CQFD

Mensuel de critique et d’expérimentations sociales

  • États-Unis : Les flics américains, de vrais petits soldats
    par Raphaël Kempf
    http://cqfd-journal.org/Etats-Unis-Les-flics-americains-de

    Landy Black est fier de son nouveau jouet : un véhicule blindé, résistant aux mines et pouvant essuyer sans danger des tirs nourris. Plus connu sous le nom de MRAP (mine resistant, ambush protected), ce mastodonte surmonté d’une tourelle vaut la bagatelle de 700 000 dollars. Le chef de la police de Davis, une ville universitaire proche de Sacramento, en Californie, en a vanté les mérites auprès du conseil municipal en août 2014. Obtenu gratuitement, rappelle-t-il aux édiles, il s’agit « d’une version légère des blindés que l’armée a utilisés en Afghanistan ». Et Landy Black lui trouve de nombreuses qualités : il consomme peu, est en bon état et permettra à sa police de mieux faire face à tout type d’événements comme en cas de tuerie de masse ou encore si ses subordonnés doivent essuyer des attaques armées. Il reconnaît toutefois à demi-mots que sa capacité de résistance aux mines ne devrait guère lui être utile…

    #militarisation_police


  • Mais qu’est-ce qu’on va faire de Jean-Jacques Urvoas ?
    http://cqfd-journal.org/Mais-qu-est-ce-qu-on-va-faire-de-1589

    Pour mémoire :

    Député quimpérois, Urvoas, les grandes oreilles du PS, résume à lui seul l’art de la politique sécuritaire du Parti socialiste. Plus fin qu’un Alain Bauer, ami personnel de Manuel Valls, mais trop bourrin. Lui, c’est tout en contrôle. Pendant la guerre d’Algérie, le mec aurait réclamé la présence d’un médecin pendant les interrogatoires. Aujourd’hui, il est l’architecte de la loi sur le renseignement. Président de la Commission des lois, il planchait déjà sur le dossier quand les massacres de Charlie Hebdo et de l’hyper Cacher accélérèrent son agenda. Le principe est simple  : légalisation des poses de micros et de balises de géolocalisation ; surveillance des communications informatiques, notamment des réseaux sociaux ; collecte indifférenciée de données grâce aux « IMSI catchers », sortes d’antennes-relais qui surveillent les ondes.



  • Marseille Quartiers Nord : « Sortir de la Casté »
    par Yohanne Lamoulère
    http://cqfd-journal.org/Marseille-Quartiers-Nord-%E2%80%89Sortir

    Pendant un an, le photographe Teddy Seguin et son association Les Girelles ont travaillé à un projet commun avec des jeunes de la Castellane, dans les quartiers Nord de Marseille. Amiel, Afa, Fayad, Nani, Oussam, Rayan, Ryad et Slam ont verni leur première exposition, « Les quatre saisons de la Castellane », présentation d’un regard poétique, parfois ironique, sur leur cité.


  • Les services secrets turcs mis en cause dans l’assassinat de trois dirigeantes kurdes à Paris
    http://orientxxi.info/magazine/les-services-secrets-turcs-mis-en-cause-dans-l-assassinat-de-trois-dirig

    Trois ans très exactement après l’assassinat de trois militantes à Paris, des milliers de Kurdes venus de toute l’Europe ont manifesté samedi 9 janvier dans la capitale française pour réclamer justice et dénoncer l’impunité des crimes politiques du régime turc. Et justement, pour la première fois en France, l’appareil judiciaire met en cause officiellement un service secret étranger dans une affaire criminelle, explique Me Antoine Comte, l’avocat des familles des victimes. La cour d’assises spéciale aura à en juger, à une date qui n’est pas encore connue. Source : Orient XXI



  • #Euskal_Herria : 80 000 personnes à #bilbao et Baiona pour la fin de la dispersion des #prisonniers_politiques_basques
    http://lahorde.samizdat.net/2016/01/12/euskal-herria-80-000-personnes-a-bilbao-et-baiona-pour-la-fin-de-l

    Lu sur Secours Rouge : Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté hier soir, samedi à Bilbao et à #Bayonne, des deux côtés de la frontière franco-espagnole. Elles réclamaient « la fin de la dispersion » de plus de 400 détenus liés à ETA et leur rapprochement du #Pays_basque. A Bilbao, la ville la plus [&hellip

    #International #répression

    • J’ai fait l’école de la République, j’ai fait Normal-Sup qui est une espèce d’apothéose de cela. Et, vraiment, j’ai baigné dans le jacobinisme sans m’en rendre compte. C’est seulement aujourd’hui, grâce en particulier à des conversations avec des intellectuels basques, que je me rends compte que j’ai été élevée dans ces idées. De toute « évidence », la France était la patrie des Lumières, et tout ce qui était langue bretonne, langue basque,... tout ça, c’était ringard. Et j’ai fait tout un cheminement pour me poser des questions simples, pour me demander par exemple : si le Pays Basque était indépendant, cela menacerait qui exactement et pourquoi ? Comment se fait-il qu’il y n’ait jamais (dans les quotidiens Libération, Le Monde, etc.) de couverture des énormes manifestations qu’il peut y avoir à Saint-Sébastien ? Pourquoi n’y a t-il pas de couverture des tortures dans les commissariats ? Pourquoi est-ce à ce point nié ? Je ne vais pas comparer avec la Tchétchénie, il ne faut pas exagérer mais enfin... Un avocat (français, parisien) m’a expliqué que le niveau de violence de certaines tortures dans les commissariats espagnols est le même que certaines techniques d’Arabie Saoudite : la privation de sommeil, le sac sur la tête, les menaces de mort... Et Amnesty international s’en fait l’écho. Pourquoi n’en parle t-on jamais en France ? Je connais plein de journalistes français. Quand je me mets à parler de ça, ils croient que je suis paranoïaque. Ils croient que je suis folle. C’est exaspérant. Une planète de petits pays, je trouve que cela ne menacerait personne. Cela pourrait très bien fonctionner

      http://www.euskonews.com/0549zbk/gaia54903fr.html


    • Au final, les Goodyear payent pour ce qui s’est passé chez Air France. Le but c’est d’intimider. Tout est fait pour cela. Regardez le plafonnement des indemnités de licenciement obtenues aux prud’hommes que le gouvernement veut remettre sur la table. C’est fait pour que les gens ne se battent plus. Pourquoi iraient-ils devant les tribunaux pour obtenir trois fois rien ? Dans le cas des Goodyear, on est quand même face à un Etat qui poursuit, s’acharne contre des #salariés, alors même que les deux dirigeants concernés ont retiré leur plainte. (Xavier Mathieu)

      et aussi, un article du Monde
      http://seenthis.net/messages/448787


  • Etat d’urgence : en Isère, des perquisitions chez les Roms sans-papiers

    http://delinquance.blog.lemonde.fr/2016/01/12/etat-durgence-en-isere-des-perquisitions-chez-les-roms-sans

    L’état d’urgence, « nouvel outil contre les sans-papiers » ? C’est ce que redoute le collectif Réseau éducation sans frontières (RESF) en Isère, où deux familles Roms ont fait l’objet de perquisitions début décembre. « Il semble évident qu’on assiste à une volonté de terroriser les familles afin de les faire disparaître », estime RESF. De fait, l’une d’entre elles s’est volatilisée dès le lendemain de sa perquisition, le 9 décembre, et alors qu’elle était suivie depuis plus de deux ans par RESF.



  • Des « faucheurs de chaises » d’Attac placés en garde à vue

    https://marsactu.fr/bref/des-faucheurs-de-chaises-dattac-places-en-garde-a-vue

    Le 6 novembre dernier, treize chaises avaient été subtilisées à la BNP. Cette action s’inscrivait dans le cadre de la COP 21. Ils répondaient ainsi à un appel à la réquisition citoyenne de 196 chaises, comme autant de pays participants à la conférence. Le but était de dénoncer la faiblesse de l’engagement des nations dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Un rassemblement de soutien aura lieu ce vendredi à 17 h 30 devant le commissariat Noailles.


  • Lyon : Quatre mois de prison avec sursis pour avoir séquestré sa femme
    http://www.20minutes.fr/lyon/1766811-20160115-lyon-quatre-mois-prison-sursis-avoir-sequestre-femme

    Toi et tes collègues séquestrez pendant 30 heures votre patron qui veut virer tout le monde sans porter atteinte à son intégrité physique, vous prendrez 9 mois ferme plus 15 de sursis.

    Tu séquestres ta femme pendant 5 jours en « lui infligeant de nombreux sévices » (comprendre : en la battant et en la violant de manière répétée), bouh c’est pas bien. 4 mois de sursis.

    Normal.(Permalink)

    #feminisme #luttes


  • « Monsieur Saboundjian vous êtes acquitté »
    http://bondyblog.liberation.fr/201601161847/monsieur-saboundjian-vous-etes-acquitte

    Damien Saboundjian, 35 ans, a été acquitté vendredi 15 janvier, par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, après un délibéré de plus de six heures. Le gardien de la paix était poursuivi pour « Â coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner  », crime passible, pour un policier, de 20 ans de réclusion criminelle. Le parquet avait requis cinq ans de prison avec sursis et une interdiction d’exercer la profession de policier et de porter une arme, pour avoir le 21 avril 2012, tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos. Acquitté, Damien Saboundjian ressort libre de (...) Source : Bondy (...)


  • « Si un corps n’a ni nom ni histoire… »

    Guerres de la drogue au Mexique

    paru dans CQFD n°139 (janvier 2016), par Bruno Le Dantec

    http://cqfd-journal.org/Guerres-de-la-drogue-au-Mexique

    Au Mexique, « le contrôle social et les activités contre-insurrectionnelles ont fusionné avec les activités d’accumulation du capital. La guerre contre la drogue a permis la croissance et l’expansion des marchés illégaux dans tous les domaines de la société, les domaines de la juridiction d’État et, en particulier, les domaines de la vie et de la mort. La terreur est devenue l’aspect central non seulement de la domination, mais aussi de l’expansion des marchés. » Mais on aurait tort d’observer le chaos mexicain comme un effarant carnage exotique. Car si son intensité n’a de parangon qu’en Syrie et en Irak, certains de ses mécanismes intimes nous touchent de près. Si Calderón a adopté, comme le dit l’essayiste Juan Villoro, « la politique extérieure des USA comme politique intérieure du Mexique », quelque chose de comparable se joue actuellement en France : le concept empoisonné de « choc des civilisations », qui sustente les guerres US au Moyen-Orient, est devenu l’ergot de seigle idéologique qui alimente ici une hallucination collective distordant toutes les autres questions.


