CQFD

Mensuel de critique et d’expérimentations sociales

  • Guerre sociale à l’hôpital
    par Sébastien Navarro,
    paru dans CQFD n°147 (octobre 2016),
    http://cqfd-journal.org/Guerre-sociale-a-l-hopital

    C’est une cata. Une lente dégringolade. En 2014, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse occupait la plus haute marche du classement des hôpitaux de France. L’année d’après, il se classait second pour échouer bon troisième en 2016. On gage que ce n’est pour cet effritement de façade que quatre soignants du CHU se sont suicidés en juin. Le mal, bien entendu, est plus profond. Afin de s’agrandir pour pouvoir absorber le flux de plus de deux cent mille patients à l’année, l’hôpital a emprunté auprès des marchés financiers à des taux de 3 à 5%. Résultat : l’ardoise affichait un solde débiteur de 15 millions d’euros en 2015. Une seule marge de manœuvre pour redresser les finances : continuer à tailler dans la masse salariale et restructurer les services.

    #Souffrance_au_travail #Suicide_au_travail #CHU_Toulouse


    • On avait trouvé stimulante cette réhabilitation du critère de l’utilité sociale, mais sa focalisation sur le sommet de la pyramide salariale nous posait problème, raison pour laquelle nous avons claqué notre enveloppe de frais de reportage pour aller rencontrer Graeber à Londres. Les réponses qu’il a apportées à nos questions n’ont pas franchement levé nos doutes, comme on l’explique dans l’introduction de notre bouquin. Ce qui nous a le plus scié, c’est l’explication qu’il nous a fournie sur sa méthodologie : pas d’enquête de terrain, pas de chiffres, pas de sources, seulement une compilation de données récupérées sur des blogs d’avocats d’affaires… Du coup, on a changé notre fusil d’épaule et laissé derrière nous les affres existentielles des cols blancs cholestérolés, choqués de découvrir que leur dévouement à l’économie capitaliste n’était pas aussi sexy que prévu. C’est un sujet qu’on laisse volontiers aux journalistes des grands médias, qui se sont tous pris de passion pour les thèses de Graeber, en raison peut-être de leur proximité sociale avec les cadres d’entreprise. En revanche, la souffrance ordinaire endurée par la majorité de la population active, dans les boîtes de sous-traitance comme dans les anciens fleurons du service public, dans les bureaux de poste comme dans les restaurants en passant par les guichets de Pôle emploi, cette souffrance-là n’intéresse pas grand monde. Ce désintérêt résulte en grande partie de la propagande quotidienne pour la « valeur travail » et le « plein emploi », du matraquage verbal et administratif infligé aux chômeurs soupçonnés de fraude et de désertion. Pour beaucoup de journalistes, il faut bien qu’il y en ait qui fassent le « sale boulot » de leur nettoyer leurs burlingues au petit matin. On a voulu remettre à leur place ces réalités sociales : 80 % du livre est consacré aux trimardeurs du bas, 20 % aux cols blancs. Loin de nous l’intention de minimiser le cafard des bureaucrates de l’économie capitaliste, mais on a choisi de ne pas oublier les conditions de travail autrement plus rudes de ceux que ces mêmes cols blancs réduisent à l’état de larbins.

    • Lm : Vers la fin du livre, vous interrogez des acteurs de la finance à qui vous essayez indirectement de faire admettre que leur boulot est « de merde ». Sauf qu’ils n’en démordent pas, non seulement ils trouvent leur activité particulièrement honorable mais ils expriment et revendiquent une véritable passion. C’est notamment le cas de François Chaulet qui vous explique, je cite : « Ma vie professionnelle me satisfait beaucoup parce que je fais un métier qui me passionne. Si vous me versiez plein d’argent sur un compte, de toute façon faudrait bien que je continue à le gérer, mais même en dehors de ça… j’adore ce métier ! Je paierais pour le faire. » ou encore : « [C’est]un métier intellectuellement riche. Ce qui fait le sel et la passion de mon métier, c’est de comprendre comment se constitue le miracle de l’économie capitaliste, qui est le compte de résultat ». Est-ce que l’on ne touche pas ici à une limite du concept de « boulot de merde » ? Pourquoi ne pas avoir choisi de distinguer « boulot de merde » de « boulot de connard » ?
      J.B.& O.C. : Bonne idée, on pourrait même mettre en place un nouvel éventail de catégories socio-professionnelles : boulot de sagouin, boulot de salop, boulot de sangsue, etcetera… Ça nous donnerait des débats d’experts d’une autre tenue que la question du distinguo entre gestionnaire de patrimoine et gestionnaire de portefeuilles ! Sérieusement, le fait que les raboteux de la finance se déclarent ravis de leur taf est assez logique et n’infirme en rien la merditude intrinsèque de leur gagne-millions. Ils s’éclatent parce qu’ils sont conditionnés pour ça, parce que la tâche qu’ils accomplissent les couvre de pognon et de reconnaissance sociale au sein du petit monde dans lequel ils évoluent. Mais quand ils nous racontent leur travail, on a du mal à partager leur enthousiasme : passer sa journée à noircir des assurances vie, s’injecter BFM Business en intraveineuse, se plier en quatre pour aider des rentiers déjà trop gras à amasser encore plus d’argent… Franchement, qui a envie de se taper un boulot pareil ?

