• Carte Vitale (et CPS) sur smartphone : une évolution d’allure anodine et branchée pour une mutation réelle en tout point catastrophique
    https://www.medshake.net/blog/a412/carte-vitale-et-cps-sur-smartphone-une-evolution-allure-anodine-et-branche

    D’abord je vais vous expliquer ce qui me choque basiquement dans cette évolution : c’est le fait de transférer le coût de la production de cartes à puce (Coût de revient à l’unité ? Quelques euros ? Quelques centimes d’euros ?) d’une dépense collective mutualisée au niveau d’un état vers un coût supporté uniquement par l’individu concerné. Et quel coût ! Le prix d’un smartphone n’est pas exactement celui d’une carte à puce.
    Sa fréquence de renouvellement n’a d’ailleurs rien à voir.
    Et ne parlons pas du coût écologique : le facteur pour le même service rendu est probablement astronomique.
    Voilà pour ce premier point qui devrait déjà en lui seul faire renoncer à un tel projet.

  • Le pouvoir à toujours raison,

    Colombie : Des dizaines de milliers de manifestants contre le gouvernement conservateur
    https://www.20minutes.fr/monde/2657399-20191122-colombie-dizaines-milliers-manifestants-contre-gouverneme

    Plus d’un million de personnes selon les organisateurs, et 207.000 d’après la police, ont protesté contre la politique libérale et de sécurité du président Ivan Duque

  • L’aide et l’action sociales en France - édition 2018 - Ministère des Solidarités et de la Santé
    https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/publications/panoramas-de-la-drees/article/l-aide-et-l-action-sociales-en-france-edition-2018

    L’aide et l’action sociales en France représentent 10 % des dépenses de protection sociale et 3,2 % du produit intérieur brut. Elles sont principalement gérées par les départements. Fin 2016, ces derniers octroient 4,1 millions de prestations d’aide sociale, pour une dépense annuelle nette de 37 milliards d’euros, un montant qui a progressé de 2 % en un an et de 13 % en cinq ans.

    Sont définis et décrits le périmètre de l’aide et l’action sociales, le financement et le personnel dédié à l’aide sociale départementale. Puis, chaque type d’aide est analysé pour les personnes âgées, les personnes handicapées, l’aide sociale à l’enfance et l’insertion.

    L’ouvrage expose les caractéristiques des bénéficiaires de l’aide sociale et la répartition des dépenses associées et propose des rétrospectives et des mesures des disparités territoriales. Cette nouvelle édition s’enrichit d’une étude de l’action sociale des communes et des intercommunalités.

  • Hydrogène renouvelable : la Bretagne veut doper sa filière
    https://www.latribune.fr/regions/bretagne/hydrogene-renouvelable-la-bretagne-veut-doper-sa-filiere-833687.html


    Le catamaran Energy Observer, propulsé aux énergies renouvelables, poursuivra sa route jusqu’en 2022.
    Crédits : Jérémy Bidon/Energy Observer Developments

    Cent quatre-vingt-dix acteurs engagés dans des projets de production et d’usage d’hydrogène vert ont été identifiés en Bretagne. Pour accompagner cette filière, la Région émettra une feuille de route courant 2020.

    En juillet dernier, Energy Observer, le premier navire à hydrogène décarboné (pas issu du pétrole ou du gaz naturel), mis au point à Saint-Malo, a lancé sa filiale, Energy Observer Developments. Objectif : déployer de l’hydrogène propre sur l’ensemble du territoire, en particulier maritime, et recruter à terme 200 techniciens et ingénieurs.

    Outre l’odyssée pour le futur que le navire accomplira jusqu’en 2022, ce projet positionne Energy Observer parmi les 190 acteurs recensés sur le territoire breton. Dévoilée en octobre par la Région Bretagne, son agence économique Bretagne Développement Innovation (BDI) ainsi que l’Ademe, une étude établit les potentiels bretons de production et d’usage de l’hydrogène « vert » à l’horizon 2050.

    Localement, des écosystèmes associant territoire, infrastructures et usages se mettent en place. Dans le cadre de sa Breizh COP, la Région souhaiterait donc structurer cette filière afin de développer l’hydrogène renouvelable pour sa transition énergétique. En matière de transports notamment. « En Europe, la Bretagne est l’une des rares régions en mesure de bâtir une véritable filière, analyse André Crocq,...

    #paywall

    • Hydrogène. « Un potentiel énorme en Bretagne » - Hydrogène : le pétrole vert de la Bretagne - LeTelegramme.fr
      https://www.letelegramme.fr/dossiers/hydrogene-le-petrole-vert-de-la-bretagne/hydrogene-un-potentiel-enorme-en-bretagne-27-10-2019-12419190.php

      Christophe Le Visage, expert en énergies marines et membre d’ERH2 Bretagne, estime que la Bretagne possède un potentiel énorme de production d’hydrogène à partir d‘éolien flottant.

      Quelle est l’ampleur d’un tel potentiel ?
      Il faut d’abord préciser que les énergies marines sont une réponse potentielle à tous les besoins énergétiques de l’humanité. L’océan est, en effet, le plus gros capteur solaire du monde, ce qui génère des vagues, des courants, du vent et de la chaleur, soit une énergie faramineuse et inépuisable, représentant chaque jour plus de 2 000 fois nos besoins. De par sa surface maritime et sa situation à la pointe occidentale, la Bretagne recèle un potentiel supérieur à ses besoins, l’un des plus importants d’Europe, avec notamment de vastes zones ventées que l’on pourrait exploiter à 40-50 kilomètres au large des Côtes-d’Armor, du Finistère-sud ou du Morbihan.

      De quelle façon ?
      L’hydrolien est compliqué et son potentiel limité. On ne sait pas encore domestiquer la houle ni les vagues. La chaleur est sous les tropiques… À court terme, la valorisation des énergies marines passe donc essentiellement par la production électrique par l’éolien flottant. Transformée en hydrogène, qui présente l’énorme avantage de pouvoir être stocké, cette énergie pourrait même, dans le futur, alimenter directement des bateaux fonctionnant avec des piles à combustible à partir de plateformes de production en mer. En effet, le transport maritime vise à long terme le « zéro émission », et l’hydrogène est une option sérieuse. Dans les dix-vingt ans, la Bretagne pourrait ainsi devenir une grosse station-service en hydrogène pour les navires de passage.

      Quels sont ou pourraient être les freins ?
      Techniquement, on sait faire, qu’il s’agisse d’éolien ou d’hydrogène. Le partage de l’espace maritime, notamment avec les pêcheurs, n’est pas un problème insoluble. En revanche, le frein pourrait être politique. Il faudra, en effet, une stratégie ambitieuse si l’on veut développer les énergies renouvelables, et notamment une filière hydrogène. Car cela pourrait remettre en cause le système français actuel de production et de distribution centralisées d’électricité et de gaz. C’est une vraie révolution, un changement de paradigme qui impose un débat de fond sur la mobilité et les énergies au lieu de décisions prises sans vrai débat, comme c’est trop souvent le cas en la matière.

    • Hydrogène. Le « pétrole vert » de la Bretagne - Hydrogène : le pétrole vert de la Bretagne - LeTelegramme.fr
      https://www.letelegramme.fr/dossiers/hydrogene-le-petrole-vert-de-la-bretagne/hydrogene-le-petrole-vert-de-la-bretagne-27-10-2019-12419183.php


      Jo Brohan, président de Morbihan Énergies, est un partisans convaincu de l’hydrogène.L’auto à pile à combustible hydrogène du syndicat a parcouru 30 000 km en deux ans.
      Photo Hervé Queillé

      C’est parti. Américains, Japonais, Chinois et… Français, tous se lancent dans l’hydrogène « vert » puisqu’il faut de l’électricité pour le produire. Forte de son énorme potentiel en énergies marines renouvelables, la Bretagne pourrait devenir l’un des producteurs mondiaux d’hydrogène « écolo ». Pour Morbihan Énergies, c’est même déjà une réalité.
      « Je roule avec le soleil du Morbihan et je ne rejette que de l’eau ». Ce joyeux slogan, affiché sur une Hyundai à hydrogène, témoigne à la fois de l’engagement et de la méthode douce choisie par le syndicat départemental d’énergies du Morbihan pour promouvoir cette énergie écologique. Écologique, « à condition qu’on le fabrique à partir d’énergies renouvelables », souligne, avec conviction, Jo Brohan, président de Morbihan Énergies.

      Issu des énergies renouvelables
      Il y a six ans, le syndicat commence par financer l’installation de bornes de recharge électrique dans 200 communes. « Il fallait rassurer les gens, qu’ils aient l’assurance de ne pas tomber en panne sèche en pleine campagne », insiste Jo Brohan. La création de trois stations-service de gaz naturel (à Vannes, bientôt Pontivy puis Lorient) répond, elle, à la volonté de favoriser les livraisons en centre-ville en réduisant les émissions de particules. Quant à l’hydrogène, « on se demandait que faire du surplus d’électricité produit par la toiture de notre siège, explique le président de Morbihan Énergies. La solution était de la stocker en fabriquant de l’hydrogène ». Un électrolyseur est donc installé sur le site vannetais en 2017.

      L’hydrogène produit alimente ainsi la Hyundai acquise par le syndicat. L’auto a déjà parcouru 30 000 kilomètres pour sensibiliser entreprises, collectivités et particuliers. « On la prête dès qu’on peut ». L’essai est convaincant : l’auto est aussi silencieuse et performante qu’un véhicule électrique animé par des batteries mais offre les avantages d’être rechargeable en cinq minutes, d’avoir une autonomie moyenne de 500 kilomètres et de n’avoir qu’une seule batterie tampon. D’où un gain de poids et un impact écologique moindre.

      Une station-service à Vannes
      Mais cette auto n’est qu’une vitrine, un premier pas vers un usage généralisé de l’hydrogène « vert ». Morbihan Énergies va créer une station-service à Vannes, en partenariat avec Michelin, qui a une usine toute proche, et Engie. « Le manufacturier a besoin d’hydrogène dans son process de fabrication. Plutôt que d‘en faire venir par camions des raffineries, comme aujourd’hui, autant le produire sur place de façon verte et également d’en faire profiter les automobilistes ».

      Car les automobilistes pourront bénéficier d’aides à l’achat de véhicules grâce au label « Territoire d’hydrogène », octroyé par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Ce qui permet aussi l’octroi de subventions pour la création d’unités de production. Le syndicat travaille, en effet, avec des industriels, des entreprises, des collectivités et des chercheurs sur de petites unités de fabrication d’hydrogène à partir de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes. Des ombrières sur les parkings pourraient ainsi alimenter en hydrogène la ligne ferroviaire Auray-Quiberon. À plus long terme, l’ambition est d’assurer les liaisons entre les îles du golfe du Morbihan avec des bateaux à hydrogène.

      Territoire d’innovation
      Mais, aussi prometteur que soit ce combustible, cette transition énergétique ne passera que par l’adhésion de la population, assure le président de Morbihan Énergies. « Par exemple, l’éolien a mauvaise presse. Mais si on démontre qu’on est autonome au bénéfice du territoire et que ce n’est pas pour faire du fric, ce sera différent. Tout est affaire de pédagogie ». Il en faudra aussi pour convaincre que l’hydrogène n’est pas dangereux. Pas plus, en tout cas, que les millions de véhicules qui roulent tous les jours avec une « bombe » à bord : le réservoir d’essence ou de gazole.

      Quoi qu’il en soit, le syndicat va bénéficier de moyens supplémentaires pour remplir sa mission de « passeur » d’hydrogène. Il vient d’être retenu par le gouvernement comme l’un des 24 territoires d’innovation, un programme de 150 millions d’euros de subventions et de 300 millions d’investissements.

      Un plan breton hydrogène 2030
      Plus spécifiquement, l’ex-ministre Nicolas Hulot a lancé un plan national hydrogène en juin 2018 (†) . Objectif : 10 % d’hydrogène français à partir d’énergies renouvelables pour 2023. La Région Bretagne, de son côté, vient de mettre à l’étude un plan hydrogène 2030. Des initiatives que salue Bruno Mansuy, président d’ERH2 Bretagne, cluster associant chercheurs et entreprises pour la promotion et le développement de l’hydrogène et des piles à combustibles. « Depuis dix ans, nous sensibilisons politiques et industriels bretons à l’hydrogène et cela semble porter ses fruits. Nous espérons que de nombreux projets voient le jour d’ici peu ».
      En tout cas, dès la fin 2020, à Vannes, on pourra remplir son réservoir d’hydrogène breton vert. Le début d’une révolution énergétique qui dépasse le domaine des mobilités : « L’intérêt principal, à terme, est que l’Europe s’affranchisse des produits pétroliers et gaziers importés en produisant de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables sur son territoire », souligne Bruno Mansuy.

      (†) Des programmes européens existent depuis 2002.

  • #MeToo doit éviter le féminisme carcéral – Alex Press – solitudes intangibles
    http://solitudesintangibles.fr/metoo-doit-eviter-le-feminisme-carceral-alex-press

    La question de la répression pénale des violences sexuelles constitue un enjeu clivant des débats féministes. Nous avons récemment republié le texte classique de Martine Le Péron « Priorité aux violées » (1978) qui défend la pénalisation du viol au nom de la solidarité entre femmes et de l’opportunité que fournissent les procès de violeurs pour déconstruire publiquement les mythes sous-tendant le viol. En contrepoint à ce dernier, nous publions le texte suivant d’Alex Press, dont le positionnement ne doit pas forcement être interprété comme étant antagoniste à celui de Le Péron, qui défend l’idée que le mouvement féministe doit se concentrer sur des revendications de justice sociale et ne pas tomber dans le piège d’un « féminisme carcéral » qui situe le combat contre les violences sexuelles sur le terrain d’une justice pénale et d’une volonté répressive qui perpétuent le système inégalitaire fragilisant les femmes en premier lieu.

