapes, énormément d’eau. À un moment, ce n’est plus soutenable.

    Face à ce secteur-là qui est dans une croissance exponentielle, notamment en raison du développement de l’intelligence artificielle (IA), il y a une forme de gouffre hydrique qui se présente devant nous. Il faut se rappeler que le secteur des data centers, c’est 30 % de croissance par an. Aux États-Unis, on construit plus de data centers que de bureaux. Là, le côté systémique est intéressant, car qui pointe le bout de son nez dans cette équation-là ? Ce sont les acteurs industriels de l’eau, qui disent : « Vous n’y arrivez pas, mais on peut vous construire une usine de désalinisation, on peut produire de l’eau pour vous. »

    Effectivement, vous le montrez bien, plus la ressource en eau est dégradée, plus il y a un marché.

    N. C. : Oui, ce sont des sortes d’intérêts bien compris où le secteur des technologies de dépollution de l’eau devient l’acteur qui permet aux autres leur forme d’accaparement. Sans ces « solutions » de traitement de l’eau de plus en plus complexes et chères, on serait obligés de se demander justement comment on utilise l’eau, comment on se la partage. En somme, de questionner les usages de l’eau.

    Là-dessus, nous racontons comment des géants de l’eau comme Veolia, Suez et d’autres, qui faisaient leur business en distribuant l’eau dans les villes, ont été obligés de revoir leur modèle, prenant acte d’un mouvement de remunicipalisation (à la suite de nombreux scandales financiers notamment). Ils se présentent depuis une dizaine d’années comme des champions de la « transition écologique » et de la dépollution. D’après leurs déclarations aux investisseurs, leurs clients ne sont pourtant pas les usagers individuels, vous et moi, qui avons besoin d’eau pure au robinet : leurs principales cibles commerciales sont les infrastructures industrielles, comme les data centers ou les usines de semi-conducteurs, qui ont besoin d’eau très pure pour ne pas corroder leurs équipements, etc.

    Ces procédés sont aussi extrêmement énergivores et ont des effets délétères sur les écosystèmes. L’eau relève d’enjeux éminemment locaux. Ce qui est prélevé ici ne peut pas être compensé en remplissant une nappe à l’autre bout du pays. Et puis derrière, quid de tous les autres effets de l’extraction minière, sur la biodiversité, sur la destruction des terres arables qu’on utilise pour alimenter cette machine ?

    F. B. : Ce solutionnisme technologique est un autre nom pour le business as usual et la destruction du vivant. La réutilisation des eaux grises, qui semble être du bon sens, c’est une façon de ne pas questionner les usages, de les pérenniser, et c’est de l’eau qui n’est pas rendue aux milieux. Donc, cela portera atteinte à la bonne santé des écosystèmes.

    Et puis, on peut dérouler le même raisonnement sur la désalinisation, qui répond à la même logique, avec toujours des conséquences très lourdes d’un point de vue écologique. L’impensé, c’est celui des interdépendances. On ne peut pas traiter le sujet de l’eau isolément, sans traiter celui de la biodiversité, de la santé des milieux, de la santé humaine. Alors que dans le débat public, dans les discours politiques, le sujet a tendance à être traité de manière uniquement technique, comme une question de flux, de stocks. Les industriels de l’eau parlent de « produire de l’eau », comme si on pouvait en fabriquer de toutes pièces, ce qui est complètement inepte.

    L’eau en bouteille a historiquement construit son modèle économique sur celui de la santé. Les industriels ne voient pas d’un mauvais œil l’inquiétude grandir sur la qualité de l’eau.

    F. B. : Le risque avec l’eau en bouteille, deux mille fois plus énergivore que l’eau du robinet, c’est que cela devienne effectivement une réponse de marché à un problème public, qui est celui de la qualité de l’eau. Et en même temps, l’industrie de l’embouteillage a subi quand même des revers, des polémiques qui font que la pureté supposée des eaux en bouteille en a pris un coup. Un doute est en train de se diffuser autour des eaux en bouteille, avec, évidemment, le cas emblématique de Nestlé, mais pas uniquement.

    Et il y a tout ce qu’on ne veut pas voir quand on parle de qualité de l’eau au sens large, qu’il s’agisse de l’eau en bouteille ou du robinet. Il y a plein de choses qu’on ne tente pas de détecter. Sur la question des PFAS, c’est particulièrement interpellant. On se rend compte qu’on contrôle 20 PFAS depuis janvier 2026, alors que l’EPA américaine parle de 14 000 variétés de PFAS ou qu’une autre agence américaine évoque plutôt 2 millions. Il y aurait sans doute une panique morale totale si on commençait à essayer de détecter tout ça.

    N. C. : Face aux pollutions au PFAS, aux pesticides, on se dit : soit on boit de l’eau en bouteille, soit on « maxifiltre » l’eau qui va arriver au robinet. Et c’est ce qu’on voit en Île-de-France avec le projet du Syndicat des eaux de la région, qui est un projet à 1 milliard pour avoir de l’eau potable pour une partie des communes d’Île-de-France, dont Paris ne fait pas partie. Ce projet mise très majoritairement sur le traitement, alors qu’il serait entre cinq et dix fois moins cher de prévenir plutôt que guérir, d’après certaines études. La régie publique Eau de Paris, par exemple, a essayé de passer des pactes avec les agriculteurs pour avoir moins d’épandage de pesticides, donc ils peuvent se permettre de mettre en place des solutions de traitement moins coûteuses.

    Mais certains y trouvent leur compte. L’entreprise DuPont, qui est une grande émettrice de PFAS, est la même qui vend des membranes de filtration des PFAS pour potabiliser l’eau. Water Europe, qui est le lobby européen des entreprises de traitement de l’eau, dont Suez-Veolia et autres, demande à la Commission européenne 255 milliards sur cinq ans, juste pour investir dans ces technologies de traitement. Il y a un risque de système à deux vitesses, entre les grandes métropoles qui pourront investir dans ces systèmes très coûteux de dépollution de l’eau et des communautés de communes rurales pour lesquelles ce sera beaucoup trop cher.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/080526/megabassines-data-centers-la-guerre-contre-l-eau-s-est-intensifiee
    #centres_de_données #guerre_de_l'eau #privatisation #rareté #pollution #sécheresse #eau_potable #pesticides #PFAS #Sainte-Soline #accaparement #guerre_contre_l’eau #agriculture #préfectorialisation #démocratie #démocratie_locale #reverticalisation #économie #intérêts_économiques #lobbying #santé #écosystèmes #intérêt_général_majeur #loi_Duplomb #irrigation #industrie_agro-alimentaire #répression #résistance #violence #FNSEA #maïs #cycle_de_l’eau #souveraineté_alimentaire #élevage #bétail #transition #numérique #matières_premières #IA #AI #intelligence_artificielle #data_centers #centres_de_données #dépollution #Veolia #Suez #business #remunicipalisation #municipalisation #semi-conducteurs #énergie #techno-solutionnisme #eaux_grises #désalinisation #interdépendances #biodiversité #eau_en_bouteille #Nestlé #qualité #qualité_de_l'eau #pesticides #business #DuPont #filtration #Water_Europe

    • Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau

      Le 25 mars 2023, à Sainte-Soline, un déluge de grenades s’abat sur les manifestants. Plusieurs personnes restent à terre. Deux tombent dans le coma. Marqués par cet épisode, Fabien Benoit et Nicolas Celnik se lancent dans une vaste investigation et découvrent que les mégabassines ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

      Ils livrent ici les résultats de leur enquête, menée sur plus de deux ans, sur ces entreprises qui ont fait main basse sur l’eau, ces « assoiffeurs » qui ont privatisé ce bien commun et prévoient désormais de tirer profit de la pénurie qui s’annonce, avec le soutien de l’État.

      Cet ouvrage entend mettre à jour les stratégies et plans pensés par ces entreprises pour accroître encore leur emprise en faisant appel au solutionnisme technologique, qui nous enserre collectivement et nous empêche d’enclencher une véritable discussion politique et démocratique sur le partage de l’eau.

      Du lobbying en faveur des mégabassines aux efforts des grands acteurs du numérique pour masquer leur consommation d’eau, en passant par les manœuvres des producteurs de PFAS pour vendre des solutions dépolluantes à des prix exorbitants, ce livre-enquête révèle l’ampleur du dévoiement de la « démocratie de l’eau à la française », court-circuitée par des collusions politiques et jeux de pouvoir.

      https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Les_Assoiffeurs-9791020923691-1-1-0-1.html
      #livre

    • et Veolia c’est qui ? c’est Bolloré.
      Et quels sont les députés qui ont refusé de laisser les premiers m3 d’eau gratuits aux pauvres ? c’est les députés fachos, oups les nazis, oups les députés du parti fondé par des nazis.
      A Toulouse ils te collent du Eau-Toulouse-Metropole mais en fait derrière c’est Véolia Bolloré. Du Moudenc tout craché. Et l’eau est devenue plus cher l’été, tour de passe passe.

  • Comment Moscou resserre son étau sur l’Internet russe | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/comment-moscou-resserre-letau-de-son-pouvoir-sur-linternet-russe/00118479

    Les coupures de connectivité répétées dans les grandes villes russes depuis mars témoignent d’une mainmise de plus en plus forte des autorités sur le Net. Et suscitent une sourde colère dans la population.

    Une femme utilise son téléphone portable près de la place Rouge de la capitale Moscou, en Russie, le 3 mai 2026. PHOTO : SEFA KARACAN / Anadolu via AFP
    Par Eva Moysan

    Les cartes routières se vendent comme des petits pains à Moscou. Dans la capitale russe et dans plusieurs villes du pays, des coupures massives du réseau internet depuis début mars forcent la population à s’adapter en revenant à des outils du siècle passé.

    Les coupures se poursuivront « aussi longtemps que nécessaire » pour assurer « la sécurité des citoyens » face aux « menaces ukrainiennes », a déclaré le Kremlin, sans plus d’explications. Quelques jours plus tôt, deux messageries populaires, Telegram et WhatsApp, avaient été bloquées. Cela déplaît à la population et la popularité de Vladimir Poutine a même baissé dans les enquêtes d’opinion.

    Francesca Musiani, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la sociologie de l’innovation, estime que « les tests de coupures, les blocages massifs et la mise en place d’un DNS [système de noms de domaine, NDLR] national montrent que la Russie progresse vers une capacité réelle de segmentation du réseau », c’est-à-dire à se déconnecter du réseau internet mondial.

    Cette ambition remonte à une quinzaine d’années. En 2010, le décret du 17 octobre sur l’utilisation des logiciels domestiques marque une première étape dans la volonté de contrôle technique d’Internet en Russie. Cette décision intervient après les mobilisations contre la réélection de Vladimir Poutine en 2011-2013, organisées et coordonnées en ligne.

    « L’analyse selon laquelle Internet est un outil aux mains des Etats-Unis qui s’en servent pour orchestrer des changements de régime à l’étranger, défendue par les services de renseignement, va prendre le dessus sur une lecture plus libérale », détaille Marie-Gabrielle Bertran, géographe, chercheuse au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (Ciens). Au cours des années 2010, les lois et les décrets de contrôle s’empilent.
    « Runet souverain »

    « Sur le plan législatif, un tournant majeur est la loi de 2019 sur le “Runet souverain” », explique Francesca Musiani. Le gouvernement justifie cette loi par la nécessité de se préparer au risque que la Russie soit déconnectée de l’Internet mondial en créant une infrastructure propre, entièrement contrôlée par l’Etat. En pratique, les fournisseurs d’accès à Internet ont dû installer un boîtier de surveillance (TSPU) permettant à l’Etat de tracer et filtrer le trafic, sous l’autorité du régulateur public Roskomnadzor.

    Les années suivantes, la répression s’est renforcée avec par exemple le blocage d’adresses IP et de sites, y compris ceux d’opposants politiques. Le pouvoir russe a également cartographié finement le réseau afin de contrôler les points entrants et sortants du territoire.

    « A cela s’ajoute une pression sur les acteurs privés, notamment les fournisseurs d’accès à Internet, en les obligeant à stocker localement des données, la promotion de plateformes nationales (VK, Yandex) 1 et la marginalisation des services étrangers », poursuit la sociologue.

    « Les petits opérateurs ont été rachetés par de plus gros, contrôlés par des oligarques proches du pouvoir », ajoute Marie-Gabrielle Bertran.
    Contrôle accru depuis 2022

    A partir de 2022, la guerre d’invasion menée contre l’Ukraine a accéléré la centralisation du contrôle. Les autorités russes ont ainsi bloqué ou ralenti les sites de nombreux médias, d’ONG, des réseaux sociaux et des messageries en ligne qui ne se conformaient pas aux lois de censure. C’est le cas de Twitter et de Facebook, de YouTube ou de Discord, parmi d’autres.