  • Logique marchande de guerre

    « Chaque intervention militaire est une campagne publicitaire »

    Entretien croisé avec Mathieu Rigouste et Rodrigo Nabuco de Araujo, respectivement chercheurs en sciences sociales et en histoire, sur les enjeux financiers de la guerre.

    par Xavier Bonnefond

    http://cqfd-journal.org/Chaque-intervention-militaire-est


    Illustré par Etienne Savoye

    Dans l’entre-deux-guerres, des industriels construisent leur dynastie sur des contrats publics, pour combler les besoins militaires ou policiers de l’État au service des classes dominantes. Après 1968, les lois qui encadrent les marchés internationaux de l’armement puis de la sécurité sont dès lors pensées en collaboration étroite avec les industriels privés. Le secrétariat général de la Défense nationale supervise et autorise les ventes d’armes mais des structures hybrides se mettent en place, comme la Cofras ou la Sofema à travers lesquelles l’État organise son retrait partiel. La Cofras est par exemple conçue par et pour l’exportation de matériels et de savoir-faire vers l’Arabie Saoudite, et constitue un marché fondamental de la restructuration sécuritaire de l’impérialisme français. L’exportation et le transfert d’armements et de savoir-faire sont justifiés comme permettant de compenser les dépenses internes permettant à la France de tenir son rang au niveau international (armement nucléaire, maintien d’une armée capable de « projection », etc.). En échange, l’État se met au service des monopoles commerciaux privés.

    Paru dans CQFD n°139 (janvier 2016)


  • Clarissa Jean-Philippe, l’abandonnée de Montrouge
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/01/05/clarissa-jean-philippe-l-abandonnee-de-montrouge_4842188_3224.html

    « Depuis la mort de Clarissa, Mme Jean-Philippe est en chaise roulante. Elle ne peut plus travailler comme aide ménagère. Elle est atteinte de tremblements et n’arrive plus à marcher. (...) Elle doit payer elle-même l’aide psychologique, qui ne lui a pas été offerte comme aux autres victimes. Elle n’a pas compris non plus ce qui est arrivé le 11 janvier, à Paris, lors du grand rassemblement de la place de la République. » Source : Le Monde

    • Caudry : « On a l’impression d’avoir mendié, ce n’est pas normal », lâche le père d ’Aurélie Châtelain
      David Laurence | Publié le 07/01/2016
      http://www.lavoixdunord.fr/region/caudry-on-a-l-impression-d-avoir-mendie-ce-ia14b45240n3256765

      « On attendait cela depuis longtemps. » Jean-Luc Châtelain est, si pas heureux, en tous les cas satisfait. Car après avoir appelé le maire de Caudry, le directeur de cabinet du président de la République a contacté ce jeudi matin le père d’Aurélie Châtelain, tuée le 19 avril dernier par Sid Ahmed Ghlam, terroriste qui projetait des attentats dans des églises de Villejuif. Attentats empêchés par la jeune femme de 32 ans qui en luttant avec l’homme, l’a blessé et a mis fin à ses funestes projets. Le directeur de cabinet a tenu le même discours à Jean-Luc Châtelain et au maire : « C’est en bonne voie. » Comprenez qu’Aurélie Châtelain, absente de la promotion du 1er janvier, devrait prochainement se voir décerner la Légion d’honneur à titre posthume. « Mais ce n’est pas normal qu’on ait dû en arriver là. Il y a cette pétition qui a été lancée, la création d’une association. On a l’impression d’avoir mendié, ce n’est pas normal. »

    • Elle doit payer elle-même l’aide psychologique, qui ne lui a pas été offerte comme aux autres victimes.

      et

      Elle n’a pas compris non plus ce qui est arrivé le 11 janvier, à Paris, lors du grand rassemblement de la place de la République. Les familles des victimes précédaient les chefs d’Etat et de gouvernement. «  Ils nous ont amenés en bus le matin, on a attendu au moins une heure dans le froid avec les familles des victimes, raconte Justine-Sonia. On gelait. Puis on a fait dix minutes de marche et on nous a fait sortir du défilé pour attendre à côté du bus des chefs d’Etat. Tout le monde a continué sauf nous  : la famille de Clarissa. Pourquoi nous  ? Les victimes ont continué, Hollande, Valls, Sarkozy et compagnie les ont salués, ils ont salué la foule, puis ils sont passés devant nous et sont montés dans le bus sans nous regarder.  »

      Pas un mot à Mme Jean-Philippe dans sa chaise roulante, même pas un petit bonjour, rien. « Tout le monde est passé à côté de nous, dans le froid, devant ma sœur malade.  » Florice ajoute qu’ils étaient les seuls Noirs… Justine-Sonia lui donne un coup de coude. «  Arrête de dire ça  !  », s’agace-t-elle, gênée, avant d’ajouter, après un temps de réflexion  : «  C’est vrai que ça faisait bizarre quand même. On était mis de côté et on était les seuls #Noirs.  »

      juste hallucinant

      #Clarissa_Jean-Philippe #racisme

    • Dans un reportage sur place qu’on a vu cette semaine, plusieurs mois après l’assassinat de Clarissa, sa mère n’était pas du tout en chaise roulante, elle ne disait pas du tout tout ça.
      Elle disait que la vie n’avait plus de sens, oui.
      Mais il est vrai que le jour des commémorations on a vu la mère dans une chaise roulante, à l’évidence complètement shootée aux calmants.
      Aucun rapport avec quelques mois plus tard.
      Et son fils, le jeune frère de Clarissa, parlait aussi, de vengeance, et tout ça était très émouvant. Il a refusé les 15000 € accordés aux membres proches des familles.
      Je ne sais pas où est allé, ni quand, le Monde, mais tout cet article est très étrange.

    • Aide psychologique ?

      C’est obligatoire ?
      C’est comme charlie ?

      Et il faut la payer ?
      Il est vrais que les « médias » n’arrêtent pas de nous marteler que nous avons besoin d’Aide psychologique dans les cadre des événements graves.

      Bon, j’ai enterré mon Père, André Maes le Samedi 5 Mai 2012 en l’église de Leers.
      Le Lundi 7 Mai 2012 à 9 heure du matin, lors de la reprise de mon travail, mon supérieur hiérarchique, marcel minery, m’a fait part du fait qu’il n’avait pas apprécié la façon dont j’avais annoncé le décès de mon père.
      Je n’ai pas eut droit à un article dans le journal réclamant une aide psychologique pour moi.
      Cela se passait à auchan france, 200 rue de la recherche à Villeneuve d’Ascq, en France.
      A qui dois je faire la demande pour la Légion d’honneur, ou bien, soyons modeste, le Mérite agricole, les palmes académiques, une carte waooh, ou lidl, . . .

    • @bce_106_6 Super ta contribution. Dans le cadre de crimes, et parfois aussi de délits, dans la justice française, il y a une indemnité accordée aux victimes (et à leur famille dans certaines circonstances), en général ridicule par rapport à la hauteur des préjudices. Cet argent, sur lequel tout le monde se focalise, sert, notamment, à payer les soins dont manifestement tu n’as aucune idée de l’ampleur, vu ta réaction. Il y a le deuil d’un être cher, qui est toujours long et difficile, et c’est vrai pour chacun d’entre nous. Et il y a le fait d’être victime d’un crime. Et ça, ça veut souvent dire des maladies psychosomatiques, des dépressions à retardement, des arrêts de travail, des soins non couverts par la sécu etc. sans compter les frais funéraires et parfois la nécessité de déménager. J’aime souvent tes contributions, et je peux comprendre que l’aspect émotionnel compassionnel te gave, mais ça n’explique pas vraiment ton commentaire.

    • @supergeante Merci pour ton intervention.
      Oui, nous avons des lois, en France, grâce à une association de victimes d’attentats, qui considère lesdites victimes différemment. Pour des tas de raison que je laisse @BCE 106,6 Mh voir.
      Oui, il y a besoin de soins psychologiques, que d’ailleurs la France ne fournit pas en réalité car le psychiatrique en France est sinistré. Peu, mal considéré et surtout datant souvent de la vieille époque, un peu comme tout le médical me direz-vous.
      Quand vous pensez qu’il n’y a aucun cours ni autre sur la manière d’être avec un malade durant toutes les études de médecine, qu’on n’étudie QUE les maladies, les points précis, qu’on ne fait que de la mécanique de la réparation (un pied, une blessure, etc.) mais que l’individu n’existe pas en soi, on voit tout de suite où ça peut mener, très très loin : aux viols tolérés, et justifiés, sous prétexte de « s’exercer » http://seenthis.net/messages/422415.
      Donc c’est vraiment du flan, il n’y avait qu’à voir après les attentats, que ce soit en janvier ou en novembre, à Paris, comment il n’y avait rien ni personne réellement, une impro incroyable, où quelques personnes et quelques lieux ont fait ce qui devrait normalement être de l’ordre d’une structure.
      Tout ça, analysé ensuite, montre que ce sont les gens, les individus, qui aident, et que c’est l’Etat ou les structures administratives qui se vantent.
      Du coup, cela montre qu’on a probablement besoin de moins d’Etat et de structures dans nos vies, que ça n’irait pas plus mal pour la société, et probablement bien mieux selon moi.

    • Hommage à la policière tuée à Montrouge
      http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/attaque-au-siege-de-charlie-hebdo/direct-attentats-de-janvier-suivez-les-commemorations-a-montrouge-et-de

      A 11 heures, une plaque est dévoilée à la mémoire de Clarissa Jean-Philippe à Montrouge (Hauts-de-Seine), où la jeune policière municipale avait été abattue le 8 janvier 2015. La cérémonie aura lieu en présence de sa famille et du chef de l’Etat, François Hollande.


  • Il est pas mal question depuis deux, trois jours, de la recomposition du prix du festival d’Angoulême, après la départ de Sattouf de la liste des nominés. Vous êtes, je suppose, déjà au courant de tout ça.

    Bon. Jusqu’ici je me suis toujours foutu royalement de ces prix à la con, je ne suis pas concerné par leur existence, qu’il s’agisse de BD ou de mérite agricole.
    Mais là, un truc me parait bizarre :
    Bon, comme tout le monde, j’imagine, j’ai du coup jeté un oeil à la liste des grands prix précédents. On ne peut pas dire que les femmes s’y bousculent non plus pendant 40 ans. Et tant que j’y suis, je serai assez curieux de voir les fameuses listes des nominés pendant ces 43 dernières années, pour voir si, par hasard, ce désert ne serait pas, au fond, la coutume.
    Où je veux en venir ? Là : cette année, il appert que ce truc dont tout le monde se fout depuis 43 ans - le sexisme de ce prix, celui du monde éditorial et institutionnel de la bande dessinée - hé bé là tout le monde est drôlement soucieux de son éthique. Partout en ligne, dis-donc. Dingue.

