• Make Capitalism History de Sutterlütti & Meretz (2023)

    Cet ouvrage en libre accès propose une alternative au capitalisme et au socialisme d’État à travers la modélisation d’une utopie post-marché et post-étatique. Cette utopie repose sur une valorisation accrue des communs, une économie politique féministe et des approches de planification démocratiques et participatives. L’ouvrage aborde la nécessité, pour la gauche, d’explorer des modes de production non capitalistes, l’incapacité des économies de marché vertes ou socialistes à engendrer un véritable changement social et écologique, et l’impératif de dépasser les conceptions traditionnelles de la réforme et de la révolution. Il examine à quoi pourrait ressembler une organisation socio-économique affranchie de la monnaie, du salariat, de la division patriarcale du travail et de la planification étatique centralisée. Il développe une approche de la transformation sociale fondée sur l’émergence de pratiques communes et de mouvements sociaux. Ce livre intéressera les militant·e·s, les étudiant·e·s et les chercheur·euse·s en quête de transformation sociale fondamentale, d’économie politique et d’économie féministe et marxiste. Cet ouvrage est en libre accès.

    (google trad)

    Simon Sutterlütti is an economist, sociologist, active at the CommonsInstitute and at the Netzwerk Utopie (“Network Utopia”).
    Stefan Meretz is an engineer, computer scientist, co-founder of the
    Commons-Institute and columnist at the Vienna magazine Streifzüge
    (“Wanderings”).
    Both blog on keimform.de and work in the project “Society After Money”.

    https://library.oapen.org/bitstream/id/eac66d20-f909-4855-bc83-4f6ad42d46ea/978-3-031-14645-9.pdf

    #capitalisme #post-monétaire

  • Il faut « sortir » du capitalisme mais je ne vous dirais pas comment
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2024/12/11/il-faut-sortir-du-capitalisme-mais-je-ne-vous-dirais-

    Dans la Préface à la deuxième édition allemande du Capital en réponse au reproche de s’être « borné à un simple démontage critique du donné » Marx, disait ne pas « formuler des recettes pour les gargotes de l’histoire ». Qu’est-ce que tu proposes ? J’ai publié un certain nombre de billets sur mon blog qui proposaient des analyses de […] L’article Il faut « sortir » du capitalisme mais je ne vous dirais pas comment est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    • Ou encore très récemment, lors d’un séminaire que je donnais à l’université d’Evry au département d’économie, c’est l’incrédulité et l’incompréhension qui ont été les réactions les plus nombreuses, ces (jeunes), économistes n’imaginant pas que la société puisse fonctionner autrement qu’elle le fait actuellement alors que s’accumulent pourtant les preuves de ses dysfonctionnements. Et c’est évidemment ce que pensent la plupart des gens et tout particulièrement les plus pauvres qui aspirent à une vie meilleure qui leur apparaît être celle de ceux qui n’ont pas de problèmes de fin de mois. D’où leur réticence à accepter les discours sur la « sortie » du capitalisme qu’ils assimilent au renoncement à leurs espérances (légitimes) d’amélioration de leur sort. Une grande majorité de gens semble penser que la consommation ne peut exister que sous les formes où elle existe aujourd’hui. Et il en est de même pour la production qui repose sur une division du travail tellement poussée que tout autre système d’organisation semble impossible, en particulier en ce qui concerne la hiérarchie, se traduisant notamment pas l’idée répandue que des chefs seront toujours nécessaires. Une idée complaisamment entretenue par les « élites » qui y voient à peu de frais une justification de leur domination.

      Avé la source : https://blogs.mediapart.fr/gilles-rotillon/blog/021224/il-faut-sortir-du-capitalisme-mais-je-ne-vous-dirai-pas-comment

    • Enfin, il faut bien comprendre que lutter contre le capitalisme, c’est agir pour changer son rapport social, en particulier en remettant en cause la propriété privée des moyens de production.

      C’est un peu court comme perspective de sortie du capitalisme. Une économie faite d’entreprises autogérées dont les travailleurs coopérant et possédant ensemble les outils de production ne nous ferait pas sortir du rapport social dans lequel on est actuellement pris.

