CRIPURE

« Les mots savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. » René Char


  • Si je meurs au combat...


    "Une nuit, ils ont fait une erreur...Trente-trois villageois ont été blessés. Treize tués, dont Bi Thi Cu, deux ans ; Dao van Cu, le frère de Bi, quatre ans ; Le Xi, deux ans ; Dao Thi Thuong, neuf ans ; Pham Thi Ku, quatre ans ; Pham Khanh, quinze ans ; Le Chuc, huit ans ; Le Thi Tam, dix ans...des enfants."

    Tim O’Brien est né en 1946 à Austin dans le Minnesota. Ouvertement contre la guerre du Vietnam, il pense d’abord déserter au Canada ou en Europe mais sera finalement incorporé dans la Troisième Section, où il passera un an, en 1969 et 1970.

    Dans "Si je meurs au combat" O’Brien témoigne.
    C’est désormais un classique sur la guerre du Vietnam.
    La guerre au quotidien. La peur, le courage, la lâcheté, la folie.
    Le massacre de My Lai, le racisme, les drogues pour tenir, les ordres absurdes et contradictoires, les politiques planqués dans leurs bureaux...
    La guerre vécue et vue par un grand écrivain.
    Remarquable ! Indispensable !

    "On n’était pas tous des lâches. Mais gagner la guerre, c’était pas notre unique vocation."


  • Peuple de la Terre.

    « Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Colombiens des Mayas, les Argentins descendent du bateau. »

    Caryl Férey , pour notre plus grand plaisir, a pris la bonne habitude de nous emmener dans des contrées lointaines.
    Après la Nouvelle-Zélande avec "Haka" et "Utu" , l’Afrique du Sud avec "Zulu" , nous voici en Argentine avec "Mapuche" .

    Un Mapuche est un indien d’Amérique du Sud.
    Mapuche signifie « peuple de la Terre ».
    Les indiens mapuches habitent le sud de la région andine entre le Chili et l’Argentine.

    Jana est mapuche, "fille d’un peuple sur lequel on avait tiré à vue dans la pampa".

    « Ecrasés militairement lors de la Grande Battue à travers la pampa comme des lapins à coups de Remington, livrés aux écoles religieuses ou comme esclaves. »

    Elle est sculptrice dans un squat d’une ancienne gare.
    Jana sculpte des bouts de ferraille. De la récup’.
    En boucle, elle écoute Jesus Lizard , groupe mythique de « noise rock ». De bon goût, ma foi.
    Elle a 28 ans et un look de guerrière. Elle garde près d’elle le couteau mapuche que lui a légué son arrière grand-mère.

    Ruben est détective privé. La quarantaine coquette.
    Son père, poète célèbre et sa petite soeur sont torturés.
    Ils vont mourir...presque devant ses yeux.
    Atroce !

    En pleine Coupe du monde de football. En 1978. Deux ans après le coup d’Etat de Videla.
    L’Argentine sera sacrée championne du monde.
    C’est Videla, chef de la junte militaire, qui remet la coupe au capitaine argentin.
    Les insouciants houras des supporters couvrent les horribles cris des suppliciés à deux pas du stade.

    Nous sommes à présent dans la nouvelle Argentine, celle d’après la dictature, celle d’après la crise.

    « Les banques et des multinationales avaient fait les poches du cadavre politique du pays... »

    Un cadavre encore chaud, brûlant.
    Les tortures, les meurtres des opposants et les disparitions d’enfants volés du Général Videla et de sa complice église catholique argentine.
    C’était il y a plus de 30 ans et pourtant...

    Jana et Ruben, ces deux blessés à vif, au passé ensanglanté, vont se retrouver mêlés à une sordide histoire.
    Normal nous sommes dans un thriller, brrrrr...
    "Ancêtres ou disparus, ils couraient tous les deux après la même chose : des fantômes."

    L’Histoire de l’Argentine.
    Toute l’Histoire de l’Argentine et ça va nous économiser au moins des tonnes et des tomes de livres d’Histoire assoupissants et prétentieux. (V’là déjà une bonne nouvelle !)

