• Toulouse-Blagnac: le scandale Macron - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/240119/toulouse-blagnac-le-scandale-macron

    Décidée en 2014 par Emmanuel Macron, du temps où il était ministre de l’économie, la privatisation de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (SATB) n’aura été qu’une suite interminable de scandales. Et le dernier en date risque d’avoir un retentissement encore plus important que ceux qui l’ont précédé : les actionnaires chinois qui ont racheté à l’État 49,9 % du capital de la société ont en effet décidé de revendre leur part, et de faire au passage une belle galipette financière. Le bilan de l’opération de privatisation est accablant pour le chef de l’État, l’histoire s’apparentant à une opération de prédation sur un bien public.

    • Le journal La Dépêche a révélé, mardi 22 janvier, le projet des actionnaires chinois de la société Casil de rétrocéder pour 500 millions d’euros les 49,9 % des parts de la société de gestion qu’ils avaient acquis en avril 2015, lors de la privatisation voulue par Emmanuel Macron.

      L’actionnaire chinois a mandaté la banque Lazard, dirigée par Matthieu Pigasse (par ailleurs coactionnaire du journal Le Monde), pour chercher un acquéreur au prix de 500 millions d’euros. Ici réside le premier scandale : l’#aéroport de #Toulouse-Blagnac – qui est un bien public, jouant un rôle économique majeur pour la région et ayant des enjeux environnementaux importants pour la ville et le département – va être l’objet d’une galipette financière insensée puisque, en moins de quatre ans, l’acquéreur qui avait déboursé 308 millions d’euros, espère engranger une plus-value de 192 millions d’euros.

      Ce premier scandale a deux facettes : d’abord cela suggère, si l’opération se fait à ce prix, que l’Agence des participations de l’État (APE), dirigée par Martin Vial, le conjoint de la ministre des armées Florence Parly, a bradé un patrimoine public, permettant à l’acquéreur de faire une plus-value peu après sur le dos des citoyens. Cela suggère ensuite – mais nous y reviendrons plus loin – que l’État s’autorise à vendre des biens publics sans se soucier que les acquéreurs puissent faire ensuite ce que bon leur semble de ce bien.

      Le scandale prend d’autant plus de relief qu’il intervient comme l’acte final d’une opération de prédation que l’on a vue venir depuis longtemps.

      Que l’on se souvienne des débuts de l’histoire. À la fin de l’année 2014, Emmanuel Macron décide que l’État cédera à la société Casil, contrôlée par des investisseurs chinois emmenés par Mike Poon, 49,9 % de la SATB. Et à l’époque, il fustige ceux qui dénoncent cette #privatisation (dont Mediapart !), en faisant valoir que cela… n’en est pas une ! En clair, l’opinion est invitée à comprendre qu’avec leurs 49,9 %, les investisseurs chinois seront des actionnaires importants mais minoritaires ; et que la société restera contrôlée en majorité par des actionnaires publics français, soit 25 % pour la chambre de commerce et d’industrie (CCI), 5 % pour la Région Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, 5 % pour le département de la Haute-Garonne, et 5 % pour Toulouse Métropole ; le solde, soit 10,1 %, étant détenu par l’État français.

      Cette promesse-là, Emmanuel Macron la répète en boucle. Ainsi lors d’un entretien avec La Dépêche, le 4 décembre 2014 : « Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais bien d’une ouverture de capital dans laquelle les collectivités locales et l’État restent majoritaires avec 50,01 % du capital. On ne vend pas l’aéroport, on ne vend pas les pistes ni les bâtiments qui restent propriété de l’État. […] Nous avons cédé cette participation pour un montant de 308 millions d’euros », dit le ministre de l’économie. Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron hausse même le ton : « Celles et ceux que j’ai pu entendre, qui s’indignent de cette cession minoritaire de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse, ont pour profession d’une part d’invectiver le gouvernement et d’autre part d’inquiéter les Français », déclare-t-il, en marge du congrès de l’Union nationale des professions libérales.

      Mais peu après, Mediapart apporte la preuve qu’Emmanuel Macron ment. Notre enquête a révélé qu’un pacte secret d’actionnaires avait été conclu et qu’il liait l’État non pas aux collectivités publiques régionales et locales, mais aux investisseurs chinois. Nous avons publié les principaux extraits de ce pacte d’actionnaires que l’État avait conclu secrètement avec la société Casil (lire Privatisation de l’aéroport de Toulouse : Emmanuel Macron a menti et Aéroport de Toulouse : les preuves du mensonge), et qui fait apparaître des dispositions stupéfiantes.

      Ainsi, il est prévu que la SATB sera supervisée par un conseil de surveillance de quinze membres, dont deux désignés par l’État et six désignés par l’investisseur chinois, selon la disposition « 2.1.2 » du pacte. Autrement dit, ces huit membres du conseil de surveillance, liés par le pacte, garantissent aux investisseurs chinois minoritaires de faire strictement ce qu’ils veulent et d’être majoritaires au conseil de surveillance.

      Le point « 2.1.3 » du pacte consolide cette garantie offerte aux investisseurs chinois, puisqu’il y est précisé que « l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

      Mais il y a plus grave. Au point « 2.2.2 », l’État donne la garantie quasi formelle à l’investisseur chinois, aussi minoritaire qu’il soit, qu’il pourra décider strictement de ce qu’il veut et que la puissance publique française ne se mettra jamais en travers de ses visées ou de ses projets : « L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre. » Bref, les investisseurs chinois avaient carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.

      Depuis cette révélation par Mediapart, le ministère des finances a continué de garder le secret sur ce pacte et ne l’a jamais rendu public dans sa version intégrale.

      À ce premier scandale est ensuite venu s’en greffer d’autres. On a ainsi appris que le principal dirigeant du consortium chinois contrôlant la société Casil, Mike Poon, était impliqué en Chine dans un retentissant scandale de corruption et qu’il était en fuite (lire L’aéroport de Toulouse barbote toujours dans un climat de scandale).

      Un an et demi plus tard, le #mensonge d’Emmanuel Macron prend un caractère public. À l’occasion du vote que l’État émet lors d’une assemblée générale des actionnaires d’ATB, il affiche qu’il a bel et bien pactisé avec l’actionnaire chinois, même quand celui-ci a voulu siphonner les réserves de l’entreprise pour se servir un dividende exceptionnel (lire ici).

      Cette histoire de dividende donne lieu, au printemps 2016, à de longues semaines de conciliabules discrets qui inquiètent ceux des élus locaux attachés à la défense de l’intérêt général. À l’époque, les investisseurs chinois font savoir qu’ils entendent décider du versement d’un dividende aux actionnaires de la société. Au début, ils placent la barre très haut : selon nos informations, aux alentours de 50 millions d’euros.

      La somme indigne de nombreux responsables des collectivités qui figurent parmi les actionnaires historiques. Il faut en effet savoir que la société de gestion est profitable depuis longtemps, à hauteur environ de 5 millions d’euros par an, et qu’elle a eu la prudence de distribuer chaque fois seulement la moitié de ces gains à ces actionnaires, mettant en réserve l’autre moitié, pour faire face aux investissements futurs. Au fil des ans, cette autre moitié a donc fini par constituer un fonds de réserve de plus de 67 millions d’euros à la fin de l’exercice de 2015.

      En exigeant le versement d’un dividende de 50 millions d’euros, les investisseurs chinois ont donc suscité beaucoup d’émoi parmi les collectivités locales concernées. Car cela veut clairement dire que Casil ne tient pas sa parole : après avoir annoncé, lorsqu’elle était candidate pour la privatisation, qu’elle serait non pas un investisseur financier soucieux de profitabilité de court terme mais un investisseur responsable préoccupé des logiques de long terme, la société des investisseurs chinois montre qu’elle veut tout bonnement se « payer sur la bête » et siphonner les réserves de l’entreprise (lire ici).

      L’affaire s’est donc envenimée, et Casil est finalement obligée de transiger, ramenant la ponction sur les réserves à un peu moins de 20 millions d’euros. Ce qui constitue, envers et contre tout, le second scandale dont Emmanuel Macron porte l’entière responsabilité : les caisses d’une entreprise publique ont été partiellement vidées par un investisseur se comportant comme un fonds rapace, sitôt la privatisation effectuée.

      Et chaque année, par la suite, les acquéreurs chinois ont répété l’opération, continuant à piocher dans les réserves de l’entreprise, au risque de mettre en danger les investissements nécessaires à l’avenir : 7,7 millions de dividendes pour l’exercice clos en 2016, après 19,9 millions d’euros pour 2015 et seulement 2,4 millions pour 2014.

      Ces scandales, contre lesquels s’est constamment dressé un « Collectif contre la privatisation », ont fini par avoir un large écho. Et les faits révélés par Mediapart ont, par la suite, été confirmés par de nombreux rapports publics.

      Il y a d’abord eu un rapport sur « Le processus de privatisation des aéroports de Toulouse, Lyon et Nice », publié en octobre 2018 par la Cour des comptes. Stigmatisant « l’échec de la privatisation », les magistrats financiers n’ont pas de mots assez durs contre l’opération de privatisation, faisant en conclusion ces constats : « Le processus choisi a révélé de graves insuffisances : les critères de recevabilité des candidats étaient peu exigeants et limités à leur capacité financière, l’APE ayant choisi de ne pas exiger d’expérience en matière de gestion aéroportuaire ; elle a, par ailleurs, insuffisamment associé, et de manière trop tardive, les autres administrations de l’État, notamment la DGAC. De fait, l’acquéreur retenu a suscité des inquiétudes, en raison de son absence d’expérience en matière de gestion aéroportuaire, de son manque de transparence financière et de ses liens avec la puissance publique chinoise. »

      Un autre rapport public, réalisé par l’Assemblée nationale avec la député (PS) Valérie Rabault pour rapporteure, aboutit à des conclusions tout aussi sévères : « Ainsi, le montant de dividende par action au titre de l’exercice 2015 (versé en 2016) a été multiplié par 8 par rapport à celui versé au titre de l’exercice 2014 (payé en 2015), sans qu’évidemment les résultats financiers de la société ne suivent une telle évolution. Pour l’exercice 2016, le niveau de dividende par action est 3 fois celui de 2014. Au titre de l’exercice 2017, le montant de dividendes voté lors de l’Assemblée générale serait de 13,8 millions d’euros, ce qui représente un dividende de 93 euros par action, selon le calcul de la rapporteure spéciale. Ce montant est ainsi quasiment 6 fois celui de 2014, cette évolution étant sans commune mesure avec l’évolution des résultats. »

      Et ce rapport se concluait par ce constat, en forme de réquisitoire contre la privatisation Macron : « Au final, la rapporteure spéciale observe que les versements de dividendes semblent occuper une place centrale dans la stratégie de la société ATB, au détriment d’une vraie politique de développement de l’aéroport de Toulouse Blagnac. »

      Le fait que, après tant de péripéties, cette privatisation se conclue par une énième galipette financière et la cession par Casil de ses parts est évidemment logique mais choquant. Car dans cette affaire, de bout en bout, c’est la spéculation qui aura été le fil conducteur du récit : le ministre de l’économie s’est comporté comme un banquier d’affaires ; et un bien public a été vendu à l’encan, au profit d’investisseurs cherchant constamment des gains rapides.

      Car il y a dans cette affaire au moins une certitude : ce gâchis n’est pas le produit d’une cascade de malchances ou de maladresses. C’est la conséquences évidente d’une politique délibérée, transformant l’APE en une sorte de banque d’affaires, assez semblable aux banques d’affaires privées, suivant une seule logique, celle des forces de l’argent.

      De cela, il y a de nombreux indices. D’abord, toutes les privatisations des aéroports menées par Emmanuel Macron ont conduit à des dérives de ce type. Dans le cas de la privatisation de l’aéroport de Nice, Martine Orange a ainsi révélé cette histoire ahurissante : ancien directeur adjoint de cabinet de Christine Lagarde puis conseiller économique de Nicolas Sarkozy, Emmanuel Moulin, qui est à l’origine issu de la direction du Trésor, choisit le grand large du privé après la présidentielle de 2012. Et il rejoint la banque d’affaires italienne Mediobanca, comme secrétaire général. À partir de son arrivée, la banque d’affaires voit toutes les portes de l’État s’ouvrir. En 2017, Mediobanca se classe au troisième rang des banques conseils de l’État, juste derrière Rothschild, comme l’a révélé un autre rapport de la Cour des comptes.

      Or qui l’APE prend-elle comme banque conseil pour la privatisation de l’aéroport de Nice, qui intervient après celle de Toulouse ? La même banque Mediobanca. Plus grave : le rapport de la Cour des comptes évoqué plus haut révélera que cette banque est en outre actionnaire minoritaire du consortium qui remporte… la privatisation de l’aéroport. En somme, la banque qui conseille l’État est du côté du vendeur, mais elle fait aussi partie… des acheteurs ! Un #conflit_d’intérêts qui n’empêchera pas Emmanuel Moulin de revenir à Bercy : directeur de cabinet du ministre des finances Bruno Le Maire, il pilotera les futures privatisations, dont celle d’Aéroports de Paris (ADP). L’affairisme autour de l’aéroport de Toulouse est en somme le prélude de celui autour de l’aéroport de Nice ; et cela pour une bonne raison : la start-up nation d’Emmanuel Macron est passée par là, instaurant une confusion généralisée entre l’intérêt général et les appétits privés. Et ce qui est vrai des concessions aéroportuaires l’est tout autant, sinon plus, des concessions autoroutières.

