CQFD

Mensuel de critique et d’expérimentations sociales

  • Debout partout
    Nuit Debout : le mois le plus long

    paru dans CQFD n°143
    par Ferdinand Cazalis

    http://cqfd-journal.org/Nuit-Debout-le-mois-le-plus-long

    Plusieurs nuits se superposent à la Nuit Debout parisienne, qui a débuté un 32 mars pour ne plus finir. Une somme de singularités et de rencontres qu’on ne peut résumer ni figer. Voici donc quelques-unes de ces lunes, sans précision de calendrier, sans prétention d’éclairage, sans possibilité de mettre à jour. Un humble rappel des réveils souriants, parsemé d’oublis obscurs.

    « Au contraire de l’ordre cosmique, il y a en histoire des jours qui ne se lèvent pas. Pour se montrer, des nouveautés se déguisent, qu’étouffera peut-être leur habit d’emprunt, celui d’hier. Ce moment fragile est également celui de la décision humaine, qui va trier entre les destins possibles. À cet instant qui laisse entrevoir une mutation, correspond la trace de quelques mots qui, dans l’entrebâillement d’un système, annoncent la couleur d’une autre culture, avec une prise de parole d’un type différent. »

    Michel de Certeau, « Le pouvoir de parler », 1968.


  • Dossier : "Debout partout"
    Nuits debout, de la colère à l’action


    http://cqfd-journal.org/Nuits-debout-de-la-colere-a-l

    « Ceci n’est pas un exercice »

    « Que revive la Commune », ce tag trône depuis les débuts du mouvement sur la bouche de métro de la place de la République, et nomme un désir qui s’affine et se socialise. Le chemin sera long, mais à travers l’organisation autonome de groupes d’action, l’appui aux réfugié.e.s, la place réaffirmée des femmes ou des quartiers populaires, ce sont des valeurs de solidarité qui reviennent en force. Sur les places, la parole a été prise . Sans évidence : au milieu des revendications particulières et des mises en commun, émergent des maladresses, des désaccords, des conflits même. Quoi de plus logique quand les murs des chapelles militantes se fissurent ? Au final, les occupations de l’espace public s’ajoutent aux manifestations, ZAD, actions directes, entraides de quartier, repaires associatifs et autres outils de lutte pour fabriquer un monde débarrassé du capitalisme. À la suite des attentats de 2015, politiciens, journalistes et animateurs nous exhortaient à retourner le plus vite possible à la vie normale. Raté. Après ce beau mois de mars, nous serons beaucoup à ne plus retourner ni à la normale, ni à l’état d’exception. Contre leurs guerres, leurs profits et leur tristesse, continuons de scander : « On est nombreux, on fait ce qu’on veut ! »

    À l’aube de nouvelles Nuits

    Non, la République n’est pas le centre du monde. Les banlieues et les quartiers se lèvent aussi ! Reportage à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis
et sur la place des Fêtes, à Paris, où, loin des grands médias, on fait aussi sa Nuit Debout, même avec peu de monde.
    Samedi 23 avril, 15h, Aubervilliers. « Puisqu’on est pas nombreux, on pourrait se rapprocher et se passer de micro, peut-être ? » Pas la peine de procéder à un vote, comme un seul homme, la petite trentaine de personnes présentes se resserrent dans un coin de la place de la Mairie. Cette après-midi-là, tout semble déserté, même le manège pour enfants. Un petit vent frais vient donner une touche presque hivernale à ce second rassemblement d’Aubervilliers Debout, mais pas de quoi décourager la trentaine de courageux militants, travailleurs, profs, chômeurs ou étudiants.


  • Rassemblement devant le Tribunal Correctionnel le 10 mai à 14h en soutien au copain arrêté lors du Carnaval de la Plaine-Marseille Infos Autonomes
    https://mars-infos.org/rassemblement-devant-le-tribunal-1075

    @Ad Nauseam - Deux mois se sont passés, les premiers procès du printemps arrivent. Le carnaval a lancé le bal, et la flicaille est toujours là : dans les manifs, dans les quartiers et dans les lieux occupés, on ne compte plus les arrestations et autres intimidations. A Marseille comme ailleurs, la répression (...)

    #Marseille_Infos_Autonomes / #Mediarezo




  • samedi 7 mai : Animations, banquet pour discuter de la possible fin de la Parole Errante, lieu alternatif / Montreuil
    http://paris.demosphere.eu/rv/47133

    Nous ne laisserons pas fermer la Parole errante !