    Celle des conquistadors "qui avaient recherché en vain ces fabuleuses mines d’argent dont parlait la légende, et qui avaient donné le nom de cet eldorado dépressif : l’Argentine."

    Celle des Mères de la Place de Mai et des Abuelas.
    Celle des militaires sanguinaires.
    Celle des Vols nocturnes de la Mort où les « subversifs » endormis au Penthotal sont jetés d’avion en pleine mer.
    "Un mort, c’est un chagrin. Un million, une information."
    Celle d’une traite église.
    "Iglesia ! Bassura ! Vos sos la dictatura !" (je vous laisse traduire)

    Férey excelle à nous raconter des histoires dans l’Histoire.
    L’écriture maîtrisée et efficace de Férey (trois années d’écriture non-stop) reste toujours émouvante et poignante.
    Certes certains passages du livre sont difficilement supportables.
    Mais cette littérature là sait nous montrer les hommes tels qu’ils sont...parfois, trop souvent : cruels et bêtes, sadiques et pervers, aveuglés et soumis !

    « Le soleil grimpait dans le ciel bleu roi quand Jana quitta l’escalier, ses sacs à l’épaule. La Ford attendait devant la grille. Elle referma la porte coulissante sans écouter les supplices du prêtre. La Mapuche huma l’air du jardin des sculptures. Une odeur de gibier flottait quelque part, entre plaines et hautes herbes : c’était l’heure de la chasse... »

    Jana la mapuche est une guerrière sur la piste de la vengeance.
    Suivez-la bien...

    Terrible !
    Remarquable !
    Impressionnant !

    « Comme dans “Haka” et “Utu”, une deuxième partie se profile (qui n’est pas une suite) : elle se déroulera au Chili, plus spécifiquement autour des Mapuches et des lois anti-terroristes dont ils font l’objet. Mais c’est une autre histoire... »

    annonce Caryl Férey.

    Caryl Férey devient, au fil de ses livres, un véritable écrivain qui compte aujourd’hui...comme on dit d’un auteur de talent !

    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=mIERMxKaKCQ#t=51s


  • L’Amérique des déclassés.

    « Ce matin-là, très tôt, quand j’ai ouvert l’oeil, c’était déjà l’été. Sans quitter mon sac de couchage, j’ai regardé par la fenêtre. Le ciel était clair et bleu, presque sans nuages. »

    Ainsi commence l’histoire de Charley Thompson.

    J’ai un faible pour les livres publiés par la toute jeune maison d’éditions (quatre ans d’âge) "13e note Editions".
    "La maison a été créée en 2008 (première parution : printemps 2009) pour rendre compte d’une certaine contre ou para-culture avec la complicité de lecteurs et de libraires passionnés. La « 13e Note », c’est la musique suprême, l’inaccessible idéal qui inspire nos auteurs. Points clés de la ligne éditoriale : littérature américaine au départ mais ouverte sur le monde, beat, post-beat, underground, sex, drugs and rock’n’roll, autobiographie, transgression, autodestruction, rédemption…"
    http://13enote.com/index.php

    Spécialité maison : la découverte de jeunes auteurs américains nourris aux John Fante , Henri Miller , John Steinbeck ou Raymond Carver .
    Rien que du bon !

    Et là, ce Willy Vlautin que je ne connaissais pas, c’est du bon.
    J’ai adoré !
    Un délice de lecture. Un régal. Que du plaisir.
    Style épuré, mots simples, sobriété mais avec plein, plein d’émotions et d’humanité cachés dessous.

    L’histoire ?
    C’est celle de Charley Thompson, 15 ans, une sorte de Huckleberry Finn à la Mark Twain .

    Mère inconnue, père à la dérive.
    Charley se débrouille pour vivre. Comme il peut. Seul.
    Vols à l’étalage pour se nourrir.
    Charley aime courir. Il rêve de devenir un champion de football américain.

