• A propos des contrôles kafkaïens liés aux autorisations de sortie en période de confinement :

    Télécharger le “Point droit” sur l’inspection visuelle, la fouille des bagages, de vos sacs ou de vos poches… : sortir pour faire ses achats de première nécessité en temps de confinement ? Faisons le point ! :
    https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2019/04/POINT-DROIT-Fouille-des-sacs-produits-de-1%C3%A8re-n%C3%A9cessit%C3%A9.p

    Rappel des faits des dernières semaines :

    Les exemples qui se succèdent sont kafkaiens. Les flics se croient tous permis, et surtout d’utiliser leur intelligence imaginaire pour interpréter la loi, et décider de la punition qui s’impose.

    Je résume : il y a des gens verbalisés parce qu’ils avaient des gâteaux, jugés non essentiels. La même chose s’est reproduite avec du coca, du shampooing, mais aussi avec des serviettes hygiéniques et des tests de grossesse. Inutile de dire que pour un gros con de gendarme, il n’a aucune idée à quoi ça peut servir. Parfois il décide d’interdire la laverie ou la Poste. Mais en revanche, si le barbecue est organisé par des collègues, il se contente de faire des gros yeux...
    https://twitter.com/isAshPsy/status/1242556982042791942
    https://www.elle.fr/Societe/News/Coronavirus-tests-de-grossesse-et-protections-periodiques-ne-seraient-pas-des-p
    https://www.marianne.net/societe/je-vois-trop-de-monde-dehors-en-mode-vacances-la-semaine-de-mickael-gendar

    Une femme a été tasée parce qu’elle n’a pas montré son attestation, un mec psychotique a été verbalisé parce qu’il avait mal rempli son attestation... Et que faire si on écrit mal, ou pas, ou pas le français ? Et que faire si on est Noir ou Arabe, parce que dans ce cas là, peu importe l’attestation, on a tort de toutes façons...
    https://actu.fr/ile-de-france/aubervilliers_93001/coronavirus-seine-saint-denis-est-tasee-frappee-ne-pas-avoir-montre-attestation
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/30/la-policiere-l-attestation-et-les-gens-comme-ca_1783580
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten

    Il y a aussi d’autres questions autour de cette attestation : doit-elle être imprimée ou peut-elle être manuscrite ? Si manuscrite, doit-on recopier les mentions utiles ou toutes les mentions ? Peut-on la remplir au crayon ou au stylo ? Tous ces cas ont donné lieu à des verbalisations... (on peut alors remarquer que si chaque Français remplit une déclaration, deux fois par semaine, pendant trois mois, on approche déjà le milliard d’attestations, soit 60.000 arbres... bonjour le respect des normes écologiques...).
    https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A13952
    http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-doit-on-recopier-tous-les-motifs-sur-l-attestation-30-03-2020

    Il y a les dispositifs dignes de la traque de l’ennemi public numéro un : hélicoptères avec vision de nuit à infra rouge, mais il y a aussi les questions du nombre de sorties par semaine, de durées de sorties, de distances maximales parcourues, du mode de transport, de l’évaluation sportive... toute la place à l’arbitraire qui fait la joie du petit con de flic qui n’a que ça dans la vie.... Il y en a même qui ont exigé que les mamans laissent leurs enfants seuls à la maison ou dans la voiture pendant qu’elle faisait des courses !
    https://www.nantes-revoltee.com/confinement-delire-totalitaire-un-helicoptere-nocturne-avec-vision-
    https://n.survol.fr/n/verbalise-parce-que
    https://www.letelegramme.fr/coronavirus/quand-faire-ses-courses-coute-cher-en-pv-27-03-2020-12532845.php

    Au total, on en est à plus de 360.000 verbalisations en deux semaines, qui ont rapporté plus de 50 millions d’Euros à ces escrocs qui nous "gouvernent"...
    https://www.lci.fr/sante/en-direct-coronavirus-covid-19-en-france-pres-de-500-deces-le-nombre-de-morts-de

    Si c’était ça le but, mieux valait rétablir l’ISF, non ?

    Pour se défendre de notre police, aussi bête que rendue puissante, deux petits articles bien maigres :

    Comment contester une amende pour non respect du confinement ?
    Marseille Infos Autonomes, le 30 mars 2020
    https://mars-infos.org/comment-contester-une-amende-pour-4952

    Les gestes barrières face au Coronapolice
    Marseille Infos Autonomes, le 31 mars 2020
    https://mars-infos.org/les-gestes-barrieres-face-au-4954

    Voir compile des effets délétères indirects de la pandémie :
    https://seenthis.net/messages/832147

    #fascistovirus #coronavirus #stratégie_du_choc #contrôles_kafkaïens #violence_policière #violences_policières #France #solidarité (manque de) #verbalisations #Banlieues #Quartiers_Populaires #racisme

  • Coronavirus : pour le Conseil d’Etat, tout va très bien !

    Commentaire de la décision rendue par le Conseil d’État le 29 mars dernier.

    « Par son ordonnance du 29 mars répondant à divers requérants, le
    Conseil d’Etat contribue de façon décisive à un débat ancien : la
    motivation des jugements doit-elle être crédible ?

    La haute juridiction administrative répond résolument non. Elle en
    profite pour statuer sans audience, peut-être pour éviter les fous
    rires en réponse à ses arguments.

    La première demande tendait à la production de masques pour équiper tous les soignants, tous les membres de force de l’ordre et tous les habitants. Cette pénurie fait la une des media et des réseaux sociaux depuis des semaines, avec des appels au secours désespérés des médecins, des infirmiers ou encore des policiers et gendarmes.

    Pourtant, selon le Conseil d’Etat : « le moyen tiré de l’existence
    d’une carence caractérisée dans la production et la mise à disposition
    de masques n’est pas assorti des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé », de sorte que la demande de production de masques est « manifestement » infondée.

    Rappelons aux lecteurs que le « magistrat » qui a rendu cette
    ordonnance est sorti en tête de l’ENA : il représente l’élite de
    l’élite de l’élite, le sommet de l’intelligence technocratique, le
    degré le plus élevé de « l’aristocratie » d’Etat.

    Toujours selon cet esprit éclairé, il n’y a pas lieu d’accroître la
    production de tests car « les autorités ont pris les dispositions avec
    l’ensemble des industriels en France et à l’étranger pour augmenter
    les capacités de tests dans les meilleurs délais ».

    Tous les pays veulent tester le plus possible leur population en
    priorité voire saisissent les équipements médicaux passant sur le
    territoire, mais le Conseil d’Etat juge évident que les commandes « à
    l’étranger » arriveront en France en quantité suffisante car cela « 
    résulte notamment de la conférence de presse du ministre des
    solidarités et de la santé du 21 mars 2020 ». Si le ministre l’a dit à
    la télévision, c’est forcément vrai !

    Les « sages du Palais royal » persistent dans leur fine analyse de la
    situation au sujet de l’application inégale du confinement, largement
    violé dans certains quartiers (l’information résulte de multiples
    sources et le Gouvernement ne la dément même pas).

    Selon le juge administratif : « il n’apparaît pas qu’une décision de
    principe ait été prise de ne procéder à aucun contrôle ou à des
    contrôles restreints dans certaines parties du territoire, ni de ne
    pas sanctionner la méconnaissance des interdictions ».

    Voilà qui nous apprendra à croire les media sulfureux et populistes
    comme Le Monde ou BFM TV, qui avaient relayé l’information !

    C’est horrible à écrire mais on espère que cette ordonnance farcesque a été rendue sur ordre en raison de la collusion entre les magistrats et le pouvoir macroniste car si cette décision est sincère, elle témoigne d’un rare manque d’intelligence au Conseil d’Etat… »

    Lire l’arrêt du CE en pied d’article :

    https://www.vududroit.com/2020/04/coronavirus-pour-le-conseil-detat-tout-va-tres-bien

  • Confinement et gens du voyage : un casse-tête quotidien, « On a peur de ce virus »
    https://www.sudouest.fr/2020/03/31/confinement-et-gens-du-voyage-un-casse-tete-quotidien-on-a-peur-de-ce-virus

    Un robinet pour des centaines de Roms dans un bidonville à Montpellier, quinze familles de gens du voyage français dans des caravanes avec seulement deux douches : pour certaines personnes en France, gestes barrière contre le coronavirus et confinement sont un casse-tête quotidien.

    (avec @rafumab)

  • Hôpital public : la note explosive de la Caisse des dépôts
    Laurent Mauduit et Martine Orange
    https://www.mediapart.fr/journal/france/010420/hopital-public-la-note-explosive-de-la-caisse-des-depots?onglet=full

    À la demande d’Emmanuel Macron, la Caisse des dépôts travaille à un plan pour l’hôpital public. Mediapart en révèle le contenu. Au lieu de défendre l’intérêt général, il vise à accélérer la marchandisation de la santé et sa privatisation rampante.

    ...
    La philosophie générale du plan. Tous les experts que nous avons interrogés – professeur de médecine, économistes, sociologue – portent sur cette note un regard similaire. S’ils relèvent ici ou là quelques avancées, ils constatent qu’elle ne tire aucun enseignement de la crise sanitaire historique que nous traversons et cherche à poursuivre et même à accélérer les processus de privatisation rampante et de marchandisation de la santé, qui étaient déjà à l’œuvre les années précédentes.

    ...
    Pierre-André Juven ajoute : « Ce document est le révélateur très net des orientations actuelles en matière de réformes de la santé : nécessité de faire plus de place au privé ; croyance forte dans l’innovation numérique comme solution au double enjeu de la qualité des soins et de la contrainte financière ; responsabilisation et individualisation face au risque. Les quatre points généraux du document ne sont qu’un coup de tampon aux stratégies édictées depuis plusieurs années. Loin de remettre en cause les orientations délétères des réformes conduites depuis plus de vingt ans, ils conduisent à accélérer la casse de l’hôpital public. Ce document n’est pas seulement la marque d’une volonté d’étendre l’emprise du privé au sein de l’hôpital public, il traduit la conception technophile, néolibérale et paternaliste qu’une grande partie des acteurs administratifs et des responsables politiques ont de la santé. »

    Interrogé également par Mediapart, le professeur André Grimaldi, fondateur du Collectif Inter-Hôpitaux, juge aussi sévèrement cette note. Il souligne en particulier qu’elle présente le vice majeur de mettre sur un pied d’égalité l’hôpital public et d’autres établissements, dont les établissements privés de santé à but non lucratif (Espic), qui, même s’ils sont détenus par des mutuelles et des fondations, sont régis par d’autres règles, notamment celles de la concurrence, ce qui leur permet d’embaucher les soignants sous des contrats individuels, de faire leur mercato pour débaucher des professeurs de renom, avec les rémunérations afférentes. Cette mise sur un pied d’égalité de ces établissements a, selon lui, pour effet d’effacer la frontière entre public et privé et s’inscrit dans une logique de marchandisation.

    Jean-Paul Domin, professeur de sciences économiques à l’université de Reims et membre des Économistes atterrés, soulève, avant toute chose, une question de méthode : « N’y a-t-il pas un évident conflit d’intérêts à demander un rapport à la CDC sur l’hospitalisation ? La CDC, via une de ses filiales Icade santé, est un acteur majeur de l’hospitalisation privée lucrative. Icade santé est détenue à hauteur de 38,8 % par la CDC et pour 18,4 % par Prédica SA (la filiale assurance du Crédit agricole). Icade s’est spécialisée sur le marché de l’immobilier sanitaire. Elle possède un portefeuille de 135 établissements de santé valorisé à hauteur de 5,5 milliards d’euros. Elle est déjà partenaire de marques reconnues (Elsan, Ramsay santé, Vivalto) ainsi que des groupes régionaux. Icade souhaite également investir le marché des Ehpad et annonce un accord de partenariat avec le groupe Korian. »

    #Politique-de-santé #Hôpitaux #Emmanuel-Macron #Ultralibéralisme #Privatisation

    • Pour Jean-Paul Domin, la critique est similaire : « C’est le truc à la mode. Les opérateurs complémentaires (mutuelles, assurances) se sont lancés en proposant des solutions de téléconsultation (la société Mesdocteurs.com est financée en partie par Axa, qui est au capital). La CDC oublie que cette fausse solution nécessite que l’ensemble des patients puisse avoir accès au très haut débit, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde. L’accès à la télémédecine est marqué par de fortes inégalités. »

      Depuis quelques mois impossible pour moi d’avoir accès à mon compte « Amélie ». J’ai perdu mes codes, comme la fonction pour en demander de nouveaux en ligne est down, je fait une demande écrite par la poste. Un mois plus tard je reçoit le code, il marche pas mon compte est indiqué « indisponible pour l’instant - revenez plus tard ». Je téléphone à la secu, plus de 30 minutes d’attente avec la petite musique qui rend folle au prix standart + 6 centimes la minutes. L’opérateur me donne un nouveau code par SMS.
      Je vais sur Amélie et là encore ca marche pas « votre compte est indisponible pour l’instant - revenez plus tard » avec une image très mignonne et plus aucune fonction accessible meme la demande d’un nouveau code.
      N’étant pas super douée en informatique mais pas non plus totalement incapable je suis toujours dans l’incapacité d’avoir accès à mon compte Amélie. Ca implique que je peu pas avoir de justificatif pour prendre une mutuelle du coup j’ai du payé pas mal de frais médicaux de décembre à mars et j’ose pas imaginé ce que serait une téléconsultation avec ce système.

    • et puis après la lecture de cet article je tombe sur ceci qui m’aurais fait avalé mon dentier si j’en avait un !

      Coronavirus : « La solidarité, ça ne s’instrumentalise pas », dit Paris à Pékin et Moscou

      https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/290320/coronavirus-la-solidarite-ca-ne-s-instrumentalise-pas-dit-paris-pekin-et-m

      La Chine et la Russie ne doivent pas « instrumentaliser » l’aide qu’elles apportent à d’autres dans la crise sanitaire du Covid-19, a déclaré dimanche une ministre française, déplorant des mises « en scène » à des fins de « propagande ».

      « La solidarité, ça ne s’instrumentalise pas », a lancé la secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Amélie de Montchalin dans l’émission « Questions politiques » de la radio France Inter, du journal Le Monde et de France Télévisions.

      « C’est parfois plus simple de faire de la propagande, des belles images et parfois d’instrumentaliser ce qui se passe », a-t-elle relevé. « Je vous parle de la Chine, de la Russie qui mettent en scène des choses », a-t-elle souligné.

