CQFD

Mensuel de critique et d’expérimentations sociales

  • Ce qu’il ne s’est pas passé à suger
    Pas de lycée sans feu
    par Ferdinand Cazalis
    paru dans CQFD n°153 (avril 2017)
    http://cqfd-journal.org/Pas-de-lycee-sans-feu

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    Aujourd’hui encore au lycée Suger, malgré les revendications du personnel et des parents, il y a seulement 5 surveillants pour 1 200 élèves. Peu importe, sur les chaînes de télévision, la présidente du conseil régional Valérie Pécresse a rappelé ses 70 000 euros de budget pour installer de nouvelles caméras aux abords du lycée. De quoi faire jaunir le rire des enseignants : « Oui, on a besoin de caméras, blague Dominique, parce qu’on est un bahut de l’audiovisuel, donc donnez des caméras aux élèves pour qu’ils puissent étudier. Les caméras de surveillance, nos élèves nous le disent : “Soit on les casse, soit on met des capuches.” Alors que quand il y a un surveillant, c’est humain, ça se règle en discutant. » Et sur BFMTV, lorsque la ministre de l’Éducation Najat-Belkacem réagit aux événements, c’est avec la veste de l’Intérieur : « Il y a une digue qui semble avoir sauté hier, qui a été l’introduction de la violence, non plus seulement sur le parvis des établissements, mais à l’intérieur. C’est un fait gravissime, donc il faut absolument être ferme dans la réponse […], et c’est la raison pour laquelle j’ai augmenté de 30% les forces de police dans le cadre de ce qu’on appelle les équipes mobiles de sécurité (EMS). » Sur des réformes éducatives, ou à l’adresse des parents et des élèves, pas un mot.

    Ces « EMS » sont des agents « volants », recrutés la plupart du temps chez les retraités de la police, et chargés de gérer les « situations de crise » dans l’enceinte scolaire, en particulier dans les banlieues. Leur apparition date de 2009, lorsque des bagarres éclatent dans le lycée Jean-Baptiste-Clément de Gagny, en Seine-Saint-Denis toujours. La vision de jeunes encagoulés pénétrant le « sanctuaire » de l’école défraie alors la chronique. Le président Sarkozy ne rate pas l’occasion d’ouvrir sa gueule de Karcher : « Les violences en milieu scolaire sont une autre forme, non pas de l’incivilité, terme bien trop faible, mais de la délinquance, du crime, voire de la barbarie. » Il est grand temps de recruter des agents de police spéciaux pour ces barbares que les enseignants gnan-gnan ne parviennent pas à maîtriser.

    Huit ans après, pour dresser le bilan dans les quartiers populaires de cette « sécurisation militaire », comme le dit un chef d’équipe EMS, on peut se reporter au rapport commandé à l’Institut national des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice : « Alors que les formes antérieures de partenariat police/école s’inscrivent dans une logique délégataire des enjeux de sécurité de l’école vers le monde policier et s’appliquent à maintenir une distance entre le travail de police et l’école, avec les EMS, des policiers sont invités à venir faire la police dans l’école à côté de personnels de la communauté éducative. […] Après avoir fait ses preuves, la police entrerait enfin dans l’école pour y exercer des fonctions de police. Des choses jusque-là inconcevables deviendraient possibles... […] On passerait ainsi en réalité de la police à l’école, à la police de l’école. »

    #CQFD #Violence_Policière #Lycée_Suger #La_Police_Tue


  • Procès d’intentions
    par Olivier Cyran, illustré par Emilie Seto
    paru dans CQFD n°153 (avril 2017)
    http://cqfd-journal.org/Proces-d-intentions

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    C’est réglé comme une partition de marche militaire. À quatre temps, la marche : un homme meurt sous les balles ou les coups de la police ; une version officielle est bâtie à la hâte pour blanchir les agents homicides, criminaliser la victime et bétonner la couverture médiatique ; les proches du défunt tentent de rétablir la vérité des faits et se rassemblent avec leurs soutiens pour exprimer leur colère ; les policiers répliquent en tapant dans le tas et en raflant des dizaines de manifestants. L’affaire Liu Shaoyo, du nom de ce Parisien chinois de 56 ans abattu le 26 mars sur le pas de sa porte par un tireur de la BAC, n’a pas failli à la règle. Dès le lendemain, quelque deux cents personnes se regroupent devant le commissariat du 19e arrondissement pour dire ce qu’ils pensent de l’opération d’enfumage qui, en moins de temps qu’il n’en faut pour recharger un Sig-Sauer calibre 9, a métamorphosé un père de famille tué alors qu’il préparait le poisson du soir en un kamikaze psychopathe ne recevant que ce qu’il mérite. Slogans rageux et jets de projectiles contre coups de matraques et pluie de lacrymos, suivis d’une flopée d’interpellations : un classique.

    #CQFD #Police #Justice #Violence_Policière


  • Marseille
    La croisière abuse
    par Jean-Baptiste Bernard, illustré par Yohanne Lamoulère
    paru dans CQFD n°152 (mars 2017).
    http://cqfd-journal.org/La-croisiere-abuse

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    L’image pour obsession
    Mais une usine n’est rentable que si elle est convenablement alimentée en matière première. Ici, les croisiéristes : il en faut plus, toujours plus, pour rentabiliser de lourds investissements et légitimer les orientations choisies. C’est le rôle de la politique d’image conduite au cours des années 2000 par la municipalité et visant à faire tomber les préventions des touristes, plus ou moins convaincus que la cité phocéenne est un coupe-gorge sale et inhospitalier. Un patient et coûteux travail de promotion territoriale qui trouve son aboutissement avec les festivités de « Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture ». Ou encore, de façon plus anecdotique, avec le chèque de 165 000 euros signé en 2014 à la chaîne américaine ABC, pour qu’elle fasse de La Canebière et du Panier le cadre d’une saison de son émission de télé-réalité « La Bachelorette ». So glamour. Et peu importe aux 13,5 millions de Ricains qui la regardent que les écoles, hôpitaux et infrastructures publiques tombent en ruines et que le taux d’endettement de la ville atteigne des sommets. La substance n’est rien, seule compte l’image.

    Parfait symbole international de ce prétendu renouveau : le bâtiment du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), conçu en front de mer par l’archistar Rudy Ricciotti. C’est chic. Classe. Beau. Bref, c’est vendeur – dans les salons comme sur catalogue. « Pour les opérateurs des croisières, la culture est désormais un élément d’excursion, vante en mai 2016 le président du Club de la croisière. Sur les brochures, il y a désormais le Mucem à côté des Calanques et du Vieux-Port . » Foin de naïveté : il ne s’agit pas de visiter le musée, les croisiéristes n’en ayant ni le temps ni l’envie. La plupart se contentent juste d’en admirer l’extérieur : « On s’arrête devant cinq minutes, puis on enchaîne. On n’a que trois heures pour effectuer en bus un tour de la ville, il n’est pas question de rentrer à l’intérieur », rigole un guide de la compagnie Viking Sea, gardant un œil sur le petit troupeau amerloque dont il a la charge.

    #Marseille #CQFD #Tourisme #Croisière


  • Très haute tension et contestation verticale en haute-durance
    Trilogie hivernale en pays gavot
    par Marcel Baudissard
    paru dans CQFD n°152 (mars 2017)
    http://cqfd-journal.org/Trilogie-hivernale-en-pays-gavot

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    La Haute-Durance reste une des voies les plus directes pour rejoindre les concentrations urbaines d’Italie du Nord depuis le bassin méditerranéen français. Mais ces sacrées montagnes qui ceignent cette vallée des Alpes entravent fortement la circulation des marchandises ! Et les cols sans tunnel ni lignes à grande vitesse, cela fait mauvais genre sur les cartes européennes. Aussi, derrière la soi-disant rénovation du réseau électrique entreprise par RTE se cachent quelques perspectives de « développement économique » que seuls les avaleurs de couleuvres politiciennes se refusent à voir.