    Il va rencontrer Del, un vieil homme gérant d’une écurie de chevaux de courses. Ecurie, chevaux, tout est à l’image du bonhomme : en piteux état.
    Charley va travailler pour lui : nettoyer les écuries, promener les chevaux...faut bien manger.
    Charley va s’attacher à un cheval nommé "Lean on Pete"
    ...faut bien se confier à quelqu’un.
    "Lean on Pete" est le titre original du livre.
    Mais les aventures de notre Charley ne font que commencer...
    Il va aller de rencontres en rencontres, de caravanes délabrées en ranchs abandonnés, de villes en villes, de motels en motels à travers une Amérique loin, très loin de l’Amérique que chantait Joe Dassin (pas mal comme référence, non ? faudrait voir à réviser vos classiques de la chanson française).
    L’Amérique de la malbouffe, des déclassés, des alcooliques et des drogués.
    Attention, je vous vois venir avec vos grosses bottes de cow-boys toutes crottées, vous commencez à râler, oui, encore un bouquin dégoulinant de misérabilisme, du bien sordide quoi.
    Mais non. Tout le contraire. Ce livre est très attachant, très tendre.
    Vous aurez beaucoup, beaucoup de peine à quitter Charley et je vous vois même déjà verser une petite larme...ça la fout bien pour un cow-boy !

    Digne des plus grands "dirty realists" américains.
    Sais pas si je vous ai convaincus de lire ce livre mais je vous le dis bien clairement : lisez ce livre !

    « Mes personnages acceptent leur sort. Pour eux, ce n’est pas tant une lutte pour s’en sortir, qu’une lutte quotidienne pour rester à flot. »

    W Vlautin



  • Ma guerre d’Espagne - Sygmunt Stein | Seuil
    http://www.seuil.com/livre-9782021039320.htm

    Pour beaucoup, le mythe des Brigades internationales reste aujourd’hui encore intact. Et pourtant, derrière l’aventure héroïque de milliers de volontaires venus de tous les pays au secours de la République espagnole, se cache une autre vérité, déconcertante et douloureuse, que révèle ce témoignage sauvé de l’oubli.

    Sygmunt Stein, militant communiste juif en Tchécoslovaquie, bouleversé par les procès de Moscou qui ébranlent sa foi révolutionnaire, va chercher en Espagne l’étincelle qui ranimera ses idéaux. Mais arrivé à Albacete, siège des Brigades internationales, il se voit nommé commissaire de la propagande, poste où il découvre jour après jour l’étendue de l’imposture stalinienne. Très vite, la réalité s’impose à lui : « La Russie craignait d’avoir une république démocratique victorieuse en Europe occidentale, et sabotait pour cette raison le duel sanglant entre les forces démocratiques et le fascisme. » Tout ce qu’il croyait combattre dans le fascisme, à commencer par l’antisémitisme, il le retrouve dans son propre camp. La déception est à la mesure de l’espoir qui l’avait mené en Espagne : immense. Affecté par la suite à la compagnie juive Botwin, il sera envoyé au front pour servir de chair à canon.

    Des exécutions arbitraires du « boucher d’Albacete », André Marty, aux banquets orgiaques des commissaires politiques, en passant par les impostures de la propagande soviétique, Sygmunt Stein dénonce violemment dans son livre, écrit en yiddish dans les années 1950, et resté inédit en français, la légende dorée des Brigades internationales.

    http://www.seuil.com/extraits/9782021039320.pdf




  • Sale temps de crise.

    « Ce qui vraiment l’avait fait craquer, il aurait été incapable de le dire.
    Simplement, il leur dit qu’il n’en voulait pas, de leur boulot de merde.
    Et il sortit la bombe. La posa sur la table et maintint son doigt enfoncé sur le déclencheur. »

    Vous connaissez tous l’histoire de Clyde Barrow et Bonnie Parker ?
    Très bien.
    Alors voici venir l’histoire tragique de Larry et Lu.
    Larry, la quarantaine, ancien ingénieur acousticien se retrouve au chomâge avec son couple avec enfant qui se délite.
    Sale temps de crise !
    Lu, à peine sortie de l’adolescence, a déjà tout vu, tout connu, la misère et la violence.
    Ils n’auraient jamais du se rencontrer, et pourtant...
    Ils n’ont plus rien à perdre, tout à gagner.
    Ils vont semer la terreur : braquages, meurtres...no futur !