    #féminisme

  • Internet coupé en Iran : « Le niveau de sophistication de ce blocage est une première »
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/11/20/internet-coupe-en-iran-le-niveau-de-sophistication-de-ce-blocage-est-une-pre

    Face aux manifestations en cours, le régime a décidé d’empêcher brutalement les Iraniens d’accéder au réseau mondial. Une mesure rendue possible par l’architecture même du réseau iranien, explique la chercheuse Frédérick Douzet. Depuis le 16 novembre, l’Iran a procédé à une coupure sans précédent d’Internet. Afin de lutter contre les manifestations en cours dans le pays, le gouvernement iranien a fait savoir, mardi 19 novembre, qu’il ne souhaitait pas que le réseau Internet soit « utilisé à mauvais escient » (...)

    #censure #surveillance #web

  • Marquer les chairs et les esprits
    Un podcast documentaire en 2 parties de Violette Voldoire et Tristan Goldbronn pour Radio Parleur

    Partie 1 : https://radioparleur.net/2019/11/18/blesse-manifestation-violences-policieres-gilets-jaunes
    https://file.ausha.co/WBY77fGI6VoU4cPuMd1nYXtVzsgwkE33MiVz8Ye8.mp3?token=P3Ni7S2M8cWoIw5StvnYVg

    Partie 2 : https://radioparleur.net/2019/11/22/gilets-jaunes-violences-policieres-marquer-les-chairs-et-les-esprits-p
    https://file.ausha.co/wv13hSojwdhIpgjgFVuG4ywFud8lEy0j3IwQrXD2.mp3?token=7NKwni7uzP37sl0jTueN8A


    (photos : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur)

    Pour la première partie, le micro est tendu aux mutilé-e-s, comment ils ont vécu le choc, comment il cicatrisent ou non, comment certains s’organisent, aussi, désormais, contre les violences policières :

    David Breidenstein, blessé le 16 mars 2019, Gwendal Leroy, blessé le 19 janvier 2019, Xavier, blessé le samedi 20 avril 2019, Alain Hoffmann, blessé le 1er décembre 2019, et Laurent Théron, blessé le 15 septembre 2016. Cinq récits sur ce tir qui a brisé quelque chose en eux, en l’espace d’un éclair. Aujourd’hui ils se reconstruisent. Certains tentent le retour à la normale. D’autres le combat politique qui donne une épaisseur à ce trauma qu’ils surmontent.

    Dans la seconde partie il est plus questions des armes, et de la terreur, aussi. Attention, un passage est particulièrement difficile à écouter...

    Il vaut mieux aller écouter ça directement sur le site qui contient beaucoup de liens-ressources en plus des documents sonores.

    #violences_policières #maintien_de_l'ordre #mutilé-e-s_pour_l'exemple

  • Sur Google et Facebook, il est possible de retrouver une voiture par sa plaque d’immatriculation
    https://www.bfmtv.com/tech/sur-google-et-facebook-il-est-possible-de-retrouver-une-voiture-par-sa-plaque

    Google Images indexe les photos de voitures par plaque d’immatriculation. Même constat sur Facebook, où la recherche de certaines plaques permet de remonter jusqu’à l’identité du propriétaire du véhicule. Les logiciels de reconnaissance d’image de Google s’affinent toujours plus. Tant et si bien que le répertoire d’images de Google, Google Images, indexe désormais des véhicules en fonction de leur plaque d’immatriculation. Il suffit ainsi d’entrer le numéro de plaque d’une voiture pour vérifier si elle (...)

    #Google #GoogleMaps #GoogleStreetView #Facebook #algorithme #immatriculation #reconnaissance (...)

    ##©olocalisation

  • Les gilets jaunes face à la stratégie de la #peur de Macron | ICI Radio-Canada.ca
    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1390245/dufresne-entrevue-gilets-jaunes-violence-police-france

    j’entends plein de gens dire « à un moment donné, j’ai arrêté, j’ai eu trop peur, j’ai eu peur pour mon œil, j’ai peur pour ma main, j’ai peur pour mes enfants ». Ce qui est sidérant quand même. Il faut entendre cette peur-là. La France ne peut pas répéter au monde entier qu’elle est la patrie des droits de l’homme et dans le même temps piétiner à ce point les libertés individuelles, les libertés publiques.

    Ce qui fait en sorte que ce peuple français qui a l’habitude de manifester, désormais, il a peur.

  • Leur #cité va craquer

    Si vous allez à #Air_Bel, on vous racontera l’#eau_contaminée, l’#habitat plus qu’indigne, les bailleurs sociaux qui camouflent les problèmes et la mairie qui s’en fout. 6 900 habitants, 1 200 #logements_sociaux, une #pauvreté structurelle mais une furieuse envie de prendre les choses en main. Reportage dans les quartiers Est de #Marseille.


    http://cqfd-journal.org/Leur-cite-va-craquer
    #France

  • A priori, la plupart des gens seront d’accord pour dire que la pédocriminalité est une horreur, qu’ils sont résolument choqués par le viol et qu’ils condamnent avec la plus grande fermeté les violences sexuelles.

    En même temps, le film de Roman Polanski, J’accuse, fait le troisième meilleur démarrage de l’année pour un film français.


    On va arrêter de tourner autour du pot, de couper les cheveux en quatre, de se triturer les neurones. Ce succès signifie une chose toute simple : la plupart des gens s’en contrefoutent des violences sexuelles. Pour beaucoup de gens, la pédocriminalité, ou l’hébécriminalité, ce n’est pas grave. On peut violer une fille de 13 ans. Elle l’aura bien cherché d’une manière ou d’une autre.

    Bien sûr, ils ne le formulent pas comme ça. Ils sont sans doute nombreux à affirmer qu’on ne sait pas ce qu’il s’est vraiment passé. Qu’ils ne sont pas juges. Ils laissent la place au doute, et le doute bénéficie à l’accusé. Sauf que Polanski n’a jamais nié les rapports sexuels avec Samantha Geimer. Rappelons que, en l’occurrence, on parle non seulement d’un rapport vaginal mais également anal. On parle de sodomiser une fille de 13 ans. Je vois mal comment on peut soutenir qu’elle en avait vraiment envie. Quand les faits avérés sont : une pénétration anale sur une fille de 13 ans à qui l’on a filé des barbituriques et de l’alcool, j’ai un peu de mal à situer le doute.

    Ah oui, mais les gens, ils ne savent pas ça, ils ne sont pas au courant de ces détails.
    Bah non. Pour une raison toute simple : ça ne les intéresse pas. Ils ne veulent pas les connaître, ces détails. La vérité, c’est qu’ils veulent pouvoir aller voir un bon film tranquillou. Alors franchement, les violences sexuelles versus un bon film… Bah, c’est le bon film qui l’emporte. Et ça, ça veut dire qu’ils s’en foutent des viols perpétrés à l’encontre des jeunes filles. On peut leur expliquer que Polanski n’a pas nié les faits, on peut leur sortir une vieille interview vidéo dans laquelle il évoque son attirance pour les jeunes filles de 14 ans de manière totalement décomplexée. On peut leur donner la liste de celles qui se disent victimes, douze au total quand même.

    Ils s’en foutent.

    Dans le fond, je suis convaincue qu’ils s’en foutent même de la présomption d’innocence. Elle ne leur sert que de parapluie. Ils ont envie de voir ce très bon film qui a des très bonnes critiques. Pourquoi donc ils se priveraient de deux heures et douze minutes de plaisir cinématographique ? Tout le reste, ça ne les concerne pas.

    Il faut se regarder en face deux secondes et admettre la vérité : on s’en fout des viols. Enfin… ça devient très grave –à condition qu’il s’agisse d’un réalisateur moyen. En matière de pédocriminalité, on n’a pas le droit à la médiocrité. Faut pas déconner, ça se mérite le droit de violer. Mais un grand réalisateur, bah il a le droit. C’est tout. Le plaisir qu’on va tirer à regarder un film se situe bien au-dessus de nos soi-disant valeurs absolues selon lesquelles le viol, notamment sur mineure, c’est très mal.

    Ces gens me rappellent la réaction de certains catholiques face aux viols dans l’Église. Pour eux, la religion et l’Église sont des valeurs absolues, et ça leur est extrêmement difficile d’affronter les révélations des victimes. Le prêtre accusé est toujours décrit comme tellement gentil, serviable etc. Qu’est-ce qu’on peut se moquer de ces gens, les tourner en ridicule parce qu’ils sont obtus, aveugles, de mauvaise foi, qu’ils refusent de voir l’évidence, leur prêtre est pourri, leur Église est pourrie, c’est tout. Mais quand votre religion, c’est l’art, quand vos prêtres sont les artistes (et je n’écris rien de très neuf, le critique Paul Bénichou l’a analysé dans Le sacre de l’écrivain, et cela s’applique parfaitement aux cinéastes), eh bien là, brusquement, on a droit à des discussions quasi théologiques sur la suprématie de l’art, sur l’homme et l’artiste qu’il faudrait distinguer –soit, grosso modo, l’ancienne dichotomie entre l’âme et la chair. La chair est faible, mais l’âme est belle.

    Ce que dit de nous l’affaire Polanski, c’est qu’on s’en branle des violences sexuelles. Malgré tous nos beaux discours, la main sur le cœur, l’air dégoûté par ces monstres, en réalité, ça ne nous dérange pas tant que ça. Ça ne nous empêche ni de dormir, ni d’aller au cinoche. Tant qu’il ne s’agit pas de nos propres filles, évidemment.

    Les violences sexuelles sont partout dans notre société, à un degré sans doute largement sous-estimé, et quand on voit l’état actuel de l’affaire Polanski, on ne peut plus s’en étonner. Les violences sexuelles sont partout, parce qu’on les tolère, parce qu’on est complètement prêts à négocier avec elles, à négocier même une place de cinéma. Comme le faisait remarquer je ne sais plus qui sur Twitter, il faut peut-être différencier l’homme de l’artiste, mais ils ont tous les deux le même compte en banque. Eh bah, c’est pas grave.

    Dans notre société, on peut gagner le droit de violer. Il y aura toujours une pléthore de personnes pour vous trouver des excuses, pour minimiser, pour chipoter. On n’a qu’à dire qu’elles mentent toutes, qu’à 13 ans on peut parfaitement avoir très envie de se faire sodomiser par un homme de 43 ans, que de toute façon il a lui-même tellement souffert que ça lui donne bien le droit de s’autoriser quelques plaisirs, que c’était une autre époque (une époque où, malgré tout, le soir même, Samantha Geimer écrit dans son journal « il m’a violée, merde ! »), que ce qui compte vraiment, c’est l’art, ce sont les films, que tout ça, c’était il y a tellement longtemps, que ce sont de vieilles histoires.

    Ce qui n’est pas une vieille histoire, ce qui est extraordinairement d’actualité, c’est la culture du viol dans laquelle baigne notre société, cette culture que Valérie Rey-Robert a décryptée. Le présent, c’est notre infinie indulgence envers ces violences.

    Pourquoi pas ? Mais arrêtons d’être hypocrites. Assumons. Disons clairement les choses : dans notre culture, le viol est excusable. On ne demande pas aux hommes de ne pas violer. On leur demande de faire de belles œuvres. Pleines de sensibilité et d’intelligence. C’est notre valeur absolue à nous. On placera toujours la parole de l’accusé au-dessus de celle de la victime, tant pis pour elle, tant pis pour nous toutes et tous qui vivons dans cette société destructrice.

    Chez nous, mesdames et messieurs, l’art autorise tout. Amen.

    Titiou Lecoq pour Slate.fr
    #violophilie #culture_du_viol #déni

  • Jérôme Sainte-Marie : « Le conflit des “gilets jaunes” a réveillé dans l’opinion un imaginaire de lutte de classes »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/11/15/jerome-sainte-marie-le-conflit-des-gilets-jaunes-a-reveille-dans-l-opinion-u
    « Gilets jaunes » sur l’A10 à Virsac (Gironde), le 18 novembre 2018. NICOLAS TUCAT / AFP

    Pour le politiste, l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron aurait consacré l’avènement d’un nouveau clivage dans la société française entre un « bloc élitaire » et un « bloc populaire ».

    Politiste, fondateur de la société d’études Polling Vox, Jérôme Sainte-Marie vient de publier Bloc contre bloc, la dynamique du macronisme (éditions du Cerf, 284 pages, 18 euros).