    #CQFD #Haute-Durance #THT #RTE


  • Toulouse
    Un complexe dual, mi-civil, militaire
    par Claudette Richard, illustré par Plonk et Replonk
    paru dans CQFD n°139 (janvier 2016)
    http://cqfd-journal.org/Un-complexe-dual-mi-civil

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-141.jpg

    Engrais, pesticides et médocs
    Quand AZF a pété, ça a sauté à la figure de tout le monde : l’engrais (ici du nitrate d’ammonium), c’est hautement explosif. Impossible d’invoquer un effet secondaire accidentel. L’usine de Toulouse a toujours produit pour la guerre et l’agriculture. De fait, AZF était directement reliée à l’usine voisine, la SNPE, Société nationale des poudres et explosifs, au nom explicite même si beaucoup de Toulousains croyaient que n’en sortait « que du carburant pour la fusée Ariane ». Comme si on mobilisait des centaines d’ouvriers en 3x8 pour envoyer en l’air une fusée par an… AZF, la SNPE et sa filiale Tolochimie censée être spécialisée en vernis, pesticides et fongicides, constituent alors un complexe imbriqué où circule ammonitrate, azote, phosgène et méthanol. Ce qui continue sur le site de la SNPE, aujourd’hui Herakles-Safran. Imperturbable, le maire raconte, en 2013, que les risques sont strictement confinés « au territoire de l’usine ». Les riverains dorment beaucoup mieux, depuis… Et si les missiles balistiques produits par la boîte explosent partout dans le monde, après tout, c’est loin tout ça. Mieux vaut déblatérer sur les médicaments produits sur le site qu’au sujet du carburant d’« engins stratégiques de la force de dissuasion » ou des missiles Exocet qui ont tué 32 marins anglais pendant la guerre des Malouines en 1982. Associé à un labo pharmaceutique comme Pierre Fabre, le groupe Herakles-Safran fait aussi dans la « filière chimie verte », dite « propre », respectueuse de l’environnement. Défense de rire.

    #Toulouse #AZF #Guerre #Armement #CQFD


  • @cqfd se met à la #création_sonore et c’est chouette : « Musique du babil et cinéma pour l’oreille »
    http://cqfd-journal.org/Musique-du-babil-et-cinema-pour-l

    Avec son spectacle Prosodie, la compositrice #Émilie_Mousset explore la dimension sensible du langage en s’intéressant à la créativité vocale et auditive des très jeunes #enfants entendants. 25 minutes d’écoute, huit hauts-parleurs, quelques couettes… et une pièce sonore jouée en direct qui prend le souffle comme point de départ, jusqu’à parvenir au langage articulé [1]. Entretien.


  • Taxe d’habitation à Marseille
    Ignoble avec les faibles...
    par Iffik Le Guen
    paru dans CQFD n°152 (mars 2017)
    http://cqfd-journal.org/Ignoble-avec-les-faibles

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-138.jpg

    Autre particularisme marseillais, le grand écart existant entre les niveaux de taxation des habitations en fonction des quartiers. Louer 100 m² à Saint-Mauront, souvent décrit comme le quartier le plus pauvre de France, ou à Noailles, dans le centre-ville dégradé, c’est 1 200 euros à verser annuellement au percepteur. La même surface à Bompard, immeubles de caractère et vue imprenable sur la Méditerranée juste au-dessous de Notre-dame-de-la-Garde, c’est 750 euros. « La valeur locative du bien immobilier qui sert de base au calcul de la taxe d’habitation n’a pas été révisée depuis 1970, ce qui crée une très forte injustice sociale », conclut Maxime. Et un instrument de poids dans la gestion clientéliste de la ville. Le maintien du statu quo profite ainsi aux zones les plus aisées, considérées comme périphériques sur le cadastre actuel.

    #Marseille #CQFD #Taxe_Habitation


  • Daniel BLake de tous les métiers... - CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
    http://cqfd-journal.org/Daniel-BLake-de-tous-les-metiers

    Dans l’Angleterre de David Cameron, comme dans la France de Sarkozy et Hollande (et Fillon, et Macron...), le Château de Kafka est un dédale d’open spaces virtuels, reliés par la fibre optique. Blake s’y perd, parce qu’il est un humain profondément ancré dans le monde matériel : celui du bricolage qui lui permet d’aider une mère isolée à chauffer ses enfants ; celui du bois, qu’il aime sculpter finement au ciseau ; celui de son magnétophone des années 1980, avec lequel il continue en 2016 d’écouter de la musique. « Je peux vous construire une maison, mais ne me demandez pas de faire mes démarches par ordinateur ! », lance-t-il à sa conseillère au Job Centre, qui exécute fidèlement la feuille de route des bureaucraties néo-libérales : nier l’individu, tout en le rendant plus dépendant que jamais de la #machine sociale.


  • Passagers clandestins
    Les damnés de la mer
    par Nicolas de La Casinière
    paru dans CQFD n°152 (mars 2017)
    http://cqfd-journal.org/Les-damnes-de-la-mer

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-136.jpg

    On dénombre à peine ceux qui se font arrêter, à peine ceux dont on retrouve les corps. Depuis le Bangladesh, le Nigeria, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, ils tentent leur chance sans trop savoir où se dirige le bateau qu’ils empruntent. Quelques provisions, de l’eau, et ils s’enferment dans des conteneurs, se planquent là où ils peuvent, un recoin de la salle des machines ou de la cargaison, voire le compartiment du gouvernail, où trempés d’embruns ils risquent de tomber et de disparaître dans les remous de l’hélice.

    En mai 2015, les dockers du port de Philadelphie trouvent le corps sans vie d’un Ivoirien qui vient de passer 19 jours de mer au fond d’un cargo anglais. Sans plus de recherches, les autorités annoncent qu’il serait mort au choix de chaleur, d’un manque d’oxygène, d’une intoxication aux traitements insecticides des fèves de cacao qu’il a côtoyés tout du long ou enseveli sous cette cargaison mouvante. À côté du cadavre gonflé, un sac à dos, du lait en poudre et des emballages de barres... chocolatées.

    #Chroniques_Portuaires #CQFD #Migrations #Passagers_Clandestins



  • Mexique
    Non-candidature indigène
    par Louise Wailly & TomJo
    paru dans CQFD n°152 (mars 2017)
    http://cqfd-journal.org/Non-candidature-indigene-contre

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-135.jpg

    Ceci n’est pas une candidature zapatiste
    C’est celle de milliers de communautés indigènes qui, contrairement à l’image qu’on voudrait bien garder d’elles, n’ont pas besoin d’être manipulées par une obscure avant-garde pour penser stratégie. Certes, l’idée vient de l’EZLN, mais elle a été discutée pendant trois mois dans tout le Mexique par des communautés qui n’ont rien à envier aux zapatistes.

    C’est ainsi que nous le raconte le compañero Siete Nubes, du Comité de soutien aux peuples du Chiapas en lutte (CSPCL) : « Le CNI a une longue histoire de vingt ans, et il regroupe de nombreuses communautés indiennes de tout le pays, avec des expériences de lutte extrêmement fortes, et totalement autonomes dans leur mode d’organisation par rapport à l’EZLN : les Yaquis, Cherán, Ostula, Xochistlahuaca, Amilcingo, les Chinantèques, les Mayas du Yucatán, Tila, les communautés du Guerrero et beaucoup d’autres... Chacune avec ses combats, ses morts, ses disparus, son histoire de récupération des terres, d’organisation communautaire autonome, ses propres langues, usages, traditions… » Cette candidature dépasse donc le seul Chiapas et se différencie de tout parti politique.

    En effet, ceci n’est pas une promesse de changement comme le ferait n’importe quel sauveur charismatique de la gauche, du genre de ceux qu’on trouve au Mexique ou en Europe. Quand ils prétendent « démonter le pouvoir d’en haut pour le reconstruire d’en bas », ce n’est pas un programme mais une réalité qui veut se faire connaître à travers toute la géographie américaine, des Sioux du Dakota aux Mapuche du Chili. Comme l’affirme Jérôme Baschet, rencontré à San Cristóbal, « cette candidature ne signifie aucun renoncement à l’autonomie, elle est un moyen de trouver un biais offensif et défensif pour permettre aux communautés attaquées par l’État et les narcotrafiquants de se retrouver et de tisser des liens. Le but n’est pas d’être élu mais de continuer à inventer une autre réalité ». Passer par un village zapatiste, c’est croiser une école et une clinique autonomes, mais aussi une junta de buen gobierno dans laquelle « le peuple commande et le gouvernement obéit ». Pour programme, il y a donc 23 ans de rébellion zapatiste, 500 ans de résistance indigène. La campagne aura pour enjeu principal de faire connaître ceux qui s’organisent déjà, et de sortir de la marginalisation médiatique et politique.