    Retrouvons nous pour défendre l’avenir de ce lieu, le Samedi 7 mai à partir de 13h Place Jean Jaurès, Métro Mairie de Montreuil, lors d’un Grand Banquet de la Parole errante.

    Il y a une vingtaine d’années, Armand Gatti, poète et dramaturge anarchiste, fondait à Montreuil, au 9 rue François Debergue, le centre de création international La Parole errante. Depuis lors, on ne compte plus les initiatives culturelles, politiques, sociales qui ont bénéficié de ce lieu. Rares sont les espaces en région parisienne qui pratiquent une telle ouverture. Aujourd’hui, l’actuel propriétaire des locaux, le Conseil Général de Seine-St-Denis a décidé de ne pas reconduire le bail arrivant à son terme le 31 aout 2016. Alerté par cette échéance dès l’été 2015, un collectif d’usagers du lieu, réunis sous le nom « la Parole Errante Demain ! », a déposé sur la table du Conseil Général un projet pour l’avenir de ce lieu. Un projet qui s’appuie sur son histoire et la diversité des besoins matériels et existentiels auxquels il a toujours répondu. Un projet fondé sur l’accueil et la solidarité. Après une quasi-année de silence et d’atermoiement, sans qu’aucune réponse n’ait été donnée, sans qu’aucun projet clair n’ait été formulé publiquement, le Conseil Général a juste fait savoir son intention de récupérer les clefs du lieu ! Ce mépris des politiques à l’égard de nos besoins, de nos aspirations, de nos lieux, de nos vies, de nos luttes, nous le connaissons tous. Et nous sommes de plus en plus nombreux à le dire dans la rue, sur les lieux de travail, dans et hors des institutions : cela suffit ! Nous voulons interpeller un large public, ainsi que les institutions officielles et les médias sur ce devenir. L’urgence qui pèse sur la parole errante concerne plus largement le devenir de nos espaces communs : celui de nos villes, de nos quartiers, de nos manières d’habiter. C’est pour cela que La parole Errante Demain vous invite à sa rencontre lors d’un Grand Banquet de la Parole errante, le Samedi 7 mai à partir de 13h, Place Jean Jaurès, Métro Mairie de Montreuil.

    NE LAISSONS PAS FERMER LA PAROLE ERRANTE !

    NOUS AVONS BESOIN DE LIEUX POUR HABITER LE MONDE !

    Un site, un projet pour la Parole errante demain et une pétition :
    http://laparoledemain.jimdo.com



  • L’âne médiatique embarqué

    https://quartierslibres.wordpress.com/2016/05/03/lane-mediatique-embarque

    L’âne médiatique se soucie avant tout de son picotin, c’est entendu. Si l’avoine est bonne, il est content et remue les oreilles dans le bon sens.

    L’âne médiatique est un animal du XXIe siècle : il sait qu’il faut regarder la réalité telle qu’elle est et « moderniser » le code du travail. Il le sait : le patron de son groupe de presse le lui a dit. En bon tirailleur du Parti de la Presse et de l’Argent, son rôle est d’assurer le service après-vente de la loi El Khomri. Alors c’est sûr il y a bien quelque mécontents, mais faudrait pas tout confondre, hein. Il y a d’un côté ceux qui manifestent gentiment leur opposition, en faisant une journée de grève de temps en temps et en disant dans le micro combien ils ne sont pas contents. Ça c’est bien, c’est républicain, paritaire et représentatif. Ça permet de conserver l’appareil bureaucratique pour être en mesure, la prochaine fois, d’aller de nouveau dire dans le micro qu’ils ne sont pas d’accord. Et puis il y a les casseurs. Alors ceux-là, le chroniqueur aux grandes oreilles les connaît bien aussi : ils sont toujours là pour nier la réalité telle qu’elle est et perturber le jeu démocratique. Ils ne sont pas représentatifs, ils ne parlent pas dans le micro et en plus ont l’outrecuidance de ne pas obtempérer quand le bon monsieur Cazeneuve et ses gentils playmobils leur demandent de dégager l’espace public, de rentrer chez eux et, tant qu’à faire, de ne pas en sortir. Alors là l’âne médiatique il sait ce qu’il faut dire : le « casseur » il ne pense pas, il n’est là -enfin, plutôt que là, il est « en marge »– que pour jeter des projectiles sur les forces de police, sans doute parce que ça l’amuse, parce que c’est son kiff, comme pense l’âne que dit le casseur, qui en général est jeune, écervelé et manipulé (on ne sait pas trop par qui, mais on le sait). Et ça c’est pas correct, de s’en prendre aux forces de l’ordre, qui sont là pour protéger les grandes avancées démocratiques que sont les agences bancaires et les agences d’esclavage intérimaire. Du coup l’étable médiatique, très confraternellement, reproduit la liste des accidents du travail de la porcherie d’à côté.