      Certes, on aurait pu, en adoptant le point de vue graeberien, espérer que nos tâcherons de la finance se plaignent d’être noyés sous les mails, les chiffres et la bureaucratie, qu’ils avouent s’emmerder à mourir et que, pour oublier leur culpabilité, ils se défoncent à jouer à Candy Crush sur leur tablette et à télécharger des recettes de jus de concombre. Nous aurions été dans le ton de cette vision selon laquelle les cadres de l’économie capitaliste n’y croient plus et ont besoin de retrouver du sens à leur ouvrage. Mais non : il se trouve que ces gens-là sont heureux de leur bullshit job. Leur passion en toc est l’opposé symétrique de la souffrance infligée aux infirmières. Ils jouissent de ce qui gouverne le monde : la circulation du capital. Nous, on ausculte leur autojustification en les questionnant sur leur utilité sociale, en examinant la façon dont ils se persuadent qu’ils servent à quelque chose, au même titre que l’ortie ou le ténia servent à quelque chose. Après tout, les managers de transition n’expliquent-ils pas qu’en virant d’un seul coup plusieurs centaines d’ouvriers, ils permettent de sauver une entreprise et donc des emplois futurs ?

      L’une des caractéristiques des boulots socialement destructeurs, c’est qu’ils fournissent à ceux qui les exercent une extraordinaire variété d’arguments pour les rendre acceptables ou même attrayants à leurs propres yeux. C’est vrai pour le CRS comme pour le banquier. Dans notre chapitre sur les vigiles chargés de chasser les migrants dans le port de Dunkerque, les salariés se plaignent moins de leur travail lui-même, qui est pourtant atroce, que des conditions de grande précarité dans lesquelles ils l’exercent. Certains même tirent jouissance du petit pouvoir que cela leur confère. Notre point de vue, c’est qu’il faut prendre le temps de montrer l’extrême violence sociale d’un système économique qui pousse ses recrues à s’accommoder du plus sale des boulots : empoigner des exilés qui ne leur ont fait aucun mal, les traîner, les savater, les remettre aux flics. La différence du chasseur de migrants, par rapport au conseiller en optimisation fiscale, c’est que le premier sévit tout en bas de l’échelle sociale et s’est dégoté son job abject sur prescription de Pôle emploi, alors que le second pète dans la soie et a fait des études qui lui permettent de choisir son métier en connaissance de cause. Entre ces deux formes d’aliénation, il y a un continuum qui nous paraissait utile à explorer.
      La notion de boulot de merde n’est pas un carton rouge que l’on brandirait vers tel ou tel métier jugé peu enviable ou moralement répréhensible. C’est une clé d’accès pour appréhender un monde du travail où les boulots les plus indispensables à la société sont devenus invivables – plus de trois cents suicides d’agriculteurs en 2016 –, où le larbinat s’institutionnalise à la faveur de la mutation du monde en casino pour la bourgeoisie triomphante, où le chômage de masse permet de justifier la prolifération de petits jobs rompus à des salaires de misère et à des horaires délirants, où les trimardeurs monnaient leur force de travail de gré à gré avec le patron pendant que des argentiers chargés d’accumuler les lingotins sur des lignes Excel se proclament heureux et émancipés, se payant même le luxe d’avoir des scrupules – oui, l’argent permet d’acheter ce genre de choses.

    • Les bonnes pages de ce livre sont en exclusivité dans le CQFD de ce mois-ci. (y’en aurait-il des mauvaises ?)
      Je ne l’ai pas encore lu. Abonné vous à ce canard, si ce n’est déjà fait et que ça ne vous empêche pas d’acheter ce bouquin.
      CQFD/Cyran c’est de l’auto-promo ou du copinage éhonté comme dans la première colonne du mensuel marseillais. Mais ils ont tellement de talent et de choses à dire que vous ne relèverez pas cette remarque.
      Sincèrement je ne connais aucun autre journal aussi singulier.
      Charlie-hebdo ? #Olivier_Cyran a donné son avis et en connaissance de cause puisqu’il y a travaillé bien avant l’attentat de janvier 2015. Je ne lis plus cet hebdo depuis que je suis abonné à CQFD mais je guette quand même les dessins de #Vuillemin.

    • http://cqfd-journal.org/Emplois-poubelle-pour-prospectus

      L’extrait que nous vous présentons ici, en exclusivité, est tiré du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde ! Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers (Éditions La Découverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies.

      Les dépliants criards qui inondent votre boîte aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter à la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont délivrés par des dizaines de milliers de paires de jambes qui sillonnent quartiers, résidences pavillonnaires et zones rurales pour une poignée de piécettes, le plus souvent sans qu’on les remarque. Un « capital humain » qui fait la « force » et la « fierté » d’Adrexo, lit-on sur son site Internet. [...]