    En outre, « les sanctions et le retrait d’acteurs occidentaux ont paradoxalement facilité l’isolement numérique en poussant le développement de solutions locales », constate Francesca Musiani.
    La liberté sur Internet s’est fortement dégradée depuis 15 ans en Russie
    Note sur 100 de la liberté sur Internet en fonction des obstacles à l’accès, des contenus restreints et de la violation des droits des utilisateurs, 0 étant le moins libre et 100 le plus libre.
    Source : Freedom House

    Aujourd’hui, seuls les VPN et les données chiffrées échappent encore au contrôle des autorités. Mais la pression monte autour des VPN, qu’elles cherchent à interdire.

    « La trajectoire russe s’inscrit dans une tendance globale à la “territorialisation” d’Internet. Les régimes autoritaires (Russie, Chine, Iran) sont les plus avancés dans cette logique, combinant censure, surveillance et infrastructures nationales fermées, mais le phénomène dépasse ces seuls régimes », décrit la sociologue du CNRS.

    Seuls les VPN et les données chiffrées échappent encore au contrôle des autorités russes

    Les démocraties aussi instaurent des mesures de contrôle, au motif de lutter contre le terrorisme, le narcotrafic ou contre la pédocriminalité… Autant de raisons invoquées dans le passé par les autorités russes.

    La France pourrait-elle ainsi suivre la voie de la Russie ? « La difficulté dépend de la centralité des réseaux et du nombre d’opérateurs… Or, l’Hexagone est très centralisé et il existe peu d’opérateurs, ce ne serait donc pas compliqué à mettre en place », répond Marie-Gabrielle Bertran.

    Les résistances pourraient surtout être juridiques et politiques. Mais, pour cela, il est essentiel que les élus et les citoyens soient sensibilisés aux enjeux du respect de la vie privée numérique.
    Eva Moysan

    #Francesca_Musiani #Russie

  • Master Poulet : « Arrêtons de surveiller l’assiette des pauvres, réfléchissons à nos pratiques alimentaires » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/politique/070526/master-poulet-arretons-de-surveiller-l-assiette-des-pauvres-reflechissons-

    Au départ, c’est un conflit picrocholin entre le maire d’une ville de banlieue parisienne et une enseigne de restauration à emporter pas chère, spécialisée dans le poulet rôti – halal, et cela n’est pas étranger à l’écho médiatique qu’il a reçu.
    À la fin, c’est devenu une affaire nationale qui dit beaucoup des tensions de la société. Elle a pour théâtre Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) et pour acteurs l’élu socialiste Karim Bouamrane et la chaîne Master Poulet. 
    Certains aspects politiques et médiatiques de cette bataille sont assez ridicules. Mais les enjeux, eux, sont passionnants : il est en effet question de bonne bouffe ou de « malbouffe », de santé alimentaire, de business et de pouvoir d’achat, de #gentrification urbaine, et de la façon dont les classes populaires et leurs usages culturels, réels ou supposés, alimentent tous les fantasmes d’une partie du pays. 
    Une émission présentée par Mathieu Magnaudeix, préparée avec Adèle Humbert.

    Nos invité·es : 
    Nora Bouazzouni, journaliste indépendante, autrice de Mangez les riches, la lutte des classes passe par l’assiette (Nouriturfu, 2023) ; 
    Anne Clerval, géographe à l’université Gustave-Eiffel, coautrice de Les Naufragés du Grand Paris Express (La Découverte, 2024) ; 
    Jeanne Demoulin, sociologue, coautrice d’Élus des #banlieues populaires (PUF, 2026).

    #alimentation #viande #classes_populaires #Grand_Paris #fast_food #restauration

  • Le symbole « micro-ondes » sur vos boîtes en plastique ne veut pas dire ce que vous croyez depuis des années
    https://sciencepost.fr/le-symbole-micro-ondes-sur-vos-boites-en-plastique-ne-veut-pas-dire-ce-q

    (...) Les spécialistes recommandent d’éviter absolument de chauffer au micro-ondes des aliments dans des contenants en plastique, les changements de température favorisant la libération de microplastiques. Verre et céramique restent les seuls matériaux qui ne posent pas ce problème : ils ne libèrent aucun produit chimique et sont toujours sûrs pour chauffer des aliments.

    Le cas des plastiques estampillés « sans BPA » mérite une attention particulière. Les contenants « BPA-free » peuvent toujours libérer d’autres substances dangereuses lors du chauffage, ce qui rend le verre ou la céramique plus sûrs. Le bisphénol A a été retiré de nombreuses formulations, mais les substituts, bisphénol S, bisphénol F, sont de plus en plus questionnés par la communauté scientifique pour des propriétés perturbateurs endocriniens similaires.

    Des autopsies réalisées en 2024 et publiées dans Nature Medicine par le Dr Matthew Campen et son équipe de l’Université du Nouveau-Mexique ont retrouvé en moyenne l’équivalent d’une cuillère à café de plastique dans un cerveau humain adulte, sept grammes de fragments polymères logés dans l’organe le plus protégé du corps. Ce chiffre était deux fois moins élevé en 2016. L’accumulation est réelle, elle est mesurée, et elle s’accélère. Chaque repas réchauffé dans un contenant plastique y contribue, à sa façon.

  • « L’Humanité » attaquée par Murmures de la cité : tout savoir du procès qui s’ouvre ce mercredi - L’Humanité
    https://www.humanite.fr/politique/allier/lhumanite-attaquee-par-lextreme-droite-tout-savoir-du-proces-qui-souvre-ce-

    Sur son compte Instagram, le 22 avril dernier, Guillaume Senet se félicitait à l’avance : « Dans trois semaines, il n’y aura plus une seule place pour Murmures de la cité », fanfaronnait-il, tout sourire, face caméra, évoquant « l’exposition nationale » et la « lumière totale » que promettaient de fournir deux événements à son spectacle pseudo-historique, dont une nouvelle édition doit se tenir en juillet 2026. Le premier, son audition devant la commission d’enquête sur le « financement des politiques publiques par des structures privées », s’est tenu le 30 avril… et il ne lui a guère été favorable.Le second, c’est le procès en diffamation que cet étudiant en droit de 25 ans, admirateur des fascistes et antisémites français Robert Brasillach et Maurice Bardèche, qu’il intente à l’Humanité ce mercredi 6 mai devant le tribunal judiciaire de Moulins (Allier), « pour des accusations à caractère nazi ». « Ce qu’ils ont écrit devra être assumé. Alors oui, dans trois semaines, il n’y aura plus de places, parce que cette fois, tout va se voir », proclame le fondateur du groupuscule catholique identitaire Sophia Polis, qui organise chaque année des « universités d’été » dans le château familial de Cressanges (Allier), rassemblant des figures de l’extrême droite la plus radicale.