  • Témoignage d’une StreetMedic lors de la manifestation du 1er Mai 2016 à Paris.
    https://paris-luttes.info/temoignage-d-une-streetmedic-lors-5552

    En tant que StreetMedic, nous avons eu à soigner, rassurer, prendre en charge d’innombrables blesséEs. Et quels que soient nos efforts de comptabilité, nous ne pouvons avoir accès qu’à un nombre restreint des victimes de la police, tant les affrontements sont massifs et étendus. Nous avons vu et soigné des blesséEs graves, des tirs tendus au flashball, aux grenades lacrymogènes, aux grenades de désencerclement. Des tirs au visage, dans les yeux, les mains, sur les membres, sur tout le corps. Nous avons vu des doigts à demi sectionnés, de la peau brulée, des personnes sous le choc, terrorisées.

    #Violencespolicieres #1mai


  • Répression contre 47 lycéens en lutte convoqués à la sureté territoriale de Nanterre
    paris-luttes.info/repression-de-dingue-mene-par-la-5550


    https://paris-luttes.info/repression-de-dingue-mene-par-la-5550

    47 lycéens sont convoqués aujourd’hui à Nanterre pour leur participation au mouvement contre la loi travail.
    Un rassemblement est appelé dès ce soir lundi 2 mai à 17 heure devant la sûreté territoriale.


  • Il y a quelque chose de – vraiment – pourri dans le royaume de France

    Par Julien Salingue

    http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/2016/05/il-y-quelque-chose-de-vraiment-pourri.html

    J’ai quitté la France il y a une semaine. Pas définitivement hein, mais pour prendre un peu de nécessaire repos en exil – ce que l’on a coutume d’appeler des « vacances ». Ça faisait longtemps.

    (...)

    A fortiori quand, en face de toi, des gens qui vivent en Amérique latine, qui viennent d’Argentine, d’Uruguay, de Porto-Rico ou d’ailleurs, qui ont connu la France ou ne l’ont pas connue, mais qui pour la plupart viennent de pays où la mémoire de la dictature est encore fraîche, te regardent avec des yeux effarés, ahuris, choqués. Bien évidemment, ils et elles savent et comprennent que la France n’est pas le Chili de Pinochet. Mais ils comprennent aussi, et ils te font comprendre, que ce que tu es en train de raconter, ce n’est pas juste une évolution énervante, révoltante. En fait, c’est très inquiétant.

    Alors tu racontes aussi que tout n’est pas catastrophique, qu’il y a des résistances et, depuis près de deux mois, une contestation large, des manifestations, Nuit debout, le succès de certains bouquins, certains films, certaines initiatives militantes… Mais en fait tu as du mal à y croire toi-même.

    Surtout quand, pendant la conversation, tu regardes distraitement ce qui se passe sur internet, et que les vidéos et photos de l’évacuation de République le 28 au soir, ou de la manifestation du 1er mai, arrivent, et que tu les montres aux gens avec qui tu parles. Tu es en Amérique latine, dans un ex-dictature, et les gens regardent les images des violences policières avec des yeux hallucinés, avec parfois même des larmes dans les yeux, ils et elles te disent « C’est en France, ça ? », « Mais ils sont malades ? », « Mais pourquoi ils font ça ? », etc. Et en fait les vidéos, tu les vois différemment d’un coup.

    (...)

    Le pire n’est jamais certain non. Mais ce qui est certain, c’est que le pire ne survient jamais du jour au lendemain.

    Il y a une voie vers le pire, et là on est malheureusement embarqués dessus, et lancés à pleine vitesse.

    Et, au vu de la destination qui nous est promise, il va vraiment falloir qu’on fasse dérailler le train. Toutes et tous ensemble. Et le plus tôt sera le mieux.



