• Coronavirus. Un hélicoptère de nuit pour faire respecter le confinement en Loire-Atlantique
    https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-un-helicoptere-de-nuit-pour-faire-respecter-le-confinement-

    À l’aide de ses caméras infrarouges, l’hélicoptère de la gendarmerie a pour mission de repérer, de nuit, les contrevenants au confinement. Un dispositif a été mis en place au nord de Nantes. Trois jeunes gens, voitures garées, alcoolisés, ont été verbalisés à Sucé-sur-Erdre. Il y avait le drone de la gendarmerie, sorti des cartons pour identifier, depuis les airs, les personnes qui ne respectent pas le confinement. Il y a aussi l’hélicoptère de la gendarmerie, venu de Rennes, qui survole de nuit (...)

    #aérien #CCTV #température #vidéo-surveillance #santé #surveillance

    ##santé

    • CONFINEMENT & DÉLIRE TOTALITAIRE : UN HÉLICOPTÈRE NOCTURNE AVEC VISION INFRAROUGE À NANTES

      3 jeunes verbalisés. Les autorités mettent des moyens illimités pour surveiller la population

      Il n’y a pas de masques ni de tests dans les hôpitaux pour faire face à la pandémie, mais les autorités déploient des moyens gigantesques pour surveiller et réprimer. Des drones sont utilisés dans de nombreuses villes pour traquer les personnes qui sortent de chez elles, et les menacer avec des hauts parleurs. Des scènes qu’on croirait sorties d’un mauvais film de science fiction.

      Une étape supplémentaire est franchie localement. En plus du drone qui survole Nantes en journée, un hélicoptère sillonne le ciel de la métropole la nuit ! Ouest-France explique qu’un « hélicoptère de la gendarmerie, venu de Rennes, vole au dessus de Nantes pour repérer les contrevenants croyant passer inaperçus dans le noir. » Surveillance totale, 24H/24.

      Le journal ajoute : « la noirceur de la nuit n’est pas un obstacle. Les caméras infrarouges de l’appareil sont capables de deviner à des centaines de mètres la présence d’êtres humains ou d’animaux. Autre avantage pour les forces de l’ordre : de là où il est, l’hélico ne peut être ni vu, ni entendu, par les personnes au sol. »

      Des moyens technologiques de pointe, dignes de l’antiterrorisme, ou plus récemment utilisés pour surveiller les frontières, sont à présent déployés contre la population pour lui imposer un confinement de plus en plus absurde. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’hélicoptère a repéré « trois jeunes gens, à bord de deux véhicules garés à Sucé-sur-Erdre », au nord de Nantes. La terrible menace a immédiatement été neutralisée avec des amendes. Le patron du MEDEF et les habitants des beaux quartiers qui violent le confinement subiront-ils de tels dispositifs ?

      Pour rappel, une seule heure de vol d’un hélicoptère coûte entre 3 et 6000 euros. Pour fliquer 3 jeunes donc. L’hôpital est exsangue, mais tous les moyens sont bons pour la répression.

      La pandémie est décidément l’occasion pour les autorités de tester in vivo leurs innovations de contrôle. Le monde de l’après-confinement s’annonce encore plus sombre que celui qui précédait la crise.
      L’une des personnes contrôlées, un travailleur de Sucé-sur-Erdre, nous a envoyé son témoignage. Le contrôle a été particulièrement violent. Le voici :

      « Nous somme collègues, travaillant en tant que paysagistes. Après notre travail nous nous sommes rejoint pour boire un coup ensemble. Vers 22H nous avons vu un hélicoptère avec des lumières verte , bleue et rouge au dessus de nous.

      20 minutes plus tard, 5 voitures de gendarmerie arrive avec au minimum 15 gendarmes. Nous avons été pointés directement à l’arme à feu avec mains sur la tête. Avec des paroles de gendarmes qui resteront dans nos têtes : « si tu bouge je te fracasse au sol », etc …

      Nous leurs avons dit directement que nous étions pas des personnes dangereuse, il n’y aurait aucun gestes brusque. Mais même après 30 minutes passées avec eux, on devait justifier nos gestes . Les mains sur la portière pendant qu’il fouillait notre voiture.

      Nous avons été très correct avec eux. J’ai subi une fouille intégrale en étant obligé de baisser mon pantalon ainsi que mon caleçon pour leur prouver qu’on ne cachait rien. L’interpellation a duré 1H30 en nous demandant d’ouvrir chaque partie de notre voiture. Quand tu entends les gendarmes te dire « oui c’est à cause de personnes comme vous que des gens meurent » alors que la plupart n’avaient aucun gant ni masque et qu’on se faisait crier dessus à 30 centimètres …

      Au final il nous ont verbalisé, et nous ont laissé tous les 3 à l’endroit de l’interpellation. Est-ce nécessaire tout cela ? Moi et mon collègue travaillons tout les jours, même depuis le confinement .

      On ne comprend pas en quoi on ne respecte pas le confinement en buvant quelque bières avec mon collègue alors que l’on se croise tous les jours, on se dit bonjour tous les jours. »

      Se faire pointer par des gendarmes avec des armes avec mains sur la tête . Est-ce normal ?

      https://www.nantes-revoltee.com/confinement-delire-totalitaire-un-helicoptere-nocturne-avec-vision-

  • L’Aide Sociale à l’Enfance implose
    https://blogs.mediapart.fr/marine-bruneau-luce-toutecrue/blog/220320/l-aide-sociale-l-enfance-implose

    Au quotidien je travaille comme éducateur dans un secteur de l’Aide Sociale à l’Enfance. Ma fonction consiste, principalement, à faire l’interface entre les différents services qui vont intervenir dans la prise en charge d’un enfant :

    – La Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes qui est un service spécialisé de l’ASE en charge de la réception, et de l’évaluation des informations préoccupantes. Ils font également le lien avec le Parquet des Mineurs (service du Procureur de la République).

    – Le Tribunal Pour Enfants. En France la majorité des enfants sont confiés par le Juge des Enfants. Les situations sont revues tous les ans en général. Le Magistrat est souvent sollicité durant une mesure pour, réduire ou élargir un droit de visite ou d’hébergement, ou simplement information concernant un incident.

    – Les partenaires qui interviennent dans les situations : Service social de secteur, Protection Maternel et Infantile, Centre Médico-Psychologues, service de l’éducation national, Protection Judiciaire de la Jeunesse, etc. Les situations des enfants confiés sont complexes, multi-problématiques et il est nécessaire de travailler avec toutes les institutions impliquées.

    – Les services d’accueil des enfants, que ce soit les services d’accueil familiaux (en charge des enfants accueillis dans des familles d’accueil), les foyers (appelé MECS dans notre jargon) et les Lieu de Vie (des établissements à petit effectif proposant des médiations spécifiques comme l’équithérapie par exemple).

    Et bien sûr les familles et les jeunes enfants pris en charge. Dans la logique, mon activité principale devrait être de pouvoir les rencontrer régulièrement, et pouvoir travailler avec eux sur leurs besoins et difficultés, la systémie familiale et la résolution des difficultés. En pratique, je rencontre rarement les familles, et encore moins la majorité des jeunes. Parce que notre quotidien c’est de répondre à l’urgence.

    Chaque jour de nouveaux placements sont décidés, mais surtout il faut trouver, presque chaque soir, des solutions pour nos « incasables ». Des jeunes au parcours de vie chaotique qui mettent en échec les prises en charges, et continuellement reviennent vers les services ASE. Souvent, il faut attendre jusqu’à 19h pour avoir une place pour une nuit, et dès le lendemain la situation recommence.

    Au-delà de la difficulté à prendre en charge les jeunes les plus abimés, il y a la nécessité de répondre aux besoins des trente-quatre jeunes dans notre file active. Chacun avec son histoire, ses besoins. Notre quotidien est aussi envahi par les temps de réunion (service, équipe, synthèse, etc.)

    La conséquence est que notre attention est toujours mobilisée par les enfants qui se font le plus remarquer, et jamais par ceux qui « ne bougent pas ». Chaque nouveau placement demande une énergie folle pour trouver un lieu d’accueil, qui si possible corresponde aux besoins de l’enfant. Souvent il ira « là où y a de la place ».

    La loi prévoit que nous établissions un Projet Pour l’Enfant afin d’avoir des axes de travail avec la famille et l’institution d’accueil. Dans la pratique il n’est presque jamais possible de les réaliser.

    Alors en temps normal chaque journée est déjà compliquée. La fonction n’a rien de simple, les collègues tiennent en moyenne deux ans et demie. Ce turn-over signifie pour nous qu’il faut former en permanence de nouveaux arrivants. Et souvent les voir souffrir, craquer à petit feu et au final quitter le service. Dans leurs parcours les enfants confiés auront couramment six à sept référents. A chaque fois, avec leur famille, ils leurs faudra se ré-habituer à un nouvel interlocuteur, souvent ré-expliquer leur histoire.

    Cette situation de crise perpétuelle, personne ne la voit au quotidien : à la différence de la crise de l’hôpital qui est visible par tous les français, la crise de l’ASE ne concerne, elle, « que » les 300 000 enfants et leurs familles, qui sont accompagnés par un service en France. La majeure partie des parents d’enfants confiés sont des personnes vulnérables, peu en capacité de se faire entendre.

    Et là, il y a cette crise du COVID-19…

    Le séisme que représentent les mesures nécessaires pour contenir la pandémie concerne chaque français, je n’aurais pas la prétention de dire qu’elle est plus difficile pour nous que pour les autres. Je n’oublie pas le sort des personnels soignants, de la grande distribution et du transport. Mais elle a pour conséquence immédiate de faire purement imploser le système de prise en charge ! Les personnels des foyers n’ont pas été mis dans la catégorie des agents qui pouvaient bénéficier de l’accueil en école pour leurs enfants. La conséquence a été que dès lundi de nombreuses structures ont fermé, ou dû réduire leurs effectifs dans l’urgence. Toute la semaine il a été nécessaire d’orienter des enfants, souvent loin de chez eux, dans l’urgence et sans préparation. Des enfants exposés potentiellement au virus. Les familles n’ont souvent étés prévenues qu’après leurs départs de la structure d’accueil.

    Et il y a les mesures actuelles : si certains parents se plaignent d’être enfermés toute la journée avec leurs progénitures, les enfants accueillis ne reverront quant à eux pas leur famille avant la fin de la crise. Il a fallu expliquer cette semaine aux parents d’enfants accueillis que les visites étaient suspendues jusqu’à nouvel ordre.

    Et après la gestion de l’urgence il va y avoir la vague, les services de prévention intervenant au domicile des familles sont fermés jusqu’à nouvel ordre (ils maintiennent une permanence téléphonique). Dans les semaines à venir beaucoup de situations de familles fragiles vont exploser. Le nombre de placements va exploser. Sauf que cette fois il ne sera pas possible, même en comptant sur toute la motivation des agents, de trouver des solutions de bric et de broc.

    Au mois d’avril la gestion de ces situations va se greffer au désastre sanitaire. Si le bilan humain sera là quasi nul je l’espère, le bilan social sera, lui, élevé. J’ignore comment la situation pourra être prise en charge, mais cette fois la question de la prise en charge des enfants confiés ne doit pas rester dans le huis-clos habituel. »

    Voilà ce que m’écrit un collègue cette nuit. Nous échangeons très souvent et je connais bien le système ASE, pour y avoir travaillé six ans. Cette fois, il n’en peut plus.

    Le virus a attaqué notre « système humanitaire ». Toute la semaine mon collègue a géré des urgences, été bien seul - plus encore que d’habitude. Notre colère est là depuis longtemps mais nous avons fait avec, à notre petit niveau de travailleurs sociaux. Nous n’avons eu de cesse, collectivement, de nous adapter, à chaque remaniement, à chaque poste supprimé ou déplacé, à chaque perte de moyen, jusqu’à la perte de sens.

    Loin de nous l’idée de faire des polémiques, mais lorsqu’on parle de notre travail ce n’est que pour évoquer du négatif, des placements qui seraient abusifs. Sauf qu’en France un enfant meurt sous les coups de ses parents tous les cinq jours, sans compter ceux qui survivent et subissent pendant toute leur enfance, brisés. Toute cette souffrance, quand elle est signalée, c’est nous, travailleurs sociaux, qui la gérons, trouvons des solutions au quotidien et dans un système toujours plus contraint. L’Aide Sociale à l’Enfance est nécessaire, c’est un bien public, un bien de santé publique, que l’on s’acharne à décharner. A nous deux, nous avons travaillé dans ce système plus de dix ans, nous l’avons vu s’effondrer chaque année un peu plus. Et nous, travailleurs sociaux, englués dans notre fonctionnement sacrificiel, nous avons continué à travailler. Aujourd’hui ce qui se passe n’est plus non seulement acceptable, mais plus encore, supportable.

    Nous avons les yeux rivés sur les enfants, et nous constatons dans ce temps grave que rien n’a été prévu pour les protéger en cas de pandémie ou d’événement grave de façon plus générale !

    C’est la goutte qui fait déborder le vase de la honte et de la colère mêlées. Aujourd’hui, l’Aide Sociale à l’Enfance a besoin de moyens concrets, pas d’arrangements. Que tous les enfants soient mis à l’abri, car ils sont notre seul réel bien, notre avenir. Que soit repensé ce système et que ceux qui l’actent au quotidien soient entendus, respectés, reconnus. L’Aide Sociale à l’Enfance se meurt, l’entendrez-vous ?!

    Texte soumis au paragraphe L 111.1 du Code de la Propriété intellectuelle

  • Carnet d’un confiné, #Coronavirus 2020
    http://www.davduf.net/carnet-d-un-confine-coronavirus-2020

    MARDI 17 MARS 2020, Jour 1 MATIN Ce matin, en boucle, les speakers télé et radio se repaissent du mot guerre. Ils le répètent, à l’envi, en faisant des ronds, comme un grand mot, trop gros pour eux, comme le Président hier, et son second, Castaner. On dirait des gamins qui attendent l’enrôlement. Ces journalistes frémissent à l’idée d’avoir enfin quelque chose d’important à faire. La fonction créé l’uniforme. Guerre. Guerre. Guerre. Il y a quelque chose de touchant dans ces rouages de la propagande. LUNDI (...) #Coronavirus

    / Une

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/150320/les-epidemies-sont-marquees-par-un-accroissement-du-pouvoir-militaire

    #Coronavirus #CarnetDunConfiné

  • « Les policiers auraient pu le désarmer s’ils l’avaient voulu » : retour sur la mort de Babacar Gueye
    https://www.bastamag.net/Tue-par-la-police-Babacar-Gueye-violences-policieres-legitime-defense-enqu

    Babacar Gueye est tué par la police le 3 décembre 2015 à Rennes. Le jeune homme, en détresse psychologique, tenait un couteau lorsque les agents l’abattent, invoquant la légitime défense. De nombreuses questions et points obscurs entourent cependant ce drame. Basta ! a mené sa contre-enquête. C’était il y a un peu plus de quatre ans, le 3 décembre 2015. Ce jour là, Awa Gueye ne se sent pas très bien. Elle est restée éveillée une partie de la nuit, sans savoir pourquoi. En milieu de matinée, Adama, un (...) #Décrypter

    / #Justice, #Violences_policières, #Enquêtes, A la une

  • Le préfet Lallement sous pression après les « violences inadmissibles » à la marche des femmes
    https://www.huffingtonpost.fr/entry/prefet-lallement-sous-pression-apres-les-violences-inadmissibles-a-la

    Il n’aura fallu que quelques heures pour passer de la théorie à la pratique. Samedi 7 mars dans la soirée, plusieurs centaines de féministes réunies aux abords de la place de la République à Paris ont été violemment chargées, traînées, violentées par des forces de l’ordre. Quelques heures auparavant, Mediapart publiait une longue enquête dans laquelle certains responsables de gendarmerie s’émeuvent des pratiques du patron du maintien de l’ordre dans la capitale : Didier Lallement.

    Un nom qui n’est plus inconnu aux yeux du grand public. L’homme, choisi par Emmanuel Macron pendant que Paris était secouée par les manifestations de gilets jaunes, a depuis été au centre de beaucoup de polémiques. Et sa responsabilité souvent mise en cause, malgré le soutien indéfectible de Christophe Castaner pour qui “il n’y a pas de problème Lallement”.

    “Pas de problème” ? Les écologistes, la gauche, les manifestants, les gendarmes et désormais les féministes pensent le contraire. Ou dénoncent du moins les nouvelles pratiques de la police parisienne, avec comme dernier épisode en date : une manifestation féministe brutalement interrompue dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 mars...

  • Un recul historique de la garantie des droits et des droits des femmes en France


    8 mars 2020 Par Kouroch Bellis Blog : Le blog de Kouroch Bellis
    https://blogs.mediapart.fr/kouroch-bellis/blog/080320/un-recul-historique-de-la-garantie-des-droits-et-des-droits-des-femm

    Les actions ostensibles en faveur du droit des femmes de la majorité présidentielle constituent parfois de réelles avancées. Cependant, la garantie des droits des personnes placées en situation de discrimination passe avant tout par la garantie des droits de tous. Or, cette garantie a fait l’objet d’un recul sans précédent ces dernières années, alors que la situation était déjà alarmante.

    L’égalité entre les femmes et les hommes a été déclarée « grande cause » du présent quinquennat. Les « actions » ostensibles de la majorité présidentielle en faveur des droits des femmes ne manquent pas et aboutissent parfois à des avancées. Néanmoins, il ne faut pas qu’elles aveuglent sur la véritable nature de l’action gouvernementale quant aux droits des femmes, dont la garantie connaît un recul historique. Simplement, ce recul, commandé par une logique comptable, passe par des mesures techniciennes dont l’enjeu crucial est moins évident pour le grand public.

    Le recul le plus manifeste est l’abandon « expérimental » du jury populaire en première instance pour les crimes jugés les moins graves, y compris le viol, dont les femmes sont les principales victimes. Puisque l’on constate des dysfonctionnements dus à un manque de moyens dans les procès pour crimes, plutôt que d’apporter ces moyens, on a décidé de retirer pour les accusés et victimes la garantie d’une justice bonne et entière.