    https://justpaste.it/hqp3x

  • Tracks - Off Grid -
    https://www.arte.tv/fr/videos/126484-047-A/tracks
    https://api-cdn.arte.tv/img/v2/image/7YzRWRfcw4ZsWRTbUWEXCJ/1920x1080?type=TEXT&watermark=true
    un super docu pour se familiariser avec le sujet des réseaux Mesh :

    Comment communiquer quand on ne veut pas passer par Internet ou la 5G ? Les réseaux maillés, ou mesh networks, utilisent les ondes radio pour tisser des chaînes de communication parallèles. Dans des sociétés de plus en plus surveillées, où des gouvernements peuvent couper les télécommunications du jour au lendemain, comme en Iran, ces réseaux décentralisés et accessibles ne sont pas qu’un délire de survivalistes. « Tracks » rencontre les accros au mesh à Londres, Barcelone et près de Bologne, en Italie.

  • Eugénie Bastié, chien de garde de la bourgeoisie, recrutée par France 2 pour les présidentielles
    https://contre-attaque.net/2026/05/05/eugenie-bastie-chien-de-garde-de-la-bourgeoisie-recrutee-par-france-

    Proche de l’Action Française, la chroniqueuse d’extrême droite interrogera les candidats aux présidentielles sur une chaîne financée par notre argent.

    Eugénie Bastié, la bourgeoisie radicalisée

    Antiféministe revendiquée et fervente défenseuse de la bourgeoisie, Eugénie Bastié est aujourd’hui une des figures de proue de la droite extrémisée. Née d’une famille bourgeoise de la périphérie toulousaine, elle intègre les bancs de Sciences Po après une scolarité dans un lycée privé catholique, où elle se rapproche notamment de l’Action Française, un groupuscule royaliste et antisémite. La reproduction sociale a encore de beaux jours devant elle.

    Elle commence sa carrière de propagandiste dans le torchon d’extrême droite Causeur, et rejoint ensuite la rédaction du FigaroVox, une antenne encore plus décomplexée que le grand journal de la droite française. Intervenante régulière sur CNews, chroniqueuse sur Europe 1, la journaliste ratisse depuis des années les médias de Bolloré pour y propager ses idées réactionnaires. Eugénie Bastié est ainsi opposée au droit à l’avortement, et a notamment écrit dans un essai intitulé « Le Porc émissaire : terreur ou contrerévolution » dédié à la critique du mouvement MeToo. Elle y écrivait : « Je crois qu’une main aux fesses n’a jamais tué personne ».

    Bastié rejoint donc « L’Heure de vérité », la grande émission politique de France 2 pour la présidentielle de 2027, financée par le contribuable. Pourtant, pas plus tard qu’en en novembre dernier, la chroniqueuse d’extrême droite mitraillait encore l’audiovisuel public. Elle y dénonçait « le déni et la gabegie » sévissant sur le service public avant d’estimer que la « case privatisation » est inévitable. France 2 va donc payer grassement une militante réactionnaire qui appelle à liquider la chaîne. C’est tout simplement du jamais vu, comme si Bolloré recrutait des militants anticapitalistes appelant à collectiviser sa fortune.

    Le pluralisme n’a qu’à bien se tenir

    La chroniqueuse d’extrême droite ne sera pas seule dans cette émission spéciale présidentielles. Et évidemment, aucune figure de gauche n’y sera représentée. À la place, une brochette de toutous de la classe médiatique complètera un plateau télé décidément bien servile. Pour ne citer que lui, Benjamin Duhamel, fils de Nathalie Saint-Criq et du PDG de France Télévision Patrice Duhamel, et également cousin de l’éphémère Ministre de l’Éducation, Amélie Oudéa-Castera, sera de la partie, avec d’autres membre de sa clique médiatique.

    Cette nomination s’inscrit dans la fascisation à toute vitesse de la télévision publique. Dernier exemple en date le 18 avril, lorsque France Info avait invité Simon Moos pour commenter l’actualité, un influenceur suprémaciste et génocidaire sorti tout droit du réseau social X. Ce dernier qualifiait en février dernier la population de Gaza « d’animaux », et allait même plus loin que le chef de l’armée israélienne : ce dernier avait parlé « d’animaux humains » pour justifier les frappes aveugles sur la bande de territoire palestinien. Il avait rétorqué « animaux suffisait ».

    Le poisson pourrit par la tête

    Depuis deux ans, la nouvelle directrice de France Info se nomme Agnès Vahramian, qui partageait carrément une publication pro-Trump sur les réseaux sociaux avec son compte officiel lors des élections aux USA. France Info, c’est aussi un média dont certaines émissions sont désormais intégralement animées par d’anciens chroniqueurs de Cnews, comme « Le pour et le contre », qui consiste à faire « débattre » des nuances d’extrême droite entre elles. Ces derniers mois, cette chaîne publique a multiplié les fake news grossières, les diffamations contre la France Insoumise et les campagnes de soutien à Quentin Deranque et ses amis néo-nazis.

    À la radio publique, c’est le même scénario. La PDG de Radio France se nomme Sibyle Veil, une énarque qui s’est engagée auprès de Nicolas Sarkozy dès 2007, puis qui a été chargée de « restructurer » les hôpitaux de Paris en pleine vague de restrictions budgétaires dans la Santé. Puis elle a été envoyée dévaster la radio publique à partir de 2018.

    En 2022, Sibyle Veil nomme Adèle Van Reeth à la tête de France Inter. Cette dame est en couple avec un certain Raphaël Enthoven, faux philosophe et vrai propagandiste macroniste, qui a déclaré qu’il préférait voter pour Le Pen que Mélenchon à la dernière élection présidentielle.

    Pourquoi préciser le CV de ces deux dirigeantes ? Car elles ont organisé une grande purge idéologique dans les médias qu’elles dirigent, en licenciant les humoristes se moquant du gouvernement, de la police ou d’Israël, en essayant de liquider les émissions intelligentes et en faisant monter les intervenants les plus médiocres et droitiers. Résultat ? Un effondrement des audiences. Mais leur but n’était pas d’avoir du succès populaire, juste de saturer l’opinion d’idées rances.