  • Nuit Debout : Communiqué & appel de la commission Lutte Debout

    Nuit debout et collectifs en lutte : le 28 avril / 59 mars sur la Place de la République

    https://paris-luttes.info/nuit-debout-communique-appel-de-la-5501

    (...)

    Un texte, suivant les grandes lignes de la proposition de François Ruffin, a été rapidement adopté par la commission Convergences des luttes, et approuvé en AG. Mais le consensus ne l’a pas emporté, notamment sur la question des modalités de l’invitation qui serait faite aux organisations syndicales de rejoindre la place après la manif du 1er mai. D’autres commissions ont donc pris le temps d’élaborer une démarche de concertation avec les personnes présentes sur la place : travailleur-e-s syndiqué-e-s ou non, partisan-e-s, militant-e-s, libertaires, simples passant-e-s, membres des commissions, etc. La première idée faisant consensus a été d’avancer la date de convergence au 28 avril/59 mars, premier jour annoncé par diverses organisations pour imaginer une grève reconductible. À partir de là, la commission Grève générale a organisé quatre jours de débats (du 21 au 24 avril) pour confronter les points de vue, souvent opposés. Les problématiques principales concernaient :

    • La peur de voir le mouvement Nuit Debout récupéré par des leaders syndicaux
    • L’inquiétude de voir les processus de démocratie directe établis sur la place depuis le 31 mars remis en cause
    • L’envie de laisser la place libre de toute étiquette politique établie
    • L’envie de faire perdurer les égalités de distribution de parole et, par conséquent, les appréhensions à voir se tenir ici un meeting comme en il s’en déroule partout ailleurs

    Les points de consensus concernaient :
    1. l’envie partagée de faire converger les luttes, pour faire tomber les barrières entre les diverses composantes du mouvement social, en donnant rendez-vous sur la place de la République après les grandes manifestations prévues,
    2. de donner la parole à toutes et à tous selon les principes construits collectivement sur la place de la République (horizontalité, égalité de parole, non-représentativité, etc.),
    3. de placer la soirée sur le thème de la grève générale et reconductible, ainsi que des solidarités qui pouvaient participer à ce désir.

    (...)

    Voici donc ce qui est prévu pour la soirée du 59 mars (28 avril) :

    • Un premier temps de l’Assemblée Générale sera consacré à la prise de parole de collectifs en lutte (travailleurs syndiqué-e-s ou non, et aussi chômeurs, précaires, étudiants, sans-papiers et autres collectifs mobilisés contre la loi travail et son monde) : ce serait l’occasion pour eux d’exposer leurs luttes, leurs aspirations, leurs espérances concernant la suite du mouvement social. Une manière de faire le point sur les différentes composantes du mouvement en cours. Le temps de parole est fixé à 5 minutes par intervention. Nuit Debout invite également les représentants syndicaux nationaux à venir s’exprimer dans ce cadre et à clore ce premier temps de l’AG.
    • Ces interventions seront suivies de discussions avec l’Assemblée : l’opportunité de poser des questions, de réagir directement aux prises de parole précédentes.
    • Enfin, une prise de parole libre sur le thème de la loi El Khomri et de la grève générale.

    (...)


  • Le précariat du Livre (et d’ailleurs) et la grève
    https://paris-luttes.info/le-precariat-du-livre-et-d-5497

    Faire grève n’est pas toujours simple pour tout le monde, en particulier pour tous ceux qui travaillent dans des conditions précaires. C’est notamment le cas dans la presse, où la précarité règne à tous les étages. Petit constat à partir d’un vécu perso de correcteur pigiste dans un quotidien national.

    @colporteur


  • Nous sommes tou-te-s une raffinerie

    Grève générale et grève humaine

    https://paris-luttes.info/nous-sommes-tou-te-s-une-5485

    On se souvient du mouvement des retraites, lorsque les dépôts d’essence et les raffineries étaient bloqués par leurs ouvriers : il ne manquait plus grand-chose pour que le blocage du pays soit effectif. Il ne manquait pas grand-chose pour que les autres travailleurs et travailleuses ne puissent plus se fournir en essence et aller au turbin. Peut-être aurions-nous alors fait ce que nous faisons aujourd’hui, en nous réunissant autour d’une place pour nous rencontrer, partager nos conditions d’existence et imaginer des moyens d’organisation et de lutte.