    Vous affirmez dans votre essai que l’effacement du clivage gauche-droite a conduit à l’émergence d’un nouveau clivage entre un « bloc élitaire » et un « bloc populaire ». Qu’entendez-vous par là ?
    L’ancien clivage gauche-droite opposait deux grands « massifs » devenus très composites sociologiquement. Dans chaque camp, il y avait à la fois des éléments populaires, des classes moyennes et des bourgeois, ce qui obligeait à des compromis pour triompher au second tour. Ce système, affaibli par la poussée du vote lepéniste, a fini par apparaître dysfonctionnel, en ce sens qu’il ne permettait pas de donner à l’exécutif une base suffisante pour mener des réformes structurelles. Pour y répondre, Emmanuel Macron a proposé une triple réconciliation : politique, avec le rassemblement de gens de droite et de gauche ; idéologique, avec la fusion du libéralisme économique et culturel ; sociologique, avec la réunification de la bourgeoisie. C’est le socle du « bloc élitaire » qui mêle les 1 % des contribuables les plus fortunés, les cadres supérieurs du privé et du public, et nombre de retraités gageant leur sécurité financière sur l’ordre social.

    La rupture des équilibres politiques anciens aurait donc entraîné de nouvelles fractures sociales ?
    Macron, en se revendiquant du progressisme, que ses conseillers définissent comme la « maximisation des possibles », se situe dans un projet radical : loin d’être un simple catalogue de bons sentiments, ce concept correspond à une projection dans l’avenir débarrassée des limites au développement capitaliste que pouvaient constituer aussi bien la morale traditionnelle, chère à une partie de la droite, que les contraintes issues du mouvement ouvrier, chères à une partie de la gauche.
    Macron a donné une base sociale pertinente à un projet d’adaptation rapide de la France aux règles contemporaines du capitalisme mondialisé. Elle rassemble ceux qui en profitent le plus. Ce faisant, le progressisme macronien cristallise contre lui l’hostilité de toutes les catégories qui ne se reconnaissent pas dans ce projet, et favorise l’émergence d’un « bloc populaire » lui aussi de plus en plus cohérent d’un point de vue sociologique, idéologique et politique.

    Comment définissez-vous ce bloc populaire ?
    Il s’articule autour des actifs du secteur privé en position subalterne, qu’ils soient salariés ou indépendants, ceux qu’on appelle communément les travailleurs pauvres, augmentés d’une partie des classes moyennes modestes. On y retrouve la France populaire qui a voté « non » en 2005 (au projet de Constitution européenne). Ce bloc s’oppose trait pour trait au bloc élitaire, mais en moins abouti.

    Selon vous, l’avènement du « nouveau monde » aurait réveillé un vote de classe. Pourtant, les penseurs du macronisme affirment que jamais le comportement électoral n’a été aussi peu dépendant de la position sociale…
    Cette notion de classes sociales semblait être enfouie sous les décombres du mur de Berlin. Sa résurgence traduit un climat particulier en ce quinquennat. Quant au lien entre le vote et la profession, le statut et le revenu des électeurs, il est avéré et même toujours plus pertinent. Aux européennes, plus grande était la prospérité des électeurs, et plus souvent ils votaient pour la liste La République en marche-MoDem. La même relation, mais en sens inverse, s’observait pour la liste Rassemblement national (RN). L’expression de vote de classes convient. Bien entendu, les tenants du progressisme n’aiment pas trop que l’on rappelle son soubassement sociologique. Ils préfèrent parler de montée de l’individualisme, confondant l’image que les individus se font d’eux-mêmes avec la détermination réelle de leur comportement et de leur vote.

    A vous lire, le mouvement des « gilets jaunes » serait l’expression de cette « lutte des classes »…
    Ce conflit a réveillé dans l’opinion un imaginaire de lutte de classes. Il a dépassé de beaucoup ses revendications initiales. Et constitue une réponse spontanée à l’autonomisation des élites via le macronisme. Le soutien ou le rejet ont été socialement déterminés. La France d’en bas, précarisée, non syndiquée et faiblement intégrée aux institutions politiques, a pris conscience de son nombre et de sa force. Lorsqu’elle a voté en mai aux européennes, ce fut surtout au profit du RN. A l’occasion de cette crise, marquée par une détestation croisée, le bloc élitaire a gagné en cohérence mais il a constaté son isolement.
    Cette polarisation n’est-elle pas réductrice alors que d’autres observateurs, comme le politiste Jérôme Fourquet, décrivent plutôt une société française en pleine « archipélisation » ?
    Comme l’ancien clivage n’a pas entièrement disparu, on peut avoir l’impression d’une complexification du jeu. Il me semble à l’inverse qu’il tend à se simplifier en l’opposition d’un libéralisme multiforme à un souverainisme intégral.

    Ce clivage se traduit-il dans les urnes ?
    Les sondages indiquent que six électeurs sur dix choisiraient aujourd’hui, au premier tour de la présidentielle, soit Macron, soit Le Pen. Cette nouvelle conflictualité sociale permet à celle-ci de se désenclaver. A l’inverse, l’inévitable usure du pouvoir empêche celui qui serait alors le candidat sortant d’espérer retrouver son score de 2017 au second tour. La dynamique de ce quinquennat ouvre des perspectives politiques vertigineuses.

  • La France des ronds-points avant les « gilets jaunes », Joseph Confavreux
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/131119/la-france-des-ronds-points-avant-les-gilets-jaunes

    Le sociologue Benoît Coquard, qui travaille sur les milieux ruraux et les classes populaires, publie un livre faisant voler en éclats les idées reçues sur les campagnes en déclin et le prétendu repli de ladite « France périphérique ». Un livre qui éclaire aussi le soulèvement des « gilets jaunes », un an après son déclenchement.

    Dans la lignée du chercheur Nicolas Renahy qui avait consacré une enquête importante à la jeunesse rurale dont il était lui-même issu, avec son ouvrage Les Gars du coin, Benoît Coquard, sociologue à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) s’intéresse à un territoire qui l’a vu naître et qu’il a continué de parcourir après être devenu chercheur, en publiant Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin (La Découverte).

    Cette position singulière explique la précision de son regard sur des espaces au mieux ignorés, au pire méprisés comme « reculés et hors du temps », alors que s’y jouent pourtant certains des « grands bouleversements économiques et sociaux de notre époque ».
    Cela lui permet de s’émanciper des deux représentations dominantes des habitants de ces espaces ruraux en déclin : « Soit un récit misérabiliste du style de vie des prétendus “beaufs racistes” qu’on retrouve plutôt à gauche, soit une ode à ladite “France oubliée”, “périphérique”, qui incarnerait d’une certaine manière le “vrai peuple” à défendre, qu’on retrouve plutôt à droite. » Deux raisons principales à ces stéréotypes pour le chercheur : « Ces classes populaires sont particulièrement dominées (au sens sociologique) » et « elles sont dans tous les sens du terme, très éloignés de ceux qui parlent d’elles ».

    Faisant feu sur les amalgames dont atteste la notion de « France périphérique », mise en avant en particulier par l’essayiste Christophe Guilluy, mais sans pour autant se contenter de documenter les spécificités locales, Benoît Coquard ne cesse de s’étonner du mélange de dédain et d’ignorance qui pèse sur le monde rural. Ainsi, même la divergence croissante entre des milieux ruraux attractifs qui se repeuplent tandis que d’autres se dépeuplent et s’appauvrissent n’est que rarement prise en compte. Pourtant, juge le chercheur, « ne pas admettre cette division minimale, ce serait un peu comme réunir en une même catégorie Neuilly-sur-Seine et Aubervilliers au motif que ce sont deux villes de banlieue parisienne. Un tel amalgame n’aurait aucune chance de convaincre un auditoire et pourtant, lorsqu’il s’agit des villages et de bourgs méconnus, on peut se permettre de loger tout le monde à la même enseigne ».

    Quand le chercheur a commencé ses enquêtes en 2010 dans le Grand Est, on parlait peu de ces régions, que ce soit dans les médias ou dans la recherche. « Depuis, note-t-il, à cause des scores très importants de l’extrême droite et plus récemment du mouvement des gilets jaunes », cela a commencé à changer. Mais l’histoire des espaces ruraux en déclin reste fort peu écrite et les réalités locales sont longtemps restées dans l’ombre, même quand elles sont tragiques : délabrement des centres-bourgs, consommation d’héroïne chez les jeunes, démantèlement du service de santé…

    Benoît Coquard insiste en particulier sur une situation vertigineuse, à savoir un nouvel exode rural d’une ampleur proportionnellement comparable à celui qu’a connu la France après la Seconde Guerre mondiale. Ce mouvement de population est « aussi vaste qu’il est ignoré des débats publics ». Dans les zones du Grand Est, au cœur des enquêtes du chercheur depuis la fin des années 1990, environ un tiers des 18-25 ans partent ainsi « sans jamais revenir par la suite ». Cela entraîne un vaste déclin démographique correspondant au départ des jeunes, proportionnellement « comparable (voire supérieur dans certains cantons) à ce que l’on avait mesuré dans les décennies 1950-1960 dites de l’exode rural ». 

    Cette situation renforce aussi l’homogénéité sociale de « ceux qui restent », puisque le facteur majeur poussant à partir est l’obtention du bac, mais cela creuse aussi les écarts entre les sexes, puisque ce sont d’abord les jeunes femmes, jouant davantage le « jeu scolaire » qui quittent les « coins paumés ».

    Cette homogénéité n’est toutefois pas synonyme de repli sur soi des habitants de cet espace. Tout d’abord, « l’attitude craintive qu’on leur présuppose ne les caractérise pas du tout ». Ensuite, les habitants de ces régions passent énormément de temps ensemble, même si la sociabilité a migré du café vers le foyer et d’une sociabilité professionnelle ou géographique vers la constitution de groupes d’amis. Enfin, ces zones rurales et industrielles ont toujours fait appel aux travailleurs étrangers (italiens, portugais, maghrébins, turcs…) et n’abritent donc pas que des « petits Blancs ». Dans la réalité des campagnes postindustrielles, note ainsi Coquard, « les descendants d’immigrés maghrébins font partie de “ceux qui restent”. En tant qu’enfants d’ouvriers, ils partagent les mêmes préoccupations et conditions d’existence que ceux de leur génération, issus ou non de l’immigration ».
    Il existe certes des conflits exprimés sur un mode ethnique, mais il est important de les resituer dans « le cadre d’un effritement de la solidarité locale » lié à la disparition des emplois et des services publics et de ne pas oublier que « de tels conflits sont aussi monnaie courante entre lesdits petits Blancs », car la « rareté des ressources attise les rivalités concrètes et les jalousies latentes ».

    Une analyse dont le chercheur relève qu’elle est sans doute « moins accrocheuse ou racoleuse que celle du “choc des civilisations” ou du “grand remplacement” ». Mais c’est en étudiant les conflits interindividuels les plus communs, qu’on « mesure que c’est bien pour des raisons économiques vitales, plutôt que pour des différences culturelles, qu’on lutte et se divise aujourd’hui dans les classes populaires rurales. Ce qui a changé, c’est que l’on ne se fréquente plus au hasard des gens du coin. En raison des concurrences exacerbées, les amis sont triés sur le volet ».

    La thèse centrale de Coquard réside dans ce fait qu’en raison des démantèlements successifs des cadres collectifs, « les individus en viennent à recréer des appartenances solidaires » différentes de ce qui existait auparavant, à la fois dans la manière dont elles se forment et dont elles se vivent. « C’est justement parce que l’emploi se raréfie qu’il faut en faire plus dans l’investissement collectif afin d’être recommandé pour un travail, écrit le chercheur. C’est aussi parce que les services publics et différentes commodités disparaissent de ces régions qu’il faut savoir s’entourer et s’entraider au quotidien. »

    « Affinités transclasses »

    Paradoxalement, explique le chercheur, alors que les habitants des campagnes en déclin sont souvent dépeints en termes de repli sur soi et de fermeture au monde, le fait de vivre dans ces espaces implique, au contraire, « de s’engager pleinement dans une quête de reconnaissance ». Le chercheur met ainsi l’accent sur « ces petits collectifs amicaux » qui occupent un rôle central dans l’économie générale de ces zones rurales, en particulier parce que c’est par ce biais que se construisent nombre de trajectoires matrimoniales et professionnelles, dans un contexte où la bonne ou mauvaise réputation est essentielle pour accéder à des ressources devenues rares.

    Benoît Coquard © Carole Lozano
    D’une vie sociale rattachée à une localité, on passe ainsi à un rapport beaucoup plus large à l’espace environnant, où le « ici » en vient à désigner davantage des « cercles d’interconnaissance qu’un lieu précis ». Ce n’est plus la localité qui fait l’appartenance, « mais les cercles d’amis qui regroupent les sociabilités autour d’un lieu comme le club de football ».
    Cette transformation, en profondeur, des logiques d’appartenance devenues plus amicales que territoriales, dans une situation ou « clans et bandes de potes » viennent « pallier l’obsolescence des anciennes structures » n’empêche pas que la « sociabilité de ces campagnes en déclin continue d’être intense et vitale ».

    Le sentiment de ne pouvoir être solidaire que d’un nombre limité de personnes produit toutefois un entre-soi particulier qui reflète l’état fortement concurrentiel du marché du travail dans ces territoires. « C’est dans l’entre soi protecteur et gratifiant du “clan” que peut être ainsi valorisée une conscience collective qui n’est plus assise sur l’appartenance à un “nous” large et fédérateur, mais sur un “déjà, nous”, plus restreint et sélectif qu’auparavant », écrit le chercheur.

    Coquard n’ignore pas « le potentiel de captage » de cette solidarité réelle mais restreinte par « une pensée politique d’extrême droite, au son de “les Français d’abord” », d’autant qu’il enquête dans des zones électorales parmi les plus portées vers l’extrême droite et dans des lieux et milieux où il est plus facile de se déclarer en faveur de Le Pen que de la gauche, associée à l’assistanat et à la fainéantise.