    Me « Tî » écrivait sur Twitter : « J’ai reçu aujourd’hui un nouveau client. Un garçon de 23 ans qui a été violé pendant 10 ans par son père. Il m’a parlé de ce qu’il a subi, les caresses, les fellations, les sodomies, la violence quotidienne, et surtout l’emprise. Deux heures de rendez-vous. L’emprise de son père était absolue. Un déménagement par an, impossibilité de se faire des amis, interdiction de parler aux tiers... Bref, une enfance détruite, et tout à reconstruire, voire à apprendre. Je lui ai expliqué le système des assises, avec des gens issus de la société qui jugeaient les crimes. Il était rassuré de voir que la société considérait ce qu’il avait subi comme un crime grave.

    Bientôt, ces infractions ne seront plus jugées par des cours d’assises avec des jurés mais par des tribunaux criminels départementaux. 5 juges professionnels, sans jurés et une procédure accélérée. Je ne m’imagine pas dire à ces clients qui ont eu leur vie détruite, que leurs affaires sont considérées par la loi comme des sous crimes qui seront jugés en une demi-journée simplement parce que les jurés populaires ont été supprimés faute de moyens.

    [Mme Belloubet, Mme Avia,] ce n’est pas vous qui tendez les mouchoirs à ces victimes en larmes. Ce n’est pas vous qui faites rempart entre ces victimes et leur bourreau lors de l’audience. Ce n’est pas vous qui ressentez l’émotion des clients pendant trois jours d’assises ni leur soulagement de voir les jurés les écouter. Ce sont nous, les avocats, les greffiers et les magistrats qui ressentons cela lors des audiences d’assises où les parties ont le temps de s’exprimer, où la justice prend le temps de comprendre. Vous, vous voulez supprimer tout cela sans avoir cherché à comprendre comment cela fonctionne. Sans vous préoccuper de la souffrance des victimes ni des attentes des accusés. Et vous devriez avoir honte. »

    Me « Mô » écrivait ailleurs avoir vu en assises, entre autres, « un gamin de sept ans bouleverser les neufs adultes chargés de juger son violeur, en leur disant plein d’une fierté inouïe « ça y est, je crois que je n’ai plus peur » ».

    L’ampleur de ce recul est néanmoins bien plus grande encore et passe par un recul de l’accès à la justice en général. En effet, le caractère discriminatoire d’une injustice n’est pas nécessairement apparent et, bien souvent, la meilleure lutte contre une discrimination est la simple application du droit qu’on appliquerait de manière égale pour tous.

    Lorsqu’une femme est traitée de manière illégale par son bailleur, par son partenaire commercial, etc., l’insidieux sexisme qui peut s’infiltrer dans ces rapports n’est souvent pas apparent ou prouvable. Les droits sont égaux pour tous, mais leur garantie bénéficie surtout à ceux qui sont structurellement placés en état de vulnérabilité. Or, constatant que le budget de la justice civile n’est pas à la hauteur, au lieu de nous donner les moyens de notre ambition d’une société dans laquelle les droits de tous, sans distinction, sont garantis, la majorité présidentielle mène une politique d’amputation de ces garanties.

    On ne compte plus les cris d’alarme des magistrats, greffiers et avocats sur l’état de la justice en France. La France consacre environ 66 euros annuels par habitant pour la justice, soit environ la moitié de l’Allemagne et le quart de la Suisse. Un Français doit attendre en moyenne 304 jours pour voir son cas jugé en première instance, contre 19 au Danemark.

    Les efforts réels faits en matière de recrutement sont loin d’être à la hauteur de la crise que la justice connaît et ceux en matière budgétaire n’ont pas été dirigés à titre principal vers la justice civile et pénale. De sorte qu’il est étonnant que la société civile ne considère pas cette question comme la priorité absolue, notamment en période électorale.

    N’importe quel citoyen peut faire l’objet d’un procès, civil ou pénal, et les magistrats, même talentueux, n’ont pas aujourd’hui les capacités humaines pour analyser comme il se doit les épais dossiers qui s’accumulent dans leurs bureaux et par rapport auxquels la société leur donne le devoir sacré de juger. Autrement dit, le risque pour n’importe quel citoyen d’être placé dans une longue détention provisoire (avant tout procès, environ 28 % des détenus en France) ou d’être injustement condamné au civil ou au pénal n’a jamais été plus grand. Cela devrait interpeller tout citoyen, qui devrait exiger au moins un doublement du budget de la justice civile et pénale (sans noyer le chiffre dans celui de « la justice » en général, qui comprend aussi la justice administrative et l’administration pénitentiaire).

    Non content de ne pas remédier comme elle se doit à cette situation – c’est-à-dire avec des moyens et recrutements à la hauteur de l’enjeu –, la majorité présidentielle a décidé de réformer la justice civile dans la même logique qui a présidé au fait de supprimer les jurys populaires pour ce qui deviendrait des « sous-crimes ». Par la loi du 23 mars 2019 et le décret du 11 décembre 2019, sous couvert de plus grande efficacité de la justice, les gouvernants ont décidé de moins garantir les droits en dissuadant les citoyens d’avoir accès aux tribunaux. Ceci s’inscrit dans la lignée de ce qui s’est fait par le passé, mais dans une mesure sans précédent. Eux l’ont fait à travers une série de règles trop techniques et compliquées pour que ces citoyens prennent la juste mesure de ce recul toujours plus grand de l’État dans sa mission régalienne de justice.

    En autres choses, les jugements de première instance devront être exécutés même en cas d’appel et l’obligation de conciliation formalisée préalable à toute action en justice a été étendue. D’ailleurs, la plupart des dispositions très techniques et absconses du décret du 11 décembre étaient applicables au 1er janvier 2020, de manière à ce que les greffes et magistrats en sous-effectifs n’aient eux-mêmes pas le temps de bien comprendre les règles de procédure qu’ils doivent faire appliquer.

    Une justice avec moins de jurys, une justice plus chère, une justice qui n’a pas les moyens humains et financiers de bien juger… Cela ne suffisait pas. Voilà désormais que la majorité présidentielle persiste dans sa volonté d’aligner le régime de retraite des avocats sur le nouveau régime général. Faire couler l’avocature de proximité sous le flot des cotisations sociales, donner un monopole de fait aux gros cabinets d’avocats dont l’accès pour beaucoup de citoyens sera désormais trop onéreux pour engager un procès ou y prendre part efficacement, voici, semble-t-il, le projet de la majorité présidentielle.

    Peut-être le titre de certaines actions qui visent à protéger tel ou tel intérêt, et qui comprennent parfois de réelles avancées, permettra à la majorité présidentielle de faire croire temporairement qu’ils agissent en faveur de ces intérêts. L’Histoire, elle, retiendra le recul majeur de la garantie des droits que la France connaît et qui touche en particulier ceux dont les droits sont le plus susceptibles d’être bafoués.

    #injustice #viol #enmarche

  • (4) Violences conjugales par des policiers et gendarmes : « Il y a une sorte de sacralisation de la parole de ces hommes » - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2020/01/31/violences-conjugales-par-des-policiers-et-gendarmes-il-y-a-une-sorte-de-s

    Silence, on cogne (1) est un cri d’alerte à deux voix. Celle d’Alizé Bernard, 32 ans, battue plusieurs années par son ex-conjoint gendarme. Et celle de Sophie Boutboul, journaliste ayant enquêté durant un an et demi pour recueillir la parole de magistrats, de forces de l’ordre et d’une vingtaine de victimes de violences conjugales d’un (ex-) compagnon policier ou gendarme. S’il n’existe pas de chiffres, la Fédération nationale solidarité femmes a recensé, en 2016, 115 appels au 3919 (numéro national d’écoute), de conjointes de policiers ou militaires violentées, sur les 1 210 fiches pour lesquelles la profession de l’auteur présumé était renseignée.

    Ce qui ressort ici, c’est la peur exacerbée par une emprise rendue particulièrement étouffante de par la fonction de l’auteur, la détention d’une arme de service et la nature des menaces, toujours très semblables : « c’est moi, la loi » ; « ta plainte, elle reviendra sur mon bureau », « je connais la procédure », « je peux te mettre sur écoute ». En gros : « J’ai le pouvoir. » Ces intimidations ne sont pas seulement verbales : cela peut être l’arme posée sur la table de nuit ou du salon. Je pense à un policier qui menaçait sa femme : « Une balle pour toi, une balle pour chaque enfant. »

    #violences_masculines #violences_policières

  • Pour mon armée, ma légion
    http://constantinalexandrakis.blogspot.com/2020/03/pour-mon-armee-ma-legion.html

    Aujourd’hui, moi, Constantin Alexandrakis, je suis comme vous face à ça, comme dirait Springora, face à quelque chose qui a l’ampleur d’une épidémie, un problème de santé publique qui est une dévastation qui est un champ de bataille qui est une institution qui a la lourdeur, l’épaisseur de fondations, et aujourd’hui, chères amies-amis, j’aimerais répondre à une question, une vraie question de mortel, une question relativement simple : comment faire pour être heureux face à une telle diablerie ?

  • Césars : « Désormais on se lève et on se barre » | Virginie Despentes
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/01/cesars-desormais-on-se-leve-et-on-se-barre_1780212

    Je vais commencer comme ça : soyez rassurés, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal. Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coups de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête mais derrière vos jérémiades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons, les gros caïds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de consentement, vous ne comptez pas la laisser passer. Source : (...)

    • Et vous savez très bien ce que vous faites - que l’humiliation subie par toute une partie du public qui a très bien compris le message s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misérables, quand vous convoquez sur la scène les corps les plus vulnérables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du violeur célébré ce soir-là et la situation du quartier où ils vivent.

    • oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir. La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre mascarade de respectabilité. Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

    • Il n’y a rien de surprenant à ce que vous ayez couronné Polanski : c’est toujours l’argent qu’on célèbre, dans ces cérémonies, le cinéma on s’en fout. Le public on s’en fout.

      Le public a été voire en masse le dernier Polansky, la cérémonie ne se foute pas du tout du public. C’est le public qui se fout des violé·es. Le public se branle sur du porno plusieurs fois par semaine et il est aussi misogyne et violophile que le jury des césars.
      Le public ce qu’il a préféré du cinéma franças c’est « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? » qui à la 4eme place au Box office, Polansky est 32eme un peu derrière Nicky Lason, autre fleuron du ciné français.
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      On se casse, Ok, c’est bien mais ou on va si on quitte la Macronie avec nos talons hauts et notre robe de soirée de femmes-cis-non-dominée ? on va en Trumpie, en Poutinie, ou en Sevrerinie ? Ou il est ce pays sans viol et sans violophiles ou on irait si on se casse ? Il n’existe même pas en rêve !

    • Césars : « Désormais on se lève et on se barre », par #Virginie_Despentes

      Que ça soit à l’Assemblée nationale ou dans la culture, vous, les puissants, vous exigez le #respect entier et constant. Ça vaut pour le #viol, les exactions de votre #police, les #césars, votre #réforme des #retraites. En prime, il vous faut le #silence de #victimes.

      Je vais commencer comme ça : soyez rassurés, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi #mal. Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coups de #49-3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer #Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête mais derrière vos jérémiades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais #patrons, les gros #caïds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de #consentement, vous ne comptez pas la laisser passer. Où serait le fun d’appartenir au clan des #puissants s’il fallait tenir compte du consentement des #dominés ? Et je ne suis certainement pas la seule à avoir envie de chialer de #rage et d’#impuissance depuis votre belle #démonstration_de_force, certainement pas la seule à me sentir salie par le spectacle de votre orgie d’#impunité.

      Il n’y a rien de surprenant à ce que l’académie des césars élise #Roman_Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est #grotesque, c’est #insultant, c’est #ignoble, mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions à un mec pour faire un téléfilm, le message est dans le budget. Si la lutte contre la montée de l’antisémitisme intéressait le cinéma français, ça se verrait. Par contre, la voix des opprimés qui prennent en charge le récit de leur calvaire, on a compris que ça vous soûlait. Alors quand vous avez entendu parler de cette subtile comparaison entre la problématique d’un cinéaste chahuté par une centaine de féministes devant trois salles de cinéma et Dreyfus, victime de l’antisémitisme français de la fin du siècle dernier, vous avez sauté sur l’occasion. Vingt-cinq millions pour ce parallèle. Superbe. On applaudit les investisseurs, puisque pour rassembler un tel budget il a fallu que tout le monde joue le jeu : Gaumont Distribution, les crédits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… la main à la poche, et généreux, pour une fois. Vous serrez les rangs, vous défendez l’un des vôtres. Les plus puissants entendent défendre leurs #prérogatives : ça fait partie de votre élégance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent. Et c’est exactement à cela que ça sert, la #puissance de vos grosses fortunes : avoir le #contrôle_des_corps déclarés #subalternes. Les #corps qui se taisent, qui ne racontent pas l’histoire de leur point de vue. Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le #respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent. Que ça soit à l’#Assemblée_nationale ou dans la #culture - marre de se cacher, de simuler la gêne. Vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exactions de votre #police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites. C’est votre politique : exiger le silence des victimes. Ça fait partie du territoire, et s’il faut nous transmettre le message par la #terreur vous ne voyez pas où est le problème. Votre #jouissance_morbide, avant tout. Et vous ne tolérez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n’y a rien de surprenant à ce que vous ayez couronné Polanski : c’est toujours l’#argent qu’on célèbre, dans ces cérémonies, le #cinéma on s’en fout. Le public on s’en fout. C’est votre propre puissance de frappe monétaire que vous venez aduler. C’est le gros budget que vous lui avez octroyé en signe de soutien que vous saluez - à travers lui c’est votre puissance qu’on doit respecter.

      Il serait inutile et déplacé, dans un commentaire sur cette cérémonie, de séparer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune différence de comportements. Il est entendu que les grands prix continuent d’être exclusivement le domaine des #hommes, puisque le message de fond est : #rien_ne_doit_changer. Les choses sont très bien telles qu’elles sont. Quand #Foresti se permet de quitter la fête et de se déclarer « écœurée », elle ne le fait pas en tant que meuf - elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la profession à dos. Elle le fait en tant qu’individu qui n’est pas entièrement assujetti à l’#industrie_cinématographique, parce qu’elle sait que votre #pouvoir n’ira pas jusqu’à vider ses salles. Elle est la seule à oser faire une blague sur l’éléphant au milieu de la pièce, tous les autres botteront en touche. Pas un mot sur Polanski, pas un mot sur #Adèle_Haenel. On dîne tous ensemble, dans ce milieu, on connaît les mots d’ordre : ça fait des mois que vous vous agacez de ce qu’une partie du public se fasse entendre et ça fait des mois que vous souffrez de ce qu’Adèle Haenel ait pris la parole pour raconter son histoire d’enfant actrice, de son point de vue.

      Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le #pouvoir_absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs. Enfin, ceux qui leur ressemblent, ceux qui sont puissants. On ne les aime pas malgré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du #talent et du style parce qu’ils sont des violeurs. On les aime pour ça. Pour le courage qu’ils ont de réclamer la #morbidité de leur #plaisir, leur #pulsion débile et systématique de destruction de l’autre, de #destruction de tout ce qu’ils touchent en vérité. Votre plaisir réside dans la #prédation, c’est votre seule compréhension du style. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défendez Polanski : vous exigez qu’on vous admire jusque dans votre #délinquance. C’est cette exigence qui fait que lors de la cérémonie tous les corps sont soumis à une même #loi_du_silence. On accuse le #politiquement_correct et les réseaux sociaux, comme si cette #omerta datait d’hier et que c’était la faute des féministes mais ça fait des décennies que ça se goupille comme ça : pendant les cérémonies de cinéma français, on ne blague jamais avec la susceptibilité des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sourit. Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : #respect et #solidarité. Ne jamais parler en public de ce qui se passe pendant les #castings ni pendant les prépas ni sur les tournages ni pendant les promos. Ça se raconte, ça se sait. Tout le monde sait. C’est toujours la loi du silence qui prévaut. C’est au respect de cette consigne qu’on sélectionne les employés.