      Une sorte de triste jurisprudence toulousaine s’est donc instaurée. Et c’est aussi pour cela qu’il importe maintenant de savoir si les investisseurs chinois pourront faire la dernière galipette financière à laquelle ils songent, ou si l’intérêt général finira par reprendre le dessus. Car même si la privatisation est bien consommée, il n’y a aucune fatalité à ce que les spéculateurs aient le dernier mot.

      Beaucoup de citoyens qui vivent à Toulouse ou dans sa région l’ont compris : cette privatisation est hautement impopulaire. Le combat du Collectif contre la privatisation, regroupant de nombreuses associations démocratiques et syndicats (voir ci-contre sa première réaction), risque donc de peser fortement dans une région où les gilets jaunes ont aussi des troupes nombreuses.

      Mais dans la nouvelle bataille autour de Toulouse-Blagnac qui va s’ouvrir, les opposants à la privatisation ont aussi de lourds arguments de droit à faire valoir. On oublie trop souvent – et les responsables politiques les premiers, surtout quand ils sont au pouvoir – qu’il existe tout un arsenal juridique très sophistiqué permettant « la résiliation unilatérale par l’administration des marchés publics ou des contrats de concession » – cette formulation est même le titre d’une note de la direction des affaires juridiques de Bercy.

      En certains cas, la résiliation peut ouvrir droit à une indemnisation, mais en d’autres cas non. « L’autorité concédante pourra procéder à la résiliation du contrat en cas de faute du concessionnaire alors même que cette possibilité n’aurait pas été envisagée dans le contrat », dit cette note, qui cite à l’appui une décision du Conseil d’État (7 décembre 2012, commune de Castres n° 351752) qui a fait jurisprudence : « En l’absence même de stipulations du contrat lui donnant cette possibilité, le concédant dispose de la faculté de résilier unilatéralement le contrat pour faute et sans indemnité. »

      Dans le cas présent, n’est-ce pas la solution qui devrait s’imposer à l’État, pour mettre fin aux spéculations de ce fonds rapace ? Dans un pays respectueux des règles de l’État de droit et attaché à la défense de l’intérêt général, c’est assurément cette voie-là qui serait explorée…


  • Dans la peau d’un forçat d’Amazon - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/10/05/dans-la-peau-d-un-forcat-d-amazon_1683525

    Début septembre, on a candidaté à une dizaine d’offres d’emploi pour un poste de #chauffeur-livreur en CDI. Il a suffi d’une recherche sur la plateforme le Bon Coin pour en trouver. On a, bien entendu, sciemment oublié de mentionner notre activité de journaliste. Deux jours plus tard, le téléphone sonne. Au bout du fil, un homme nous tutoie d’emblée : « J’ai vu ton CV, t’es toujours intéressé ? » Nous acquiesçons.

    « Un peu dans le même sac »
    Il décline les conditions : « C’est pour un CDI, payé 1 300 euros net. Après, ça peut évoluer si tu livres beaucoup de colis, je ne suis pas fermé à ça. » Seule condition à l’embauche : réaliser une formation de trois jours avec des chauffeurs déjà en poste. Première surprise : elle est non rémunérée et aucun contrat n’est signé. Il faut en revanche transmettre par mail une carte d’identité et un permis valide. Si les deux parties s’entendent à la fin de la « formation », un premier CDD de trois mois sera signé. Puis un CDI.

    L’homme au bout du fil, Christophe (1), se justifie de procéder ainsi : « Tu sais, je vais te dire honnêtement, on est un peu dans le même sac. Moi, je ne suis qu’un sous-traitant de sous-traitant. En gros, Amazon sous-traite son activité de livraison à des dizaines de grosses entreprises. Elles ont des filiales dédiées qui, elles aussi, sous-traitent à des centaines de petites entreprises, donc nous. Et c’est là qu’on t’embauche. Donc je préfère faire ça, parce que livreur Amazon, ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. »

    Rendez-vous est pris quatre jours plus tard pour entamer notre formation. Le soleil vient tout juste de se lever sur la zone commerciale de Vélizy-Villacoublay (Yvelines), peu après 7 heures. Entre deux entreprises à l’architecture moderne, des dizaines de camions forment un étrange ballet. Certains chauffeurs en gilet jaune entrent sur un parking. Ils sont guidés par d’autres salariés en gilet orange qui beuglent des informations inintelligibles au mégaphone. Les chauffeurs ressortent quelques minutes plus tard, le coffre rempli de dizaines de colis Amazon pour faire la place à d’autres camionnettes. Garé quelques mètres plus loin en double file, Christophe nous invite à le rejoindre dans son véhicule. Sans badge, impossible pour nous d’entrer dans le dépôt.

    Le briefing de notre formation illégale aura donc lieu dans sa voiture, entre dix coups de téléphone de « ses » livreurs. Il pointe du doigt les dizaines d’utilitaires au loin. « Si tu t’en sors bien, t’en auras un pour toi. » Une chose nous étonne néanmoins : elles ont toutes un immense logo Europcar ou Rent A Car accolé sur le flanc. Christophe, bas de jogging et baskets, précise : « Comme je t’ai dit, on est des sous-traitants au dernier échelon. Donc on n’a pas vraiment l’argent pour investir dans un parc d’utilitaires. On loue des véhicules à des entreprises de location, on a des forfaits moins chers. » On apprend dans la foulée que notre employeur a fondé sa société avec des amis. Ils travaillent à 100 % pour l’entreprise de livraison nationale Easy2Go, ou plutôt l’une de ses filiales, nommée Flash. Dont le plus gros client est Amazon, assure Christophe.

    Pour nous mettre dans le bain, le jeune chef d’entreprise joue la carte de l’honnêteté : « Amazon nous met la pression. Si un chauffeur ne fait pas l’affaire, n’est pas efficace, ils nous appellent et ils nous disent : "Ton gars, là, il ne rentre plus chez nous." Et ils retirent son badge. Ce ne sont pas eux qui embauchent, donc ils s’en foutent, ils ne licencient pas. Mais nous, derrière, on n’a pas le choix… Donc si tu bosses bien, c’est donnant-donnant pour toi comme pour nous. » En attendant que ses chauffeurs sortent du dépôt, on se gare près d’une station-service et d’un parking Norauto. Un homme en chemise, pantalon de costard et ordinateur sous le bras, débarque à toute allure. Il scrute les camions de location, a l’air de prendre des notes sur son carnet. « Le patron de Norauto a appelé Amazon pour se plaindre que les chauffeurs stationnent là en attendant de récupérer leurs colis. Alors il a interdit de se garer là. Il est en train de prendre le nom de ceux qui le font quand même, pour les sanctionner », éclaire Christophe. Sur la sanction, il précise : « Il va leur retirer leur badge quoi, leur interdire d’entrer. » Comprenez, en langage de sous-traitant : les licencier.

    « Comme de l’intérim »
    Pour se défendre de créer une économie précaire, Amazon avance être à l’origine de milliers de CDI faciles d’accès. Ceux-là mêmes qui attendraient que l’on « traverse la rue ». Rien que pour le dépôt de Vélizy-Villacoublay, ouvert depuis le 3 septembre dans d’anciens entrepôts Peugeot de 13 000 m2, près de 580 chauffeurs sont employés, indique Christophe. L’immense majorité en CDI. On a également pu lire dans les médias mi-septembre que « 80 nouveaux » CDI seraient créés sur ce dépôt « d’ici 2020 » afin de « dispatcher » les colis avec, pour finalité, d’irriguer le sud de la région Ile-de-France. Pour la multinationale, la dureté de la tâche serait donc compensée par l’assurance d’avoir un emploi stable. Sur ce point, notre employeur sous-traitant tient à ce que l’on ne se fasse pas d’illusions : « Oui, c’est un CDI. Mais le dépôt est ici en phase de test. Si ça ne fonctionne pas, en décembre ils le ferment. » Quid des CDI créés donc ? Silence gêné de notre interlocuteur. « Au mieux, ils les dispatchent sur d’autres dépôts. Au pire… »

    Grégoire (1), chef de dépôt dans une grande ville française, confirme : « Ce métier, c’est comme de l’intérim. Car ta boîte peut fermer du jour au lendemain. » Lui en sait quelque chose, l’entreprise qui l’employait avec trois autres chauffeurs a mis la clé sous la porte. La société de transport donneuse d’ordre, Easy2Go (la même qui pourrait nous employer à Vélizy-Villacoublay), a perdu l’appel d’offres avec Amazon aux dépens d’une autre. Résultat, les myriades d’entreprises dans son giron dédiées à la livraison Amazon ont dû fermer en moins de dix jours. La société titulaire du nouveau marché en a bien repris quelques-unes, dont celle de Grégoire. Mais pas suffisamment pour éviter à des dizaines de livreurs en CDI de perdre leur emploi, plaide le chef de dépôt. Contacté, Easy2Go n’a pas souhaité répondre à nos questions et a transféré notre demande directement à Amazon.


  • Pollution : ce que vous respirez dans le métro

    A Lyon, Toulouse et Lille, les milliers d’usagers quotidiens du métro respirent un air bien plus pollué aux #particules fines qu’à l’extérieur. Mediacités s’est plongé dans la jungle des mesures prises dans ces métropoles et met en lumière un enjeu de #santé public dont les collectivités commencent tout juste à se saisir.


    https://www.mediacites.fr/enquete/2019/01/22/pollution-ce-que-vous-respirez-dans-le-metro
    #air #métro #pollution


  • Macron en marche vers la baisse des #retraites
    http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2019/01/24/macron-en-marche-vers-la-baisse-des-retraites


    Le #holdup continue

    Qu’il faille baisser la part des dépenses publiques consacrée aux retraites n’est un mystère pour personne dans la macronie. Il suffit de reprendre la note de France Stratégie que nous évoquions ce week-end pour le comprendre :

    « Les prestations monétaires liées aux retraites et à la vieillesse, à près de 14 points de PIB en 2016, pèsent pour un quart dans les dépenses publiques totales et ont contribué pour près de la moitié à l’augmentation en volume des dépenses publiques depuis 2009.« 

    Ces propos sont lumineux et expliquent largement l’ambition présidentielle sur ce dossier. La réforme systémique permettra de calculer les droits à la retraite sur la totalité de la carrière, alors qu’elle est aujourd’hui calculée sur les 25 meilleures années. Mécaniquement, le revenu de remplacement au moment du départ baissera en moyenne, par rapport aux anciens, puisqu’il sera aussi calculé sur les « mauvaises années ».

    Pour les fonctionnaires, ce sera pire : alors que leur retraite est aujourd’hui calculée sur les six derniers mois de salaires, la prise en compte sera cette fois beaucoup plus étalée. C’est de la mathématique simple : à carrière identique, le revenu versé à la retraite sera plus faible dans la future réforme que dans le système actuel.


  • Radiations : « Pôle Emploi verse d’une main des indemnités et les reprend de l’autre » - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2019/01/23/radiations-pole-emploi-verse-d-une-main-des-indemnites-et-les-reprend-de-

    Depuis décembre, l’organisme peut supprimer les allocations aux demandeurs jugés pas assez actifs. Une démarche de renforcement des contrôles qui exaspère les usagers.

    « Pôle Emploi, c’est l’ami dont tu espères ne jamais avoir de nouvelles. » Surtout pour un #contrôle. Tour à tour au #chômage et en emploi #précaire depuis dix ans, Cécile, Nantaise de 40 ans, était déjà amère envers #Pôle_Emploi. La rupture a fini d’être consommée l’an passé : « Je débutais une formation, et là, on m’informe que je suis contrôlée. Ça m’a pris un temps fou pour fournir tous les justificatifs. »

    En fin de compte, l’organisme d’indemnisation et de placement des demandeurs d’emploi juge les démarches de recherche de cette chargée de mission suffisantes. La procédure s’arrête donc net. Pas de radiation temporaire. Ni d’allocations supprimées, comme peuvent le craindre les chômeurs perçus comme pas assez zélés. Longtemps restée théorique car relevant de la compétence des préfets, cette seconde menace est devenue bien réelle depuis la parution, fin décembre, d’un décret. Ce dernier est issu du projet de loi de septembre pour la liberté de choisir son avenir professionnel, transférant ce pouvoir à Pôle Emploi.

    « Jusqu’à présent, l’allocation n’était que suspendue le temps de la radiation, explique l’administrateur de l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), Jean-Paul Domergue. Désormais, c’est une suppression pure, sauf lorsqu’il s’agit du tout premier manquement pour absence à un rendez-vous en agence. » Quand il se réinscrit, le chômeur a donc perdu une partie de ses droits à l’indemnisation. Autre changement, ce même décret allonge aussi la sentence lorsque les « actes positifs » pour retrouver un emploi sont jugés insuffisants (si le chômeur refuse à deux reprises une « offre raisonnable d’emploi » ou est incapable de justifier sa recherche) : de quinze jours, la radiation passe à un mois dès le premier manquement (deux mois au deuxième, quatre au troisième). La pénalité est en revanche réduite à un mois (contre deux auparavant) pour un rendez-vous zappé lors du premier manquement.