    Revenons à France 2. Finalement, avec un profil aussi droitier à un poste clé, le service public confirme son alignement sur l’extrême droite bollorisée. Il semble en effet inimaginable que les pressions politiques exercées sur l’audiovisuel public, notamment au travers de la parodie de commission d’enquête porté par le député d’extrême droite Charles Alloncle, n’aient pas joué dans cette nomination.

    Il y a 10 ans, ce sont les médias qui avaient propulsé l’ascension d’Emmanuel Macron. Reste à voir si le Parti des médias parviendra à faire élire le RN en 2027. En tout cas, il ne ménage pas ses efforts.

  • « Maréchal, nous voilà » : l’hymne de Vichy diffusé par erreur en pleine reconstitution de la Libération en Occitanie
    https://www.midilibre.fr/2026/05/08/marechal-nous-voila-lhymne-de-vichy-diffuse-par-erreur-en-pleine-reconstit

    Interrogé, l’office de tourisme de Canet-en-Roussillon a indiqué ne « pas cautionner la diffusion de cette chanson [sic] » .

    • « Maréchal, nous voilà ! » : la chanson à la gloire de Pétain diffusée à l’occasion du 8-Mai à Carpentras
      https://www.ici.fr/infos/societe/info-ici-marechal-nous-voila-la-chanson-a-la-gloire-de-petain-diffusee-a-l-occas

      Une chanson à la gloire du maréchal Pétain a été diffusée ce vendredi 8 mai dans les haut-parleurs de la ville RN de Carpentras. C’est une information ICI Vaucluse confirmée par plusieurs sources concordantes, ainsi que par la mairie.

      [...]

      Contacté, le maire RN de Carpentras, Hervé de Lépinau, a dans un premier temps contesté catégoriquement ces images. Avant de nous expliquer quelques heures plus tard que cette chanson avait bien été diffusée, selon lui, à l’insu de la commune. « Je n’étais pas au courant », assure-t-il.

      Il précise que la précédente municipalité avait passé un contrat avec un prestataire qui a fourni la playlist pour cette journée. Une playlist diffusée sans vérification préalable des équipes de la mairie. Il annonce qu’il va rompre ce contrat et porter plainte contre ce prestataire. Le maire conclut que cet incident « n’a pas gâché la journée de commémoration organisée par la ville de Carpentras ».

      [...]

      Dans un message posté sur X, RTV FM, le prestataire explique "avoir diffusé une séquence musicale préenregistrée intitulée ’Le bal de la Libération’ et dans laquelle s’est glissé malencontreusement le titre ’Maréchal, nous voilà !’. « RTVFM tient à exprimer ses plus sincères excuses à la commune de Carpentras, aux anciens combattants, aux associations patriotiques et à l’ensemble des participants présents lors de cette journée commémorative », peut-on lire dans le message. « Cette diffusion accidentelle, aussi brève qu’inappropriée, ne reflète en rien le profond respect que notre station de radio porte à la mémoire des combattants et à la signification historique de cette journée », poursuit le prestataire qui souligne "que M. le maire, ses élus et le service événementiel ne sont aucunement responsables de la diffusion de ce titre de musique totalement inapproprié et incompatible avec les valeurs mises en avant lors d’un tel évènement.

    • Vierzon : la nouvelle municipalité d’extrême droite annule la commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai
      https://www.ici.fr/centre-val-de-loire/cher-18/vierzon/vierzon-la-nouvelle-municipalite-d-extreme-droite-annule-la-commemoration-de-l-a

      Un choix qui est assumé par Yves Husté, adjoint au maire en charge de la Jeunesse, à l’Enseignement supérieur et aux Anciens combattants. « Il existe aujourd’hui une liste officielle des journées nationales commémoratives. La journée commémorative de la fin de l’esclavage ne fait pas partie de ces 12 dates officielles », avance l’élu. Pourtant, le décret publié le 31 mars 2006 est clair : il institue bien une « commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage » en cette date du 10 mai.

      Ce n’est pas le seul argument avancé par Yves Husté pour justifier cette annulation. « C’est surtout parce que cet événement attirait très peu de gens. C’est un fait historique, c’est-à-dire que l’on n’est pas près de revoir des Hommes qui vont faire le commerce d’autres Hommes, qui vont les entraver avec des chaînes au cou pour vendre ces Hommes, selon le travail qu’ils peuvent produire. Qui peut croire ça aujourd’hui ? », s’interroge Yves Husté. Il ajoute que la ville a besoin de faire des économies et chiffre le coût d’une telle cérémonie à 1.500€.

    • Carcassonne. Pétition : la CGT veut conserver ses locaux
      https://www.ladepeche.fr/2026/05/07/petition-la-cgt-veut-conserver-ses-locaux-13359816.php

      Alors que le maire Rassemblement national de Carcassonne, Christophe Barthès, demande à plusieurs syndicats (*) de quitter leurs locaux communaux, après avoir manifesté contre l’extrême droite avec le mouvement Nous Carcassonne, la CGT ne compte pas garder les bras croisés.

      #extrême_droite #municipalités

  • Mobil-homes, cabanes, maisons sans permis : le Sénat veut armer les élus face à la prolifération des constructions illégales pour mettre fin au « business » de la cabanisation
    https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/mobil-homes-cabanes-maison-sans-permis-le-senat-veut-armer-les-elus-face

    Dans certaines communes rurales comme sur le littoral méditerranéen, les #cabanes ne sont plus seulement des abris de fortune. Elles deviennent, peu à peu, des habitations à l’année. En Pyrénées-Orientales, les services de l’État recensent plus de 500 procédures en cours contre des constructions illégales. Des caravanes transformées en résidences permanentes, des cabanons devenus maisons, des terrains agricoles morcelés et revendus sur Leboncoin comme « terrains de loisirs » : le phénomène de cabanisation, longtemps cantonné au pourtour méditerranéen, gagne désormais l’ensemble du territoire national. Face à ce qu’ils décrivent comme une situation « devenue endémique », cinq sénateurs Les Républicains ont déposé, le 23 mars dernier, une proposition de loi visant à donner aux acteurs locaux les moyens d’agir. Le texte, porté par Jean-Marc Boyer (Puy-de-Dôme), Daniel Laurent (Charente-Maritime), Anne Ventalon (Ardèche), Lauriane Josende et Jean Sol (tous deux des Pyrénées-Orientales), sera examiné [et a été adopté, ndc] en séance publique le 6 mai, après son passage en commission des affaires économiques, où la sénatrice Pauline Martin (Loiret) a été désignée rapporteure. Le texte (...) part d’un constat partagé : l’arsenal juridique actuel ne permet pas d’agir suffisamment tôt face à des installations illégales qui, une fois enracinées, deviennent difficiles à résorber.