      Et bien qu’on sache tout ça depuis des années, la #vérité c’est qu’on est toujours surpris par l’outrecuidance du pouvoir. C’est ça qui est beau, finalement, c’est que ça marche à tous les coups, vos saletés. Ça reste #humiliant de voir les participants se succéder au pupitre, que ce soit pour annoncer ou pour recevoir un prix. On s’identifie forcément - pas seulement moi qui fais partie de ce sérail mais n’importe qui regardant la cérémonie, on s’identifie et on est humilié par procuration. Tant de silence, tant de #soumission, tant d’empressement dans la #servitude. On se reconnaît. On a envie de crever. Parce qu’à la fin de l’exercice, on sait qu’on est tous les employés de ce grand merdier. On est humilié par procuration quand on les regarde se taire alors qu’ils savent que si Portrait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uniquement parce qu’Adèle Haenel a parlé et qu’il s’agit de bien faire comprendre aux victimes qui pourraient avoir envie de raconter leur histoire qu’elles feraient bien de réfléchir avant de rompre la loi du silence. Humilié par procuration que vous ayez osé convoquer deux réalisatrices qui n’ont jamais reçu et ne recevront probablement jamais le prix de la meilleure réalisation pour remettre le prix à Roman fucking Polanski. Himself. Dans nos gueules. Vous n’avez décidément #honte de rien. Vingt-cinq millions, c’est-à-dire plus de quatorze fois le budget des Misérables, et le mec n’est même pas foutu de classer son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l’année. Et vous le récompensez. Et vous savez très bien ce que vous faites - que l’#humiliation subie par toute une partie du public qui a très bien compris le message s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misérables, quand vous convoquez sur la scène les corps les plus vulnérables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du violeur célébré ce soir-là et la situation du quartier où ils vivent. Les réalisatrices qui décernent le prix de votre impunité, les réalisateurs dont le #prix est taché par votre #ignominie - même combat. Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’#industrie_du_cinéma, s’ils veulent bosser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le #spectacle des césars. Et les hasards du calendrier font que le message vaut sur tous les tableaux : trois mois de grève pour protester contre une réforme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire passer en force. C’est le même message venu des mêmes milieux adressé au même peuple : « Ta gueule, tu la fermes, ton consentement tu te le carres dans ton cul, et tu souris quand tu me croises parce que je suis puissant, parce que j’ai toute la thune, parce que c’est moi le boss. »

      Alors quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voilà comment je la vois votre histoire du réalisateur et son actrice adolescente, voilà comment je l’ai vécue, voilà comment je la porte, voilà comment ça me colle à la peau. Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste - toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le #corps_violé et le #corps_créateur. On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

      Adèle se lève et elle se casse. Ce soir du 28 février on n’a pas appris grand-chose qu’on ignorait sur la belle industrie du cinéma français par contre on a appris comment ça se porte, la robe de soirée. A la guerrière. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait démolir le bâtiment entier, comment on avance le dos droit et la nuque raidie de #colère et les épaules ouvertes. La plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie - Adèle Haenel quand elle descend les escaliers pour sortir et qu’elle vous applaudit et désormais on sait comment ça marche, quelqu’un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80 % de ma bibliothèque féministe pour cette image-là. Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon téléphone pour cette sortie-là. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’#arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre #respect. #On_se_casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir. La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre #mascarade_de_respectabilité. Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’#imbéciles_funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/01/cesars-desormais-on-se-leve-et-on-se-barre_1780212

    • Il y a une sorte de dimension religieuse dans ces cérémonies cinéphiles. Comme chez les Aztèques dans leur rites sacrificiels où l’on droguait les prisonnier·ères avant de les allonger sur un autel pour leur ouvrir la poitrine et en extirper leur cœur palpitant. Les « dieux » aiment le sang et si si on se laisse convaincre par leurs prêtres qu’on va gagner l’éternité en se soumettant à leurs fantasmes, on se fera fatalement arracher le cœur. C’est à dire déposséder de notre part la plus intime d’êtres vivants et pensants et donc nous briser. Les aristocrates, de quelque obédience soient-ils, exigent avant toute chose la soumission de leurs subordonné·es. Et ils ont même poussé leur perversité sans limite à faire accepter au langage commun le qualificatif de « nobles ».
      Et si toutes ces célébrations dilatoires n’étaient qu’une mise en abyme du mauvais scénario que nous subissons depuis 2016, année précédant la dernière élection présidentielle en date ?

      #aristocratie_guerrière #théocratie #nos_bons_maîtres #R.A.G.E.

    • Césars : ce que veut dire #quitter_la_salle

      La « #honte » exprimée par Adèle Haenel vendredi, lors de la cérémonie, est une expérience morale et politique qui permet de sortir du statut de victime pour construire une résistance collective.

      De la 45e cérémonie des césars, il ne faudra retenir que l’« exit » de plusieurs femmes dont Adèle Haenel qui quitte la salle en se fendant d’un « c’est une honte », Florence Foresti qui refuse de venir clôturer la soirée et qui écrira ce mot sur Instagram : « écœurée ». Ce sont des mots de l’émotion et aussi du discernement. De la honte à l’écœurement se déploie une contre-scène à la masculinité affirmée des césars : une même puissance de nommer le mal, de faire jaillir l’indécence d’une situation.

      Généralement la honte est du côté de la personne vulnérable qui, non seulement, est victime d’une violence mais ne parvient pas à s’extirper de la honte d’être violentée. La honte s’y affirme alors en honte d’avoir honte. Une personne agressée est traversée par les souffrances dont elle est l’objet mais elle est aussi saisie par l’incapacité de s’extirper de cette scène de violence qui se met à vivre dans la vie psychique sous forme de rumination mélancolique ou d’état de paralysie hypothéquant l’avenir.
      Un dispositif masculiniste

      La honte peut cependant avoir une autre signification : dans le jugement « c’est une honte », le terme de honte est renvoyé au lauréat du césar, Polanski, mais plus profondément encore au dispositif masculiniste des césars comme dispositif de pouvoir qui maintient les femmes à leur place et annule les scandales de genre. Surtout, la phrase d’Adèle Haenel contribue à désingulariser la situation des césars pour la projeter sur toutes les autres situations de ce type. La honte est alors une expérience morale et politique qui permet de sortir de la singularité de la victime pour construire une résistance collective et politique. Elle est le discernement du juste à même la perception d’une injustice typique d’un état des rapports de pouvoir.

      Le terme d’écœurement parachève cette forme de résistance. Il indique l’écart entre ce qui aurait dû être (tout sauf Polanski meilleur réalisateur) et ce qui est ; il le dénonce pour construire la possibilité d’une voix collective du refus. Albert Hirschman, dans un livre important, Exit, Voice and Loyalty avait, en 1970, souligné que, face aux défaillances des institutions, les individus ont le choix entre trois comportements : prendre la porte de sortie (exit), prendre la parole (voice) ou se résigner (loyalty). Adèle Haenel, Cécile Sciamma, Florence Foresti et toutes les personnes qui sont sorties de la salle ont montré que l’« exit » était bien le commencement de la voix.

      Face au courage de celles qui partent, il y a le cynisme de ceux qui verrouillent toutes les positions et se cramponnent pour que rien ne change. Le débat sur l’indépendance de l’œuvre face à l’artiste risque alors fort d’être un leurre. Tout d’abord, Roman Polanski a toujours affirmé jusqu’à J’accuse (en se comparant à Dreyfus à travers les rouages de persécution qu’il affirme lui-même vivre) que son cinéma était en lien avec sa vie, ce qui est le cas de bien des artistes d’ailleurs. Ensuite, il n’est pas sûr que le terme d’œuvre soit le plus adéquat pour évoquer un film tant l’industrie culturelle y est présente. L’Académie des césars elle-même incarne cette industrie puisque les quelque 4 700 votants, dont la liste est confidentielle, appartiennent aux différents métiers du cinéma. Pas plus que l’œuvre, la défense de l’artiste en être d’exception ne tient.
      De la reconnaissance des « grands hommes »

      Et les femmes ? On sait combien elles ont du mal à convaincre dès qu’elles souhaitent faire un film ; elles ne disposent jamais des mêmes budgets que les hommes. La remise du prix de meilleur réalisateur à Roman Polanski relève du maintien d’un ordre des grandeurs, lequel impose la reconnaissance des « grands hommes » envers et contre tout ; le film qui coûte cher et mérite d’être honoré est masculin. Tout ceci a été rappelé au milieu du cinéma qui s’y est largement plié, hormis la sortie d’Adèle Haenel, de Cécile Sciamma, de l’équipe du film et d’une centaine de personnes. Malgré les sketches de Florence Foresti et le discours d’Aïssa Maïga sur la diversité, il a été réaffirmé que le monde du cinéma appartient aux hommes hétérosexuels et qu’à ce titre, il repose sur un schéma précis quant aux positions les plus visibles : les hommes comme metteurs en chef ou acteurs, les femmes comme actrices.

      Dans le milieu des réalisateurs, les « grandes femmes » n’existent pas et il n’est pas d’actualité qu’elles commencent à apparaître. On se souvient qu’en 1979, Ariane Mnouchkine fut nommée pour « le meilleur réalisateur » et pour le meilleur film. Elle n’obtint aucun des deux prix ; ils furent attribués à Christian de Chalonge et à son film l’Argent des autres. Molière est resté dans notre imaginaire culturel mais qui se souvient encore de l’Argent des autres ? Une seule femme a pu tenir dans ses bras la fameuse statuette pour la réalisation, Tonie Marshall en 2000 pour Vénus Beauté (Institut), un film qui semble porter sur des questions de femmes ! Roman Polanski l’avait déjà obtenu quatre fois (en 1980, 2003, 2011 et 2014). J’accuse avait déjà tout eu : un battage médiatique exceptionnel, un succès dans les salles. Ce prix du réalisateur, attribué pour la cinquième fois, a servi à rappeler aux femmes leur place dans le milieu du cinéma comme dans la société : elles sont le deuxième sexe et destinées à le rester, ce qui autorise tous les abus de pouvoir, et bien évidemment les faveurs sexuelles pour ceux qui détiennent un pouvoir qui est aussi symbolique. Non seulement les violences faites aux femmes ne doivent pas compter mais les femmes qui sont dans le milieu du cinéma ont intérêt à ne pas sortir des places que l’on a définies pour elles : rester dans l’ombre des hommes quitte à les faire rêver.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/02/cesars-2020-ce-que-veut-dire-quitter-la-salle_1780305

    • Dommage, pas un mot sur #Aissa_Maiga qui va prendre cher. #Nadine_Morano lui a déjà dit de rentrer en Afrique si elle n’était pas contente...

      Aux César 2020, Aïssa Maïga livre un plaidoyer pour plus de diversité au cinéma
      Huffington Post, le 28 février 2020
      https://www.huffingtonpost.fr/entry/aissa-maiga-plaidoyer-cesar-2020-diversite_fr_5e598d41c5b6450a30be6f7

      On a survécu au whitewashing, au blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménages à l’accent bwana, on a survécu aux rôles de terroristes, à tous les rôles de filles hypersexualisées... Et en fait, on voudrait vous dire, on ne va pas laisser le cinéma français tranquille.

      César 2020 : Nadine Morano somme l’actrice Aïssa Maïga de « repartir en Afrique »
      BERTRAND GUAY, La Dépêche, le 2 mars 2020
      https://www.ladepeche.fr/2020/03/02/cesar-2020-nadine-morano-somme-a-aissa-maiga-de-repartir-en-afrique,876904

      #Césars

    • Cinéma français : la nuit du déshonneur
      Camille Polloni et Marine Turchi, Médiapart, le 29 février 2020
      https://seenthis.net/messages/828230

      À Mediapart, Adèle Haenel explique qu’« alors que la cérémonie avait plutôt bien débuté, qu’il se passait quelque chose », avec plusieurs prises de parole fortes « comme Lyna Khoudri [meilleur espoir féminin – ndlr], Aïssa Maïga, l’équipe du film Papicha [de Mounia Meddour, qui traite du combat des femmes en Algérie – ndlr], et le numéro d’équilibriste réussi de Florence Foresti », la soirée s’est ensuite « affaissée dans les remerciements ». « Comme si, cette année, il n’y avait pas autre chose à dire : sur les violences sexuelles, sur le cinéma qui traverse actuellement une crise, sur les violences policières qui s’intensifient, sur l’hôpital public qu’on délite, etc. » « Ils voulaient séparer l’homme de l’artiste, ils séparent aujourd’hui les artistes du monde », résume l’actrice à Mediapart.

      (...)

      Comme quelques autres, l’actrice Aïssa Maïga a quitté la salle après l’annonce de l’attribution du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski. « J’étais d’abord un peu clouée sur place. Et puis une minute après, je n’étais pas bien, je suis partie, réagit-elle auprès de Mediapart en sortant. J’ai été terrassée, effrayée, dégoûtée, à titre vraiment personnel, dans mes tripes. J’ai vu la réaction d’Adèle Haenel, très forte, et honnêtement, j’ai pensé à toutes ces femmes. Toutes ces femmes qui voient cet homme plébiscité et je pense, au-delà de ces femmes, à toutes les autres, toutes les personnes victimes de viols, de violences sexuelles. J’imagine quel symbole cela peut revêtir pour elles. Et pour moi l’art n’est pas plus important que tout. L’humain d’abord. »

      L’actrice marque une pause, puis reprend : « Vous savez, c’est comme dans une famille : on croit se connaître un petit peu et puis, parfois, à la faveur d’une extrême révélation, on découvre qui sont les gens, ce qui est important pour eux, et parfois on constate avec un peu d’amertume qu’on n’a pas tout à fait les mêmes valeurs. » « Ce n’est pas grave, il faut le savoir et pouvoir avancer avec ça. Et moi, là, j’ai envie d’aller rejoindre les manifestantes dehors, c’est tout. J’aime beaucoup le cinéma, les tapis rouges, les films, les cinéastes, j’aime tout ça, mais moi je suis une fille qui n’a pas été éduquée dans l’élite, ni dans un esprit d’élitisme, je me sens une citoyenne comme les autres et là je vais aller les rejoindre », conclut-elle en se dirigeant vers le rassemblement des féministes face à la salle Pleyel. À quelques mètres du tapis rouge, les cris des militantes, parquées derrière les barrières, redoublent : « Polanski violeur, César complices ! » ; « Mais vous n’avez pas honte ? ».

      (...)

      Remettant le César du meilleur espoir féminin, l’actrice Aïssa Maïga, membre du collectif Noire n’est pas mon métier, a elle jeté un pavé dans la marre avec sa longue intervention sur l’invisibilisation des personnes non blanches dans le monde du cinéma.

      « Je peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle, a-t-elle ironisé à la tribune. Je sais qu’on est en France et qu’on n’a pas le droit de compter. C’est douze ce soir, le chiffre magique ? [...] On a survécu au whitewashing, aux blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménage à l’accent bwana, aux rôles de terroristes, de filles hypersexualisées... On refuse d’être les bons Noirs. On est une famille, non ? On se dit tout. L’inclusion, elle ne va pas se faire toute seule. Ça ne va pas se faire sans vous. Pensez inclusion. […] Faisons une maison qui soit fière d’inclure toutes les différences. »

      À Mediapart, après la cérémonie, elle relate « l’effroi dans la salle » qu’elle a constaté au moment de sa prise de parole. « Je ne savais pas très bien comment l’interpréter. J’avais l’impression de plonger dans un bain de glaçons, de dire des choses qui pourtant me paraissent assez évidentes et audibles. J’ai eu l’impression que chez certains, il y a une sorte de ras-le-bol, comme si on les gavait avec la question de la diversité, qui n’est autre qu’une question de justice sociale. Et on a une responsabilité qui est énorme. Je ne pense pas que les artistes ou les décideurs ou les techniciens puissent se soustraire à cette question de l’identification du public aux films qu’on fait. Ça me paraît totalement aberrant. » Et la comédienne d’« assumer pleinement » ses propos : « J’avais besoin de dire ce que j’avais à dire. Aucun des mots que j’ai choisis n’était un accident. Je me sens aussi portée par une lame de fond. »

    • « À propos de l’impunité des artistes criminels, réflexions autour du cas de Roman Polanski en France. »
      https://lisefeeministe.wordpress.com/2020/02/15/a-propos-de-limpunite-des-artistes-criminels-reflexions-au
      source : #Christine_Delphy
      https://christinedelphy.wordpress.com/2020/03/02/lise-bouvet-a-propos-de-limpunite-des-artistes-criminels-
      je l’ai pas encore lu mais comme je suis abonné au blog de Delphy, je transmets. Abonné aussi à @tradfem et Seenthis, ça commence à faire beaucoup et j’ai pas que ça à foutre, j’ai aussi ma #tenue_de_soirée à repriser, entre autres !

    • Pour le texte de libé sur la honte l’accroche est mal fichu. j’ai l’impression qu’elle n’a pas été faite par une personne qui n’a pas compris le texte car elle réintroduit de blâme sur la victime en sous entendant que la victime ne peut pas être résistante, ce que le texte ne fait pas.
      #phallosophe #victime_blaming #victimophobie #grand_homme #grands_hommes

      La « honte » exprimée par Adèle Haenel vendredi, lors de la cérémonie, est une expérience morale et politique qui permet de sortir du statut de victime pour construire une résistance collective.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/02/cesars-2020-ce-que-veut-dire-quitter-la-salle_1780305

    • Interessant le texte sur le site de C.Delphy

      Patrizia Romito classe en premier lieu ce qu’elle appelle les tactiques d’occultation : euphémisation (notamment dans le langage) des faits, déshumanisation de la victime, culpabilisation de la victime, inversion victime-agresseur, accusation de mensonge (ou d’exagération), psychologisation de l’affaire (réduction à des passions individuelles hors champ d’analyse sociale ou politique), naturalisation des actes (invocation de « pulsions » notamment), tactique de distinction- séparation (relativisation, enfouissement de l’acte criminel dans une masse d’autres considérations futiles).

      En second lieu, P. Romito présente ce qu’elle nomme des stratégies d’occultation : légitimations de la violence, négation des faits, discours pédophile sur la prétendue sexualité consentie des enfants et jeunes adolescentes, disparition de l’agresseur dans le récit journalistique et social, concentration de l’attention médiatique sur les victimes et/ou ce qu’elles auraient fait ou mal fait (dérivation de l’attention qui protège l’agresseur). Ce classement s’applique parfaitement à l’analyse de nos quatre dossiers, même si tous les éléments n’y figurent pas à chaque fois en même temps. Typiquement, il est difficile de remettre en cause la matérialité des faits dans le dossier Marie Trintignant qui a été tuée par Bertrand Cantat ni même dans celui de Samantha Geimer puisque Roman Polanski a plaidé coupable. On montre que les tactiques et les stratégies du « discours agresseur » varient et s’adaptent en fonction des violences dont il est question. Ce discours n’est d’ailleurs pas forcément conscient, il est énoncé par un certain nombre de locuteurs, puis repris, ou non, par les médias. Cependant, nous le verrons, on observe au fur et à mesure des affaires une véritable évolution du discours médiatique et une prise de conscience grandissante par certains journalistes des travers de ce discours, notamment grâce à la mobilisation et aux dénonciations d’acteurs sociaux tels que les associations ou personnalités féministes.

      Malheureusement je n’ai qu’un temps limité ici et je ne pourrai pas parler de tout aujourd’hui, à ce titre je vous renvoie à notre ouvrage. Pour résumer le propos très rapidement je dirais que l’impunité se déploie sur trois niveaux . C’est d’abord celle de tous les agresseurs en France et c’est ce que nous avons découvert dans l’analyse statistique qui a révélé ceci : l’impunité est quasi totale et la justice ne fonctionne quasiment pas. Le deuxième niveau d’impunité c’est celle d’hommes célèbres et puissants qui ont les moyens financiers d’organiser non seulement leurs défenses mais aussi la destruction des plaignantes. Ici encore faute de temps je vous renvoie à notre ouvrage et ma co·autrice qui est juriste en parle beaucoup mieux que moi. C’est du troisième niveau d’impunité dont je vais parler aujourd’hui, qui est celui du différentiel artiste – politique.