    #Chiapas #Élection #Mexique #Non-candidature #CQFD


  • Dead Mall: A mall with a high vacancy rate, low consumer traffic level, or is dated or deteriorating in some manner. For purposes of inclusion on this site, Deadmalls.com defines a dead mall as one having a occupancy rate in slow or steady decline of 70% or less.
    http://deadmalls.com/index.html
    Mais qu’est-ce qu’on va faire des centres commerciaux ??
    par Sébastien Navarro dans @cqfd n°152
    #récession #fièvre_acheteuse #centres_commerciaux #enseignes #friches_urbaines #consumérisme #cauchemar_climatisé
    Que notre règne arrive
    https://images.noosfere.org/couv/d/denoel25892-2007.jpg
    https://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?NumLivre=2146570128
    #JG_Ballard

    • Nous avons donc de bonnes raisons de nous opposer à ces mégacentres commerciaux qui sont autant de grand projets inutiles imposés tout comme les complexes géants de cinéma, les aéroports comme celui de Notre-Dame-desLandes, les stades géants comme OL-land, etc. On ne peut donc que se réjouir que se développent partout en Europe des résistances contre ces projets. Ces mégacentres déferlent sur l’Europe parce qu’ils régressent fortement aux états-Unis. Sur plus de 11000 malls, un tiers a fait faillite, non pas en raison de la crise mais de la saturation du désir. Ne boudons donc pas notre plaisir face à ces échecs que subissent le capitalisme et le productivisme, mais avouons cependant que la plus forte probabilité n’est pas celle du passage vers une société écologiquement et socialement responsable, vers un éco-socialisme, un socialisme gourmand (par opposition au socialisme de la misère et de la grisaille des gauches productivistes), mais celle de l’adaptation de la planète et de l’humanité avec les courants transhumanistes, aux besoins du capitalisme et du productivisme. On peut le dire autrement : malgré ces crises, malgré le pic de pétrole, malgré la récession, ce système ne s’effondrera pas de lui-même (du moins pas avant d’avoir été jusqu’au bout de sa propre logique d’accumulation, de marchandisation, de mortification).

      #Paul_Ariès
      http://www.kairospresse.be/article/le-buen-vivir-contre-les-megacentres-commerciaux


  • L’égalité pour l’Outre-mer | Larmes d’espoir
    http://lalocale.ckdevelop.org/news/news.php?id=1379

    Un tour des conséquences du néocolonialisme :

    à Mayotte qui se révolte et qui subit la répression pour unique réponse, qui expulse plus que toute la métropole...

    en Polynésie Française dont la demande d’indépendance et la reconnaissance des victimes du nucléaire aboutit sur les accords de Papeete et le projet de loi « égalité réelle »...

    en Nouvelle Calédonie qui voit rouge sous le règne de la SLN, l’histoire de l’indépendance de la kanaky relié à celle de la meurtrière exploitation du Nickel... Durée : 2h30. Source : La Locale

    http://lalocale.ckdevelop.org/upload/Larmes%20despoir/larmes_d_espoir_16_02_17.mp3


  • Vallée de la Roya
    Des brèches dans la forteresse

    par Emilien Bernard, illustré par Tomagnetik
    paru dans le CQFD n°151 (février 2017)
    http://cqfd-journal.org/Des-breches-dans-la-forteresse

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    Un lundi soir de décembre, sortie de Vintimille, dans ce hideux no man’s land saturé de béton qui tient lieu de zone transfrontalière. Quelques ombres chargées de sacs plastiques cheminent en bord de route, direction la France. Au péage, avant que la barrière ne s’ouvre, une berline sombre déboule en sens inverse, bloquant la Renault Espace défraîchie qui nous tient lieu de carrosse. Crissement de pneus. Quatre patibulaires descendent, en civil – trois hommes et une femme. « Le coffre, ouvrez le coffre », exigent-ils, en italien. Chose faite, ils fouillent rapidement sous les couvertures et repartent illico prendre position à deux pas. En embuscade.

    Un peu plus loin, après quelques glauques tunnels, rebelote. Des Français, cette fois. Ceux-là sont en uniforme et dotés de mitraillettes. Pour le reste, même topo : ouverture du coffre, fouille rapide, pouvez circuler. Rapide et lapidaire. La seule chose qui les intéresse ? Les migrants susceptibles d’être planqués dans le coffre. Roulerait-on en Lamborghini volée à plaque d’immatriculation « Mort aux condés » et sous l’emprise de puissants psychotropes qu’ils ne broncheraient pas.

    Par le train, emprunté quelques semaines plus tard, c’est globalement le même topo : surveillance maximum. En gare de Vintimille, les uniformes sont présents en masse. Il y a des militaires, des carabinieri, des douaniers, des civils louches, etc. C’est l’après-midi, et des petits groupes de migrants surveillent les abords, en quête d’une opportunité. « Il y a beaucoup de surveillance, mais si on est patients on trouve toujours, explique l’un d’eux. Le plus dur commence dans le train . »

    #Migration #Vintimille #Roya #No_Border #CQFD


  • CQFD anarchoide et poutinophobe grégaire !!
    étant curieux et souhaitant savoir de quoi retournait le courroux de #Jean-pierre_Garnier envers @cqfd Je suis allé voir son blaze sur le site de la librairie tropiques comme JPG l’indique dans son courrier ( N°151/Février2016 ) que #CQFD a eu la bonne idée de publier.

    « Les idiots utiles de la reconquête impériale »
    http://www.librairie-tropiques.fr/2016/03/se-faire-des-amis-libertaires-et-rebelles-avec-jean-pierre-garni
    2 articles de JPG dans CQFD http://cqfd-journal.org/Jean-Pierre-Garnier
    et le N° 136 en question : http://cqfd-journal.org/CQFD-no136-octobre-2015
    http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L188xH250/rubon113-f3020.jpg



  • Le SHOM a la gentillesse de partager une collection de cartes anciennes sur leur site :

    http://diffusion.shom.fr/produits/archives-maritimes/archives-cartes-marines-anciennes.html

    Le SHOM met à disposition sous forme numérique ses archives de cartes marines anciennes publiées depuis 1822 et n’étant plus utilisées pour la navigation. Il s’agit donc de plusieurs milliers de documents, majoritairement en noir et blanc, puis en couleurs à partir des années 1970.

    Le site n’est pas très pratique pour naviguer dans la collection et il faut passer par un système de panier (où tout est gratuit pour un usage personnel) pour télécharger les données après avoir créé un compte sur leur site.

    Comme ils ont eu la bonne idée de partager la source de données sur https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/cartes-marines-anciennes-archives je me suis amusé à créer rapidement une petite interface de consultation basée sur SPIP et sa boucle DATA :

    – trois modes d’affichage sont disponibles : en liste, sous forme de planche de contact, sous forme de carte ;
    – les cartes peuvent être triées en fonction de différents champs (auteur, date de publication, pays, etc) ;
    – lien direct vers le zip contenant le fichier haute résolution (sans avoir à passer par un système de panier)

    http://tiles.kupaia.fr/shom

    http://diffusion.shom.fr/ref/imagettes/ARCHIVES_CM_112_Pub_1822_Corr_1897.jpg
    http://diffusion.shom.fr/ref/imagettes/ARCHIVES_CM_688_Pub_1827.jpg
    http://diffusion.shom.fr/ref/imagettes/ARCHIVES_CM_953_Pub_1842.jpg
    http://diffusion.shom.fr/ref/imagettes/ARCHIVES_CM_3375_Pub_1874.jpg

    #map #spip


  • « Les services sociaux risquent de se bunkériser »
    propos recueillis par Rémi Demmi,
    paru dans CQFD n°151 (février 2017).
    http://cqfd-journal.org/Les-services-sociaux-risquent-de

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-123.jpg

    Keltoum Brahna et Muriel Bombardi sont assistantes sociales (AS) en Seine-Saint-Denis et syndiquées à SUD Santé sociaux/CT. Ce métier, elles l’ont choisi et le défendent depuis des années contre son dévoiement par le management et la politique du chiffre. Visite dans les coulisses du travail social, où s’affrontent – comme ailleurs – travailleurs de base et managers cyniques.