    • Et je viens d’apprendre par la MDA que je vais pas pouvoir avoir de dédomagement pour mon expo qui à été annulée le 16mars car j’ai aucun moyen d’avoir cette « attestation de la sécurité sociale des artistes-auteurs de l’année en cours ou précédente ou tout document attestant de votre situation sociale en cours de validité » qui est bloqué sur Amélie et qui m’a déjà couté un bras et qui va me couter les deux jambes.
      https://www.cnap.fr/fonds-durgence
      et pour la seconde aide possible j’ai 0€ de revenus pour mars 2019 tout comme mars 2020, mes premières factures sont daté d’avril 2019....

  • Hôpital public : la note explosive de la Caisse des dépôts - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/010420/hopital-public-la-note-explosive-de-la-caisse-des-depots

    Depuis que la crise sanitaire a déferlé sur le pays, Emmanuel Macron a dit à plusieurs reprises qu’il veillerait à défendre l’État-providence. Une conversion surprenante : dans le passé, il a toujours défendu des positions néolibérales, très critiques à l’encontre de cet État-providence. Mais il assure désormais qu’il ne sera pas prisonnier de ces croyances. « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, a-t-il dit lors de son allocution au pays le 12 mars, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, [pour] notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »

    Malgré tout, sans doute est-il prématuré de croire dès à présent qu’Emmanuel Macron a changé. En tout cas, le plan que la Caisse des dépôts et consignations (CDC) est en train d’élaborer à sa demande pour l’hôpital public, et dont Mediapart est en mesure de révéler la première ébauche, va totalement à rebours de ses déclarations. Ce document expose une série de propositions qui s’inscrivent toutes dans la philosophie néolibérale qu’Emmanuel Macron a toujours défendue par le passé. Privatisation rampante au travers de sulfureux partenariats public-privé (PPP), marchandisation accélérée de la santé : voilà un plan qui tourne le dos aux valeurs de l’État-providence.

    • Si l’on en croit les critiques que nous avons recueillies auprès de plusieurs experts de l’économie de la santé ou de l’hôpital, ce plan pourrait même attiser de violentes polémiques dans le pays, tant il contredit la posture prise par le chef de l’État depuis le début de la pandémie.

      L’origine de ce plan est connue. En déplacement à Mulhouse, mercredi 25 mars, pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit, le chef de l’État a fait des promesses fortes, mais sans en révéler les modalités, ni les montants, ni le calendrier. Il a juste assuré qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Sans emporter la conviction, il a encore dit : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. » C’est dans ce cadre présidentiel que s’inscrivent les travaux préparatoires de la CDC.

      Ce plan est élaboré par la direction de l’investissement de la Banque des territoires, laquelle est chapeautée par la CDC. Selon nos informations, ce travail de réflexion a été engagé sur une commande de l’Élysée, sans que nous ayons pu savoir si la présidence de la République a sollicité d’autres services de l’État ou d’autres organismes. La note, qui est encore une mouture provisoire, a été écrite par deux hauts fonctionnaires de la CDC, Adelphe de Taxis du Poët et Pierre Menet.

      * La philosophie générale du plan. Tous les experts que nous avons interrogés – professeur de médecine, économistes, sociologue – portent sur cette note un regard similaire. S’ils relèvent ici ou là quelques avancées, ils constatent qu’elle ne tire aucun enseignement de la crise sanitaire historique que nous traversons et cherche à poursuivre et même à accélérer les processus de privatisation rampante et de marchandisation de la santé, qui étaient déjà à l’œuvre les années précédentes.

      Il est d’ailleurs assez frappant de relever que du début à la fin, la note ne cesse de mentionner le secteur privé, pour une cascade de raisons, comme s’il était un acteur majeur pour l’hôpital, dont le statut public est ainsi quasiment dissous. Cette référence au privé apparaît évidemment dans les fameux partenariats public-privé ; pour le développement de la « santé numérique », il est aussi fait mention du rôle de 700 start-up qui sont aussi… privées. Dans une note en bas de page, il est aussi fait l’éloge de nombreux assureurs privés qui soutiennent l’« Alliance digitale pour le Covid-19 », laquelle est « composée de Docaposte, la start-up lilloise Kelindi, l’agence Dernier cri, Allianz France et le cabinet d’avocats De Gaulle Fleurance & associés ». Et la note ajoute : « Le consortium est soutenu par AG2R La Mondiale, AstraZeneca, CompuGroup Medical, Johnson & Johnson, La Banque postale assurances, Malakoff Humanis, la plateforme de téléconsultation MesDocteurs et le groupe VYV. »

      Bref, d’une ligne à l’autre, c’est une ode de chaque instant au privé.

      Chargé de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3), le sociologue Pierre-André Juven fait ce constat très sévère : « Le seul affichage du secteur marchand comme solution à la crise est potentiellement périlleux pour les responsables politiques qui cherchent toujours à éviter l’accusation de privatisation de l’hôpital public. L’intrusion encore plus grande du privé (car déjà existante) s’articule donc à celle – moins crispante pour beaucoup d’acteurs – de l’innovation et notamment de l’innovation numérique. » On trouvera sous l’onglet Prolonger associé à cet article la version intégrale de la note que nous a adressée le sociologue. Elle peut aussi être consultée ici.

      Et Pierre-André Juven ajoute : « Ce document est le révélateur très net des orientations actuelles en matière de réformes de la santé : nécessité de faire plus de place au privé ; croyance forte dans l’innovation numérique comme solution au double enjeu de la qualité des soins et de la contrainte financière ; responsabilisation et individualisation face au risque. Les quatre points généraux du document ne sont qu’un coup de tampon aux stratégies édictées depuis plusieurs années. Loin de remettre en cause les orientations délétères des réformes conduites depuis plus de vingt ans, ils conduisent à accélérer la casse de l’hôpital public. Ce document n’est pas seulement la marque d’une volonté d’étendre l’emprise du privé au sein de l’hôpital public, il traduit la conception technophile, néolibérale et paternaliste qu’une grande partie des acteurs administratifs et des responsables politiques ont de la santé. »

      Un conflit d’intérêts pour la CDC

      Interrogé également par Mediapart, le professeur André Grimaldi, fondateur du Collectif Inter-Hôpitaux, juge aussi sévèrement cette note. Il souligne en particulier qu’elle présente le vice majeur de mettre sur un pied d’égalité l’hôpital public et d’autres établissements, dont les établissements privés de santé à but non lucratif (Espic), qui, même s’ils sont détenus par des mutuelles et des fondations, sont régis par d’autres règles, notamment celles de la concurrence, ce qui leur permet d’embaucher les soignants sous des contrats individuels, de faire leur mercato pour débaucher des professeurs de renom, avec les rémunérations afférentes. Cette mise sur un pied d’égalité de ces établissements a, selon lui, pour effet d’effacer la frontière entre public et privé et s’inscrit dans une logique de marchandisation.

      Jean-Paul Domin, professeur de sciences économiques à l’université de Reims et membre des Économistes atterrés, soulève, avant toute chose, une question de méthode : « N’y a-t-il pas un évident conflit d’intérêts à demander un rapport à la CDC sur l’hospitalisation ? La CDC, via une de ses filiales Icade santé, est un acteur majeur de l’hospitalisation privée lucrative. Icade santé est détenue à hauteur de 38,8 % par la CDC et pour 18,4 % par Prédica SA (la filiale assurance du Crédit agricole). Icade s’est spécialisée sur le marché de l’immobilier sanitaire. Elle possède un portefeuille de 135 établissements de santé valorisé à hauteur de 5,5 milliards d’euros. Elle est déjà partenaire de marques reconnues (Elsan, Ramsay santé, Vivalto) ainsi que des groupes régionaux. Icade souhaite également investir le marché des Ehpad et annonce un accord de partenariat avec le groupe Korian. » On trouvera également sous l’onglet Prolonger associé à cet article la version intégrale de la note que nous a adressée Jean-Paul Domin. Elle peut aussi être consultée ici.

      Professeure d’économie à l’université de Dauphine, directrice du laboratoire d’économie et de gestion des organisations de santé, Brigitte Dormont s’interroge sur la fonction de « ce genre de note », qui commence par des éléments de diagnostic familiers à tous ceux qui connaissent la santé (les défis posés par l’augmentation des maladies chroniques, les problèmes budgétaires des hôpitaux publics, la nécessité de nouveaux modes de rémunération des professionnels de santé), avant d’insister lourdement et à plusieurs reprises sur l’intérêt qu’il y aurait à attribuer de l’argent public au secteur hospitalier non lucratif.

      Dans cette note se présentant comme une série de « propositions post-Covid-19 dans le domaine de la santé », la place faite aux établissements privés de santé à but non lucratif est pour le moins remarquable, avec l’idée que ces établissements auraient besoin d’un sauvetage financier spécifique. « Or, il faut savoir que ces établissements n’occupent qu’une place minoritaire dans l’offre de soins hospitaliers. Ils représentent, selon les dernières statistiques disponibles, 14 % des lits, bien moins que l’hôpital public (61,6 %) et moins aussi que les cliniques privées. Et leur situation financière est plutôt bonne, avec un résultat excédentaire dans les derniers comptes publiés et un endettement en baisse ».

      L’universitaire observe que ces Espic « sont financés via la tarification à l’activité (T2A) par de l’argent public de la même façon que les hôpitaux publics mais ont probablement aussi des ressources annexes ». Or, ils livrent à ces hôpitaux publics une véritable concurrence. N’étant pas contraints par la grille salariale de la fonction publique, ils peuvent offrir des rémunérations beaucoup plus attrayantes, ce qui entraîne une « fuite des médecins de haut niveau des hôpitaux publics à leur profit ».

      * La restructuration de la dette. À lire la note, on pourrait toutefois être rassuré sur un point : au moins la puissance publique est-elle consciente du poids que représente la dette pour les hôpitaux. Comme en novembre 2019 l’État avait annoncé qu’il reprendrait à sa charge un tiers de la dette des hôpitaux, la note préconise une restructuration des deux tiers de la dette restante.

      Mais la proposition est très ambiguë, car la note met effectivement sur un pied d’égalité l’hôpital public et les établissements privés de santé à but non lucratif. Or, les mutuelles, fondations ou associations qui les contrôlent sont le plus souvent devenues au fil des ans des organismes financiers mutants, ayant depuis longtemps abandonné l’idéal mutualiste pour copier les mœurs des marchés financiers. En clair, les mutuelles ou institutions de prévoyance agissent de plus en plus souvent comme des acteurs privés, par exemple de l’assurance. Elles sont soumises aux mêmes contraintes prudentielles et sont saisies des mêmes fièvres de concentration ou de regroupement. Comme le répète depuis longtemps le professeur Grimaldi, c’est par elles que transite le virus de la marchandisation et de la privatisation rampante dans le secteur de la santé.

      À la lecture de la note, il apparaît que la restructuration de la dette envisagée par la CDC concerne d’abord celle de ces Espic – ce qui est évidemment révélateur. D’où la proposition de la note : « Nous pourrions imaginer un fonds de dette qui prêterait en hybride soit aux hôpitaux, soit préférablement aux mutuelles. »

      L’amalgame public/privé ne s’arrête pas là, puisque, dans le cadre toujours de la restructuration de la dette, la note envisage aussi la « création d’un fonds de partage », un peu sur le modèle du fonds « F2i », créé par la Fondation de France. Si l’appellation est opaque, le but du dispositif est assez simple : il s’agit d’user des pratiques du « private equity » (investissement dans les entreprises non cotées) mais pour des buts à vocation sociale. Ou, si l’on préfère, il s’agit de créer un fonds hybride mariant, si cela est possible, les pratiques de la haute finance spéculative et le social. Pour ce mariage contre nature, la CDC envisage de « faire souscrire [à ce fonds] des investisseurs privés ou publics, corporate ou institutionnels ». Cette proposition résume à elle seule tout l’esprit de la note : il s’agit d’organiser une consanguinité généralisée entre le public et le privé.

      Mais il y a sans doute plus grave que cela, comme le relève Pierre-André Juven : « La création de “fonds” est à l’inverse de ce qu’il faut faire, à savoir une augmentation de façon pérenne et annuelle des moyens de l’hôpital public ; il y a des besoins d’investissement, certes, mais aussi de fonctionnement (“lits”, personnels, etc.). Le document traduit clairement la volonté de ne pas aller vers une augmentation de l’Ondam (objectif national des dépenses d’assurance maladie). » L’Ondam est cette norme d’évolution des dépenses fixée par le gouvernement dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale et qui organise l’austérité : pour l’hôpital, il est de +2,4 % pour 2020.

      De l’austérité qui étouffe l’hôpital depuis si longtemps, et contre laquelle tous les personnels hospitaliers ont sans cesse manifesté, notamment tout au long de l’année 2019, et jusqu’à ce que commence la pandémie, il n’est tout simplement pas fait mention.

      L’universitaire Brigitte Dormont relève, elle aussi, que la note de la CDC veut restructurer la dette des hôpitaux publics, mais tout autant celle des Espic, alors que leur endettement est en phase de réduction et parfaitement soutenable. « En gros, le contenu essentiel de la note, c’est de proposer que de l’argent public et des actions de consolidation financière soient orientés vers le secteur privé non lucratif, sans argument pour fonder cette proposition. » « Un petit passage surréaliste propose même que le fonds de dette s’adresse “préférablement aux mutuelles ou aux fondations propriétaires des Espic”, étonnant ! »

    • La logique de la marchandisation généralisée

      * Les partenariats public-privé. « Mettre en place des PPP (partenariats public-privé) vertueux. » Avec cette seule recommandation, le comité de la Banque des territoires souligne combien il s’inscrit dans la même logique qui a conduit à une paupérisation sans précédent du secteur hospitalier, et à le mettre sous contrainte permanente de la dette pour le miner de l’intérieur.

      Car même si les nouveaux projets se veulent respectueux de l’environnement, comme il est recommandé dans la note, ce n’est pas pour cela que ces PPP en deviendront plus vertueux. Les mêmes mécanismes de surcoût, d’absence de contrôle, d’endettement massif, d’engagements très contraignants et sur le très long terme pour le seul profit du privé demeurent. Et ils sont mortifères pour le secteur hospitalier. « Utiliser le PPP pour construire un hôpital entier n’est pas très heureux, les besoins fonctionnels de l’hôpital évoluant trop rapidement, au fil des avancées technologiques », reconnaissait Jean-Philippe Vachia, président de la 4e chambre de la Cour des comptes, lors d’une commission d’enquête sénatoriale en 2014.

      Dans un rapport public au vitriol sur les partenariats public-privé dans le secteur hospitalier en 2014, la Cour des comptes en a recommandé le strict encadrement. À la suite de cette recommandation, le gouvernement avait légiféré pour en limiter l’usage. Manifestement, c’est cette limitation sur laquelle veut revenir la Banque des territoires. Au nom de l’urgence, de l’efficacité bien sûr.