    Des procédures qui s’étirent sur dix à quinze ans

    « Dans les Pyrénées-Orientales, les exécutions d’office interviennent habituellement dix à quinze ans après les premiers faits », déplore Lauriane Josende, auteur du texte. La sénatrice décrit un engrenage bien rodé : « Au départ, des installations qui se veulent provisoires deviennent pérennes. Des gens qui n’ont pas les moyens d’accéder au logement finissent par s’installer dans ce qui s’apparente à une cabane et peut facilement devenir une maison ». Le phénomène prospère sur un terreau de précarité, mais pas seulement. « À côté, il y a des gens qui savent que, du fait de la longueur des procédures, cette illégalité aura du mal à être poursuivie », poursuit-elle. « Certains ont fait de la cabanisation un véritable business, revendant des terrains agricoles à une valeur supérieure à celle du terrain inconstructible ». Les risques sont multiples : installations en zones inondables ou exposées aux feux de forêt, difficultés d’accès pour les secours, impossibilité d’identifier les occupants lors des incendies. « Les pompiers sont très favorables à ce texte, car ils voient les dégâts au niveau des massifs », souligne la sénatrice [_au nom du bien du commun, ndc].

    Le cœur de la proposition de loi réside dans son article premier : permettre au préfet d’ordonner directement l’évacuation et la démolition d’installations illégales, sans passer par le juge judiciaire , lorsqu’aucune régularisation n’est envisageable. Le délai d’exécution serait ramené à un mois après constatation des faits, contre plusieurs années actuellement. « Le but, c’est d’éviter d’être obligé d’attendre une décision du juge », résume Lauriane Josende.

    Le contradictoire comme luxe nuisible.

    #habitat_léger #droit #préfet #expulsion #logement

  • Hantavirus, de nombreuses inconnues, pas de quoi « rassurer », (pour résumer ) David Simard
    https://bsky.app/profile/simarddavid.bsky.social/post/3mlbamjhsqc2y

    #Hantavirus Entre nov. 2018 et fév. 2019, une transmission interhumaine du syndrome pulmonaire à hantavirus du virus des Andes (ANDV) s’est produite dans la province de Chubut, en Argentine, et a entraîné 34 infections confirmées et 11 décès (taux de létalité 32,4%).

    “Super-Spreaders” and Person-to-Person Transmission of Andes Virus in Argentina | NEJM
    From November 2018 through February 2019, person-to-person transmission of Andes virus (ANDV) hantavirus pulmonary syndrome occurred in Chubut Province, Argentina, and resulted in 34 confirmed infe...

    https://www.nejm.org/doi/10.1056/NEJMoa2009040

    Il s’agit de la variété d’hantavirus en cause sur le bateau de croisière "MV Hondius". Lors de l’épisode de 2018-2019, le taux de reproduction médian était supérieur à 2 (1 personne infectée en a contaminé plus de 2 autres). Voir la publication scientifique ci-dessus.

    Actuellement, les discours qui cherchent à rassurer se multiplient (médecins, OMS, journalistes...) en soulignant que ce virus ne serait pas facilement transmissible (ce que contredit l’étude en référence). Or rassurer ou inquiéter n’est pas informer, et il me paraît important d’être informatif.

    Pour cela, il convient de partager les connaissances mais aussi les incertitudes à propos de cette variété de virus à transmission interhumaine, et à propos des cas identifiés, non seulement parmi les passagers, mais aussi en dehors, puisque des cas secondaires ne faisant pas partie des passagers mais ayant été en contact avec des passagers sont suspectés (hôtesse de l’air actuellement hospitalisée à Amsterdam ayant été en contact avec la 2e passagère du bateau décédée après avoir pris l’avion pour l’Afrique du Sud).

    De plus, la croisière a effectué des escales, avec des passagers et membres d’équipage qui ont embarqué et débarqué lors de celles-ci. Rappelons en outre que le temps d’incubation est long (1 à 2 semaines environ), ce qui complique la tâche pour retracer les chaînes de transmission.

    Enfin, si les infections inter-humaines se multiplient, des mutations risquent de se produire, avec une meilleure adaptation à l’espèce humaine.

    Il ne s’agit pas d’alarmer, mais de ne pas, encore une fois, aller trop vite en besogne à vouloir à tout prix rassurer avant tout, alors que l’ ECDC indique que de nombreuses incertitudes subsistent, ce qui devrait nous conduire à l’application du principe de précaution.

    Vouloir rassurer d’abord et avant tout a déjà eu des conséquences dramatiques lors de l’émergence de la COVID-19.

    A. Flahault dans @lemonde.fr
     : "Nous sommes face à un événement inédit et inquiétant avec beaucoup d’inconnues [...]. On ne sait pas si les malades sont contagieux pendant leur temps d’incubation, s’il existe des formes asymptomatiques, ou si ce virus à ARN a muté."
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/06/hantavirus-de-nombreuses-inconnues-autour-d-un-evenement-sanitaire-inedit-et

    • #hantavirus

      https://justpaste.it/gxlm3

      La principale voie de transmission est respiratoire, par les gouttelettes de salive. C’est la raison pour laquelle des mesures d’isolement des malades sont nécessaires sur le bateau et dans les lieux où sont pris en charge les malades. Des mesures comparables à celles qui doivent être prises face aux virus respiratoires hivernaux comme la grippe (isolement, port de masques, blouses).

    • Hantavirus : la gestion de la crise nécessite une coordination internationale
      https://www.liberation.fr/societe/sante/hantavirus-la-gestion-de-la-crise-necessite-une-coordination-internationa

      La première contamination interhumaine documentée a eu lieu en Argentine en 2018 : 34 contaminations dont 11 morts lors d’une fête d’anniversaire. Le nombre de cas est globalement faible mais certains éléments ressortent de ces études : le risque de contamination dépend de la proximité entre les humains. Les contacts rapprochés et prolongés, comme les contacts sexuels ou dormir dans le même lit, augmentent le risque, mais il est possible d’être contaminé en voyageant dans le même transport en commun, ce qui plaide, comme pour le Covid, pour une transmission aérienne, soit par gouttelettes (une personne qui tousse ou éternue sur une autre), soit par aérosolisation (une personne qui respire dans une pièce mal aérée, et, peu à peu, crée un « nuage » de particules infectantes). C’était le cas pour le Covid, mais de très nombreux infectiologues et hygiénistes, jusqu’à l’OMS, le nièrent très longtemps.