    J’imagine que cette focalisation sur la performance chiffrée se traduit concrètement par des transformations du travail, par exemple en calibrant le temps passé avec les personnes en difficulté...
    K : Pour nous, calibrer le temps d’entretien, c’est juste insupportable. Tout comme le sont les phrases assassines des responsables qui se permettent de dire : « En dix minutes, tu peux évaluer. » Un autre effet du management est la manière dont les institutions lancent des politiques sociales qui oublient et écartent les personnes à qui elles sont destinées. Les gens ne rentrent pas dans les protocoles, et les conventions qui ont été édictés par les institutions et pour les institutions. Car elles se foutent des gens en eux-mêmes, vivants, qui viennent dire leurs problèmes. Elles veulent juste des chiffres pour remplir des tableaux. Chez nous, Pôle emploi et le département ont signé une convention : il va falloir rendre des comptes au niveau européen pour avoir les financements attendus. C’est quoi rendre des comptes ? C’est faire remonter des chiffres, par exemple dire combien de chômeurs sont entrés dans le cadre de cette convention. Or, il se trouve que dès la mise en place, ça n’a pas marché du tout : les gens sont chiants, on pense des choses pour eux mais ils ne jouent pas le jeu. Ils ne viennent pas, ils s’en foutent et en plus ils le disent. Malgré tout, il faut trouver un moyen de les faire rentrer dans ce protocole…
    M : Les managers veulent aussi des chiffres pour « objectiver » ton travail. Ça permet de mettre en concurrence et sous pression : j’ai 150 suivis, toi t’en as 130, y a un truc qui ne va pas. Comme si un suivi en égalait un autre.
    K : Juste pour rebondir sur la convention avec Pôle emploi : l’Europe attend des comptes du Pôle emploi, le Pôle emploi attend des comptes du département, qui attend des comptes des AS. Évidemment, les AS vont devoir demander aux gens de rendre des comptes, parce qu’on les attend au tournant.

    #Management #Travail_Social #Informatisation #Écran_Total


  • Une histoire de tordus
    par Kostik et Vanush
    paru dans CQFD n°150 (janvier 2017)
    http://cqfd-journal.org/Une-histoire-de-tordus

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-117.jpg

    Juillet dernier, Erevan, capitale de l’Arménie. Une « bande de Tordus », aux allures de vieux soldats dépareillés, prend d’assaut la plus importante caserne de police du pays et tient un siège de quinze jours. Un épisode éclipsé dans nos médias par l’actualité du massacre niçois et du coup d’État en Turquie. Qui étaient ces « Tordus du Sassoun » ( Sasna Tzrer ) ? Que voulaient-ils ? Pourquoi des milliers de personnes sont-elles venues les soutenir quotidiennement dans la rue ? Simple poussée nationaliste ? En voyage dans cette ex-république soviétique du Caucase au moment de la reddition des « Tordus », des correspondants de CQFD pour l’occasion ont pu approcher d’un peu plus près la réalité compliquée qui ronge l’Arménie actuelle.

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-118.jpg

    #CQFD #Arménie #Tordus_du_Sassoun


  • Édition, distribution, librairies
    Enjeux et cartographies de la chaîne du livre

    Par Ferdinand Cazalis, Séditions Graphiques

    http://cqfd-journal.org/Enjeux-et-cartographies-de-la

    Chaque année, le marché du livre se concentre davantage entre les mains de grands groupes industriels, de moins en moins liés historiquement aux métiers de l’édition. Il en va par exemple ainsi de Scor assurances dirigé par Denis Kessler, ex vice-résident du Medef qui a racheté les prestigieuses Presses universitaires de France, ou de Lagardère, qui, après avoir fait fortune grâce à la vente d’armes détient aujourd’hui Hachette, Grasset, Fayard, etc.

    La diffusion-distribution, métier peu valorisant consistant à promouvoir les nouveautés dans les lieux de vente et à assurer la livraison des commandes, s’est rendue maître du secteur, générant les meilleurs chiffres d’affaire et orientant les choix de publication des éditeurs en fonction de la rentabilité des produits.

    Quant aux points de vente, ils ont aussi évolué ces dernières années : les librairies ne représentant plus qu’une vente sur cinq. Le reste se distribue entre Internet (Amazon, Decitre, etc.), les Relay détenus par Hachette/Lagardère (qui ont su créer un monopole dans les gares générateur d’arbitraire dans le choix des titres) ou les grandes surfaces (Auchan, Leclerc, etc.).

    La carte réalisée en septembre 2016 pour le dossier du numéro n°146 de CQFD, « Des livres et des luttes » permet de saisir en quoi la poésie, la critique, la pensée et la vivacité que les livres promettaient de conserver dans leurs pages sont en train d’être assassinés par les logiques du marché et le néolibéralisme.

    Heureusement, des collectifs et des structures indépendants et audacieux continuent de combattre (voir ci-dessous), et le numéro 146 de CQFD partage avec ses lecteurs et lectrices certaines de ces luttes.

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-114.jpg

    Livres : une autre idée de la logistique à Barcelone

    10% des publications dans l’État espagnol sont en langue catalane. Mais les différences linguistiques ne suffisent pas à expliquer la méfiance des éditeurs ibériques envers la centralisation. Près de 200 entreprises de diffusion/distribution existent à travers le pays, contre une dizaine en France. À Barcelone, une petite structure tient tête aux géants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant de Virus.


  • C’est le jour J pour mon deuxième #livre, que vous pouvez désormais trouver en librairies. Il s’intitule Contrôle. Comment s’inventa l’art de la manipulation sonore et c’est un essai narratif — ou en termes moins savants, une enquête qui se lit comme un roman.

    J’y raconte la vie d’un homme, #Harold_Burris-Meyer, toute entière consacrée aux tentatives de manipuler les foules au moyen du #son. Comment ? En essayant de susciter des hystéries de masse au théâtre grâce à des sonorités magiques, en oeuvrant à augmenter la productivité dans les usines par le biais de savantes playlists, en créant des leurres sonores pendant la Deuxième Guerre mondiale pour déboussoler l’ennemi. Y réussit-il ? C’est très relatif, mais l’important n’est pas là. Aborder l’histoire par le son permet de découvrir des épisodes méconnus du 20e siècle et d’explorer les coulisses inattendues du 21e.

    Le livre est co-édité par La Découverte et la Philharmonie de Paris au sein de la collection Culture sonore, qui regroupe des travaux consacrés à l’histoire et à l’analyse du son dans le champ social. En voici la présentation officielle et la couverture :
    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Contr__le-9782707190130.html


    http://extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/DEC/P2/9782707190130.GIF


    Contrôle raconte la fascinante histoire d’une autre modernité sonore. Une modernité incarnée à l’origine par un homme, figure majeure mais méconnue du XXe siècle : Harold Burris-Meyer. Ingénieur et homme de théâtre, il fut inventeur de dispositifs sonores et expérimentateur en sciences du comportement.
    À travers les trois grands chapitres de son histoire — le #théâtre, l’#industrie, la #guerre — s’écrit celle des premières tentatives de manipulation des #masses au moyen du son. Divertir ou terrifier, apaiser ou piéger, guérir ou perturber, nulle différence pour l’ingénieur illusionniste. De l’#acoustique théâtrale à la #musique dans l’industrie en passant par l’élaboration de #leurres sonores employés pendant la Seconde Guerre mondiale contre les troupes allemandes et italiennes, il s’employa toute sa vie à montrer l’influence profonde du son sur les réactions et les émotions de l’homme.
    L’écriture de Juliette Volcler est portée par le double objectif de peindre de manière vivante l’époque, son contexte social et culturel, ses rêves échoués, ses expérimentations réussies, et de donner des outils critiques face à l’environnement sonore en pleine mutation du XXIe siècle.

    #comportementalisme #musique_d'ambiance


  • « #Fréquence_Paris_Plurielle n’est pas officiellement sur #Facebook » : piqûre de rappel par abFab en 2015 sur l’importance de travailler encore et toujours à construire et renforcer les #médias_libres plutôt que d’alimenter les plateformes corporate
    http://www.rfpp.net/spip.php?article543

    Pourquoi ?
    – Parce que nous sommes une #radio_libre et indépendante
    – Parce que nous sommes contre toute forme de #publicité
    – Parce que nous sommes la radio des #sans_voix

    Pour compléter
    https://seenthis.net/messages/563001
    et
    https://seenthis.net/messages/557844

    Et on pourrait poursuivre sur la nécessité, aussi, de réapprendre à #chercher_l'information, parce que c’est un enjeu majeur : peut-être la plus grande #désappropriation se trouve-t-elle là. Au moins aussi importante à contrer que l’effondrement du #web_indépendant et la perte de la mémoire sociale et politique qui l’accompagne
    https://seenthis.net/messages/562390
    https://seenthis.net/messages/562348

    • @rastapopoulos : je ne crois pas, justement. C’est un argument que je retrouve de manière récurrente pour justifier qu’on alimente Facebook et qu’on contribue à centraliser nos infos là-dessus (j’utilise un « on » rhétorique, je n’ai jamais eu de compte). Mais depuis 12 ans que ce réseau existe (et 7 ou 8 qu’il prétend être l’alpha et l’oméga de la diffusion d’information sur le web), tout ce qu’on a gagné c’est la désagrégation de nos espaces d’expression propres, la perte de savoirs simples et communs comme savoir où chercher telle ou telle information, et absolument pas l’amplification promise. On a simplement accompagné son développement, avec des arguments alternatifs mais qui allaient parfaitement dans son sens à lui. On a renforcé l’idée qu’il était effectivement l’alpha et l’oméga, et on a discrédité les médias libres au passage.