      En effet, en analysant a posteriori nos quatre dossiers nous avons réalisé que les plus intouchables des intouchables ce sont les artistes , contrairement aux hommes politiques qui, si ils arrivent à échapper à une condamnation judiciaire, ne peuvent pas esquiver l’opprobre sociale.

      Le papier à été écrit avent l’affaire Matzneff, et l’affaire Adèle Haenel, il manque donc l’info que l’artiste est protégé selon son degrès de notoriété, car si Polansky, Cantat, Besson et tant d’autres trouvent toujours des soutiens, c’est pas le cas pour les « has been » qui servent de cache-sexe aux complices des violeurs par exemple Matzneff, Ruggia, Brisseau ne sont pas autant soutenus car ils sont moins connus ou moins puissants que leur victimes.

      –----
      Question du « génie » de l’artiste, statut qui le place au niveau du divin, du surnaturel =

      Dans un essai passionnant (1), De l’humanisation de la création divine à la divinisation de la création humaine, l’historienne de l’art Lucile Roche analyse avec brio ce thème du dieu-artiste dans la théorie esthétique moderne Occidentale. Elle écrit : « C’est alors dans son éloignement du modèle divin au profit d’un recentrement de l’artiste, soumis au seul caprice de ses vues et exigences téléologiques, focalisé sur ses propres aptitudes créatrices – l’originalité, l’imagination – que se referme l’analogie Artiste-Dieu et Dieu-Artiste. Source inépuisable d’une créativité dont il est l’unique source, l’artiste romantique relève du divin (avec lequel il partage le ex-nihilo) sans pour autant s’y soumettre. Dans son humanité, l’artiste est alors, paradoxalement, divinisé ». Tout est dit : les jusqu’au-boutistes dans la défense d’auteurs tels que Polanski sont pris dans une représentation sociale surannée qui porte une vision profondément romantique de l’artiste, que l’on illustrera par cette phrase de Victor Hugo : « L’art est à l’homme ce que la nature est à Dieu ». Si ces hommes sont au niveau des dieux alors ils échappent à la justice des hommes, voilà l’impensé fondamental des défenseurs de Polanski, et autres artistes criminels, non seulement gardiens de leurs castes sociales et de ses corollaires impunités, mais surtout, selon nous, enlisés dans des conceptions de l’art dépassées, qui sont mises au service de l’impunité.

      La théoricienne de l’art Carole Talon-Hugon (2) dans une récente interview a éclairé ces impensés autour de l’artiste : « Un viol commis par un anonyme et un viol commis par un artiste, c’est à la fois la même chose – parce que le crime est tout autant répréhensible – et pas la même chose. Parce qu’il fait notamment figure d’exemple, l’artiste bénéficie d’un statut particulier dans la société. En tout cas, depuis le XVIIIe siècle. À cette époque-là, on va commencer à considérer l’art comme un domaine à part, totalement distinct, soumis à la seule règle de la beauté et indépendant de la question du bien. Ainsi, pour Diderot, « il y a une morale propre aux artistes qui peut être à rebours de la morale usuelle ». On retrouve cette idée chez Oscar Wilde (XIXe siècle) ou André Breton (XXe siècle). L’artiste devient alors une individualité sauvage et singulière, en rupture, en opposition et totalement indépendante de la morale ordinaire. Cette image-là, construite sur plus de 200 ans, nous empêche de regarder la réalité de ces agressions en face. »

      C’est ici que, selon nous, le roi apparait nu : en contradiction profonde avec nos valeurs démocratiques, les artistes sont devenus la nouvelle aristocratie au-dessus des lois. Non seulement, en consacrant les uns au détriment des autres on abdique la communauté des citoyens et l’on dit qu’il y a des valeurs supérieures à la vie humaine, mais en outre, l’on comprend désormais la thèse sous jacente des « amis de Polanski » qui est que le talent exceptionnel de cet homme devrait pouvoir se transcrire dans un statut politique dérogatoire exceptionnel. On fera remarquer avec ironie que ces gens là se réclament souvent de gauche, alors qu’ils portent la vision féodale d’une société où le talent et le statut des uns leur accorderait des droits particuliers sur les autres, et leur corps, a fortiori des personnes mineures. Position d’autant plus fragile quand on a compris que les demandes d’exceptionnalité de traitement pour le cinéaste Roman Polanski ne reposent finalement que sur des conceptions discutées comme discutables de théories de l’art. Et après tout, les amis de Polanski ont bien le droit de s’attacher à une théorie particulière que nous ne partageons pas. Ce qui est en revanche indiscutable, c’est que nous vivons dans un régime politique où les artistes, aussi doués soient-ils, sont des citoyens et des justiciables comme les autres.
      ...
      L’impunité de ces hommes repose en grande partie sur une conception non seulement de l’artiste démiurge, mais d’un public passif et docile dans sa réception d’une œuvre vue comme sacrée, et, comme par hasard ces qualités recouvrent les valeurs traditionnellement associées au masculin et au féminin… On voit là qu’on se trouve en plein dans une pensée religieuse et réactionnaire, paradoxalement portée par des « gens de gauche » .

      La dernière phrase fait écho à ta remarque sur la religiosité de tout ca @sombre

      #talent #génie #surhomme #caste #privilège #démiurge #virilité #mâle-alphisme #mérite #star #lumière

      Le comble selon nous est que par exemple, China Town est une oeuvre remarquable sur l’inceste et le viol… Peut-être que nous effleurons ici la plus grande injustice sociale et le plus grand privilège masculin : ces hommes, non seulement violent en toute impunité, mais ensuite, de ces viols, font des chefs-d’oeuvre, acclamés, primés et applaudis. Et, à jamais c’est le chef-d’oeuvre du violeur qui restera gravé dans l’histoire de l’art, alors que, poussière, la vie dévastée des victimes retournera à la poussière. Ceci nous amène à un point important à propos des films de ces réalisateurs notamment pédocriminels. Parmi les injonctions dont on nous accable, il y a l’interdiction corollaire de ne pas juger les films de l’homme, qu’on nous conjure de ne pas condamner (particulièrement en France comme l’a dénoncé le critique de cinéma Paul Rigouste (6). Or la critique de genre, c.a.d en terme d’analyse de rapports sociaux de sexe, s’est développée comme champ théorique universitaire autonome depuis bien longtemps, y compris en France grâce aux travaux de Geneviève Sellier, et bien entendu ce qui chagrine nos fans, qui sont dans la dévotion, c’est que l’on puisse mener une critique cinématographique impertinente des œuvres de ces hommes. Par exemple, un visionnage attentif des films de Woody Allen permet de repérer son obsession pédophile pour les très jeunes filles, de même qu’il me semble que Polanski affronte sans détour dans son œuvre des problématiques très personnelles de crimes et culpabilités, et ce, de manière quasi systématique. Par définition, le travail de la pensée et de l’analyse ne peut être limité, la critique doit adresser l’ensemble de l’oeuvre et il semble aussi invraisemblable que contre productif de limiter le champ des études cinématographiques par des interdictions sous peine de « lèse génie ». Il faut dénoncer cette double injonction sur laquelle repose la défense de ces criminels : non seulement l’institution judiciaire n’aurait pas son mot à dire sous prétexte qu’ils sont des artistes, mais leurs œuvres elles-mêmes seraient comme immunisées de toute lecture en lien avec leurs crimes , lecture qui pourtant me semble très intéressante d’un point de vue de théorie de l’art. Nous avons là l’occasion inouïe d’analyser des œuvres de criminels qui précisément n’hésitent pas à créer à partir de leur propre criminalité, donc au nom de quoi se priver de ces recherches ? On voit là qu’on doit aller frontalement à contre sens de l’opinion commune : Non seulement on ne peut pas séparer l’homme de l’artiste comme on vient de le voir, mais il est spécifiquement ici pertinent de rattacher l’artiste à ses crimes afin d’étudier son œuvre à partir de son activité criminelle, sans pour autant l’y réduire bien entendu.

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      Enfin, un aspect qui me semble également important et à prendre en compte dans l’analyse de ces discours de défense des cinéastes criminels, c’est le phénomène de la fascination du grand public pour ces agresseurs. Fascination dont ils jouent pour faire valoir leur défense, qui bien entendu ne peut que bénéficier de sentiments confus, qu’il faut déconstruire.

      Dans La Photographie, le théoricien de l’art André Rouillé fait une analyse remarquable de ce qu’est une « star » dans nos sociétés contemporaines. Star en anglais signifie étoile, c’est-à-dire un objet qui brille même dans la nuit, à l’image de cette aura qui repose sur l’exposition médiatique, véritable machine optique d’exposition. Les stars sont des êtres à part, des êtres de lumière, qui scintillent, éclairées en réalité par la machine « people » qui selon nous fonctionne sur une ambivalence fondamentale : ces gens nous sont familiers, ils nous ressemblent mais ils sont différents, ils vivent dans une sphère sociale supérieure qui suscite crainte et respect. Ce jeu de reflets permet des identifications-évasions, des phénomènes confusants mais gratifiants, et surtout, profondément duels. Le public est saisi dans des positions contradictoires : entre l’admiration et la dévotion pour ces stars mais aussi le sentiment d’injustice que leur inspire le fait que contrairement à lui, elles échappent à un système judiciaire qui frappe plus durement les modestes et les anonymes. De plus, comme le note la philosophe Michela Marzano, les hommes et les femmes ne sont pas affectés de la même façon dans ce phénomène : dans un contexte patriarcal les hommes sont tentés de s’identifier aux accusés célèbres et puissants, quand les femmes sont piégées dans plusieurs conflits d’allégeance.

      ...

      La chercheuse Judith Herman nous met en garde que « C’est très tentant de prendre le parti de l’agresseur. La seule chose qu’il demande au témoin est de ne rien faire. Il en appelle à notre désir universel de rester neutre et ne pas condamner. La victime au contraire nous demande de prendre part à sa douleur. La victime nous demande d’agir, de nous engager et de nous rappeler pour elle. »

      On l’observe en chacun de nous dans ces cas précis : il existe un conflit entre le citoyen et le spectateur. Le citoyen condamne les crimes de l’artiste mais le spectateur veut continuer à jouir de l’oeuvre de l’artiste criminel. Parce que nous avons aimé ces œuvres, parce qu’elles font partie de notre vie désormais, de notre culture. Parce que l’oeuvre d’art est considérée comme unique et qu’on voue un quasi culte à son auteur, parce que les créateurs sont les nouveaux dieux de notre société sécularisée. Cette résistance autour de l’artiste tient selon nous à une imprégnation puissante d’un télescopage de conceptions de l’art des siècles derniers et de mythes néolibéraux ultra contemporains ; l’artiste incarnant dans notre mythologie capitaliste, à la fois l’individu exceptionnel, la liberté, la transgression, l’exception morale et une forme de sacré archaïque.

      #art #artiste

    • « Les César 2020 consacrent l’extraordinaire impunité de Roman Polanski »

      « À ce jour, le cinéaste Roman Polanski est accusé de viols et d’agressions sexuelles par 12 femmes, notamment alors qu’elles étaient mineures. Le réalisateur a reconnu avoir drogué puis violé l’une d’entre elles, une jeune fille âgée de 13 ans en Californie, puis a fui la justice.

      Il a ensuite tourné librement de nombreux films, reçu tous les grands honneurs et récompenses de sa profession, ainsi que le soutien de la quasi-totalité de l’establishment, pouvoirs publics compris, au point qu’il a obtenu les financements pour tourner en 2019 un film sur le capitaine Dreyfus, dont il prétend – par un renversement qui laisse pantois – que leurs destins sont similaires. Ce film a obtenu 12 nominations aux César, c’est-à-dire autant que le nombre de femmes accusant le réalisateur de « J’accuse ».

      publié par l’Express le 28/02/2020, en intégralité sur le blog de Lise’s B.
      https://lisefeeministe.wordpress.com/2020/03/02/les-cesar-2020-consacrent-lextraordinaire-impunite-de-roma

      « L’impunité repose sur une conception de l’artiste démiurge et d’un public passif », estiment Yael Mellul et Lise Bouvet , coautrices de Intouchables ? People, Justice et impunité, ouvrage dédié notamment aux affaires Polanski, Cantat, DSK et Tron.

      Juriste et ex-avocate, Yael Mellul est coordinatrice juridique du pôle d’aide aux victimes de violences du centre Monceau. Politiste et philosophe de formation, Lise Bouvet est traductrice de textes féministes anglophones et autrice.

    • Je recommande ce texte qui pointe certains défauts du texte de Despentes en particulier le féminisme blanc mais ne parle pas de l’aspect misogyne de l’idéologie trans et proxénète qui s’y est glissé. https://seenthis.net/messages/828705

      Sur le texte de Lise B pointé par @vanderling

      « Les amis de Polanski » nous disent, entre autres, qu’il n’est pas un justiciable ordinaire car c’est un auteur accompli, un grand artiste, créateur d’une œuvre sublime. On peut tout d’abord relever un lien logique suspect entre son talent (qui est indéniable) et le rapport de ce dernier avec la justice criminelle. A écouter ces gens-là, ce talent aurait pour conséquence qu’il serait hors de question de porter un quelconque jugement sur sa consécration ni qu’il perde une journée de plus de sa vie en prison. Mais qui décide de cette utilité sociale extra-ordinaire ?

      Prenons un exemple particulièrement saillant en ce moment : en plein mois de février, quand nous avons froid et que notre chaudière tombe en panne, qui peut se passer d’un bon plombier-chauffagiste ? Nous serions sûrement très fâchées que notre excellent chauffagiste, lui aussi nommé Roman Polanski, aille en prison pour le viol d’une jeune fille de 13 ans précisément en plein hiver, mais la loi est ainsi faite en démocratie que même les professionnels exceptionnels et indispensables sont comme tous les autres citoyens, passibles des mêmes peines pour les mêmes crimes.

      Personne ne parle du talent perdu de ces 12 victimes de Polanski. Si Polanski avait été arrêté pour les 12 viols qu’il a commis, ces films n’auraient pas été fait et on ne s’en serait pas plus mal sorti. Mais le talent (qui est indéniable) de Polanski c’est un talent qui compte car on ne dénie pas le talent des phallopores qu’ils soient cis ou femmes-trans. Le talent qui ne compte pas c’est celui des femmes cis et des hommes-trans, car personne ne parle du talent perdu de ces 12 femmes (et peut être plus) qui s’est peut être perdu à cause de Polanski. Ca me fait pensé à la sœur de Sheakspear dont parle Virginia Woolf. Qui pleur le talent perdu de toutes ces filles et femmes que les hommes détruisent à coup de bite ? Combien de génie au féminin avons nous perdus à cause des violences masculines ? aucune en fait car contrairement au talent de Polanski qui est INDENIABLE, le talent des femmes cis et des hommes-trans est toujours DENIABLE. Les Césars l’ont montré très clairement à Adèle Haenel et à Sciamma et illes le montrent jours après jours aux femmes d’Alice Guy à aujourd’hui.

      Il y a aussi cet exemple du talent du plombier chauffagiste ou du boulanger qui serait non reconnu au pretexte qu’il violerait. Ca me fait pensé que pour le talent d’une boulangère ou d’une plombière-chauffagiste on ne se pose même pas la question. Elle n’aura pas besoin de commetre des crimes pour se voire dénier son talent, il suffit qu’elle ne sois pas belle, qu’elle ne sois pas mère, qu’elle ne sois pas douce, et son « talent » de boulangère-plombière,chauffagiste ne vaudra pas tripette.
      #déni #talent

    • « Seul le bras de Lambert Wilson fait de la résistance, seul ce bras sait s’il tremble de peur ou de colère, ou des deux ».
      https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/et-le-bras-du-general-trembla

      Un bras tremble, ce matin, sur mon Twitter. C’est pourtant un bras ferme, un bras qui ne devrait pas trembler, le bras du général. Du général ? De Gaulle, bien entendu. Ou plutôt, le bras de Lambert Wilson, qui incarne le général dans un film du moment. Le général de 40, celui de l’Appel, dont le bras, justement, n’a pas tremblé. Et pourtant ce bras tremble, alors que sa partenaire Isabelle Carré (Yvonne de Gaulle dans le film) vient de prendre la parole, pour répondre à une question sur Polanski...

    • « Général de Gaulle, tu es notre idooole,
      A toi nos cœurs, nos braaas,
      Général de Gooaaal..! »
      J’ai entendu, l’autre matin à la radio, Lambert Wilson s’étonner de qui étaient ces gens ?

      « Je suis très en colère, c’est n’importe quoi ! Si on estime qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans le fait que Polanski ait des nominations, alors on ne vient pas ! Oser évoquer un metteur en scène en ces termes… Parler d’Atchoum, montrer une taille… Et en plus, qu’est-ce qu’on va retenir de la vie de ces gens par rapport à l’énormité du mythe de Polanski ? Qui sont ces gens ? Ils sont minuscules. »

      Qui sont ces gens sur le plateau de #CàVous ? Qui est Lambert Wilson ? Qui est Atchoum ? Qui a engrossé blanche-neige ?


      Fluide Glacial n°515 (avril 2019)avec une couverture de Relom qui signe son retour dans le magazine avec une #BD de 7 pages " Petit avec des grandes oreilles " qui vaut bien le meilleur des Polanski !
      #Lambert_Wilson #2_mètres_de_connerie_avec_des_grandes_oreilles

    • Oui, c’est vrai, Despentes mélange tout. Oui, elle aligne dans la même colère les abus sexuels, la domination économico-politique (le 49.3) et la répression policière. Oui, elle superpose le manifestant qui défend sa future retraite dans la ligne de mire du LBD du policier de Macron, et la fillette de 13 ans sodomisée par Polanski. En apparence, c’est vrai, un esprit rationnel devrait s’efforcer de distinguer les situations. Ce qui les rapproche pourtant, s’appelle la domination. Sans guillemets. Et ce qui atteste le mieux de cette domination, c’est l’impunité. Le manifestant et la fillette, livrés à plus puissant qu’eux, savent que la justice ne leur sera jamais rendue. Qu’il y aura toujours des avocats retors, des arrangements financiers, une machine à enterrer les enquêtes nommée IGPN, pour que justice ne leur soit pas rendue. Et que le reste est littérature.