      C’est au nom de l’urgence, de l’efficacité, que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a autorisé les hôpitaux à recourir massivement aux contrats de partenariat public-privé. Une formule alors vivement recommandée par Bercy : nommé directeur des affaires juridiques du ministère des finances, Jérôme Grand d’Esnon, ancien directeur des affaires juridiques de la Ville de Paris du temps de Jacques Chirac et grand connaisseur des financements politiques, s’était empressé dès son arrivée au ministère de dégager tous les obstacles de droit pour en favoriser le développement.

      Déjà utilisés par le ministère de la justice pour la rénovation des prisons et des palais de justice, les partenariats public-privé sont alors apparus au gouvernement Raffarin comme l’outil idéal pour mettre en œuvre son grand plan de modernisation de l’hôpital : le Plan hôpital 2007.

      François Fillon, alors ministre des affaires sociales et de la santé, avait déjà lancé son grand projet de sape de la Sécurité sociale : l’hôpital se devait de devenir une entreprise, la tarification à l’acte avait été introduite, les directeurs d’hôpitaux étaient considérés comme de vrais dirigeants, dispensés de tout contrôle. Mais il fallait poursuivre : réorganiser la carte hospitalière, organiser des regroupements, supprimer des lits et des structures hospitalières, rénover, voire construire de nouveaux établissements.

      Mais pour pouvoir mener à bien cette grande transformation, il fallait aussi de l’argent. Plutôt que de solliciter les moyens de l’État, le partenariat public-privé était, selon le gouvernement Raffarin et ses successeurs, la solution : les projets de modernisation hospitaliers seraient portés par le privé. Ils pourraient être menés à bien sans alourdir la dette de l’État, puisque tout l’endettement serait placé en hors bilan, donc n’apparaîtrait pas dans les fameux calculs d’endettement imposés par le traité de Maastricht.

      Tous les directeurs des agences régionales d’hospitalisation furent alors vivement encouragés à recourir à ce mécanisme. « Chacun d’entre eux devait présenter au moins un projet de PPP pour l’hôpital », rapporte la Cour des comptes dans son rapport de 2014. Vingt-quatre projets ont été signés sous cette forme dans la période 2003-2007, représentant un montant de 613 millions d’euros, pour un plan total de 15,9 milliards.

      Un de ces PPP, celui de l’hôpital sud-francilien, signé avec le groupe Eiffage, a défrayé la chronique. « L’exemple de ce qu’il ne faut pas faire », reconnut Jean-Philippe Vachia au Sénat. Dérapage des coûts, surdimensionnement, malfaçons, retards, hôpital vide pendant des mois car inachevé et inadapté, impossibilité réaliser la moindre transformation sans payer un large dédommagement au propriétaire… : ce contrat signé dans la plus totale opacité s’est révélé un fiasco sanitaire et financier. L’hôpital se doit cependant de payer quelque 51 millions d’euros de loyer par an (au lieu des 32 millions annoncés au départ).

      Les exemples de dysfonctionnement abondent. Chaque année ou presque, la Cour des comptes relève les errements auxquels on conduit ces PPP dans les hôpitaux. C’est par exemple, à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, la mutualisation des fonctions logistiques passées sous contrat de PPP, qui finalement se révèle plus coûteuse qu’auparavant. « Quatre ans après, l’intérêt économique du recours à la formule du contrat de partenariat public-privé n’avait donc toujours pas été établi », constate le rapport. Ce sont, à l’hôpital de Douai, ces deux contrats de partenariat public-privé pour la restructuration des services logistiques et la construction d’un établissement pour personnes âgées dépendantes en remplacement de l’ancienne maison de retraite. Des contrats d’une durée de 25 à 30 ans qui obèrent « structurellement les budgets annuels », note un autre rapport. Mais il y aussi l’hôpital de Saint-Nazaire, de Bourgoin-Jallieu ou du Haut-Limousin, et tant d’autres encore.

      Chaque fois ou presque, les mêmes critiques resurgissent : des contrats opaques et mal ficelés qui donnent tout pouvoir au privé, des surcoûts non contrôlés, un endettement massif à des taux beaucoup plus élevés que si la puissance publique avait assuré elle-même le financement et sur un très long terme, une surcharge financière qui ôte toute marge de manœuvre aux hôpitaux. Sans que le bénéfice du recours au privé n’apparaisse à un moment ou à un autre.

      Alors que les expériences passées démontrent l’inefficacité, voire la nocivité de ce type de contrat pour le secteur hospitalier, pourquoi la Banque des territoires propose-t-elle de les remettre en cour ? Tout le monde a appris des erreurs passées, l’État est mieux armé pour surveiller ce type de contrat, les acteurs privés ont changé leur approche, plaideront peut-être les défenseurs des PPP.

      Un récent rapport de la Cour des comptes européenne publié en mars 2018 montre qu’il n’en est rien. Après avoir examiné de nombreux contrats de partenariat privé-public passés dans toute l’Europe, celle-ci a constaté un « manque considérable d’efficience, qui s’est traduit par des retards de construction et par une forte augmentation des coûts », une opacité comptable qui compromet « la transparence et l’optimisation des ressources », une inadaptation de ces contrats de long terme à suivre « l’évolution rapide des technologies ». Sa première recommandation est qu’en l’état du droit et de la pratique, il faut cesser de recourir aux partenariats public-privé, tant que tous les problèmes juridiques et financiers n’auront pas été résolus, compte tenu des « avantages limités » de ces PPP.

      Proposer le recours massif aux PPP dans ce contexte revient à dire que les responsables dans l’entourage du gouvernement, en dépit des déclarations faites, n’ont pas changé : ils sont bien décidés à poursuivre la même politique de casse du secteur public hospitalier, dont nous constatons aujourd’hui les conséquences dramatiques. En utilisant d’ailleurs au passage l’argent de la Caisse des dépôts, c’est-à-dire de tous les Français, apporté en garantie de ces opérations, pour le seul bénéfice du privé, des Vinci, Bouygues, Eiffage et consorts…

      * La santé numérique. Dans la note analysant ce plan, Pierre-André Juven critique la logique financière dans laquelle elle s’inscrit, mais il se moque tout autant de « la logique technophile ». Il est assez frappant que « la santé numérique » constitue effectivement le point de départ de ce plan. Comme s’il s’agissait de la priorité des priorités. Et pour le sociologue, « ce n’est pas un hasard ».

      Explication de Pierre-André Juven : « La volonté de décharger l’activité hospitalière et donc les besoins en personnel de santé se marient parfaitement pour les acteurs administratifs et les réformateur/-trices à la e-santé, qui “fluidifierait” les prises en charge et l’organisation du soin. On trouve derrière l’idée que beaucoup de prises en charge/consultations seraient inutiles (à l’image des “fausses urgences ”). L’innovation numérique permettrait de pallier le manque de financement public. Dans le document est prise comme exemple “la saturation du 15”. Il y a toujours plusieurs façons de lire un problème : ici, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas assez de moyens mis dans le “15” que le problème se pose, mais parce qu’il n’y a pas d’alternatives efficientes (entendre par là privées). »

      Pour Jean-Paul Domin, la critique est similaire : « C’est le truc à la mode. Les opérateurs complémentaires (mutuelles, assurances) se sont lancés en proposant des solutions de téléconsultation (la société Mesdocteurs.com est financée en partie par Axa, qui est au capital). La CDC oublie que cette fausse solution nécessite que l’ensemble des patients puisse avoir accès au très haut débit, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde. L’accès à la télémédecine est marqué par de fortes inégalités. »

      * Conversion de navires en navires-hôpitaux. Donald Trump a suggéré il y a quelques jours de reprendre les paquebots de croisière pour les transformer en hôpitaux. Alors que tous les croisiéristes sont en plein naufrage, après l’épisode du Diamond Princess où plusieurs milliers de passagers se sont retrouvés cloués à bord pendant plusieurs semaines pour cause d’épidémie de coronavirus, le président américain avait trouvé que ce serait une bonne idée de récupérer ces bateaux. Ce qui permettrait au passage de sauver le groupe de croisière Carnival, qu’il connaît bien.

      Mais on ne s’attendait pas à ce que la Banque des territoires reprenne cette idée dans une note sur la santé au temps du Covid-19. « Il s’agirait, écrit-elle enthousiaste, de conventionner avec des armateurs français la transformation, à la demande, d’un paquebot, d’un roulier, d’un ferry en navire-hôpital, en contrepartie d’une rémunération fondée sur la disponibilité (et des entraînements). Une annonce de cette nature serait sans doute très bien reçue par l’opinion publique et recevrait le soutien des Armateurs de France, très attachés au concept de flotte stratégique et à la croissance des navires sous pavillon français. La CDC pourrait financer dans le cadre de ce contrat d’affrètement les dépenses de conversion et le stock de matériel médical nécessaire à la montée en puissance de ces navires-hôpitaux ».

      Il y a longtemps que la marine a des bateaux-hôpitaux qui lui permettent d’avoir des capacités de soin un peu partout dans le monde. Mais est-ce que la transformation de paquebots de croisière, souvent gigantesques, apporte une bonne réponse au sous-équipement hospitalier actuel ? Avoir des installations mobiles pourrait peut-être permettre de répondre à des besoins des DOM-TOM, où certains territoires insulaires sont sous-équipés, mais pour la France, cet appoint serait par bien des aspects accessoire : le manque d’équipement médical et hospitalier est surtout criant sur tout le territoire, dans le Grand Est et le Massif central, dans la Creuse ou le Jura, par exemple, régions qui sont peu connues pour leur accès à la mer.

      Mais au-delà, ces navires monstrueux peuvent-ils apporter une réponse en cas de pandémie, comme celle du Covid-19 ? L’exemple du Diamond Princess (mais d’autres navires de croisière ont connu des expériences aussi dramatiques) tend à prouver que le confinement dans un espace inadapté, avec des règles inappropriées, se révèle contre-productif. Certes, ces paquebots peuvent être transformés. Mais cela demanderait des moyens gigantesques pour ce faire. Serait-ce pertinent de mobiliser tant de ressources financières pour un résultat incertain, en tous les cas tardif ?

      L’insistance avec laquelle la Banque des territoires soutient cette proposition, cependant, pose question. Car il semble y avoir beaucoup d’arrière-pensées et de non-dits dans cette suggestion. La raison en est peut-être ailleurs : la Société de financement local (Sfil), qui sert de bras financier à la banque des territoires, garantit un grand nombre de crédits exports. Elle s’est beaucoup engagée dans le secteur des croisières.Depuis 2017, elle a garanti plus de 3 milliards d’euros de crédits pour les commandes de paquebots passées par MSC (détenu par le cousin d’Alexis Kohler) et Royal Caribbean auprès des Chantiers navals de l’Atlantique. Ces garanties ont été consenties dans des conditions extrêmement généreuses, au-delà des pratiques habituelles.

      Or, ces croisiéristes sont aujourd’hui totalement à l’arrêt, et peut-être pour longtemps. Ils risquent de ne pas être en mesure d’assurer leurs échéances. Leur reprendre leurs bateaux et les transformer en hôpitaux permettrait de les soulager et peut-être de ne pas exposer les engagements hors norme pris pour eux avec de l’argent public. Mais est-ce vraiment le rôle de l’État d’assurer le sauvetage de groupes étrangers qui ont opté de longue date pour les paradis fiscaux ?

    • La colère des professions de santé

      * La participation des patients. Dans son plan, la CDC évoque cette participation des patients en faisant notamment cette remarque : « Le développement des ALD [affections de longue durée – ndlr] oblige à une plus grande participation des patients à la prise en compte de leur santé… et la pandémie actuelle montre la nécessité d’une éducation (civique ?) à la santé et à la prévention… »

      Une remarque qui a le don d’agacer Pierre-André Juven : « La logique néolibérale, dit-il, se retrouve bien sûr dans la place faite au secteur privé mais on la retrouve aussi concernant la place des patient·e·s. Le point sur la “participation des patients à la prise en compte de leur santé” est un retournement des acquis et des revendications des associations de patient·e·s […]. En bref, là où les associations parlent d’empowerment pour revendiquer un droit à participer aux prises de décision, les pouvoirs publics entendent empowerment au sens d’autonomisation vis-à-vis des pouvoirs administratifs et médicaux : et donc traduisent autonomisation par individualisation. L’éducation civique à la santé traduit une approche très moralisatrice et paternaliste : en gros, il faut que les gens arrêtent de solliciter les structures de santé pour la moindre égratignure. »

      Favoriser les soins de premiers recours. Il y a quelques points, en revanche, qui devraient faire consensus. C’est le cas par exemple de la participation plus active de la puissance publique (ou de la Banque des territoires ?) aux investissements envisagés depuis des lustres dans les centres de santé, maisons de santé, centres de soins de premier recours ou centres de répit. On serait tenté de dire : enfin ! Jusqu’ici, ces investissements étaient portés par les municipalités, surtout, et les hôpitaux. Jean-Paul Domin émet toutefois une réserve : « Les solutions préconisées reposent sur la mise en œuvre de solutions financières pour la création de centres de santé ou de maisons de santé. Bien entendu, la CDC valorise les solutions techniques en oubliant que le développement des déserts médicaux résulte essentiellement d’un manque de médecins dans des zones soit rurales soit socialement défavorisées. »

      Dans le même registre, Pierre-André Juven souligne « un point intéressant » : « Le soutien aux projets hospitaliers intégrés. » Explication : « Des projets, portés par des hôpitaux, le ministère de la santé et des collectivités, peuvent être soutenus afin de lier effectivement “la ville” et l’hôpital. Ils évitent des hospitalisations et une prise en charge institutionnalisée sans pour autant que le suivi avec les patient·e·s soit rompu une fois passée la prise en charge. Dans le domaine de la psychiatrie par exemple, il y a de belles initiatives de ce type. »

      Le débat autour de ces propositions. Au sein même de la CDC, ce plan suscite de très vives critiques. Mediapart a soumis ce document à Éric Boubet, secrétaire général du SNUP CDC FSU qui, après lecture, dit sa consternation : « Je ne suis malheureusement pas surpris ! La CDC est le bras financier de l’État et à ce titre elle “obéit” aux ordres du pouvoir politique en place ! Avec la loi Pacte d’Emmanuel Macron, elle a perdu ce qui lui restait d’indépendance. Aujourd’hui, c’est “business et bla-bla com.” La crise du Covid-19 va encore une fois servir de prétexte. La CDC va afficher une aide considérable en faveur de l’hôpital au nom de l’intérêt général ! Mais en vérité, nous sommes bien loin de cela et l’épargne populaire servira les intérêts de la marchandisation et de la privatisation du secteur de la santé. Ici, on analyse ce drame en termes “d’impact sur les valorisations corporate de la crise actuelle.” »