      Par ailleurs, animer un média libre, c’est non seulement produire, mais diffuser, et ce travail de rencontre de nouvelles oreilles, de nouveaux yeux, de nouvelles voix, n’est pas le moindre. Les radios libres font au quotidien un énorme boulot dans les quartiers populaires, les manifs, les évènements associatifs, le milieu scolaire. Et c’est cela qui permet à de nouvelles personnes de passer de l’autre côté du micro. Oui, c’est un travail minoritaire, mais porté par une multitude de personnes en une multitude de lieux. Et ça construit une alternative concrète, en actes. Refuser Facebook et son monde, c’est comme refuser l’aéroport et son monde, ça passe par la construction et l’animation d’espaces bien réels.

      Enfin, découvrir @cqfd ou @jef_klak dans un kiosque ou une librairie, FPP ou Canal Sud en cherchant une station sur son autoradio, ça doit bien rapporter autant qu’un billet lancé dans la mer de Facebook. Parce que depuis le temps qu’on nous bassine avec l’efficacité de ce réseau en termes de diffusion, je me demande pourquoi celles et ceux qui ont opté pour ce choix ne semblent pas y avoir gagné l’audience enfin conséquente qu’elles et ils recherchent. Il y a peut-être des questions tactiques à se poser.

    • Oui.
      Mais. :p

      Ça fait des années que dès que je participe de près ou de loin à une assoc je milite pour que la production soit dans un « lieu » détenu par l’assoc. Donc évidemment je suis d’accord avec tout ce que tu dis (partie production).

      Mais côté diffusion c’est autre chose, et je vois quand même pas mal de jeunes qui ont découvert telle radio ou telle journal ou tel blog parce que réseaux sociaux, FB ou autre. Je ne sais pas quantifier, faire la part des choses, mais un groupe comme le Labo Décolonial ici, a des milliers de gens qui suivent, et ce n’est pas uniquement par leur militance sur le terrain dans les quartiers (qu’elles font aussi), + les connexions avec d’autres groupes à l’autre bout de la France, qui là aussi se fait par FB généralement. Donc je ne sais pas, je m’interroge toujours sur la partie diffusion… (pour la production et le stockage-archivage de cette production, là je n’ai strictement aucun doute hein).

    • Facebook a certainement un impact en termes de diffusion, tout comme une affiche dans la rue, le bouche à oreilles, un entrefilet dans le journal, un passage dans un gros média ou un tractage sur le marché. Mais :
      1. je pense que ce n’est pas si spectaculaire que cela, parce que contrairement au rêve d’une diffusion ultra-large qu’on s’en faisait, il me semble que ça n’a pas changé grand chose en termes de visibilité (surabondance des infos, rapidité du flux, hiérarchisation des informations par les algorithmes...) ou d’élargissement (on voulait sortir de l’entre-soi analogique, mais on l’a fait en plongeant dans des bulles numériques) ;
      et 2. ce qui me frappe dans l’exemple que tu donnes comme dans d’autres, c’est que ça ne fait que remplacer d’autres outils qui faisaient très bien cela de façon décentralisée et indépendante auparavant.

      Bref, je trouve qu’alors que des problèmes éthiques très sérieux sont en jeu (surveillance, délation, commercialisation des données, justice privatisée, etc.), on a bradé très facilement et pour pas grand chose (rien de tangible en tous cas) des savoirs et des espaces précieux, qu’on s’empressera de vouloir réinventer le jour où un enième scandale de censure ou, au contraire, de laxisme, surgira.

      Je trouve que l’état des lieux, 7 ou 8 ans après, est plus désastreux qu’enthousiasmant.

    • Alors, c’est intéressant. Hein, faudrait une journée de visu pour en discuter, ce serait le top.

      Parce qu’en l’état, ce que dit @intempestive est fort juste, et ce que dit @rastapopoulos est pas plus faux.

      Chez @jef_klak on a résisté longtemps avant d’aller sur FB, et puis on a vu le nombre de vues qui passaient par là et on a craqué. Parce qu’on s’est dit.e.s que oui ça améliorait la diffusion. De fait, aujourd’hui 1/3 des visites viennent de Rezo, 1/3 de FB, 1/3 du tout venant (dont Twitter).

      Certain.e.s dans l’équipe ont un compte perso, d’autres pas. Mais pour un média qui a choisi d’être aussi en ligne (donc pas Z par exemple), aujourd’hui, c’est sûr et certain que certains papiers mis en ligne sont largement diffusés grâce à FB. Ex : quand ça parle de crimes policiers, FB permet une beaucoup plus large audience que sans.

      Enfin, les gens qui découvrent Jef Klak en librairie (et donc qui vont en librairie, ce qui n’est pas le cas de tout le monde) ne sont clairement pas forcément les mêmes que celles et ceux qui vont juste lire un article parce que ça résonne avec leur centre d’intérêt.

      [Bon après, quand on regarde Google Analytics, les gens gens restent entre 30 secondes et 1 minute 30 en moyenne, donc parfois ça décourage, à moins qu’ils téléchargent le PDF pour lire tranquille plus tard...]

      Bref, quitter FB, pour un titre comme Jef Klak, cela voudrait sûrement dire :

      1. Quitter Internet

      2. Repenser avec d’autres titres de nouveaux moyens de diffusion autonomes et performants pour le papier. On a essayé, et c’est pas gagné...

      Mais pourquoi pas hein !

    • Merci @intempestive :) Le tableau n’est pas si noir cependant comme on peut le voir avec le développement rapide du réseau Mutu et la dizaine de sites locaux qui se sont déjà montés en 3 ans. Ce sont autant d’espaces ouverts à la participation, et en cela de réelles alternatives à Facebook, en plus d’être des outils communs à tous les collectifs dans chaque ville, pérennes, largement diffusés (toutes proportions gardées évidemment). Ça demande du taf, d’accepter de bosser avec d’autres que celles et ceux de son crew, ça cherche, ça s’organise (voire ça se soutient mais ça...).

    • Oui, @ari, j’ai bien pensé au Mutu et c’est effectivement une brèche très importante. Je visais davantage les blogs personnels ou les sites associatifs en dressant ce sombre tableau.

      Et @jef_klak, merci d’apporter des éléments chiffrés, mais tu me sembles tirer des conclusions bien dramatiques : perdre un tiers des visites (celles qui viennent de Facebook) remettrait en question le fait même d’être sur le web ? Comme tu y vas... Pour la majorité des visites ça se justifierait toujours.

      Sans compter que dans ces visites Facebook, nombre d’entre elles se reporteraient sur d’autres modes d’accès à votre site si la passerelle Facebook était coupée. Le rss, la lettre d’info, rezo, le bouche à oreilles, les affiches, les rencontres... Les médias libres sur Facebook me font l’effet d’un petit producteur bio qui décide de se rendre visible dans un hypermarché en tenant un stand bringuebalant bien caché par la direction derrière les dernières promos de bonbons. Peut-être vaudrait-il mieux remettre davantage d’énergie (collective, effectivement) à informer sur la manière dont on trouve des produits bio locaux, sur l’économie spécifique que cela implique, sur l’incompatibilité fondamentale avec l’hypermarché ?

      Par ailleurs, on argumente toujours sur le fait qu’aller sur Facebook c’est aller à la rencontre d’autres gens, qui ne font pas partie de notre petit milieu dans la vraie vie. C’est quantifié, cela, ou c’est juste un voeu pieu ? Parce qu’il me semble qu’on connaît toujours une grande majorité des personnes qui nous suivent sur Facebook. Et que ça ne ferait pas de mal de leur rappeler ce qu’est Facebook.

      Ensuite, est-ce que le passage sur Facebook a eu une incidence sur le nombre d’abonnements ou de ventes en librairies ?

      Du coup, il me semble que les compromissions acceptées pour un gain aussi faible (en lectorat nouveau) et des pertes aussi grandes (en cohérence et en autonomie) sont totalement disproportionnées (si tant est qu’on accepte que de mesurer la compromission proportionnellement). Je ne sais pas quel niveau d’abjection il faut attendre pour motiver un refus franc. Je fais toute confiance à Facebook pour susciter dans quelques mois ou quelques années un scandale qui fera hurler tout le monde et qui occasionnera une vaguelette de fermeture de comptes. Et puis ça continuera, comme ça ou sous une autre forme. On se sera accoutumé·es, les conditions générale d’utilisation pourront même franchir des caps supplémentaires.