    Equipe des « radiateurs »
    Cette fois-ci, Cécile y a donc échappé. « Mais, avec tout ça, je n’ai pas eu le temps de trouver un contrat de qualification et j’ai dû laisser tomber ma formation », souffle-t-elle. Depuis, pas de nouvelles de Pôle Emploi, sauf quelques offres « pas vraiment adaptées » : « Parce que j’ai bossé dans la formation et que je parle plusieurs langues, ils m’ont déjà proposé un poste de formateur boucher parlant turc. C’en est risible, mais à la longue c’est désespérant », rage-t-elle. Cet hiver, Geoffroy, la trentaine, au RSA, a aussi eu affaire au service de contrôle des demandeurs d’emploi. A la recherche d’un poste de psychologue en région parisienne, il a dû argumenter plus longtemps avant que Pôle Emploi ne le lâche.

    Après avoir rempli un questionnaire, envoyé des preuves de recherche, il est convoqué pour un entretien téléphonique « au ton très policier » au cours duquel un agent de contrôle l’interroge sur ses motivations. Lorsque ce dernier lui propose un atelier pour identifier son « profil de compétences », il botte en touche. « J’en avais déjà fait un, on m’avait sorti que j’avais un bon relationnel et j’ai fini par recevoir des offres pour faire hôte d’accueil », se souvient-il. Ce refus, selon lui, a pu jouer en sa défaveur. Quelques jours plus tard, il reçoit une lettre d’avertissement avant radiation. « J’avais pourtant répondu à l’intégralité des offres du site de Pôle Emploi dans mon domaine en Ile-de-France », peste-t-il. Quelques recours plus tard, il réussit à faire annuler la décision. Pour Viviane, bientôt 50 ans, bénéficiaire de l’allocation de solidarité spécifique (environ 500 euros par mois), en revanche, la mauvaise nouvelle est tombée début janvier. Les éléments fournis à Pôle Emploi n’ont pas suffi à convaincre le #contrôleur de sa bonne volonté. « Je lui ai pourtant dit que mon bassin d’emploi est sinistré, que ma mobilité est limitée, ce qui restreint mes recherches, que je postule à des offres même au smic », grince-t-elle.

    Bête noire des chômeurs, le service de contrôle des demandeurs d’emploi a été généralisé en 2015 à toute la France, après une première expérimentation. Son but : vérifier que les inscrits à Pôle Emploi, qu’ils soient indemnisés ou non, se donnent bien les moyens de retrouver un travail. Mais pas que. « On ne contrôle pas pour sanctionner, mais aussi pour faire un électrochoc aux demandeurs, les remettre sur le chemin, assure-t-on à la direction de Pôle Emploi. Cela peut avoir un effet redynamisant. » Même si, reconnaît l’organisme dans une note de 2018, « ces situations de redynamisation » ne représentent que « 5 % de l’ensemble des contrôles ». En fin de course, selon cette même note, 14 % des personnes contrôlées de manière aléatoire sont radiées. En 2016, les enquêtes de Pôle Emploi ont abouti à 20 000 radiations (la plupart pour quinze jours). Ce qui, selon la CGT, ne veut pas dire qu’ils sont tous tire-au-flanc, « l’immense majorité des personnes privées d’emploi cherch[a]nt à travailler dignement ». Des chiffres qui devraient logiquement, au fil des mois, gonfler sous l’effet du renforcement de l’équipe des « radiateurs », sobriquet répandu en interne pour nommer ces agents dédiés à la surveillance.

    A peine plus de 200 fin 2017, ils sont désormais 600 et vont passer à 1 000 à moyen terme. Un « métier porteur », vantait un document présenté dans les agences au moment du recrutement interne. « On a voulu dissocier le contrôle et l’accompagnement pour ne pas biaiser la relation de confiance avec les demandeurs d’emploi, explique-t-on du côté de la direction de Pôle Emploi. Désormais, les conseillers chargés du suivi des demandeurs d’emploi n’ont plus aucune mission de contrôle. » A une nuance près : ces derniers peuvent toutefois « signaler » des dossiers à leurs collègues contrôleurs. Ce qui ne représente que 9 % des inspections, les autres étant réalisés après une sélection aléatoire (42 %) ou un travail ciblé sur certains critères (49 %). Mais « le nombre de signalements tend à s’accroître », note Pôle Emploi dans une note de 2018. De quoi écorner un brin le rapport de confiance. Ou inviter à une grande prudence. « Il faut avoir un bon relationnel avec ton conseiller », explique Rémy, 24 ans, du Pas-de-Calais. Il jongle entre intérim, CDD et allocs chômage. Après trois radiations pour rendez-vous manqué, il ne veut plus s’y laisser prendre. Il a des « combines ». « Le 31 décembre, j’ai envoyé un mail pour souhaiter un bon réveillon à ma conseillère », raconte-t-il, sûr de son coup.

    « Ça m’a démotivé »
    Aux commandes du site Recours radiation, qui vient en aide aux demandeurs d’emploi, Rose-Marie Pechallat, ex-salariée de Pôle Emploi, s’insurge face aux nouvelles prérogatives accordées à l’organisme, ce dernier devenant « juge et partie : d’une main il verse des indemnités, de l’autre il les reprend ». Et ce d’autant plus que les critères permettant de trancher les cas sont, selon elle, trop « imprécis et artificiels ». Faux, répond Pôle Emploi, qui liste les différentes étapes - analyse du dossier, questionnaire par voie postale, analyse des réponses, échange téléphonique et, en dernier recours, entretien physique - qui « laissent une large place aux débats contradictoires ». Loïc, 19 ans, de Saône-et-Loire, lui, n’a pourtant « rien compris ». Inscrit à Pôle Emploi sans être indemnisé, il dit avoir été très actif. « Je faisais tous les ateliers qu’on me proposait, j’avais même un accompagnement renforcé. Et un jour, je reçois une lettre d’avertissement avant radiation car je ne serais pas assez impliqué. » Dans la foulée, il rapplique à son agence, où on lui indique qu’il est déjà radié. Le jeune homme cherche à comprendre, puis lâche vite l’affaire : « Ça m’a démotivé. Je me suis dit que ça irait aussi vite en cherchant de mon côté. Aller à Pôle Emploi me faisait finalement perdre du temps. »

    « Chronophage », « humiliante » : l’expérience ne laisse pas indemne nombre de contrôlés. « Ça affecte le moral », pointe Cécile. « C’est une violence qui n’est pas frontale mais insidieuse », abonde Geoffroy. Pour l’association SNC, ces nouvelles mesures sont « de nature à stigmatiser les chercheurs d’emploi en renforçant une image négative de "profiteurs du système" ». Rose-Marie Pechallat, de Recours radiation, retient surtout le sentiment de #peur : « Les gens craignent désormais de voir leurs conseillers. Ils se demandent ce qu’il faut dire ou ne pas dire pour éviter les problèmes. »

    Peur d’être radié, mais aussi d’être déclassé. Car un autre passage du décret de décembre inquiète les demandeurs d’emploi : l’abrogation de la définition du « #salaire antérieurement perçu », jusqu’alors pris en compte pour déterminer « l’offre raisonnable d’emploi » qu’un chômeur ne peut refuser qu’une seule fois. Même chose pour le critère d’éloignement par rapport au domicile, supprimé par la loi de septembre. Conséquence : « La personne ne sera plus en droit de refuser un emploi moins bien rémunéré, éloigné ou difficile d’accès », précise l’association SNC. Sauf à bien préciser les choses lors de son inscription, au moment de définir son projet personnalisé d’accès à l’emploi.

    De quoi faire bondir les syndicats. « Le risque, c’est qu’on précarise un certain nombre de salariés au chômage, dit le numéro 1 de FO, Yves Veyrier. Même discours de la CGT : « Le gouvernement et ses soutiens veulent constituer une armée de précaires obligés d’accepter les emplois les plus dégradés. » La CFDT, elle, dénonce une évolution « injuste ». Voire inefficace, complète Jean-Paul Domergue, de l’association SNC : « Si la personne ne s’y retrouve pas, le reclassement ne sera pas durable. »

    Décision finale
    Viviane (1), ex-assistante de direction, croit pour sa part que le mouvement est déjà enclenché : il n’y a pas longtemps, son conseiller lui a dit d’« aller voir du côté de la mise en rayon, ça recrute ». Pour Jean-Paul Domergue, ces règles pourraient pénaliser davantage les plus précaires. En 2016, le taux radiation était de 17 % pour les ouvriers non qualifiés, contre 4 % pour les cadres (17 % pour les niveaux inférieurs au CAP-BEP, contre 5 % au-delà de bac + 2). Preuve que « la différence de capacité à valoriser sa situation, ses démarches, joue » sur la décision finale.

    S’il est, dit-il, nécessaire d’« essayer de concilier aspirations et réalité du marché du travail », cela doit d’abord passer par un « accompagnement soutenu ». Or, regrette-t-il, dans un contexte de baisse de ses effectifs, Pôle Emploi va accroître les moyens dédiés au contrôle au détriment de l’accompagnement. D’où son appel à réorienter les priorités. « Sans quoi les gens les plus avertis vont mieux s’en sortir. Et les moins débrouillards se feront coincer. »

    (1) Le prénom a été changé à sa demande.

    #radiations #sanctions #droits_sociaux #allocataires



  • Mère célibataire, héroïne (éphémère) des ronds-points | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/172545/gilets-jaunes-meres-celibataires-conditions-vie-isolement

    Fin novembre, sur les ronds-points investis par les « gilets jaunes », figuraient beaucoup de femmes élevant seules des enfants, un phénomène très contemporain et en expansion. La France compte aujourd’hui deux millions de familles monoparentales (dans quatre cas sur cinq, c’est une femme qui est chef de famille) et celles-ci représentent 23% des familles contre 9% en 1975.

    Indirectement, donc, cette mobilisation a fourni un visage à ces profils bien cernés par les statistiques, mais mal connus. Le sujet des mères célibataires est monté en épingle dans les médias depuis une vingtaine d’années, notamment dans les fictions télévisées, sous la bannière de l’émancipation féminine, avec l’image flatteuse de la femme cadre qui se bat et qui gagne sur tous les fronts.

    Or, dans la « vraie » réalité, c’est plutôt une femme isolée subissant de difficiles conditions de vie, autant matérielles que psychologiques. De ce point de vue, elle incarne bien les catégories modestes se démenant dans le quotidien pour tenir la tête hors de l’eau, qui ont, dans un premier temps, posé les pierres de la protestation –par la suite le mouvement s’est masculinisé au fil de sa radicalisation.

    Dans un roman rédigé au scalpel sociologique, Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives décrit cette situation avec pour trame dramatique le vol de liberté culpabilisé que son héroïne opère la nuit en déambulant dans Lyon, après avoir endormi son fils de deux ans –après avoir lu une histoire, tenu la main, câliné, installé le stroboscope de la veilleuse lapin, un patient rituel qui, théoriquement, garantit un premier sommeil profond. « La porte d’entrée qu’elle referme derrière elle. Dans le hall, l’éclairage automatique se déclenche. Il y a encore tant de monde dehors. Un grand vent frais. Marcher, juste, marcher. À peine le tour du pâté de maison. »

    Cette mère célibataire est étranglée par les problèmes économiques. Le loyer du petit appartement est devenu trop cher pour elle depuis que le père de l’enfant est parti sans laisser d’adresse, et toute possibilité de déménagement tiendrait du miracle, car elle-même n’offre pas de garanties financières suffisantes.

    Graphiste en statut d’autoentrepreneur, elle travaille chez elle alors qu’elle s’occupe intégralement de l’enfant, n’ayant pas obtenu de place en crèche ; « d’autres femmes, bien plus prévoyantes, s’y étaient prises des mois avant l’arrivée de l’enfant, dès sa conception ! Elle, elle débarquait d’on ne sait où, et surtout : elle n’était pas salariée ».

    Ce roman témoigne de la quadrature du cercle à laquelle est confronté le parent isolé : difficulté de logement dû à un rétrécissement des revenus quand prend fin ce que l’Insee nomme sans sentimentalité la redistribution privée –la mise en commun des ressources au sein d’un couple– ; difficulté de l’emploi, quand disparaît la flexibilité d’organisation pour assurer la parentalité que permet (théoriquement) le couple moderne ; tracas administratifs –même si le système socio-fiscal français essaie de compenser la perte de revenus par diverses allocations.

    En 2017, les femmes seules avec une ou plusieurs personnes à charge représentent 35% des bénéficiaires du RSA.

    L’Observatoire des inégalités dépeint la condition sociale la plus courante de ces mères isolées : « Le niveau de vie médian mensuel des familles monoparentales (1.184 euros en 2014 pour un équivalent adulte) est inférieur de 30% à celui des couples avec enfants (1.712 euros, toujours pour un équivalent adulte). Ces familles représentent près d’un quart de la population pauvre. »

    Précarité de l’emploi, temps partiel subi, appartenance aux catégories socioprofessionnelles les moins favorisées, les femmes seules avec enfants cumulent les handicaps. Près du tiers d’entre elles occupent des emplois qualifiés mais aux revenus modestes, avec une surreprésentation du personnel hospitalier (aides-soignantes, infirmières, agentes hospitalières) et des soins à la personne à domicile. Elles sont en général moins diplômées que la moyenne : 26% d’entre elles ont un niveau d’étude supérieur au bac, contre 40% pour les mères en couple, 30% d’entre elles n’ont au mieux que le niveau du brevet, contre 20% pour les mères en couple. Autre donnée : en 2017, les femmes seules avec une ou plusieurs personnes à charge (pour la plupart un ou plusieurs enfants) représentent 35% des bénéficiaires du RSA.