    • @marielle un de plus a ajouter à mon palmarès. Ce n’était pas pour #adrexo (heureusement) mais pour la mairie de mon bled
      Je me suis retrouver dans la #mouise l’hiver dernier et j’ai tapé à la porte du CCAS. Et me voilà parti avec mon p’tit cadie, sillonné la moitié de la commune constituée essentiellement de #zones_pavillonnaires. L’autre moitié, un autre gueux s’en chargeait. Si distribuer le bulletin municipal est un peu plus gratifiant que de distribuer les prospectus de merde de l’autre dealer. Pour le peu de retour et de rencontre que j’ai eu, la plupart des habitants en ont rien à cirer. L’édito du maire, qui siège aussi à #Rennes-métropole, approuve et signe tout ce qui dégouline (forcément) de la capitale bretonne.
      Enfin les 200€ de plus à mon minima social mon permis de faire duré ma cuite un peu plus longtemps. Car, comme lu dans #CQFD, le RSA c’est bien mais c’est vite bu.


      http://www.article11.info/?L-ego-dans-son-enclos#a_titre


  • Emplois poubelle pour prospectus jetable
    paru dans CQFD n°147 (octobre 2016),
    par Julien Brygo, Olivier Cyran.
    http://cqfd-journal.org/Emplois-poubelle-pour-prospectus

    L’extrait que nous vous présentons ici, en exclusivité, est tiré du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde ! Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers (Éditions La Découverte). Disponible, depuis peu, dans toutes les bonnes librairies.

    Les dépliants criards qui inondent votre boîte aux lettres pour vous fourguer des mezzanines en kit ou vous inviter à la semaine du cassoulet de Super U ne tombent pas du ciel : ils vous sont délivrés par des dizaines de milliers de paires de jambes qui sillonnent quartiers, résidences pavillonnaires et zones rurales pour une poignée de piécettes, le plus souvent sans qu’on les remarque. Un « capital humain » qui fait la « force » et la « fierté » d’Adrexo, lit-on sur son site Internet. [...]


  • Turquie : Le « cadeau du ciel » à Erdogan
    paru dans CQFD n°146 (septembre 2016)
    Propos recueillis par Mathieu Léonard
    http://cqfd-journal.org/Turquie-Le-cadeau-du-ciel-a

    Le 15 juillet dernier, une tentative de coup d’état a capoté en quelques heures et a permis, par sa répression, au président Recep Tayyip Erdogan de renforcer son pouvoir sans partage. Étienne Copeaux [1], historien du nationalisme turc, revient sur l’arrière-plan politique de ces tragiques querelles byzantines.


  • La loi El Khomri à la plage
    par Benjamin Fernández et Iffik Le Guen,
    paru dans CQFD n°146 (septembre 2016).
    http://cqfd-journal.org/La-loi-El-Khomri-a-la-plage

    La scène n’aura pas duré plus d’une demi-heure. Sur les quais du port de plaisance, entre une brocante à prix d’or et les voiliers rutilants des rupins aux pulls roses noués en écharpe, les syndicalistes CGT ont posé leur stand rouge avec tracts et drapeaux. Soudain, une horde vociférante a déboulé de nulle part  : « Cassez-vous, la CGT, pas de ça chez nous ! » Il s’agissait d’une quinzaine d’hommes, certains visiblement éméchés, des gérants avec leurs employés invités à défendre le clan de la restauration. Parmi eux, une femme seulement, surexcitée, jubilait, sautait, attisait l’agressivité de ses comparses, à mesure que sa couperose tournait au violet  : « Vas-y mon Gégé, montre-leur  !   » L’un deux a exigé de voir l’autorisation de la mairie. Justement, il était là, le maire, depuis le début. Avec sa moustache blanche en tablier de sapeur, ses trois paquets de clope à la main, il passait par là en revenant du bureau de tabac situé derrière.


  • Des bêtes à la barre
    Les animaux ont-ils droit à un avocat ?

    Par Raphaël Kempf

    http://jefklak.org/?p=3228

    Dernièrement, des députés français se sont demandé si les bêtes étaient en droit des « biens meubles » comme les autres, pour finalement leur accorder le statut enviable d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Un juge de San Francisco a, quant à lui, considéré que la loi sur les droits d’auteur ne pouvait s’appliquer à un macaque qui s’était pris en photo avec un appareil volé. Jef Klak – dont le dernier numéro papier disponible en librairies, « Selle de ch’val » interroge notre relation aux animaux non humains – revient ici sur les exemples historiques de procès d’insectes nuisibles et autres animaux criminels, quand la justice des hommes considérait les bêtes sujets de droit.



  • Vies et combats de la Petite Bibliothèque Ronde de Clamart
    paru dans CQFD n°146 (septembre 2016),
    par Emilien Bernard
    http://cqfd-journal.org/Vies-et-combats-de-la-Petite

    Après quelques heures à l’arpenter sous un soleil de plomb, le constat tombe, fatal et sec : Clamart n’a rien de rock & roll. Petite ville des Hauts-de-Seine peuplée d’environ 50 000 péquins, elle présente en ce mois d’août caniculaire un visage bigrement roupillant. Banlieue résidentielle, j’écris ton nom en lettres d’ennui. « C’est sûr que c’est tranquille ici, pépère », résume un jeune clamartois suant, penché en territoire bar-tabac sur la grille de mots-croisés du Parisien. Il n’a pas tort. Que ce soit dans sa partie haute (plus populaire) ou basse (bourgeoise), Clamart n’envoie pas du rêve.