    Christian Roux nous embarque, droit dans le mur, dans ce roman trop court à mon goût.
    Ici, pas de thèses fumeuses ou de théories prêtes à penser.
    L’auteur montre sans démontrer.
    Les dégâts d’une crise économique mortelle, le manque d’amour, le racisme, l’indifférence, les inégalités.
    Efficace !

    « Il voulait mourir, maintenant, et il savait comment. »




    • Je l’ai écoutée il y a deux jours en direct de Cannes : l’a pas pu s’empêcher de tenir ce putain de discours langue de bois. « Avec moi à la culture, et Peillon à l’éducation... gnagnagna »

      Le problème, c’est que qui y croit encore aujourd’hui, au blabla des socialistes ?

      Parce que c’est certain, quand tu es au RSA, que la TVA soit à 5,5 sur les bouquins, tu t’en fous un peu, quoi.

      Quand tu n’as pas de boulot, tu veux d’abord en trouver un, un vrai, avec un salaire normal qui te permette de vivre un peu, avant de pouvoir ouvrir un livre... Moi, je les achète chez les bouquinistes. Plus les moyens d’aller chez un vrai libraire.

      Mais bon, je dois avoir mauvais esprit...

    • Normalement les produits alimentaires n’étaient pas touchés par la TVA à 7%

      Le plan d’ajustement du déficit public, annoncé par François Fillon le 7 novembre 2011 afin d’assurer l’équilibre des Finances publiques, a prévu de créer un taux intermédiaire de TVA de 7%.

      Ce nouveau taux de TVA s’applique à compter du 1er janvier 2012 à l’ensemble des produits aujourd’hui soumis au taux de 5,50%, y compris sur les produits de la restauration rapide, à l’exception des seuls produits de première nécessité.

      En conséquence, restent soumis au taux de TVA réduit à 5,50% : les produits alimentaires, les abonnements au gaz et à l’électricité, ainsi qu’à des réseaux de fourniture d’énergie, et les équipements et services à destination des personnes handicapées.

      http://www.net-iris.fr/veille-juridique/actualite/28598/quatre-taux-de-tva-en-vigueur-en-france.php






  • Haute tension !

    « Tu t’es servi de nous. Tu nous racontais qu’on n’avait aucun avenir, qu’on devait se battre pour gagner une vie meilleure. Tu nous fourrais les armes entre les mains et tu nous envoyais à ta place. »

    Gerry Fegan vit avec ses fantômes. Hanté par son passé.

    Gerry était l’exécutant des basses oeuvres, le tueur à gages de l’IRA, l’Armée Républicaine Irlandaise.
    En anglais : Irish Republican Army, en irlandais : Óglaigh na hÉireann.
    C’était il y a une vingtaine d’années.
    Le sale boulot, c’était lui. Il avait dix-huit ans, à peine.
    Déposer une bombe, achever un blessé, abréger les souffrances d’un prisonnier torturé.
    C’était lui.
    Gerry le bourreau.

    Il était aux ordres d’une nébuleuse hiérarchie.
    Celle de l’IRA.
    L’IRA c’était une armée comme toutes les armées.
    Avec ses grands chefs, ses sous-chefs et ses petits soldats envoyés au front.
    Les gants blancs et les mains sales.

    Gerry sort de prison. Il a payé.
    Dehors, à sa libération, douze fantômes l’attendent.
    Douze, comme les douzes Apôtres.
    Les douzes personnes qu’il a assassinées.
    L’alcool ne pourra rien y faire. Ils sont bel et bien là à le poursuivre, nuit et jour. Et ils demandent vengeance.
    Ils les appellent ses « suiveurs ».