      Lire contre le mythe autogestionnaire par exemple.
      https://infokiosques.net/spip.php?article805

    • Nous ne proposons pas de plan détaillé de la société communiste de l’avenir, mais le fait est que ce rêve de tous les êtres humains qui ont ressenti fortement le besoin de vivre ensemble, d’être débarrassés à tout jamais de l’argent, des bourgeois, de la nécessité de se vendre et de devoir tout acheter est toujours présent.
      (...)
      L’essence du capitalisme est la valorisation du capital par la production de marchandises dans le cadre d’unités productives autonomes. Cette valorisation est rendue possible par l’exploitation d’une marchandise particulière, la force de travail, capable de transformer des matières premières, d’utiliser des machines... pour créer de nouvelles marchandises dotées d’une valeur supérieure, une survaleur ou plus-value. Ensuite il faut que cette plus-value se réalise, que les marchandises se vendent. Le marché mondial est l’espace où les échanges s’opèrent : la vente doit s’effectuer pour que la plus-value extorquée au travail vivant se concrétise, se convertisse en argent. Ceci explique que chaque unité productive lutte pour elle-même contre les autres car dans ce mouvement de concurrence c’est à celle qui réussira le mieux à évincer les autres.

      Ce que ces autogestionnaires ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre c’est que toucher un salaire implique un échange : ma force de travail contre le fric sans lequel je peux crever dans ce monde où l’argent est roi. Le salaire est infamant de par son existence même, il veut dire que nous sommes en train de vendre notre vitalité humaine, de la broyer dans une vie étriquée, enfermée entre quatre murs, à produire pour le marché qui impose sa dictature. C’est se laisser totalement dominer par le processus infernal de la valorisation. Ce qui est absent de tout le verbiage de ces autogestionnaires c’est l’abolition du salariat.

      https://infokiosques.net/spip.php?page=lire&id_article=805

    • Bonjour Rastapopoulos et deum, c’est TerKo de l’Atelier, merci pour vos commentaires, je vous propose néanmoins de les porter directement sur notre site dans la zone prévue à cet effet en fin d’article... ainsi vous contribuerez à l’objectif de ce dernier qui est d’ouvrir des débats, des réflexions et de faire des propositions... dans l’attente de votre retour, bien à vous ! TerKo

  • Résumé de l’approche de la valeur de Graeber

    L’argent, par exemple, peut être considéré dans des termes marxistes comme la représentation (de l’importance) du travail productif (de la création humaine), aussi bien que comme le moyen par lequel il est mesuré et coordonné socialement ; mais il s’agit aussi d’une représentation qui fait exister la chose même qu’elle représente puisque, après tout, les gens travaillent pour avoir de l’argent. On peut raisonnablement penser que quelque chose du même genre se produit dans d’autres domaines. On pourrait alors soutenir que la valeur est la manière dont nos propres actions s’inscrivent dans l’imagination et que c’est toujours par transfert dans un langage social plus large, ou dans un système de significations, en s’intégrant dans une totalité sociale plus compréhensive. Cela se produit toujours au moyen d’un truchement concret, quel qu’il soit, qui peut être pratiquement tout et n’importe quoi : wanpum, performances oratoires, vaisselle somptueuse, artefacts kula, pyramides égyptiennes - et ces objets, à leur tour (à moins qu’ils ne soient des substances hautement génériques comme l’argent qui représente une pure potentialité), tendent à incorporer dans leur propre structure une espèce de modèle schématique de formes d’actions créatives qui les font exister, mais deviennent aussi des objets de désir qui finissent par motiver les acteurs à accomplir ces actions mêmes. Tout comme le désir d’argent pousse quelqu’un à travailler, le désir pour les signes honorifiques inspire des formes de conduite honorables, le désir de signes d’amour inspire une conduite romantique, et ainsi de suite.

    Possibilités p. 137

    Autrement dit, avec mes propres mots, la valeur est pour Graeber un signe matériel représentant un certain style d’actions, qui motive les personnes à accomplir ces actions. Les individus ne mènent donc pas ces actions pour elles-mêmes, mais pour acquérir ces signes, qui ont une importance parce que autrui leur accorde une importance (en cela, l’important n’est pas tant que le signe ait un support matériel, mais qu’il puisse être rendu public ).

    #Graeber #valeur #argent #anthropologie

    • Et de façon plus développée, dans ce passage :

      En qualifiant une forme de scansion des chefs de « médiation de valeur » [là il parle de la société Kayapo décrite dans les pages précédentes], ne serais-je pas en train de pousser la comparaison avec Marx au-delà de toute raison ? Quel point commun y a-t-il entre une oraison publique et un billet de banque ? Lorsqu’on étudie la question de plus près, on leur trouve de nombreuses propriétés communes. Voici une liste des qualités les plus notables que partagent tous ces « instruments de circulation », dans les mots de Turner :