    Deux dates phares ont pourtant agité la ville dans les sixties. D’abord le 22 août 1962 et la tentative d’attentat de l’OAS contre le Général de Gaulle (dite du « Petit-Clamart »), qui vit le grand machin mitraillé s’en sortir miraculeusement et sa zouz Yvonne se distinguer via une phrase reflétant ses préoccupations géopolitiques : « J’espère que les poulets n’ont rien » – ce que faisaient lesdites volailles dans la DS-19 du Président, nul ne le sait [2]. Et le 1er octobre 1965, jour de l’inauguration de la bibliothèque des enfants de Clamart (dite Petite Bibliothèque Ronde). Un bâtiment étrange posé dans la Cité de la Plaine (environ 6 000 habitants, aucune parenté avec sa consœur marseillaise), devenu vivant symbole d’une vision alternative de l’art bibliophile marmotesque (de « marmot »).

    #Clamart #Petite_Bibliothèque_Ronde #Bibliothèque #Livre


  • Comment relancer l’économie de l’informatique par l’école
    Allons, z’enfants du numérique !

    http://cqfd-journal.org/Allons-z-enfants-du-numerique

    paru dans CQFD n°142 (avril 2016),
    par Ferdinand Cazalis, illustré par Etienne Savoye

    Comment réformer l’école de la République ? En formant mieux les enseignants ? En limitant le nombre d’élèves par classe ? En accompagnant les enfants vers la liberté, l’égalité et la fraternité ? Pas du tout. Pour le gouvernement, un seul plan de bataille : le tout numérique !

    « Nous avons besoin d’un plan ambitieux dans le domaine du numérique. Il n’est pas dans l’habitude de la France de passer à côté des révolutions. Nous ne raterons pas celle-ci. »

    Najat Vallaud-Belkacem. Salon international du numérique éducatif, 21 janvier 2016.

    On était prévenus : en manque d’idées pour l’éducation, François Hollande avait – dès 2009 – tout misé sur l’innovation technique. Après avoir distribué des ordinateurs portables, il prit la décision d’équiper collèges et lycées de sa région de Corrèze en tablettes numériques. Sitôt pensé, sitôt acheté, une commande de 13 000 iPads fut passée en 2010 pour 1,5 million d’euros aux frais du contribuable. À défaut de changer quoi que ce soit aux conditions de travail des enseignants et faute de donner de la consistance aux enseignements, une telle action avait au moins le mérite de relancer l’économie et de se la jouer moderne. Un an après les effets d’annonce, une enquête de l’Inspection générale de l’éducation nationale faisait le tour des classes de Corrèze pour constater les dégâts : « 
    Il est clair que la grande majorité des enseignants, d’une part ne recourt que rarement aux ordinateurs portables, affirmant préférer se servir des postes fixes, plus fiables, et d’autre part n’utilise presque pas la tablette numérique, voire, pour certains, la rejettent.
    [1] »

    Créer un marché du numérique éducatif

    Peu importe, dès son arrivée aux manettes suprêmes en 2012, le moi-président annonça son plan pour l’éducation : le passage au numérique pour toutes et tous. On allait débourser un milliard d’euros et équiper tous les bahuts en WiFi, avec des cours de code informatique, des tablettes, des ordis, des tableaux blancs interactifs. Deux ans après, en 2014, seuls quelques dizaines d’établissements en avaient bénéficié, et 5% des enseignants utilisaient le numérique dans leurs cours. Mais qui n’avance pas recule : Hollande annonça donc un « grand » plan numérique. Il s’agissait de créer « un marché du numérique éducatif », disait-on alors au ministère de l’Éducation [2]. C’est donc surtout à Bercy qu’on sabra le champagne : imaginez les 12 millions d’élèves français transformés en clients subventionnés pour relancer les ventes en gadgets électroniques...


  • David Graeber : Occupy Saturne
    Par Renaud Garcia
    In CQFD n°145 (juillet-août 2016)
    http://cqfd-journal.org/David-Graeber-Occupy-Saturne

    Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, dès sa période « underground », pourrais-je dire, il m’a fallu revenir plusieurs fois sur ce livre, constitué principalement de trois articles datés de 2012, pour me rendre à cette fâcheuse évidence : notre « anthropologue-anarchiste » peut désormais tout se permettre, y compris exhumer ses fonds de tiroir de façon éhontée. Entendons-nous bien cependant : Bureaucratie contient dans son premier article des développements intéressants qui manient le paradoxe avec goût. On pense d’ordinaire une opposition entre l’État et le marché ? Il n’en est rien : la rationalité marchande se coule parfaitement dans le principe d’efficacité de la bureaucratie. Efficacité seulement prétendue, car dans une société entièrement régie par des contrats (un rêve libertarien !), la nécessité de recourir à des rapports bureaucratiques serait multipliée et non limitée, segmentant les relations collectives entre dépôt de projets et réponse à des contrôles. Voilà des éléments indéniablement intéressants et bien tournés. Ils ne doivent pas pour autant occulter l’inanité du deuxième article reproduit dans ce recueil, « Des voitures volantes et de la baisse du taux de profit », qui ne s’est guère attiré de commentaires critiques alors qu’il enchaîne énormités sur énormités.