    Le monde entier de la bédée se serait-il enfin mis à lire Butler et Preciado ? Sans déconner ?.. Si ça pouvait être vrai...
    Ma question n’est donc pas « Pourquoi que y’a pas de femmes dans la liste ? », parce que la seule chose vraiment nouvelle sous le soleil, c’est « Pourquoi que d’un coup tout le monde est féministe ? » (alors que toute l’année, j’entends dire exclusivement des saloperies sur les féministes, sur le ton patelin du « Oui oui c’est important, bien sûr, les femmes, tout ça, mais y’a les manières quand même et les féministes, hein, ils les ont pas » et du « Quand même, faut pas pousser, c’est pas l’Iran ici » etc. J’apprends que dalle aux seenthisiens)
    Sattouf est-il le premier à avoir amorcé ce mouvement en se retranchant de la liste ? J’en sais rien et je m’en fous (* les commentaires qui ont suivi cet article me révélèrent une chronologie de la prise de position publique et de son relai médiatique également lourde de sens, en vérité, par des saloperies de journalistes toujours en mal d’incarnation et, au passage, d’incarnation virile ) ; mais y’en a un, donc, qui a dit un truc.
    Hop. C’est public.
    Après, que reste-t-il à faire aux autres, pris dans le cadre de cet énoncé, pour ne pas avoir l’air de petites merdes quand ils sont :

    a) Des auteurs concernés par le prix et mis en lumière comme éventuels complices silencieux

    b) Des femmes auteurs qui s’en branlent toute l’année mais qui d’un coup sont toutes très très Tanxx dans leur tête

    c) Des journalistes de mes deux qui sont juste des journalistes de mes deux ?

    d) Des pangolins

    On peut y ajouter les féministes légitimement agacés d’un coup de voir que leur lutte, dont tout le monde se fout, d’un coup tout le monde s’en fout plus pour au moins, oula !, une bonne quinzaine de jours, hein, avant que ça reparte de plus belle dans le rien.

    Que tous les pignoufs du coin trouvent l’occasion à peu de frais de se donner l’air concerné par des trucs, histoire de gagner des points d’éthique publique, voilà qui ne m’étonne pas. Faux-derches.
    Maintenant que ça c’est posé, c’est pas ça qui va résoudre le problème épineux du choix pour raccommoder le manteau du roi nu... De quel tiroir sortiront les auteures de la liste du futur, vu les endroits glauques où les éditeurs s’obstinent à les ranger depuis toujours ces publications féminines, à savoir le tiroir femme qui cloisonne et recloisonne un ordre du monde masculin et remasculinisé ? (je parle bien du problème auquel nous renvoie ce prix et son cadre particulier, qu’il a consolidé depuis 43 ans).
    Ceci invitera plutôt à un constat général, montrant assez vite que si les femmes qui font des bandes dessinées sont nombreuses, et de plus en plus, elles ont peu de chance de rentrer dans les critères d’eligibilité de ce prix.
    Qui sont-elles, et que sont-elles devant ces critères ?
    Bon, il y a évidemment nos chères vivantes disparues (vous me direz, on a bien élu Watterson, hein) du genre Claveloux (qui ne fait plus que de l’illustration à ma connaissance depuis belle lurette) ou Rita Mercedes, idole de mon adolescence (belle réapparition à l’Asso après tant d’années de disparition de notre champ disciplinaire).
    Je ne suis pas chez moi pour mettre le nez dans ma bibliothèque, mais on peut se rappeler que pas mal de trucs ont été tués dans l’œuf depuis les années 70, rejet, épuisement etc. personnels ou collectifs ( je pense à l’expérience géniale de « Ah ! Nana ! » https://clio.revues.org/4562 ), chemin désertifié duquel ressort invariablement la toute petite famille sans cesse nommée pour masquer le vide angoissant : Cestac, Brétécher, Montellier, Puchol, Goetzinger.

    restent :

    — les saloperies à la pelle dont la merdicité girly est coresponsable de la situation désastreuse dans laquelle se tient la bande dessinée féminine. Je ne veux nommer personne, je refuse toute distinction hiérarchique dans un tel tas de caca, mais quand Bagieu monte au créneau, franchement, je luis suggèrerais plutôt de s’acheter un miroir (à l’époque de "Ah Nana ! , on lui aurait caillassé la gueule, si vous voulez mon avis). Elles sont à la bd faite par des femmes ce qu’un Van Hamme est à celle faite par des hommes, une taule. En lauréer une seule serait une contreperformance désastreuse, un effet rigoureusement opposé à celui désiré, un entérinement dans une partition du monde déjà bien écrasante.

    — la palanquée d’auteures brillantes qui ont contre elles leur trop petite biblio pour un festival qui mesure le talent à la tonne de papier imprimé ( et également un autre petit gros handicap, qu’elles ont de commun avec la liste suivante, vous verrez) : Joanna Hellgren, Aurélie William-Levaux, Debbie Dreschler, Juhyun Choi, Delphine Duprat, Dominique Goblet, Isabelle Pralong, etc. il me faudrait une page entière de ce forum pour les évoquer ; ce sont elles, les femmes qui agrandissent chaque jour la compréhension et les formes de la bande dessinée. Avec ou pas un travail marqué par la féminité comme question, comme objet de leurs récits - aucune raison, sinon sexiste, de l’attendre systématiquement, ce qui pourtant est le cœur battant des critiques de livres féminins - , mais jamais incarnant ces polarités de genres qui nous tuent à petit feu et qu’il va bien falloir liquider un jour ou l’autre (Haraway, viens à notre aide !). Comment un quarteron de vieux schnocks pourrait-il simplement les VOIR ?

    — les auteures historiques géniales, comme Aline Kominsky, Phoebe Gloeckner, Trina Robbins, Julie Doucet etc. : copieuses, pourrait-on dire, hein, mais toujours trop invisibles et pas assez populaires (entendez : aimables et lisibles par des singes) pour un festival aveugle depuis la fin des années 80 à toute modernité (à quelques très rares exceptions près, et à la condition que les auteurs aient arraché péniblement un peu d’intérêt du grand public ou qu’on leur doive également quelques œuvres dites "populaires" : Crumb - en 1999, bon sang ! - Blutch, Spiegelman - en 2011, ah ah ah ah - Willem - et on se souvient du scandale qui en découla chez les vrais-amateurs-de-bédé...).

    Ce qui veut dire que ce pauvre festival, prix au piège de ses propres catégories débiles (grosse biblio, succès populaire) va devoir aller chercher Montellier ou Goetzinger pour donner du sens à cette soudaine, belle, profonde, prise de conscience générale. Ce retour de conscience artificiel des zozos du festival va produire de façon éblouissante, visible comme un furoncle sur un nez de menteur, un agrandissement du problème qu’il prétendra résoudre. Y’a pas de quoi se réjouir.

    Bon, c’est un prix, un foutu prix de mes deux, avec son cadre, ses références, ce n’est pas un indice sociologique d’une activité. En gros : il y a zéro raison pour que ce club soit une référence spéculaire d’un état réel de la création. On lui reproche de ne pas être un juste outil d’optique, alors que ce n’est pas un outil d’optique du tout. Malheur à qui mérite un prix ! Soyez fières, mes soeurs, d’être invisibles à ces vieux connards !

    Évidemment, c’est plus simple pour moi d’affirmer que ce prix est une merde dont je ne voudrais pour rien au monde, parce que mon sexe me range d’emblée du bon côté des nominables. Mais un prix, justement, couronne un certain état du monde établi dans son hégémonie (monde que je réprouve, notamment dans ses catégories de genres et sa normativité sexiste) ; il faut être le dernier des cons pour croire qu’un prix distingue quelque chose. Un prix ne traverse rien, un prix patine en surface. Un prix bégaye une société. Ceux qui en reçoivent feraient bien de garder toujours ça dans un coin de leur petite tête creuse et se demander ce qu’ils ont fait pour mériter ça.

    Pour dire ça plus rapidement : les femmes qui font des bandes dessinées, depuis un bon paquet d’années maintenant, font, au quotidien, sa modernité (raison pour laquelle une célébration de Goetzinger ou de Montellier n’aurait été représentative de RIEN). Ce festival et son prix célèbrent une vision archaïque de la bande dessinée. Il se trouve qu’à archaïsme, archaïsme et demi : la momification phallique fait partie du paquetage. Ce qui nous préoccupe aujourd’hui est pris dans cette équation.

    –--------------

    j’apprends à la dernière minute, le temps de rédiger ce texte, la décision du festival qui a trouvé l’ultime pirouette pour ne rien rendre visible du problème le plus profond, celui qu’il porte en lui par ses propres catégories, en renvoyant à d’autres le choix d’une position à prendre ( http://www.bdangouleme.com/934,la-parole-aux-auteur-e-s ). Sauvés par le joker démocratie !
    Que dire d’autre que « Ah ah ah ah ah » ?

    #féminisme #bande_dessinée #modernité

    • #femmes #BD #histoire et #merci, car voilà qui répond fort bien à cette belle fumisterie sexiste qu’a été le premier communiqué du #FIBD :

      Lorsque l’on remonte dans ce laps de temps pour regarder quelle était la place des hommes et des femmes, dans le champ de la création, en matière de bande dessinée, force est de constater qu’il y très peu d’auteures reconnues.

      Ou la pensée circulaire en action : nous, grande instance de reconnaissance, ne pouvons pas les reconnaître pour la bonne raison qu’elles ne sont pas reconnues.

    • M’est avis que la pitoyable pirouette démocratique vient d’une tardive prise de conscience de l’impasse : allonger la liste avec quelques noms de femmes, ou même refaire une liste paritaire, ne pouvait plus légitimement apparaître aux concernées que comme une insulte.
      D’ailleurs Montellier leur a préventivement renvoyé le prix à la gueule :

      Le festival a-t-il redouté que certaines sélectionnées refusent à leur tour de faire partie de cette liste, comme l’ont fait une dizaine d’auteurs hommes au cours des quarante-huit dernières heures ? C’est fort possible. Contactée alors que son nom commençait à circuler sur Internet, Chantal Montellier nous disait ceci ce matin : « Il n’est pas question que j’accepte ce truc ! Cela ressemble à une aumône. Le festival décide de rajouter six femmes ; pourquoi pas douze tant qu’on y est, comme pour les huîtres ? En plus, il n’y a pas le moindre mot de repentance face à ce qui reste et restera une goujaterie. »

      http://www.lemonde.fr/bande-dessinee/article/2016/01/07/le-festival-de-bande-dessinee-d-angouleme-invite-finalement-les-auteurs-a-vo

    • Dans ma chronologie personnelle, le monsieur qui a déclaré en premier qu’il se retirait n’a fait que réagir à la réaction initiale du collectif d’autrices à ce sujet. Je n’ai pas les liens sous la main, je ne fais qu’ajouter ma petite pierre au sujet. J’ai vu en direct, sur mon fil Facebook, le post de l’auteur apparaître avec le compteur de « J’aime » de quelques dizaines, et augmenter chaque seconde jusqu’à beaucoup, et à ce moment là, j’avais déjà pris connaissance du communiqué du fameux collectif.