      Celà s’appelle, une analyse systémique. C’est grossier, c’est simpliste, ça ne fait pas le détail, désolé. Il y a bien entendu toujours des contre-exemples. Il y a des miracles. Il y a des puissants punis. Il y a de sublimes résiliences. Il y a des trèfles à quatre feuilles. Il y a des coincées moches qui deviennent des reines des chaînes d’info. Vu à l’échelle de l’individu, c’est d’ailleurs toujours plus compliqué, et il y a dans chaque individu du dominant et du dominé (Polony est femme ET bourgeoise reine des medias). C’est d’ailleurs cette complexité, qui fait le bonheur de la littérature, et le sel de la vie. Mais l’illusion proclamée que ces contre-exemples invalident les lois économico-sociales classe simplement Polony à droite (ce n’est pas moi qui le dis, c’est un certain Deleuze). Ce qui d’ailleurs n’est pas infâmant. Il faut bien une droite, pour que la gauche se souvienne pourquoi elle est la gauche.

      https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/natacha-polony-reine-des-medias-ex-coincee

    • Vu à l’échelle de l’individu, c’est d’ailleurs toujours plus compliqué, et il y a dans chaque individu du dominant et du dominé (Polony est femme ET bourgeoise reine des medias).

      L’ndividu « résilient » est l’arbre qui cache la forêt de la misère absolue.

    • Virginie Despentes responds to the Césars and Roman Polański
      by: Virginie Despentes translated by Lauren Elkin , March 2, 2020
      https://maifeminism.com

      I’m going to begin like this: don’t worry. O you great and powerful leaders, you lot who are in charge: it hurts. No matter how well we know you, no matter how many times we’ve taken your power on the chin, it always hurts. All weekend we’ve listened to you whinging and whining, complaining that you’ve had to resort to passing your laws by decree instead of by vote [à coups de 49.3] and that we haven’t let you celebrate Polański in peace, and that we’re ruining the party, but behind your moans, don’t worry—we can hear your pleasure at being the big bosses, the big shots, and the message comes through loud and clear: you don’t plan to let this idea of consent take hold. Where would be the fun in being in charge if you always had to ask permission from the people you rule over? And I am certainly not alone in wanting to scream with rage and impotence ever since your magnificent show of force, certainly not the only one to feel defiled after the spectacle.

      It is not at all surprising that the César Academy would award Roman Polański the prize for best director in 2020. It’s grotesque, it’s insulting, it’s vile, but it’s not surprising. When you award 25 million euros to a guy to make a TV film, the message is in the budget. If the fight against anti-Semitism interested French cinema, we’d know it by now. However, the voice of the oppressed who seize the change to tell their story, we can understand how that might bore you. So when you heard people talking about the subtle comparison between a filmmaker being heckled by a hundred feminists in front of three movie theatres and Dreyfus, a victim of French anti-Semitism at the turn of the last century, you jumped on board. 25 million euros to make this comparison. Amazing. We ought to acknowledge the investors, because to pull together that kind of budget, everyone had to be in on the game: Gaumont Distribution, the CNC, France 2, France 3, OCS, Canal +, RAI… everyone reached into their pockets, and deeply, for once. You closed ranks, you defended one of your own. The strongest defend their rights: it’s part of your elegance, rape is even the foundation of your very style. The law protects you, the courtroom is your domain, the media belongs to you. And that’s exactly what a major fortune is there for: to control the bodies of those who have been declared subaltern. Bodies that clam up, that don’t tell stories from their point of view. The time has come for the richest to hear this message: the respect we owe them will from now on extend to their dicks, stained with the blood and the faeces of the children they’ve raped. Whether at the Assemblée Nationale or in the culture—enough hiding, enough pretending not to be upset. You require entire and constant respect, whether we’re talking about rape, the brutality of your police, the Césars, your retirement reform. That is your politics: that victims remain silent. It comes with the territory, and if you have to get the message to us through terror you don’t see what the problem is. Your sick pleasure, above all. And the only people you tolerate around you are the most docile of lackeys. There is nothing surprising in the fact that you’ve thus sanctified Polański: it’s always money we’re celebrating; in these ceremonies we don’t give a shit about the cinema. Or the audience. It’s the striking capability of your own monetary power that you are worshipping. It’s the massive budget you’ve given him as a sign of support that you were saluting—and through him, your own power that must be respected.

      It would be pointless and inappropriate, in a comment on this ceremony, to separate the bodies of cis men from those of cis women. I don’t see any difference of behaviour. It is understood that these major prizes continue to be the exclusive domain of men, because the underlying message is: nothing must change. Things are very good as they are. When [the comedian and mistress of ceremonies Florence] Foresti left the awards and declared herself ‘disgusted’, she didn’t do it as a woman—she did it as an individual who was taking the risk of turning the profession against her. And she did it as an individual who is not entirely at the mercy of the film industry, because she knows you don’t have the power to deprive her of an audience. She was the only one who dared make a joke about the elephant in the room; everyone else avoided mentioning it. Not a word about Polański, not a word about Adèle Haenel. We all dine together, in this milieu; we all know how it goes. For months you have had your panties in a twist that part of the public is being listened to, and for months you have suffered because Adèle Haenel has spoken up about her experience as a child actress, from her own point of view.

      So all the bodies in that room that evening had been gathered together with one end in mind: to validate the absolute power of the men in charge. And the men in charge love rapists. That is, those who are like them, who are powerful. They don’t love them in spite of the rapes, because they have talent. They find them talented and stylish because they are rapists. They love them for that. For the courage they have to acknowledge the sickness of their pleasure, their idiotic and systematic drive to destroy the other, the destruction, in truth, of everything they touch. Your pleasure dwells in preying, that is your only understanding of style. You know very well what you are doing when you defend Polański: you demand to be admired even in your delinquency. It is this demand which results in everyone at the ceremony being subject to a law of silence. They blame political correctness and social media, as if this code of silence were something recent, the fault of the feminists, but it’s gone on like this for decades. During French cinematic ceremonies, you never joke about the bosses’ sensitivities. So everyone shuts up, everyone smiles. If the child rapist were the bin man there would be no mercy—police, prison, thunderous proclamations, victim defence and general condemnation. But if the rapist is a powerful man: respect and solidarity. Don’t speak in public of what goes on doing castings or pre-production or during filming or promotion. It’s well-known. The law of silence prevails. Respect for this advice is how you choose whom to hire.

      And although we’ve known this for years, the truth is we’re always surprised by the overconfidence of power. That’s what’s so amazing, in the end—it’s that you get away with your dirty tricks every time. Every time, it’s humiliating to see the participants take their place on stage, whether it’s to announce or to receive a prize. We see ourselves in them—not only me because I’m an insider, but anyone watching the ceremony. We identify with them and are humiliated by proxy. So much silence, so much submission, so much pressing into servitude. We recognise ourselves. We want to die. Because at the end of the night, we know that we are all the employees of this whole heap of shit. We are humiliated by proxy when we see them keep quiet even though they know that Portrait of a Lady on Fire won’t receive a single one of those big prizes at the end, and only because Adèle Haenel spoke up and because somehow they have to make the victims understand that though they might want to tell their stories, they would do well to think twice before breaking the vow of silence. Humiliated by proxy that you dared to nominate two female directors who have never received and probably never will receive the prize for best director so that you can give it to Roman fucking Polański. Himself. [Both words in English in the original] In your face! You are, decidedly, ashamed of nothing. 25 million, that’s more than fourteen times the budget of Les Misérables [dir. Ladj Ly, which won best film], and the guy can’t even claim his film was one of the five most-seen films of the year. And you reward him. And you know very well what you’re doing—that the humiliation experienced by an entire segment of the population who got your message loud and clear will spill over into the following prize, the one you gave to Les Misérables, when you bring onto the stage the most vulnerable bodies in the room, the ones which we know risk their lives at the slightest police inspection, and if there are no girls among them at least we see they are intelligent and can tell there is a direct link between the impunity of the famous director that night and the situation in the neighbourhood where they live. The female directors who awarded the prize of your impunity, the directors whose awards are stained with your dishonour— same struggle. They each are aware that as employees of the film industry, if they want to work tomorrow, they have to shut up. No joke. That’s the spectacle of the Césars. And what timing—three months of strikes to protest reforms to the retirement system that we don’t want, which you passed by force. The same message conveyed to the people at the same time: ‘Shut up, keep your mouths shut, shove your consent up your ass, and smile when you pass me in the street because I am powerful, because I have all the money, because I am the boss.’

      So when Adèle Haenel got up, it was a sacrilege on the move [en marche, a nice dig at Macron’s political party]. A repeat offender of an employee, who didn’t force herself to smile when her name was dragged through the mud in public, who didn’t make herself applaud the spectacle of her own humiliation. Adèle got up, as she had already to say look, this is how I see the story of the filmmaker and the adolescent actress, this is how I lived it, how I carry it with me, how it sticks to my skin. Because you can tell us about it any way you like, your idiotic distinction between the man and the artist—all victims of rape know there is no miraculous division between the body that is raped and the body that creates. We carry around what we are and that’s that. Explain to me how I should take advantage of her and then shove a violated girl out the door of my office to get down to work, you bunch of clowns.

      Adèle got up and left. On the 28th of February we didn’t learn much we didn’t already know about the French film industry, but we did learn how to wear an evening gown: like an Amazon [guerrière]. How to walk in high heels: as if we were going to tear the whole building down. How to walk with our heads held high, our necks rigid with anger, and our shoulders bare. The most beautiful image in forty-five years of the ceremony: Adèle Haenel going down the stairs to leave, while you’re all applauding. Now we know how it works, someone who walks out while telling you to fuck off. I would trade 80% of my feminist books for that image. That lesson. Adèle, I don’t know if I’m male gazing you or female gazing you but I keep love gazing you [all in English and as verbs] on my phone for that exit. Your body, your eyes, your back, your voice, all your gestures say it: yes, we are dumb bitches, we are the ones who’ve been humiliated, yes, we only have to shut our mouths and take your blows, you’re the boss, you have the power and the arrogance that goes with it, but we will not remain seated without saying anything. You do not have our respect. We’re getting the hell out. Enjoy your bullshit on your own. Celebrate yourselves, humiliate each other, kill, rape, exploit, smash everything that falls between your hands. We’re getting up and we’re getting out. It’s probably a prophetic image of the days to come. The real difference is not between men and women, but between the dominators and the dominated, between those who intend to suppress the story and impose their decisions and those who are going to get up and get out while complaining, loudly. It’s the only possible response to your politics. When it’s no longer tenable, when it goes too far, we’re going to get up and get out while hurling insults at you. Even if we are your subalterns, even if we take your shitty power on the chin, we despise you. You make us want to vomit. We have no respect for the mockery you make of respectability. Your world is disgusting. Your love of the strongest is sick. Your power is sinister. You are a gruesome bunch of imbeciles. The world you created to reign over the wretched lacks oxygen. We’ve been getting up and we’re getting the hell out. It’s over. We’re getting up. We’re getting out. We’re shouting: Go fuck yourselves.

    • Vendredi dernier, pour la première fois depuis un paquet de temps, les flics ont mis les casques et tiré les lacrymos à un rassemblement féministe ; pour la première fois depuis longtemps, on les a débordés même si c’est rien qu’un peu. Ce soir-là, on s’est senties puissantes ensemble, entre meufs, on a mis nos corps ensemble, pour que de victimes nous nous changions en menace et en vengeance : parce que si certain.es se lèvent et se cassent, nous, de plus en plus nombreuses, on se soulève et on casse.

      https://paris-luttes.info/il-y-a-ceux-qui-se-taisent-il-y-a-13599

      Le jour où les hommes auront peur de se faire lacérer la bite à coups de cutter quand ils serrent une fille de force, ils sauront brusquement mieux contrôler leurs pulsions “masculines”, et comprendre ce que “non” veut dire.

      Virginie Despentes, King Kong Théorie, 2006.

  • « Vous vous démerdez » | Pierre Souchon
    http://cqfd-journal.org/Vous-vous-demerdez

    L’ami Pierre Souchon, journaliste d’élite (notamment au Monde Diplo), est bipolaire. Une maladie qui a plusieurs fois transformé sa vie en montagnes russes. Il l’a raconté dans un livre poignant, Encore vivant, publié en 2017 [1]. Il y revient ici, en insistant sur son dernier séjour en clinique psychiatrique et le comportement méprisant de certains soignants. Source : CQFD

  • Madagascar : la France augmente son aide mais ne cède rien sur les #Îles_Éparses
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/02/21/madagascar-la-france-augmente-son-aide-mais-ne-cede-rien-sur-les-iles-eparse


    L’île de Grande Glorieuse, en avril 2014.
    SOPHIE LAUTIER / AFP

    Lors de sa visite officielle, Jean-Yves Le Drian a annoncé une enveloppe de 240 millions d’euros sur quatre ans, sous forme de dons et de prêts.

    Après trois mois de silence, la visite de Jean-Yves Le Drian à Madagascar, jeudi 20 février, avait laissé espérer une avancée ou, à défaut, des clarifications sur l’épineux dossier des îles Eparses, dont le président Andry Rajoelina a officiellement demandé la restitution à la France. Il n’en a rien été.

    Interpellé lors d’un bref échange avec la presse, le chef de la diplomatie française s’est contenté de répondre : « C’est un sujet qui mérite une discussion approfondie. Comme vous le savez, les deux présidents se sont parlé au mois de mai, ils ont décidé de mettre en place une commission mixte pour à la fois échanger des arguments juridiques et des propositions de développement sur les zones concernées. […] Il va y avoir maintenant une deuxième réunion et le travail va se poursuivre en amitié et en confiance. »

    Depuis la première réunion de cette commission mixte, le 18 novembre à Antananarivo, la balle est dans le camp de Paris pour organiser le deuxième round des négociations. Le temps presse. Les deux chefs d’Etat se sont fixé comme échéance le 26 juin 2020, date du 60e anniversaire de l’indépendance de l’ancienne colonie française, pour parvenir à une « solution commune ». Paris invoque le récent remaniement ministériel à Madagascar et le changement d’interlocuteur, avec la nomination d’un nouveau ministre des affaires étrangères, pour expliquer cette longue pause et promet que la date d’une prochaine rencontre sera rapidement connue.

    « Ici c’est la France »
    Face à ce discours rassurant, personne ne voit pourtant quelle pourrait être l’issue des discussions tant que les deux parties continuent de poser en préalable la reconnaissance de leur souveraineté sur les quatre îlots situés dans le canal du Mozambique (le cinquième, Tromelin, dans l’océan Indien, étant quant à lui revendiqué par l’île Maurice). Par une série de déclarations jugées brutales et provocatrices par les Malgaches, Emmanuel Macron a coupé court à tout compromis. « Ici c’est la France », avait-il notamment proféré, le 23 octobre, en foulant le sable des îles Glorieuses, promises à devenir une réserve naturelle nationale d’ici au mois de juin.
    […]
    A ceux qui suspectaient la France de vouloir conserver ces territoires inhabités pour les hydrocarbures présents dans le sous-sol océanique, le ministère de l’écologie a opportunément annoncé, jeudi, que le gouvernement mettait « définitivement un terme aux forages en mer de France » et avait « refusé de prolonger le permis exclusif de recherches en mer de “Juan de Nova maritime profond” ». Ce que la société Marex, détentrice du permis, savait déjà depuis plusieurs semaines.

    Côté malgache, Andry Rajoelina a également fait monter la pression en faisant de la restitution des Eparses un enjeu de justice et de fierté nationale, alors que la grande majorité de la population, jeune et rurale, n’a jamais entendu parler de ce différend territorial qui ne mobilise qu’une partie des élites de la capitale. Mi-décembre, en présence de représentants venus de toutes les régions, une concertation nationale a été organisée pendant trois jours à Antananarivo afin de sensibiliser l’opinion publique. « Nous ne sommes pas de ceux qui reculent. Si nous n’obtenons pas la restitution de ces îles maintenant, nous les perdrons à jamais », avait alors déclaré le chef de l’Etat.

    Pour faire valoir ses droits, Madagascar s’appuie sur la résolution adoptée en 1979 par les Nations unies, reconnaissant sa souveraineté sur l’archipel.

  • « Supprimer le départ anticipé, c’était pas le deal » : aux côtés des égoutiers, trahis par la réforme des retraites
    https://www.bastamag.net/https-www-bastamag-net-aux-cotes-des-egoutiers-trahis-reforme-retraites-ly

    Le seul avantage dont bénéficient les égoutiers est leur retraite anticipée. Celle-ci est aujourd’hui menacée. La réforme des retraites ? « Dégueulasse », estiment ces ouvriers qui passent 900 heures sous terre chaque année, et ont une espérance de vie de treize ans inférieure à celle des cadres. Reportage à Lyon de notre partenaire #L'âge_de_faire. L’agent soulève la lourde plaque qu’il dépose à côté du trou béant. S’en échappe une vapeur épaisse à l’odeur caractéristique, « l’odeur d’égout ». « C’est pas (...) #Résister

    / A la une, #Reportages, L’âge de faire, #Conditions_de_travail

  • Francis Dupuis-Déri : « Il est sidérant d’entendre dire que les hommes ne peuvent plus draguer »
    29/11/19 11h50
    https://www.lesinrocks.com/2019/11/29/actualite/societe/francis-dupuis-deri-il-est-siderant-dentendre-dire-que-les-hommes-ne-peu
    Par Nicolas Mollé
    [Cet article vous est offert pendant 48 heures] Francis Dupuis-Déri, spécialiste de l’antiféminisme, revient pour Les Inrocks sur les affaires Polanski, le mouvement #MeToo ou encore l’attentat antiféministe de Montréal, il y a tout juste 30 ans.

    Professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal, Francis Dupuis-Déri est non seulement un spécialiste de l’anarchisme mais aussi un expert de l’antiféminisme et du masculinisme. Dans La crise de la masculinité, autopsie d’un mythe tenace, paru aux éditions Du Remue-Ménage, il revient sur ce mythe qui voudrait que les hommes soient « en crise » à cause de sociétés soi-disant trop « féminisées ». Dans Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui, paru en début d’année et codirigé avec Christine Bard et Mélissa Blais, il se penchait sur les mouvements masculinistes, cette forme d’antiféminisme qui prétend se battre pour les droits des hommes. Rencontre lors de son passage à Rennes, en pleine affaire Polanski.

    Des militantes féministes ont manifesté dans plusieurs villes de France (Paris, Rennes, Bordeaux...) contre la projection du film J’accuse de Roman Polanski. Est-ce que cette affaire Polanski, et la façon dont elle est commentée par certains, résonne avec les analyses de votre livre La crise de la masculinité, autopsie d’un mythe tenace ?

    Francis Dupuis-Déri - Pas directement car cette affaire est vraiment spécifique. Mais il est certain que l’on a entendu à l’occasion de cette crise en France des relents de sous-discours qui relèvent en fait de la crise de la masculinité. Il s’agit de réactions qui ont tenté de délégitimer tout le mouvement Me Too. La conséquence de Me Too serait que les hommes sont victimes. Il est quand même assez paradoxal d’entendre ça, si on s’exprime poliment, face à ces milliers de voix de femmes parfois anonymes qui s’expriment pour dire : « Et bien voilà en fait j’ai été victime quand j’étais enfant, adolescente ou adulte d’hommes qui m’ont agressée ». Dans le cinéma américain et donc aussi désormais dans le cinéma français, pas du tout sous le couvert de l’anonymat cette fois, il y a ces femmes qui disent désormais : « J’ai été agressée ».

    Une des réactions des hommes dénoncés mais aussi de leurs alliés - car c’est bien cela aussi qui est impressionnant, le nombre d’alliés qu’ils ont - c’est de manquer totalement d’empathie envers les femmes agressées. C’est un manque d’empathie et d’humanité sidérant que de prendre le parti de l’homme et aussi de prétendre que les hommes sont victimes. Sidérant d’entendre que le désir des hommes est condamné, criminalisé, que les hommes ne peuvent plus rien dire, ne peuvent plus draguer, sont persécutés sans pouvoir se défendre. Et cela, oui, c’est une des multiples déclinaisons du discours de la crise de la masculinité, les hommes souffriraient à cause des femmes et des féministes. Et il serait difficile d’être un homme.
    https://www.youtube.com/watch?v=LQTsl_HYLrA


    En parlant d’alliés, pensez-vous à Finkielkraut qui s’est récemment illustré en tant que soutien de Polanski ?

    Absolument et il l’a fait de manière dégoûtante, je pense que c’est le terme qui convient. En plus, il se contredit car il explique que c’est aux tribunaux de juger et du même souffle dit à propos de Samantha Geimer, cette fillette de 13 ans qui a accusé le réalisateur de viol en 1977 (une affaire pour laquelle il a été condamné uniquement pour relation sexuelle illégale avec une mineure suite à un accord abandonnant les autres chefs d’inculpation, ndlr) : « Non, non, elle avait peut-être 13 ans mais elle était pubère et elle avait un petit ami donc elle avait déjà une vie sexuelle ». Mais les tribunaux disent bien qu’une fille de 13 ans, même si elle est pubère, qu’elle a une vie sexuelle et qu’elle a des petits amis, un homme adulte ne peut pas commencer, d’une part, à la draguer et, d’autre part, à avoir des relations sexuelles avec elle (en France, la loi fixe la majorité sexuelle à 15 ans, ndlr). C’est puni par la loi (il s’agit d’une condamnation pour « atteinte sexuelle », un acte puni de 5 ans de prison et 75 000 € d’amende. En cas de non-consentement, l’acte peut-être requalifié en agression sexuelle ou viol, ndlr) donc si on reste purement dans le registre et la logique juridique, qui n’est d’ailleurs pas mon point de vue d’habitude, son discours n’est pas cohérent.

    Cela révèle une sorte de pensée très flexible pour toujours re-victimiser les hommes et ne pas porter attention à la souffrance des femmes. Je reviens à ce problème de manque d’empathie, Finkielkraut est en manque d’empathie absolu. Et puis, autour de Polanski et d’autres, vous avez ici en France des sortes de mercenaires toujours prêts à aller au front. Je pense à Bernard Henri-Lévy par exemple, grand défenseur des droits de l’homme - on pourrait souligner le mot « homme » ici - qui s’est pourtant érigé en soutien de Polanski et de DSK. Donc, apparemment, dès qu’il y a une personnalité qui agresse une femme, BHL se place en défenseur de l’homme. Le problème est que les gens n’arrivent pas à faire le lien entre les statistiques et ces affaires. Il y a d’une part une affaire comme celle de Polanski, d’autre part des milliers de femmes qui se sentent en colère, qui se mobilisent et puis par ailleurs des statistiques, en France et ailleurs, qui montrent qu’un très grand nombre de femmes ont été agressées sexuellement ou physiquement, qu’elles soient enfants, adolescentes ou adultes. Et on ne fait pas le parallèle entre les deux phénomènes. Je ne dis pas que toutes les femmes qui se mobilisent contre le film de Polanski en ce moment sont des anciennes victimes ou des victimes mais il doit bien y en avoir au sein d’elles et il doit bien aussi en avoir à qui cela fait extrêmement mal, de par leur expérience concrète, d’entendre ce débat qui prétend à l’élévation en disant qu’il faut « distinguer l’homme de l’œuvre ».

    Comment ces hommes déploient-ils leurs alliances ?

    Si on finit sur Polanski, dans son document de presse pour la Mostra de Venise, plusieurs médias ont relevé qu’il avait inséré une entrevue avec Pascal Bruckner, que je cite d’ailleurs dans mon livre. Pascal Bruckner est un vieux propagandiste de la thèse du féminisme puritain, totalitaire, aux Etats-Unis. Déjà, dans les années 90, il parlait de la fameuse porte qu’on doit laisser ouverte, sur les campus américains, lorsqu’on est professeur et qu’on reçoit une étudiante dans son bureau.

    Oui ce phénomène est décrit dans votre ouvrage...

    Absolument, et ça, il explique que c’est du totalitarisme. Cela me paraît quand même incongru comme définition du totalitarisme. Si c’était ça le totalitarisme, finalement, la vie en URSS n’aurait pas été si pénible, avec simplement des profs qui ont une porte ouverte lorsqu’on les rencontre. Pour en revenir à Polanski, celui-ci insère une entrevue qu’il a réalisée avec Bruckner (des passages de cette entrevue ayant été très critiqués, le fameux dossier de presse a fini par être expurgé des propos contestés, ndlr) et Bruckner lui demande : « En tant que juif chassé pendant la guerre et cinéaste persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au maccarthysme néoféministe actuel qui, tout en vous poursuivant dans le monde entier pour empêcher la projection de vos films, a obtenu votre exclusion de l’Académie des Oscars ? ». « Maccarthysme néoféministe », c’est l’expression qu’il utilise.

    Cela montre bien que Polanski se place dans une position d’homme victime des féministes, mouvement que l’on associe au maccarthysme et au totalitarisme. Donc on est face à cette idée de féminismes totalitaires. Qui est en fait quelque chose de purement imaginaire, si on a une connaissance de l’Histoire du 20ème siècle, comme ces nouveaux philosophes, Finkielkraut, Bruckner, l’ont. Ils savent très bien ce qu’est le totalitarisme. Et donc ils ne peuvent pas, s’ils sont vraiment sincères, honnêtes intellectuellement et politiquement, comparer le féminisme avec le totalitarisme, c’est une abjection de faire cette comparaison.
    https://www.youtube.com/watch?v=_5cdWWgopok


    Est-ce que ce n’est pas minimiser la portée réelle du totalitarisme ?

    C’est totalement une insulte aux victimes du totalitarisme. C’est nous laisser croire qu’il y a des victimes similaires du féminisme alors que moi, je cherche les charniers ou les camps de concentration, la Gestapo ou le KGB féministes. C’est une paranoïa totalement imaginaire. Le féminisme n’a pas de milice armée, ne tue pas. Le féminisme n’a pas de branche armée, ça n’existe pas. Alors qu’au 20ème siècle, presque tous les autres mouvements politiques avaient une branche armée, il y a eu des moments où ils ont pris les armes ces mouvements indépendantistes, républicains, nationalistes, anarchistes, marxistes, islamistes, nazis, fascistes. Mais le féminisme, pas du tout. Donc c’est complètement injuste.
    https://www.youtube.com/watch?v=Nua6MugtvNo


    A l’inverse, des femmes ont été victimes d’attentats antiféministes. Comme l’attentat de 1989 à Montréal, dont vous rappelez l’existence dans La crise de la masculinité. Les actes commis par Anders Breivik en 2011 s’inscrivaient aussi dans une perspective antiféministe. Est-ce que l’antiféminisme est forcément d’extrême-droite ?

    C’est une bonne question, que l’on se pose souvent dans les réseaux plus militants. La réponse est non. J’ai tendance à considérer que l’antiféminisme, un peu comme le racisme ou l’islamophobie, a un penchant à droite mais se retrouve aussi à gauche. On trouve souvent moyen de le justifier selon des principes ou des logiques politiques de gauche. Mais effectivement, c’est tendanciellement plus fort à droite et à l’extrême-droite.
    Dans les réseaux d’extrême-droite, sur les sites suprémacistes blancs aux États-Unis, en Scandinavie, et ailleurs, on a ces discours de type Breivik, cette idée que « l’homme occidental » - une sorte de descendant des Vikings - a été castré, efféminé. Différentes explications sont trouvées comme l’émergence de la pensée féministe dans les années 60 ou même l’automatisation du travail. D’après ces sites, cette efféminisation de l’homme blanc en Occident le rend incapable de défendre le territoire, de protéger la famille, ses emplois, de défendre les femmes et les enfants blancs, face à l’invasion barbare de l’immigration par laquelle déferlent des hommes qui sont même potentiellement violeurs, qui viennent violer « nos femmes ».
    https://www.youtube.com/watch?v=DD_WOHYMC6w


    Est-ce que l’on retrouve ce discours en France ?

    C’est en effet à peu près ce qui est dit par Éric Zemmour dans Le premier sexe (son livre publié en 2006, ndr) où, vers la fin, il mélange vraiment la question de la crise de la masculinité, de l’anti-féminisme, de la peur du jeune homme arabe des banlieues et de l’immigration. Donc ça c’est le type de discours que l’on retrouve à l’extrême droite.

    Et à gauche ?

    On peut aussi avoir des thèses antiféministes et masculinistes à l’extrême gauche. Dans mon livre, je donne les exemples d’Alain Badiou et de Jean-Claude Michéa qui s’intègrent dans la perspective d’une vieille tradition socialiste critique du féminisme. Déjà au milieu du 19ème siècle, Friedrich Engels, par exemple, dans son analyse sur la classe ouvrière anglaise, s’opposait à l’entrée des femmes dans le salariat, dans les usines. Avec d’autres, il considérait que c’était une concurrence injuste avec les salariés masculins car le patronat payait moins les femmes que les hommes, et donc préférait les employer. Chez un socialiste comme Engels, on trouve ceci qui relève clairement du discours sur la crise de la masculinité.

    Et on va retrouver des réflexions de type « crise de la masculinité » chez un socialiste libertaire comme Jean-Claude Michéa par exemple, qui a des propos très très dénigrants envers les mères, qui seraient castratrices, qui écraseraient psychologiquement les garçons, qui les empêcheraient de réaliser leur véritable identité masculine. On retrouve ce type d’éléments chez Alain Soral et Michel Clouscard, un vieux communiste dont on ne se souvient plus tellement mais qui était un peu l’inspirateur de Michéa et Soral. Et chez Zemmour donc. Tous ces gens se retrouvent dans une sorte de bouillabaisse bizarre.

    Qu’est ce que l’on peut répondre à ceux qui disent qu’à travers les mouvements « MeToo » et « BalanceTonPorc », les féministes cherchent à gagner sur le terrain médiatique les batailles qu’elles savent qu’elle ne gagneront pas sur le terrain judiciaire ?

    Il y a trois problèmes importants : d’abord la minimisation, la non prise en compte ou le mépris par rapport à ces types de plainte de la police. Ensuite la difficulté psychologique pour une femme d’aller raconter cette histoire à des policiers et tout ce qui va suivre - s’il y a un procès, probablement que vos proches, votre famille vont en entendre parler ; peut-être que l’on n’a pas envie de parler de ça à tout le monde tellement c’est difficile. Et puis le manque de résultats. Donc quand vous êtes devant ces trois problèmes qui sont extrêmement graves, face à un crime lui aussi supérieurement grave, et bien on peut imaginer qu’un mouvement social comme le mouvement féministe trouve d’autres moyens de dénoncer.
    https://www.youtube.com/watch?v=QFRPci2wK2Y


    Les mouvements sociaux ne sont pas des avocats. Quand un mouvement social décide de dénoncer, il n’est pas, sur le terrain la légitimité de la cause qu’il porte, évaluable du point de vue d’une décision de juge. Le mouvement syndical a souvent dénoncé des patrons véreux, des conditions de travail totalement inappropriées, dangereuses pour les salariés... Et cela ne passait pas toujours devant les tribunaux du travail et la justice. C’est une question de rapport de force. Le mouvement écologiste a reproduit ce procédé également, des mouvements d’agriculteurs aussi, tout comme le mouvement altermondialiste. Il faut donc arrêter d’avoir une obsession pour le tribunal et la justice.

    Est-ce l’idée qu’il y a d’autres moyens de contester qu’à travers l’État de droit ?

    Exact. Prenons l’exemple de l’impunité par rapport aux violences policières en manifestations. Si les policiers tuent ou éborgnent quelqu’un, cela s’est quand même vu pas mal de fois, peu d’entre eux sont condamnés alors que des dizaines de personnes ont été éborgnées dans le mouvement des gilets jaunes. On sait bien qu’ils ne seront jamais mis en cause ni condamnés. On peut donc se promener avec des bannières qui accusent les policiers de ces faits. On ne va pas se retenir de déclarer publiquement que les policiers ont fait ça parce qu’il faudrait passer par les tribunaux pour que les policiers soient mis en cause et condamnés, c’est ridicule. De plus, l’un n’empêche pas l’autre, ça n’interdit pas de passer aussi par le tribunal. On dira : « Oui mais il y a présomption d’innocence peut être que les policiers devraient pouvoir donner leur version ». Certainement mais de toute façon, ils la donnent tout le temps, leur version.

    Voulez-vous dire que les mouvements féministes orchestrent des actions médiatiques parce qu’il est très difficile d’obtenir justice par le biais du tribunal classique, pour que la culture du viol recule dans la société ?

    Oui. Et de manière globale tous les mouvements sociaux font quelque chose qui ressemble à ça : dénoncer et accuser les responsables du problème, le patron pollueur ou le patron mauvais payeur ou le policier violent. Les femmes et les féministes le font aussi et ont une raison supplémentaire de le faire : quand elles passent à travers le système de justice, elles se heurtent aux trois problèmes que je vous ai mentionnés plus haut.

    Ajoutons que dans le discours sur la présomption d’innocence, il y a cette suspicion autour du mensonge des femmes quand elles accusent les hommes. Pourtant quand les femmes dénoncent, il faut plutôt présumer la véracité des propos de la personne qui dénonce. Quelqu’un qui dit : « J’ai été agressée », c’est un cri de colère, ce n’est pas un procès et d’ailleurs la femme concernée le sait très bien au fond d’elle-même. Il y en a des dizaines de milliers en France. Elles connaissent la personne qui les a agressées, c’est souvent un proche (dans 80 % des cas, la victime connaît son agresseur, selon le Collectif féministe contre le viol, ndlr). Mais peut-être qu’elles ne pourront jamais aller en faire la démonstration devant un juge parce qu’il n’y a pas de témoins, parce que c’est arrivé il y a trop longtemps...

    Avec l’augmentation des plaintes pour violences sexuelles, pensez-vous que le mouvement MeToo peut aider à faire bouger les choses ?

    Honnêtement, je pense qu’il n’y a pas de solution qui pourrait immédiatement faire cesser le fait qu’une femme est assassinée par son conjoint ou son ex-conjoint en France tous les deux jours. C’est un phénomène social d’une telle ampleur et qui se passe en grande partie dans ce qu’on appelle la vie privée. C’est donc très compliqué de voir comment on peut arrêter ça. Si ce n’est à travers le lesbianisme séparatiste, c’est-à-dire que les femmes décident de ne plus être en couple avec des hommes. Mais là vous allez avoir les célibataires involontaires qui vont continuer à perpétrer des attentats, comme en Californie ou à Montréal, parce que des hommes seront assez arrogants et prétentieux pour penser que s’ils ne peuvent pas vivre la sexualité à laquelle ils pensent avoir droit et bien cela justifie des attentats. C’est quand même un niveau de prétention à l’appropriation des autres qui est incroyable.

    Dans l’hétérosexualité et les relations de couple, plusieurs hommes ont cette socialisation qui leur fait croire qu’ils ont un droit d’appropriation du corps de la femme, de sa sexualité, de son travail, qu’elle leur doit des services, de l’amour, son attention et que quand elle les quitte, c’est un crime de lèse-majesté et qu’ils doivent la détruire. C’est une prise de contrôle totale sur elles. Ce sont des réflexions qui m’ont été suggérées par Mélissa Blais, avec qui j’ai travaillé sur la question de l’antiféminisme et qui est d’ailleurs la spécialiste de la tuerie de l’école polytechnique. Elle a écrit un livre qui s’appelle J’haïs les féministes, le 6 décembre 1989 et ses suites sur cet attentat antiféministe. Mélissa Blais déplore tout le temps que, dans les médias, on laisse entendre que l’homme a perdu le contrôle, a eu un moment de crise et a tué sa conjointe alors que cela correspond plutôt au moment où il a pris le contrôle absolu sur son ex en la tuant.