      1. ils sont des mesures de valeur , car ils servent à marquer un contraste entre des degrés plus ou moins élevés de domination, de beauté, d’honneur, de prestige ou de toute autre qualité particulière valorisée. Cette mesure peut prendre l’une de ces 3 formes possibles :

      a. la présence/absence . Même quand il s’agit de valeurs uniques et incommensurables, la différence existe toujours entre le fait de les posséder (ou d’être identifié à elles) et le fait de ne pas les posséder. Les « beaux noms » Kayapo et les insignes qui leur sont associés, par exemple, ne sont pas ordonnés hiérarchiquement - chacun constitue une valeur en soi -, mais les cérémonies de remise de noms sont toutes organisées autour de la distinction entre « ceux avec la richesse », qui les portent, et « ceux qui n’ont rien », qui ne les portent pas - même si toutes les autres distinctions sociales sont effectivement dissoutes (Turner 1987 p 28).

      b. un classement, similaire à la hiérarchie des types de don établie par Gregory. Les genres de performance Kayapo sont eux aussi ordonnées hiérarchiquement : l’oraison des hommes est généralement considérée comme supérieure au chant des femmes, et la scansion des chefs comme supérieure aux deux autres.

      c. la proportionnalité , comme avec l’argent.

      Dans tous les cas, on mesure en fin de compte l’importance des énergies créatrices (par-dessus tout, dans le cas des Kayapo, celles consacrées à la création d’être humains pleinement socialisés) nécessaires à leur production.

      2. ils sont des médiations de valeur, car ils constituent les moyens concrets et matériels par lesquels cette valeur est réalisée. Autrement dit, il ne suffit pas que les signes de valeur fournissent un moyen d’établir un contraste entre les différents niveaux de valeur ; il est aussi nécessaire qu’il y ait des objets ou des performances matériels. Ces supports ont pour fonction d’actualiser ces valeurs de manière à ce qu’elles soient - au moins potentiellement - perceptibles par un public large (ce public, du point de vue de l’acteur, constitue plus ou moins la « société ») ou traduites en choses qui le sont.

      3. enfin, ces signes en viennent inévitablement à être considérés comme des fins en soi . Les vrais gens ont tendance à ne pas apprécier ces objets comme des « instruments » pour mesurer la valeur ou la transmettre, mais plutôt comme des incarnations de la valeur en soi, voire dans un style fétichiste très classique, comme l’origine même des valeurs (Turner 1979c pp 31-34)

      Ce dernier point est crucial, car il ouvre la voie à la réconciliation entre structure sociale et désir individuel, ce qui est précisément ce qu’une théorie de la valeur était supposée faire.

      La fausse monnaie de nos rêves p 127

    • Pour Marx, c’est sûr, notre imagination est ce qui fait de nous des humains. La production et la révolution constituent donc à ses yeux les deux actes d’humanité par excellence. L’imagination suppose la possibilité d’agir autrement ; aussi, regarder avec imagination le monde tel qu’il existe équivaut à l’examiner de manière critique ; essayer ensuite de faire naître une société que l’on a imaginée, c’est s’engager dans une révolution. Bien-sûr, les changements historiques sont rarement la conséquence de ce genre de prise de conscience : les personnes, la majorité d’entre elles en tout cas, ne cherchent pas délibérément à reproduire leur société ; elles sont simplement en quête de valeur ; c’est ce qui leur permet de transformer avec tant de facilité cette même société. Cela peut toutefois changer en temps de crise : un ordre social peut être principalement considéré comme une arène dans laquelle il est possible de produire et de réaliser certains types de valeur ; à ce titre, on peut les défendre (imaginez que l’une des sociétés dont il est question dans ce chapitre soit incorporée de force dans un Etat moderne), et, à l’inverse, celles et ceux qui pensent que ces types de valeur de correspondent pas à ce qu’elles ou ils recherchent peuvent aussi les contester. Dans toute situation sociale réelle donnée, nombre de ces totalités imaginaires sont à l’œuvre, articulées autour de conception différentes de la valeur. Elles peuvent être fragmentaires, éphémères, n’exister que sous forme de rêves ou de projets à demi réalisés, proclamées d’un air provocant par des sectaires ou des révolutionnaires. Il est tout simplement impossible de prévoir comment elles s’agenceront - ou pas. La seule certitude, c’est qu’elles ne concorderont jamais parfaitement.