    « Ces ombres, elles lui étaient apparues pendant les dernières semaines de son séjour à la prison de Maze, il y avait un peu plus de sept ans. On venait de lui communiquer sa date de sortie et, ce jour-là, il avait la bouche sèche en ouvrant l’enveloppe cachetée qui contenait l’imprimé. A l’extérieur, les politiciens luttaient pour obtenir la libération de centaines d’hommes et de femmes comme lui qu’ils appelaient ‘’prisonniers politiques’’. »

    Gerry a perdu la boule.
    Gerry la victime.
    Il parle à ses fantômes qui lui demandent d’exécuter les commanditaires de ses meurtres.
    Et il va leur obéir.
    Les vrais coupables doivent payer : les grands chefs et les sous-chefs, tous !
    Alors Gerry va commencer sa chasse à l’homme.

    Certains sont maintenant au sommet.
    Des politiques respectables.
    Costume-cravate, belles voitures et belles nanas importées des pays de l’est. Argent louche.
    En façade, les beaux discours indépendantistes sous la bannière irlandaise.
    Le processus de paix est en marche en Irlande du Nord.
    Alors que vont devenir tous ces tueurs, ces soldats de la « bonne » cause ?
    Certains qui s’avèrent à présent gênants seront tout simplement liquidés ou explicitement sommés de disparaître.
    D’autres déposeront les armes et se reconvertiront dans la noble politique ou dans un honorable commerce ou...dans la mafia.
    Beaucoup ne s’en remettront pas : alcool, drogue, suicide, dépression.

    « La lutte pour la réunification avait perdu son sens, le Nord incarnant maintenant le parent pauvre, les enfants bâtards qu’on avait pas le coeur de renvoyer. Mais l’autre Irlande ne voulait plus d’eux. »

    Gerry va mettre son grain de sel, son poing sur la table, arme au poing dans cette « nouvelle Irlande » et raviver les plaies encore entrouvertes.
    A vif !
    Les anciennes haines, les batailles de rues dans le quartier de Falls Road, le « bloody sunday » les attentats, les meurtres de sang froid, les braquages, les prises d’otages, les tortures, les trahisons et les agents doubles, les obscures tractations politiques en coulisse.
    Neville porte un regard implacable sur l’IRA qui va faire grincer bien des dents dans les chaumières irlandaises.

    Gerry veut s’en sortir.
    D’abord arrêter de boire. Puis se débarasser de ses fantômes. Enfin refaire sa vie avec Marie.
    La troublante Marie au passé trouble...
    Un espoir, la rédomption, peut-être...
    L’amour, toujours l’amour.
    Mais Gerry est devenu trop dangereux.
    Il faut s’en débarasser. A tout prix !
    La double chasse à l’homme commence...

    Nous sommes dans un thriller (de l’anglais to thrill, frémir).
    « La caractéristique commune des œuvres appartenant au thriller est de chercher à provoquer chez le spectateur ou le lecteur une certaine tension, voire un sentiment de peur (qu’il doit cependant trouver agréable) à l’idée de ce qui pourrait arriver aux personnages dans la suite du récit. »
    Merci Wikipédia.

    Et là, dans ce thriller politique, ça marche, ça court même.
    La mort au trousse.
    Dans les rues de Belfast coule le sang. Veines catholiques et veines protestantes : le même sang irlandais.

    Cher lecteur déjà apeuré, déjà intrigué, ce thriller de Stuart Neville (un premier roman) est haletant, suffocant, terrifiant, sanglant, étouffant, opressant, bouleversant, angoissant, passionnant, stressant, excitant, surexcitant, saisissant, puissant, captivant...

    N’ayons pas peur des mots !
    Voilà, j’ai usé mes fonds d’adjectifs sur les bancs de cette lecture.
    Rien que pour vous !
    Faut que j’en garde pour mes prochains livres quand même.

    Bref, vous m’avez compris, c’est un très très bon roman.
    Bu d’une traite en me rongeant les ongles d’une main...l’autre tenant ferme une Guinness...pour me détendre, brrrrrrrrrrr...
    j’en ai encore des frissons...

    A lire avec les yeux derrière la tête et les portes verouillées !

    « Les lieux que ne hantent pas les fantômes du passé sont des déserts. »

    John Hewitt

    Stuart Neville est originaire d’Armagh, en Irlande du Nord. Après des études de musique, il s’est consacré au design multimédia.