      Et le responsable syndical ajoute : « Alors que l’ensemble des personnels médicaux – médecins urgentistes ou chefs de service – interpelle le gouvernement pour exiger depuis plus d’un an un plan d’urgence pour l’hôpital public, ce dernier répond par une opération de business. Le rôle de la CDC est de mobiliser les fonds nécessaires pour sauver les hôpitaux publics et non de poursuivre les financements qui le tuent comme les partenariats publics/privés. L’État doit effacer totalement les dettes et engager sur les fonds propres notamment les travaux nécessaires pour les hôpitaux existants et rouvrir ceux qu’il a fermés. Ce n’est pas d’hôpitaux dits de campagne ou d’appoint dont la France a besoin ! Enfin, la revalorisation des traitements et des carrières des agents doit être immédiate. »

      Jean-Philippe Gasparotto, secrétaire de l’Union des syndicats CGT de la CDC, est tout autant atterré : « C’est affligeant et très inquiétant. Cette note confirme le cours délétère de la Direction des investissements de la CDC et d’une façon générale de la Banque des territoires de la CDC qui suit elle-même l’exemple de BPI France dans sa logique libérale de banalisation bancaire. Loin de s’inscrire en réponse aux besoins criants de financements d’investissements publics d’un secteur public hospitalier à l’agonie : recherche fondamentale, manque de lits et de matériels, manque d’équipements dans tous les services, manque généralisé de valorisation des personnels, développement anarchique de secteurs privés, manque de service de prévention et surtension des urgences du fait de manque de places et de personnels, maillage territorial en déshérence, désagrégation des parcours de santé, dislocation du lien médecine libérale de ville/ hôpitaux/CHU et développement des déserts médicaux… ce qui aurait dû conduire la direction des investissements à proposer des modèles de financement et d’investissement de long terme compatibles avec l’intérêt général (utilisation des ressources d’épargne populaire (LA) ; réallocation d’actifs des fonds d’épargne ; recherches de co-investissements avec les fonds européens (BEI…) tels qu’ils sont développés par exemple sur le champ du logement social… »

      Et le responsable syndical ajoute : « Au contraire, la quasi-totalité des propositions avancées s’inscrivent dans une logique de continuité de la privatisation de l’hôpital et du secteur de la santé : soutien au PPP ; développement de secteur privé de recherche ; montage de fonds de partage et de dette avec des institutionnels privés, propositions saugrenues d’affrètement de navire-hôpital sur modèle des PPP pratiqués dans le remorquage, dette à gestion déléguée… tant de recettes éculées et hors sol, que l’on aurait plutôt attendues du service investissement corporate d’une banque commerciale. Triste. »

      Plus généralement, ce sont les professions médicales qui risquent de réagir vivement, quand ils vont découvrir les véritables projets du gouvernement. Dans les heures qui avaient suivi les annonces un peu évasives du chef de l’État à Mulhouse, Le Monde avait relevé qu’elles avaient été saluées « avec prudence et amertume » – c’est le moins que l’on puisse dire – par le corps médical. « C’est dommage d’avoir dû attendre une catastrophe, mais mieux vaut tard que jamais », estimait Anne Gervais, l’une des porte-parole du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), qui avait orchestré en janvier la démission de près de 1 200 médecins hospitaliers de leurs fonctions administratives pour réclamer davantage de moyens. « C’est positif, mais après tous les plans qu’on nous a proposés et qui étaient en deçà de ce qui était nécessaire pour les soins, on attend de voir », nuançait de son côté Hugo Huon, président du Collectif Inter-Urgences.

      Alors, pour ceux qui attendaient de voir, l’ébauche de plan de la CDC risque de les tétaniser. À croire que ce pouvoir n’a décidément rien appris du désastre en cours…

      Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

  • Coronavirus. Une infirmière du CHRU de Brest « virée » pour avoir aidé Paris
    https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/crise-du-coronavirus/coronavirus-une-infirmiere-du-chru-de-brest-viree-pour-avoir-aide-paris

    Plutôt que de rester chez elle, en congés forcés, elle a décidé d’être volontaire pour renforcer les hôpitaux parisiens, débordés par le Coronavirus. Mais il semble que son initiative n’a pas plu à tous.

    « Depuis mi-mars, l’hôpital de Brest a fermé des services pour se préparer à l’épidémie. Et des personnels se retrouvent en congés forcés, chez eux, faute d’activité. J’étais dans ce cas pour deux semaines, du 16 au 29 mars »

    La jeune femme est partie le dimanche 22 mars après avoir organisé la garde de sa fille. Elle a travaillé d’abord à l’hôpital Bichat puis à Lariboisière. « J’ai enquillé six nuits exténuantes en une semaine ! » Elle précise : « À Paris, je suis seule, et confinée. Je m’expose et j’expose ma famille à des risques, mais je me sens utile ! »

    Thomas Bourhis, responsable de la CGT, lui apporte son soutien : « C’est une excellente professionnelle. Le problème est qu’elle est contractuelle et que la direction n’a pas apprécié son initiative d’aller à Paris. »

    J’en reste sans tag...

  • Les mensonges de Didier Raoult pour promouvoir la chloroquine et faire oublier le reste
    https://www.les-crises.fr/les-mensonges-de-didier-raoult-pour-promouvoir-la-chloroquine-et-faire-ou

    [28 mars] Suite à cette vidéo, la journaliste scientifique Cécile Thiebert, du Figaro, a alors appelé Raoult pour vérifier les données chinoises (qu’elle ne trouvait évidemment pas) à l’appui des propos de Raoult. Elle vient tout juste de raconter sa conversation sur une chaîne Youtube (merci à elle, c’est si rare cette transparence) :

    https://www.dailymotion.com/video/kGHxfoEGL41oFRvWyR4

    Mathieu Rouault : Lorsque cette molécule [la chloroquine], cette solution est apparue sur la table, comment vous en avez discuté au Figaro ?

    Cécile Thibert : Alors, je me souviens bien, c’était fin février, donc ça correspond à la sortie de la vidéo sur YouTube du professeur Didier Raoult, qui a sorti une vidéo qui s’appelait « Fin de partie contre le covid », etc. Où il annonçait une excellente nouvelle, une équipe chinoise a découvert que la chloroquine était très efficace sur une centaine de patients, etc. Et donc il finissait la vidéo en disant : « eh bien, d’ici quelques semaines il n’y aura plus de chloroquine dans les pharmacies. » Voilà, donc c’était un peu prophétique.

    Je connais un petit peu le professeur Raoult, je suis un peu ce qu’il fait, il est assez médiatique parce qu’il a une chronique au Point, je crois. Donc, je décide de l’appeler, et je lui demande : « Bon bah voilà, c’est super, vous faites cette annonce, est-ce que vous pouvez m’envoyer les données brutes, en fait ? », parce que j’ai trouvé effectivement une feuille de cette équipe chinoise, une petite note où il n’y a aucune donnée brute, donc je me dis, je ne vais quand même pas écrire un papier qui dit que la chloroquine ça marche alors que je n’ai accès à aucune donnée.

    Donc je lui demande les données, et il me répond, « non je ne les ai pas, j’ai comme vous l’étude machin truc« . Donc je lui dis : « mais attendez, vous faites une annonce sur la base de cette chose-là sans avoir la méthodo ni rien ? » Il me dit : « oui, mais il faut faire confiance aux Chinois, c’est les meilleurs virologues, etc. »

    Je vous passe la suite de l’échange, ça s’est très mal passé, on s’est complètement engueulé en fait parce que je ne comprenais pas en fait comment il pouvait avancer telle chose sans aucune piste, donc on a fait un papier. En parallèle, j’avais lancé des contacts pour savoir un peu plus qui était ce chercheur, etc. Donc on travaille dessus depuis un mois et puis on a une position modérée, je crois que pour le moment il n’y a pas de consensus scientifique, il n’y a pas de données très probantes donc on reste très très modéré vis-à-vis de cette molécule qui, en plus, a déjà fait pleins de faux espoirs sur d’autres virus et notamment des coronavirus. »

    Extrait de cette longue vidéo :
    https://www.youtube.com/watch?v=h3z_UA-6ncg

    • Il y a un certain nombre de choses assez ahurissantes rappelées dans ce billet.

      Il est donc à noter que, suivant cette source, la Chine refuserait désormais d’administrer la Chloroquine aux plus de 65 ans – alors qu’ils représentent par exemple 90 % des décès en Italie…
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/24/coronavirus-la-chloroquine-testee-avec-prudence-en-chine_6034215_3244.html

      Et en effet, le 3 mars, la Chine a sorti une 7e version de ses recommandations (les 5 mêmes médicaments sont toujours là – source : eng / cn) :
      https://www.chinalawtranslate.com/wp-content/uploads/2020/03/Who-translation.pdf

      Et en effet, les plus de 65 ans ne se voient plus proposer de chloroquine – c’est trop dangereux, comme le rappelle le médecin-réanimateur Damien Barraud :

      « J’entends bien l’argumentaire de Didier Raoult et de ceux qui le suivent, qui consiste à dire que la chloroquine est un médicament qu’on prescrit depuis des dizaines d’années et que l’on connaît bien. Sauf que son indication principale, la raison pour laquelle il a fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché, c’était la prophylaxie contre le paludisme. Les gens qui l’ont pris partaient à l’étranger, ils étaient plutôt en bonne santé. Les gens que j’ai sous les yeux ne sont pas en bonne santé. Ce sont des personnes âgées, polypathologiques, polymédicamentées. Certes, si une personne jeune et en bonne santé venait à prendre un petit peu de chloroquine, il ne se passerait probablement pas grand-chose. Mais quand on est âgé, qu’on a des problèmes cardiaques pour lesquels on prend un traitement, prendre de la chloroquine peut être hasardeux. » [source, 30/03/2020]

    • Ce qui est le plus stupéfiant dans cette affaire, c’est que beaucoup de personnes pensent qu’il y aurait une volonté de ne pas utiliser la chloroquine (pardon « le protocole du Dr Raoult »™) dans une sorte de complot des élites.

      Or, bien évidemment, notre corps médical cherche des solutions face à cette épidémie. Donc les molécules utilisées par la Chine ont aussi été utilisées en France.

      Voici d’ailleurs un extrait du document des recommandations d’experts suivies par les centres de référence Covid-19 de la région parisienne, qui émane des sociétés médicales :

      https://sfar.org/download/recommandations-dexperts-portant-sur-la-prise-en-charge-en-reanimation-des-patients-en-periode-depidemie-a-sars-cov2/?wpdmdl=25387&refresh=5e83096543da41585645925

      Ainsi, après vérification, nous vous confirmons que l’hydroxy-chloroquine est administrée dans la plupart des hôpitaux « Centres de Référence Covid » depuis le DÉBUT de l’épidémie en France aux patients hospitalisés sous oxygène – sauf contre indication (il y en a de nombreuses, notamment l’insuffisance rénale).

    • @arno
      La chloroquine a davantage d’effets secondaires problématiques que l’hydroxychloroquine (qui en a tout de même, notamment cardiaques). Et parfois on emploie le nom de l’une des molécules pour l’autre, ce qui ne clarifie pas les textes ...

    • Elle l’est désormais, donc je ne vois pas bien pourquoi tu serais troublée. Les deux grandes études européennes (Discovery et Solidarity) sont définies comme étant souples sur les produits et méthodologies testés (justement à cause de l’urgence et de la nouveauté de la crise), il me semble bien qu’il est explicitement indiqué qu’un produit peut être ajouté ou supprimé en fonction des évolutions du moment.

    • Il est troublant que l’hydroxychloroquine n’ait pas été d’emblée mise en test avec les autres molécules testées par Discovery.

      Il a fallu la pression de l’opinion publique sur le gouvernement français, et la pression de l’OMS, pour qu’elle le soit.

      Les conflits de personnes (notamment Direction de l’Inserm - Raoult) et les enjeux financiers pour les labos, me paraissent avoir trop de poids dans des décisions qui ne devraient relever que du souci de la santé publique.

    • @mad_meg
      Oui
      Mais le cas du Mediator est particulièrement grave : il n’aurait jamais du être employé pour un usage futile alors qu’il avait des effets secondaires graves connus.

      Face au Coronavirus, on cherche des molécules pour sauver la vie de gens qui, lorsqu’ils ont une santé faible, ou bien sont âgés, ont un risque important de mourir. Donc il est justifié de faire des essais un peu empiriques dans l’urgence, et d’essayer en premier des molécules déjà utilisées pour d’autres indications (d’autres maladies) parce qu’on en connait déjà les effets secondaires (donc on contrôle ces effets secondaires, ou bien on exclut les personnes trop exposées par leurs problèmes de santé à ces effets secondaires).

    • La grossophobie et l’obésité ne sont pas des problèmes futiles.
      Ce que je veux dire c’est que le fait de détourné un médicament de son utilisation est dangereux et nécessite des testes sérieux. Et encore plus dans l’urgence car c’est pas le moment d’aggravé les choses.

    • Dans la longue vidéo de Grand Labo, dont les Crises a tiré un extrait, Cécile Thibert fait une autre remarque étonnante : à la 21e minute, elle explique qu’elle n’a jamais de difficulté à faire témoigner des scientifiques, mais que dans le cas de la chloroquine, certains scientifiques refusaient de lui parler, même anonymement, parce « Didier Raoult semblait faire peur à certains chercheurs ».

      M’enfin c’est tout de même invraisemblable.

    • Donc il est justifié de faire des essais un peu empiriques dans l’urgence, et d’essayer en premier des molécules déjà utilisées pour d’autres indications (d’autres maladies) parce qu’on en connait déjà les effets secondaires (donc on contrôle ces effets secondaires, ou bien on exclut les personnes trop exposées par leurs problèmes de santé à ces effets secondaires).

      Oui mais si tu lis autre chose que les vidéos de propagande du docteur Pilule, tu te rendrais compte que c’est exactement ce qu’il se passe. C’est notamment une bonne partie ce que rappelle le texte de Les Crises ci-dessus.

      Par exemple, il y a ce passage que j’ai extrait ici-même :
      https://seenthis.net/messages/837122#message837125

    • Je regarde la video et je trouve que le viel homme blanc boomeur qui parle à 27 mins est à la masse, il ferait mieux de laisser sa place - il dit : « Il faut expliquer plusieurs fois que contrairement à la grippe de Hong-kong pour la première fois on a décidé de pas payé l’impôt à la nature »
      Je sais pas qui est « on » mais c’est pas Macron, pas Buysin, pas trump, pas le gouv britannique... J’ai plutot l’impression que pour la première fois les moyens d’information et de communication permettent d’évité une décimation de la population car tout le monde voit en direct les conséquences des choix politiques. Du temps de la grippe de hong-kong c’etait facil de faire la surprise aux gens alors qu’en 2020 on attendre pas la voix de l’ORTF pour se bouger le séant. D’ailleur c’est pas le miniver qui m’a dit de me confiné mais un ami de seenthis qui m’a telephoné pour m’informé et me conseillé l’autoconfinement.