    • Sur le point de me laisser embarquer par cet optimisme technologique sans faille, une malheureuse citation est revenue doucher ma naissante euphorie : « Durant un siècle, l’humanité s’est livrée à une expérience fondée sur l’hypothèse suivante : l’outil peut remplacer l’esclave. Or, il est manifeste qu’employé à de tels desseins, c’est l’outil qui de l’homme fait son esclave. La dictature du prolétariat et la civilisation des loisirs sont deux variantes politiques de la même domination par un outillage industriel en constante expansion. » Ces lignes d’Ivan Illich, dans La Convivialité, datent de 1973, lorsque le jeune Graeber devait dévorer tout Asimov en rêvant de laisser un androïde sur Mars. Or, des réflexions de cet acabit n’existent tout bonnement pas dans la galaxie de notre anthropologue-anarchiste. À ses yeux, il est au contraire étonnant que nous n’ayons pas déjà perçu à quel point le capitalisme freine l’innovation, au lieu de favoriser précisément sa constante expansion. L’iPhone, objet révéré de notre époque, ne serait ainsi qu’une « modeste amélioration » conçue pour amuser la galerie. Qu’il soit utile, incidemment, pour tracer, géolocaliser, conserver le salarié sous pression perpétuelle et exploiter par consentement les dynamiques auto-entrepreneurs de la nouvelle économie : de tout cela, pas un mot.

      #David_Graeber #Renaud_Garcia #critique_techno #progressime #techno-béat


  • ZAD : « Refaire un dôme »
    paru dans CQFD n°145 (juillet-août 2016),
    par Nicolas de La Casinière
    Avec une illustration de Julien Revenu
    http://cqfd-journal.org/ZAD-Refaire-un-dome

    Pour la bande son, c’est comme si une nuée de Woody woodpeckers en salopettes s’était abattue sur les murs de la ferme de La Rolandière, piquetant les enduits, libérant l’appareillage des pierres, cognant à qui mieux mieux pour émietter les parois. « Il faut péter le parement pour laisser la pierre respirer », explique Mathilde, marteau en main, de la poussière beige plein les joues.

    « Le chantier se poursuit cet été pour ouvrir à l’automne un espace d’accueil, une porte d’entrée de la ZAD, avec coin librairie, infokiosque... On pourra y boire un thé, trouver une carte de la ZAD, et transmettre l’histoire de la lutte, et des autres luttes. Pas vraiment un syndicat d’initiative, donc. On y proposera des formations, à l’art-activisme par exemple », sourit Isa. Elle est l’une des sept personnes à occuper cette ferme qu’un opposant historique leur a transférée il y a deux mois, ravi que sa maison serve de lieu collectif. Un mur porteur de l’ancienne étable a été défoncé. Étayé, il attend un linteau pour accueillir deux belles baies vitrées. Dans le hangar derrière, l’avenir s’écrit aussi à l’arrache-clou. Une équipe d’une demi-douzaine de femmes et d’hommes découpe des palettes, retire les clous, stocke les planches qui serviront de lambris intérieur, après isolation à la paille.

    #ZAD #Résistance #Nddl #aéroport


  • Cheràn-la-lumineuse
    paru dans CQFD n°144 (juin 2016)
    par Benjamin Fernández,
    illustré par Frédéric Gircour
    http://cqfd-journal.org/Cheran-la-lumineuse

    À première vue, Cherán ressemble à beaucoup de petites villes du Mexique, avec son clocher chapeautant une place centrale entourée de belles façades de style colonial et de rues pavées animées par les marchands. Mais cette commune du Michoacán, nichée au cœur d’une forêt de pins à plus de deux mille mètres d’altitude, n’est pas tout à fait comme les autres. Là où ailleurs la propagande rutilante des partis politiques s’étale sur les murs, on découvre ici des fresques aux couleurs chaleureuses en l’honneur d’un soulèvement populaire en cours. Le soir, les coins de rue accueillent des assemblées, et ce, depuis qu’il y a cinq ans, le clocher sonna le glas de la corruption et du crime.

    Le 15 avril 2011, la population s’est insurgée contre les trafiquants qui régnaient en maîtres sur cette région de montagnes et de forêts, chassant les hommes de main des cartels et leurs complices locaux : le maire et la police. Aujourd’hui, cette municipalité de 18 000 âmes est régie par ses seuls habitants. Elle est le premier gouvernement communal autonome libre de partis politiques reconnu par la plus haute instance juridique du Mexique.

    #Mexique #Cheràn #AutoGouvernement #Lutte #Révolution


  • « On est fort.e.s quand on arrive à composer ensemble »

    Discussion croisée sur la lutte contre la loi Travail et la violence d’État à Rennes

    Propos recueillis par Clémence Durand et Ferdinand Cazalis

    (Photos : Vincent Rivière)

    Depuis le début du mouvement contre la loi Travail et son monde, les habitant.e.s de Rennes résistent et s’organisent avec une constante détermination. Face à une bourgeoisie ultra-réactionnaire et à l’interdiction de manifester dans le centre-ville décidée par la mairie du Parti socialiste, militant.e.s et non-militant.e.s, syndiqué.e.s et non-syndiqué.e.s ont appris à agir ensemble. Les assemblées interpros et l’occupation de la Maison du peuple dans l’hypercentre de la capitale bretonne ont permis des actions de blocage économique et des manifestations avec un degré de conflictualité particulièrement élevé. Sans gommer leurs contradictions, six participant.e.s au mouvement racontent ici comment ils/elles ont su composer ensemble et affronter les violences policières ou institutionnelles, autant que la désinformation des médias locaux.