    Mais le choix d’une ethnographie, qui se mêle aux petits groupes structurant les campagnes délaissées d’aujourd’hui plutôt que de tendre périodiquement un micro à des populations ignorées hors des échéances électorales, permet au chercheur de repérer, derrière des discours politiques très marqués par les cadres de l’extrême droite, des « solidarités entre amis d’origine ethnique différente ».

    En outre, Benoît Coquard relève la façon dont des personnes qui pouvaient se dire « 100 % Le Pen » peuvent, pour beaucoup d’entre elles, évoluer vers d’autres propos, en particulier durant la mobilisation des gilets jaunes. Bien qu’une partie importante des populations sur lesquelles il enquête ont été, de longue date, « séduites par l’extrême droite, ce ne sont pas les questions identitaires ou migratoires qui les ont mobilisées et leur ont permis de rester soudés dans le froid de l’hiver », observe ainsi le sociologue qui paraît avoir écrit un livre sur les gilets jaunes avant qu’ils apparaissent comme tels. Son étude éclaire en effet rétrospectivement cette mobilisation si singulière.

    Ces moments d’effervescence collective ont en effet permis de « révéler une histoire et des rapports sociaux banalisés et donc invisibilisés au quotidien ». Pour l’auteur, les gilets jaunes sont « bien “ceux qui restent” ou plus exactement ceux qui veulent rester faire leur vie dans les campagnes en déclin, contre le cours des choses et souvent dans une nostalgie d’une époque moins morose ».

    Les occupants des ronds-points sont ainsi ravis de « (re)faire groupe dans un contexte où, beaucoup le concèdent, “on ne voit plus personne” depuis que la vie quotidienne s’est dispersée sur un large périmètre » dans un contexte où l’augmentation tendancielle des déplacements en voiture correspond à la délocalisation et à l’éclatement des entreprises, des services publics et des lieux de vie en commun.

    Sur les ronds-points, comme dans ces campagnes en déclin, se sont aussi tissé ce qu’il nomme des « affinités transclasses », avec la présence, aux côtés des retraités, des femmes, des précaires et des chômeurs qui fournissent le gros des troupes, de quelques artisans et petits patrons locaux. Ces derniers possèdent en effet « un style de vie et des visions du monde proches de celles de personnes, certes moins dotées en capital économique, mais qui travaillent dans les mêmes secteurs, mettent en avant les habiletés manuelles, partagent les mêmes loisirs », notamment la chasse, le football ou le motocross. Même si, poursuit le chercheur, « sur le papier, ils n’appartiennent pas à la même classe sociale, dans ce mouvement comme dans la vie de tous les jours, ceux qui sont proches dans l’espace social se ressemblent, qu’ils soient salariés ou non ».

    Dans ces espaces qui ne sont vides politiquement et socialement qu’aux yeux de celles et ceux qui ne savent pas les regarder, les gilets jaunes « en partant de la question des taxes et de la critique du jeu politique, sans attaquer le patronat, ont pu séduire une base bien plus large que celle des salariés politisés autour d’une vision conflictuelle des rapports d’exploitation ».

    D’autant que certains habitants de ces territoires ont aussi pu trouver, avec cette mobilisation, l’appartenance à un collectif déterminant pour encaisser les difficultés quotidiennes. « Pour les gilets jaunes comme pour une grande partie des jeunes ruraux rencontrés, c’est par cet investissement dans le collectif que l’on en vient à être connu et reconnu, alors même que l’on appartient à des classes sociales objectivement dominées », écrit Benoît Coquard, au terme de cette étude rigoureuse, qui ne lui permettra cependant pas de prendre la place de Christophe Guilluy dans des médias mainstream considérant toujours la « France périphérique » depuis des studios où celle-ci doit demeurer lointaine pour illustrer des analyses simplistes…

    #livre

  • Être jeune sous Macron donne envie de mourir - FRUSTRATION
    https://www.frustrationlarevue.fr/etre-jeune-sous-macron-donne-envie-de-mourir

    Il y a deux #jeunesses dans ce pays : la jeunesse dorée et « dynamique » que célèbrent les journalistes et les politiciens, cette jeunesse qui crée des start up avec l’argent de papa, qui « brise les codes » des milieux branchés, qui pousse dehors les cinquantenaires dans les grandes entreprises, qui parle le bullshit english à merveille et prend l’avion plusieurs fois par an pour New York, Berlin ou Bangkok, tout en partageant de grandes leçons d’écologie sur Twitter. Et il y a l’autre jeunesse : les enfants de la classe laborieuse, à qui l’on fait des leçons de « mérite » et « d’effort » depuis l’école primaire mais à qui l’on fermera les portes des prépas d’été privés qui font réussir les concours des grandes écoles publiques, et celle des écoles de commerce, pour un simple motif de fric. Cette jeunesse à qui l’on conseillera dès la seconde se « se professionnaliser » tout en fermant les lycées pro et les IUT. La jeunesse de la classe laborieuse ira donc se casser les dents sur les bancs de l’université, où des cours leur seront dispensés dans des amphis bondés par des chargés de cours blasés et précarisés, censés leur dire que plus tard ça ira mieux et que s’ils bossent bien, peut-être, eux aussi pourront briller dans le miroir que la société bourgeoise leur tend pour mieux les expulser.

    • Quand les étudiants de la jeunesse dorée sont parfois payés pour étudier, comme à l’Ecole Normale Supérieure ou Polytechnique, les étudiants de la jeunesse esseulée doivent travailler pour espérer un jour bosser. Le mépris de leurs enseignants n’a alors d’égal que celui des services débordés de l’université ou du CROUS, qui leur coupera les aides et les vivres à la moindre déclaration erronée. « Devenez étudiant-entrepreneur ! »

      Ce passage fait remonter un souvenir pas si ancien sur la promotion de la prostitution à Bruxelles :

      https://www.courrierinternational.com/article/belgique-sur-les-campus-une-campagne-publicitaire-invite-les-

      Ce qui me paraît le plus important à pointer, c’est que la prostitution étudiante s’appuie sur la précarisation grandissante des étudiants. Si l’on veut réellement endiguer cette prostitution, il ne suffit pas d’empêcher que la publicité arrive aux étudiants, il faut faire en sorte qu’elle ne soit pas pertinente et il faut lutter contre la précarité !” (Renaud Maes, sociologue)

      Autre développement ici même :
      https://plus.lesoir.be/116093/article/2017-09-25/comment-un-site-de-rencontre-fait-de-la-prostitution-estudiantine-son-cr

      Reste que ces entreprises sont difficilement attaquables, comme l’explique Renaud Maes, docteur en sociologie, l’unique chercheur à avoir mené une enquête sur la prostitution étudiante en Belgique. « Ces firmes ont généralement des avocats très calés. Elles trouveront toujours des canaux d’action. Elles sont par ailleurs très hypocrites : elles nient généralement qu’il s’agit de prostitution et interdisent par exemple des discussions liées à la tarification sur leur plateforme… Tout en sachant très bien que ces discussions se font hors ligne. Ils ont parfaitement conscience des types de jeunes qu’ils recrutent – à savoir des étudiant(e)s en difficulté financière ou en rupture avec leurs parents – et de l’impact que cela peut avoir. »

      Elle est pas belle la vie (en Néo-Libéralie) ?

    • Immolation d’un étudiant : la stratégie du choc. Et les sinistres connards qui en sont responsables.

      Dans un monde normal on aurait espéré que ce geste aboutisse au moins à une forme de trêve. Que nous cessions d’être collectivement d’immenses connards et connasses et que nous nous regroupions pour réfléchir. Pour prendre le temps. Pour laisser la douleur et la colère jaillir. Pour mettre des mots sur l’indicible. En France au 21ème siècle un étudiant de 22 ans s’est immolé par le feu parce qu’il était pauvre, précaire, et qu’il n’avait plus droit à aucune aide. Dans un monde normal on aurait espéré que ce geste aboutisse au moins à une forme de trêve. Comme à chaque basculement dans l’horreur. Comme à chaque effet de sidération qui saisit une société toute entière. Le mois de Novembre semble hélas propice à ce genre de sidération. Mais là, rien. Juste rien.

      La ministre Frédérique Vidal a fait une rapide visite au CROUS de Lyon, le vendredi du drame, pour « assurer la communauté universitaire de son soutien ». Ella a aussi exprimé son « soutien » à la famille de cet homme de 22 ans qui s’est immolé par le feu. Et elle s’est barrée. Au Groenland je crois. Ou en Antarctique, je ne sais plus. Pour un voyage bien sûr aussi légitime qu’important. Quand on est ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur on ne va pas non plus trop modifier son agenda sous prétexte qu’un étudiant de 22 ans s’est immolé par le feu pour dénoncer la précarité dont tous les étudiants sont aujourd’hui victimes. Vous êtes une sinistre et cynique connasse madame la ministre Vidal.

      Sur Twitter, la ministre Frédérique Vidal a, depuis le Groenland ou l’antarctique, dénoncé « avec la plus grande fermeté » les actes de dégradation commis par les manifestants réunis devant le CROUS de Lyon en hommage à leur camarade toujours actuellement entre la vie et la mort. Car l’important quand un étudiant s’immole par le feu en France au 21ème siècle c’est de bien rappeler à ses camarades étudiants que l’important c’est l’ordre public et qu’il ne faut pas dégrader des biens matériels. Foutez-vous le feu si vous voulez, immolez-vous, mais ayez l’amabilité de bien nettoyer après et pensez à être à l’heure en amphi. Il faut noter que le fil Twitter de la ministre Vidal est parfaitement exempt du moindre Tweet sur un étudiant qui s’est immolé par le feu en France au 21ème siècle. Vous êtes une sinistre et cynique connasse madame la ministre Vidal...

      https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/11/choc-universite-immolation.html

  • PeerTube - Un logiciel libre pour reprendre le contrôle de vos vidéos
    https://joinpeertube.org

    Avec plus de 100 000 vidéos hébergées, visionnées plus de 6 millions de fois et 20 000 utilisateur⋅ices, PeerTube est l’alternative libre et décentralisée aux plateformes vidéos proposée par Framasoft

    L’ambition de PeerTube, c’est d’être une alternative libre et décentralisée aux services de diffusion de vidéos.

    Le but n’est pas de remplacer, mais de proposer quelque chose d’autre, avec des valeurs différentes, en parallèle de ce qui existe déjà.

    PeerTube n’est pas pensé pour créer une énorme plateforme (...)

    #Framasoft #Peertube #FreeSoftware

  • Entre 3,9 et 4,8 millions de sans-papiers vivent en Europe

    Leur nombre a augmenté en 2015, avec la hausse de la demande d’asile, mais s’est stabilisé dès 2019. La moitié d’entre eux se trouvent en Allemagne et au Royaume-Uni.

    Entre 3,9 et 4,8 millions d’étrangers vivent en situation irrégulière en Europe et la moitié d’entre eux résident en Allemagne et au Royaume-Uni. Dans une étude parue mercredi 13 novembre, le centre de recherche américain Pew Research Center évalue le nombre de personnes qui se trouvaient sans papiers sur le continent en 2017. C’est la première étude du genre depuis dix ans, qui permet notamment d’évaluer l’impact de ce qui a été communément appelé la « crise migratoire ».

    Selon les travaux du Pew Research Center, les sans-papiers représenteraient moins de 1 % de la population européenne (évaluée à 500 millions de personnes). A titre de comparaison, la part des sans-papiers est de 3 % aux Etat-Unis, avec plus de 10 millions de personnes.

    Le Pew Research Center note toutefois une « augmentation récente » du nombre de sans-papiers
    en Europe, due essentiellement à la hausse des demandeurs d’asile depuis 2015, qui pèsent pour
    environ un quart de l’ensemble des personnes en situation irrégulière. Les auteurs de l’étude ont
    en effet choisi d’inclure dans leur estimation les personnes sollicitant un statut de réfugié et qui
    n’ont pas encore obtenu de réponse du fait de leur avenir incertain (38 % des demandeurs ont
    obtenu une protection en 2018). Il est toutefois important de souligner que les auteurs ont
    constaté une stabilisation du nombre de migrants sans titre de séjour à partir de 2016.

    L’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie, principales destinations
    Environ un million de sans-papiers vivent en Allemagne et autant au Royaume-Uni. Si les volumes
    sont comparables, le nombre de sans-papiers outre-Rhin a presque doublé entre 2014 et 2016,
    alors qu’il est resté plutôt stable outre-Manche, les îles britanniques n’ayant pas été l’une des
    principales destinations des demandeurs d’asile arrivés à partir de 2015. De la même manière, si
    l’Allemagne compte environ quatre fois plus de migrants réguliers qu’irréguliers – ce qui
    correspond à la moyenne européenne –, le Royaume-Uni a autant d’étrangers sans titres que
    d’étrangers pourvus d’un titre de séjour.

    La France et l’Italie arrivent en troisième et quatrième positions avec, respectivement, autour
    de 350 000 et 600 000 sans-papiers. « Comparé aux grands pays de destination des migrants
    en Europe, la France a un nombre relativement plus faible de sans-papiers, soulignent les auteurs.
    Une des raisons possibles est que certains sans-papiers peuvent être régularisés après plusieurs
    années s’ils remplissent certains critères ». Autour de 30 000 personnes bénéficient d’une
    admission exceptionnelle au séjour chaque année, pour des motifs liés principalement à leur
    situation familiale ou professionnelle. Cette particularité montre l’impact des politiques
    gouvernementales sur le volume de sans-papiers.