    • Pour info la partie de la video sur la chlorotruc c’est à partir de 43 mins

      Au passage le jeune journaliste mâle de libé attribut au vieux journaliste mâle l’idée qu’il qualifie de brillante, sauf que c’est la jeune journaliste femelle qui viens de la prononcé. C’est la magie de la fraternité. Autre tic de mâle insupportable, le vieux commence son intervention juste après la prise de parole de la journaliste par « le vrai sujet c’est blabla bla... » comme si elle parlait du faux sujet avant qu’il ne vienne donner sa petite graine de #grand_homme

    • C’est une toubib qui m’a signalé que ce médicament pouvait être efficace contre le Covid-19. La chloroquine a fait l’objet de pas mal de prescriptions, parmi les médecins eux-mêmes et pour leur patients, avant même le raout Raoult, phénomène qui a pris l’ampleur que l’on sait ensuite.

    • Il y a des toubib qui prescrivent de l’homéopathie ca en fait pas un médicament pour autant. Et il semble que le chlorotruc soient connu comme ayant une efficacité possible contre les corona-virus d’ou la note des chinois. Dans la video il en est un peu question vite fait.
      Il me semble que tout le problème est dans le pouvait dont se dispense Raoult et pas cette toubib que tu mentionne.

    • Elle l’est désormais, donc je ne vois pas bien pourquoi tu serais troublée.

      Raoult va quand même dénigrer vu qu’il explique que ce qui fonctionne c’est l’association avec l’azithromycine, et que la chloroquine seule ne suffit pas…

      (En l’occurence il le fait déjà)

    • La directrice du centre hospitalier mosellan a lancé un cri d’alarme, lundi soir, après un week-end noir dans son établissement, submergé par l’afflux de malades du Covid-19.

      « J’ai besoin d’aide. Nous sommes au bout de ce que nous pouvons faire. Si Paris ne prend pas conscience de ce que nous vivons ici, ce sera un nouveau Mulhouse. Il nous faut impérativement du matériel et des moyens supplémentaires tout de suite. Ou de nouvelles évacuations de patients. » Le cri d’alarme est lancé, lundi 30 mars au soir, après un week-end noir, par Marie-Odile Saillard, la directrice générale du centre hospitalier régional (CHR) de Metz-Thionville, un établissement de 2 000 lits situé au cœur d’une région Grand-Est qui subit depuis plusieurs jours le « tsunami » du Covid-19. L’épidémie a fait, au 30 mars, 919 morts dans la région, majoritairement en Alsace. Vendredi, la directrice pensait encore pouvoir entretenir la petite avance que son établissement avait réussi à prendre sur le virus au terme d’un effort de transformation sans précédent. Lundi, le centre hospitalier annonce le décès d’un de ses praticiens, le sixième médecin à mourir du Covid-19 en France. Quarante soignants de l’hôpital sont aujourd’hui infectés, dont trois médecins dans un état grave.

      Tout commence pendant les vacances scolaires de février. « Avant, comme tout le monde, on suivait ce qui se passait en Chine avec une certaine distance, en appliquant avec sérieux les recommandations des autorités, mais sans trop d’inquiétude, raconte Marie-Odile Saillard. Mais en quelques jours, tout bascule. On reçoit des informations très inquiétantes sur la situation en Italie et sur les difficultés des hôpitaux transalpins à faire face. » La Moselle compte une importante communauté d’origine italienne, des enfants ou petits-enfants d’immigrés venus faire tourner les mines et la sidérurgie française au XXe siècle. Beaucoup ont passé les vacances en Lombardie. A leur retour, ils inondent le 15 d’appels pour se signaler.

      Le 25 février, Marie-Odile Saillard organise la première cellule de crise au sein de l’hôpital. Le plan blanc est activé, on ressort les protocoles, les simulations, on réquisitionne les internes pour faire de la régulation téléphonique. Et surtout, on essaye déjà d’anticiper les difficultés : « Lorsqu’il y a une crise sanitaire majeure, on sait que l’hôpital a deux points de fragilité sur lesquels on peut subir des saturations : les urgences et les plateaux techniques. »

      « Il fallait accélérer »

      Le principal défi est d’ouvrir des lits de réanimation supplémentaires. L’urgence s’impose, car début mars, un second front s’ouvre à proximité de la Moselle : « Je me souviens encore du coup de fil de Christophe Lannelongue, le directeur de l’agence régionale de santé du Grand-Est, se remémore Marie-Odile Saillard. Il m’a parlé d’un deuxième foyer épidémique probable à Mulhouse. J’ai raccroché et immédiatement appelé le docteur François Braun, le chef des urgences. Il fallait accélérer. »

      Ouvrir un lit de réanimation réservé aux patients atteints de Covid-19 nécessite des locaux adaptés (avec de l’oxygène, de l’air, du vide et des sas d’entrée et sortie), du personnel formé et du matériel. Des locaux, l’hôpital en a, à Thionville, mais aussi à Metz, sur le site de l’hôpital de Mercy, qui a moins de dix ans. Du personnel ? « La réanimation nécessite des gestes et des connaissances particulières, explique le docteur Khalifé Khalifé, cardiologue et président de la commission médicale d’établissement du CHR. Nous avons mobilisé des médecins, des infirmiers, des aides-soignants qui ont été formés en interne par des réanimateurs. » Restait la question du matériel : les monitorings, les passe-seringues, mais surtout les respirateurs. « On a fait un état du stock, raconte la directrice. Et dès le début de la crise, j’ai passé commande de trente appareils supplémentaires. A ce jour, je n’en ai reçu que dix. »

      L’aide des vétérinaires

      Les premiers patients arrivent en réanimation. Vite, trop vite. Alors que l’hôpital compte habituellement une trentaine de lits de réanimation sur ses deux sites, il monte à 40, puis 50, 60, 70. Des salles de réveil, un service de néphrologie, un service de chirurgie cardiaque, des lits pour grands brûlés ont ainsi été convertis. « Nous avons récupéré des respirateurs partout, dans les ambulances, dans les blocs, dit Mme Saillard. Les cliniques privées dans l’incapacité de monter des services de réanimation nous ont prêté les leurs. J’en ai reçu d’hôpitaux d’autres régions moins touchées. » Même les vétérinaires du département ont mis à disposition les respirateurs pour animaux. Sept machines de ce type permettent aujourd’hui à des patients atteints du Covid-19 de respirer encore. « Nous avons complètement transformé notre hôpital, dit Mme Saillard. Il ne ressemble en rien à ce qu’il était il y a deux semaines. C’est un effort qui a mobilisé tous les services. »

      Longtemps, cet effort a suffi. Chaque soir, la directrice fait le point avec Le Républicain lorrain. Alors que les hôpitaux alsaciens saturent déjà, celui de Metz compte 15 lits d’avance, 10 lits d’avance, puis de nouveau 20 lits d’avance. L’hôpital arrive à suivre le rythme du virus en ouvrant plus de lits qu’il n’y a d’admissions en réanimation. « La difficulté, c’est qu’un patient qui est intubé va rester en moyenne trois semaines en réa, souffle le docteur Khalifé. Donc on n’arrive pas à libérer les lits assez rapidement. » Une majorité des patients guérit, comme ce jeune homme de 17 ans que les soignants de l’hôpital de Thionville viennent de sauver. Une partie est transférée vers d’autres hôpitaux, comme ce fut le cas samedi matin grâce à un hélicoptère militaire qui a pris la direction de l’Allemagne, ou dimanche, à bord du TGV sanitaire vers Bordeaux. Quelques-uns meurent. Le CHR de Metz-Thionville a enregistré 58 décès depuis le début de l’épidémie.

      Et puis il y a eu ce week-end noir. Celui au cours duquel l’hôpital a ouvert le centième lit de réanimation. Lundi soir, 93 lits étaient occupés et la directrice s’attendait à ce que tout soit plein quelques heures plus tard. D’où son appel au secours. « Je ne peux pas ouvrir plus de #lits. Je n’ai ni les #respirateurs ni le #personnel pour cela. Soit on m’envoie du #matériel et des médecins, soit on procède à une #évacuation massive de patients des hôpitaux mosellans. » Selon elle, pour absorber la vague qui ne faiblit pas, il faudrait évacuer du département en moyenne 12 patients par jour. Soit un #TGV_sanitaire tous les trois jours. Sinon, quoi ? « Sinon, c’est l’#inconnu. »

      #Metz #hôpital #hôpitaux #coronavirus

    • Ça veut dire que c’était une bonne idée de partager l’article. (Le « +1 » est juste une sale manie qu’on chope assez facilement sur d’autres réseaux et je crois me souvenir que cela était fort peu goûté sur le Rézo des réseaux).

      D’où le « si je puis me permettre ».

  • Je prends donc j’apprends
    http://www.laviedesidees.fr/Je-prends-donc-j-apprends.html

    À propos de : Wilfried Lignier, Prendre. Naissance d’une pratique sociale ordinaire, Seuil. Le simple et élémentaire geste de préhension d’un très jeune enfant est déjà le produit de nombreuses influences sociales. En réalisant une ethnographie dans une crèche, Wilfrid Lignier montre que les sciences sociales sont incontournables pour comprendre les phénomènes de cognition et d’apprentissage.

    #Société #école #enfance
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20200401_lignier.docx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200401_lignier.pdf

  • Aux États-Unis, le boom des logiciels de surveillance du télétravail | korii.
    https://korii.slate.fr/biz/etats-unis-entreprise-teletravail-confinement-boom-logiciels-espions-sur

    Pour fliquer leur personnel pendant le confinement, les patrons américains ne reculent devant rien. Du jour au lendemain, l’épidémie de coronavirus a forcé des millions de personnes à travailler à la maison, et nombre de patrons redoutent déjà que leur personnel n’en profite pour se la couler douce. Ces dernières semaines, les ventes de logiciels de surveillance du télétravail ont explosé aux États-Unis, rapporte Bloomberg. Une fois téléchargés sur un ordinateur, ces outils enregistrent ce qu’une (...)

    #algorithme #vidéo-surveillance #surveillance #travail #CCTV

  • La psychiatrie au temps du Covid-19 : l’hôpital se replie, une solidarité confinée s’organise
    https://www.bastamag.net/Covid19-psychiatrie-temoignage-coronavirus-confinement-Mathieu-Bellahsen

    Ne pas sortir de sa chambre, limiter les interactions humaines… Ces règles pour lutter contre le coronavirus doivent aussi s’appliquer dans les hôpitaux psychiatriques, où le soin passe avant tout par l’humain. Comment font-ils ? Récit par Mathieu Bellahsen, psychiatre dans un secteur hospitalier de région parisienne. Son service a déjà plusieurs cas de Covid-19. Depuis bientôt quinze jours, les équipes de psychiatrie, les patients et leurs familles ont du s’adapter à la situation nouvelle qu’impose (...) #Débattre

    / Santé , #Services_publics

    #Santé_

  • Ne pas porter de masque pour se protéger du coronavirus est une « grande erreur », affirme un scientifique chinois haut placé
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/31/ne-pas-porter-de-masque-pour-se-proteger-du-coronavirus-est-une-grande-erreu

    George Gao, le directeur général du Centre chinois de contrôle et de préventions des maladies, a répondu aux questions du journaliste Jon Cohen, qui le sollicitait depuis deux mois. Dans cet entretien publié par la revue américaine « Science », il revient notamment sur la gestion de la crise par la Chine.
    Propos recueillis par Jon Cohen

    Les scientifiques chinois, en première ligne de la lutte contre l’épidémie de coronavirus 2019 (#Covid-19) dans leur pays, ne sont guère accessibles pour les médias étrangers. Comprendre l’épidémie et lutter contre elle est une tâche écrasante, et répondre aux sollicitations de la presse, et surtout à celles des journalistes hors de Chine, n’est pas une priorité. Cela faisait deux mois que Science tentait d’interroger George Gao, le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies. La semaine dernière, il a donné suite [à la mi-mars].

    George Gao est à la tête d’une agence de 2 000 employés (soit un cinquième des effectifs des Centers for Disease Control and Prevention [son équivalent aux Etats-Unis]), et il reste lui-même un chercheur très actif. En janvier, l’équipe dont il faisait partie a été la première à isoler et à séquencer le SARS-CoV-2, ou coronavirus 2, du syndrome respiratoire aigu sévère, qui cause la maladie appelée Covid-19. Il est le coauteur de deux études publiées dans la prestigieuse revue New England Journal of Medicine (NEJM) qui ont eu un large retentissement : elles fournissaient pour la première fois des aspects épidémiologiques et cliniques détaillés de l’infection. Il a aussi publié trois articles sur le Covid-19 parus dans [la revue scientifique médicale britannique] The Lancet.
    Son équipe a également apporté une importante contribution à une mission conjointe formée de chercheurs chinois et internationaux qui, sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a publié un rapport décisif après avoir effectué une tournée en Chine pour mieux comprendre la réponse donnée à l’épidémie.
    Après des études vétérinaires, George Gao a obtenu un doctorat en biochimie à Oxford et s’est spécialisé en immunologie et en virologie comme postdoctorant dans cette université britannique puis à Harvard. Ses travaux de recherche portent sur les virus à enveloppe (entourés d’une fragile membrane lipidique protectrice), dont fait partie le SARS-CoV-2, et leurs mécanismes d’entrée dans les cellules et de transmission interespèces.

    George Gao a répondu à nos questions sur plusieurs jours et par divers moyens (SMS ainsi que messagerie et conversations téléphoniques). L’entretien qui suit en est le condensé, édité à des fins de clarté et de concision.

    Quels enseignements peuvent tirer les autres pays de la gestion du Covid-19 par la Chine ?

    La distanciation sociale est la stratégie fondamentale dans le contrôle de toutes les maladies infectieuses, et plus encore des infections respiratoires. D’abord, nous avons déployé des « stratégies non pharmacologiques », dans la mesure où nous ne disposons d’aucun inhibiteur ou médicament spécifique, ni de vaccin. Deuxièmement, il faut faire en sorte d’isoler tous les malades. Troisièmement, placer en quarantaine les cas contacts : nous avons consacré beaucoup de temps à leur identification et à leur isolement. Quatrièmement, interdire tous les rassemblements. Et cinquièmement, restreindre les déplacements, d’où l’instauration de la quarantaine, ou « cordon sanitaire », comme on dit en français.

    Le confinement a débuté en Chine le 23 janvier à Wuhan puis fut étendu à des villes voisines de la province du Hubei. D’autres provinces chinoises ont mis en place des mesures moins strictes. Comment la coordination de ces dispositifs s’est-elle faite, et quel rôle ont joué les « contrôleurs » de quartier chargés de surveiller leur application localement ?