    À LIRE AUSSI « Tenir jusqu’à l’aube », l’enfer domestique d’une mère célibataire
    Désert social

    « Vous ne pouvez pas savoir ce que l’on vit », ont répété sur des chaînes d’information plusieurs mères en solo. La solitude, c’est l’aspect le plus indicible du quotidien du parent célibataire, ce qu’aucun chiffre n’arrive à capter et dont seul un écrivain peut rendre compte. La charge mentale qu’implique le soin d’un enfant, sans relais d’une autre personne ou d’une institution, est finement dépeinte dans le roman de Carole Fives : l’héroïne s’est installée dans une ville qu’elle ne connaît pas pour suivre le père de l’enfant et son propre père, sa seule parenté au demeurant, habite loin et ne l’aide qu’à l’occasion.

    L’inclination commune vis-à-vis de ces mères isolées n’est pas la mansuétude ou la solidarité, mais plutôt l’idée que ce « c’est la faute à pas de chance », ou « qu’elle l’a bien cherché » et que sa progéniture va subir un déficit d’éducation. Une famille de son immeuble, ainsi, espace ses invitations, pour éviter que ses enfants ne fréquentent son petit garçon.

    Dans ce désert social, internet devient alors son meilleur ami pour conseiller et aider à régler les innombrables interrogations qui surviennent : suivre et accompagner le développement de l’enfant, maladies infantiles, astuces pour acheter moins cher ou accéder gratuitement à certains services, ou renégocier les contrats d’eau et électricité, etc.

    Apporter à l’enfant les éléments du bien-être selon les préceptes de la pédiatrie moderne (outre la protection affective et la complicité, les activités d’éveil, une nourriture saine, de l’exercice, des promenades et la fréquentation des jardins publics qui permet les contacts avec d’autres bambins) absorbe toutes ses journées et elle ne connaît de répit que quand il dort. Siestes et nuits sont mises alors à profit pour satisfaire les quelques contrats de graphiste qu’elle arrive à décrocher.

    Le budget est calculé à l’euro près, elle doit à de nombreuses reprises discuter de ses découverts avec sa conseillère bancaire (celle-ci, elle-même divorcée, entend surtout lui donner des conseils pour « faire payer » son ex-compagnon et lui indique comment monter un dossier avec un avocat), inutile de songer un seul instant à prendre une heure de baby-sitter pour s’accorder un loisir. Elle imagine alors ce que serait une vie dite « normale » : « Travailler, se préparer une retraite à peu près digne, dormir sept heures d’affilée, retrouver une vie sociale, faire du sport, aller au cinéma, lire et bien sûr, rêver… » Un modèle conforme à celui étalé dans tous les magazines.

    À LIRE AUSSI Il est absurde d’opposer « gilets jaunes » et #NousToutes
    Statut temporaire

    Dans ce contexte monacal, mère et fils sont accrochés l’un à l’autre par un lien fusionnel et par touches, on les voit progresser ensemble vers un mieux-être et une certaine maîtrise de la situation, le récit se déroulant sans misérabilisme, ponctué de touches d’ironie.

    Elle finit par décrocher une place en crèche, mais très loin de chez elle, ce qui engendre près d’une heure de trajet, elle peaufine son site internet, rappelle d’anciens clients, obtient un contrat d’une ancienne collègue « qui vient de lancer sa boîte », récupère sa vie et, cahin-caha, « redevient quelqu’un ». L’enfant grandit, « de plus en plus beau, de plus en plus rayonnant. C’est un mystère, cette beauté au milieu de tant de dureté… »

    En moyenne, 10% des enfants de moins de 18 ans de parents séparés ne revoient jamais leur père.

    Le point aveugle du récit, et finalement le plus poignant, c’est la recherche du père. L’enfant le réclame, la mère entame des démarches après d’un avocat pour le retrouver : « Elle, ce qu’elle voulait, plutôt que de l’argent, c’était que le père voie son fils. Comment amener un père à reprendre contact avec son fils ? »

    En moyenne, 10% des enfants de moins de 18 ans de parents séparés ne revoient jamais leur père : la proportions de pères « désengagés » est la plus forte chez les hommes de faible niveau de diplôme ou de revenus. La plupart du temps, cette relation se maintient avec plus ou moins de fréquence : en cas de séparation, 17% des pères ont la charge de l’enfant, 25% le voient une fois par semaine, 18% une fois par mois, d’après une statistique Insee datant de 2005.

    La situation de mère célibataire n’est pas un statut à vie, contrairement à ce que laisserait croire le discours larmoyant qui l’entoure. Ce statut est plutôt provisoire, l’ancienneté moyenne des familles monoparentales est d’un peu plus de cinq ans et le plus souvent, le parent isolé cherche et trouve un nouveau compagnon ou une nouvelle compagne. Dans ce nomadisme amoureux, une fois encore, internet s’impose comme « l’ami qui vous veut du bien ».

    Plus largement, cette solitude faussement colmatée par les artifices électroniques, c’est aussi ce qu’ont tenté d’enrayer des mères célibataires venues participer aux mobilisations des ronds-points.

    • L’article ne parle pas des brimades sociales continuelles et des injonctions morales à rentrer dans le rang faites aux femmes cheffes de famille monoparentale qui doivent encaisser les coups sans broncher.
      La société française s’organise très bien pour les humilier car de fait, elles se présentent seules donc sans personne pour être témoin des coups portés. Je ne compte plus le nombre de fois où on m’a dit de prendre un mec, un peu comme on m’aurait dit de prendre un chien de garde.
      Au village, les femmes se méfiaient que je leur pique leur mari et les hommes avaient des remarques déplacées parce que j’étais « libre ». Quand tu rentres seule ton bois pour l’hiver, les hommes passent mais ne vont pas t’aider, ils rigolent que tu en chies et te disent que ça réchauffe. A force, tu ne comptes plus sur personne, tu comprends rapidement le regard de la directrice du collège, au mieux plein de commisération poisseuse qui ne te propose aucune aide mais te demande si la petite voit toujours son père.

      #solitude #famille_monoparentale

    • J’ai pas lu le texte je l’avais copié pour le lire plus tard. Je suis désolé de voire comme on te fait payé ta liberté et ton indépendance aussi chèrement. C’est une chance de pas avoir de père, une chance d’avoir une mère libre et de pas subir l’oppression masculine à domicile. Pour ton histoire de bois, ca va pas te consolé, mais je me dit que vu le niveau des gars du coin, va savoir ce qu’ils exigeraient comme leur due si ils avaient levé le petit doigt pour toi.


  • « Gilets jaunes « : Besancenot se joint à l’appel à une « grève générale illimitée » le 5 février
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/23/gilets-jaunes-besancenot-se-joint-a-l-appel-a-une-greve-generale-illimitee-l

    M. Besancenot propose, en outre, que « l’ensemble des responsables politiques de gauche » se retrouvent « dans une grande rencontre unitaire lundi pour soutenir la grève générale du 5 et lutter ensemble contre la répression ». Il a notamment invité « Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Benoît Hamon, [Fabien] Roussel, Nathalie Arthaud, les Verts, la gauche syndicale ».


  • Accidents du travail en série dans un centre d’appels de Free
    https://www.latribune.fr/technos-medias/telecoms/accidents-du-travail-en-serie-dans-un-centre-d-appels-de-free-804734.html


    L’entrée de Certicall, qui compte autour de 580 salariés, dont la moitié, environ, de téléconseillers.
    Crédits : DR

    Selon l’inspection du travail, qui a saisi le procureur de la République, un grand nombre de téléconseillers de Certicall, un centre d’appels d’Iliad, maison-mère de Free, à Marseille, ont été victimes « d’incidents acoustiques » depuis trois ans. Ceux-ci ont entraîné de nombreux accidents du travail, des inaptitudes au poste et des invalidités. Des syndicalistes et des employés dénoncent l’attitude de la direction, qui n’a, selon eux, pas fait le nécessaire pour protéger correctement son personnel.

    Il a suffi d’un bruit, puissant, pour chambouler sa vie. Marco (*) a la vingtaine, il est téléconseiller chez Certicall, un centre d’appels du groupe Iliad (maison-mère de Free) à Marseille. L’hiver dernier, il répond, comme d’habitude, aux clients de l’opérateur de Xavier Niel qui rencontrent des problèmes avec leurs abonnements Internet fixe ou mobile. Le téléphone sonne une énième fois. Il décroche. Mais soudainement, un très fort bruit retentit à travers son casque. Selon lui, « c’est comme un gros grésillement qui arrive dans les oreilles ». Marco arrache tout de suite son casque. Mais la douleur demeure. Marco se rend d’emblée à l’infirmerie. « J’ai commencé à avoir la tête qui tourne, dit-il. Je ne pouvais plus bouger. Si je me levais, je savais que j’allais tomber à cause des vertiges »

    Marco sait parfaitement ce qui vient de lui arriver. « Ces dernières années, j’ai déjà eu plusieurs gros chocs acoustiques », affirme-t-il. Le jeune homme quitte le travail, file chez son médecin généraliste qui le met en accident du travail, puis consulte un ORL, spécialiste des affections aux oreilles. Il passe des tests auditifs, qui ne sont pas bons.

    « J’ai une grosse perte de mon audition, raconte Marco. J’ai des acouphènes [des sifflements ou des bourdonnements dans les oreilles, Ndlr], et une hypersensibilité au bruit. »
    […]
    Le problème, c’est que sa mésaventure n’est pas un cas isolé. Chez Certicall, les chocs ou incidents acoustiques, débouchant sur des accidents du travail plus ou moins graves, n’ont rien d’exceptionnel. Le mois dernier, une antenne de l’inspection du travail des Bouches-du-Rhône en a fait le constat dans une lettre adressée à un syndicat, qui fait suite à une enquête de ses services, à laquelle La Tribune a eu accès :
    « En 2016, 2017 et 2018, un nombre important d’incidents acoustiques ont généré des accidents du travail pour un grand nombre de salariés de l’entreprise Certicall, ainsi que des inaptitudes au poste et des invalidités », lit-on.

    Le courrier ne mentionne aucun chiffre. Mais selon Tarik Djarallah, délégué syndical central de Force ouvrière chez Certicall, le premier syndicat de l’entreprise, « entre 100 et 150 personnes ont déclaré des chocs acoustiques » depuis 2016. Sachant que Certicall compte aux alentours de 580 salariés, dit-il, dont la moitié environ de téléconseillers ou "Free-helpers", comme Free les qualifie. Interrogé à ce sujet, Iliad n’a pas donné suite à nos sollicitations.
    […]
    Surtout, Martin décrit « une atmosphère hostile envers les conseillers victimes de chocs acoustiques et qui ont été longtemps en arrêt de travail ». « Sur le plateau, en discutant avec d’autres conseillers, on m’a mis en garde, on m’a dit que je risquais de perdre mon travail », raconte-t-il, affirmant que Certicall cherche aujourd’hui à licencier les salariés victimes de chocs acoustiques avant qu’ils aient été déclarés inaptes par la médecine du travail pour économiser de l’argent.

    Dans son courrier, l’inspection du travail a jugé que l’employeur n’a pas fait le nécessaire pour protéger suffisamment les salariés. Certicall a notamment tardé à fournir aux téléconseillers des protections auditives.
    « Le fait de ne pas avoir mis à disposition de l’ensemble des salariés concernés par les risques d’incidents acoustiques des protecteurs auditifs performants est une infraction aux articles [...] du code du travail, [...] réprimée [...] d’une amende de 10.000 euros appliquée autant de fois qu’il y a de travailleurs de l’entreprise concernés indépendamment du nombre d’infractions relevées dans le procès-verbal », souligne l’inspection du travail.

    Celle-ci reproche aussi à l’employeur de « ne pas avoir mis à jour son document unique d’évaluation des risques ». Pour ces infractions, elle a saisi le procureur de la République, et invite aujourd’hui « les salariés qui ont été victimes de ces incidents » qui le veulent à « se porter partie civil ». Et ce « notamment dans l’objectif de saisir le tribunal des affaires sanitaires et sociales pour engager une action ou demande de reconnaissance d’une faute inexcusable de la part de l’employeur ». Marco et Martin, pour leur part, comptent bien demander des comptes à Certicall.


  • Le projet de loi justice, une bombe antidémocratique
    https://www.liberation.fr/debats/2019/01/21/le-projet-de-loi-justice-une-bombe-antidemocratique_1704396

    Le 15 janvier, les avocats, rejoints par l’ensemble des professionnels du domaine, ont de nouveau manifesté contre le projet de loi réformant la justice adopté en première lecture à l’Assemblée nationale. Loin d’être un combat corporatiste, cette manifestation, comme tant d’autres, permet de faire entendre des voix qui n’ont pas été écoutées dans le cadre d‘une réforme qui vient une fois de plus ébranler notre pacte social.

    Ce droit de manifester, garanti dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, subit pourtant depuis de nombreuses années des attaques régulières des pouvoirs publics. En rétablissant une loi anticasseurs datant de 1970, le gouvernement actuel contribue à une longue liste d’atteintes que l’on considère, à juste titre, comme l’une des garanties fondamentales des libertés publiques. Ainsi,

    – la loi du 2 mars 2010 renforçant la lutte contre les violences de groupe permet aujourd’hui les interventions préventives et les placements en garde à vue des manifestants à l’occasion des différents actes qui rythment nos samedis depuis dix semaines ;

    – La loi renseignement du 24 juillet 2015 étend la collecte des données non seulement aux affaires de terrorisme et de criminalité organisée, mais également aux « violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique », donc potentiellement à de simples manifestations ;

    – La loi relative à la sécurité publique du 28 février 2017 renforce les pouvoirs des forces de l’ordre notamment en aggravant les sanctions pour les faits de rébellion ou de refus d’obtempérer.