    « Le meilleur premier roman que j’ai lu depuis des années... Une folle virée au pays de la terreur. »

    (James Ellroy, oulala, rien que ça ?)

    PS : ah, oui, j’oubliais, double tour les portes, double tour !

    A ranger entre le « Retour Killibegs » de Sorj Chalandon et « Les lieux infidèles » de Tana French.


  • LE livre sur les Stones !

    S’il n’y en avait qu’un, ce serait celui-là.
    Suis en plein dedans...les Stones en tournée, comme si vous y étiez.
    Le Londres des années 60, la mort de Brian Jones, le célèbre concert tragique d’Altamont...
    Et pourtant, Dieu sait si j’en ai lu des livres sur les Stones.
    Les Stones des années 60-70, parce qu’après, hum, hum, je n’en dirai pas plus...

    Dance with the Devil (Flammarion), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maud Ortalda et Matthieu Farcot, 480 pages, 21,90 €

    http://www.lesinrocks.com/2012/05/13/musique/dance-with-the-devil-le-meilleur-livre-jamais-ecrit-sur-les-rolling-ston

    Ecoutez-moi ce morceau : ça sent le Diable, le sexe, l’Afrique...

    http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=qE66txjCJYM


  • AVIS A LA POPULATION :
    recherche écrivain français...VIVANT !

    Haletant, époustouflant, envoûtant, saisissant, renversant, géant, tonitruant, crispant, décapant, grinçant, fascinant, enthousiasmant, déconcertant, déroutant, éclatant, entêtant, exaltant, excitant, inquiétant, militant, palpitant, promettant, ravigotant, ébouriffant, suffocant, provocant, choquant, mordant, débordant, transcendant, glaçant, angoissant, bouleversant, éblouissant, fracassant, ravissant, réjouissant, stressant, emballant, exigeant, étincelant, foudroyant, pétillant, émoustillant, distrayant, édifiant, terrifiant...

    Méfiez-vous des 4ème de couverture !

    9 fois sur 10, ces livres sont navrants, emmerdants, chiants...
    bon je ne vais pas recommencer la litanie.

    De la littérature sans estomac.

    D’inoffensifs produits d’entretien. A peine.
    Du light. Insipide, inodore, incolore...indolore.
    Du fric, du fric, du fric...

    Mais que font-ils donc aujourd’hui, nos écrivains ?
    Qu’ont-ils à montrer chaque année, nos artistes ?

    Citez-moi un auteur français vivant qui vaille la peine.
    Je suis preneur.
    Faites-moi signe !
    Allez, oui, peut-être, Chevillard, Daenninckx, Slocombe, Lesbre, Chessex, Michon, Gailly, Rouaud, Haennel ...mouais...

    Et puis après ?
    Dites-moi un roman marquant d’aujourd’hui, ça m’intéresse.

    Un lecteur en colère.


  • Nouvelle croisade : qu’on les mène au bûcher !

    Manifestation des catholiques « tradi » contre les promesses « destructrices » de Hollande
    France - Actualités sur orange.fr
    http://actu.orange.fr/france/manifestation-des-catholiques-tradi-contre-les-promesses-destructrices-d

    http://www.lexpress.fr/actualite/societe/paris-des-catholiques-traditionnalistes-defilent-contre-les-promesses-de-fr

    Slogans vus et entendus :

    « Sainte Jeanne d’Arc sauvez la France »

    ou encore

    « La France est chrétienne et doit le rester ».


  • Hollande, ça commence mal !

    Hollande rendra hommage à Jules Ferry mardi 15 mai à Paris.
    L’aurait pu trouver quelqu’un d’autre que ce raciste-républicain, notre bon vieux Jules Ferry qui disait :

    « Je vous défie de soutenir jusqu’au bout votre thèse qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des
    races inférieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races
    supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. »

    Jules Ferry (1832-1893, Débats parlementaires du
    28 juillet 1885)

    • Réponse de Georges Clémenceau, le 30 juillet 1885
      http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article177

      Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n’est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit. L’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette unique prétention. C’est le génie même de la race française que d’avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d’avoir compris que le problème de la civilisation était d’éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles. [...] Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! [...] Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium qu’il répand, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’homme !

      Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie. »

    • « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… (…) Ces devoirs ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents (…). Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation. »

      Discours de Jules Ferry prononcé à la Chambre des députés le 28 juillet 1885 (« Les fondements de la politique coloniale)


  • AMIS d’ISTRATI, levez-vous !

    « Qu’est-ce que ça veut dire haïdouc ?
    – Tu ne sais pas ? Eh bien ! C’est l’homme qui ne supporte pas ni l’oppression ni les domestiques, vit dans la forêt, tue les gospodars cruels et protège le pauvre. »

    Panaït Istrati est de la famille.
    J’ai, de lui, de précieux livres dédicacés à mon nom, à Yvonne plus exactement, membre de ma famille et du Comité des Amis de Panaït Istrati.

    Parmi les membres de ce Comité : Joseph Kessel , Edgar Morin, Marcel Mermoz , bien d’autres femmes et hommes de bonne volonté et...ma chère Yvonne.

    Panaït Istrati ?
    On l’a surnommé le "Gorki des Balkans" .
    Un écrivain roumain autodidacte décédé en 1935.
    Fils d’un contrebandier grec et d’une paysanne roumaine, il sera un vagabond du monde au service de la classe ouvrière, de la veuve et de l’orphelin.
    Son père est tué par les garde-côtes alors qu’il est encore bébé.
    Pas d’école entre quatre murs, pas de tableau noir, l’école de la vie, l’école de la route, l’école des chemins...de fer.
    Fichu tableau de bord !

    Il fait tous les métiers ou...presque !
    Comme Blaise Cendrars , comme Jack London , comme Joseph Kessel , comme Joseph Conrad ...
    Ces gars-là m’ont donné des ailes de géant m’empêchant de marcher...droit.
    Merci à eux !

    Enfant, le soir, pour m’endormir (m’évader) je ne comptais pas les moutons de Saint-Exupéry mais les wagons du Transsibérien de la petite Jehanne de France.
    Encore merci Blaise !
    Petit-fils et fils de cheminot, moi-même cheminot, un temps (soit peu), j’ai gagné mon pain dans les salles des pas perdus.
    Des gares, des livres (mes livres de gare, livres de garde) je n’en ai pas perdu une miette.

    Panaït erre au gré de la misérable marée humaine et regarde.
    Il sait regarder.
    Puis il va noter, apprendre à écrire comme on apprend à raconter.
    Sur les conseils et les encouragements de Romain Rolland, il va se lancer dans l’écriture comme on largue les amarres.

    « Il est conteur-né, un conteur d’Orient, qui s’enchante et s’émeut de ses propres récits, et s’y bien s’y laisse prendre qu’une fois l’histoire commencée, nul ne sait, ni lui même, si elle durera une heure, ou bien mille et une nuits. »

    écrivait Romain Rolland.

    Panaït écrira en français, sa langue d’adoption.

    D’abord communiste, il va vite déchanter après un voyage dans la nouvelle U.R.S.S. en 1927. De ce voyage « initiatique » il écrira « Vers l’autre flamme ». Témoignage polémique, à contre-courant qui lui vaut de nombreuses attaques et autres calomnies de ses frères « camarades ».
    Sept ans avant le « Retour d’URSS » d’André Gide !

    Istrati meurt d’une tuberculose, trop jeune, trop pauvre mais libre jusqu’au bout des doigts d’écrivain, refusant tout aveugle endoctrinement.

    « Il a voyagé, erré, cheminé, traîné, dormi sous le soleil et les étoiles, sur les routes et à fond de cale, la faim au ventre mais le rire aux yeux, parce que son besoin de découvertes, d’imprévu, d’aventures, d’échanges nouveaux était plus pressant, plus puissant que celui du pain. »

    disait de lui Joseph Kessel.