    http://jefklak.org/?p=3078


  • Conflit d’intérêts autour du stockage radioactif de Bure

    LE MONDE

    http://www.lemonde.fr/energies/article/2016/06/22/conflit-d-interets-autour-du-stockage-radioactif-de-bure_4956122_1653054.htm

    La nomination de Christophe Bouillon comme rapporteur a été proposée, le 15 juin, par les élus socialistes de la commission du développement durable de l’Assemblée, présidée par le député PS de l’Indre Jean-Paul Chanteguet. Et acceptée sans sourciller par les membres de cette commission.
    « Conflit d’intérêts d’une extrême gravité »

    Dans une lettre ouverte à MM. Bouillon et Chanteguet, plusieurs associations (Sortir du nucléaire, coordination Burestop, Amis de la terre) dénoncent « un scandale » et « un conflit d’intérêts d’une extrême gravité ». Ils y voient une façon de « forcer la porte de l’Assemblée, après celle du Sénat », pour un projet marqué par « le mépris total des principes démocratiques élémentaires ».

    Interrogé par Le Monde sur sa position de juge et partie dans ce dossier, Christophe Bouillon répond qu’« il n’y a pas d’incompatibilité juridique ni constitutionnelle » entre la présidence du conseil d’administration de l’Andra, qu’il exerce « à titre bénévole et sans fonction exécutive », et le rôle de rapporteur de la proposition de loi. « L’Andra est une agence de l’Etat avec une mission d’intérêt national, ajoute-t-il. C’est la loi qui fait l’Andra, et non l’Andra qui fait la loi. Il n’y a donc pas de conflit d’intérêts. Mais, à l’évidence, certains ont intérêt au conflit… » Le président rapporteur n’en a pas moins saisi, mardi 21 juin, le déontologue de l’Assemblée nationale, afin de crever l’abcès. « Bien évidemment, précise-t-il, je me conformerai à son avis. »

    (...)

    « Défendre la forêt »

    Dimanche 19 juin, environ 200 manifestants se sont rassemblés dans la forêt de Mandres-en-Barrois. Ils ont enlevé les clôtures, dressé des barricades sur les chemins d’accès, installé un préau en bois comme point de ralliement. Depuis, plusieurs dizaines de réfractaires à la « poubelle atomique » de Bure, villageois ou antinucléaires, campent sur place. Une cabane en bois a été érigée, des tentes plantées entre les chênes, les charmes et les hêtres. L’Andra a décidé de déposer plainte contre cette occupation d’un terrain « qui lui appartient ».


  • Deux mois de prison pour une thèse universitaire sur les opposants au Lyon-Turin

    http://www.rue89lyon.fr/2016/06/22/prison-memoire-no-tav-lgv-lyon-turin

    En 2013, Roberta Chiroli, écrivait un mémoire d’anthropologie sur le mouvement No Tav contre la LGV Lyon-Turin. Elle vient d’être jugée « moralement complice » de violence aggravée et d’occupation de terrains. Motif : elle a utilisé le « nous participatif » pour rédiger sa thèse.


  • Coaching über alles
    par Sébastien Navarro,
    paru dans CQFD n°144 – juin 2016.
    http://cqfd-journal.org/Coaching-uber-alles

    Vulgaire. Outrancier. Provocateur. Soyons honnêtes : Marwanny nous malmène. L’impression de revivre ces épisodes de fin de banquet où l’alcool aidant, les blagues fusent dans une surenchère galopante. Au mal de côte et aux crampes des zygomatiques suivent immanquablement des moments de réflexivité. De qui ou de quoi rit-on ? Et surtout avec qui ? Si le rire est avant tout affaire de connivence et si on ne rit jamais autant que lorsqu’on égratigne les tabous, où situer les bornes dans une France post-Charlie avec des tristes sires de la trempe de Dieudonné ? Sexisme, pédophilie, racisme. Marwanny fout les mains dans le cambouis, aligne les pathétiques trombines de Séguéla, Elkabbach, Sarkozy et de… sa tante qui a voté Robert Ménard à Béziers. Plus tard, la bande annonce du blockbuster Socialiste Holocauste, nous clouera sur nos sièges. Imaginez un pastiche de Walking Dead avec un Jospin défiguré en chef zombie prônant une première république sociale-libérale des trépassés : « Un monde où la croissance pourrait enfin être éternelle, puisque tout est déjà détruit ! » « Mon travail, plaide Marwanny, c’est de déconstruire les discours du marketing, de la politique, de la publicité. Je joue beaucoup avec l’absurde, c’est moins plombant et puis surtout ça me permet d’aller vers des gens qui ne sont pas forcément des convaincus. »


  • Sans toit, ni data
    Par Mickael Correia.
    Paru dans le CQFD n°144 – actuellement en kiosque.
    http://cqfd-journal.org/Sans-toit-ni-data