    • Sattouf qui a été le premier à se retirer de la liste avait déjà été primé l’an passé et ça m’a bien fait marré ce geste « grand seigneur » de mes deux ovaires. http://seenthis.net/messages/446157
      J’ai regardé tout ça mollement, ce festival n’est qu’une piètre foire commerciale parmi d’autres. J’espère que les femmes « pressenties » renverront à leur juste condition ce ramassis de vieux schnocks décrépis : aux oubliettes. Ils me font penser à ses indécrottables sénateurs qui s’accrochent à leur siège et à leurs privilèges mais que personne ne prend plus au sérieux.

    • Puisque tu parles de la qualité de ce festival, j’ajoute que j’ai toujours été surpris par les choix réalisés années après années... sachant que je ne dois pas posséder plus de 1 ou 2 albums « grand prix »... sur les quelques centaines de BD présentes sur mes étagères... Par exemple, y-a un Zep qu’on m’a offert un jour...

      Je digresse. L’autre jour, je cherchais de la BD érotique... avec dans l’idée de trouver de la BD érotique écrite par une femme... Rien trouvé dans les catalogues en ligne... Que des mecs, vulgaires et craignos...

    • @julien1, @biggrizzly : oui, Riad Sattouf a réagi au communiqué du collectif des Créatrices de bande dessinée, mais très rapidement les grands #médias ont décidé que la parole d’un homme était décidément plus valable. C’était indiqué ici (avant que ça ne passe sous #paywall_à_retardement)
      http://seenthis.net/messages/446897

      Dans le journal Les Echos, Riad Sattouf devient même l’initiateur du mouvement de dénonciation. « C’est Riad Sattouf, nominé pour le tome 2 de son roman graphique "L’Arabe du futur", qui s’en est ému le premier sur Facebook, suscitant aussitôt des commentaires louangeurs sur les réseaux sociaux », écrit le journal. Le Collectif des créatrices, à l’origine de l’indignation se serait positionné « dans le sillage » de Riad Sattouf, demandant, après coup, le boycott des votes. Dérangeante réécriture de l’histoire.

      Et qui font les grands titres ? Les « grands auteurs » (sans -e-) forcément. « Accusé de sexisme, le festival de la BD d’Angoulême est boycotté par de grands auteurs », titre Les Echos. Le Parisien fait de même, évoquant à peine le rôle du collectif, quand le Huffington Post s’attache à Joann Sfar.

    • tout ça s’est finit comme d’hab : culpabilisation de la part de l’éditeur pour mézigue, renvoi aux féministes de la responsabilité de la merde. ce sont les féministes qui font chier à ouvrir leurs gueules quand quelque chose craint, mais l’objet de notre colère n’est jamais plus qu’un « texte philosophique » ou « une simple erreur d’un camarade pas si méchant tu sais bien », et j’en passe. Et aussi ce qui m’a frappée c’est le silence de nos chers camarades par ailleurs : regardons ailleurs. Le désengagement par le silence. La désapprobation de notre parole en nous ignorant tout simplement, même quand on s’adresse à eux directement. On veut bien être proféministes, mais attention, tant qu’on vise ailleurs, pas les potos. Le sens du texte « le prix à payer » sur A contrario ainsi que le mien, c’était ça, aussi. L’ineffable joie de voir des copains (lol) te tourner le dos quand le vent féministe souffle dans le mauvais sens. Le bonheur inégalable d’avoir le choix entre travailler pour des connards ou ne pas avoir de travail, donc pas de sous (tu vois ce que je voulais dire par « erreur de travailler sur la bas des convictions », hin).

      https://soupherbe.wordpress.com/2015/06/02/652

      mais aussi, pour répondre directement à ce fil de discussion : http://tanx.free-h.fr/bloug/archives/8518

      Tu sais LL de Mars, j’ai fait ma tanx aussi avec CQFD pour qui tu travailles. Je me suis barrée parce qu’une personne s’est montré très paternaliste à mon égard sur une question pour le moins dérangeante dans les colonnes de ce journal. J’ai appris après coup que beaucoup dans l’équipe était d’accord avec moi, mais personne ne me l’a fait savoir, et j’ai claqué la porte en me croyant encore seule. Prendre tout le monde de haut quand le féminisme devient un sujet parce que le vent change de sens, mais ne pas voir la misogynie sous son propre nez, ça n’est pas spécialement avant-gardiste non plus. Peut être que tu l’ignorais. Peut être pas. Peut-être que tu n’en avais après tout rien à foutre, vu l’estime que tu sembles me porter.
      Y’a une chose que j’ai apprise avec le féminisme : c’est que les femmes disparaissent dans le silence, et que les hommes font beaucoup de bruit dès qu’ils se pètent un ongle ou qu’il s’agit de montrer à quel point ils brillent sur tous les sujets, même ceux qu’ils ne maitrisent pas.

      Voilà. j’ai encore fait ma tanx.

    • @monolecte Mais où est-il écrit « faire sa tanx » dans ce texte de L.L. de Mars ? La seule occurrence que je trouve c’est : « b) Des femmes auteurs qui s’en branlent toute l’année mais qui d’un coup sont toutes très très Tanxx dans leur tête ». Alors je ne dis pas qu’il n’y a rien à dire, mais entre être "très très Tanxx dans leur tête" et "faire sa tanx", je crois qu’il y a une marge et une interprétation qui s’emballe, ce débat part mal.

    • @odilon @soupherbe
      je ne sais pas si Tanx laissera ce commentaire que je viens de laisser sur son liste, mais je tiens à faire entendre ce que je pense de ces lectures empressées et falsifiantes de mes positions. Il serait bon de lire les textes au lieu de les fantasmer.

      « Mauvaise interprétation, hâtive, aveuglée par des certitudes aprioriques : nulle part je ne parle de "faire sa Tanx", mais bien de l’étrange mouvement public de zozos qui se foutent absolument de tout problème sexiste toute l’année et qui d’un seul coup se sentent "tanxx". Ce qu’ils ne sont pas. Tu lis trop vite, mal, et tu conclues à côté.
      Je n’aime pas ton travail, effectivement, qui est à mille kilomètres de ce que j’attends d’un dessin politique : je le trouve sage, décoratif, collé au pire de la camelote rock avec un zeste d’école américaine. Trop joli pour être honnête, pas assez offensif, désespérément monosémique - donc terriblement condescendant puisque tu prends tes lecteurs pour des cons à qui il faut tout dire d’un coup sans ambiguïté. Je sais pas, peut-être par crainte qu’ils s’imaginent une dissonance politique ? Sinon pourquoi ? Voilà pour ton dessin qui, contrairement à toi, n’a rien à dire.
      C’est dommage parce que je suis quasi systématiquement de ton côté sur tes positions politiques quand je te lis. Nous partageons infiniment plus d’idées que tu ne peux l’imaginer.
      Quand à CQFD, j’ignorais absolument cette histoire, ce n’est pas la peine de fantasmer autre chose. Je vis dans un trou, à 1000 kilomètres de Marseille, je ne connais rien de la cuisine interne du canard. J’ai moi-même cessé de bosser pour le canard pendant trois ans, agacé par les positions antisémites que véhiculait la lecture de Shlomo Sand ou encore certains strips abjects de Berth. Je suis revenu pour des raisons charnelles, car j’aime ces gens même quand ils déconnent, se trompent, me blessent sans l’imaginer.
      Te trompe pas d’ennemi. »

    • @soupherbe N’en étant pas certain, j’ai fait comme ça.

      Mes positions devant ton dessin ne changent rien à ce que je pense de tes textes et des positions, des choix, qu’ils soutiennent. C’est de mon point de vue un problème politique qui nous sépare, sans aucun doute, le rapport au dessin, mais c’est probablement un des seuls.
      Je ne doute pas que nous ayons un jour l’occasion d’en causer, dans un festival ou ailleurs. Il n’y a aucune espèce d’animosité personnelle, de truc affectif à la con dans ce que je te dis (ceci pour ton « Peut-être que tu n’en avais après tout rien à foutre, vu l’estime que tu sembles me porter. » qui est particulièrement mal vu. Et je n’en ai pas rien à foutre, du tout, de la façon dont on traite les femmes dans ce pays, dans mon corps de métier comme dans tous les autres cadres sociaux).

    • [nb : je n’avais pas vu ta dernière réponse avant de publier celle-ci, @l_l_de_mars - ça ne change pas grand chose, mais je préfère préciser pour éviter qu’on lise du sous-texte là où il n’y en a pas]

      merde je ne savais pas pour @cqfd, @soupherbe - déjà qu’il n’y avait pas beaucoup de nanas aux crayons, ça fout les boules d’apprendre cette histoire et ça a dû être un sale truc à traverser...

      une des choses que j’aime dans le canard, par rapport à bien d’autres à l’esthétique plus uniforme, c’est précisément que sur le plan graphique, on pouvait avoir aussi bien Tanxxx que L.L. de Mars, JMB que Caroline Sury, Pirikk que Colloghan - que ces manières très diverses de dessiner s’appuient sur des conceptions diamétralement opposées non seulement du dessin lui-même, mais aussi de l’action, de l’analyse, de l’engagement, on le sent fort bien, mais côté lectrice je dois vous dire que ça faisait sacrément du bien d’avoir de la poésie et du punk, d’immenses fucks et d’immenses rêves, des roses et des pains dans la gueule (je n’écris pas ça pour jouer les médiatrices, hein, vous vous doutez, mais juste pour décoincer cette boule dans la gorge quoi)

      et ta réponse à un autre commentaire sur ton site, @soupherbe

      je suis coincée entre des gens qui aiment mon dessin et détestent ce que je dis et des gens qui détestent ce que je dis et aiment mon dessin.
      j’ai un scoop pour tout le monde : mon dessin et ce que je dis sont indissociables, et j’en ai rien à secouer de vos préférences.

      impeccable

    • @intempestive non, ça n’a rien d’impeccable, c’est de la cécité totale. Son dessin est parfaitement dissociable, hélas, de ce qu’elle dit, et c’est bien là le foutu problème : son dessin est parfait sur un t-shirt de gland ou sur un poster d’ado avec la conscience politique d’un coucou. Il est cool. Sympa. Rock. Propre et lisible tout joli drôlement bien fait. Il n’offense rien, ne fait rien bouger, est invisible dans la galerie des fétiches habituels de la quincaillerie punkouillarde mort-née, en plus élégant toutefois. Il n’en est pas de même pour ses choix politiques, ses positions, la façon de tenir ces positions fermement, de refuser les catégories soigneuses où se disposent discours et corps, qui en irritent plus d’un, prennent la tête de l’ado avec la conscience politique d’un coucou, embarrassent le cool, le sympa, et même le rock (cette vieille merde muséale à la con).
      Je réponds à ça également sur le site de Tanx. Si on part sur cette voie - à savoir la schize entre le dessin politique et ce qu’il veut soutenir - on pourrait causer longtemps. J’ai déjà donné (trop), me suis assez fritté contre ça dans les cadres, précisément, politiques et éditoriaux où je me bats et me débats. Je préfère renvoyer dans ce cas à l’entretien avec le monde libertaire*, qui ne parlait pratiquement que de ça, ou l’article sur la caricature dans CQFD (qui a précisément été bien mal reçu par certains camarades empêtrés dans cette schize)