    Le plus souvent des hommes de moins de 35 ans
    Sur l’ensemble du continent, 56 % des sans-papiers sont présents depuis moins de cinq ans, mais
    plus d’un quart sont présents depuis plus de dix ans. Ils sont, pour les deux tiers d’entre eux, âgés
    de moins de 35 ans et sont des hommes dans plus d’un cas sur deux.
    En Europe, les origines des migrants sans papiers sont plus diverses qu’aux Etats-Unis, où
    l’écrasante majorité d’entre eux viennent du sous-continent américain et en particulier du
    Mexique. En Europe, environ un tiers des sans-papiers sont originaires d’Asie Pacifique – c’est
    particulièrement le cas au Royaume-Uni où ils comptent pour plus de la moitié des sans-papiers ;
    23 % viennent d’Europe et 21 % du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, tandis que 17 % sont
    originaires d’Afrique subsaharienne.

    https://www.lemonde.fr/international/article/2019/11/13/entre-3-9-et-4-8-millions-de-sans-papiers-vivent-en-europe_6019025_3210.html
    #statistiques #estimations #chiffres #sans-papiers #Pew_Research_Center #Europe

    • Europe’s Unauthorized Immigrant Population Peaks in 2016, Then Levels Off

      New estimates find half live in Germany and the United Kingdom.


      Europe has experienced a high level of immigration in recent years, driving debate about how countries should deal with immigrants when it comes to social services, security issues, deportation policies and integration efforts. Among these recently arrived immigrants are many who live in Europe without authorization. Coupled with unauthorized immigrants who were already in Europe, their numbers reach into the millions, though together they make up a small share of Europe’s total population.

      A new Pew Research Center analysis based on European data sources estimates that at least 3.9 million unauthorized immigrants – and possibly as many as 4.8 million – lived in Europe in 2017. The total is up from 2014, when 3.0 million to 3.7 million unauthorized migrants lived in Europe, but is little changed from a recent peak of 4.1 million to 5.3 million in 2016.1

      Overall, unauthorized immigrants accounted for less than 1% of Europe’s total population of more than 500 million people living in the 28 European Union member states, including the United Kingdom, and four European Free Trade Association (EFTA) countries (Iceland, Liechtenstein, Norway and Switzerland). And among the roughly 24 million noncitizens of EU-EFTA countries living in Europe, fewer than one-fifth were unauthorized immigrants in 2017.

      The recent rise in Europe’s long-standing unauthorized immigrant population from nations outside of EU-EFTA countries is largely due to a surge of asylum seekers who mostly arrived in 2015, when more than 1.3 million people applied for asylum in EU-EFTA countries. Many from that wave have been approved to remain in Europe. Many others, however, have had their applications rejected. Some have appealed those denials. Still others whose applications were rejected or withdrawn continue to live in Europe.

      Meanwhile, many asylum seekers in Europe are still awaiting a decision on their pending application, a group that is part of our estimates, and accounted for nearly a quarter (20% to 24%) of Europe’s unauthorized immigrant population in 2017. Although asylum seekers waiting for a decision have a temporary legal standing, their future in Europe is uncertain. Most entered their country of residence without permission, and the majority of applicants are now seeing their applications rejected. Consequently, many have been or could be subject to deportation orders in the future.

      Since asylum seekers waiting for a decision have a temporary lawful status, the Center also produced estimates of the unauthorized immigrant population without this group. These estimates are lower – 2.9 million to 3.8 million in 2017 – yet still show an apparent increase from 2014 before the asylum seeker surge, when the unauthorized immigrant population without asylum seekers waiting for a decision was an estimated 2.4 million to 3.2 million. (For estimates of the unauthorized immigrant population in Europe and by country without waiting asylum seekers, see Appendix C.)

      Unauthorized immigrants made up roughly one-fifth (16% to 20%) of Europe’s total non-EU-EFTA population in 2017, according to estimates, with 4% being unauthorized immigrants with a pending asylum claim that year. This means authorized non-EU-EFTA citizens living in Europe outnumbered unauthorized immigrants by about four to one.
      Who’s counted as an unauthorized immigrant?

      Unauthorized immigrants in this report are people living without a residency permit in their country of residence who are not citizens of any European Union or European Free Trade Association (EFTA) country. Most unauthorized immigrants entered an EU-EFTA country without authorization, overstayed a visa, failed to leave after being ordered to do so or have had their deportation temporarily stayed. The unauthorized population also includes those born in EU-EFTA countries to unauthorized immigrant parents, since most European countries do not have birthright citizenship. Finally, the European unauthorized immigrant population estimate includes asylum seekers with a pending decision. This last group makes up nearly a quarter (20% to 24%) of Europe’s estimated total unauthorized immigrant population.

      Many different immigrant groups can be counted as unauthorized immigrants, as there is no universal definition and the inclusion of some groups over others is a point of debate. A broad definition could include anyone who entered the country without authorization and has yet to procure permanent residency. This definition could include those with subsidiary protection status, a group that does not qualify for refugee status but receives humanitarian protection that can be renewed for one or two years at a time. Those with this status can sometimes sponsor family members and after several years apply for permanent residency.

      By contrast, a narrower definition for unauthorized immigrants would not include those with legal protection from deportation, even if such protection is temporary. From this perspective, unauthorized immigrant populations would not include asylum seekers waiting on a decision, those whose deportation has been deferred or stayed, or children of unauthorized immigrants.

      Pew Research Center has selected an approach that considers a combination of authorized entry, legal certainty and likely permanency. In the U.S., the Center considers those with deportation relief (for example, Deferred Action for Childhood Arrivals or Temporary Protected Status) as well as asylum seekers waiting on their cases as unauthorized immigrants. Although these groups are authorized to work, many entered without permission and their legal future in the U.S. is uncertain, as evidenced by recent policy changes implemented by the U.S. government and subsequent court cases.

      In the same way in EU-EFTA countries, deportees with a stayed or deferred deportation who have a legal right of residence and may even be allowed to work are included as unauthorized immigrants. Children born in Europe to unauthorized immigrant parents are considered part of the unauthorized immigrant population. Similarly, asylum seekers with a pending decision, of whom many entered without permission and whose acceptance rates continue to fall, are also included as unauthorized immigrants. Since the definition of an unauthorized immigrant is a point of debate, the Center has published estimates without asylum seekers awaiting a decision on their application (see Appendix C). Waiting asylum seekers, at nearly 1 million people in Europe in 2017, are likely the largest of unauthorized immigrant groups with an uncertain legal status.

      The Center’s new estimates come at a time when publics across Europe express mixed opinions on the place of immigrants in their societies. A 2018 multi-nation survey from the Center found that majorities in several European countries support the deportation of immigrants living in their countries illegally. On the other hand, when asked about refugees fleeing war and violence, the 2018 survey also found that majorities across Europe support taking them in, a group that has often entered Europe without permission and claims asylum.

      This is the first time Pew Research Center has estimated the size of Europe’s unauthorized migrant population. The methodology used for these new estimates builds on the Center’s more than 15 years of experience in estimating the size of the unauthorized immigrant population in the United States. The unauthorized immigrant population in the U.S. is more than double the size (10.3 million to 10.7 million in 2017) of that in Europe (3.9 million to 4.8 million); has been decreasing in number since 2007; and makes up a larger share of the total population (roughly 3% in the U.S. compared with less than 1% in Europe). (See our related blog post for more details on how unauthorized immigrant populations and their characteristics differ between Europe and the U.S.)

      The Center’s estimates are also the first comprehensive estimate for Europe in a decade. Europe’s unauthorized migrant population was last estimated for 2008 by an EU-funded team of European researchers called the Clandestino project. At that time, the number living in the EU was estimated to be 1.9 million to 3.8 million, not including asylum seekers with pending decisions. By comparison, our estimate for 2017 for EU countries only, excluding asylum seekers with a pending application, is 2.8 million to 3.7 million – the upper end of Clandestino’s 2008 estimate.2
      The Center’s estimates compared with others

      Pew Research Center’s unauthorized immigrant estimates in Europe are in line with other reputable data, including estimates from previous studies, statistics on the number of unauthorized immigrants regularized by governments and analysis of recent migration flows.

      In Germany, for example, a separate 2014 estimate using a different method than the one used by the Center and that did not include waiting asylum seekers, estimated the number of unauthorized immigrants to have been 180,000 to 520,000. For the same year, the Center estimated the number of unauthorized immigrants in Germany to be between 300,000 and 400,000 without waiting asylum seekers, within the 2014 study’s range. Moving forward, our 2017 estimate for Germany of 600,000 to 700,000 unauthorized immigrants, excluding asylum seekers waiting for a resolution in their case, is in line with expected trends. For more, see our Germany estimate methodology.

      Meanwhile, in the UK, a London School of Economics study placed the number of unauthorized immigrants residing in the country between 417,000 and 863,000 in 2007. Ten years later, after hundreds of thousands of additional migrants from non-EU-EFTA countries entered and stayed in the UK, our 2017 estimate of 800,000 to 1.2 million unauthorized immigrants with waiting asylum seekers would be consistent with recent migration trends. For more methodological background, see our UK estimate methodology.

      In Italy, hundreds of thousands of asylum seekers have landed on the country’s shores during the past decade. Many have had their asylum cases rejected, and some have remained in Italy without authorization. Adjusting for regularizations of unauthorized immigrants to authorized status during the past decade, deaths, out-migration and additional arrivals, our estimate of 500,000 to 700,000 for 2017, including asylum seekers with a pending asylum case, is similar to the estimate published by the Iniziative e Studi sulla Multietnicità Foundation. For more information, see our Italy estimate methodology.

      In France, our estimate shows between 300,000 and 400,000 unauthorized immigrants lived in the country in 2017, including some 38,000 asylum seekers waiting for a decision on their case. This estimate is similar to that cited by government leaders as well as several French demographers. Also, some 300,000 people in 2017 were enrolled in a government medical plan accessed by unauthorized immigrants. For more, see our methodology for our France estimate.

      https://www.pewresearch.org/global/2019/11/13/europes-unauthorized-immigrant-population-peaks-in-2016-then-levels-off

      Pour télécharger le #rapport :
      https://www.pewresearch.org/global/wp-content/uploads/sites/2/2019/11/2019.11.13_EU-Unauthorized_FINAL.pdf

    • Commentaire de Serge Slama sur twitter :

      Le journal @lemondefr @JuliaPascualita pourrait prendre des précautions méthodologiques à l’égard de cette étude @pewresearch avec une appréhension très américaine de l’irrégularité qui inclut les demandeurs d’asile entrés illégalement.

      https://twitter.com/combatsdh/status/1194660424177922050

      En France on n’a pas de moyens de comptabiliser le nombre exact de sans-papiers. On connaît les bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat (315 835 en 2017), le nombre de déboutés du droit d’asile (80 000 à 90 000 par an), le nombre d’OQTF non exécutées (environ 60 000 par an).
      Enfin on sait qu’environ 30 000 jeunes nés en France de parents étrangers deviennent français à leur majorité (mais on ignore le statut de leurs parents).

      https://twitter.com/combatsdh/status/1194895286491062273

      –-----

      Et ce commentaire de Nando Sigona, toujours sur twitter :

      I need to have a closer look at the report, but the estimate for the UK seems too high. The UK has only marginally being affected by the 2013-2015 #refugeecrisis, and does more forced/voluntary removals than other EU states...
      Previous estimates, including LSE, Home Office, Clandestino project and our own on #undocumentedchildren, identified pre-accession EU nationals as one of the larger group of undocumented migrants in the UK. A group that was ’regularised’ through the EU enlargement.
      refused but not removed asylum seekers also contributes to the estimate, but total asylum refusals minus returns may be in the thousands but nothing like what the estimate would require.
      The report is also counting people with short term legal status like subsidiary protection which is again questionable. The report recognises that this approach may be controversial and in Appendix C provides an estimate without asylum seekers.
      and yet they went for the splash number for the press release and from initial media reports it is clear that some of the nuances are lost.
      and by the way, it would seem that there is no variation in the UK between the estimates with and without asylum seekers...

      https://twitter.com/nandosigona/status/1194665603388321798

    • @Pewresearch a publié une étude sur la population immigrée « non-autorisée » en #Europe, dont les résultats ont été largement médiatisés depuis hier https://pewrsr.ch/2OalGIV un certain nombre d’éléments ont retenu l’attention de @DesinfoxMig :
      L’étude adopte un parti pris méthodologique basé sur le contexte américain pour définir le groupe étudié, à savoir la population immigrée « non-autorisée » en E. Cela inclut entre autre les #demandeursasile et les enfants nés en E. de parents en situation irrégulière.
      @Pewresearch
      reconnait que l’acception très large de la notion #immigré « non-autorisé » qui considère une combinaison de facteurs (entrée autorisée, séjour régulier et la probabilité de séjour permanent) fait débat.
      Dans le contexte FR il y a débat car la traduction du terme « unauthorized » en #sanspapier, #clandestin ou en situation irrégulière renvoi à un contexte juridique et administratif différent du contexte US.
      Par ex, en France l’immigré ayant introduit une #demandeasile se voit délivrer par la #préfecture une autorisation provisoire de séjour, il ne peut pas être expulsé, et n’est donc pas considéré comme « sans-papiers » aux yeux du droit français.
      Si on peut ne pas être d’accord avec certains choix méthodologiques – et on apprécierait certaines précautions et nuances de la part des médias qui diffusent cette étude - elle propose une approche comparative d’un phénomène par sa nature même très difficile à quantifier.
      Pour la France, on peut retenir que la part des « non-autorisés » dans #immigration est particulièrement basse (10%), comparé à Allemagne ou aux Etats-Unis (environ 20%) et au Royaume-Uni (45%). Ils représentent au total moins de 1% de la population totale.

      https://twitter.com/DesinfoxMig/status/1195073984099946496

    • Pew Research Centre Estimates on the Irregular Migrant Population the UK and the rest of Europe

      The Pew Research Centre has produced new estimates of the number of irregular (‘illegal’ or ‘unauthorised’) migrants in the EU, including the UK. Here we explain briefly what they find and how they reach their conclusions.