    Ces réformes permettent de confondre militants, manifestants, casseurs, criminels, terroristes, et d’utiliser les moyens d’enquête et d’investigation les plus intrusifs : c’est par ces atteintes aux libertés individuelles que les pouvoirs publics répriment aujourd’hui le mouvement social.
    L’état d’urgence dans la loi ordinaire

    Il en est de même des lois de juin 2016 et d’octobre 2017 qui intègrent les principales dispositions de l’état d’urgence dans la loi ordinaire, qui donnent lieu à des assignations à résidence, des perquisitions sous l’autorité administrative et non plus judiciaire, ce y compris pour des militants sans aucun lien avec le terrorisme pour peu que le ministre de l’Intérieur estime qu’il « existe des raisons sérieuses de penser que le comportement d’un individu constitue une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre public ».

    A lire aussi : Manifestations : les libertés passent par la casse fichier

    Autrement dit : ces réformes sont autant de manières de rendre inopérants les garde-fous imposés à l’exercice d’un pouvoir qui depuis dix semaines semble plus enclin à répondre de manière guerrière plutôt que politique aux revendications du peuple. Peut-on en effet encore dire que les récents blessés à l’occasion de l’usage d’armes par les forces de l’ordre ont eu droit à une réponse proportionnée, principe de base de notre justice, à leur présence sur les lieux ?

    Alors que les luttes sociales et politiques convergent, il est urgent que l’opinion publique mesure ce que cette énième réforme de la justice a d’attentatoire aux libertés publiques, et en quoi elle nous concerne tous, justiciables, avocats mais surtout citoyens, car nous sommes tous susceptibles un jour de répondre de nos actes devant des juges :

    – Les écoutes téléphoniques et les mesures de géolocalisation seront désormais possibles pour la plupart des délits ;

    – Ces mesures pourront désormais être prises sous la seule autorisation du procureur de la République en cas d’urgence ;

    – Les techniques spéciales d’enquêtes pour la plupart des délits seront généralisées et étendues, alors qu’elles étaient jusque-là réservées aux menaces terroristes ou à la criminalité organisée ;

    – Le gardé à vue ne sera présenté que de manière facultative au procureur de la République lors de la prolongation de la garde à vue ;

    – La notification des droits du gardé à vue se fera sous forme d’enregistrement sonore et non plus par écrit, rendant la vérification des formalités essentielles de privation de liberté difficiles ;

    – Une Cour criminelle départementale sera créée pour juger principalement des viols, ce qui tend à considérer le viol comme un crime de seconde zone, en contradiction avec la prétendue sensibilisation du gouvernement sur les atteintes faites aux femmes ;

    – Il pourra être imposé aux victimes de déposer leur plainte de manière électronique, les privant ainsi de l’accueil humain, accroissant les possibilités de détresse et de solitude.

    Ces principales mesures qui concernent le domaine pénal ne sont pas les seules à être critiquées par les professionnels de la justice et du droit, puisque le gouvernement s’est également attaché à modifier les conditions d’accès à la procédure civile, la rendant :

    – plus coûteuse : recours obligatoire à des mesures préalables de médiations payantes pour les « petits litiges » ;

    – plus lointaine : la fusion des tribunaux d’instance et des tribunaux de grande instance ;

    – moins humaine : les décisions pour les injonctions de payer seront rendues par des algorithmes.

    Le gouvernement actuel, qui prétend tenir sa légitimité d’une défense de la démocratie, participe à déconstruire l’un de ses piliers historiques. A l’heure où les citoyens veulent agir, redevenir maîtres de leur destin, lutter contre les injustices sociales et s’emparer d’une démocratie qui, par un paradoxe fou, ne leur appartient plus, ils doivent prendre la mesure de ces nouvelles régressions des droits et des libertés pour défendre l’un des biens les plus précieux de notre démocratie : la justice !

    #justice #injustice #culture_du_viol #domination_masculine

    • Malgré un article qui dénonce la direction fasciste que prend la justice, je supporte difficilement le saupoudrage de nous et de notre. On parle du réel des libertés mais le journaliste nous enferme avec lui dans un nous qui n’existe pas et ressemble à un nationalisme de mauvais aloi.



  • Aucune répression, qu’elle soit zadiste, paysanne ou pénitentiaire, n’est acceptable. Il est urgent de mettre en place une justice non-classiste, basée sur le consensus et la réparation... Pour plein de raisons, nous avons échoué à le faire sur la #zad #NDDL. Ce qui se passe aujourd’hui en est la conséquence directe. Et très dommageable.

    [ZAD NDDL] Perquisitions en cours
    https://nantes.indymedia.org/articles/44260

    Notre-Dame-des-Landes. Quatre interpellations dans la zad
    https://www.ouest-france.fr/environnement/amenagement-du-territoire/nddl/notre-dame-des-landes-quatre-interpellations-dans-la-zad-6188734

    Notre-Dame-des-Landes Quatre interpellations sur l’ex-Zad ce matin
    https://www.presseocean.fr/actualite/notre-dame-des-landes-4-interpellations-sur-lex-zad-ce-matin-22-01-2019-

    • La non-création d’un système justiciable n’est pas un échec, puisque normalement celui-ci est acquis de base dans l’éducation, la culture, le relationnel ouvert. On ne monte pas des principes de fonctionnement parallèle sans au moins s’appuyer là-dessus. Le vrai échec tiens dans l’aveuglement plus ou moins volontaire à voir l’infiltration de la lutte, celle-ci, d’autres, les autres.
      Un infiltré propagateur a un jour été mis dans un coffre ; et pour que les flics ciblent ils sont renseignés depuis sur place.

    • On a parlé ici de la bande dessinée de #Seth_Tobocman, Quartier en Guerre, qui raconte sa vie dans les squats de New-York :
      https://seenthis.net/messages/613800

      Rééditée et traduite en français en 2017, Tobocman y a ajouté une postface où il tente d’analyser les victoires et les défaites, les bonnes idées et les erreurs.

      Je me souviens que la question de la #justice interne était l’une de celles qu’il trouvait les plus difficiles...

    • Communiqué sur les arrestations survenues sur la zad et
      appel à rassemblement dès ce mercredi 12h devant la gendarmerie de Saint-Nazaire.

      Ce 22 janvier à 6h du matin, la zad a été réveillée par un dispositif policier digne d’une opération d’expulsion pour arrêter trois personnes.

      Nous avons assisté à une mise en scène spectaculaire avec des perquisitions simultanées, des dizaines de fourgons, des chefs d’inculpation et des commentaires médiatiques qui cherchent à nous stigmatiser : « association de malfaiteurs », « bande organisée », « règlement de compte », etc. Deux autres personnes ont été arrêtées plus tard dans la journée en dehors de la zad.

      Jeudi dernier, plus de 500 personnes célébraient la victoire contre l’aéroport lors d’un banquet.
      Un an après l’abandon et alors que les activités menées par les habitants s’enracinent, le moment est sans doute jugé opportun par certains pour monter une nouvelle fois on ne sait quelle histoire en épingle pour donner au bocage une image anxiogène. Après les expulsions du printemps, en est-on à une nouvelle étape de la vengeance d’Etat ?
      Après les fantasmes déjà distillés dans la presse par la gendarmerie sur les fausses « caches d’armes » ou les « tunnels viet-congs », on nous sort du chapeau ce matin un nouvel épouvantail destiné à effrayer l’opinion publique. Ce ne serait pas la première fois que les enquêteurs brandissent un dossier vide et utilisent l’association de malfaiteurs pour criminaliser un mouvement.

      Ce qui est sûr en revanche, c’est que les personnes arrêtées sur la zad ce matin ont été engagées de longue date dans le mouvement anti-aéroport, sont intégrées dans les diverses activités, liens de voisinages et de solidarité locale, et vivent ici depuis plusieurs années. Nous appelons dès aujourd’hui à ne pas tomber dans le panneau de la diabolisation policière et à les soutenir. Un rassemblement aura lieu ce mercredi midi devant la gendarmerie de Saint-Nazaire, au 79 avenue Ferdinand de Lesseps.
      https://zad.nadir.org/spip.php?article6313

    • Autre communiqué par mail :

      NDDL POURSUIVRE ENSEMBLE s’insurge de l’arrestation et de la mise en garde à vue des 5 personnes habitant la ZAD de Notre-Dame- des- Landes.

      Alors que les discussions avec les services de l’état et du département ne cessent de progresser dans un climat respectueux et apaisé, on peut s’étonner de cette nouvelle montée en épingle d’un simple conflit de voisinage qui appartient au passé.

      Les personnes arrêtées sont impliquées depuis le début dans des projets reconnus et validés par les services de l’état.

      Ces personnes ont une famille, des animaux , des engagements dans l’organisation du mouvement. C’est un nouveau coup de poignard dans le dos de ceux qui n’ont cessé de rechercher, malgré les difficultés et les tensions, le consensus et l’intégration de tous les habitants dans ce magnifique projet collectif.
      NDDL POURSUIVRE ENSEMBLE appelle ses adhérents à venir soutenir ceux que vous avez tous rencontrés et aimés pour leur énergie et leur obstination à sauver le mouvement.

      JEUDI 24 JANVIER
      10 HEURES Un rassemblement de soutien aura lieu demain matin pour ce qui pourrait être la fin de la garde à vue. RDV à 10H devant
      la gendarmerie de St Nazaire, 79 rue Ferdinand de Lesseps.

      18 h jeudi 24 Rdv Rolandière point sur la situation

    • intox du Communiqué sur les arrestations survenues sur la zad
      | radis cool | (ce que ce communiqué ne dira pas)

      Ce 22 janvier à 6h du matin, la zad a été réveillée par un dispositif policier massif pour arrêter trois personnes. il n’est pas question de s’en réjouir parce qu’au grand royaume des oppressions, l’état et ses milices armées arriveront toujours en tête. Pour autant : à la lecture du « Communiqué suite aux arrestations », on se demande de quel côté de la matraque se trouve la politique-politicienne. Tant les mensonges institutionnels ne sont plus la prérogative d’état, tant la « manipulation des masses » est répandue dans le mouvement depuis longtemps, mais de manière beaucoup plus « flagrante » depuis un an, et tant est forte la capacité de quelques personnes à réécrire l’histoire en fonction des versions qui servent leurs intérêts. Enfin, il s’agit de notre point de vue de personnes sans cesse qualifiées de « paranos », « complotistes », voire de « malades mentaux » (quelle belle manière de déconstuire les rapports d’oppressions !). Sans aucun doute, certaines personnes ré-utiliserons bien vite ces arguments pour disqualifier ce que l’on dira ici.
      Quand le communiqué parle de « dossier vide », ça nous ferait presque imaginer que Benalla est venu donner des cours de langue de bois à la zad. On ne sait évidemment jamais qui-a-fait-quoi. On a toujours des soupçons, jamais de preuves. Pour autant, nier des faits qui se sont bien produits, c’est humilier les victimes de ces exactions un peu plus qu’elles ne l’ont déjà été. Alors oui, des comptes se sont "réglés" sur la zone, pas toujours de manière collective/consensuelle/bienveillante/subtile.
      Pour les affaires les plus récentes : - fin mars 2018, séquestration et tabassage en règle : au petit matin, muni de gaz, de masques et de matraques, un groupe (commando ?) débarque dans un lieu de vie, kidnappe et tabasse une personne (membres inférieurs et supérieurs brisés) et le laisse pour mort aux abords d’un hôpital psychiatrique. Pas de plainte déposée mais le parquet s’en saisi. - Une autre affaire de séquestration a eu lieu à l’automne 2018 : un individu, chassé à travers la ZAD par un groupe, tabassé dans les bois, mis dans un coffre puis déposé en périphérie de Rennes a fini à l’hôpital. Plainte déposée avec identification.Dans ces deux cas, ces expéditions punitives trouvent souvent des justifications (ou, à demi-mots) : divergences politiques, stratégiques, conflits interpersonnels et tentatives d’éviction.
      Ce sont évidemment pour les plus récentes.
      La ZAD a tenté à plusieurs reprises de trouver des outils de gestion de conflits internes qui passent par de la médiation plutôt que par des coups de pression. D’où l’invention du « cycle des 12 » qui a bien souvent échoué devant des conflits parfois conséquents. Bien évidemment, on continuera de vous nier toute existence de milice interne : on ne dit pas à nos soutiens qu’ici, les comptes se règlent aussi à coups de barres de fer. Et puis, on ne sait jamais complètement qui c’est. Et puis, les victimes ont souvent peur de parler. Et puis, les victimes sont de toute façon des gens peu crédibles (« tarées », « schizo », « malades mentales » de tout poil...) face aux gens de pouvoir sur zone. Et puis regardez, comme ielles sont sympathiques, toutes ces belles personnes qui fêtaient la victoire un an plus tard. Regardez bien leurs sourires sur les photos, l’émotion sur leur visage, les pleines tablées de banquets réjouissants. Comment pourrait-on s’imaginer que derrière de si beaux apparâts se cachent des personnes capables d’une telle violence ou de la justifier ? Nous ne nous réjouissons évidemment pas que l’état ait pris en main ces affaires, à la place des habitant.es de la ZAD. Car ils et elles auront à répondre à une justice de classe, raciste et inégalitaire qui n’aura pour but que de faire exemple de ces arrestations dans une situation territoriale tendue. Là où la ZAD a échoué à dissoudre tout rapport de pouvoir et d’autoritarisme en interne, l’état a fini par s’en emparer. Les personnes arrêtées sur la zad ce matin-là ont été "engagées de longue date dans le mouvement anti-aéroport", sont "intégrées dans les diverses activités, liens de voisinages et de solidarité locale", et "vivent ici depuis plusieurs années". Que d’arguments de campagne. Est-ce que ça les rend plus légitimes à être soutenues ou excusées de leurs éventuels actes ? Plus irréprochables ? Plus intouchables ? sans doute. Mais vivre sur la ZAD n’est pas (et n’a jamais été) un gage de « bonne conduite », d’honnêteté ou de bienveillance intrinsèque.
      Il est étrange de voir que des personnes qui ont délibérément et en conscience négocié avec la préfecture, reconnaissant par là, la légitimité de son pouvoir (et donc sa "violence légitime"), s’indignent maintenant que l’état se « venge » en les soumettant à la répression. Sans doute fallait-il mieux lire les petites lignes du contrat...