    • Ce que je vais dire ici n’est pas vraiment neuf ni original, pardonnez-moi :) Il y a toujours quand on fait un truc sur le web deux dimensions : la présence, et le trafic.

      La présence : faire que notre production soit la meilleure possible, et qu’elle soit disponible à toute heure de n’importe où, pour n’importe qui. Que ce soit indexé, et qu’on puisse s’y référer, le consulter en cas de besoin, s’y promener quand on veut. C’est la promesse initiale du WWW.

      Pour ça, pas besoin de FB, pas de paywall, pas non plus tellement d’argent (on peut à la limite mettre tous les docs en vrac dans un répertoire). Valeur maximale en termes d’idées. On fait un truc, on le partage. Les retours sont très très indirects, souvent impalpables.

      Le trafic, c’est l’espoir que les visiteurs de ce contenu vont apporter quelque chose de quantitativement palpable : qu’on va communiquer au plus grand nombre, qu’on va trouver de nouvelles ressources. Les retours sont exprimés sous forme de métriques chiffrées : visiteurs, revenus. C’est ce qu’est massivement devenu le Web.

      L’idée en général, c’est que le trafic justifie (par son impact) l’effort que représente la production et la mise en ligne, et permet de le financer (par les revenus associés). Et c’est là que les ennuis commencent : pour jouer ce jeu, il faut passer par FB, paywall, mettre des analytics, publicité et flicage, design et re-design de sites, l’argent et le temps qui filent ; il faut faire de la retape, avoir le nez dans les chiffres.

      Le risque (au delà du fait que les chiffres en question sont souvent décevants) : passer finalement son temps à faire du marketing, de la comm’, de la gestion de forums ou community management, bref tout à fait autre chose que ce qu’on voulait faire initialement !

      C’est une question qu’on s’est posée de manière très concrète quand on a lancé @visionscarto ; pour savoir où porter l’effort. Et on a tranché : on a décidé de ne pas du tout se préoccuper d’avoir une stratégie de comm ni de retour sur investissement. On voulait par-dessus tout avoir un site sur lequel il serait confortable de travailler, où les images et les textes seraient bien mises en valeur. Pour gagner notre vie on chercherait du boulot, mais il n’était pas question de demander au site de nous procurer autre chose que ce plaisir de partager le meilleur de ce qu’on pouvait faire.

      La conséquence, c’est certainement qu’on a raté pas mal d’opportunités, si on s’en tient aux métriques classiques : des pépites, qu’on est fier d’avoir mis en ligne, n’ont pas fait le buzz. Le site ne rapporte pas un radis, les quelques piges qu’on parvient à verser sont payées sur nos propres deniers, et on a du mal à voir comment financer des projets complexes et ambitieux. On se satisfait (médiocrement ?) d’avoir 1000 visites sur un article alors que, si on avait un plan médias, on en aurait peut-être 50 000 ou plus…

      Par contre, on ne s’est pas mis de contraintes, de rythmes de publication à tenir, on ne passe pas son temps dans gougoul analytics, ni à mesurer ses likes ou son taux de croissance, mais plus à réfléchir aux idées, aux concepts, aux sujets, à l’écriture. Quant aux retours, ils existent bel et bien : des mails, des rencontres, des projets en collaboration. Ils sont extraordinairement riches, humains, chaleureux.

      Et il faut se demander, est-ce qu’il n’y a pas un lien ?

    • J’ajoute quelque chose que j’ai oublié de mettre dans mon dernier commentaire, et qui ne répond pas au billet de @fil, qui lance plein de pistes de réflexion importantes. Et je suis aussi persuadée que ce que l’on perd en visites-trente-secondes de Facebook, on le gagne en qualité d’échanges ailleurs.

      Par rapport à

      Repenser avec d’autres titres de nouveaux moyens de diffusion autonomes et performants pour le papier.

      Oui, ne pas abandonner cela me semble important. Mais pour rester sur la diffusion web, dont il s’agit ici : cette énergie collective est déjà investie par certain·es depuis longtemps, d’autres plus récemment, parce qu’elles et ils estiment les médias libres fondamentaux : @rezo, le portail de @bastamag, l’agrégateur du Mutu, la veille collective sur @seenthis, d’autres que j’oublie, d’autres encore qui sont à inventer... Donc il y a aussi cette question à se poser, quand on fait le choix de Facebook : quelle solidarité manifeste-t-on à l’égard de ces projets-là, qui demandent du temps et de l’engagement, qui fournissent eux aussi un tiers des visites mais en n’y gagnant pas un rond et en ne fliquant pas la terre entière au passage ? Ça me semble un peu court d’accepter les visites qu’ils nous envoient, mais en participant à leur disqualification ou à leur essoufflement en allant sur les gros réseaux. C’est un travail d’ensemble à mener, cette consolidation collective de tous nos outils de production comme de diffusion. C’est un réseau de solidarité, pas un jeu de statistiques plus ou moins gagnantes. Facebook nous a aussi fait oublier ça.

      Oui, discuter de tout cela in vivo, ce serait une sacrément bonne idée.

    • @intempestive : on ne s’est pas compris il me semble :)

      j’ai bien pensé au Mutu et c’est effectivement une brèche très importante. Je visais davantage les blogs personnels ou les sites associatifs en dressant ce sombre tableau.

      Les sites Mutu sont en eux-mêmes des plateformes locales qui permettent d’éviter aux collectifs d’avoir à recourir à l’illusion Facebook, Twitter mais aussi aux blogs (même si la publication sur différents supports peut aussi être complémentaire). Parce que c’est hyper compliqué de faire connaître un site à la publication hyper épisodique ou très pointue, parce que ça n’a pas de sens de poser un texte, un rendez-vous, une info dans un recoin du net en attendant qu’un gros agrégateur de type Rezo ou Bastamag veuille bien signaler notre article (selon des critères qui restent subjectifs, soumis par exemple à un critère d’intérêt « national » ou de qualité par exemple). Quand à l’agrégateur de Mutu ou de Médias libres, cela reste des outils techniques pour un public déjà acquis (comme Rezo et Bastamag, mais dans une moindre mesure).

      Se regrouper localement pour diffuser largement et facilement sans dépendre des réseaux sociaux, favoriser l’entraide plutôt que l’isolement qui demande, pour réussir à être lu, un certain nombre de compétences, proposer à un public varié un espace ouvert et pertinent à visiter régulièrement, c’est le pari proposé au travers de nos sites.

      Il est plutôt réussi pour certains d’entre eux, d’autres sont encore jeunes. Il reste néanmoins énormément de travail, notamment pour convaincre les belles plumes de publier aussi dessus, et plus globalement de l’intérêt d’une organisation collective (en terme d’entraide, de soutien, etc.) face aussi bien à l’extrême droite qu’à la presse professionnelle ou encore aux solutions illusoires mais faciles des réseaux sociaux.

      Au-delà du contenu et de la diffusion, il faut aussi beaucoup de taf sur les interfaces, des échanges de pratiques sur la photo, la vidéo, les différentes façons possibles de rendre compte d’une situation ou de synthétiser des infos éparses… Ce n’est pas en disant « Facebook c’est le mal » qu’on convaincra les gens, mais en proposant de meilleures alternatives : davantage de de facilité et de sécurité de publication, d’entraide, de diffusion, de pérennité, de sens politique… Dans ce cadre-là, les statistiques ne sont qu’un tout petit bout du projet et une manière très relative d’envisager son succès ou pas.

    • Ça devient épineux.

      (Je précise que tout ce qui est dit là n’implique pas tout le collectif Jef Klak, mais seulement la personne qui anime le SeenThis et qui n’a pas de compte FB...)

      En gros, des titres comme @cqfd ou @jef_klak et Z ont choisi depuis le départ de faire vivre des publications papier (et un CD audio pour @jef_klak) avec tous les arguments avancés par @fil ou @intempestive sur les relations sociales, humaines, etc. Le tout à perte, et sans salaire.

      Et ça donne de jolies choses, rencontres, débats, découvertes, etc.

      Autour, ça veut dire des affiches, des flys, des réunions publiques, des événements organisés, des tables tenues dans des salons, des squats, des concerts. Ça veut dire aussi des liens avec des libraires, des infokiosques. Et des réunions de rédaction régulières en chair et en os, des confrontations avec le lectorat, des confrontations avec les diffuseur.euses, les vendeur.euses, les relayeur.euses.