    (...)

    Nombre d’activités précarisées du tertiaire fonctionnent sur la production des savoirs et de l’intelligence collective, par l’éducation ou la création, par l’art ou l’accueil, par les services ou les associations. Or à travers tous ces métiers où l’on donne souvent beaucoup de soi, de son temps et de sa vie, nous produisons aussi de la valeur et nous faisons tourner l’économie. Chaque minute durant laquelle nous engageons nos corps et notre temps dans une mission ou un job est une minute qui échappe à la lutte contre notre précarisation. Nous pouvons donc nuire à ce système : il suffit de bloquer, nous aussi, nos ports et nos raffineries et de réorienter notre intelligence collective.

    (...)

    Pour qu’une grève générale advienne, il ne faudra pas seulement compter sur les autres, sur celles et ceux qu’on oublie ou qu’on rejette en dehors des mouvements : les prolos, les racisé.e.s, les pauvres, les réfugié.e.s, les expulsé.e.s, les emprisonné.e.s, les transformé.e.s, les inaudibles. Pour qu’une grève générale advienne, il faudra qu’elle parte de partout, dans tous les sens, sous toutes les formes et avec tout le monde. Enfin, pour qu’une grève générale triomphe, il nous suffira de refaire nôtre un mot d’ordre qui date des années 1960 et qui est peut-être la chose avec laquelle nous sommes toutes et tous ici d’accord : il n’y aura pas de retour à la normale .

    Place de la Commune, Paris, Nuit Debout, 25 avril/54 mars.


  • « À Marseille, il n’y a pas de mafia »
    paru dans CQFD n°142 (avril 2016),
    par Bruno Le Dantec
    http://cqfd-journal.org/A-Marseille-il-n-y-a-pas-de-mafia

    Entretien avec P. Pujol.

    Philippe Pujol a reçu le prix Albert Londres 2014 pour sa série d’articles « Quartiers shit ». Il y chroniquait la misère et le trafic dans les cités. Il publie La Fabrique du monstre aux Arènes (2016), où il met aussi à nu clientélisme politique et pègre immobilière.

    Photo : Gilles Favier, qui publie Marseillais du Nord aux éditions du Bec en l’air, sortie en mai 2016.


  • Au-delà de Podemos : le pari municipaliste

    Par Bruno Le Dantec et Ferdinand Cazalis

    http://cqfd-journal.org/Au-dela-de-Podemos%E2%80%89-le-pari

    Le numéro 137 de CQFD étant proche de l’épuisement, nous avons souhaité proposer à nos lecteurs sur Internet et à qui voudra l’intégralité du dossier "Au-delà de Podemos : le pari municipaliste". Le pdf est à télécharger ci-dessous.

    En 2011, les places des villes espagnoles furent occupées par celles et ceux qui disaient stop à la corruption, aux injustices sociales, au gouvernement par la dette et à la violence de l’État. La Puerta del Sol à Madrid ou la Plaça Catalunya à Barcelone, entre autres, étaient devenues de grands campements où s’expérimentaient la démocratie directe et la solidarité retrouvée.

    Cinq ans plus tard, à Paris et partout en France, il y a comme un air de famille entre ce mouvement dit des « indigné.e.s », débuté un 15 mai (15-M) de l’autre côté des Pyrénées, et la Nuit Debout, initiée un 31 et 32 mars, avec ses places occupées et ses assemblées générales qui ne veulent pas en finir. Les différences existent, certes, mais certains aspects dessinent une courbe historique commune. Cinq ans plus tard, dans l’État espagnol, le bipartisme a cessé, chahuté par la gauche de Podemos et le centre-droit de Ciudadanos, le pays se retrouve dans l’impossibilité de former un gouvernement depuis quatre mois, et le mouvement social continue à battre le pavé, notamment autour des questions du logement et du crédit.

    En octobre 2015, CQFD avait fait un détour de trois semaines vers le Sud. Barcelone, Madrid, El Coronil, Puerto Real, Cadix... Autant de villes dont la municipalité avait échappé aux logiques de parti. Ni la gauche ni la droite traditionnelles, ni même Podemos, n’avaient emporté la victoire des élections : des formations indépendantes, issues des milieux militants ou de la rue venaient de créer la surprise lors des élections municipales de mai 2015.