      NOUS N’APPELLONS PAS A SOUTENIR CES INDIVIDUS
      Parce que, ce que l’on sait des "coffrages" ne correspond pas à la "version officielle" et que l’on ne se rangera pas derrière des personnes que l’on sait aguerries à la communication politicienne, plus qu’à l’honnêteté intellectuelle.
      Parce que nous sommes contre les polices, avec ou sans uniformes.

      NOUS N’APPELLONS PAS A SOUTENIR CES INDIVIDUS et en laissons le soin à celles et ceux qui ont cherché à légitimer ou à dissimuler leurs actes. Nous ne prendrons pas les armes contre d’autres affamés.
      https://nantes.indymedia.org/articles/44268 (https://seenthis.net/messages/754485 )

      (Celui que tu indiquais, @vanderling, a été refusé comme « doublon » de celui-ci, où, du coup, comme l’article d’alerte sur @indymedianantes , il y a pas mal de commentaires qui permettent de se faire une idée de l’ambiance générale ... :/ )

    • D’idée, j’ai du mal à m’en faire une @val_k et ce n’est pas les commentaires sur @indymedianantes qui vont m’aider à comprendre quelque chose dans cette histoire. Quel bordel !
      à défaut de me joindre au rassemblement de soutien ce matin à St Naze ou à la Rolandière ce soir. Je compte sur toi et zad.nadir pour la suite ... ;·)

    • https://zad.nadir.org/spip.php?article6303#info2019-01-25-17-29

      toute la journée de jeudi, une centaines de personnes se sont relayées devant le tribunal de St-Nazaire, en soutien aux 5 personnes arrêtées il y a 2 jours sur la zad et ailleurs. il y aura probablement plus d’informations à propos de cette affaire dans les prochains jours. Nous pensions en avoir vu beaucoup ces denieres années mais nous n’etions pas au bout de nos surprises...
      3 des 5 personnes ont été incarcérées et 2 autres sortent sous controle judiciaire soutien aux potes !!!

    • Nouvelle série de 3 communiqués de soutien suite aux arrestations de 5 occupant·es
      COMMUNIQUé DU GROUPE PRESSE
      COMMUNIQUé DE NDDL POURSUIVRE ENSEMBLE
      COMMUNIQUé DE PAYSANS ET PAYSANNES, PARRAINS, MARRAINES ET SOUTIENS DES PORTEURS DE PROJETS AGRICOLES
      https://zad.nadir.org/spip.php?article6325

      et, en réponse :
      ## intox du Communiqué ZAD acte 2 ##
      https://nantes.indymedia.org/articles/44355

      Pour ma part, je reste sur ma première phrase : Aucune répression, qu’elle soit zadiste, paysanne ou pénitentiaire, n’est acceptable.
      Mais j’ajouterai que les pressions pour silencier les voix dissonantes (quand elles ne révèlent rien que ne sache déjà la police) et les injonctions à une unité de récit comme seule forme de soutien possible n’aident vraiment personne...

    • Mardi dernier, cinq personnes ont été arrêtées à la zad et à l’extérieur dans un déploiement policier massif. Après 48 heures de garde à vue, sur demande du parquet, il a été décidé de l’ouverture d’une instruction et de leur maintien en détention pour une durée indéterminée. Ils sont accusés d’enlèvement et séquestration en bande organisée, la juge n’ayant finalement pas retenu le chef d’inculpation d’association de malfaiteurs initialement présenté par le parquet.
      https://zadibao.net/2019/01/28/attaque-judiciaire-contre-la-zad

    • Le 17 janvier 2018, Edouard Philippe annonçait l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dames-des-Landes. Des années de lutte, d’occupation et d’affrontement acculaient finalement l’État à reculer et renoncer. Cette « victoire », tout le monde le savait, allait cependant s’accompagner d’une cruelle contrepartie : l’écrasement sur la zone de tout ce qui débordait l’état de droit, un retour à l’ordre.
      https://lundi.am/ZAD-de-Notre-Dame-des-Landes-5-personnes-mises-en-examen-pour-enlevement-et


  • « Gilets jaunes » : l’inexpérience du gouvernement en matière d’usage de la force fait craindre de nouveaux dérapages
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/01/20/gilets-jaunes-l-inexperience-du-gouvernement-en-matiere-d-usage-de-la-force-


    Des policiers [en civils,…] équipés de LBD40, le 15 décembre à Paris.
    VALERY HACHE / AFP

    Championne autoproclamée du maintien de l’ordre, la France est régulièrement confrontée au phénomène des violences policières, qui interroge sur sa doctrine de l’usage de la force publique.

    Qu’est donc devenue cette France championne du maintien de l’ordre, qui exportait son savoir-faire et ses matériels aux autres démocraties et aux pays totalitaires soucieux de mater des contestations naissantes ? Il y a encore quelques années, le fabricant français de grenade lacrymogène, Alsetex, qui fournit la police française, déclarait au Monde : « Notre molécule lacrymogène est la plus pure au monde, elle permet d’amener les gars devant le juge en bon état, notre grenade est estampillée démocratie française. »

    Mais la France a pris l’habitude de voir, chaque samedi, des visages et des corps abîmés au terme d’affrontements entre forces de l’ordre et « gilets jaunes ». Les exactions de ces derniers ont conduit des policiers et des gendarmes à l’hôpital. Mais la multiplication des violences imputables aux forces de sécurité conduit aussi à s’interroger sur la capacité de l’Etat à totalement maîtriser l’usage d’une force démocratique, dont les règles semblent fluctuer. Depuis le début de la crise, les pouvoirs publics ont, en effet, fait montre d’une culture toute relative en matière de doctrine sur l’usage de la force publique.

    #paywall

    • D’autant plus que la deuxième partie de l’article frise le blasphème…

      Interrogé ensuite sur l’affaire Benalla, le porte-parole du gouvernement a reconnu des « dysfonctionnements », notamment à l’Elysée. A la veille d’une nouvelle audition de l’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron par une commission d’enquête du Sénat, Benjamin Griveaux a estimé qu’il fallait régler rapidement ces anomalies, car elles sont « insupportables et incompréhensibles pour les Français ».

      Des #dysfonctionnements !? à l’Olympe !

      B. Griveaux (ex-strauss-kahnien) commencerait-il à sentir le vent et à préparer ses arrières ?


  • Des plébéiens aux « gilets jaunes »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/01/18/des-plebeiens-aux-gilets-jaunes_5410980_3232.html

    Dans sa tribune au « Monde », Claudia Moatti, professeure d’histoire antique, compare le comportement des sénateurs ­romains du dernier siècle de la République avec les politiciens d’aujourd’hui, qui, tout en reconnaissant l’utilité des révoltes passées, condamnent celles de leur époque.

    Tribune. Le paradoxe est éclatant : nous transformons en patrimoine la Révolution française mais nous tremblons devant les rébellions actuelles. Nous nous comportons ainsi comme les sénateurs ­romains du dernier siècle de la République, qui, tout en reconnaissant l’utilité des révoltes passées (les ­fameuses sécessions de la plèbe du Ve siècle avant notre ère), condamnaient celles de leur époque. Les historiens qui écrivirent sous l’Empire voyaient pourtant plus qu’une analogie entre les deux. Au moment où la situation politique nous met en demeure, à notre tour, de réfléchir et de comprendre l’état de notre société, leur récit a quelque chose à nous apprendre.

    Nous sommes en 494 avant notre ère, au début de ce que nous appelons la République romaine, quelques années après l’expulsion du dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe ; les plébéiens, cette part de la population romaine qui n’avait aucun accès aux charges politiques et religieuses de la cité mais qui n’en était pas moins constamment appelée à défendre la patrie par les armes, réclama l’abolition des dettes. Ce que saisissaient les historiens, c’était à la fois l’état de pauvreté et de nécessité où la plèbe se trouvait, la cruauté des créanciers, et la surdité des sénateurs : une surdité de gens arrogants, hautains, et sans pitié.

    Ce qu’ils tâchaient de faire entendre aussi, c’est qu’un problème qui n’est pas résolu immédiatement est destiné à empirer ; et de fait les plébéiens, excédés, finirent par réclamer non seulement l’abolition des dettes mais aussi des droits politiques, par exemple la création de magistrats pour les défendre. Voici donc que de sociale la requête se fit politique.

    #paywall

    • Ça devient de plus en plus difficile de créditer les images : celles-ci ne figurant pas sur la page web… mais apparait dans l’extrait pris par le bookmarklet ST

      Et donc, ici


      Gaius Gracchus attempted to enact social reform in Ancient Rome but died at the hands of the Roman Senate in 121 B.C.
      sur le site du Smithsonian Institute, dans un article de novembre 2017 au contenu très proche de l’article ci-dessus (même s’il s’agit des Gracques et non de l’apologue des membres et de l’estomac de Ménénius Agrippa à l’époque des Sécessions de la plèbe (494 avant notre ère) où celle-ci décida de se retirer sur les ronds-points euh, non ! sur l’Aventin (je confonds toujours…)

      et donc, peut-être ! :
      Paul Fearn/Alamy

      et l’article illustré par C. Gracchus

      Before the Fall of the Roman Republic, Income Inequality and Xenophobia Threatened Its Foundations | History | Smithsonian
      https://www.smithsonianmag.com/history/fall-roman-republic-income-inequality-and-xenophobia-threatened-its-

      What inspired you to look into this story?
      When I was doing the History of Rome [podcast], so many people asked me, ‘Is the United States Rome? Are we following a similar trajectory?’ If you start to do some comparisons between the rise and development of the U.S. and rise and development of Rome, you do wind up in this same place. The United States emerging from the Cold War has some analogous parts to where Rome was after they defeated Carthage [in 146 B.C.]. This period was a wide-open field to fill a gap in our knowledge.

      One topic you describe at length is economic inequality between citizens of Rome. How did that come about?
      After Rome conquers Carthage, and after they decide to annex Greece, and after they conquer Spain and acquire all the silver mines, you have wealth on an unprecedented scale coming into Rome. The flood of wealth was making the richest of the rich Romans wealthier than would’ve been imaginable even a couple generations earlier. You’re talking literally 300,000 gold pieces coming back with the Legions. All of this is being concentrated in the hands of the senatorial elite, they’re the consuls and the generals, so they think it’s natural that it all accumulates in their hands.

      At the same time, these wars of conquest were making the poor quite a bit poorer. Roman citizens were being hauled off to Spain or Greece, leaving for tours that would go on for three to five years a stretch. While they were gone, their farms in Italy would fall into disrepair. The rich started buying up big plots of land. In the 130s and 140s you have this process of dispossession, where the poorer Romans are being bought out and are no longer small citizen owners. They’re going to be tenant owners or sharecroppers and it has a really corrosive effect on the traditional ways of economic life and political life. As a result, you see this skyrocketing economic inequality.

      par Mike Duncan, à propos de son livre
      The Storm before the Storm, The Beginning of the End of the Roman Republic, New York Times Bestseller, octobre 2017

      http://thestormbeforethestorm.com


  • Retrouvé mort noyé, un migrant malien avait cousu son bulletin de notes dans sa veste | Le Huffington Post
    https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/19/retrouve-mort-noye-un-migrant-malien-avait-cousu-son-bulletin-de-note
    https://o.aolcdn.com/images/dims3/GLOB/crop/1289x678+0+24/resize/1200x630!/format/jpg/quality/85/https%3A%2F%2Fmedia-mbst-pub-ue1.s3.amazonaws.com%2Fcreatr-uploaded-images

    Dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, un bateau de migrants fait naufrage en Méditerranée, lors duquel périssent près de 800 personnes.

    Parmi les victimes, un jeune Malien de 14 ans. Celui-ci porte sur lui un document qui en dit long sur ses espoirs pour sa nouvelle vie qu’il imagine en Europe : à l’intérieur de sa veste, a été cousu l’un de ses bulletins scolaires.


  • L’étonnante définition du viol d’enfant en France - La Presse+
    http://plus.lapresse.ca/screens/5d813b5a-82f7-4441-80ff-d8eec5f60260__7C___0.html

    Ce qui pose problème est la définition du « viol », un terme banni du droit canadien depuis plus de 30 ans. Pour qu’il y ait viol en droit français, il doit y avoir pénétration (de n’importe quel type) et, surtout, il faut prouver « la contrainte, la menace, la violence et la surprise ».