    Ses romans racontent les opprimés, les bandits.
    Ce sont des romans d’aventures...humaines.
    De cape et d’espoir.

    Les haïdoucs sont des bandits roumains de grands chemins. Des durs à cuire aux coeurs tendres.
    Ils volent les riches pour donner aux pauvres.
    Tiens, tiens !
    Quand j’étais petit j’ai eu les panoplies de Robin des Bois et de Thierry la Fronde pour Noël.

    Ces mystérieux justiciés qui vivent dans les forêts vont vous transporter dans le monde féérique d’Istrati.

    Vous allez chevaucher avec la belle et sauvage Florea Codrilor

    « l’amante de la forêt, l’amie de l’homme libre, justicière de l’injustice. »

    Ou alors allez longer les méandres du Danube aux bras de Kyra Kyralina.

    « Etourdie et narquoise, avec son petit nez un peu rabattu, son menton saillant, les deux fossettes où le dieu de l’Amour avait planté deux grains de beauté presque symétriques, Kyra mécontentait ses amoureux et moi avec ses espiègleries, ses railleries, ses plaisanteries. Les premiers voulaient obtenir davantage et moi je jugeais qu’elle leur donnait trop. »

    Waouh, ça fait rêver non ?

    Ecoutez, Istrati vous raconte sa vie.
    Ouvrez les yeux, Istrati vous montre la vie.

    Fermez les yeux, laissez vous aller, laissez vous lire et regardez.
    Voilà, c’est ça, vous y êtes.

    Au pays des gendarmes et des voleurs, des cowboys et des indiens, des gentils et des méchants.
    Le pays de l’enfance...
    Istrati vous promet monts et merveilles et tout ça pour pas un rond, ou presque ?

    « C’est cela que je suis : solitude et solidarité. »

    Suivent les Tomes 2 et 3.


  • Olivier Martinelli, le Rock-mancier
    de "La nuit ne dure pas"

    http://www.francetv.fr/culturebox/olivier-martinelli-le-rock-mancier-de-la-nuit-ne-dure-pas-94353

    Vous aimez le romancier américain John Fante ?
    Vous aimez le rock’n’roll ? Le Velvet Underground ?
    The Strokes ? Brian Jonestown Massacre ?
    Ca vous dit rien tout ça ?

    Pas grave, voici l’histoire des Kid Bombardos.
    Trois frères rockeurs originaires de Bordeaux. Basse, batterie, guitares. Point barre.
    Pourquoi les Kid Bombardos ? C’était le nom de « ring » de leur arrière-grand-père boxeur. De quoi donner du punch en concert !
    Ce que nous raconte Olivier Martinelli , c’est l’histoire de ce groupe, une sorte de road-movie quoi.
    Chaque chapitre a pour titre une chanson : comme « Trying To Find A Home » des Tindersticks ou bien « Sunday Morning » du Velvet.
    La bande-son est fournie, alors cher lecteur, branchez vos écouteurs mp3 et laissez-vous aller...monter dans le magic bus !

    Bon mis à part que j’aime bien la musique proposée, mis à part que j’aime bien John Fante, le romancier américain qui influença Bukowski, mis à part que j’aime bien la « pt’ite » maison d’édition "13E Note Editions" qui publie Dan Fante, le fils de John (vous me suivez ?), et bien, et bien j’ai bien aimé lire ce roman « La nuit ne dure pas. »
    Chaque membre de cette famille musicienne raconte, à sa façon, l’aventure du groupe. Les tournées, les soirées arrosées et enfumées, les concerts, les démêlés avec les maisons de disques, les amours et les désamours...
    L’écriture de Martinelli est très très influencée par les romanciers américains type Fante, un peu border-line.
    Phrases courtes, directes, sensibles et pudiques.

    « Certains disent qu’on boit pour oublier. C’est des conneries tout ça. On boit pour se souvenir de tout ce qu’on a perdu...On boit surtout pour prendre conscience de tout ce qu’on va perdre. » Remplacez « On boit » par « On écrit », ça marche aussi !

    « I now it’s only rock’r’roll but i like it »...
    Pas mal, pas mal...