      What are the key findings for the UK?

      The report estimates that in 2017 there were between 800,000 and 1.2m people living in the UK without a valid residence permit. The authors also estimate that, in 2017:

      Around one third of irregular migrants had been living in the UK for 10 years or more;
      They included similar shares of men and women, and around 14% were children;
      There was no evidence of any increase in the number of irregular migrants living in the UK since 2014;
      Half came from the ‘Asia Pacific’ region, but there no breakdown by individual countries within that region;
      The UK had one of the largest irregular migrant populations in Europe, alongside Germany.

      How are the figures calculated and are they accurate?

      The study uses the ‘residual method’. It compares the estimated the number of non-EU citizens living in the UK to an estimate of the number holding a valid residence permit in the same year.

      The results come with a high degree of uncertainty, because both of these figures are just estimates—as the Pew report recognises.

      In 2017, ONS estimated that there were around 2.4m non-EU citizens living in the UK (this is lower than the 5.7m non-EU born migrants living in the UK that year, because most people born in non-EU countries now hold UK citizenship). The precise figure is uncertain for various reasons, including because it is drawn from a statistical survey to which not everyone agrees to respond.

      Separately, the Home Office is required to report to Eurostat an estimate of the number of the non-EU citizens holding a valid residence permit each year – ranging from temporary work permit holders to long-term residents with Indefinite Leave to Remain (ILR). In 2017, this estimate was roughly 1.5m. The UK government does not actually know the precise number of legally resident non-EU citizens, so the estimate requires various assumptions, for example about how many people with ILR have left the country or died.

      Pew’s ‘lower-bound’ estimate of 800,000 compares the estimated non-EU citizen population with the number of valid residence permits of at least 3 months duration. The ‘upper bound’ estimate of 1.2m instead looks only at those with permits lasting at least a year, and also adjusts the figure upwards to account for the possibility that ONS has underestimated the number of non-EU citizens living here.

      The comparison between the UK and other EU countries is particularly uncertain because the estimates of the number of legal residents are produced in very different ways and are not thought to be comparable.

      In summary, without more accurate data on both the number non-EU citizens in the UK and the number holding valid residence authorisation, it is difficult to know how accurate the figures are likely to be.

      Earlier this year, ONS and the Home Office produced a joint statement suggesting they did not plan to produce a new estimate using this method, because of limitations in the data and methodologies.

      What are the remaining evidence gaps?

      Even if we cannot be certain about the number, it is reasonable to assume based on this and previous estimates that the UK has a substantial irregular migrant population. There are still many things that are not known about the unauthorised population, notably:

      It is not known how many entered illegally vs. came legally but later overstayed or were not able to renew their residence authorisation.
      The figures do not tell us what the impacts of policy have been on the decisions irregular migrants make, and/or whether the figure would have been higher or lower if different policies had been in place.

      Migration Observatory comment

      Madeleine Sumption, Director of the Migration Observatory at the University of Oxford, said: “This report relies on a standard methodology to estimate the irregular migrant population, and gives us the most up-to-date estimate that is available. The big challenge when using this method in the UK in particular is that the data required for the calculation are not very good. In particular, the UK government simply doesn’t have an accurate record of exactly how many people are living in the UK legally. Without more precise data, there will continue to be a high degree of uncertainty around the number of people living here without authorisation.”

      https://migrationobservatory.ox.ac.uk/resources/commentaries/pew-research-centre-estimates-on-the-irregular-migrant-po

    • The Trouble with Pew’s estimates of the “unauthorized” migrant population in Europe

      The Pew Research Center, where I once held a leadership position, published a report on November 13, 2019 entitled, “Europe’s Unauthorized Population Peaks in 2016, Then Levels Off.” The document is at best misleading, the product of an inappropriate statistical exercise. Given the reality of immigration politics in Europe, it is a made-to-order talking point for right-wing nationalists, echoing their attacks on asylum policies and on the migrants themselves. .

      This is Pew’s first effort to estimate the “unauthorized” population in Europe by applying a terminology I authored in 2002 for use in the United States. The current report has led me to conclude that the terminology and aspects of the statistical method that underlie its application are anachronisms that fail to take into account fundamental changes in the nature of migration flow to both Europe and the United States. As such, and no doubt unintentionally, the very knowledgeable people at Pew, including several I value highly as friends and colleagues, have fallen into a perceptual trap with significant political consequences.

      Pew’s critical error is to count as “unauthorized” people who have presented themselves to immigration authorities as required on arrival, have been identified, screened and registered in the lawful exercise of their right to seek asylum and have been granted permission to reside in their country of destination after an initial processing of that asylum claim. Nearly a quarter of the total “unauthorized” population in Europe, and closer to half in Germany, are asylum seekers, according to Pew’s account of its methodology. The estimate claims to be a statistical snapshot of this population on December 31, 2017, but as of that date these individuals, with few exceptions, had been granted documents attesting to their right to reside in these countries legally without fear of deportation and in many cases to work and receive social benefits.

      Pew counts these individuals as “unauthorized” because they had not yet been granted permission to remain as residents on a permanent basis. Germany and other European countries have several different degrees of asylum, including categories that grant protection for a period of years pending developments in their countries of origin and other matters. Moreover, in Europe as in the US, final disposition of asylum cases can take years due to backlogs and appeals, but those with pending cases are fully authorized to remain in the meantime. And, there is another category of persons whose claims have been denied, a small number in the 2017 Pew European estimates but more by now, who are not subject to deportation either by virtue of explicit administrative decisions or the prioritization of enforcement resources, a situation that occurs in the United States as well.

      In an exercise of highly subjective — and, to my mind, ill-informed — speculation, Pew concludes the individuals it observed in 2017 will never be granted permanent status in the future and that they will be subject to removal some day and so they should be counted as “unauthorized” in the present. This prognostication is as highly freighted politically as it is unjustified on any empirical basis. But, it is even more biased and inflammatory as a historical narrative.

      Almost the entire increase in the “unauthorized” population in Europe that peaked as of 2016, according to Pew, is the result of the extraordinary surge of Syrians, more than a million, who came across the Aegean from Turkey from the summer of 2015 to the spring of 2016 to seek refuge. By retroactively categorizing about half of those migrants as “unauthorized,” Pew is offering its statistical support to narratives that characterize that event as illegitimate, an abuse of Europe’s humanitarian values, a criminal effort to exploit social services and rich labor markets, a cynical abuse of the asylum system, a willing dilution of European identity by globalists, a pollution of Europe’s racial purity, etc.

      The methodology is explained in the fine print, and Pew even offers estimates minus the asylum seekers in an appendix. But, that does nothing to change the report’s deliberately attention-grabbing conclusion, its analytical perspective and the way it will be used for political purposes.

      Pew’s US estimates of the “unauthorized” are vulnerable to the same manipulation. They too include asylum seekers and produce the same statistical support for a demagogic portrayal of current migration.

      In the US, more than a million asylum seekers are sitting in an immigration court backlog awaiting adjudication of their claims, a number that has doubled since President Trump took office. These people have identified themselves to immigration officials, registered an asylum claim and have passed a “credible fear” interview with a finding that their claim is worthy of full consideration. By counting them as “unauthorized,” Pew fully embraces the Trump administration’s portrayal of the underlying migration phenomena as illegitimate even criminal. In the US asylum seekers account for a much smaller share of the Pew estimates than in Europe, about 10%, but that does not lessen the weight of the statistical fallacy. They are “unauthorized” only in the eyes of the beholders, in this case Pew and Trump. The result is a highly biased data point.

      In my view the problem with the Pew estimates is that they fail to account for new developments in migration flows to the United States and Europe.

      It was my great fortune to have been asked by the Pew Charitable Trusts in 2001 to create the Pew Hispanic Center and to then be part of the management committee that merged that center and several other stand-alone projects into the Pew Research Center in 2004. When the Pew Hispanic Center began publishing estimates of the “unauthorized migrant” population in 2002, the target was made up overwhelmingly of Mexican labor migrants who had either entered the country illegally or who had overstayed a legal entry and who would be subject to removal if apprehended. I am proud to say those estimates served an important and constructive role in repeated policy initiatives to legalize this population from 2004 to 2014. (I left Pew in 2007 to take a position on the faculty of the University of Southern California.)

      Both the migration phenomena and the focus of policy debate have shifted in the past few years, but Pew’s methodology has not.

      The number of cases in the immigration court backlog did not exceed 200,000 until 2009 and only crossed the 400,000 mark in 2014, according to the Transactional Records Access Clearinghouse at Syracuse University, a source of pure data, just the numbers, on immigration. As such, asylum seekers were a small fraction of the total population which we were measuring in the 00’s which stood at about 11 million people, plus or minus, throughout that period.

      But, in the past decade, as Pew has ably chronicled, migration flows to the United States have changed. Mexican labor migration outside legal channels has been negligible for a decade and meanwhile the number of Central American asylum seekers has increased dramatically in the past five years. In Europe, the 2015–16 events and subsequent arrivals of asylum seekers represent an even more singular event compared to the very small ongoing irregular labor migrations.

      The Pew Research Center remains committed to its version of strict political neutrality, portraying itself as a “fact-tank” that produces data with no spin, no advocacy and only as much analysis as is necessary to make sense of the numbers. (The exercise is fraught and one of the reasons I left, but that is another story.) Taking the institution at its word about its intention, the distortions created by the current report on the “unauthorized” population in Europe should be occasion for a reconsideration of the methodology and terminology.

      First there is a technical issue.

      Both in the United States and in Europe, the population of migrants who are not citizens or legal permanent residents now comprises several categories of individuals with different kinds of status in national immigration systems. Some are indeed “unauthorized” in that they have no legal basis to reside in those countries and would be subject to removal with little recourse if apprehended and put in proceedings. But, there is also this large, and in the United States rapidly growing, population of persons who have presented asylum claims and have been awarded permission to remain in the country until those claims are fully adjudicated. So it is technically a mistake to apply “unauthorized” as a blanket term, and it retrospect it was a technical mistake when I first did it nearly 20 years ago.

      But, now there is a much graver issue about how the data is communicated.

      The nature of the migration phenomena that produce asylum seekers as well as the laws governing migration and the processes to administer it are all the subject of vociferous, brutally-polarized, high-stakes political debates in the United States and across Europe. Pew is taking sides in that debate when it counts asylum seekers as “unauthorized migrants.”

      https://medium.com/@suro_26975/the-trouble-with-pews-estimates-of-the-unauthorized-migrant-population-in-eu

  • Chili : les données personnelles de milliers de policiers piratées et diffusées
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/11/12/chili-les-donnees-personnelles-de-milliers-de-policiers-piratees-et-diffusee

    L’administration policière a été la cible d’une vague de piratages, en représailles aux violences commises durant l’état d’urgence. Des informations sensibles ont été dérobées et publiées. Alors que le Chili a été le théâtre d’un important mouvement de contestation en octobre, réprimé dans la violence, des hackeurs ont mis en ligne, le 10 novembre, un annuaire interactif comprenant les données professionnelles et personnelles de plus de vingt-neuf mille carabineros (« carabiniers »), les membres de la police (...)

    #police #data #hacking

  • Hôpitaux : silence, on coule !
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/13/hopitaux-silence-on-coule_6019000_3232.html

    Selon la Fédération hospitalière de France, qui met en cause « le #sous_financement_organisé de l’#hôpital », cette incapacité à répondre aux besoins de personnel concerne 97 % des établissements de soins publics.

    #France #sabotage #criminel

    Quel dommage ! Quel gâchis !

  • Le #Bangladesh veut-il noyer ses #réfugiés_rohingyas ?

    Confronté à la présence sur son territoire d’un million de réfugiés musulmans chassés de Birmanie par les crimes massifs de l’armée et des milices bouddhistes, Dacca envisage d’en transférer 100 000 sur une île prison, dans le golfe du Bengale, menacée d’inondation par la mousson. Ce projet vient relancer les interrogations sur le rôle controversé de l’Organisation des Nations unies en #Birmanie.
    Dans les semaines qui viennent, le gouvernement du Bangladesh pourrait transférer plusieurs milliers de réfugiés rohingyas, chassés de Birmanie entre 2012 et 2017, dans une #île du #golfe_du_Bengale menacée de submersion et tenue pour « inhabitable » par les ONG locales. Préparé depuis des mois par le ministère de la gestion des catastrophes et des secours et par la Commission d’aide et de rapatriement des réfugiés, ce #transfert, qui devrait dans un premier temps concerner 350 familles – soit près de 1 500 personnes – puis s’étendre à 7 000 personnes, devrait par la suite être imposé à près de 100 000 réfugiés.