    Ce que ça signifie, en pratique, c’est que dans un procès pour viol, une preuve doit être faite quant au consentement, quel que soit l’âge de la victime. La Cour de cassation française (en quelque sorte la Cour suprême du pays) a même écrit que la contrainte ne sera présumée que pour les enfants « en très bas âge ». Autrement, le procureur devra démontrer qu’un enfant de 8 ou 9 ans n’a pas consenti, qu’il a été « contraint » à une relation sexuelle, pour que ce soit un viol.

    Les associations féministes réclament que la loi soit changée et le gouvernement actuel propose de fixer le seuil de non-consentement quelque part entre 13 et 15 ans, en créant une présomption « irréfragable » (impossible à renverser) dans le Code pénal.

    *

    C’est pour des raisons similaires que le Canada a abandonné la notion de « viol », qui supposait une preuve supplémentaire et qui rendait les condamnations plus difficiles. On a regroupé toute une série de crimes sous un seul vocable : agression sexuelle. Et selon la gravité des gestes, la peine sera plus ou moins lourde.


  • Lettre ouverte à Macron à propos des violences policères
    https://grenoble.indymedia.org/2019-01-17-Lettre-ouverte-a-Macron-a-propos

    Je partage cette belle lettre ouverte à Macron sur les violences policières. A partager sans modération. Anne-Marie Chartier 2 place Beaumarchais 38130 Echirolles le 16-1-2019 (Maître de Conférence à la retraite Université de Grenoble) A MR MACRON Pdt de la République Objet : La violence d’Etatest organisée audegré le plus haut. Monsieur le Président de la République Dans votre lettre aux français publiée dans le Monde du 15-1-19, vous dites « n’accepter aucune forme de violence (...)

    #Articles

    / Répression / Contrôle social, Révoltes / Luttes sociales, #Soupe_politicienne, #Autres_infos

    #Répression_/_Contrôle_social #Révoltes_/_Luttes_sociales

    • Anne-Marie Chartier le 16-1-2019 (Maître de Conférence à la retraite Université de Grenoble) A MR MACRON Pdt de la République
      Objet : La violence d’Etat est organisée au degré le plus haut.

      Monsieur le Président de la République

      Dans votre lettre aux français publiée dans le Monde du 15-1-19, vous dites « n’accepter aucune forme de violence ».Affirmation paradoxale car vous pratiquez, sans scrupule, à la suite de vos prédécesseurs, la violence d’Etat au plus haut degré,dans tous les domaines, social, militaire, et de la répression. Et vous vous inclinez devant la violence économique des sociétés, telle par exemple, Ford-Blanquefort qui met au chômage 850 salariés, au nom de la rentabilité et de la compétitivité.

      – 1)Vous avez désertifié quantité de petites villes et des campagnes,en supprimant leurs tribunaux, leurs hôpitaux et maternités,les écoles, les Postes, les lignes de chemin de fer locales….sous prétexte de concentrer les moyens financiers, dans un pays où vous prêchez pourtant la décentralisation comme vos aînés….Cette désertification exclut un grand nombre de citoyens de l’accès à ces services, contrairement à ce que vous dites dans votre lettre. Plus personne ne peut croire à la vérité des mots employéspar ceux qui vous ont précédé, et par vous.

      Il n’est plus possible également de s’adresser normalement aux services publics administratifs de la Préfecture, de la Sécurité sociale, des Allocations familiales, des impôts….pour obtenir le moindre renseignement, la moindre aide. Votre gouvernement a pour politique de détruire progressivement les services publics utiles à la population sous le vocable de « réorganisation » et de « modernisme ». Encore des mots dont nous avons appris qu’ils ne cachent que des spoliations au profit des…..holdings.

      Ceci relève d’une violence sociale planifiée contre les citoyens.

      – 2)En tant que chef d’Etat,vous avez engagé la France, directement ou indirectement, dans des guerres les plus destructrices au Mali, au Tchad… au Yémen, en y envoyant l’armée française ou en vendant des armes, entre autres à l’Arabie Saoudite. Or ce pays est le principal propagateur d’une idéologie salafiste intégriste, celle-là même de « L’Etat Islamique », et celle des jeunes « fichés S » qui parfois passent à l’acte. Alors que vous prétendez combattre cette idéologie. Pensez-vous que les citoyens et les jeunes soient incapables d’établir le double ou triple jeu de votre gouvernement ?

      La ministre des Armées, Florence Parly, sous votre direction, a annoncé en septembre 2018 que la France se dotait de drones armés qui permettront « d’allier en permanence la surveillance, l’endurance dans la discrétion, et la capacité de frappe…. », lesquels nécessitent des pilotes qui, à distance,pratiquent des « assassinats ciblés ». Ainsi c’est l’Etat qui décide de se faire justice contre des individus qui n’ont pas été jugés : c’est le droit de tuer sans jugement. Il serait plus que nécessaire de qualifier les actes de ces individus.. Pensez-vous que la jeunesse n’ait pas intégré cette morale éhontée ?

      Ces faits ne sont autres qu’une terrible violence qui détruit peu à peu la République, la justice et toute éthique.

      – 3)La France est le seul pays qui, en Europe, dans des opérations de répression, utilise, en plus des grenades lacrymogènes, des nouveaux lances ballesLDB 40 de longue portée ou GL06-NL, et des grenades GLI-F4. Ce sont ces armes de guerrequi sont responsables des nombreuses blessures recensées chaque week-end depuis novembre 2018 contre les Gilets jaunes (GJ) et la population qui se trouve dans la rue (pertes des yeux, mains arrachées, mâchoires détruites, membres cassés…...) et qui montrent que la police a l’ordre de tirer surtout vers la haut du corps !Ces armes ont été développées dans la deuxième moitié des années 2000 et expérimentées contre les zadistes de Notre Dame des Landes. L’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) décrit les grenadesexplosives GLI-F4en ces termes : « …elles comprennent des dispositifs à effet de souffle produit par une substance explosive ou déflagrante et sont susceptibles de mutiler ou de blesser mortellement un individu ».

      C’est donc l’Etat, par l’intermédiaire de son ministre de la défense et de ses préfets, qui arme la police et qui, en d’autres termes, ordonne de tuer des opposants. Par un effet de projection, il a été écrit que les GJ montaient à Paris pour tuer… C’est un pur mensonge.

      Le Monde diplomatique de janvier 2019 (p 13) rappelle les paroles d‘un haut responsable de la police qui confiait « C’est nous, l’institution, qui fixons le niveau de violence de départ. Plus la nôtre est haute, plus celle des manifestants l’est aussi » Il est assez clair que c’est vous qui ordonnez à l’appareil policier le niveau de violence désirée pour asseoir votre politique générale et vos projets de société. Quitte, si cela ne marche pas, à en appeler, pourquoi pas, à l’armée ?? N’y avez-vous pas pensé comme feu le Général de Gaulle en 1968 ?

      La demande faite aux médias de se taire sur les exactions que vous commandez, et de vous exonérer d’être le premier facteur de violence est une évidence. Les contre-vérités répandues dans certains médias (particulièrement dans BFM-TV) sur la violence primitive des Gilets Jaunes, alors que celle-ci n’est qu’une violence en réponse, en dit long sur le mépris que vous avez vis-à-vis de « vos gueux » pour reprendre l’expression d’un gilet jaune de Bourges.

      A propos des mensonges, il en est un qui m’a fait bondir dans votre lettre. Et j’en finirai là. Vous dites que l’impôt sur le revenu, parfois lourd, réduit les inégalités L’Impôt sur le revenu dans sa forme moderne, voulu par les radicaux pour avoir un effet redistributif, et crée en 1914, a eu comme objectif de faire face à la dette publique, et de trouver de nouvelles recettes pour la guerre. Les services publics sont nés bien après, sous l’effet du danger communiste de l’après deuxième guerre mondiale. Il n’a actuellement pas diminué les inégalités sociales. Cessez de penser que les GJ aient des illusions à ce sujet.

      La répression, que vous voulez sévère, ne fait qu’accentuer la colère, et accroît la certitude que la justice, la liberté humaine, la réflexion intelligente pour le mieux-être pour tous, appartiennent à des espaces à créer contre tous les oligarques anciens et modernes, et contre vous et les vôtres.

      Mes salutations républicaines. AM Chartier


  • Marie Laure, enseignante, dont l’enfant vient de perdre un œil, s’adresse à monsieur Macron
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=29&v=yZadf1P5vLs


    ““““““““““““““““““““““““““““““““““““
    Rennes. Un Gilet jaune grièvement blessé à l’œil lors de la manifestation de samedi
    Nathalie FLOCHLAY. - Modifié le 20/01/2019 à 21h52
    https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/rennes-un-gilet-jaune-grievement-blesse-l-oeil-lors-de-la-manifestation

    Sur une vidéo postée sur les réseaux sociaux, la mère d’un Gilet jaune venu manifester samedi 19 janvier à Rennes, raconte que son fils, âgé de 27 ans, a été blessé à l’œil. Il a été opéré, samedi soir, au CHU. Sa blessure est due, selon nos informations, à un éclat de grenade lacrymogène.

    La mère de famille est assise dans le hall de l’hôpital. Filmée en plan serré, elle détaille dans une vidéo de cinq minutes, diffusée sur Facebook ce dimanche matin, ce qu’aurait vécu son fils, un Gilet jaune âgé de 27 ans, venu manifester lors de l’acte 10 du mouvement samedi 19 janvier à Rennes. Le rassemblement a été émaillé de heurts avec les forces de l’ordre.

    «  Je suis la mère d’un Gilet jaune qui a été blessé à la fin de la manifestation au moment où les gens commençaient à se disperser. Il était avec des amis autour d’un blessé, détaille la mère de famille. Ensemble, ils formaient un ruban de sécurité entre les pompiers et les manifestants. Ils ne représentaient aucun danger. Une grenade de désencerclement l’a atteint alors même qu’il tournait le dos à la charge des CRS.  »

    Ensuite, elle indique que son fils aurait été touché à l’œil «  par un tir de flash-ball  ». Selon nos informations, c’est un éclat de grenade lacrymogène qui a causé la blessure. (...)

    #maintien_de_l'ordre #violencespolicières



  • Solidarité mélancolique : la gauche et les « #gilets_jaunes », Michel Feher | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2019/01/21/solidarite-melancolique-gauche-gilets-jaunes

    Si toutes les composantes de la #gauche gratifient les « gilets jaunes » d’un franc soutien, la solidarité qu’elles leur témoignent s’accompagne d’une forme de mélancolie préventive. Sans doute l’histoire récente des résistances à l’ordre néolibéral n’incite-t-elle pas à un optimisme démesuré. En l’occurrence, toutefois, la crainte de l’épuisement ou même de l’écrasement du mouvement ne suffit pas à expliquer le spleen.

    De l’Assemblée nationale aux tribunes des journaux, bien rares sont aujourd’hui les voix de gauche qui ne se déclarent pas solidaires des « gilets jaunes ». L’hostilité de ce mouvement, réputé inédit, à Emmanuel Macron et à son monde a certes de quoi réjouir tout.e.s les réfractaires à la startup nation et au culte de l’attractivité financière. Reste qu’à la différence de l’#extrême_droite, qui attend patiemment de recueillir les bénéfices de l’impopularité du chef de l’État, l’opposition de gauche agrémente son soutien d’une profusion de commentaires. C’est qu’il s’agit pour elle de traduire les doléances des « gilets jaunes » en revendications compatibles avec ses propres orientations : non contente de relayer leurs demandes relatives à la justice fiscale, au pouvoir d’achat, aux dépenses contraintes et à l’écoute des citoyens, elle s’applique à les interpréter comme autant de plaidoyers pour la progressivité de l’impôt, la revalorisation des salaires, l’investissement dans les services publics et la revitalisation de la démocratie.

    #paywall...


  • Le revenu universel en Italie, plus si universel que ça
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/01/19/l-italie-adopte-une-version-amendee-du-revenu-universitael_5411565_3234.html

    Après des mois de fausses pistes et de ballons d’essai, de crises de nerfs et de menaces de rupture, le gouvernement italien est donc parvenu à s’entendre. Dans les prochaines semaines devrait ainsi entrer en vigueur le « #revenu_de_citoyenneté », engagement de toujours des 5 Etoiles. « C’est un rêve qui se réalise », a aussitôt triomphé le chef politique du mouvement, Luigi Di Maio, sans trop s’attarder sur les multiples amendements apportés à un projet qui n’a plus grand-chose à voir avec l’idée originale.

    Initialement voulu par le fondateur du mouvement, Beppe Grillo, comme la première étape vers le #revenu_universel, le revenu de citoyenneté se présentera comme une indemnité temporaire (pas plus de 18 mois, renouvelables une fois), obligatoirement associée à la recherche d’un emploi.

    Plus de dix ans en Italie
    Pour la percevoir, il faudra avoir résidé plus de dix ans en Italie (dont les deux dernières années), et déclarer moins de 9 360 euros annuels de revenus – 780 euros par mois, le seuil statistique de pauvreté en Italie. Son montant sera calculé par cellule familiale, et pourra aller jusqu’à 780 euros par mois (500 + 280 d’aide au logement) pour une personne seule, 1 330 euros pour une famille. Et il sera assorti de nombreuses décotes : selon ses concepteurs, 5 millions de personnes sont concernées, pour un effort total de 7 milliards d’euros par la communauté, ce qui revient à dire que le montant moyen de l’aide se montera à un peu plus de 100 euros par personne et par mois.

    De plus, la personne recevant cette aide devra accepter toute offre sérieuse de travail qui lui sera faite à moins de 100 kilomètres de chez elle. Au fil du temps, le rayon géographique s’étendra, jusqu’à atteindre 250 kilomètres au bout d’un an et demi, voire l’ensemble du territoire national dans les derniers mois.