    Il faut avant tout que les mesures soient comprises et fassent consensus. Pour cela, il faut une forte volonté politique, aussi bien à l’échelon local que national. Il faut que contrôleurs et coordinateurs impliquent étroitement la population. Les contrôleurs doivent connaître l’identité des cas contacts, mais aussi des cas présumés. Les contrôleurs de proximité doivent être très vigilants, leur rôle est essentiel.

    Quelles sont les erreurs commises actuellement par d’autres pays ?

    La grande erreur aux Etats-Unis et en Europe est, à mon avis, que la population ne porte pas de masque. Ce virus se transmet par les gouttelettes respiratoires, de personne à personne. Les gouttelettes jouent un rôle très important, d’où la nécessité du masque – le simple fait de parler peut transmettre le virus. De nombreux individus atteints sont asymptomatiques, ou ne présentent pas encore de symptômes : avec un masque, on peut empêcher les gouttelettes porteuses du virus de s’échapper et d’infecter les autres.

    Il existe d’autres mesures de lutte contre l’épidémie. La Chine fait ainsi un usage intensif des thermomètres à l’entrée des commerces, des immeubles et dans les stations des transports en commun.
    En effet. Partout où vous allez en Chine, il y a des thermomètres. La prise de température généralisée permet de ne pas laisser entrer quiconque présente de la fièvre. Car la stabilité de ce virus dans l’environnement est une question-clé, qui reste à ce jour sans réponse. S’agissant d’un virus à enveloppe, on est tenté de penser qu’il est fragile et particulièrement sensible à la température ou à l’humidité des surfaces. Cependant, des résultats obtenus aux Etats-Unis et des études chinoises laissent penser qu’il serait très difficile à détruire sur certaines surfaces. Il pourrait être capable de survivre dans de nombreux environnements. Sur ce point, nous attendons des réponses scientifiques.

    A Wuhan, des personnes testées positives mais peu atteintes par la maladie ont été placées en quarantaine dans des infrastructures ad hoc, avec interdiction de recevoir la visite de leurs proches. Est-ce une démarche dont devraient s’inspirer les autres pays ?

    Les personnes infectées doivent être isolées. Le Covid-19 ne peut être enrayé qu’à condition de faire disparaître les sources d’infection. C’est pour cela que nous avons construit des hôpitaux de campagne et aménagé des stades en hôpitaux.

    De nombreuses questions demeurent autour de l’émergence de la maladie en Chine. Des chercheurs chinois font état d’un premier cas apparu le 1er décembre 2019. Que dites-vous de l’enquête du « South China Morning Post » [quotidien hongkongais] qui estime, sur la base d’un rapport interne de l’Etat chinois, que des cas s’étaient déclarés en novembre déjà, avec un premier cas le 17 novembre ?

    Il n’existe aucune preuve solide de l’existence de foyers épidémiques dès le mois de novembre. Nous poursuivons nos recherches pour mieux comprendre les origines de la maladie.

    Les autorités sanitaires de Wuhan ont établi un lien entre de nombreux cas et le marché de fruits de mer de Huanan, qu’elles ont fait fermer le 1er janvier. Leur hypothèse était qu’un virus s’était propagé chez l’homme à partir d’un animal ayant été vendu, et peut-être découpé aussi, sur ce marché. Dans votre article paru dans la « NEJM » cependant, où vous faites notamment un historique de la maladie, vous affirmez que quatre des cinq premiers patients infectés n’avaient aucun lien avec le marché de Huanan. Considérez-vous ce marché comme le berceau probable de la maladie, ou bien comme une fausse piste, une chambre d’amplification plutôt que le foyer premier ?

    C’est une excellente question. Vous travaillez comme un véritable détective. D’emblée, tout le monde a pensé que ce marché était à l’origine de la maladie. Aujourd’hui, je ne sais pas si c’est là que le virus est apparu, ou seulement un endroit où il a trouvé à se propager. Deux hypothèses subsistent, c’est à la science de trancher.

    La Chine a été critiquée également pour avoir tardé à partager le génome du virus. C’est le « Wall Street Journal » qui, le 8 janvier, a rendu publique l’existence d’un nouveau coronavirus ; l’information n’est pas venue des équipes de chercheurs de l’Etat chinois. Pourquoi ?

    Le Wall Street Journal avait vu juste. L’OMS avait été informée du séquençage, et je crois que quelques heures seulement se sont écoulées entre la parution de l’article et l’annonce officielle. Pas plus d’une journée en tout cas.

    Pourtant, on peut voir dans une base de données de génomes viraux en accès libre que le premier séquençage proposé par des scientifiques chinois date du 5 janvier. Trois jours se sont donc écoulés pendant lesquels vous saviez forcément qu’il s’agissait d’un nouveau coronavirus. Cela ne changera plus le cours de l’épidémie aujourd’hui, mais il faut reconnaître que quelque chose est arrivé avec l’annonce du séquençage.

    Je ne le crois pas. Nous nous sommes empressés de partager l’information avec la communauté scientifique, mais c’est un sujet de santé publique, et nous devions donc attendre l’annonce des pouvoirs publics. Personne ne veut provoquer une panique, n’est-ce pas ? Et personne, nulle part dans le monde, n’aurait pu prédire que ce virus allait entraîner une pandémie. C’est la première pandémie de l’histoire qui ne soit pas causée par un virus influenza [virus de la grippe].

    Il a fallu attendre le 20 janvier pour que des équipes chinoises déclarent officiellement avoir des preuves d’une transmission interhumaine. Pourquoi, selon vous, les épidémiologistes en Chine ont-ils eu tant de mal à voir ce qu’il se passait ?

    Nous n’avions pas encore de données épidémiologiques détaillées. Et nous étions confrontés depuis le début à un virus violent et sournois. C’est la même chose en Italie et dans le reste de l’Europe, et aux Etats-Unis. « C’est juste un virus », voilà ce que les scientifiques, comme tous les autres, se sont dit au début.

    La propagation est aujourd’hui extrêmement ralentie en Chine, où les nouveaux cas seraient pour l’essentiel importés. Vous confirmez ?

    Tout à fait. Pour l’heure, nous n’avons plus de transmission locale, mais notre problème vient désormais des cas importés. Un très grand nombre de personnes infectées arrivent désormais en Chine.

    Que se passera-t-il quand la vie normale reprendra son cours en Chine ? Pensez-vous qu’une part suffisante de la population a été infectée, de telle sorte qu’une immunité collective éloigne le virus ?

    L’immunité collective n’est pas encore atteinte, c’est une certitude. Mais nous attendons des résultats plus probants des recherches d’anticorps, qui nous diront exactement combien de personnes ont été infectées.

    Quelle stratégie, alors ? Gagner du temps en attendant que des traitements efficaces soient mis au point ?

    Exactement, et nos scientifiques planchent à la fois sur un vaccin et sur des médicaments.

    Pour de nombreux chercheurs, le remdesivir serait le plus prometteur des médicaments actuellement à l’étude. Quand pensez-vous avoir des résultats d’essais cliniques pour la Chine ?

    En avril.

    Des équipes chinoises ont-elles mis en place des modèles animaux suffisamment solides pour l’étude de la pathogenèse et les tests de médicaments et de vaccins ?

    Pour l’heure, nous utilisons à la fois des singes et des souris transgéniques possédant des récepteurs de l’ACE2, qui sont les points d’entrée du virus chez l’homme. La souris est un modèle très largement utilisé en Chine dans l’évaluation des traitements médicamenteux et des candidats vaccins, et je crois que deux études chez le singe devraient paraître prochainement. Je peux vous dire en tout cas que notre modèle simien est au point.

    Que pensez-vous du nom de « China virus », ou « Chinese virus » [virus chinois, de Chine], employé par le président américain Donald Trump pour désigner le nouveau coronavirus ?

    Parler de virus chinois est vraiment une mauvaise idée. Ce virus vient de la planète Terre. Il n’est pas l’ennemi d’un individu ou d’un pays en particulier : c’est notre ennemi à tous.

    Jon Cohen est journaliste au magazine Science. Spécialisé dans la biomédecine, il est reconnu pour sa couverture des épidémies (VIH/sida, SRAS, Ebola). Il a également fait de nombreux reportages sur la génétique, la recherche sur les primates, l’évolution, le bioterrorisme, le financement de la recherche, l’éthique, la biologie reproductive, les batailles de crédit et les médias eux-mêmes. Ses articles ont été récompensés notamment par l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis et la Société américaine de microbiologie.
    La référence exacte de cet article initialement paru dans la revue américaine Science est : « Not wearing masks to protect against coronavirus is a ‘big mistake’, top Chinese scientist says », Jon Cohen, 27 mars 2020, Science (doi : 10.1126/science.abb9368), https://www.sciencemag.org/news/2020/03/not-wearing-masks-protect-against-coronavirus-big-mistake-top-chinese-sc. Nous le republions avec la gracieuse autorisation de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), qui édite cette revue. Cette traduction n’est pas une version officielle du texte, elle n’a pas été relue par le personnel de l’AAAS, ni jugée conforme par l’AAAS. Pour fin de vérification, merci de se reporter à la version originale anglaise publiée par l’AAAS.

  • Aide aux petites entreprises : un coup de com ! | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/isabelle-veilleur/blog/250320/aide-aux-petites-entreprises-un-coup-de-com
    #Mais_quelle_surprise !

    Le gouvernement annonce dès les premiers jours du confinement, un fond de solidarité de 1500€, destiné aux petites entreprises pour faire face à leur perte d’activité. Les conditions d’éligibilité à cette aide s’avèrent inaccessibles sans que cette information ne soit relayée par les médias. Elle n’est visible que sur le site des impôts ! Bonne pub pour les uns, difficulté pour les autres !

  • Mount Sinai hospital leaders in Florida during crisis
    https://nypost.com/2020/03/28/mount-sinai-hospital-leaders-holed-up-in-florida-vacation-homes-during-coron

    While heroic staffers beg for protective equipment and don garbage bags to treat coronavirus patients at a Mount Sinai hospital, two of the system’s top executives are waiting out the public health catastrophe in the comfort of their Florida vacation homes, The Post has learned.

    Dr. Kenneth Davis, 72, the CEO of the Mount Sinai Health System who pulled down nearly $6 million in compensation in 2018, is ensconced in his waterfront mansion near Palm Beach.

    Davis has been in the Sunshine State for weeks and is joined by Dr. Arthur Klein, 72, president of the Mount Sinai Health Network, who owns an oceanfront condo in Palm Beach.

  • Vous êtes chef d’entreprise dans le bâtiment, vous souhaitez redémarrer un chantier ? Facile, yaka !

    Dans le contexte de la pandémie due au coronavirus et suite aux recommandations du gouvernement, vous avez sollicité l’avis de la CRAMIF pour mettre en œuvre les mesures de prévention indispensables sur vos chantiers, dans le cas où ceux-ci poursuivraient leur activité.

    Pour cela, il convient d’appliquer les mesures de prévention sanitaires en tenant compte des spécificités du BTP (promiscuité, superpositions de taches, simultanéité des travaux, multiplicité des intervenants,…) tout en veillant à continuer à maîtriser les autres risques habituellement rencontrés sur les chantiers.

    Mettre en place les moyens nécessaires au lavage des mains, à tout moment de la journée, tant dans les bungalows sanitaires qu’au plus près des postes de travail car la distribution de gel hydro alcoolique est sans aucun effet si les mains ne sont pas lavées préalablement. Pour les immeubles en construction notamment, prévoir des installations à chaque étage, équipées d’eau courante, évacuation EU, savon, essuie-main papier et poubelles fermées (et non pas sèche-mains).

    Afin d’appliquer les principes de distanciation sociale entre les personnes et éviter la propagation du virus, supprimer toutes les situations de travail générant des contacts entre salariés :
    • Eviter les concentrations de personnel par l’utilisation de banches et d’outils coffrants ergonomes et facilement maniables.
    • Utiliser des bétons auto plaçant limitant le nombre de salariés présents au moment du bétonnage.
    • Eviter le port de charges lourdes ou encombrantes à plusieurs salariés en mécanisant totalement les approvisionnements : utilisation de grues et de recettes à matériaux, mise en service d’ascenseurs de chantiers ou de plateforme de transports de matériaux à personnel accompagnant, mise en service des ascenseurs pour les besoins du chantier… tout en veillant à respecter les distances entre les personnes lors de l’utilisation de ces matériels…
    • Mettre en place des allées de circulations nivelées, stabilisées et sans obstacles (déchets, gravats…) afin de garantir le déplacement horizontal des charges par un seul salarié muni d’aides techniques motorisées telles que diables et transpalettes électriques, etc. Mettre en place des sens de circulation pour éviter le croisement de personnes.
    • Eviter le port de charges lourdes ou encombrantes à plusieurs salariés lors de la mise en œuvre de des matériaux en utilisant des matériels d’aide à la manutention : lève plaques, lève chauffe-eau, palonniers de pose de vitrages, dérouleurs de câble motorisés ou mécanisés… Ces matériels seront acheminés par les mêmes voies de circulation que celles empruntées lors de l’approvisionnement de matériaux.
    • Accompagner ces mesures techniques par des mesures d’hygiène permettant d’éviter la contamination directe lors de la manipulation d’apparaux de levage (élingues) ou d’organes de commande (boutons d’ascenseurs) mais aussi des parois et mains-courantes sur lesquelles les salariés prennent appui, soit par l’utilisation de lingettes désinfectantes, soit par la mise à disposition des solutions hydro-alcooliques permettant de se désinfecter les mains avant et après chaque manipulation. Prévoir, en permanence sur site, une équipe de nettoyage afin d’assurer la désinfection de toutes les zones de contact aussi souvent que nécessaire serait un plus pour éviter la propagation du virus.
    • Attribuer les outils et matériels de façon nominative afin d’éviter les transferts d’individu à individu.
    • Adopter une organisation du travail permettant de limiter au maximum les interférences et les superpositions entre les différents corps d’état, en attribuant des zones de travaux précises aux entreprises et des créneaux horaires (éventuellement, travailler 1 jour sur 2 afin d’éliminer le virus d’une surface contaminée). Tenir compte de ces aménagements dans le planning hebdomadaire des travaux et le délai final.

    Afin d’appliquer les principes de distanciation sociale entre les personnes et éviter la propagation du virus dans les installations de chantier (en complément des mesures d’hygiène déjà citées ci-dessus) :
    • Aménager les locaux sanitaires afin d’espacer les armoires vestiaires d’un mètre minimum.
    • Aménager les réfectoires afin de respecter les distances de sécurité sanitaire entre les salariés (un mètre minimum).
    • Entretenir les locaux communs par une équipe de ménage disponible en permanence, disposant de produits efficaces face au risque biologique mais sans conséquence chimique vis-à-vis des salariés du chantier.
    • Aménager les parkings réservés au personnel pour augmenter leur capacité de stationnement, afin de favoriser les transports individuels et éviter le covoiturage ainsi que les transports en commun.