    Selon les agences des Nations unies – Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et Organisation internationale pour les migrations (OIM) –, plus de 950 000 s’entassent aujourd’hui au Bangladesh dans plusieurs camps de la région de #Cox’s_Bazar, près de la frontière birmane. Près de 710 000 membres de cette minorité musulmane de Birmanie, ostracisée par le gouvernement de #Naypidaw, sont arrivés depuis août 2017, victimes du #nettoyage_ethnique déclenché par l’armée avec l’appui des milices villageoises bouddhistes.

    Les #baraquements sur #pilotis déjà construits par le gouvernement bangladais sur l’#île de #Bhasan_Char, à une heure de bateau de la terre ferme la plus proche, dans le #delta_du_Meghna, sont destinés à héberger plus de 92 000 personnes. En principe, les réfugiés désignés pour ce premier transfert doivent être volontaires.

    C’est en tout cas ce que les autorités du Bangladesh ont indiqué aux agences des Nations unies en charge des réfugiés rohingyas. Mais l’ONG régionale Fortify Rights, qui a interrogé, dans trois camps de réfugiés différents, quatorze personnes dont les noms figurent sur la liste des premiers transférables, a constaté qu’en réalité, aucune d’entre elles n’avait été consultée.

    « Dans notre camp, a déclaré aux enquêteurs de Fortify Rights l’un des délégués non élus des réfugiés chargé des relations avec l’administration locale, aucune famille n’accepte d’être transférée dans cette île. Les gens ont peur d’aller vivre là-bas. Ils disent que c’est une île flottante. » « Île qui flotte », c’est d’ailleurs ce que signifie Bhasan Char dans la langue locale.

    Les réfractaires n’ont pas tort. Apparue seulement depuis une vingtaine d’années, cette île, constituée d’alluvions du #Meghna, qui réunit les eaux du Gange et du Brahmapoutre, émerge à peine des eaux. Partiellement couverte de forêt, elle est restée inhabitée depuis son apparition en raison de sa vulnérabilité à la mousson et aux cyclones, fréquents dans cette région de la mi-avril à début novembre. Cyclones d’autant plus redoutés et destructeurs que l’altitude moyenne du Bangladesh ne dépasse pas 12 mètres. Selon les travaux des hydrologues locaux, la moitié du pays serait d’ailleurs submergée si le niveau des eaux montait seulement d’un mètre.

    « Ce projet est inhumain, a confié aux journalistes du Bangla Tribune, un officier de la marine du Bangladesh stationné dans l’île, dont l’accès est interdit par l’armée. Même la marée haute submerge aujourd’hui une partie de l’île. En novembre1970, le cyclone Bhola n’a fait aucun survivant sur l’île voisine de Nijhum Dwip. Et Bhasan Char est encore plus bas sur l’eau que Nijhum Dwip. » « Un grand nombre de questions demeurent sans réponses, observait, après une visite sur place en janvier dernier, la psychologue coréenne Yanghee Lee, rapporteure spéciale de l’ONU pour la situation des droits de l’homme en Birmanie. Mais la question principale demeure de savoir si cette île est véritablement habitable. »

    « Chaque année, pendant la mousson, ont confié aux enquêteurs de Human Rights Watch les habitants de l’île voisine de Hatiya, une partie de Bhasan Char est érodée par l’eau. Nous n’osons même pas y mettre les pieds. Comment des milliers de Rohingyas pourraient-ils y vivre ? » Par ailleurs, la navigation dans les parages de l’île est jugée si dangereuse, par temps incertain, que les pêcheurs du delta hésitent à s’y aventurer. Les reporters d’un journal local ont dû attendre six jours avant que la météo devienne favorable et qu’un volontaire accepte de les embarquer.

    À toutes ces objections des ONG, d’une partie de la presse locale et de plusieurs agences des Nations unies, le gouvernement bangladais répond que rien n’a été négligé. Une digue, haute de près de trois mètres et longue de 13 km, a été érigée autour de l’enclave de 6,7 km² affectée à l’hébergement des Rohingyas. Chacune des 120 unités de logement du complexe comprend douze bâtiments sur pilotis, une mare et un abri en béton destiné à héberger 23 familles en cas de cyclone et à recevoir les réserves de produits alimentaires. Conçus, selon les architectes, pour résister à des vents de 260 km/h, les abris pourront aussi être utilisés comme salles de classe, centres communautaires et dispensaires.

    Construit en parpaings, chaque bâtiment d’habitation contient, sous un toit de tôle métallique, seize chambres de 3,5 m sur 4 m, huit W.-C., deux douches et deux cuisines collectives. Destinées à héberger des familles de quatre personnes, les chambres s’ouvrent sur une coursive par une porte et une fenêtre à barreaux. Un réseau de collecte de l’eau de pluie, des panneaux solaires et des générateurs de biogaz sont également prévus. Des postes de police assureront la sécurité et 120 caméras de surveillance seront installées par la marine.

    Compte tenu des conditions de navigation très difficiles dans l’estuaire de la Meghna et du statut militarisé de l’île, la liberté de mouvement des réfugiés comme leur aptitude à assurer leur subsistance seront réduites à néant. « Bhasan Char sera l’équivalent d’une prison », estimait en mars dernier Brad Adams, directeur pour l’Asie de Human Rights Watch.
    Aung San Suu Kyi n’a pas soulevé un sourcil

    Aucun hôpital n’est prévu sur l’île. En cas d’urgence, les malades ou les blessés devront être transférés vers l’hôpital de l’île de Hatiya, à une heure de bateau lorsque le temps le permet. Faute de production locale, la quasi-totalité de l’alimentation devra être acheminée depuis le continent. La densité de population de ce complexe dont les blocs, disposés sur un plan orthogonal, sont séparés par d’étroites allées rectilignes, dépassera, lorsqu’il sera totalement occupé, 65 000 habitants au kilomètre carré, soit six fois celle du cœur de New York.

    On le voit, ce « paradis pour les Rohingyas », selon le principal architecte du projet, Ahmed Mukta, qui partage son activité entre Dacca et Londres, tient davantage du cauchemar concentrationnaire submersible que du tremplin vers une nouvelle vie pour les réfugiés birmans du Bangladesh. Ce n’est pourtant pas faute de temps et de réflexion sur la nature et la gestion du complexe. L’idée de transférer les réfugiés birmans sur Bhasan Char circulait depuis 2015 parmi les responsables birmans. À ce moment, leur nombre ne dépassait pas 250 000.

    Alimentés depuis 1990 par un chapelet de flambées de haine anti-musulmanes que le pouvoir birman tolérait quand il ne les allumait pas lui-même, plusieurs camps s’étaient créés dans la région de Cox’s Bazar pour accueillir les réfugiés chassés par la terreur ou contraints à l’exil par leur statut spécial. Musulmans dans un pays en écrasante majorité bouddhiste, les Rohingyas se sentent depuis toujours, selon l’ONU, « privés de leurs droits politiques, marginalisés économiquement et discriminés au motif de leur origine ethnique ».

    Le projet s’était apparemment endormi au fond d’un tiroir lorsqu’en août 2017, après la véritable campagne de nettoyage ethnique déclenchée par Tatmadaw (l’armée birmane) et ses milices, près de 740 000 Rohingyas ont fui précipitamment l’État de Rakhine, (autrefois appelé Arakan) où ils vivaient pour se réfugier de l’autre côté de la frontière, au Bangladesh, auprès de leurs frères, exilés parfois depuis plus de vingt-cinq ans. En quelques jours, le nombre de Rohingyas dans le district de Cox’s Bazar a atteint un million de personnes et le camp de réfugiés de Kutupalong est devenu le plus peuplé de la planète.

    Nourrie par divers trafics, par le prosélytisme des émissaires islamistes, par la présence de gangs criminels et par l’activisme des agents de l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA) à la recherche de recrues pour combattre l’armée birmane, une insécurité, rapidement jugée incontrôlable par les autorités locales, s’est installée dans la région. Insécurité qui a contribué à aggraver les tensions entre les réfugiés et la population locale qui reproche aux Rohingyas de voler les petits boulots – employés de restaurant, livreurs, conducteurs de pousse-pousse – en soudoyant les policiers et en acceptant des salaires inférieurs, alors qu’ils ne sont officiellement pas autorisés à travailler.

    Cette situation est d’autant plus inacceptable pour le gouvernement de Dacca que Cox’s Bazar et sa plage de 120 km constituent l’une des rares attractions touristiques du pays.

    Pour mettre un terme à ce chaos, le gouvernement de Dacca a d’abord compté sur une campagne de retours volontaires et ordonnés des Rohingyas en Birmanie. Il y a un an, 2 200 d’entre eux avaient ainsi été placés sur une liste de rapatriement. Tentative vaine : faute d’obtenir des garanties de sécurité et de liberté du gouvernement birman, aucun réfugié n’a accepté de rentrer. Le même refus a été opposé aux autorités en août dernier lorsqu’une deuxième liste de 3 500 réfugiés a été proposée. Selon les chiffres fournis par le gouvernement birman lui-même, 31 réfugiés seulement sont rentrés du Bangladesh entre mai 2018 et mai 2019.

    Les conditions, le plus souvent atroces, dans lesquelles les Rohingyas ont été contraints de fuir en août 2017 et ce qu’ils soupçonnent de ce qui les attendrait au retour expliquent largement ces refus. Selon le rapport de la Mission d’établissement des faits de l’ONU remis au Conseil des droits de l’homme le 8 août 2019 [on peut le lire ici], les Rohingyas ont été victimes, un an plus tôt, de multiples « crimes de droit international, y compris des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ».

    Selon ce document, « la responsabilité de l’État [birman – ndlr] est engagée au regard de l’interdiction des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité, ainsi que d’autres violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire ».

    Le rapport précise que « la mission a établi une liste confidentielle de personnes soupçonnées d’avoir participé à des crimes de droit international, y compris des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, dans les États de Rakhine, kachin et shan depuis 2011. Cette liste […] contient plus d’une centaine de noms, parmi lesquels ceux de membres et de commandants de la Tatmadaw, de la police, de la police des frontières et des autres forces de sécurité, y compris de fonctionnaires de l’administration pénitentiaire, ainsi que les noms de représentants des autorités civiles, au niveau des districts, des États et du pays, de personnes privées et de membres de groupes armés non étatiques. […] La liste mentionne aussi un grand nombre d’entités avec lesquelles les auteurs présumés de violations étaient liés, notamment certaines unités des forces de sécurité, des groupes armés non étatiques et des entreprises ».

    On comprend dans ces conditions que, rien n’ayant changé depuis cet été sanglant en Birmanie où Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, n’a pas levé un sourcil devant ces crimes, les Rohingyas préfèrent l’incertain chaos de leur statut de réfugiés à la certitude d’un retour à la terreur. Et refusent le rapatriement. Ce qui a conduit, début 2018, la première ministre bangladaise Sheikh Hasina à sortir de son tiroir le projet de transfert, en sommeil depuis 2015, pour le mettre en œuvre « en priorité ».

    Près de 300 millions de dollars ont été investis par Dacca dans ce projet, destiné dans un premier temps à réduire la population des camps où la situation est la plus tendue. Selon le représentant du gouvernement à Cox’s Bazar, Kamal Hossain, les opérations de transfert pourraient commencer « fin novembre ou début décembre ».

    Au cours d’une récente réunion à Dacca entre des représentants du ministère des affaires étrangères du Bangladesh et des responsables des Nations unies, les officiels bangladais auraient « conseillé » à leurs interlocuteurs d’inclure Bhasan Char dans le plan de financement de l’ONU pour 2020, sans quoi le gouvernement de Dacca pourrait ne pas approuver ce plan. Les responsables des Nations unies à Dacca ont refusé de confirmer ou démentir, mais plusieurs d’entre eux, s’exprimant officieusement, ont indiqué qu’ils étaient soumis « à une forte pression pour endosser le projet de Bhasan Char ».

    Interrogé sur la possibilité d’organiser le transfert des réfugiés sans l’aval des Nations unies, le ministre bangladais des affaires étrangères Abul Kalam Abdul Momen a répondu : « Oui, c’est possible, nous pouvons le faire. » La première ministre, de son côté, a été plus prudente. En octobre, elle se contentait de répéter que son administration ne prendrait sa décision qu’après avoir consulté les Nations unies et les autres partenaires internationaux du Bangladesh.

    L’un de ces partenaires, dont l’aide en matière d’assistance humanitaire est précieuse pour Dacca, vient de donner son avis. Lors d’une intervention fin octobre à la Chambre des représentants, Alice G. Wells, secrétaire adjointe du bureau de l’Asie du Sud et du Centre au Département d’État, a demandé au gouvernement du Bangladesh d’ajourner tout transfert de réfugiés vers Bhasan Char jusqu’à ce qu’un groupe d’experts indépendants détermine si c’est un lieu approprié. Washington ayant versé depuis août 2017 669 millions de dollars d’aide à Dacca, on peut imaginer que cette suggestion sera entendue.
    Les « défaillances systémiques » de l’ONU

    Les Nations unies sont pour l’instant discrètes sur ce dossier. On sait seulement qu’une délégation doit se rendre sur l’île les jours prochains. Il est vrai que face à ce qui s’est passé ces dernières années en Birmanie, et surtout face à la question des Rohingyas, la position de l’ONU n’a pas toujours été claire et son action a longtemps manqué de lucidité et d’efficacité. C’est le moins qu’on puisse dire.