      *http://www.le-terrier.net/lestextes/lldm/entretienmonde_libertaire.html vers la fin, à partir de la question « — ... Oh et puis si, une question tout de même : ça renvoie à quoi pour toi quand on parle “d’engagement” ? »

    • @biggrizzly si tu cherches des bds érotiques faites par des femmes, ça ne manque ni de monde, ni de qualité. Céline Guichard, Nicole Claveloux, jusqu’à Aude Picaut, pourtant pas du tout ma tasse de thé dans ses autres productions, qui a dû faire le seule album digne d’être lu (j’ai pas encore vu le Anouk Ricard, ceci dit) de la collection plutôt bourrine BDcul des Requins Marteaux. Chez la géniale Alice Lorenzi (trop rare), la dimension érotique des planches est éblouissante, également chez Anke Feuchtenberger ; récemment, j’ai vu passer la dernière publication de Tomoko, un collectif féminin épatant tenu par Eglantine Ruault, et il y a un merveilleux récit érotique de Amandine Meyer ( https://tomokoeditions.wordpress.com).

    • @lxs_amigxs

      Et ce lait-fraise, on se le boit quand, tou-te-s autour d’une table, pour discuter de nos désaccords, s’excuser de nos maladresses par mails interposés, et rigoler un bon coup ? Ce soir, c’est apéro pour la sortie du numéro 139. C’est con, ç’aurait été une belle occasion. Une prochaine ? En attendant, nous, on vous kiffe ! Waouf. Waouf.

    • @l_l_de_mars :

      Oh et puis si, une question tout de même : ça renvoie à quoi pour toi quand on parle “d’engagement” ? »

      Au fait de savoir qu’un dessin est situé socialement et politiquement, et de se servir de ce medium pour transmettre une autre façon d’être et de penser, pour envoyer valser les cadres d’existence et d’expression bien conformes, pour faire de la critique sociale. Et à mes yeux un dessin de Tanxxx le fait aussi bien qu’un dessin de L.L. de Mars, le premier en détournant des codes graphiques connus (ou plutôt en les tournant contre eux-mêmes), le second en allant en terre inconnue.

    • @intempestive

      le premier en détournant des codes graphiques connus

      Là j’ai comme un doute. Tant justement le peu que je connaisse de son univers graphique ressemble au contraire à des choses que je vois ça et là depuis plus de trente ans, même si je ne suis pas un très grand connaisseur en matière de bande dessinée, mais aux Arts Déco dans les années 80 je suis à peu sûr d’avoir vu les mêmes choses en sérigraphie, en graffitti, en illus et en bandes dessinées. Pour moi il n’y a pas détournement, mais adhésion et reconduction au contraire des codes graphiques en question.

      Récemment j’ai vu passer un signalement de @soupherbe dans lequel Tanxxx exprimait ses doutes quant à sa maîtrise technique qui l’avait coupée de ponts anciens, je me demande si je ne suis pas d’accord avec ça. Et du coup, Tanxxx (si j’ai bien compris que tu suivais ce fil), il me semble que tu pourrais être sur la voie d’un vrai renouveau. Moins de technique, plus de laché et cela pourrait faire des vraies étincelles.

      En revanche, je suis d’accord avec @l_l_de_mars sur le fait que le courage intellectuel de Tanxxx est juste extraordinaire, j’ai souvenir de sa joute contre cet abruti de Siné, j’étais admirateur ! Et dune manière plus générale les signalements et les positions de @soupherbe sont très souvent très judicieux. Par exemple ils m’instruisent régulièrement de copies conformes en matière de sexisme entre le milieu de la bande dessinée (que je trouve fort adolescent en plus, comme s’il devait y avoir un postulat de congruence entre le lecteur présumé et l’auteur ) et celui de la photographie (qui là est carrément illéttré).

      Et enfin

      le second en allant en terre inconnue

      . Tu peux même dire d’une façon tellement systématique que c’en est un peu fatigant.

    • En fait pour moi l’opposition telle que posée par L.L. de Mars, c’est comme si on disait : il ne faut plus des Bérus, on ne veut que de la musique expérimentale. Pour tout dire, j’ai tendance à réagir comme cela quand j’écoute quelque chose maintenant : je ne veux plus rien écouter qui me rappelle la pop, le rock, le punk ou toute autre forme que je connais déjà - la musique en tant que telle me semble parfois une forme atrocement prévisible. De la création sonore sinon rien. Mais ça me semble bien trop lié à une histoire d’écoute personnelle, bien trop spécifique, pour le généraliser (c’est-à-dire pour le théoriser). Je me méfie de mes goûts comme de mes dégoûts, même s’ils sont la base inévitable, nécessaire, de mes recherches.

      (Désolée @soupherbe et @l_l_de_mars, je vais parler de vous à la 3e personne ci-dessous, histoire de faire comprendre ce que je saisis de ce conflit - vous me reprendrez si je dis des conneries)

      Tanxxx, telle que je comprends ses dessins jusqu’ici, envoie des tirs de bazooka dans tout ce qu’il y a à détruire (les inégalités de genre, de classe, d’origine supposée ou réelle), empruntant pour cela aux codes des comics , du punk, des fanzines et autres formes d’expression populaire. En cela je trouve que ses textes expriment précisément la même rage et la même critique. Que ce style soit un moment dans son travail, qu’elle dépassera pour aller vers autre chose, c’est possible, mais c’est à elle d’en décider : on ne peut pas dessiner ou écrire contre ses tripes, sinon autant piger pour les dessins de presse du Monde.

      L.L. de Mars, lui, ouvre sans cesse de nouvelles voies, remet tout en question à chaque trait, pose l’exigence politique et philosophique de créer des formes singulières, de ne jamais répéter les autres et de ne jamais se répéter lui-même. Pour donner de l’air, du champ, du possible - pour ne pas accepter l’agenda du vieux monde ou les mécaniques du pouvoir, mais au contraire pour poser ses propres priorités, ses propres cadres (ou non cadres), pour produire une atmosphère respirable.

      Eh bien je crois qu’on a salement besoin des dynamiteuses/eurs, et salement besoin des exploratrices/teurs. Elles et ils ne se situent pas au même endroit dans les luttes ni dans le travail de création.

    • Je mets ici le passage que tu pointes :

      — ... Oh et puis si, une question tout de même : ça renvoie à quoi pour toi quand on parle « d’engagement » ?

      D’une manière générale, une forme appuyée du temps présent ; s’engager dans une voie politique c’est, pour un artiste, rejeter toute forme de cristallisation à la fois constitutionnelle (un rapport de subordination de l’art à des fins supposées plus élevées, à des mots d’ordre, des énoncés), historiques (un rapport de vassalité à des moments d’idéalité, qu’ils soient révolutionnaires, mythiques, édifiants) ou formels (une adéquation aux dernières formes de l’entendement) ;
      c’est s’engager à fuir toute forme de fétichisation des autres formulations artistiques et très notamment les formes instituées comme révolutionnaires ; je ne connais rien de plus désespérant artistiquement et politiquement que de voir fétichisés les affiches de 68, les films de Vertov ou les conventions éteintes du graffiti. Les plus cultivés redégobillent timidement les collages de Heartfield ou les affiches de Malevitch, les plus abrutis se jouent l’improbable second degré d’un réalisme socialiste cool, et évidemment, la plus sinistre plaisanterie — parce que la plus longue et la plus envahissante — est encore le punk qui n’en finit plus de bégayer son folklore sonore et visuel. Qu’y voir sinon désœuvrement et paresse intellectuelle, marchandisation qui s’imagine contre marchandise, sécurité pépère du signe réconfortant et sentiment familial (peut-être le plus répugnant et le plus récurrent des défauts de l’art ostensiblement engagé). Tout ce qui tend vers ça est mort.
      Tout ce qui présente les signes assurés d’une entendement préparé avec le public est mort. Tout ce qui est produit avec la vocation d’être intelligible et clair est insultant. Et c’est dépourvu de toute générosité : je n’offre de la place pour vivre que si j’ouvre moi-même le champ. Qui peut prétendre respirer autre chose que l’odeur de sa propre cuisine quand il reconnaît dans une œuvre tout ce qu’il a déjà connu ailleurs ? L’art militant est une catastrophe rigoureusement contradictoire. Le dessin militant est un dessin sans politique dont seul le texte monosémique flottant autour des personnages désigne la polarité politique. Un dessin militant de gauche est un dessin militant de droite qui s’ignore. L’art militant est bourgeois dans sa citation infinie du passé rétamé. L’art militant est capitaliste de reproduire à l’infini les petits signes déjà éprouvés par l’efficacité militante. L’art militant est conservateur de ne jouer que sur la chaleur réconfortante d’une famille politique dans laquelle on ne veut pas faire de mouvements pour ne pas risquer de chasser l’odeur de la soupe.

      + cet autre, qui n’est pas immédiatement après

      — Okok... bon, j’ai un peu de mal à faire la part des choses sur mon sentiment en ce qui concerne certains aspects du rejet absolu de la facilité qui sous-tend ton discours. Ma première réaction est de me dire qu’il faut une chiée d’humilité pour parvenir à remettre en question, dans son propre travail, tout ce qui serait de l’ordre d’un quelconque cliché de communication, et d’un autre côté, baah... ça peut en même temps passer pour une insupportable prétention que de dédaigner tout ce qui est immédiatement intelligible, et notamment intelligible comme art militant. Par exemple, je comprends ta critique de l’utilisation de ce que j’appellerai les « codes de connivence » (tu cites notamment l’esthétique punk ou le graffiti)... mais tendre résolument vers le refus, non seulement de codes familiers, mais aussi du clair et de l’intelligible, c’est pas aussi se mettre dans la famille de « ceux qui comprennent... » ? ... ’fin bref, tu la mets où la frontière entre la poésie et l’abscons élitiste ?