      Tout ça étant dit pour rappeler l’ordre des gestes : d’abord et principalement de la relation directe, bio de bio, comme dirait @intempestive, et puis... Et puis, à un moment donné on se demande comment faire connaître ce qu’on fabrique avec tant d’énergie à de nouvelles personnes...

      On essaie alors d’organiser des réunions avec les médias libres pour s’organiser collectivement sur les questions de diffusion commune, et ça ne prend pas. On insiste. Toujours pas.

      Du coup, après avoir vu que pas mal de gens utilisaient FB lors du dernier mouvement social, on se dit, bon ben on va essayer FB, c’est pas trop d’effort, et ça peut aider à 1. diffuser quelques idées 2. intéresser de nouvelles personnes au papier et CD...

      Il y a des retours : des gens qui nous disent avoir découvert @jef_klak par FB, et qui ensuite se sont mis au papier/CD. Combien ? On n’a pas de stats ;-)

      De là à dire qu’on tue @rezo ou @bastamag en faisant ça, c’est un peu rapide, non ?

      Est-ce à dire que la présence de @jef_klak à la FNAC ou dans les Cultura participe à tuer les librairies de quartier ?

      Ne serait-ce pas considérer au final que seules les personnes qui ont fait le chemin de ne plus aller sur FB, la FNAC et Cultura doivent pouvoir accès à @jef_klak ?

      Le combat contre la fermeture des librairies de quartier et pour des circuits d’édition indépendants est une chose, la mégapuissance des grands groupes qu’on ne parvient pas à enrayer en est une autre.

      Il est évident que si on nous dit : choisissez, soit @rezo soit FB, ça ne fait pas un pli. Et on milite grave pour que de plus en plus de gens aillent sur rezo (tiens d’ailleurs des affiches pour rezo, ce serait pas mal, non ?)...

      Tout ça donne des questions (en fait, cette discussion est l’occasion de renouveler beaucoup de questions) :

      • Comment quitter FB collectivement ?

      • Le net n’est-il qu’une archive ou est-il aussi une possibilité d’intervention ? Une manière de participer aux débats dans un temps donné ?

      • On se voit quand pour en discuter ?

      –---------

      Ah oui, et pour apporter au débat, il y a cet entretien sur Article 11 :

      http://www.article11.info/?Reprendre-en-main-le-recit-des

      Comment avez-vous intégré Internet, les réseaux sociaux et les applications sur smartphones à votre pratique du journalisme ?

      « L’Espagne est le pays d’Europe qui compte le plus de possesseurs de smartphones. Nous pensons qu’il faut en prendre acte et que la lutte doit se mener par tous les moyens nécessaires, par tous ceux qui sont à notre disposition, depuis la lutte armée jusqu’à l’utilisation d’Internet. Si on se veut un peu pragmatique, on constate qu’il y a une part importante de la population qui se montre active sur les réseaux sociaux et alimente Facebook ou Twitter. Il nous semble donc judicieux d’être présent dans cette réalité sociale aussi. On essaie de l’utiliser comme une arme plutôt que de l’ignorer.

      Les réseaux sociaux occupent une place très importante dans le journalisme d’aujourd’hui. Quant à l’instantanéité de la diffusion d’informations sur un service comme Twitter, elle se révèle assez utile si l’on veut, par exemple, échapper à un barrage policier lors d’une manifestation. Il s’agit en fait de l’héritage le plus réussi des médias libres type Indymedia des années 2000. Ils permettaient de coordonner des actions directes qui engageaient des milliers de personnes lors des mouvements sociaux. Twitter permet aussi cela, mais en élargissant l’audience à des gens qui ne sont pas militants et qui, lors d’une manifestation par exemple, auront plus volontiers le réflexe d’utiliser ce type de réseaux sociaux qu’Indymedia, connoté très ’’radical’’.

      Il est certain qu’Internet rajoute une couche au contrôle social. Mais il permet aussi de s’organiser pour surprendre le pouvoir lors des mobilisations, et d’éviter ainsi sa brutalité. Au final, cela peut s’avérer très utile. Ici, à Barcelone, avec le mouvement du 15-M4, nombre de résistances aux expulsions et de soutiens se sont organisées grâce à Twitter. Il me semble même que cela aurait été impossible sans. Certes, en 1936, on s’en passait, mais il existait d’autres mécanismes de mobilisation : les usines, les coopératives ouvrières, les athénées, qui voyaient des centaines de personnes concentrées en un même lieu et en mesure de communiquer d’un endroit proche à l’autre. Aujourd’hui, la plupart des gens restent enfermés chez eux ou dans des bureaux cloisonnés d’entreprise. Dans cette situation, les réseaux sociaux constituent de parfaits mécanismes de mobilisation pour toucher des milliers de personnes en un court laps de temps.

      L’utilisation de ces moyens de télécommunication n’exclut aucunement la création en actes d’espaces de sociabilisation fondés sur le modèle des athénées ou de ce qu’a fait auparavant vivre le mouvement ouvrier. Au contraire : on constate qu’apparaît aujourd’hui une nouvelle génération d’athénées, de maisons occupées, de centres sociaux. À travers eux s’opère une véritable redécouverte de la communication entre les habitants d’un même quartier. Et cela advient alors même qu’on utilise Twitter lors des manifestations ou pour communiquer une information. En réalité, ces deux processus n’ont rien d’exclusif. Et dans tous les cas,nous considérons qu’à partir du moment où ces réseaux sociaux existent, et qu’une majorité de personnes les utilisent, c’est à nous de savoir comment nous les réapproprier.

      Je crois qu’on peut même dire que ces réseaux ont fini par créer des réalités dans les quartiers. À l’occasion de certaines explosions de mobilisations dans la rue, appuyées par les réseaux sociaux, on a vu des générations de gens qui ne se connaissaient pas se rencontrer : des anciens antifranquistes, des gens investis dans les cultures alternatives pendant la Transition, des activistes des centres sociaux, etc... Bref, des jeunes d’aujourd’hui et des anciens se sont rencontrés. Et ces rencontres ont perduré, notamment grâce à l’émulation permise par Twitter au moment du 15-M. Beaucoup ont noué contact sur les places - c’est là que sont nés de nombreux projets, dont ceux qui ont abouti à la construction de locaux et de centres sociaux à Barcelone. On peut prendre l’exemple de l’Athénée La Flor del maig, dans le quartier de Ploblenou5 : les gens qui ont initié ce lieu, en lien étroit avec le voisinage, se sont au départ organisés sur Twitter. Aujourd’hui, ils en ont fait un lieu tangible avec une mutuelle d’achats, un centre d’accueil social, des assemblées avec des migrants, des réunions féministes, un groupe qui travaille sur la mémoire des luttes, etc. Ils ont converti l’organisation qu’ils avaient entamée sur les réseaux sociaux en un centre social de quartier.

      Aucune technologie n’est le patrimoine exclusif du capitalisme, pas même Internet. En Catalogne, par exemple, il existe un réseau social qui fonctionne sur le modèle des assemblées, sans hiérarchie ni rapports marchands. Il se nomme guifi.net, et est utilisé par 40 000 personnes qui partagent des ressources sur le web, à l’écart du réseau Internet classique. Il s’agit en fait d’une sorte d’intranet ne dépendant d’aucune multinationale, très utile pour les luttes et les militants d’ici. »

    • Bon, je n’ai pas compris où on ne s’est pas compris, @ari, parce que je suis d’accord avec ce que tu écris.

      Quoiqu’il en soit, sur

      Ce n’est pas en disant « Facebook c’est le mal » qu’on convaincra les gens, mais en proposant de meilleures alternatives

      Oui. C’est bien pour ça que la discussion se tient ici, à l’intention spécifique des médias libres et des choix qu’ils font individuellement ou collectivement, et non de l’ensemble des gens qui ont un compte Facebook. Histoire de ne pas juste accepter l’état de fait et de voir s’il n’y aurait pas des choses à inventer là-dedans...

    • Mais non @jef_klak, je ne t’accuse pas de tuer @rezo ou le portail de @bastamag :) et je sais bien que vous faites partie des revues qui tentent régulièrement de tisser des ponts avec les autres. C’est un ensemble bien plus large : disparition de nombreux sites indépendants, migration massive vers des plateformes (réseaux sociaux, Youtube, etc.) pour diffuser voire pour produire.