      De ce que l’on sait, le R0, c’est-à-dire le nombre de personnes qu’infecte chaque personne contaminée, est de 2, mais lorsque l’infection est connue, si on prend de vraies mesures de précaution, dont l’aération et le port de masques, le R0 tombe en dessous de 1 (ce qui signifie que l’épidémie s’arrête puisque chaque personne infectée n’infecte pas une autre personne).

      https://justpaste.it/g3xqo

  • L’Antarctique est pillé et le Krill sacrifié pour les pilules anti-âge - Faune Sauvage
    https://www.faunesauvage.fr/sinformer/sinformer-articles/la-releve-et-la-peste-lantarctique-est-pille-et-le-krill-sacrifie-pour-

    Pour produire des capsules d’#oméga-3 censées ralentir le #vieillissement, l’#industrie des #compléments #alimentaires s’attaque à l’une des pierres angulaires de l’#écosystème #antarctique : le #krill. Ce minuscule #crustacé, « pilier de toute la #chaîne_alimentaire de l’#océan_Austral et l’une des plus grandes #biomasses de la #planète », est aujourd’hui #pêché à grande échelle.

  • Profs non remplacés : l’Education nationale condamnée à remplacer une enseignante après plus de 60 heures perdues
    https://www.liberation.fr/societe/education/profs-non-remplaces-leducation-nationale-condamnee-a-remplacer-une-enseig
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/YFGJ3CFRMVD4HGEZ4GBMMDIQIM.jpg?auth=dbbe5a63839f284a811ae95604dbd3a25ebaa

    Dans le Val-de-Marne, une professeure était absente depuis plus de quinze jours et a été remplacée juste après le dépôt du recours. Près de 200 requêtes similaires ont été entreprises contre l’État depuis 2018, selon la Cour des comptes.

    [...]

    Selon la Cour des comptes, ces absences constituent un préjudice reconnu par les tribunaux administratifs. 191 requêtes ont été introduites contre l’État depuis 2018 pour réclamer des indemnisations et ont conduit à 49 condamnations.

    En revanche, les condamnations forçant les rectorats à trouver des remplaçants sont rares, dit Me Joyce Pitcher, qui engage des poursuites contre l’État avec le mouvement #OnVeutDesProfs depuis 2022. A sa connaissance, seul le tribunal administratif de Nice a rendu une décision comparable, consultée par l’AFP, en avril 2025, enjoignant au ministère de remplacer le professeur de français d’une classe de 6e d’un collège de Grasse, dans les Alpes-Maritimes.

    https://justpaste.it/ntmhr

    • De notre côté, on a donc notre aînée qui est en terminale, et dont une des matières de spécialité est Physique-Chimie (parce que c’est fun). Et depuis le 23 mars dernier, pour une cause aussi inattendue qu’imprévisible pour le rectorat, sa prof est en congé maternité.

      Sans remplaçant(e).

      Depuis le 14 avril, elle a un remplaçant pour les 2 heures de TP (sur les 6 heures de cette spécialité).

      Elle devait avoir un prof remplaçant (pas clair : apparemment pour seulement deux heures de plus), mais comme c’est le sportif qui s’est illustré nationalement pour avoir mis une mandale à un gamin : suspension. Puis ça a été les vacances. Et la première semaine de reprise, le monsieur était en grève, donc toujours pas de cours.

      Et aujourd’hui, alors qu’elle aurait dû avoir son premier cours avec le monsieur, ils ont appris au dernier moment que finalement non, il n’a pas le droit de prendre de classe supplémentaire. Donc cours annulé.

      Donc, pour l’intégralité du troisième trimestre, au motif que sa prof a surpris tout le monde en tombant soudainement en congé maternité, mon aînée a sa matière de spécialité qui a sauté.

      Bref, je trouve cette information extrêmement inspirante, je commence à me renseigner (même si c’est désormais trop tard pour avoir un remplacement, puisqu’il n’y a plus cours en juin pour les terminales).

    • Ce que montre l’article, faute d’info plus détaillée, c’est que le nombre de procédures est infime. Alors que ce phénomène de non-remplacement et de « perte de temps scolaire » peut prendre des proportions absolument massiveS.

      La Seine-Saint-Denis se distingue encore par un pourcentage élevé d’enseignants non remplacés quand ils s’absentent en raison de congés maladie, maternité ou de formation. Au point d’engendrer une perte de temps scolaire.

      Dès 2018, le rapport parlementaire des députés François Cornut-Gentille (Haute-Marne, Les Républicains) et Rodrigue Kokouendo (Seine-et-Marne, La République en marche) sur l’évaluation de l’action de l’Etat en Seine-Saint-Denis reprend les estimations de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE 93) sur cette perte, qui s’élèverait en moyenne à une année sur l’ensemble de la scolarité des enfants de Seine-Saint-Denis.

      https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/04/22/les-problemes-de-l-enseignement-en-seine-saint-denis-en-chiffres_6229161_435

      #école #sous_effectifs #non_remplacement

    • Remplacement des enseignants : les #élèves des collèges et des lycées perdent toujours 10 % de leurs heures de cours annuelles
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/12/remplacement-des-enseignants-les-eleves-des-colleges-et-des-lycees-perdent-t

      Alors que le ministère en a fait une priorité depuis 2022, les heures non remplacées sont beaucoup plus élevées qu’en 2018. Ce résultat questionne la stratégie du gouvernement, focalisée sur les absences ponctuelles, alors que les besoins augmentent pour des remplacements de longue durée.

      #éducation

  • Fraudes : trois allocataires de la CAF [de Haute_Marne] ont été condamnés en 2025
    https://jhm.fr/fraudes-trois-allocataires-de-la-caf-ont-ete-condamnes-en-2025


    Grégory Stevenne, Emmanuel Klein et Manuel Galland (de gauche à droite) ont tenu une conférence de presse, jeudi 7 mai 2026, à Chaumont

    Grâce à sa politique de contrôle et de prévention de la fraude, la CAF 52 a pu constater que 2,2 millions d’euros ont été versés « à la suite d’erreurs, volontaires ou non, des allocataires ».