      — Ce que je refuse est moins important que ce que je ne cherche pas. Ce n’est pas un détail rhétorique ; cette distinction, cette orientation du travail, est primordiale, parce que c’est elle seule qui établit une différence radicale entre position et posture. Ce n’est pas du tout la même chose de refuser l’entendement commun, à supposer qu’il existe, et de ne pas l’avoir pour objet. Je n’ai pas pour but d’être inintelligible, opaque, obscur ; qu’est-ce que ça m’apporterait ? Où ça me conduirait ? Mais je ne cherche rien qui soit gouverné par cette fin là. D’autre part, je n’établis pas de hiérarchie entre ce que seraient des clichés de la communication, et ce qui n’en seraient pas : ce n’est pas un problème de cliché, de distribution honorifique des codes, c’est la communication toute entière qui veut faire l’épargne d’une vraie théorie du langage et c’est elle que je désavoue intégralement. La communication, c’est une affaire de fourmis. Le langage humain, c’est tout-à fait autre chose. Le poème n’en est pas l’accident, il en est la condition.
      Je vois à tes remarques que je me fais mal comprendre : je ne dédaigne pas ce qui est immédiatement intelligible, je pense que rien n’est immédiatement intelligible à moins de s’être trompé de corps. Que l’art militant abandonne le poème qui fait l’inconnu du langage (je dois cette formulation à Meschonnic et Savang), et il abandonne par là-même toute l’ouverture politique, toute la générosité, toute l’invitation à inventer un monde nouveau qu’il prétend pourtant accompagner.
      Enfin, je comprendrai ce que veux dire abscons élitiste quand tu m’auras désigné ta propre conception de l’élite ; c’est elle seule qui me dira ce que signifie vraiment ta question, où elle veut en venir. Où places-tu toi la frontière entre ce que tu admets de la singularité, de l’espace à lui accorder, et ce que tu n’en admets pas ? Et au nom de quelle formulation de la communauté tu le fais ? Dans l’an 01, par exemple, la limite est vite atteinte : l’horizon artistique, ce sont des chapeaux faits main et des chansons entre potes à la guitare sèche autour du feu. C’est pour moi un avant goût de l’enfer. Parmi mes amis autonomes je trouve un seuil très différemment placé, assez loin pour que ce soit un plaisir quotidien d’apprendre ensemble à comprendre ce que nous entendons par singularité, communauté, séparation ou élite. Tu vois que je ne peux pas répondre simplement à ta question...

    • @intempestive

      je suis (honnêtement) désolé, à ceci :
      "Et prendre le dessin pour un medium, c’est précisément ce que je ne fais pas
      — peux-tu développer ? ça m’intéresse"

      de devoir répondre non, ou plus exactement, non, pas ici, pas court, pas dans le cadre d’un forum etc. Pourquoi ? Parce que c’est l’objet principal de mon travail d’écriture depuis plus d’un an - « Qu’est-ce que dessiner ? » , notamment dans ma discipline, la bande dessinée - que je suis encore en plein dedans (aujourd’hui-même, par exemple) que le troisième volet va être publié dans le prochain Pré Carré après les deux premiers (dans les n°5 et 6), que je dois encore bosser un an pour les deux derniers et que je ne veux pas saloper le travail.
      Mais sur cet aspect de la question (le dessin comme médium) je peux te renvoyer vers un texte déjà fait - un peu long, sans doute, mais il parle finalement de plein d’autres problèmes de ce genre, liés à des conceptions instrumentales du dessin et de la bande dessinée - qui a été mis en ligne ici : http://precarre.rezo.net/?attachment_id=1667 (c’est le pdf nommé "mccloud")
      C’est un peu chien comme méthode, mais j’ai déjà tellement de mal à écrire ce gros machin que je ne prends aucun risque de m’en dégoûter pour l’instant par trop de dérives.

      Aussi, ceci : quand tu dis "Tanxxx, telle que je comprends ses dessins jusqu’ici, envoie des tirs de bazooka dans tout ce qu’il y a à détruire (les inégalités de genre, de classe, d’origine supposée ou réelle), empruntant pour cela aux codes des comics , du punk, des fanzines et autres formes d’expression populaire.", je pense c’est une erreur de prendre tout ça pour des formes d’expression populaire ; ce sont les formes muséographiées, desséchées, momifiées, de vieilles expressions populaires, qui sont devenues un académisme, un pompiérisme évitant, justement, d’avoir à se poser toute question sur ce qu’est qu’un dessin politique.

    • Bonjour le mea culpa du directeur du FIBD : "C’était sûrement une erreur symbolique de sa part, et cette dimension symbolique est précisément à l’origine de la vive réaction d’auteur.e.s militant.e.s ou, tout simplement, sensibles à la représentation des femmes dans la création du 9e Art. ". On t’en foutra des symboles dans la tronche. Mais bon, pour voir le bon côté des choses, ça doit sans doute être la première fois de sa vie qu’il a signé un texte dé-masculinisé (#épicène c’est plus joli https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pic%C3%A8ne)

    • @jef_klak

      Cette évolution de démocratie directe semble aujourd’hui satisfaire tout le monde.

      Exercice oulipien : tenter, en modifiant le moins de choses possible dans cette phrase, de rétablir la vérité.

      Je propose par exemple

      Cette parodie de démocratie directe semble aujourd’hui ne tromper personne

      ou

      Cet exercice de communication semble aujourd’hui amuser beaucoup de monde

      ou encore

      Cette évolution de démocratie directe semble aujourd’hui faire rire tout le monde. (plus petite correction)

    • Le lien du meo culpo n’était là qu’à titre informatif ;-)

      Et puis, comme dit l’autre « l’émotion est passée », l’hystérie a pris fin, on peut reparler entre hommes sérieux à présent, et vous verrez bien ah ah ah ah en laissant libres les gens, ils feront le pire et n’éliront que des hommes (sérieux).

    • « Publier des collections « féminines » est misogyne. Cela crée une différenciation et une hiérarchisation avec le reste de la littérature, avec l’universalité des lectures qui s’adresseraient donc – par opposition – au sexe masculin. Pourquoi le féminin devrait-il être hors de l’universel ? »

      voilà ce que je lis, et à quoi je souscris complètement, dans la Charte des créatrices de bande dessinée contre le sexisme , et ce que m’inspire, a priori, la création d’une collection qui s’appelle « Traits féminins ». Je me sens mal d’entendre le créateur d’une telle collection soliloquer sur Femmes et bande dessinée .

    • @l_l_de_mars Oui, il y a cette limite, entre autres, chez Thierry Groensteen. Il y a aussi celle de l’approche académique, historiciste et soit-disant neutre, qu’il choisit d’adopter lors de sa conférence. J’ai néanmoins proposé le lien, dans cette discussion sur seenthis, parce qu’il présente de nombreuses auteures de BD, dont beaucoup sont peu connues. Je me disais que ça pouvait permettre des découvertes.

    • Si, en tant que groupe féministe, nous crions au loup et demandons réparation, nous allons facilement passer pour les emmerdeuses de service qui n’ont rien de mieux à faire, voire qui sont des mal baisées. (J’exagère ? Allez faire un tour sur Twitter ou Facebook.) Si un seul homme s’empare de nos revendications, il est vu comme le chevalier à la rescousse des princesses et déclenche l’admiration (comme cité plus haut).

      Le féminisme a besoin de tout le monde. Je préfère largement voir les copains s’allier à notre cause que de hausser les épaules. Faisons simplement attention au mythe d’avancée sociale naturelle. Le progrès social, c’est un slogan électoral. Ce sont les luttes minoritaires qui font les avancées, ensuite récupérées par la masse et intégrées dans la vie sociale, tout en gardant les groupes minoritaires initiateurs à distance. Le féminisme est un bon exemple de cela. Ce phénomène existe depuis longtemps, il a même un nom : la cryptomnésie sociale.
      http://chiennesdegarde.com/article.php3?id_article=448

      Franck Bondoux a gratifié toutes les femmes auteures de son mépris et de sa condescendance sur le plateau de Canal+ mercredi 6 au soir, « immergé, dit-il, dans ces problèmes féminins », incapable de reconnaître le bien-fondé de l’émoi que l’absence de femmes dans la liste de nominés avait suscité, et ce, alors même qu’une rétrospective de Claire Bretécher déplace les foules à Beaubourg.

      #Julie_Maroh

    • Si besoin était, une autre mise en lumière de la mauvaise foi des divers communiqués du FIBD
      http://hyperbate.fr/dernier/?p=35242

      Les arguments fournis pour justifier cette absence ne sont guère convaincants : 1) Si Posy Simmonds et Marjane Satrapi ont fini par être ôtées de la liste, c’est, a-t-il été dit, parce qu’elles avaient recueilli trop peu de suffrages les années précédentes ; 2) du fait du sexisme dont faisait preuve ce milieu jusque récemment, on ne trouve pas d’auteures qui aient une carrière aussi longue et fournie que les hommes sélectionnés ; 3) inversement, telle auteure eût été éligible, mais a complètement arrêté de produire des bandes dessinées ; et enfin 4), Claire Bretécher ne peut pas être nommée, puisqu’elle a déjà obtenu un prix spécial.

      Chacun de ces arguments est facile à démonter : Claire Bretécher a déjà obtenu un prix spécial, oui, comme Pratt, Morris, Uderzo, Toriyama,… mais aussi comme Joann Sfar (prix du Trentenaire),… Que cela n’empêche pas d’être régulièrement proposé pour le Grand prix3. Quant aux auteures qui ont abandonné la bande dessinée, comme Marjane Satrapi, elles ont des homologues masculins parmi les titulaires du grand prix, comme Bill Watterson (Calvin et Hobbes), mais aussi comme le second auteur primé de l’histoire du festival, Will Eisner, qui avait cessé de produire des récits en images depuis plus de vingt ans lorsqu’il a été sacré — j’ignore si c’est le fait d’avoir reçu ce prix en 1974 qui l’a remis sur les rails, mais Eisner a alors démarré sa seconde et ô combien glorieuse carrière l’année qui a suivi. Après avoir été un des inventeurs du comic-book avant-guerre, il est devenu un des inventeurs du « roman graphique » à près de soixante ans ! Wolinski, disparu il y a exactement un an, a quant à lui obtenu le prix sans se considérer lui-même comme un authentique auteur de bande dessinée. Sans parler d’auteurs qui ont cessé de produire, on suppose souvent que le Grand Prix n’est remis qu’à des auteurs arrivés au terme d’une longue carrière, voire même « au bout du rouleau », mais Tardi, Vuillemin, Zep, Reiser ou Bilal l’ont obtenu avant d’avoir atteint quarante ans. Rappelons-aussi que plusieurs auteurs primés n’étaient pas des champions des grands tirages ni de la grande notoriété, et que cet argument là non plus ne tient pas.