    D’autres applications caritatives proposent depuis peu aux péquins lambdas de s’adonner à la lutte digitale contre l’exclusion grâce à leur smartphone. En téléchargeant Homeless Plus, l’âme charitable peut géolocaliser les besoins d’un SDF – mais ce dernier reste anonyme, ouf ! –, indiquer son sexe et son humeur grâce à des « émoticônes », puis enregistrer cinq types d’ actions qu’il a ou qu’il faudrait mettre en œuvre pour le pauvre indigent : dons d’argent, nourriture, boisson, vêtements ou discussion. Tout autre zigue ayant l’application pourra consulter sur une carte les données compilées sur les SDF pour leur venir en aide. Utilisateur d’Homeless Plus, Eric témoigne sur le site de l’application : « Mon fils et moi avons discuté cinq minutes et donné un sandwich et un litre de jus de pomme à Fred. Là, ses yeux se remplissent de larmes, dur de trouver les bons mots. L’agitateur de bonne humeur que je suis prend un coup d’humanisme. » Gloire à Homeless Plus ! Imaginez une horde de bienfaiteurs penchés sur leur smartphone venus vous apporter leurs vieilles couvertures ou un fond de café sans que vous n’ayez rien demandé...

    #Entourage #SDF #Misère_du_numérique #Contrôle_social

    • « Sous couvert de se donner bonne conscience en apportant au pied des gens ce dont ils ont besoin, Entourage rend confortable la rue, s’inquiète le directeur des Enfants du Canal. Notre travail c’est que les personnes trouvent en premier lieu un toit. Les associations n’ont pas le monopole de l’aide aux sans-abri, mais cette application favorise une certaine ’’ #uberisation ’’ de l’action sociale. »



  • « Faire les blocages m’a débloquée ! »
    Par Christophe Goby
    http://cqfd-journal.org/Faire-les-blocages-m-a-debloquee

    Sandrine trouve qu’elle n’a plus de vie depuis le mouvement social : « Je bosse puis je pars au blocage, une douche puis dodo. » La fatigue se lit sur certains visages mais d’autres viennent les remplacer. Plus frais, avec la pêche comme cette militante CGT qui arrive de l’aéroport : « Mon patron m’a fait péter les plombs. Je faisais 287 heures avec une voiture pas assurée. Cette espèce d’ordure faisait rouler les salariés sans assurance depuis un mois. » Cette cadre commerciale désormais au chômage bossait dans la télématique embarquée, comme elle, mais dans la galère : « Mon secteur ? La France ! Il me collait un premier rendez-vous à Bordeaux à 8 h 30 en partant de Clermont-Ferrand. Après, second rendez-vous à Hendaye à 14 h 30 puis Brive à 18 h 30 puis le lendemain rebelote Besançon le matin. » Le burn-out l’éjecte de son inconfortable strapontin en juillet dernier. « Un jeune collègue a fait une crise d’épilepsie. Au bout de trois mois, il a pété les plombs. Et toi ? Six mois au fond du trou ! Remis en selle au CHU après des crises d’angoisse ? Tu parles, moi qui faisais 130 000 kilomètres par an. Heureusement la lutte a commencé et ça m’a fait un bien fou ! Tu peux pas savoir ! » me balance-t-elle avec un grand sourire. « Faire les blocages m’a débloquée ! »

    #Blocage #Grèves


  • Marseille : Quartier Debout !
    Paru dans le CQFD n°144 – actuellement en kiosque.
    Par Bruno Le Dantec
    http://cqfd-journal.org/Marseille-Quartier-Debout

    Cette ville ne fait rien comme les autres. Alors qu’à Paris la Nuit Debout habitait littéralement la place de la République, la Nuit phocéenne en est restée aux balbutiements et n’a dépassé que rarement l’égrenage de tours de parole, peinant à s’articuler et à déboucher sur des pratiques communes. Chacun-chacune y allait de son laïus : qui sur la VIe république, qui sur « tout le pouvoir aux travailleurs », qui sur l’insurrection qui vient, qui sur le constat d’impuissance dans la transmission du vécu des anciens. Nuit Debout a d’ailleurs une granse sœur, plus speed : « 13-en-lutte », davantage soucieuse de convergence avec les mobilisations sociales en cours. Ce qui lui a valu de subir le harcèlement policier avec l’encerclement d’une de ses réunions sur la fontaine des Mobiles, en haut de la Canebière, par des CRS qui empêchaient les badauds de se joindre à elle et ses participants de sortir du cercle, selon la tactique de la nasse.

    Parallèlement, le quartier de La Plaine, connu dans toute la ville pour son marché tri-hebdomadaire et sa vie nocturne, expérimentait une fièvre plus prosaïque. La mairie veut y imposer un chantier de rénovation d’au moins deux ans qui menace d’étouffer le marché et la vie alentour. Préoccupation « de proximité » qui n’empêche pas habitants, habitués et forains d’être conscients que s’opposer à ce projet, c’est toucher du doigt les mêmes mécanismes de prédation et de dépossession qui inspirent la loi El Khomri.


  • Les mosaïques de la Corniche mises au ban par la mairie | Marsactu
    https://marsactu.fr/mosaique-corniches-mises-ban-mairie-marseille

    Depuis janvier, les joggeurs de la corniche Kennedy pouvaient observer les bancs de béton se couvrir progressivement d’une mosaïque colorée. Ce projet, mis en place par l’art-thérapeute Paola Cervoni associait plus de 1000 personnes, notamment des élèves dans le cadre des activités périscolaires. Face à la demande de la mairie de retirer les œuvres, la responsable associative a lancé une pétition et devra plaider sa cause lors d’un rendez-vous le 8 juin.