    Aujourd’hui, CQFD publie à nouveau le dossier de 12 pages où nous donnions la parole aux luttes populaires encore bien vivaces dans les esprits et les quartiers de l’État espagnol. Cinq ans après le 15 mai 2011, le retour à la normale n’a pas vraiment eu le dernier mot. Les assemblées continuent d’aller bon train, tandis que les partis et les institutions ont perdu de leur hégémonie et de leur autorité en route. Un bel exemple d’opiniâtreté. ¡ Hasta siempre !




  • Les rêves des réfugiés sont devenus un cauchemar
    Grèce : Voies barrées

    paru dans CQFD n°142 (avril 2016),
    par Simon Rico
    http://cqfd-journal.org/Grece-Voies-barrees

    Dans la région sinistrée de Konitsa, certains habitants regardent avec méfiance l’arrivée de ces nouveaux venus. Depuis que la crise a commencé, la bourgade se vide de ses habitants, qui partent dans les grandes villes chercher du travail. « Regardez la place du village : il y a trois ans encore, elle était pleine tous les matins, maintenant il n’y a plus personne », se désole Trifon, qui tient un café-pâtisserie joliment décoré. Pourtant, ici comme dans le reste de la Grèce, les habitants font preuve d’une étonnante solidarité, apportant sans compter des vivres ou des vêtements. À Kozani, la préfecture de la Macédoine occidentale, la municipalité écologiste accueille même 500 personnes dans le gymnase municipal, sans aucune aide du gouvernement, du HCR ou des ONG. Des dizaines de volontaires locaux se mobilisent jour et nuit pour accueillir au mieux les Syriens et les Irakiens. « Le nord de la Grèce a beaucoup souffert des guerres mondiales et de la guerre civile », explique Giannis Kostarelas, le responsable de la communication de la mairie. « Les gens d’ici savent bien ce qu’être réfugié veut dire. »


    • L’application du terme « jungle » à #Calais vient, semble-t-il, du vocable persan jangal par lequel les réfugiés afghans et iraniens désignent les bois où ils installent leurs campements. Ce mot a la même étymologie indo-iranienne que la « jungle » française, mais signifie tout simplement « forêt ». Les traducteurs appellent ça un faux-ami. Ces Afghans, ces Iraniens, curieusement, ne se voient pas spécialement comme des bêtes sauvages. Mais la « forêt de Calais », c’est sûr que c’est moins frappant qu’une « jungle ». Pas si sauvage. Moins safari, d’ailleurs sa majeure partie se situe à proximité d’un site Seveso (1) (autre genre de sauvagerie).

      En passant : Saxifrage est un nouveau canard indépendant :).


  • Marseille : bouffe contre l’extrême droite
    http://lahorde.samizdat.net/2016/04/16/marseille-bouffe-contre-lextreme-droite

    Un repas de quartier a lieu en ce moment à Marseille, dans le quartier de la Plaine, contre l’Action française. En voici l’appel. L’ #Action_française s’implante dans notre quartier, résistons ensemble à l’extrême droite ! Vous avez sans doute remarqué que depuis un an et demi des événements (conférences, réunions, …) sont organisés dans [&hellip

    #Initiatives_antifas



  • Song to Woody : Demande à la poussière

    Le Cri du Gonze

    Par Émilien Bernard

    http://jefklak.org/?p=2997

    Au fond, ce qu’il y a de plus sympathique dans la figure de Woody Guthrie, c’est sans doute sa modestie. Ce côté rustique mis en avant, assumé, revendiqué comme un gage d’honnêteté. « On va montrer à ces fascistes ce qu’une bande de péquenauds peuvent faire », lâche-t-il, rigolard, en introduction de « All You Fascists Bound to Loose ». Comme si la solution n’allait pas venir d’une posture théorique élitiste, mais plutôt d’un bon sens populaire qui finirait forcément par triompher. Goguenard, béret de travers, clope au bec, le petit barde se frayait son propre chemin, loin des mondanités et des tentations de reconnaissance, convaincu que ses semblables, un jour, feraient ravaler leurs méfaits à tous les patrons de ce monde.