    Mettre à disposition de tous les salariés, y compris encadrement, y compris maîtrise d’ouvrage, y compris coordonnateur SPS et maitrise d’œuvre, des masques anti contamination en quantité suffisante (remplacement toutes les 2 à 4h) et former le personnel à son utilisation. Tenir compte de l’aptitude du Médecin du travail au port du masque.

    La récente information ayant confirmé que la propagation du COVID-19 était favorisée par les atmosphères chargées en poussières et particules fines :
    • Mettre en place des dispositifs de rabattage et d’élimination des poussières sur toutes les zones de circulation et de travail.
    • Mettre en place systématiquement des mesures de captage à la source des poussières lors des opérations de découpe, de ponçage, nettoyage de banches, ragréage…

    Renforcer l’encadrement du chantier au niveau des entreprises, mais également au niveau de la maitrise d’œuvre d’exécution, de la coordination SPS et de la maitrise d’ouvrage afin d’expliquer les mesures de prévention et de vérifier leur bonne application. Eventuellement, mettre en place un dispositif de télésurveillance permettant de s’assurer de cette bonne mise en œuvre à distance à l’aide de caméras avec analyse matricielle ou toute autre technique d’efficacité équivalente.

    Dans la mesure où cette pandémie est un nouveau risque extérieur aux métiers des entreprises de construction, le PGC doit être actualisé par le Coordonnateur SPS en intégrant notamment les mesures ci-dessus et doit être communiqué aux entreprises par le MOA.
    De nouvelles visites d’inspection commune doivent être organisées avec les entreprises afin de s’assurer que la mise en œuvre des nouvelles mesures de prévention sont bien comprises, sont compatibles avec les Plans de Continuité de l’Activité (PCA) des entreprises et n’engendrent pas de nouveaux risques pour les salariés et pour l’environnement du chantier. Ces visites d’inspection commune doivent elles-mêmes être réalisées en veillant à respecter les mesures barrières pour les participants.
    Par la suite, organiser l’évaluation continue de la mise en place de ces moyens organisationnels en tenant compte également de l’évolution des connaissances concernant le COVID-19.
    Par ailleurs, le MOA doit mettre à jour ses pièces marché pour tenir compte des nouvelles mesures.

    Nous précisons par ailleurs que compte tenu du caractère itinérant de notre profession, susceptible de contribuer à la propagation du virus de chantier en chantier ou d’établissement en établissement, la direction de l’Assurance Maladie- Risques Professionnels a décidé de suspendre les interventions en entreprises des personnels des Caisses ; elles sont suspendues jusqu’à nouvel ordre.

    Nous restons toutefois à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

    Sincères salutations.

    Cramif
    Direction Régionale des Risques Professionnels
    Direction des Services Techniques
    Service Activités de Service et BTP

    24/03/2020

    PS : Si les conditions ne sont pas remplies, je vous conseille d’interrompre l’activité sur les chantiers concernés.

    • J’ai vu passé pas mal de soignantes qui disent que le peu de masques et de blouses qu’elles ont leur viennent de dons du BTP.
      #racisme car comme pour les migrant·es cueilleur·euses de fraises le gouvernement enverra les noir·es et les arabes au casse-pipe.

    • Mais oui bien-sûr un lavabo fonctionnel à chaque étage d’un immeuble en construction !

      d’autres fiches à venir :

      le ministère annonce la publication d’une quinzaine de fiches sectorielles dans les dix jours, en lien avec les filières professionnelles concernées :

      secteur agricole et agroalimentaire,
      secteurs autorisés à titre dérogatoire à recevoir du public,
      activités de surveillance et sécurité,
      activités de propreté,
      crématorium/funérarium,
      distribution de carburant et chaîne aval automobile (réparation / nettoyage intérieur…),
      maintenance avec risque sanitaire (plombiers, ventilation, etc.),
      cuisiniers,
      travail en caisse,
      aide à domicile et les services à la personne,
      ambulanciers,
      métiers de bouche (boulangers…),
      logistique,
      chauffeurs-livreurs,
      activités de banque et d’assurance.

      Le ministère appelle les organisations professionnelles qui élaborent actuellement leurs propres préconisations à lui adresser leurs travaux, afin de coordonner les actions mises en œuvre.

      #foutage_de_gueule

  • En France une certaine opinion qui court semble pouvoir être résumée ainsi : "un pouvoir autoritaire c’est quand même pas mal pour lutter contre le coronavirus”.

    On relaie les "incroyables" constructions express d’hôpitaux, le génie consistant à appeler l’armée pour enfermer une ville, le magnifique emploi des données personnelles pour lutter contre le coronavirus, etc.

    En pratique cependant, la dictature n’est pas plus efficace en matière de santé publique que dans les autres domaines — c’est même bien souvent l’inverse.

    Cette communication de choc permet à la Chine de faire oublier qu’elle n’est quand même pas très haut dans les classements de l’OMS sur la capacité à assurer les soins de santé de base.

    Alors évidemment dans l’urgence on espère que son gouvernement déconnera le moins possible et trouvera un peu d’efficacité, mais de là à encenser la méthode forte…

    (Je n’oublie évidemment pas que d’autres gouvernements moins autoritaires ont eux aussi fait preuve d’inefficacité totale voire criminelle en matière de santé. Mais je préférerais qu’on parle d’efficacité plutôt que d’autoritarisme, et qu’on regarde les faits plutôt que la propagande.)

    Si en France on pouvait changer de disque le plus vite possible ce serait pas mal, avant que ça ne donne des idées à Agnès Buzyn. Si la crise arrive ici, avec des hôpitaux en pleine tourmente sociale, ça sera pas bon. Et non, le LBD n’est pas la meilleure technique de prévention.

    –—

    Coronavirus Live Updates : Wuhan to Round Up the Infected for Mass Quarantine Camps - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2020/02/06/world/asia/coronavirus-china.html

    Sun Chunlan, a vice premier tasked with leading the central government’s response to the outbreak, said (…)
    “Set up a 24-hour duty system. During these wartime conditions, there must be no deserters

    (…) concerns are growing about whether the centers, which will house thousands of people in large spaces, will be able to provide even basic care to patients and protect against the risk of further infection.

    A lockdown across the city and much of its surrounding province has exacerbated a shortage of medical supplies, testing kits and hospital beds. Many residents, unwell and desperate for care, have been forced to go from hospital to hospital on foot, only to be turned away without being tested for the virus, let alone treated. They have had to resort to quarantines at home, risking the spread of the virus within families and neighborhoods.

    (…) Photographs taken inside the stadium showed narrow rows of simple beds separated only by desks and chairs typically used in classrooms. Some comments on Chinese social media compared the scenes to those from the Spanish flu in 1918.

    According to a widely shared post on Weibo, a popular social media site, “conditions were very poor” at an exhibition center that had been converted into a quarantine facility. There were power failures and electric blankets could not be turned on, the user wrote, citing a relative who had been taken there, saying that people had to “shiver in their sleep.”

    There was also a staff shortage, the post said, where “doctors and nurses were not seen to be taking note of symptoms and distributing medicine,” and oxygen devices were “seriously lacking.”

    Chinese Doctor Who Tried to Warn of Outbreak Is Dead From Coronavirus - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2020/02/06/world/asia/Li-Wenliang-coronavirus.html

    The New York Times wrote about the doctor on Feb. 1, documenting his efforts to alert colleagues about an alarming cluster of illnesses that resembled (…) SARS (…). The article also reported Dr. Li’s middle-of-the-night summons by unhappy health officials.

    “If the officials had disclosed information about the epidemic earlier,” Dr. Li told The Times. “I think it would have been a lot better. There should be more openness and transparency.”

    #santé_sanitaire ou #santé_sécuritaire

  • Confinement : dans les quartiers populaires, attention aux contrôles sous tension
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten

    Tandis que certains se plaisent à imaginer des passe-droits pour les habitants des banlieues, les acteurs associatifs ont l’inquiétude inverse. Dans un communiqué commun diffusé ce vendredi, plusieurs organisations de défense des droits (Fidh, Human Rights Watch, LDH, associations musulmanes, syndicats étudiants, etc.) rappellent que « les contrôles de police ne doivent être ni abusifs, ni violents, ni discriminatoires » et « appellent le ministre de l’intérieur et le directeur général de la police nationale » à y veiller.

    Ces organisations recensent plusieurs vidéos postées sur Twitter, « après seulement dix jours de confinement », « en provenance d’Asnières, de Grigny, d’Ivry-sur-Seine, de Villeneuve-Saint-Georges, de Torcy, de Saint-Denis et d’ailleurs en France, qui montrent des habitant·e·s apparemment frappé·e·s, gazé·e·s, et, dans un cas, une personne se faisant heurter par un policier à moto. Les vidéos semblent aussi montrer qu’elles/ils n’opposaient ni violence, ni résistance aux forces de l’ordre. Dans certains cas, les propos proférés par les forces de police avaient un caractère xénophobe ou homophobe ».

    De son côté, SOS Racisme « rappelle que le confinement est particulièrement dur à vivre pour certaines familles dans les quartiers populaires au regard des conditions de logement. La peur de sortir que pourraient induire certains comportements policiers ne doit pas s’ajouter à un climat déjà particulièrement anxiogène ».

    Mercredi, l’Observatoire des libertés publiques, émanation du Syndicat des avocats de France et de la Ligue des droits de l’homme, alertait déjà sur « des témoignages vidéo, oraux ou écrits » faisant état de « réactions disproportionnées des forces de l’ordre ». Et ajoutait que les quartiers « dans lesquels les situations sociales et matérielles des habitant·e·s rendent le confinement le moins supportable sont aussi ceux dans lesquels le non-respect des règles semble susciter les réactions les plus sévères et disproportionnées de la part des autorités ».

    En ce qui concerne la vidéo tournée à Asnières, qui montre un agent de police mettant un coup de pied à un piéton et l’aspergeant de gaz lacrymogène, la préfecture de police a défendu cet usage de la force auprès de 20 Minutes : « Le contrevenant s’est mis à postillonner en direction du fonctionnaire qui s’est servi de sa jambe et de gaz lacrymogène pour éviter tout risque de contamination. »

    D’autres scènes de ce genre ont été filmées ces derniers jours, comme à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où Ramatoulaye B., âgée de 19 ans, sortie sans attestation, a été « tasée » et plaquée au sol. La jeune femme dénonce aussi des coups et des insultes. Plusieurs incidents et comportements violents de policiers en intervention ont également été rapportés aux Ulis (Essonne).

    À la suite d’un contrôle survenu dans cette ville, une plainte pour violences en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique, avec usage ou menace d’une arme, a été déposée vendredi auprès du parquet d’Évry. Mardi vers 17 h 30, Sofiane, 21 ans, quittait le domicile de son père pour se rendre chez sa mère afin de prendre une douche et de rassembler ses affaires avant de prendre son service – il est livreur chez Amazon. Alors qu’il se déplace sans attestation, Sofiane croise des policiers de la BAC et prend la fuite pour échapper au contrôle.

    Deux vidéos, tournées par des habitants, montrent la suite. Le jeune homme est interpellé sans ménagement puis conduit sous un porche. « Les agents n’avaient aucune raison de l’emmener de ce côté-là, alors que leur véhicule est garé de l’autre côté, si ce n’est pour se mettre à l’abri des regards », estime Samim Bolaky, l’avocat de Sofiane, qui relate les faits reprochés aux policiers dans sa plainte. « La scène se déroule devant la porte du hall. Les policiers ont tenté de l’ouvrir mais elle était fermée. L’un des policiers lui touche les parties intimes et lui dit : “Tu aimes ça, salope.” Un autre lui met une main sur la bouche, tandis que Sofiane reçoit une pluie de coups. Il mord la main par instinct. Les coups continuent jusqu’à ce qu’il tombe par terre. »

    Sofiane est ensuite conduit au commissariat. « Dans la voiture, ils lui disent : “On va te ramener dans la forêt et on va te brûler, t’es qu’une petite pute” », poursuit son avocat. Sa garde à vue pour rébellion est levée le soir même, sans poursuites. Samim Bolaky estime qu’« avec le véhicule, le lieu et l’heure, il doit être très facile d’identifier les policiers qui portent des coups, dont l’un était cagoulé ». Le lendemain, la mère de Sofiane a reçu une contravention pour avoir conduit son fils à l’hôpital sans être munie d’une attestation. Un médecin généraliste a finalement accordé quatre jours d’ITT au jeune homme.

    Pour Samim Bolaky, cet épisode est aussi révélateur qu’inquiétant. « Je trouve extrêmement préoccupant que des personnes tout à fait honnêtes vivent dans la peur de croiser la police. Dans les quartiers populaires, les contrôles sont source de crispation. Sofiane était apeuré avant même de croiser les policiers, il sait à qui il a affaire. Ce sont des agents défavorablement connus des habitants, qui ont une réputation de violence. »

    Ces derniers jours, plusieurs syndicats de police ont de leur côté menacé de cesser les contrôles si les agents ne reçoivent pas le matériel de protection nécessaire.

    • Aujourd’hui nous sommes partis à deux avocats, mari et femme, avec en poche nos attestations et nos convocations pour assister deux de nos détenus convoqués devant le juge des libertés et de la détention. Tout allait bien, il faisait beau, les familles nous avaient donné des promesses d’embauche et des attestations d’hébergement qui les faisaient espérer la liberté de leur mari, leur fils. Nous, de notre côté, chemin faisant, nous ferraillions dans la voiture pour affûter nos arguments respectifs. Nous sommes entrés dans un tribunal vide… Puis dans une salle d’audience vide… Et dressés comme nous le sommes à être au garde-à-vous selon le bon vouloir des magistrats, nous avons attendu… Et à un moment un de nos portables a sonné et un greffier nous a dit : « Euh, Maître, euh, on descend pas, y’a pas de débat, vous pouvez rentrer chez vous, z’avez vu la circulaire, toutes les détentions sont prolongées AU-TO-MA-TI-QUE-MENT. »

      En matière pénale, la loi et rien que la loi (pas une circulaire d’interprétation d’une ministre, une bafouille de la directrice des grâces à l’adresse des magistrats ou une décision de ma concierge) fixe les peines encourues pour les crimes et les délits. De même, la loi et rien que la loi, fixe les délais maximums de détention provisoire. En outre, tous les quatre mois en matière correctionnelle, tous les ans en matière criminelle, un détenu a le droit de voir son juge qui décidera si, oui ou non, les conditions sont réunies pour que soit mis fin à sa détention provisoire.