      Simplement, il me semble que cet aspect-là n’est jamais discuté et que c’est à concevoir comme un tout. Que le choix d’un média libre concernant sa diffusion web engage plus que lui-même. Et surtout, le bilan après toutes ces années de lente déconstruction de nos espaces communs finit par me sauter aux yeux.

      Tu poses les bonnes questions :

      – Comment quitter FB collectivement ?
      – Le net n’est-il qu’une archive ou est-il aussi une possibilité d’intervention ? Une manière de participer aux débats dans un temps donné ?
      – On se voit quand pour en discuter ?

      Je suis partante (je précise qu’on a également cette discussion au sein de @syntone). Une première discussion informelle avant d’envisager une grande rencontre intergalactique comme on en fait tous les 15 ans ? Qui d’autre ?

      Et tout le monde peut lire et participer à cette discussion bien sûr, je précisais juste que la thématique porte spécifiquement sur l’articulation entre médias libres et réseaux corporate, pas sur une grande campagne de fermeture de comptes Facebooks personnels (quoique je n’y serais pas opposée ;)).

    • @intempestive : en d’autres termes et pour résumer un peu brutalement : le souci des réseaux sociaux trouve son origine dans les blogs (et à la publication individuelle ou limitée à quelques individus).

      L’alternative aux réseaux sociaux doit donc aussi être pensée comme une alternative (éventuellement complémentaire) aux blogs ou aux micro-sites. On doit donc penser l’expression – surtout contestataire – sur le net, et contrairement au mythe de facilité qui l’entoure, comme la radio ou le papier : elle nécessite des outils communs et complexes.

    • D’accord @ari, je comprends mieux. Je parlais du réseau Mutu en termes de diffusion essentiellement, mais effectivement c’est une alternative essentielle au niveau de la production (dans les ateliers d’écriture proposés par @paris également, parmi bien d’autres choses).

      Cette discussion rejoint la tribune publiée par affordance.info il y a quelques semaines : « Pour des états généraux du web indépendant »
      http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2016/12/etats-generaux-web-independant.html

    • Il nous semble donc judicieux d’être présent dans cette réalité sociale aussi.

      Pour faire un parallèle, on pourrait dire qu’on peut être contre l’industrie, contre les usines, voire même contre le travail, et militant pour arrêter les grosses industries, arrêter le travail MAIS dans le même temps être présent sur les lieux de travail et accepter que le syndicalisme et les batailles sur l’amélioration des conditions de travail ont aussi un sens.

      Après… j’en connais qui sont farouchement anti-syndicalisme et anti batailles pour l’amélioration des conditions de travail, parce que ce n’est qu’une perpétuation du capitalisme en tentant juste de le rendre un peu moins dur (et ce n’est pas faux de dire ça non plus).

      Être présents là où sont les prolétaires… Être présents là où sont les net-prolétaires… Je ne sais pas si mon parallèle est trop tiré par les dreads mais débat qui ne date pas d’hier, donc. :D

      Le tout étant que le temps, l’effort (voire l’argent) consacré à être présents dans ces « réalités sociales » ne fassent pas perdre de vue le but de s’en extraire, des grands réseaux… et du travail !

      Ok, ce n’est pas une mince affaire.


  • L’armure des journées de travail | Antoine Mouton
    http://jefklak.org/?p=3546

    J’ai creusé où on m’a dit de creuser. J’ai pris ma pelle et ma pioche. J’ai mis mon casque et mes œillères. J’ai vu quand même : le travail est un mensonge. J’ai eu un emploi, on m’a donné un emploi du temps, je n’avais plus de temps pour moi. J’étais pillé, employé pour le temps que je représentais.J’ai donné mon temps j’ai donné mon sang j’ai jeté mes gants j’ai mis la main à la pâte j’ai donné la patte à la main qui voulait me la prendre. J’étais du temps on m’a découpé en tranches fines on m’a roulé dans la farine on m’a recouvert de papier je ne pouvais pas me périmer pas m’avarier j’étais salarié j’avais un sale air de pauvre. Source : Jef (...)


  • « Presque une image d’évasion collective… » : Images des « écoles de préservation » dans la France des années 1930 | jef klak

    http://jefklak.org/?p=3564

    http://jefklak.org/wordpress/wp-content/uploads/2017/01/Photo1.jpg

    Images des « écoles de préservation » dans la France des années 1930
    Entretien avec Sandra Álvarez de Toledo et Sophie Mendelsohn

    Propos recueillis par Romain André et Alexane Brochard

    Dans les premières années du XXe siècle, ouvrent à Clermont-sur-Oise, Cadillac et Doullens, trois établissements publics laïcs pour mineures nommés « écoles de préservation de jeunes filles » où l’on enferme vagabondes et filles récalcitrantes de la campagne ou du sous-prolétariat. Leur histoire est très peu connue. Les éditions L’Arachnéen ont publié en octobre 2015 un ouvrage représentant le quotidien de ces « écoles » dans les années 1930. Vagabondes s’appuie sur un fonds photographique issu d’une commande officielle, et resté jusque là enfoui. Les photos sont accompagnées d’un montage de courriers administratifs et de documents officiels pour tenter de dresser un portrait de ces lieux d’enfermement.
    Qui étaient ces jeunes filles ? Quel sort était réservé à celles que les correspondances administratives nommaient gracieusement des « idiotes perfectibles » ? Sandra Álvarez de Toledo, coordinatrice de Vagabondes, et Sophie Mendelsohn, auteure du texte qui clôt l’ouvrage, reviennent sur ce que les archives racontent de ces filles, sur la représentation de ces « écoles de préservation » et l’idéologie qui les sous-tendaient.

    • Ces trois centres laïcs sont en concurrence avec l’institution religieuse des Bons Pasteurs, une congrégation qui, jusqu’en 1975, a recueilli et enfermé la plupart des filles dites « de justice ».

      @monolecte

      Les filles enfermées en école de préservation n’étaient en fait pas vraiment condamnées ?

      SM : Non, en effet, en tant que filles et mineures, elles étaient acquittées pour « manque de discernement2 ». Condamnées, elles auraient eu de courtes peines de prison, quatre à six mois – le vagabondage n’était pas puni très lourdement. La seule manière de les tenir enfermées longtemps était de considérer qu’elles étaient « non discernantes », et donc de les « préserver ». D’où l’euphémisme : si les « écoles de préservation » avaient été légalement des prisons, elles auraient été soumises à la juridiction générale. Alors qu’avec ce subterfuge juridique, on peut enfermer les filles jusqu’à leur majorité civile – 21 ans à l’époque. Certaines arrivaient à 14 ans parce qu’elles vagabondaient et restaient donc sept ans en institution. Pour les mêmes délits, elles faisaient des peines bien plus longues que celles des garçons.

      Les trois établissements sont d’anciennes prisons. Clermont était une ancienne maison centrale de filles et de femmes ; Cadillac, le château des ducs d’Épernon, avait été « une maison de force et de correction pour les filles et les femmes », et Doullens, une ancienne forteresse militaire, avait aussi été une prison pour femmes. Et dans les trois cas, il n’y a eu pour ainsi dire aucun réaménagement des lieux.

      Moi aussi, je suis allée à l’école à Cadillac ;-).
      http://jefklak.org/wordpress/wp-content/uploads/2017/01/Hmca008.jpg

      Ces « écoles de préservation » correspondent à la fin d’un monde, celui où l’on traitait les mineurs comme des adultes.

      #photographie #archives


  • L’esprit du flamenco
    par Bruno Le Dantec,
    paru dans CQFD n°150 (janvier 2017).
    http://cqfd-journal.org/L-esprit-du-flamenco

    « Quand je chante bien, j’ai un goût de sang dans la bouche. »
    Tia Anica La Piriñaca
    https://www.youtube.com/watch?v=73o6A1ZoXi4

    Transmis par de véritables lignées d’artistes en haillons, l’art flamenco puise sa vitalité et son infinie richesse dans les bas-fonds d’une société encore aujourd’hui imprégnée d’une mentalité préindustrielle. Il y a une insolence d’aristo dans ce chant de mendiants. Carmen Amaya, Terremoto de Jerez, el niño Miguel, Rancapino, El Torta… Une énergie primitive irrigue la virtuosité de femmes et d’hommes qui ont baigné dans ce jus depuis tout petits et considèrent le flamenco non comme un métier, mais comme un art de vivre. « Celui qui sait lire et écrire ne peut pas bien chanter », affirme El Agujetas [le Crampes] dans un sourire carnassier plein de dents en or.

    https://www.youtube.com/watch?v=odZQ1T7-7-I

    #Flamenco #Musiques_Populaires #CQFD