    Enfin, pour répondre aux accusations de favoriser l’assistanat et le travail au noir, le gouvernement a assorti cette aide de nombreuses interdictions : ainsi, pour être éligible, il ne faudra pas avoir acheté une voiture neuve dans les six derniers mois, ni posséder une grosse cylindrée ou un bateau de trop grande taille. Par ailleurs, les éventuels fraudeurs seront punis avec la plus grande sévérité : ils pourraient encourir « jusqu’à » six années de prison.

    La réforme des #retraites devrait concerner 1 million de travailleurs

    Comparée a cette mesure incroyablement complexe, supposant l’existence dans tout le pays de centres d’aide à l’emploi dignes de ce nom, la réforme des retraites annoncée au même moment en conseil des ministres est d’une simplicité biblique. Selon le dispositif « quota 100 », toute personne âgée de plus de 62 ans et ayant cotisé trente-huit années pourra partir à la retraite dans les prochains mois. Pour le gouvernement, la mesure devrait concerner 1 million de travailleurs, et libérerait instantanément 1 million de postes de travail, aussitôt pourvus, et elle ne coûtera pas plus de 4 milliards d’euros cette année – un chiffre considéré comme très inférieur à la réalité par de nombreux experts.

    Attaché à démontrer aux marchés que ces mesures n’entraîneront pas une explosion des déficits, Giuseppe Conte a assuré que la mise en place de ces dispositifs ne nécessiterait pas de loi de finances rectificative. Pourtant rien n’est moins sûr, alors que le budget italien est sous la surveillance de Bruxelles et que la conjoncture italienne s’est, ces derniers mois, dégradée de façon spectaculaire.

    Alors que le pays semble techniquement entré en #récession (le troisième trimestre de 2018 a été négatif et les estimations pour la fin de l’année sont très pessimistes), le 1 % de progression du PIB prévu en 2019 semble hors de portée. Vendredi, la banque d’Italie a révisé à la baisse ses prévisions de croissance, estimées désormais à 0,6 %. Cette annonce a fait bondir Luigi Di Maio, qui a aussitôt dénoncé les « estimations apocalyptiques » d’une institution « qui se trompe depuis des années ».

    Le ministre du travail et du développement économique a d’autant moins intérêt à tenir compte des avertissements de l’institution que pour eux, l’essentiel est ailleurs : le revenu de citoyenneté doit entrer en vigueur, coûte que coûte, en avril. Pour qu’il puisse commencer à être perçu avant les élections européennes.


  • Les #médias n’ont pas été à la hauteur du mouvement des #gilets_jaunes - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2019/01/18/les-medias-n-ont-pas-ete-a-la-hauteur-du-mouvement-des-gilets-jaunes_1703

    La #presse semble s’habituer à tout ! On a une presse incapable de dénoncer clairement ce qui est inadmissible. On l’a vu sur la vidéo des lycéens agenouillés. A force, la vidéo devient juste « choquante », puis juste « polémique ». Il y a là au mieux un manque d’analyse #politique, au pire une #complaisance envers le #pouvoir, qui substitue une réponse policière et judiciaire à une réponse politique attendue et désirée, qui serait à la hauteur des enjeux de ce mouvement populaire. Plus de 5 000 gardes à vue, plus de 200 peines de #prison, près de 100 blessés graves.


  • #Assemblée des #gilets_jaunes de la région #Occitanie
    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article953

    Le 9 décembre s’est tenu près de #Toulouse la 1re AG des gilets jaunes de la région Occitanie. L’appel laissait entendre une élection probable de représentants du mouvement. C’est donc avec suspicion que nous nous y sommes rendus. Car c’est bien là l’une des forces de cette révolte que d’être insaisissable pour le pouvoir, fluide, liquide. Sans représentant ou leader avec qui dialoguer, corrompre ou acheter, le gouvernement se trouve être totalement désorienté. Il était donc pour nous important pour des raisons de court et long terme, que les GJ conservent l’horizontalité qui leur avait jusqu’alors si bien réussi.

    Craignant une tentative de récupération de la part des organisateurs, nous fûmes très rapidement rassurés. L’animateur de cette réunion fît rapidement part de ses préoccupations et explicita ses interrogations : il n’envisageait son rôle que pour permettre aux différents gilets jaunes présent (je dirai à peu près 400 personnes) de s’exprimer librement sur la nécessité ou non d’organiser le mouvement, et ce avec ou sans représentant. Lui même ne désirant en rien être élu comme représentant ou quoi que soit d’autre.

    S’en suivi une série d’interventions de nombreux individus, limitées à 2 minutes par personne, exprimant leurs points de vue sur les questions évoquées précédemment. La majeur partie des prises de parole fût d’une qualité remarquable, lucide et tombant sous le bon sens (chose que l’on ne retrouve au demeurant que rarement dans les milieux gauchistes), même dans mes rêve les plus doux je ne pus imaginer que la vox populi put posséder de telles harmonies.

    Chacune des déclarations suscitait des interrogations et des questionnements parmi le reste de l’assemblée. Chacun prenait alors progressivement conscience de la réalité et des enjeux. Comme dans tous processus révolutionnaires, l’esprit des individus asphyxié depuis des années semblait trouver un nouveau souffle, un désir et un appétit d’apprendre, de s’ouvrir à des nouveaux horizons. Il est fascinant de voir en l’espace de quelques instants les esprits s’élever et embrasser totalement, sans avoir jamais lu Bakounine ou Emile Pouget, les principes d’horizontalité et d’action directe.

    Il est vrai que lors de premières interventions certains des GJ présents avaient exprimé le désir d’avoir des représentants. Suite à ces débats furent organiser deux votes, l’un pour savoir si nous voulions nous organiser, l’autre pour savoir si nous voulions des représentants. A la première question près des deux tiers des individus présents répondirent que oui, à la seconde seulement 15 personnes sur les 400 que nous étions souhaitaient encore être représentés. Il a donc été convenu que nous nous organiserions sans chef et ce autour d’un socle de revendications.

    Pour reprendre les mots de l’organisateur qui avait conclu, nous pouvons dire que nous avons vécu les prémisses d’une vrai démocratie ! Ce fut un beau moment !

    Article d’@anarchosyndicalisme ! n°162 Spécial #gilets_jaunes
    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article943


  • Entretien avec un #gilet_jaune : à côté d’un #rond-point en Haute-Garonne

    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article952

    – Peux-tu nous expliquer comment es-tu arriver ici ?

    -J’étais au rendez-vous du 17/11/18 à 7h30 dans mon village, juste pour voir car j’y croyais pas trop et puis j’avais un peu peur de me retrouver dans un mouvement politisé ou d’extrême droite. Et puis on a bloqué les stations services, fait passer les gens gratuitement au péage,etc… toute la journée.

    Le lundi j’ai vu qu’un petit groupe était réuni sur le rond-point de l’entrée du village. Vu que je suis en convalescence, j’ai le temps en ce moment et donc je me suis arrêté discuter. Puis le lendemain pareil et c’est comme ça qu’on a commencé à s’installer sur le rond-point.

    – Y avait-il une cabane aussi sur le rond-point ? (délogés du rond-point par la gendarmerie juste avant les vacances de Noël, ces Gilets Jaunes se sont ré-installés en face du rond-point)

    - Oui, même 2 ! Lorsqu’il a commencé à pleuvoir, avec les moyens du bord, ce qu’amènent les gens (palettes, planches, bâches,…) on avait construit 2 abris sur le rond-point. Quand ils nous ont obligé à tout démonter, on s’est organisé pour garder une partie du matériel et le reste on l’a brûlé sur place. Pendant que certains surveillaient ce feu de la honte, les autres sont allé à la mairie. Quatre ont été reçus par la maire pendant qu’on attendait tous devant. Elle a accordé qu’on s’installe dans un bout du parking en face du rond-point. Le problème c’est que c’était un peu loin du passage des voitures, alors il y en a qui sont allé au cadastre et on a contacté les propriétaires du terrain juste en face du rond-point. Et comme ils soutiennent les Gilets Jaunes, ils nous ont donné leur accord pour faire ce qu’on voulait dessus. Et voilà aujourd’hui la superbe cabane qui est devant tes yeux !

    – De quoi discutez-vous sur ce lieu ? De politique ? De la gestion du quotidien ?

    - On discute de tout ! De politique, oui, mais la vraie, pas la politique politicienne. On discute de la galère pour tenir jusqu’au mois suivant pour la plupart d’entre nous, du fait que les quelques plus riches du pays détiennent presque toutes les richesses, de nos revendications, d’une vraie démocratie qui permettrait sans doute de résoudre une grande partie de ces problèmes.
    La démocratie directe, on en parle mais on essaye aussi de l’appliquer : dans la gestion du lieu, dans les décisions d’actions ou dans les réunions. Je pense, et on est nombreux dans le groupe à le penser, qu’il ne faut pas de représentants, juste des portes-paroles, quand il y en a besoin, qui ont un mandat pour des choses précises décidées tous ensembles et pour une durée limitée. Et ces mandatés ne doivent pas être toujours les mêmes.

    – Comment ça se passe une journée/soirée type ?

    - Les premiers qui arrivent le matin envoient un post sur le groupe facebook s’il y a besoin de monde ou de quelque-chose en particulier (café, palettes,…) puis après il y en a qui restent presque toute la journée, d’autres qui passent 20 minutes ou 4 heures en fonction de leurs possibilités, ça tourne…

    Des gens qui ne peuvent pas passer du temps avec nous nous amènent de la bouffe ou toute autre chose qui peut nous servir, beaucoup klaxonnent, une mamie nous prépare de bons plats,… il y a un vrai soutient d’une bonne bonne partie de la population, même si nous aimerions qu’il y ait encore plus de monde qui s’arrête et contribue.

    Le soir, on a décidé d’arrêter le bruit et la musique à 22h pour ne pas déranger le voisinage et risquer une plainte, sauf à Noël et le 31/12 où plusieurs d’entre nous ont fait la fête ensembles.

    Sinon en semaine on discute, on améliore le lieu, on s’occupe de la logistique et parfois on distribue des tracts (revendications des Gilets Jaunes).
    On compte certainement faire quelques actions aussi mais ça on va en discuter vendredi en réunion.

    Et le week-end, surtout le samedi c’est mobilisation maxi : Une partie d’entre nous « montent » à Toulouse pour la manif, les autres font des actions ici (filtrage péage gratuit, distribution des tracts, opérations escargot,…).

    – Et tout cela, ça crée du lien je suppose ?

    - Oui, il y a une solidarité, une entraide qui s’est instaurée entre nous. On est un peu comme une famille qui fonctionne plutôt bien. Il y en a qui proposent de garder les enfants de ceux qui partent en manif, des qui donnent des choses dont ils ne servent plus à d’autres qui en ont besoin ou encore d’autres qui proposent leur aide quand ils savent que l’un d’entre nous a une galère.

    – Avez-vous eu des problèmes avec la police ?

    - Dans l’ensemble, ici, les gendarmes ne sont pas trop embêtants… bon quand ils ont des ordres, forcément, ça se passe moins bien, mais ça pourrait être pire. On sait qu’ils ne peuvent pas être de notre côté de par leur fonction, même si certain disent être d’accord avec nos revendications ou ont leur femme qui participent au mouvement. Les CRS, que ce soit en manif ou aux péages, ça rigole moins…
    Tout est question de rapport de force de toute façon, c’est pour ça qu’il faut continuer à se mobiliser au maximum.

    Par contre on est conscient que la répression est féroce et inadmissible ; que les morts, blessés, mutilés, incarcérés sont le fruit d’une dictature qui ne se cache même plus. L’un d’entre nous (des plus pacifistes) s’est fait jeter en garde à vue lors d’une manif à Toulouse. Le lendemain, nous étions devant le commissariat central pour réclamer sa libération. Ils l’ont relâché mais il passera en procès pour n’avoir rien fait d’autre que manifester… le même jour on a eu une blessée par flash-ball ; là non plus elle n’avait rien fait. On commence à avoir la haine et notre détermination ne s’en trouve que renforcée.

    – Et maintenant ?

    - On continue le combat ! Il faut continuer à s’organiser, toujours sans chef. Il faut continuer la mobilisation jusqu’à la destitution de Macron et l’obtention de nos revendications. Et même après il faudra rester conscients car l’éveil du peuple est nécessaire pour le futur de nos enfants. Il ne faut plus attendre quoi que ce soit de dirigeants, ces oligarques.
    C’est en décidant nous même de notre avenir qu’on sauvera la planète.
    On lâche rien !!!

    Article d’@anarchosyndicalisme ! n°162 Spécial #gilets_jaunes
    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article943


  • Intéressant : à #Montpellier, demain, les Gilets Jaunes commencent à la Paillade, « à la rencontre des habitants ». (La Paillade, rebaptisée Mosson, c’est le grand quartier populaire avec ses barres d’immeubles de la fin des années 60, dans l’ouest de la ville.)
    https://www.midilibre.fr/2019/01/18/gilets-jaunes-pour-lacte-x-les-prefets-de-lherault-et-du-gard-prennent-des

    Montpellier - Plusieurs points de rassemblements sont annoncés à Montpellier. Aux Halles de la Paillade, vers 13 h 30, où des « gilets jaunes » vont à la rencontre des habitants pour évoquer cahiers de doléances et référendum d’initiative citoyenne.