      Evidemment, avec le Covid, du fait du ralentissement de la chaîne pénale et des délais qui pètent, faudrait tout de même pas que les taulards s’égaillent dans la nature. Ainsi, l’ordonnance du 26 mars 2020 dans son article 16, est venue prolonger les délais maximums de détention provisoire de trois à six mois selon la gravité des infractions. Bon, nous avocats, on ne trouve pas ça cool : n’oublions pas que nous sommes champions d’Europe avec la Roumanie du taux de détention provisoire ; un tiers des détenus de nos prisons quand même. Tout ça ne va pas nous aider à faire baisser ces chiffres, mais bon, on comprend, y’a l’Covid.

      Les détentions provisoires, donc, peuvent désormais durer plus longtemps. Mais cela ne change rien au fait que le juge des libertés et de la détention, selon le rythme prévu par la loi, puisse statuer lors d’un débat contradictoire sur la prolongation ou non du mandat de dépôt. Voilà pourquoi nous, avocats, nous sommes venus au tribunal !

      Mais non, Nicole Belloubet, dans sa circulaire d’interprétation de l’ordonnance suivie par son séide Catherine Pignon (directrice des affaires criminelles et des grâces) dans sa bafouille « personnelle et confidentielle » à l’adresse des magistrats, ont décidé péremptoirement qu’en fait, TOUTES les détentions provisoires étaient « de plein droit » prolongées.

      Garder le plus de monde possible en détention
      Comprenons bien : d’un claquement de doigts, une circulaire vient de prolonger le titre de détention de 21 000 détenus . Exit les juges, exit les avocats, exit les audiences, exit tout ! La ministre sucre le droit acquis de tout détenu de voir sa situation réexaminée lors d’un débat permettant à son avocat de le sortir éventuellement au terme de son mandat de dépôt de l’enfer que seront dans quelques jours les prisons. C’est ça la réponse qu’a trouvé la chancellerie à la crise du Covid-19 : garder le plus de monde possible en détention. Cette circulaire viole une quantité incroyable de libertés fondamentales : le droit d’assurer de manière effective sa défense devant un juge, le droit d’assister à son procès, la présomption d’innocence, le droit à un procès équitable pour ne parler que de ceux-là…

      Dites-nous, Nicole, comment on va pouvoir expliquer un truc pareil aux familles : « Madame, pour une bonne administration de la justice, alors qu’il n’a plus le droit de cantiner, qu’il n’a plus le droit aux visites, on va garder votre mari, votre fils… un peu plus longtemps en prison sans qu’un juge le décide et sans que je puisse plaider… Pourquoi ? Ben, parce que c’est comme ça maintenant » ? Comment on va pouvoir leur expliquer ça, hein ? Et dans quelques jours on va effrayer le bon peuple de France avec des images de mutineries sur les toits des maisons d’arrêt.

      Hannelore Cayre, avocate pénaliste au barreau de Paris

      #rapt_de_masse #justice #détention #prison

  • Coronavirus : 25 000 verbalisations depuis le début du confinement à Paris - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/coronavirus-25-000-verbalisations-depuis-le-debut-du-confinement-a-paris-

    Tout en reconnaissant que les mesures de confinement à Paris sont respectées par la majorité des habitants, Rémy Heitz, le procureur de la République. a souligné que 25 000 verbalisations ont été dressées depuis le début des restrictions de circulation.

    À 135 euros la prune, ça fait plus de 3 millions d’euros en deux semaines rien que sur Paris.

    Dans cet article du 27 mars, sur toute la France :
    https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/confinement-les-verbalisations-atteignent-un-nouveau-record-1189490

    Une partie de la population éprouve des difficultés à respecter les consignes. Alors que la France a été placée en confinement depuis une dizaine de jours, et que les déplacements sont restreints aux urgences, 225.000 procès-verbaux ont été dressés par les forces de l’ordre pour non-respect des mesures.

    Ça fait plus de 30 millions d’euros en 10 jours.

    À titre de comparaison, les contraventions des infractions routières ont rapporté, sur l’année 2017, 1,9 milliard d’euros, dont la moitié au travers des contrôles automatiques (radars, feux rouge…). En dix jours, ça représente environ 50 millions d’euros. Avec les PV de confinement à 135€ distribués généreusement, on serait donc dans des niveaux de recettes assez proches de celles de l’ensemble des infractions routières.

    #c'est_pour_ton_bien

    • Le plan qui a fini en plan
      Le Canard Enchaîné 25 mars 2020

      C’est fou comme tout était bien prévu pour faire face à une pandémie.... Sur le papier, du moins ! Après l’épidémie de grippe aviaire en Asie, le ministère de la Santé s’était fendu, à la fin de 2004, d’un « plan de lutte contre une pandémie grippale », actualisé en mai 2005 puis en janvier 2007.

      Le 20 février 2009, nouvelle version - pondue, cette fois, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Les rédacteurs, qui avaient envisagé le cas d’une infection « due à un virus d’origine animale » (p. 37-39), y prodiguaient ces conseils de « réaction rapide » (p. 31).

      Ainsi, « dès lors que le démarrage d’une pandémie paraît imminent, des mesures drastiques s’imposent pour freiner sa dynamique ou protéger la population, indépendamment de la présence ou non de cas confirmés sur le territoire national ». Comment savoir qu’un risque est imminent ? Le document détaille les « signes d’alerte ».

      Par exemple : « brusque signalement par des sources concordantes, quelque part dans le monde, d’une extension de grande ampleur de la maladie, avec un grand nombre de cas de syndrome grippal (supérieur à la centaine), avec suspicion d’extension rapide (forte contagiosité), avec une mortalité anormalement élevée et/ou une gravité clinique nécessitant une hospitalisation sensiblement plus fréquente que pour la grippe saisonnière ». Une description qui correspond parfaitement à l’apparition et à la propagation du coronavirus.

      Le document indique aussi les mesures à adopter illico : « contrôle aux frontières » et « interruption des arrivées et départs internationaux de passagers, notamment aériens, vecteurs d’importation de l’épidémie ». Pas vraiment ce qui a été appliqué en janvier...

      Après l’épisode de la grippe H1N1, ce plan a de nouveau été actualisé en novembre 2011, et plus personne n’a songé à le dépoussiérer depuis. Par les « actions permanentes » recommandées dans ce dernier document : « préparation de stocks de masques (Santé, tous ministères, entreprises) ».

      Tout est dit...

      source : https://blogs.mediapart.fr/avellino/blog/290320/coup-de-gueule-dun-soignant

    • « Il ne faut pas se leurrer, la priorité n’était pas 100 % sanitaire (…), il fallait rassurer les milieux économiques et financiers » — « Terrible confidence d’un haut responsable du pouvoir sur la gestion du coronavirus », commente assez justement Le Parisien le 18 mars.

  • Médicaments : neuf grands hôpitaux européens lancent un appel à l’aide
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/31/medicaments-neuf-grands-hopitaux-europeens-lancent-un-appel-a-l-aide_6035030

    Médicaments : neuf grands hôpitaux européens lancent un appel à l’aide
    « Nous serons bientôt à court de médicaments essentiels » contre le coronavirus, préviennent les plus grands établissements hospitaliers d’Europe dans une lettre à leurs gouvernements.

    L’alerte vient des neuf plus grands hôpitaux d’Europe. Dans une lettre adressée à leurs gouvernements respectifs, les médecins appellent à des mesures d’urgence pour faire face à la #pénurie de #médicaments. « Les hôpitaux seront bientôt à court de médicaments essentiels pour traiter les patients atteints du Covid-19 hospitalisés en unités de réanimation. Faute d’une collaboration européenne pour garantir un approvisionnement continu en médicaments, ils risquent de ne plus pouvoir fournir des soins intensifs adéquats d’ici une à deux semaines », expliquent les signataires, des médecins et des directeurs d’établissements membres de l’Alliance européenne des hôpitaux universitaires.

    Tous sont en première ligne face à l’épidémie de Covid-19, qui a déjà fait plus de 23 000 morts en Europe. Parmi eux : l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), San Raffaele à Milan, Vall d’Hebron à Barcelone, le King’s Health Partners à Londres ou encore la Charité à Berlin. En France, la lettre devait être adressée dans la matinée de mardi 31 mars, au président de la République, au premier ministre ainsi qu’au ministre de la santé.

    « A ce rythme de consommation, les stocks des hôpitaux les plus touchés seront vides dans quelques jours et dans deux semaines pour ceux qui disposent de stocks plus importants. […] Cela a déjà conduit certains hôpitaux à acheter des médicaments ou des dosages différents de ceux auxquels ils sont habitués. Il est extrêmement inquiétant de voir des infirmiers et des étudiants en médecine surchargés de travail et souvent moins expérimentés (…) utiliser des produits et des dosages dont ils ne sont pas familiers. »

    Pour prendre en charge les cas les plus sévères, les réanimateurs doivent plonger les patients dans un coma artificiel, et les intuber. Ils ont pour cela recours à de puissants médicaments, comme les curares, qui paralysent les muscles respiratoires ; le propofol, qui endort profondément ; le midazolam ; ou encore la morphine. Ils administrent aussi très souvent des antibiotiques, afin de limiter le risque d’infection. Problème, dans les régions les plus touchées par l’épidémie, la consommation de ces molécules a augmenté « jusqu’à 2 000 % » , a expliqué le premier ministre, Edouard Philippe, dans son intervention, samedi 28 mars. Au point que les stocks français sont désormais dangereusement bas.

    « La pêche à l’ampoule »

    Dans de nombreux hôpitaux, les médecins travaillent l’œil rivé sur le compteur. « C’est la pêche à l’ampoule », lâche Jean-Louis Dubost, chef du service de réanimation de l’hôpital de Pontoise. Dans cet établissement du nord de l’Ile-de-France, 44 patients atteints de Covid-19 sont hospitalisés, soit plus du double de la capacité habituelle du service. La quasi-totalité du stock de curare y est passée. « Ces patients ne s’endorment pas bien, ce qui nous oblige à leur administrer des doses bien plus élevées qu’à l’accoutumée », témoigne le médecin. « Et comme ils sont aussi difficiles à réveiller, les quantités de médicaments requises sont très importantes », ajoute-t-il. Son expérience montre qu’il faut attendre au moins huit jours avant de désintuber les patients.

    « Depuis jeudi, nous sommes submergés de demandes : une cinquantaine d’hôpitaux à la recherche d’ampoules de #curare nous ont contactés », Luc Lamirault, patron d’un laboratoire pharmaceutique
    Voyant leurs stocks s’effondrer, les pharmaciens hospitaliers se sont empressés de multiplier les commandes auprès des industriels spécialisés dans les médicaments de réanimation. « Depuis jeudi, nous sommes submergés de demandes : une cinquantaine d’hôpitaux à la recherche d’ampoules de curare nous ont contactés », témoigne Luc Lamirault, le fondateur de Medipha Santé, un laboratoire pharmaceutique situé dans l’Essonne. « Il nous en reste encore, mais plus tous les dosages », précise le chef d’entreprise.

    Contacté par des établissements inquiets de ne pas pouvoir tenir jusqu’au lundi, il a rouvert ses entrepôts au cours du week-end afin de les livrer en urgence. « Pour les prochaines semaines, nous avons peu de visibilité », déclare Luc Lamirault. Comme tous les fabricants, il transmet tous les deux jours l’état de ses stocks à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Il échange aussi quotidiennement avec la cellule de crise chargée d’évaluer les stocks nationaux et estimer les besoins à venir.

    Dans ce contexte d’urgence, le premier ministre, Edouard Philippe, a jugé samedi « envisageable » la réquisition des moyens de production de médicaments, tout en soulignant qu’elle ne constituait pas une « baguette magique » et était à utiliser « avec prudence ». « Aucun pays européen ne dispose à lui seul des installations de production nécessaires pour fournir tous les médicaments nécessaires », soulignent les signataires de la lettre, qui plaident pour une gestion à l’échelle européenne des stocks et des échanges.

    Faible marge de manœuvre

    Quelle que soit la solution retenue, il faudra des semaines avant que les médicaments soient disponibles . « Nous avons commencé à augmenter la production, mais le délai de fabrication pour des ampoules de curare est d’un mois et demi à deux mois en incluant tous les contrôles qualité », souligne Luc Lamirault, qui fait appel à deux façonniers en Slovaquie et en Lettonie pour ses médicaments.

    « Nos matières premières, qui viennent d’Espagne et d’Italie, sont aussi longues à fabriquer », précise le chef d’entreprise.

    Le défi est d’autant plus grand que l’épidémie de Covid-19 n’épargne pas les usines. « Pour nos employés le message n’était pas clair : faut-il aller travailler ou non ? Résultat, nous avons 15 % d’absentéisme, et les lignes tournent au ralenti », constate un façonnier qui produit pour de grands groupes pharmaceutiques. Selon lui, la marge de manœuvre est faible. « Pour ces médicaments peu chers, personne n’a de stocks et la production est en flux tendu », explique ce responsable, qui souligne aussi l’impact de l’épidémie sur les usines chinoises et indiennes, d’où viennent la moitié des principes actifs pharmaceutiques utilisés pour la fabrication de médicaments en Europe.

    « Je crains qu’il n’y ait pas beaucoup d’anticipation sur ces questions d’approvisionnement. Or c’est vital », s’inquiète Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, qui fait partie des signataires de la lettre. Pour éviter une rupture totale des stocks, de nouvelles recommandations ont été transmises le 27 mars aux médecins. Elles visent à économiser les médicaments de réanimation, en diminuant les doses et la durée d’utilisation. Sous réserve que les patients puissent être « réveillés » sans danger.

  • Newsletter du Journal du Dimanche, 31/03/2020

    Edouard Philippe auditionné
    Demain, l’Assemblée nationale lancera sa mission d’information sur l’épidémie de Covid-19, avec deux premières auditions : celles du Premier ministre, Edouard Philippe, et du ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran. Le groupe de parlementaires de tous bords doit examiner « l’impact, la gestion, et les conséquences » de la crise sanitaire, selon son intitulé. Les auditions sont prévues chaque mercredi et pourraient durer jusqu’à mai, voire juin.

    Suivra ensuite une commission d’enquête, avec davantage de moyens. Et un rapporteur issu des Républicains (LR). « Si cette commission donne satisfaction, on ne fera pas la nôtre ou alors nous la ferons sous un autre angle », déclare Damien Abad, le président du groupe LR à l’Assemblée, qui avait dévoilé son projet au JDD le 22 mars.

    De son côté, Emmanuel Macron a annoncé aujourd’hui une « dotation de 4 milliards d’euros » pour financer les commandes « en médicaments, respirateurs et masques ».