    Si j’avais la solution pour arrêter tout cela, je serais prix Nobel de la paix, je ne sais pas comment on peut s’y prendre. Je ne peux pas parler au nom des féministes et des femmes qui ont peur, qui sont en colère ou qui veulent s’entraider. Mais ce que je vois c’est qu’il y a des choses qui bougent. Cela ne va pas nécessairement arrêter Robert qui veut tuer sa compagne qui le quitte, qui prend son fusil de chasse et la tue. Mais un mouvement comme MeToo et les dénonciations dans le milieu du cinéma font évoluer les choses.

    Il y a des acteurs, des réalisateurs, des producteurs, des journalistes et des associations qui se positionnent. J’imagine qu’il y a des discussions à l’intérieur de ce milieu, avec des solidarités qui peuvent se créer une fois que le silence est brisé. Sur les plateaux de tournage par exemple, au sein des équipes, on apprend que les gens voient des choses mais n’osent pas parler. Et là, on brise l’omerta. Est-ce que du coup, demain matin, statistiquement, il va y avoir 10, 20 ou 30 % d’agressions ou de harcèlement en moins sur les plateaux de tournage ? Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire ça.

    Propos recueillis par Nicolas Mollé

  • Affaire Matzneff, par Marc Esposito
    30 janvier, 18:05

    On parle d’un mec qui a violé des centaines d’enfants.

    J’avais l’intention de lire ‘’Le consentement’’ de Vanessa Springora, à propos de sa relation avec Gabriel Matzneff quand elle avait 14 ans et lui 50, mais je ne sais finalement pas si je le lirai, car je crains trop de me mettre en colère à chaque page.
    J’ai beau être à Bali, j’ai vu et revu, grâce à facebook, l’émission d’Apostrophes de 1990 où Denise Bombardier est la seule à attaquer Gabriel Matzneff, celle, très récente, où François Morel défend Bernard Pivot tout en avouant n’avoir jamais lu Matzneff, celle où Georges-Marc Benamou confond Frédéric Beigbeder, tout péteux d’avoir soutenu Matzneff, et aussi celle de Yann Barthès où Springora parle de son livre.
    A chaque fois, j’ai été choqué par certains propos, et j’ai envie d’ajouter mon grain de sel, parce que moi j’ai lu Matzneff, et parce que j’ai entendu trop de conneries insupportables.
    D’abord, Vanessa Springora. Dans l’émission de Barthès, elle traite Gabriel Matzneff de ‘’malade’’. Utiliser ce mot est pour moi une façon de l’excuser. Matzneff n’est pas un ‘’malade’’, c’est une ordure malfaisante, un serial violeur, ce qui est très différent. Je n’aime pas le mot ‘’pédophile’’, qui signifie, stricto sensu, ‘’qui aime les enfants’’. Matzneff n’aime pas les enfants, il aime sodomiser des enfants, ce qui est très différent. C’est un #pédocriminel.
    J’ai également été très choqué par cet extrait de la 4ème de couve du livre de Springora, que j’ai vue sur le site de Grasset : ‘’…elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.’’ Lire de telles conneries au dos d’un livre qui prétend dénoncer Matzneff, donner ainsi du crédit aux clichés mensongers qui ont permis à ce mec de commettre ses méfaits pendant un demi-siècle, je trouve ça ahurissant.
    Car, non, cent fois non, l’époque n’a rien à voir là-dedans, ma colère n’est pas révélatrice d’une montée de puritanisme propre à cette décennie, les premières lois punissant la pédocriminalité datent de 1791 ! Les comportements pédocriminels ont toujours été inadmissibles, ils n’étaient pas plus tolérés par la quasi-totalité des Français dans les années 1970 ou 1990 qu’aujourd’hui.
    ‘’La complaisance d’un milieu’’, oui, évidemment, mais ‘’aveuglé par le talent et la célébrité’’, non, mille fois non. Matzneff a dû avoir une érection en lisant ces deux mots associés à son nom : talent et célébrité. J’ai lu Matzneff, et je trouve, et je ne suis pas le seul, qu’il n’a aucun talent, il n’écrit pas ‘’bien’’ comme je l’ai beaucoup lu partout, pas du tout, il écrit propret, son ‘’style’’ n’a aucune personnalité, ce n’est pas pour rien s’il n’a jamais séduit les lecteurs de son époque, même avec ses quelques livres qui ne parlaient pas de ses pratiques sexuelles. Et il n’est donc pas du tout ‘’célèbre’’ - sauf peut-être depuis que Springora a écrit ce livre et que son visage est apparu partout sur les réseaux sociaux. Au moment où Springora a vécu son histoire avec lui, il n’était connu que du micro-milieu germanopratin des éditeurs et des écrivains, ses livres se sont toujours très mal vendus - son Prix Renaudot de l’essai, attribué en 2013, s’est vendu à 3 600 exemplaires. Ça veut dire que, malgré les éloges de Jean d’Ormesson, BHL ou Mitterrand, malgré ses invitations chez Pivot, le grand public n’a jamais eu envie de lire ce mec. On ne peut que lui dire bravo et merci.

    Contrairement à beaucoup de gens qui s’expriment sur ce sujet, j’ai lu, une fois dans ma vie, 40 pages d’un ‘’Journal’’ de Gabriel Matzneff, et ça explique pourquoi je n’ai aucune indulgence vis-à-vis de lui.
    C’était lors de mon premier séjour à Bali, en 1994, j’étais dans un hôtel de Candi Dasa, je n’avais plus rien à lire, je suis allé jeter un œil à la bibliothèque de l’hôtel, il n’y avait que 3 ou 4 livres français, dont un ‘’Journal’’ de Matzneff, je ne sais plus lequel (il en existe 15 tomes, publiés chez trois éditeurs différents, pendant 30 ans !), je me souvenais des polémiques au sujet de ses pratiques sexuelles, j’ai voulu voir de quoi il retournait, et j’ai vu. Et j’ai été scandalisé. Que ce mec ne soit pas en prison, et qu’il y ait des éditeurs, et non des moindres, Gallimard en tête, pour publier ces horreurs. A l’époque, internet et facebook n’existaient pas, je n’avais aucun moyen de crier ma colère.
    Ce livre est un journal intime très classique, avec des dates précises, parfois 10 lignes sur une date, parfois quelques pages, et il montre que Matzneff ne pense absolument qu’à ça : se taper des enfants et des ados, garçons ou filles. Et il n’aime que les deux choses que l’on peut faire indifféremment avec des enfants des deux sexes : enculer et se faire sucer. Il ne se fait jamais enculer et il ne suce jamais – vu que ses proies sont toujours ou des gamines ou des gamins pré-pubères, c’est tout simplement impossible. Il est toujours le seul qui jouit.
    Je ne me souviens pas d’un seul portrait d’un ami ou d’un parent, ou d’une note de lecture un peu consistante sur un livre qu’il a aimé, non, les pages que j’ai lues ne parlaient que de ses relations sexuelles avec des enfants et des ados.
    Dans tous les extraits d’émissions que j’ai vus depuis avec lui, il parle d’’’amour’’, il n’a que ce mot à la bouche, et d’après ce que j’ai lu du livre de Springora, il utilisait ce mot à propos de leur relation, mais dans les 40 pages que j’ai lues, il n’en était jamais question. Il ne parlait que de ses actes sexuels, de sa satisfaction sexuelle, et de sa jouissance à avoir ajouté une nouvelle proie à son tableau de chasse. C’était tellement dégueulasse que j’ai arrêté de le lire au bout de 40 pages, quand j’ai compris que ça ne parlerait que de ça jusqu’au bout, j’ai déchiré le livre et je l’ai jeté à la poubelle, pour que personne d’autre ne le lise.
    Si les 40 pages que j’ai lues sont révélatrices de la consommation sexuelle habituelle de Matzneff, et pourquoi ne le seraient-elles pas, ce mec se tapait des dizaines d’enfants par an, répartis en deux catégories : des collégiennes parisiennes et des jeunes prostitués asiatiques. Ce rythme frénétique, sur 50 ans de parcours, permet d’estimer, sans risque de se tromper, le nombre de ses victimes à plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers. Depuis, j’ai lu, par exemple, cet extrait qui confirme cette estimation : ‘’Il m’arrive d’avoir jusqu’à quatre gamins – âgés de 8 à 14 ans – dans mon lit en même temps, et de me livrer avec eux aux ébats les plus exquis.’’ (in Un galop d’enfer, 1985).

    Matzneff n’est donc pas un pédocriminel parmi tant d’autres, c’est un pédocriminel hors normes, un serial #violeur de grande envergure. Et les détails de ses modes opératoires montrent qu’il serait un être humain haïssable, même si ses victimes étaient majeures. Il y a deux passages du livre que je n’ai jamais oubliés, et qui expliquent pourquoi j’écris ça.
    1. Matzneff est à Manille ou Bangkok, il vient de sodomiser un petit prostitué de 10 ou 12 ans, et le gosse a le malheur de lui réclamer le double du prix ‘’normal’’ de la passe, un prix dont je me souviens qu’il était ridiculement bas, le gosse avait dû réclamer l’équivalent de 10 dollars au lieu de 5, ou 20 au lieu de 10, pas plus. Et Matzneff raconte tout fiérot qu’il a refusé de payer ce prix démesuré, qu’il a jeté sans ménagement le gosse hors de sa chambre, et il se vante de ne pas avoir été un pigeon victime de cette petite salope.
    2. Matzneff est invité à un dîner chez des ‘’amis’’ qui veulent lui montrer leur ouverture d’esprit et leur tolérance en l’invitant à leur table malgré sa réputation sulfureuse. C’est Matzneff qui l’écrit et décrypte ainsi cette invitation. Et pour montrer à quel point ils lui font confiance, leur fille de 14 ans participe au dîner. Le paragraphe d’après, Matzneff se vante d’avoir sodomisé la gamine les jours qui ont suivi et rigole du bon tour qu’il a joué à ces intellos de gauche stupides qui lui ont fait confiance.

    Donc, quand j’entends des François Morel ou des Frédéric Beigbeder, dire avec un petit sourire : ‘’eh oui, il y a des gens qui ont du talent et qui sont des salauds…’’, ça me met très en colère. Parce que Matzneff n’a aucun talent, je l’ai déjà dit, et parce qu’il n’est pas juste un ‘’salaud’’, il est l’un des pédocriminels les plus malfaisants de tous les temps, et il est toujours en liberté. Je répète : on parle d’un mec qui a violé des centaines d’#enfants.
    Si tous ceux qui lui ont serré la main, lui ont donné des prix, l’ont invité à leurs émissions, lui ont filé des subventions, ou un appartement de la ville de Paris à loyer ultra modique, ont lu ce que j’ai lu, ce sont des ordures aussi.
    Je suis peut-être naïf, mais je préfère penser que leur seule ‘’excuse’’ est de n’avoir jamais lu ces journaux intimes.

    Ceux qui sont impardonnables, ce sont ses éditeurs. Eux, c’est sûr, ont lu ces horreurs, et ils lui ont même donné des sous en échange !
    Antoine Gallimard en tête, qui a eu le culot, récemment, de retirer les livres de Matzneff de la vente, façon vierge outragée, comme si c’était le livre de Springora qui lui avait révélé l’ignominie du personnage, après l’avoir accueilli dans sa grande maison en 1990 alors qu’il avait déjà publié une dizaine de ses journaux intimes, pour lui permettre de continuer ce magnifique travail, et qui l’a mensualisé jusqu’en 2004 !
    Et son ‘’éditeur’’ personnel, Philippe Sollers, que je m’honore de n’avoir jamais lu, parce que je l’ai toujours trouvé débectant dans toutes ses interventions à la télé, bien avant de savoir qu’il éditait Matzneff. Rappelons que ce Philippe Sollers, qui est une icône de l’intelligentsia parisienne – forcément, éditeur chez Gallimard, c’est un pouvoir énorme – est aussi celui qui a élégamment traité Denise Bombardier de ‘’mal baisée’’ quand elle a osé attaquer Matzneff chez Pivot en 1990.
    L’’’éditeur’’, le grand public ne le sait pas forcément, c’est celui qui aide l’auteur à améliorer son texte. Ça signifie que Sollers a eu avec Matzneff des conversations du genre :
    – Dis-moi, dans ta phrase : ‘’je suis rentré dans son petit trou comme dans du beurre’’, tu préfères pas ‘’entré’’ plutôt que ‘’rentré’’ ?
    – Non je préfère ‘’rentré’’, c’est plus explicite.
    – Oui, tu as raison, c’est mieux.

    Ces gens me dégoûtent. Il y a beaucoup d’hommes enfermés dans les prisons françaises qui ont commis des actes bien moins répugnants.

    https://www.facebook.com/marc.zaffran/posts/10157848653093150?notif_id=1581079808340952&notif_t=feedback_reaction_gene

    • Qu’il ait été protégé, édité, félicité et qu’il n’ait jamais été inquiété restera une des plus grandes énigmes judiciaires de la fin du siècle dernier. Quand on sait que le parquet est capable de poursuivre et potentiellement de faire incarcérer une citoyenne qui vient en aide à un migrant, il y a de quoi légèrement douter de notre démocratie humaine.

    • euh juste : springora utilise le mot #pédocriminel dans son livre et ça arrive de mal s’exprimer en direct live à la télé quand tu raconte ton viol. Visiblement, le mec qui écrit ce texte ne pense pas à ça. Sinon, c’est les éditeurs qui écrivent le quatrième de couv’. Donc je vois pas trop l’intérêt de « commencer » ses griefs par springora, qui a écrit un très bon livre, mais surtout qui joue gros, et pour nous tous, en s’exposant comme ça... Juste un peu de respect quoi.

    • ça doit être pour poser une sorte de gage d’objectivité que le mec commence par s’attaquer à Springora. Eh bien c’est naze. Et le mystère qu’il expose n’en pas un, les violeurs à répétition, ça fucking court les rues.

    • Je rejoins @reka
      Ce qu’il faut mettre à jour dans cette histoire, ce sont les raisons du succès médiatique de Matzneff.
      Parce que oui il a eu un succès médiatique. Je me souviens l’avoir vu dans beaucoup d’émissions de télévision avec son physique si particulier, et le vertige que ses paroles provoquaient : « C’est réel ce qu’il raconte ? On dirait. Mais alors si c’est réel, pourquoi a-t-il le droit de parler à la télé ? »

      Est-ce seulement la curiosité pour la monstruosité qui ont fait son succès, ou y a-t-il eu des complicités plus profondes ?

      On aimerait une vraie enquête sur Pivot, les producteurs de Pivots, etc...

    • Je rejoins @reka pour dire qu’on ne peut vraiment que douter de nos « démocraties » devenues des coquilles vides de la gouvernance de nos sociétés.
      J’ai suivi le « 28 minutes » sur ARTE du 6 février dernier. Pardon s’il y en a parmi vous que cette « chaîne franco- allemande » saoule grave mais il m’arrive fréquemment de suivre cette chronique assez inégale suivant sûrement les thèmes qui y sont abordés et aussi surtout à cause des intervenant·es qui y sont invité·es.

      Dans l’émission de ce mercredi, le débat portait sur l’opportunité ou non de rendre les crimes à caractère sexuel imprescriptibles. La séquence commence par rappeler les faits concernant Sarah Abitbol qui dut subir les agressions répétées de son entraîneur pendant toutes ses années d’entraînement en tant que patineuse.

      Participaient au débat :
      – Muriel Salmona : psychiatre spécialiste des violences sexuelles, présidente de l’association Mémoires Traumatiques et Victimologie
      - Carole Ardouin-Legoff : maître de conférence en droit privé et science criminelle à l’université Panthéon Assas
      – Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire au Figaro.

      Voici un court extrait du débat où intervient Carole Ardouin-Legoff en réponse à une question de Renaud Dély :

      Renaud Dély :
      -- Ça signifie, quand on écoute Muriel Salmona, que le droit à l’oubli n’existe pas pour les victimes de crimes sexuels. Or, ce droit à l’oubli c’est une justification de la prescription pour les auteurs de crimes sexuels. Pourquoi est-ce que ça fonctionnerait pour les auteurs et pas pour les victimes ?

      Carole Ardouin Legoff :
      -- La prescription de l’action publique a effectivement pour fondement l’oubli, de l’infraction, l’oubli du crime, mais pas pour l’auteur ni pour la victime, mais pour la société tout entière. Lorsqu’une action publique est intentée, un procès pénal est conduit et la société est représentée par le Ministère Public. Le ministère public agit au nom de tout un chacun, pour la simple et bonne raison que lorsqu’une infraction est commise, en particulier lorsqu’il s’agit d’un crime, ce crime trouble l’ordre public. La société tout entière est troublée par l’existence de cette infraction et donc, l’action publique a vocation de réparer ce trouble à l’ordre public. Autrement dit, en raison de l’écoulement du temps, si beaucoup d’années se sont passées depuis la commission du crime, et bien le trouble à l’ordre public a pu se réparer tout seul, du fait de cet évènement naturel qu’est le cours du temps. Et donc un droit pénal moderne n’a alors aucune raison d’entrer en jeu. On ne sanctionne pas pour sanctionner. On punit simplement quand il y a un intérêt à punir, à répare un trouble à l’ordre public. Ce qui n’est plus le cas lorsque c’est prescrit. Donc certes, la mémoire de la victime peut demeurer, la mémoire du criminel aussi. L’action publique n’est pas là pour protéger un criminel mais une victime.

      Et là je dois bien avouer que je suis resté interloqué. La mission du Ministère Public n’est donc pas de dire le droit, de reconnaître des droits à réparation aux victimes et de punir d’éventuels coupables mais de protéger la société tout entière contre de possibles « troubles à l’ordre public ». C’est compliqué la « Justice » non ?