    Certes l’actuel secrétaire général, António Guterres, a réagi rapidement et vigoureusement au sanglant nettoyage ethnique qui venait de commencer en Birmanie en adressant dès le 2 septembre 2017 une lettre au Conseil de sécurité dans laquelle il demandait un « effort concerté » pour empêcher l’escalade de la crise dans l’État de Rakhine, d’où 400 000 Rohingyas avaient déjà fui pour échapper aux atrocités.

    Mais il n’a pu obtenir de réaction rapide et efficace du Conseil. Il a fallu discuter deux semaines pour obtenir une réunion et 38 jours de plus pour obtenir une déclaration officielle de pure forme. Quant à obtenir l’envoi sur place d’une équipe d’observateurs de l’ONU en mesure de constater et dénoncer l’usage de la violence, il en était moins question que jamais : la Birmanie s’y opposait et son allié et protecteur chinois, membre du Conseil et détenteur du droit de veto, soutenait la position du gouvernement birman. Et personne, pour des raisons diverses, ne voulait s’en prendre à Pékin sur ce terrain.

    En l’occurrence, l’indifférence des États membres, peu mobilisés par le massacre de Rohingyas, venait s’ajouter aux divisions et différences de vues qui caractérisaient la bureaucratie de l’ONU dans cette affaire. Divergences qui expliquaient largement l’indifférence et la passivité de l’organisation depuis la campagne anti-Rohingyas de 2012 jusqu’au nettoyage ethnique sanglant de 2017.

    Incarnation de cette indifférence et de cette passivité, c’est-à-dire de la priorité que le système des Nations unies en Birmanie accordait aux considérations politiques et économiques sur la sécurité et les besoins humanitaires des Rohingyas, Renata Lok-Dessallien, la représentante de l’ONU en Birmanie depuis 2014, a quitté ses fonctions en octobre 2017, discrètement appelée par New York à d’autres fonctions, en dépit des réticences du gouvernement birman. Mais il était clair, à l’intérieur de l’organisation, qu’elle n’était pas la seule responsable de cette dérive désastreuse.

    Dans un rapport de 36 pages, commandé début 2018 par le secrétaire général et remis en mai dernier, l’économiste et diplomate guatémaltèque Gert Rosenthal, chargé de réaliser un diagnostic de l’action de l’ONU en Birmanie entre 2010 et 2018, constate qu’en effet, l’organisation n’a pas été à son meilleur pendant les années qui ont précédé le nettoyage ethnique d’août 2017 au cours duquel 7 000 Rohingyas au moins ont été tués, plus de 700 000 contraints à l’exil, des centaines de milliers d’autres chassés de leurs villages incendiés et enfermés dans des camps, le tout dans un climat de violence et de haine extrême [le rapport – en anglais – peut être lu ici].

    Selon Gert Rosenthal, qui constate des « défaillances systémiques » au sein de l’ONU, nombre d’agents des Nations unies ont été influencés ou déroutés par l’attitude de Aung San Suu Kyi, icône du combat pour la démocratie devenue, après les élections de 2015, l’alliée, l’otage et la caution des militaires et du clergé bouddhiste. C’est-à-dire la complice, par son silence, des crimes commis en 2017. Mais l’auteur du rapport pointe surtout la difficulté, pour les agences de l’ONU sur place, à choisir entre deux stratégies.

    L’une est la « diplomatie tranquille » qui vise à préserver dans la durée la présence et l’action, même limitée, de l’organisation au prix d’une certaine discrétion sur les obligations humanitaires et les droits de l’homme. L’autre est le « plaidoyer sans concession » qui entend faire respecter les obligations internationales par le pays hôte et implique éventuellement l’usage de mesures « intrusives », telles que des sanctions ou la menace de fermer l’accès du pays aux marchés internationaux, aux investissements et au tourisme.

    À première vue, entre ces deux options, le secrétaire général de l’ONU a fait son choix. Après une visite à Cox’s Bazar, en juillet 2018, il affirmait qu’à ses yeux, « les Rohingyas ont toujours été l’un des peuples, sinon le peuple le plus discriminé du monde, sans la moindre reconnaissance de ses droits les plus élémentaires, à commencer par le droit à la citoyenneté dans son propre pays, le Myanmar [la Birmanie] ».

    Il reste à vérifier aujourd’hui si, face à la menace brandie par Dacca de transférer jusqu’à 100 000 réfugiés rohingyas sur une île concentrationnaire et submersible, les Nations unies, c’est-à-dire le système onusien, mais aussi les États membres, choisiront le « plaidoyer sans concession » ou la « diplomatie tranquille ».

    https://www.mediapart.fr/journal/international/131119/le-bangladesh-veut-il-noyer-ses-refugies-rohingyas?onglet=full

    #réfugiés #asile #migrations #rohingyas #Bangladesh #camps_de_réfugiés

    ping @reka

    • Bangladesh Turning Refugee Camps into Open-Air Prisons

      Bangladesh Army Chief Gen. Aziz Ahmed said this week that a plan to surround the Rohingya refugee camps in #Cox’s_Bazar with barbed wire fences and guard towers was “in full swing.” The plan is the latest in a series of policies effectively cutting off more than 900,000 Rohingya refugees from the outside world. The refugees have been living under an internet blackout for more than 75 days.

      Bangladesh is struggling to manage the massive refugee influx and the challenges of handling grievances from the local community, yet there is no end in sight because Myanmar has refused to create conditions for the refugees’ safe and voluntary return. But fencing in refugees in what will essentially be open-air prisons and cutting off communication services are neither necessary nor proportional measures to maintain camp security and are contrary to international human rights law.

      Humanitarian aid workers reported the internet shutdown has seriously hampered their ability to provide assistance, particularly in responding to emergencies. The fencing will place refugees at further risk should they urgently need to evacuate or obtain medical and other humanitarian services.

      Refugees told Human Rights Watch the fencing will hinder their ability to contact relatives spread throughout the camps and brings back memories of restrictions on movement and the abuses they fled in Myanmar.

      The internet shutdown has already hampered refugees’ efforts to communicate with relatives and friends still in Myanmar, which is critical for gaining reliable information about conditions in Rakhine State to determine whether it is safe to return home.

      The Bangladesh government should immediately stop its plans to curtail refugees’ basic rights or risk squandering the international goodwill it earned when it opened its borders to a desperate people fleeing the Myanmar military’s brutal campaign of ethnic cleansing.

      https://www.hrw.org/news/2019/11/26/bangladesh-turning-refugee-camps-open-air-prisons
      #internet #barbelés #liberté_de_mouvement

  • Vincent Duclert : « Jamais Picquart n’a été le précurseur de Zola, jamais il n’aurait écrit “J’accuse” »

    https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/11/12/vincent-duclert-jamais-picquart-n-a-ete-le-precurseur-de-zola-jamais-il-n-au

    L’historien Vincent Duclert estime que le film de Roman Polanski donne une image héroïque qui trahit la réalité du militaire engagé pour faire innocenter Dreyfus.

    Vincent Duclert, historien, est l’un des grands spécialistes de l’affaire Dreyfus, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages de référence. Il vient de publier « Ecrire, c’est résister », la correspondance entre Alfred Dreyfus et son épouse Lucie, de 1894 à 1899 (éd. Folio Histoire, 304 p., 7,90 €).

    Quel regard porte l’historien que vous êtes sur le film de Roman Polanski, « J’accuse » ?

    Dès lors que le film s’ancre dans l’histoire, on est autorisé à le juger sur son rapport à cette matière. Or je constate, pour aller à l’essentiel, que le film donne de son personnage principal, le colonel Picquart, une image qui trahit la réalité.

    Il y apparaît en effet comme un personnage héroïque, qui se sacrifie à la cause de Dreyfus, et qui travaille main dans la main à cet égard avec le camp des dreyfusards. Il n’en fut rien. Comme le montre le récent ouvrage de Philippe Oriol, Le Faux Ami du capitaine Dreyfus, Picquart, dont il ne faut pas nier pour autant le rôle important qu’il a joué, n’a jamais agi que pour défendre sa propre cause quand il a été menacé, il n’a jamais collaboré avec les dreyfusards. Bien au contraire, il a toujours songé à défendre l’armée, il ne s’est jamais dépris de son antisémitisme ni de son aversion à l’égard de Dreyfus.

    En un mot, rien ne trahit mieux les raccourcis navrants du film que son titre : jamais Picquart n’a été le précurseur de Zola, jamais il n’aurait écrit « J’accuse ».

    Cette héroïsation de Picquart a enfin pour regrettable effet de donner de Dreyfus, par contraste, une image de pure victime. Il se trouve que cette image a longtemps collé au personnage. Or, Dreyfus fit montre d’un grand stoïcisme et d’une remarquable capacité de résistance. Sa correspondance avec sa femme Lucie en témoigne fortement. Dreyfus est en vérité ce qu’on semble encore avoir beaucoup de mal à concevoir : un héros juif.

    […] #mur_d'argent

  • Le cauchemar de « l’hôpital du futur » | Frédéric Pierru
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/10/PIERRU/60490

    « Du vent ». C’est ainsi que les urgentistes en grève ont qualifié le plan présenté par la ministre de la santé le 9 septembre. À des services au bord de l’implosion elle propose une enveloppe rachitique, ponctionnée sur d’autres secteurs, eux-mêmes en difficulté. Faut-il dès lors parler de « crise » de l’hôpital ou de « casse » — un projet de longue haleine visant à livrer une institution emblématique au privé ? Source : Le Monde diplomatique

  • L’accord controversé de Google avec plus de cent cinquante hôpitaux aux Etats-Unis
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/11/12/l-accord-controverse-de-google-avec-plus-de-cent-cinquante-hopitaux-aux-etat

    Le géant du numérique assure que le partenariat avec Ascension révélé par le « Wall Street Journal », qui lui donne accès aux données médicales de millions de patients sans leur consentement, est légal. « Exclusif : Nightingale, le projet secret de Google, amasse les données personnelles de santé de millions d’Américains » : le titre de cet article publié par le Wall Street Journal mardi 11 novembre a de quoi faire peur. D’autant plus que, selon le quotidien, « les patients n’ont pas été informés » de cette (...)

    #Apple #Google #cloud #algorithme #cloud #BigData #data #publicité #santé #Ascension (...)

    ##publicité ##santé ##Nightingale

  • « L’effondrement de la vie sous nos latitudes reste largement sous le radar médiatique »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/09/l-effondrement-de-la-vie-sous-nos-latitudes-reste-largement-sous-le-radar-me

    Par Stéphane Foucart

    Chronique. La probabilité est forte que l’information la plus importante de la semaine écoulée vous ait échappé. On cherche en vain sa trace dans la conversation publique : elle en est complètement absente. Et pour cause, en France, à peu près aucun média, ni audiovisuel, ni imprimé, ni électronique, n’en a rendu compte (à l’exception du Monde). Elle a pourtant été publiée dans l’édition du 31 octobre de la revue Nature, la plus prestigieuse des revues scientifiques, mais l’attention médiatique était alors, semble-t-il, ailleurs.

    La revue britannique publiait ce jour-là l’étude la plus ambitieuse et la plus précise conduite à ce jour sur le déclin des insectes (et des arthropodes en général) ; elle montre, au-delà du doute raisonnable, que le crash en cours des populations d’invertébrés terrestres est plus rapide encore que les estimations publiées jusqu’à présent. Ses résultats sont à vous glacer le sang.

    Tout désigne les pratiques agricoles, notamment le recours systématique et prophylactique à la chimie de synthèse. Les travaux de M. Weisser et ses collègues indiquent la même direction, le déclin de la vie dans les prairies, notamment, étant « d’autant plus sévère qu’elles sont insérées au cœur de zones agricoles », écrivent les chercheurs.

    En France, de rares données non encore publiées indiquent que l’effondrement des arthropodes est d’ampleur similaire à ce qui se produit en Allemagne. Et, en France comme ailleurs, toute la faune insectivore s’effondre à une vitesse vertigineuse. Les oiseaux des champs ont perdu près d’un tiers de leur effectif en quinze ans, les chauves-souris disparaissent plus vite encore, avec un déclin de 30 % en une décennie, et les amphibiens ne se portent pas beaucoup mieux.

    Pendant que vie disparaît de nos paysages, les semi-vérités et les éléments de langage distillés par les communicants de l’agro-industrie font diversion, ils sculptent et orientent la conversation publique avec une efficacité qui force l’admiration. Agriculture intensive ? Il faut plutôt parler d’« agriculture de précision », expression inlassablement ressassée, destinée à bâtir de la confusion en abolissant le sens des mots — la « précision » invoquée ici étant plutôt celle du tapis de bombe.

    La critique du modèle agricole dominant ? Il s’agit en réalité d’« agribashing », mot-valise inventé par les propagandistes de l’agro-industrie qui, après quelques mois d’incubation sur les réseaux sociaux, a fini dans la bouche du ministre de l’agriculture lui-même. Le but recherché est là encore la confusion : parler d’« agribashing », c’est assimiler la stigmatisation injuste des agriculteurs à la critique du système qui les a paupérisés, menace leur santé et celles de leurs voisins et qui compromet leur avenir en détruisant la biodiversité.

    #Effondrement #Insectes #Perturbateurs_endocriniens #Pesticides #Agriculture