      Article qui pointe vers le débat parodique animé par #Lisa_Mandel lors... du FIBD 2014 (comme quoi, les choses ont vachement avancé depuis) : « Les hommes et la BD »

      https://vimeo.com/145717861

    • C’est indiscutablement clair.
      « NB de dernière minute : non, LL de Mars je ne publierai pas ton énième message, trouve toi quelqu’un d’autre à aller faire chier avec ta prose qui tombe à côté. Tu ne sais pas lire, regarde bien il y a une phrase très importante au tout début de ce texte. Pour te faciliter la tâche je viens de la mettre en gras. EN GRAS. voilà, tu as lu ? bien. Maintenant ouvre ton blog et va y raconter tes salades et épargne moi ta suffisance, ça me fera des vacances. Et aussi : non j’ai pas particulièrement envie d’en discuter à angoulême ou ailleurs. Bon vent. »

      @soupherbe Le « Tu ne sais pas lire, regarde bien il y a une phrase très importante au tout début de ce texte. » est malhonnête, la phrase n’était pas là avant ma réponse, ni en gras, ni en maigre.
      Je n’ai pas de blog, pas de FB, pas de compte Twitter, donc pour la diffusion de salades, hé bien te voilà mieux armée que moi pour la caricature.
      Ok pour le silence, si c’est ce que tu veux. Tant pis.

    • Je ne suis personne et mon avis est insignifiant, mais peut-être fera-t-il plaisir à Tanxx dont j’aime le dessin autant que les idées.

      Les critiques de LL de Mars, outre leur ton extrêmement violent, sont subjectives. Il peut ne pas trouver les dessins de Tanxx à son goût, mais je trouve étrange qu’il affirme qu’il est « évident » (objectivement) que les dessins DOIVENT être offensifs et polysémiques.

      Outre que je trouve que c’est, en partie, le cas de ceux de Tanxx, on peut aussi rebondir sur un autre des commentaires de LL de Mars : selon lui, son dessin est « cool » alors que ses choix politiques sont « offensifs ».

      Peut-être justement que c’est le contraste entre les deux qui en fait la force ou l’une des forces ? Peut-être qu’un dessin offensif défendant une idée offensive devient illisible ou moins lisible ?

      C’est juste une hypothèse de néophyte. Je vous laisse entre spécialistes...

    • Merci @sinehebdo. Je les aime bien, moi,aussi, les dessins de Tanx.

      Pour suivre ce que disais @intempestive, on peut apprécier des boulots différents, les Bérus et Peter Brötzman. Un peu de punk, ça révolutionne peut-être pas la musique (et c’est peut-être aussi encore à voir) mais ça fait plaisir. (et sans convoquer Saint Gattaleuze)

      Si tu prends les premiers The Ex, c’est du Crass, et pourtant, ils ont fait des choses incroyables, avec le temps, avec Tom Cora, avec d’autres, avec des musiciens de partout.

      On peut peut-être lui lâcher la grappe à Tanx avec les exigences de révolution graphique et la laisser bosser. Sur ce, je vais voir comment me procurer des croutes au coin des yeux vol.1. , tiens.

    • @bob_ardkor Ok, merci pour le lien. J’ai pas lu le livre de Guillon, en qui sur pas mal de point j’ai une certaine confiance intellectuelle, je me réserve pour l’instant le droit de ne rien trancher à cet égard.
      Pourquoi ? Parce que si les déclarations d’un Matzneff du genre « Les petits garçons de onze ou douze ans que je mets ici dans mon lit sont un piment rare » sont d’une violence assez rare et me font frissonner (la toute-puissance des adultes m’a toujours pétrifié d’angoisse, notamment sur leurs propres enfants), je me rappelle tout de même certains points important :
      – d’une part, je souscris pleinement aux analyses de Serge André en la matière ( http://www.oedipe.org/fr/actualites/pedophilie ), qui sont aussi fines et complexement abordées que le sujet le mérite.
      – Je me souviens aussi qu’à 13 ans, je ne pensais qu’à baiser du matin au soir comme une otarie. J’aurais sauté sur n’importe quel oui. Évidemment, je suis bien conscient qu’on peut désirer un truc inconnu sans comprendre ce qu’implique l’expression et la satisfaction de son désir. Mais il n’existe rien d’universel qui s’appellerait "l’enfant de 13 ans". J’ai l’orgueil de croire en ma singularité à 13 ans comme à 50.
      – Ma première partenaire sexuelle avait plus de 30 ans, j’en avais 15. Légalement, comment l’aurait-on jugée, elle que j’ai outrageusement draguée derrière son comptoir ?
      – Je note également qu’à 18 ans j’ai eu une amante qui en avait 14 (et vu qui je suis, ça aurait tout aussi bien pu être un garçon ; je précise parce que l’article veut en venir - avec raison - à la pratique des corps, aux contraintes physiques que ça implique). Légalement, j’étais un adulte. Nous nous aimions, nous baisons évidemment dès qu’une opportunité se présentait.
      – Et j’ajoute pour finir que quand on généralise à fond les baluches la pédophilie, ça peut devenir également ça :
      http://www.le-terrier.net/polis/aufil/degenere .
      On voit bien tout ce que la question peut instrumentaliser comme désir de société.
      C’est donc une question que je ne peux pas, que je ne sais pas aborder d’une façon générale, mais bien au cas par cas. Je ne sais pas à quel moment j’étais ou je n’étais plus un enfant. Je ne sais pas où est le curseur. Je sais ce qu’est un viol, une violence, une contrainte, un abus, je ne peux pas imaginer, a priori, que le consentement d’une personne de 10 ans à une personne de 10 ans son aînée soit autre chose que de la soumission, mais après cette chaîne de certitudes, où poser le foutu curseur ? Moi, franchement, je ne sais pas. Bon. J’aurai sûrement l’occasion de lire le bouquin, je verrai.

    • @supergeante @intempestive

      Pour suivre ce que disais @intempestive, on peut apprécier des boulots différents, les Bérus et Peter Brötzman. Un peu de punk, ça révolutionne peut-être pas la musique (et c’est peut-être aussi encore à voir) mais ça fait plaisir. (et sans convoquer Saint Gattaleuze)

      Si tu prends les premiers The Ex, c’est du Crass, et pourtant, ils ont fait des choses incroyables, avec le temps, avec Tom Cora, avec d’autres, avec des musiciens de partout.

      Hmm... Comme nous abordons une question complexe, l’air de rien... J’entends ce que tu dis, Supergeante, mais cette façon d’aborder la question laisse imaginer qu’on pourrait la contourner en douceur par une sorte de gradation quantitative, quand j’essaie d’évoquer un écart radical et qualitatif. Bon. C’est sans doute difficile de faire entendre que ce qui est sans grande importance pour certains est crucial pour d’autres (notamment parce que nous n’avons pas tous les mêmes usages , et tout particulièrement de la musique) ; évidemment, nous ne plaçons pas non plus l’urgence au même endroit, ne mobilisons pas toutes nos forces pour les mêmes objectifs. De mon point de vue, cette question de l’invention de formes est inconditionnelle, et ce n’est pas une question d’objet (de finalité ) mais de trajet (de vie ) ; il y va d’ailleurs pour moi de la musique comme du dessin, ça me pose devant le même type de conditions d’apparitions sociales, de sillages, de trajectoires, pour faire court : de devenirs. Rien de ce que je peux faire politiquement - et surtout ce qui n’a aucun rapport immédiat avec l’art, tout ce que je fais en dehors de mon atelier, avec mes camarades - n’aurait plus le moindre sens pour moi désarticulé de ces enjeux-là (et surtout parce que ces questions sont bâclées par mes camarades eux-mêmes, renvoyées à des pratiques instrumentales, militantes, de l’image comme de la musique, ce qui est en parfaite contradiction avec l’urgence affirmée ailleurs d’inventer un monde anti-autoritaire, joyeux, ivre). Comme ce n’est pas vraiment l’endroit pour vous tartiner sur la musique ce que j’ai pu lier plus haut de textes sur le dessin, je vous ai mis en ligne un autre travail, en bandes dessinées, qui évoque ces questions tout en produisant discrètement, loin des énoncés bavards du dialogue affirmés, une forme. Ce livre aurait pu s’intituler « Crâne comme critique de la tête de mort ». C’est là : https://www.academia.edu/20202122/dialogue_de_morts_%C3%A0_propos_de_musique

    • De mon point de vue, cette question de l’invention de formes est inconditionnelle, et ce n’est pas une question d’objet (de finalité ) mais de trajet (de vie )

      Oui, précisément, et cela ouvre bien des questions éthiques et politiques (desquelles il va être difficile de discuter sur le fil d’un forum...), par exemple : en quoi peut-on l’exiger d’autrui ? En quoi l’invention est-elle universalisable ? A quelle aune l’invention se définit-elle ? Une société de philosophes (ou d’artistes, ou d’autrices/teurs) est-elle souhaitable ?

      La spécificité de chaque trajet, nourrie (ou pas) de discussions et de pratiques collectives, est à mes yeux ce qui en fait la qualité : le fameux "Deviens ce que tu es" qui m’a allumé plein de lumières dans la tête quand je l’ai découvert. J’en reviens à ma conviction que nous ne nous situons pas tou·te·s au même endroit (je ne dis pas au même niveau , ce qui impliquerait une hiérarchie, mais au même endroit) des luttes et de la création (ce qui va de paire), et que c’est une bonne chose. Et également qu’il y a de l’invention non seulement dans des formes radicalement inédites (quoique, naturellement, pas sans généalogie), mais aussi dans le mash-up, le cut-up, le détournement.

    • @intempestive

      J’en reviens à ma conviction que nous ne nous situons pas tou·te·s au même endroit (je ne dis pas au même niveau , ce qui impliquerait une hiérarchie, mais au même endroit) des luttes et de la création (ce qui va de paire), et que c’est une bonne chose. Et également qu’il y a de l’invention non seulement dans les nouvelles formes, mais aussi dans le mash-up, le cut-up, le détournement.

      attention, il y a un malentendu, je pense : il ne s’agit pas d’un problème technique (dessiner excède le dessin ), ce qui veut dire que la formule « il y a de l’invention non seulement dans les nouvelles formes, mais aussi (c’est moi qui souligne) dans le mash-up, le cut-up, le détournement. » sous-entend que ces pratiques de montage ne sont pas des pratiques impliquées dans la question de la forme nouvelle, qu’elles en sont exemptées par un mode de composition qui serait plus neutre que, par exemple, ses matériaux ; mais c’est faux. Il y va du montage comme du reste, il y a de l’invention et de l’académie dans le collage, le mash up, etc. (de la même manière que la question de la contemporanéité de la musique n’est pas liée à son instrumentarium, que ce n’est pas un problème de lutherie. Une musique pompière est réalisée chaque jour avec les plus sophistiqués des synthés pour la plupart des films. La musique révolutionnaire de Jean-Luc Guionnet est faite avec un saxophone)

    • Oui, précisément, et cela ouvre bien des questions éthiques et politiques (desquelles il va être difficile de discuter sur le fil d’un forum...), par exemple : en quoi peut-on l’exiger d’autrui ? En quoi l’invention est-elle universalisable ? A quelle aune l’invention se définit-elle ? Une société de philosophes (ou d’artistes, ou d’autrices/teurs) est-elle souhaitable ?