    #paywall

    Le projet
    http://madeinmarseille.net/11339-corniche-banc-art-mosaique

    Sur un air de parc Güell à Barcelone. C’est une super nouvelle pour les amateurs de #street_art, un art qui se déploie dans la ville, sur les murs, le mobilier, le sol, partout où l’art peut trouver une place. Le plus long #banc du monde, va devenir le plus long banc en #mosaïque du monde, grâce à une association marseillaise menée par Paola Cervoni.


    #Marseille #art #art_thérapie #crétin_abyssal (devrait consulter une art thérapeute)


  • Les Libres Républiques

    Par le collectif Mauvaise Troupe

    http://jefklak.org/?p=3035


    Après la parution de Constellations en 2014 et de Défendre la ZAD en janvier 2016, le collectif Mauvaise Troupe publie Contrées, histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et de la lutte No TAV dans le Val de Suse , aux éditions de L’Éclat. Le livre retrace les moments d’intensité et les événements plus quotidiens de ces deux mouvements contre l’aéroport et la ligne de TGV Lyon-Turin, à travers la voix de leurs protagonistes. On y découvre la nécessaire transmission de ces expériences politiques majeures dans leurs pays respectifs. L’extrait reproduit ici revient sur deux épisodes de l’histoire No TAV, où l’opposition au Train à grande vitesse fait écho aux pratiques menées sur la ZAD du nord de Nantes : les Libres Républiques de Venaus en 2005 et surtout de la Maddalena en 2011. Des luttes de territoire puissantes, où actions directes et occupations pacifiques ont su se mêler pour durer, et qui peuvent inspirer les occupations de place et le mouvement social en cours…


  • À f‌leur de banlieue : Les Gracieuses, de Fatima Sissani

    par Bruno Le Dantec

    http://cqfd-journal.org/A-f%E2%80%8Cleur-de-banlieue-Les

    Comment un film sur une bande d’amies du Val-de-Marne soulève-t-il autant de débats lors des projections publiques ? Peut-être parce que, tout en douceur, il met le doigt là où ça saigne. Et révèle le soupçon maladif auquel sont soumises les identités multiples dans ce pays. Conversation avec Fatima Sissani.


  • Commerce à Rennes. L’état de catastrophe économique réclamé à M. Valls

    http://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/commerce-rennes-letat-de-catastrophe-economique-reclame-m-valls-4240161

    Le président de l’Union des entreprises 35 (Medef), a adressé ce vendredi une lettre ouverte au Premier ministre Manuel Valls pour lui demander de « constater et déclarer un état de catastrophe économique » à Rennes.

    Guérilla urbaine
    « Depuis de trop nombreuses semaines, la ville est le théâtre de scènes de guérilla urbaine. Les Rennais dans leur ensemble, les acteurs économiques de proximité (commerçants, restaurateurs, entreprises de services,….) qui font battre le cœur de la cité en sont quotidiennement les victimes », déplore Philippe Jolivet, président de l’UE 35, pour qui « la situation est devenue aussi insupportable qu’intolérable ».


  • À Relire :

    Nous sommes tou-te-s une raffinerie

    Grève générale et grève humaine

    https://paris-luttes.info/nous-sommes-tou-te-s-une-5485


    On se souvient du mouvement des retraites, lorsque les dépôts d’essence et les raffineries étaient bloqués par leurs ouvriers : il ne manquait plus grand-chose pour que le blocage du pays soit effectif. Il ne manquait pas grand-chose pour que les autres travailleurs et travailleuses ne puissent plus se fournir en essence et aller au turbin. Peut-être aurions-nous alors fait ce que nous faisons aujourd’hui, en nous réunissant autour d’une place pour nous rencontrer, partager nos conditions d’existence et imaginer des moyens d’organisation et de lutte.

    (...)

    Nombre d’activités précarisées du tertiaire fonctionnent sur la production des savoirs et de l’intelligence collective, par l’éducation ou la création, par l’art ou l’accueil, par les services ou les associations. Or à travers tous ces métiers où l’on donne souvent beaucoup de soi, de son temps et de sa vie, nous produisons aussi de la valeur et nous faisons tourner l’économie. Chaque minute durant laquelle nous engageons nos corps et notre temps dans une mission ou un job est une minute qui échappe à la lutte contre notre précarisation. Nous pouvons donc nuire à ce système : il suffit de bloquer, nous aussi, nos ports et nos raffineries et de réorienter notre intelligence collective.

    (...)

    Pour qu’une grève générale advienne, il ne faudra pas seulement compter sur les autres, sur celles et ceux qu’on oublie ou qu’on rejette en dehors des mouvements : les prolos, les racisé.e.s, les pauvres, les réfugié.e.s, les expulsé.e.s, les emprisonné.e.s, les transformé.e.s, les inaudibles. Pour qu’une grève générale advienne, il faudra qu’elle parte de partout, dans tous les sens, sous toutes les formes et avec tout le monde. Enfin, pour qu’une grève générale triomphe, il nous suffira de refaire nôtre un mot d’ordre qui date des années 1960 et qui est peut-être la chose avec laquelle nous sommes toutes et tous ici d’accord : il n’y aura pas de retour à la normale .

    Place de la Commune, Paris, Nuit Debout, 25 avril/54 mars.