    Chaque année, la Caisse d’allocations familiales (#CAF 52) informe la presse des résultats de sa politique de #contrôle et de prévention de la fraude. Ce jeudi, Manuel Galland, président, Emmanuel Klein, directeur, et Grégory Stevenne, directeur comptable et financier par intérim, ont dressé le bilan 2025 de ces opérations, au nombre de 104 000. Le président explique qu’elles « ont permis de déceler 2,22 millions d’euros versés à tort à la suite d’erreurs, volontaires ou non, des allocataires », mais aussi d’en rembourser d’autres à hauteur de 730 000 €. Si cette politique a été mise en place, c’est, rappelle le directeur, parce que les prestations sociales sont « un bien commun », et que c’est au nom du « juste droit » qu’il convient de vérifier les informations reçues.

    Près d’un allocataire haut-marnais sur deux a fait l’objet d’un contrôle . Mais au même titre que les Finances publiques vérifient les revenus déclarés par les contribuables, un contrôle par la CAF s’exerce surtout de deux façons pour confirmer les informations fournies par l’allocataire. Soit « sur pièces ». Soit par des « contrôles automatisés » qui comparent les informations reçues par d’autres partenaires (France Travail, impôts, sécurité sociale) avec celles déclarées à la caisse. Les « contrôles sur place » – par deux contrôleurs qui se rendent au domicile des allocataires ou les reçoivent en point d’accueil – ne représentent que 140 opérations sur 104 000.

    « Un total d’un million d’euros »

    Les fraudes détectées en 2025 sont au nombre de 123. Soit 0,4 % des allocataires. Elles portent sur un total d’un million d’euros. Majoritairement, ces fraudes sont dues à une « omission totale ou partie de déclaration de ressources et la dissimulation d’une vie maritale ».

    Elles ont été sanctionnées par 25 avertissements, 98 pénalités et surtout par dix dépôts de plainte devant la #justice. Principaux motifs de ces actions judiciaires : ressources non déclarées, non déclaration de vie maritale, utilisation d’un faux, usurpation d’identité. En 2025, le tribunal de Châlons a condamné deux allocataires à respectivement trois ans et 18 mois d’emprisonnement (ils ont fait appel), et le tribunal judiciaire de Chaumont a condamné un usager à quatre mois de prison. Mais avant d’en arriver au pénal, la prévention, l’envoi de « lettres de mises en garde » restent privilégiées par la CAF.

  • Points de vue : Judaïsme, histoire, identités, sionisme, Israël, Palestine et fragments autobiographiques – Entretien de Michael Löwy avec des juifs brésiliens de gauche
    (15 septembre 2024) - Réseau Bastille
    https://www.reseau-bastille.org/2026/05/06/9688

    Si nous relisons les prophètes bibliques, nous nous rendons compte que leur messianisme avait un caractère universaliste. Le célèbre appel pacifiste messianique, lo issa goy el goy herev, ve lo ilmedu od milchama, « aucune nation ne lèvera l’épée contre une autre, et la guerre ne sera plus enseignée », s’adresse à l’humanité entière. Sans aucun doute, les « Juifs non juifs » internationalistes auxquels Isaac Deutscher fait référence dans son célèbre essai – Rosa Luxemburg, Léon Trotsky et bien d’autres – étaient athées et ne se référaient pas à la tradition messianique. Mais comme le note Deutscher, leur internationalisme avait de profondes racines sociales et culturelles juives.

    Parmi les penseurs juifs d’Europe centrale que j’ai étudiés, on trouve une « affinité élective » entre le messianisme juif et l’utopisme libertaire. Par exemple, dans les écrits de Walter Benjamin, messianisme et matérialisme historique se rejoignent dans la lutte internationaliste contre le fascisme. Malgré son amitié avec Gershom Scholem, Benjamin ne voulait pas émigrer en Israël, préférant prendre part à la lutte internationaliste pour le socialisme en Europe, un choix qu’il a payé de sa vie. L’anarchiste juif allemand Gustav Landauer, qui a pris part à la révolution des conseils ouvriers de Munich en 1919 (et a été assassiné par l’armée lors de la défaite de la révolution), considérait que les Juifs avaient un rôle messianique/révolutionnaire international dans l’histoire moderne : leur mission, leur vocation, leur tâche était de contribuer à transformer la société et à créer une nouvelle humanité.

    Il est évident que la tradition messianique juive a également été l’objet d’interprétations nationalistes réactionnaires et oppressives, comme dans le cas du Bloc de la Foi des colons sionistes religieux occupant la Cisjordanie. Mais nous ne devons pas abandonner la tradition messianique juive à ces adversaires…

  • La Reconstruction Noire comme guerre de classe. Du Bois, le marxisme et la révolution - Contretemps
    https://www.contretemps.eu/du-bois-black-reconstruction-marxisme-revolution-racisme
    https://coucou.contretemps.eu/wp-content/uploads/Reconstruction-Congregation.jpg

    Le chef d’œuvre de W. E. B. Du Bois, Black Reconstruction in America, 1860-1880, publié en 1935, mérite de figurer sur une étagère à côté d’autres classiques modernes, tels que l’Histoire de la révolution russe de Léon Trotsky, Les Jacobins noirs de C. L. R. James, La révolution française de Georges Lefebvre et Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte de Karl Marx. Malheureusement, les spécialistes des #révolutions n’ont généralement pas considéré la #Guerre_de_Sécession comme l’une des grandes révolutions sociales de l’ère moderne, au même titre que les révolutions française, russe et chinoise. 

    En fait, de nombreux lecteurs considèrent le livre de Du Bois de manière beaucoup plus étroite, comme une réponse aux histoires suprémacistes blanches de l’ère de la Reconstruction (1865-76) et, plus particulièrement, comme une défense du rôle des politiciens afro-américains – et des électeurs noirs qui les ont élus – dans les gouvernements des États du Sud de l’époque. Du Bois présente effectivement une telle défense, mais Black Reconstruction offre beaucoup, beaucoup plus que cela. 

    Black Reconstruction n’est pas seulement un ouvrage historique de grande envergure, mais aussi un ouvrage fermement ancré dans la tradition marxiste. Du Bois réinterprète la guerre civile comme une révolution sociale et politique « par le bas » – une révolution ouvrière – qui a entraîné le renversement de l’esclavage et de l’État confédéré, ouvrant ainsi la porte à une démocratie interraciale dans le Sud. Le livre réinterprète ensuite le renversement ultérieur de cette démocratie comme une contre-révolution de classe qui a détruit la possibilité de liberté pour la moitié de la classe ouvrière du Sud et a imposé une « dictature du capital » qui a entraîné « une exploitation du travail sans précédent dans les temps modernes « [2].