    • Ecoutez Woody Guthrie en relisant Demande à la poussière de John Fante.
      – Dans les années trente, Arturo Bandini, fils d’ immigrés italiens, quitte le Colorado pour l’Eldorado, Los Angeles, avec son unique roman en poche et un rêve : devenir un écrivain reconnu. Vénérant les femmes et la littérature, il débarque dans une chambre d’hôtel miteuse, prêt à saisir la vie à bras-le-corps. Une errance sublime parmi les laissés-pour-compte du rêve américain.-

      « Dans la lignée de Faulkner, et avant Charles Bukowski ou Jim Harrison, Fante ouvre une piste balayée par les poussières chères à l’Ouest sauvage. Elle se termine sur l’océan Pacifique, après moult détours, cuites et amours sans lendemain. »

      Sophie Cachon, Télérama

      Préface de Charles Bukowski écrite le 5 juin 1979. L’ivrogne céleste dit qu’il a découvert - demande à la poussière - en 1940 et que trente neuf ans plus tard ce récit tient toujours le coup, comme tous les autres Fante. Celui-ci était son préféré car il fut sa première découverte de la magie.

    • ça t’as plu, tu en redemandes encore ! Je te charrie @touti J’ai découvert John Fante, dans les années 90, sur les conseils d’un copain. Pleins de vie, Mon chien stupide, Bandini, Les compagnons de la grappe. La route de Los Angeles , son premier roman écrit en 1933 est refusé car jugé trop cru et trop provocant. Il ne sera publié qu’après sa mort en 1986. John Fante, avant les beatniks, a raconté l’aventure des laissés-pour-compte, des ivrognes, des hobos.
      Un jour j’achète La tête hors de l’eau , celui-ci n’est pas de John Fante mais de son fils, #Dan_Fante. C’est son premier roman publié à 45 ans par l’éditeur C.Bourgois grâce à la chanteuse April March. Son travail est essentiellement autobiographique et reste fortement marqué par la confrontation au succès de son père. Il a connu 20 ans d’alcoolisme au cours desquels ses mésaventures, assorties de malentendus juridiques, lui valurent de fréquentes arrestations. Son frère Nick, de 2 ans son aîné, alcoolique aussi, est écrasé dans la rue le 21/02/97.
      Auteur de romans, de poèmes, de nouvelles et de pièces de théâtre. L’oeuvre de Dan Fante est traduite intégralement chez 13è Note. Cette maison d’édition a malheureusement mis la clef sous la porte. Tout comme Dan Fante décédé le 23/11/2015. En laissant comme forme d’épitaphe que ses cendres soient larguées au-dessus de L.A , mêlées à des excréments de chien.

      Le salut par l’écriture
      John Fante, scénariste prolifique d’Hollywood, fut aussi un joueur et un buveur invétéré, un père cruel, un mari infidèle et surtout un écrivain talentueux. Son fils Dan revisite son propre passé à la lumière de l’héritage paternel : un alcoolisme morbide et la plume d’un écrivain.
      On retire de cette chronique familiale acide, l’envie de lire ou relire en miroir les œuvres de ces deux écrivains.
      Ill., © 13e Note Editions
      http://bukowski.net/photos
      Des photos du tonton de la famille.


  • Ne pas revenir...
    paru dans CQFD n°142 (en kiosques),
    par Jean-Baptiste Bernard
    http://cqfd-journal.org/Chemins-de-traverse-Ne-pas-revenir

    La voici enfin, droit devant. La ligne d’arrivée du Golden Globe. Pour Bernard Moitessier, la franchir en tête s’annonce (presque) comme une simple formalité. Bien plus rapide que ses concurrents, le navigateur français a pratiquement course gagnée. Encore quelques petites semaines de navigation, le temps de remonter l’Atlantique du Sud au Nord, et il remportera la première édition de cette course en solitaire autour du monde, sans escale ni assistance. Un exploit d’autant plus remarquable que le ketch [1] en acier sur lequel il navigue, Joshua [2], a été armé de bric et de broc, avec deux poteaux télégraphiques pour mâts et des câbles EDF pour étais et haubans. Peu importe, Bernard Moitessier mène le voilier à la coque rouge vif au maximum de ses capacités. Non par envie de gagner, expliquera-t-il plus tard, mais parce que son navire est fait pour avaler les miles. Et aussi parce que tous deux s’entendent comme larrons en foire : « C’est une histoire entre Joshua et moi, entre moi et le ciel, une belle histoire à nous seuls, une grande histoire d’amour qui ne regarde plus les autres. »