      Le lien vers l’émission (à partir de la 14e minute)

      https://www.arte.tv/fr/videos/088472-117-A/28-minutes

    • Et personne ne se questionne sur le pourquoi et comment Matzneff a pu être interviewé (par l’extrême droite) dans le quartier latin fin 2019 et puis mystérieusement s’évaporer et quitter la france, sans qu’aucune police ne le retrouve ?
      Pas plus que tu n’as à te demander pourquoi Epstein a pu sortir librement de france où il y violait régulièrement des enfants et des femmes avec ses amis dans ses nombreux appartements proches des champs élysées.
      Comme tu es prié d’oublier que David Hamilton a vécu jusqu’à sa mort à Paris sans être inquiété, et que le gouvernement actuel comme les instances tel le CNC ont soutenu et financé Polanski pour son dernier film alors qu’il n’a pas purgé sa peine aux USA.

      Nan, nan, tu retiendras seulement que c’était une autre époque.

      Merde, c’est juste aujourd’hui.

    • @sombre il y a une #aporie ici. Ce qui a été pris ne sera jamais rendu. Punir les agresseurs ne pourra jamais « rattraper le coup ». Il n’y a donc pas, d’un point de vue radical, de #justice possible. C’est toujours trop tard. Comme un assassinat. Effectivement la société s’achète une conscience, avec des punitions. Les punitions sont de la #vengeance. Et les #interdits n’empêchent rien. Il faut donc inventer autre chose, et je n’ai pas la moindre idée de quoi. La seule chose qu’on peut se dire, dans l’état actuel des choses, et c’est ce qui motive toutes ces anciennes victimes à agir, qu’au moins, certains s’arrêtent. Parce que mtnzf, même à 80 ans, est toujours actif et dangereux. Les autres aussi.

      On peut imaginer changer la société, radicalement, notamment en transformant la sexualité masculine, qui me semble moteur dans toutes ces histoires. Imaginer une autre sexualité où l’érotisation des rapports de domination euh... disparaitrait. C’est tellement énorme que presqu’ inimaginable.

    • Punir les agresseurs ne pourra jamais « rattraper le coup »

      @tintin Bien sûr, je comprends ta position, mais ce n’est pas seulement punir dont il est question, c’est dénoncer cet aveuglement pour protéger d’autres enfants en arrêtant les violeurs récidivistes et leurs soutiens. Pour Hennion, pote de Mtzneff, entre autres de ses amis violeurs, c’est plus de 200 enfants en Thaïlande dont la justice l’a accusé.
      Il faudrait déjà, (à commencer par qui ? qui accepte de voir ses horreurs ?) qu’une partie de la société accepte de voir en face que le combat contre les violences sexuelles est face à la force des réseaux de soutien de la pédophilie du proxénétisme et de la pornographie, qu’ils soient médiatiques, juridiques, philosophiques, littéraires, politiques ou policiers. Aujourd’hui. Maintenant.

      Sauf que soit culturellement soit face à l’ampleur du désastre, soit par lâcheté, personne ne veut entendre parler de ces collusions.

    • Un écrivain pédophile — et l’élite française — sur le banc des accusés :

      Il a été invité à déjeuner à l’Élysée par François Mitterrand et a fréquenté Jean-Marie Le Pen , le dirigeant d’extrême-droite.

      Il a bénéficié des largesses du couturier Yves Saint Laurent et du compagnon de ce dernier, le puissant homme d’affaires Pierre Bergé .

      https://www.nytimes.com/fr/2020/02/11/world/europe/france-gabriel-matzneff-pedophilie.html

    • En 2002, M. Girard, l’ancien collaborateur d’Yves Saint Laurent, était devenu adjoint à la culture du maire de Paris, un poste qu’il occupe de nouveau à l’heure qu’il est . Il fit pression pour que M. Matzneff obtienne une allocation annuelle à vie du Centre National du Livre, un privilège rarement attribué, comme l’a révélé son directeur actuel, Vincent Monadé, au quotidien L’Opinion.
      https://www.nytimes.com/fr/2020/02/11/world/europe/france-gabriel-matzneff-pedophilie.html

    • Ce n’est pas la première fois que je vois le nom de #Harlem_Désir (en photo avec matzf)

      #Christophe_Girard, socialiste, actuellement chargé de la culture à Paris (si si) est cité dans l’article pour avoir fait l’entremetteur pour #Yves_Saint_Laurent et #Pierre_Bergé.

      WP :

      En 1998, [C.Girard] devient membre des Verts. Il est présent en 1999 en position non éligible sur la liste de Daniel #Cohn-Bendit aux élections européennes. En 2001, après l’élection de Bertrand Delanoë, il est nommé adjoint au maire de Paris chargé de la culture3. Il occupe son poste tout en restant chez LVMH

      En 2002, M. Girard, l’ancien collaborateur d’Yves Saint Laurent, était devenu adjoint à la culture du maire de Paris, un poste qu’il occupe de nouveau à l’heure qu’il est. Il fit pression pour que M. Matzneff obtienne une allocation annuelle à vie du Centre National du Livre

    • Pour éviter l’accusation de délire ou de complotisme concernant des réseaux qui n’existent évidemment pas … je recopie seulement cette page Wikipédia, encyclopédie en ligne qui a pourtant une facheuse tendance à empêcher toute participation des lanceurs d’alerte dénonçant les pédocriminels et leurs soutiens.
      Faites en ce que bon vous semble mais arrêtons de fermer les yeux svp.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Apologie_de_la_pédophilie

      En 2013, la remise d’un prix à Daniel Cohn-Bendit suscite une nouvelle polémique en Allemagne ; le Parti vert allemand, auquel appartient Daniel Cohn-Bendit, décide alors de se pencher sur son propre passé et de commander au politologue Franz Walter une étude sur l’influence qu’ont pu avoir les militants pédophiles sur le mouvement écologiste allemand. Les travaux de Franz Walter mettent au jour d’anciennes positions pro-pédophiles des Verts allemands, poussant notamment l’ancien ministre Jürgen Trittin - responsable en 1981 d’une plate-forme électorale qui prônait la dépénalisation des actes sexuels entre enfants et adultes - à s’expliquer et à reconnaître ses erreurs. Un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung accuse les Verts allemands d’avoir, dans le passé, « créé une idéologie qui favorisait l’abus d’enfants », Daniel Cohn-Bendit étant notamment dénoncé comme « le porte-drapeau le plus éminent des pédophiles ». Franz Walter souligne par ailleurs que les pédophiles ont, dans le passé, également influencé le Parti libéral-démocrate.

  • Montpellier : Acharnement policier et judiciaire contre une observatrice de la LDH | Jean-Jacques Gandini
    https://lundi.am/Montepellier-Acharnement-policier-et-judiciaire-contre-une-observatrice-de-la

    La chronique judiciaire que nous publions ici nous a été transmise par le coordinateur de la Legal Team de la section de la Ligue des Droits de l’Homme de Montpellier. Sa longueur et son souci du détail permettent de prendre la mesure de ces petits et gros mensonges policiers censés justifier la répression judiciaire du mouvement des Gilets jaunes, pris dans sa définition la plus large. La personne visée ici par l’acharnement policier n’est autre qu’une observatrice de la Ligue des Droits de l’Homme. Bonne lecture. Source : Lundi matin

    • #Camille_Halut

      Sur le refus d’empreintes et de signalétiques, il révèle qu’il y a eu des débats au sein de la formation du tribunal mais ils ont décidé finalement de ne pas la condamner au regard du fait qu’il s’agit d’une infraction annexe/accessoire aux deux infractions principales qui n’ont pas été retenues. Cette analyse renforce la jurisprudence qui souhaite battre en brèche la position des Parquets, tenants de l’autonomie des poursuites en matière de refus de prélèvement ADN par rapport au délit, ou aux indices graves et concordants de délit, principal alors qu’il s’agit d’un détournement de la loi.

      Belle victoire à l’arrivée au bénéfice du bien-fondé du droit d’observer les comportements des forces de l’ordre, la procédure ayant révélé les dérives de l’institution policière, de la base au sommet, par des pratiques sortant clairement des bases légales. Cette relaxe est aussi un hommage rendu à ces vidéastes et photographes qui prennent des risques, en étant victimes eux-mêmes parfois de violences policières et de poursuites devant les tribunaux, pour informer la société ; c’est en effet sur la base de deux de leurs vidéos, outre celle de Camille, que la relaxe est intervenue.

  • ❌ « Nous savions tous ce que #Epstein faisait. Mais tous avaient peur de lui et personne ne l’a attaqué sur le plan légal. »
    Cindy McCain, Héritière du groupe Budweiser, épouse de John McCain.
    La caste des corrompus.
    https://www.youtube.com/watch?v=KMgq3SrbHnk&feature=youtu.be

    Nous allons plonger dans une affaire vertigineuse, l’affaire Jeffrey Epstein. Une affaire qui montre le silence d’une caste, la “jet set”, “le gotha”, qui était consciente des agissements de ce pédocriminel et qui a parfois aussi participé à ses folles fêtes. Têtes couronnées, financiers internationaux, scientifiques, intellectuels, participant à un délire où le pouvoir et le vice font bon ménage.

    Premier épisode de notre enquête sur Jeffrey Epstein !

  • Le bore-out ou le faux rêve d’être payé à rien faire - Citizen Bartoldi
    http://citizenbartoldi.com/2020/01/le-bore-out-ou-le-faux-reve-d-etre-paye-a-rien-faire.html

    J’ai globalement un souci avec le monde du #travail actuel, je pense que ça suppure bien à travers les lignes de mes différents articles sur le sujet. J’ai eu tellement de chefs toxiques que je pourrais en écrire un roman (j’y pense). J’ai perdu mon emploi de façon assez peu juste, j’ai cumulé les médailles en chocolat mais à l’heure de distribuer le pactole, je n’avais qu’une petite pièce. La plupart de mes amis ont connu des licenciements, parfois pour des raisons économiques. On est souvent au fond du trou, dégoûtés, en proie à des crises existentielles. Je suis nul.le, je ne performe pas au boulot, que va-t-on faire de moi ? Tout ça parce qu’on ne réussit pas comme on devrait, comme on nous le vend. Le travail, c’est une putain de machine à broyer.

  • Le gouvernement a créé une cellule militaire pour surveiller les opposants à l’agro-industrie
    https://reporterre.net/Le-gouvernement-cree-une-cellule-militaire-pour-surveiller-les-opposants

    Le gouvernement veut « faire taire tous ceux qui mènent des actions symboliques contre le système de l’agriculture industrielle », dénoncent de multiples défenseurs de l’agriculture paysanne et biologique, réunis dans cette tribune. Ils s’inquiètent fortement de la création de la cellule de renseignement Demeter, lancée fin octobre, soi-disant destinée à lutter contre l’« agribashing ».

    #fascisme

  • « On nous appelait les #prisonniers politiques » : des #gilets_jaunes #incarcérés racontent - Basta !
    https://www.bastamag.net/gilets-jaunes-prisonniers-politique-colere-sociale-detention-justice

    Plus de 400 gilets jaunes, condamnés à de la #prison_ferme, purgent ou ont purgé leurs peines. Certains ont accepté de raconter à Basta ! leur découverte de l’#univers_carcéral, une expérience qui marque les personnes et souvent déstabilise les familles. Tout en laissant une trace profonde sur le mouvement.

    En plus d’un an près de 440 gilets jaunes ont été incarcérés pour des peines de un mois à trois ans. Cette répression, menée sur le plan judiciaire et carcéral, a bouleversé leurs vies et celles de leurs proches, et affecté l’ensemble du mouvement. À #Montpellier, Perpignan, #Narbonne, #Le_Mans et d’autres villes, Bastamag a rencontré plusieurs prisonniers et leurs soutiens, qui nous ont raconté leur expérience.

    [...]

    Malgré ces conditions très difficiles, de nombreux gilets jaunes interrogés témoignent du respect exprimé par les autres détenus. « Mon nom c’était le "gilet jaune du B2 rez-de-chaussée", se souvient Victor. Pendant les promenades, certains prisonniers me posaient des questions sur le mouvement. Certains disaient "Quand on sort, si ça continue on sera avec vous !" »

    L’ambiance est similaire à #Perpignan. « On nous appelait les "#prisonniers_politiques". La majorité des détenus soutenaient les gilets jaunes. Ils savaient qu’on avait manifesté pour la justice et la dignité, témoigne Abdelaziz. Les prisonniers, majoritairement issus des quartiers populaires, y aspirent aussi. Ils sont souvent incarcérés parce qu’ils ont fait des actions illicites pour obtenir de l’argent et améliorer leur quotidien. »

    Parfois, les #manifestations de #soutien sont allées jusqu’au personnel de la #prison. « Une des surveillantes m’appelait "#camarade" », se souvient Victor. Abdelaziz est encore plus affirmatif : « Les trois-quarts des gardiens nous soutenaient, et le reste ce sont des fachos. L’un d’entre eux participait même au mouvement au début. » Sourire aux lèvres, Victor évoque même des encouragements, à mots couverts, de la psychologue chargée de son suivi. « Elle a fini par me dire que j’avais raison d’aller aux manifestations. »

  • Sortir des clous et des nasses...

    POURQUOI MACRON NE CÉDERA PAS
    Par Ian Manook, écrivain

    Macron ne cédera rien parce qu’il n’est pas là pour gouverner. Il n’est même pas là pour être réélu et encore moins pour faire une carrière politique. Il se fout de tout ça, et donc il se fout de ce qu’on pense ou dit de lui, de sa cote de popularité, de son avenir politique, il se fout de tout ça. Macron est un condottiere mandaté par des commanditaires pour détricoter et privatiser tout ce qui est collectif et solidaire en France. Et sa récompense ne sera pas d’être réélu ou de prendre place dans le paysage politique français, sa récompense sera d’aller siéger dans tous les conseils d’administration des sociétés qu’il aura privatisées pour ses commanditaires. Ce n’est rien d’autre qu’un homme de main qui obéit à des ordres et qui a agi en deux temps : en pourrissant l’État français de l’intérieur sous un Hollande complètement manipulé, et en prenant ensuite prétexte de ce pourrissement pour mener à bien son pillage en règle de l’état. Voilà pourquoi il se moque de tous ces scandales à répétition le concernant et concernant son gouvernement. Voilà pourquoi nous avons un gouvernement « de crise » composé sans vergogne à moitié de millionnaires, voilà pourquoi il garde un Président de l’Assemblée mis en examen, pourquoi sa ministre de la justice peut dire en rigolant qu’elle a juste oublié de déclarer trois appartements au fisc. Voilà pourquoi il met sans honte un voyou à la tête de la police et autorise à cette police des comportements de voyous. Voilà surtout pourquoi il ne cède et ne cédera devant aucune grève. Parce qu’il s’en fout. Il se fout de vous, il se fout du pays, il se fout de la misère et de la pauvreté, il se fout des éborgnés et des amputés par sa police. Il s’en fout. Il détricotera tout jusqu’au bout sans écouter personne, sans état d’âme, et ne pense qu’à la fortune personnelle que chaque action contre le bien public lui garantit. Et il partira en laissant un pays épuisé et exsangue, trop sonné pour se défendre contre le plus violent des systèmes de finance ultralibérale qu’on puisse imaginer. Il laissera tomber tout le monde. Le pays comme ceux qu’il aura manipulés pour en faire ses pires factotums et qui, seuls, devront affronter la vengeance populaire. Voilà pourquoi il ne cède et ne cédera pas, et voilà pourquoi la seule façon de le faire céder est de nous montrer plus obstinés, plus jusqu’au-boutistes, plus tenaces et plus violents que lui. Nous ne pouvons plus rester sur le terrain politique. Le seul mouvement qui l’ait ébranlé, c’est celui des Gilets Jaunes, parce qu’il l’a désarçonné là , politiquement et sur le terrain, où il ne s’y attendait pas. En un an, il a neutralisé ce danger en le ramenant dans les mains de ceux qui défilent dans les clous, dans des couloirs et dans des nasses où ils acceptent pratiquement de se faire tabasser. Il faut sortir des clous. Disperser le mouvement, redéfinir les manifestations. Sortir des clous et des nasses. Il faut qu’enfin se bougent ceux pour qui nous nous battons vraiment, étudiants et lycéens. Il faut reprendre les ronds-points, les ponts, les périphériques, éclater les défilés dans les villes et dans le pays. Le forcer à disperser et affaiblir ses milices. C’est une question de survie du pays. Il a déjà entrepris la privatisation des hôpitaux, de la SNCF, des gares, des aéroports, des barrages, de la Sécu. Il s’attaque à celle des routes, de la police, des universités, de la culture, de la justice. Cet homme ne veut plus d’état, sinon pour l’armée et la police, et nous savons tous qu’un tel état s’appelle une dictature.

    source : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1038898769802056&set=a.188909871467621&type=3&theater
    archive : https://web.archive.org/web/20200114062710/https://m.facebook.com/photo.php?fbid=1038898769802056&set=a.188909871467621&type=3&theater

    #envolée_littéraire #lucidité_éphémère

  • BlackRock et les #Retraites : pourquoi et comment le gestionnaire d’actifs joue un rôle dans la réforme
    https://www.bastamag.net/BlackRock-reforme-retraite-age-pivot-capitalisation-epargne-lobbying

    Qu’est-ce que BlackRock ? Pourquoi cette société financière est-elle aussi puissante ? Quels sont ses liens avec les dirigeants politiques ? Et pourquoi s’intéresse-t-elle de si près à l’avenir de notre système de retraite ? La polémique ne cesse d’enfler : BlackRock joue-t-il un rôle dans les projets de Macron et de son gouvernement sur les retraites ? Le gouvernement s’en défend. Pourtant, le lobbying de Blackrock et les déclarations même des ses dirigeants laissent penser le le contraire. Qu’est-ce (...) #Décrypter

    / Quel avenir pour nos #Protections_sociales ?, Retraites, A la une, #Finance, #Spéculation_financière, #Multinationales, Protections (...)

    #Quel_avenir_pour_nos_protections_sociales_ ?