      @intempestive Oui, excuse-moi, je n’ai pas répondu à ça, alors que c’est important. Entends bien que quand je dis « de mon point de vue », il s’agit de réexprimer les enjeux d’un rapport à l’art, à ses différentes manifestations, et que c’est bien dans le cadre du dessin, notamment du dessin politique qui n’a pas plus de raison pour moi de se retrancher derrière les énoncés qu’il est censé soutenir que tout autre dessin (sinon il n’est que l’alibi publicitaire de ces énoncés). Je ne dis rien de général sur un mode social, ce n’est pas une déclaration systémique. C’est sur le terrain de ces enjeux que j’invoque l’inconditionnalité de l’abandon à l’inconnu du dessin . Pour le reste... Non, je ne vois aps en quoi une société de philosophes ou d’artistes est souhaitable, je ne vois pas ce qu’il y aurait de souhaitable à une société « souhaitée » (homogène, congruente, harmonique etc.). Je veux une société ou le paresseux, l’idiot, l’ennemi, ait sa place, circule sans qu’on lui assigne une forme adéquate. Je ne veux pas, par exemple, d’une société où pour tenir debout politiquement, chacun ait le devoir d’être politique (même si je pense que le silence est une composante majeure du discours !). Bon, évidemment, comme tu le dis toi-même, un forum n’est pas l’endroit possible pour être justes, précis, attentifs aux détails etc.
      Restent les cafés !


  • Mise au point

    Venezuela : Derniers aboiements de la clique stalino-bolivarienne française

    Par Marc Saint-Upéry

    http://cqfd-journal.org/Venezuela-Le-chavisme-prend-l-eau#nb4

    Suite à la publication dans CQFD d’un article de Fabrice Andréani et moi-même sur le résultat des élections vénézuéliennes de décembre 2015, la rédaction de ce journal m’a demandé si je souhaitais qu’elle élimine de la section « commentaires » l’intervention d’un certain ML, étant donné son caractère d’attaque calomnieuse ad hominem . Je les ai remercié de leur sollicitude, mais leur ai dit qu’il n’en était pas question. Il est au contraire très important que les lecteurs du site de CQFD puissent être témoins directs des pratiques de « débat » idéologique des inconditionnels du chavisme-madurisme en France, et le message de ce courageux anonyme (allez, au hasard, on va dire qu’il s’appelle Maurice, par exemple….) est de ce point de vue un modèle du genre extrêmement instructif.

    [...]

    Ce qui est en effet bien plus préoccupant, c’est le silence embarrassé ou bien les rationalisations vaseuses a posteriori qui prévalent sur la question vénézuélienne dans les milieux de la gauche radicale ayant eu quelque sympathie pour le processus bolivarien sans pour autant avoir perdu tout sens critique, mais sans disposer non plus d’une information suffisamment dégagée de leurs préjugés idéologiques abstraits et d’un wishful thinking exotisant. Chez ces camarades, c’est la stratégie de l’échappatoire ou du bottage en touche qui prévaut généralement. Dans ces conditions, il est difficile d’avoir le moindre débat sérieux et informé sur ce qu’est et ce que fut le chavisme, sur le bilan comptable et politique de l’expérience bolivarienne.

    Or il est clair que ce débat, beaucoup de gens ont intérêt à ce qu’il n’ait pas lieu : cela dérangerait trop de positions institutionnelles bien établies, de raisonnements paresseux et de réflexes idéologiques en pilotage automatique. C’est clair en ce qui concerne les anti-chavistes forcenés et contempteurs génériques du « populisme » du côté de la droite et des sociaux-libéraux ; pour ces gens-là, la messe est dite, le chavisme était une « dictature » aberrante portée par les passions mauvaises de la populace et la « transition démocratique » est désormais en marche, point. C’est également clair, nous l’avons vu, pour ML et ses petits camarades bolivariens hexagonaux. Mais dans le spectre du soutien plus ou moins partiel, lucide ou critique au processus bolivarien, prévalent aussi un certain nombre de mythes pieux répercutés de façon peu imaginative et sociologiquement assez naïve : « Maduro a dilapidé l’héritage de Chávez », « le comandante prônait un ‘‘golpe de timón’’ [coup de gouvernail] pour redresser le cours de la révolution, mais il n’a pas été écouté », « la défaite du chavisme d’État ne remet nullement en cause la dynamique du chavisme populaire », etc., etc. Comme si ce n’était pas Chávez lui-même qui avait solidement installé au pouvoir le « sustrato gangsteril » hégémonique au sein du PSUV dont parle son ancien ministre Roland Denis et approfondi le modèle rentier mafieux, et comme s’il existait à tous les niveaux dans la société vénézuélienne une frontière bien définie et moralement non ambiguë entre la dynamique du chavisme d’État et celle du chavisme populaire.


  • Venezuela : Le chavisme prend l’eau

    paru dans CQFD n°139 (janvier 2016), rubrique Actualités, par Fabrice Andreani, Marc Saint-Upéry, illustré par Bertoyas

    http://cqfd-journal.org/Venezuela-Le-chavisme-prend-l-eau

    Après les élections de décembre que reste-t-il du chavisme ? Le « socialisme du XXI e siècle » n’aura-t-il été finalement qu’un modèle caudilliste reposant sur un système de rente pétrolière plus ou moins redistributif ? Alors que le pays connaît une inflation et une pénurie sans précédent, le chercheur en science politique Fabrice Andreani et le journaliste Marc Saint-Upéry, livrent, pour CQFD, une analyse sans complaisance sur l’histoire « d’une farce à 500 milliards de dollars ».



  • Turquie : l’opération militaire anti-PKK fait plus de cent morts en cinq jours
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/12/20/turquie-l-operation-militaire-anti-pkk-fait-plus-de-cent-morts-en-cinq-jours

    La vaste offensive militaire en cours depuis mercredi dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie a fait 102 morts parmi les rebelles présumés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), selon un nouveau bilan annoncé dimanche par une source de sécurité locale. Au moins deux soldats et cinq civils ont perdu la vie dans les heurts.

    Formulation étrange (ou plutôt turque) : par civil, j’imagine qu’il faut entendre civil turc, un civil kurde étant un rebelle présumé.


  • Quelques conseils pour les voyages au long cours. Récit des migrations ordinaires
    http://jefklak.org/?p=2707

    Ce texte du journaliste irakien Ghaith Abdul-Ahad, connu notamment pour ses reportages sur Al Qaeda, a été publié le 8 octobre 2015 dans la London Review of Books, sous le titre « Some tips for the long-distance traveler ». Il y raconte le trajet « ordinaire » des migrant-e-s, comme lui, venu-e-s d’Irak, de Syrie, d’Érythrée ou d’ailleurs, passant par la Turquie ou la Grèce, en route vers l’Europe du Nord. Autant de voyages que d’existences, avec leurs étapes singulières, leurs espoirs trahis et leurs rencontres anodines ou presque. Source : Jef Klak


  • Livres jeunesse : « Les enfants ont besoin de comprendre le monde social »
    Entretien et chroniques livres jeunesse par Lola Weber, Mathieu Léonard et Christophe Goby
    http://cqfd-journal.org/Livres-jeunesse-Les-enfants-ont

    Les éditions La ville brûle se sont lancées dans la « littérature jeunesse engagée » depuis deux ans et ont rencontré un beau succès avec deux manifestes antisexistes, On n’est pas des poupées et On n’est pas des super héros. Trois questions à Marianne Zuzula, animatrice de la maison d’édition.

    –—

    Trouble dans la piraterie

    Avec l’ouvrage Jojo le pirate partage le butin, Charlotte Dugrand nous entraîne dans l’univers flibustier à travers la problématique de la redistribution des richesses et d’une solidarité non hiérarchique via le prisme de l’économie informelle. Influencée par l’analyse redikerienne – qui s’inscrit elle-même dans la lignée des travaux de l’historien Christopher Hill, connus comme « history from below » en anglais ou « Geschichte von unten » en allemand – d’une piraterie sociale qui opéra au XVIIIe siècle une hypothèse égalitariste et libertaire sur les mers caraibéennes, l’auteur accrédite les thèses anthropologiques du don et du contre-don, ici de type agonistique. Le récit s’affranchit également des divisions de genre et d’espèce. Pourtant, lorsqu’il s’exclame  : « Tu dois apprendre à partager, Cocotte  ! », le rôle de Jojo le pirate reste à interroger dans une perspective de domination genrée, même si par ailleurs il bouge de façon concomitante les lignes de la discrimination validiste. Au final, on peut problématiser avec Judith Butler, à savoir si « la déconstruction du cadre binaire dénaturalisé est liée à la contingence normative d’une définition du genre produite involontairement par le pouvoir » ? À partir de 3 ans.

    –—

    Également chroniqué Le voleur de sommeil et C’est quoi ton genre ?

    #livre_jeunesse


  • COP21 : les écrans d’ordinateurs sont aussi de grands responsables du réchauffement climatique

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/10/cop21-les-ecrans-d-ordinateurs-sont-aussi-de-grands-responsables-du-rechauff

    Par Matthieu Amiech, Aurélien Berlan, Célia Izoard.

    Groupe Mouvement Autonome de Résistance Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie (MARCUSE).

    Ainsi, la réflexion sur l’énergie qu’est censée susciter la conférence de Paris élude le problème fondamental de la croissance incessante des quantités d’énergie dépensées dans notre société de surproduction, entre autres du fait des TIC depuis 15 ans. Dans les années 1970, lors du premier choc pétrolier, on avait entendu jusque dans la bouche de hauts responsables politiques des appels à modérer les besoins, individuels et collectifs, en énergie. Mais depuis le début de la deuxième alarme écologique, dans les années 2000, cette nécessité de bon sens n’est jamais évoquée, fût-ce pour le quinquennat Hollande aura sans surprise été marqué par la poursuite de cette fuite en avant technoproductiviste. Il aura surtout été marqué par une hausse du niveau de violence contre les groupes qui s’opposent concrètement à cette fuite.


  • Les assemblées ouvertes de la PAH de Vallecas
    Espagne : Apoyo Mutuo

    paru dans CQFD n°137 (novembre 2015), par Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis.
    http://cqfd-journal.org/Espagne-Apoyo-Mutuo

    Après plus d’un demi-million d’expulsions locatives et hypothécaires en cinq ans, la question du logement en Espagne est brûlante. La Plataforma de afectados por la hipoteca (PAH), avec ses 240 regroupements, est devenue un puissant mouvement populaire, riche en expériences. Impressionné, CQFD a assisté à une assemblée de la PAH de Vallecas, l’un des districts les plus pauvres et turbulents de Madrid.