      La fausse monnaie de nos rêves , p. 145

      #Marx #valeur

  • Robotique agricole

    Sur une chaîne appelée virilement Powerboost, un commercial affirme :

    A l’heure actuelle, la robotique elle répond vraiment à un besoin criant dans les campagnes, c’est qu’il y a plus assez de bras pour aider sur des taches qui sont souvent rébarbatives

    (le titre n’a rien à avoir avec le sujet)
    https://youtu.be/OMlpD9oE4fc?t=250

    ... mais, dans un monde marchand, le fait qu’il n’y a plus assez de bras est justement du à la mécanisation qui rend l’utilisation de main-d’œuvre humaine trop chère. Ajouter des robots est la poursuite de cette tendance tout en aggravant le bilan énergétique de l’agriculture.

    Et quand on voit les séquences vidéos d’exemples de robots, on constate qu’il s’agit d’exploitations déjà très mécanisées, où les bras humains servent moins à gratter la terre qu’à manipuler des volants et des joysticks.

    #agriculture

  • « En se présentant comme le parti de ceux qui travaillent dur, le RN récupère ce vote de ressentiment »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/06/21/en-se-presentant-comme-le-parti-de-ceux-qui-travaillent-dur-le-rn-recupere-c
    par Bruno Palier

    L

    e politiste Bruno Palier souligne, dans une tribune au « Monde », le lien existant, partout en Europe, entre dégradation des conditions de travail et vote pour l’extrême droite.

    Les résultats obtenus lors des élections européennes par le Rassemblement national (RN) doivent en grande partie se comprendre comme une revanche contre la réforme des retraites et plus largement comme une demande de reconnaissance et d’amélioration des difficultés rencontrées au travail. Dans notre ouvrage collectif Que sait-on du travail ? (Presses de Sciences Po, 2023), nous avons pu documenter combien, pour une grande majorité de Français, les conditions de travail sont mauvaises, le travail s’est intensifié, les accidents de travail sont plus nombreux et les risques psychosociaux sont plus élevés qu’ailleurs. Ces difficultés ont été niées par le gouvernement lors de la réforme des retraites de 2023, mais aussi par les principaux représentants des employeurs lors des négociations qui ont échoué, début janvier, sur le pacte traitant de la qualité de vie au travail.

    Lire aussi | En direct, législatives 2024 : pour Sandrine Rousseau, il n’y a pas d’« antisémitisme idéologique » au sein du Nouveau Front populaire

    Dans une tribune publiée dans Le Monde en janvier 2023, nous annoncions que la réforme des retraites allait alimenter le vote RN. Plus généralement, c’est un vote d’opposition à ceux qui sont restés sourds aux problèmes économiques et sociaux manifestés par les Français. Un vote sanction des politiques aveugles aux réalités sociales, telles que la dépendance aux voitures et les budgets contraints des « gilets jaunes » analysés par Pierre Blavier dans son livre Gilets jaunes. La révolte des budgets contraints (PUF, 2021). C’est aussi une réaction à l’absence de revalorisation des professions « essentielles » après le Covid-19, professions pourtant mal loties, comme l’ont montré les travaux de la chercheuse Christine Erhel, une revanche contre l’imposition de la réforme des retraites bien que les Français s’y soient opposés faute de pouvoir tenir au travail plus longtemps.

    En se présentant comme le parti de ceux qui travaillent dur, en les opposant aux élites qui les négligent et les méprisent, le RN récupère ce vote de ressentiment. De plus en plus de travaux de sciences politiques soulignent le lien entre insatisfaction au travail, dégradation des conditions de travail, management vertical, perte de sens et vote pour les droites radicales extrêmes en Europe.

    Lire aussi l’analyse | Article réservé à nos abonnés La démocratie sociale mise en danger de glaciation

    Faible capacité d’expression
    Ainsi, Luc Rouban, dans son ouvrage La Vraie Victoire du RN (Presses de Sciences Po, 2022), souligne le lien entre l’absence de reconnaissance professionnelle et le vote RN. Thomas Coutrot a récemment montré dans une étude (« le bras long du travail ») que les variables professionnelles les plus saillantes en lien avec le vote RN sont le statut d’ouvrier, la pénibilité physique et le fait de travailler habituellement de nuit ou tôt le matin.

    Le vote d’extrême droite est aussi associé à une faible capacité d’expression dans le travail. Des études internationales confirment ces liens. Ainsi, Lorenza Antonucci et ses collègues montrent que les difficultés au travail (précarité des contrats, manque d’autonomie dans les décisions professionnelles, absence de perspective d’avancement, équilibre entre vie professionnelle et vie privée insatisfaisant, salaire inadapté aux responsabilités) expliquent le vote pour les partis radicaux, en France comme aux Pays-Bas.

    Johannes Kiess et ses collègues montrent, quant à eux, avec des données d’Allemagne de l’Est, que l’absence de « pouvoir d’agir » au travail conduit à soutenir l’autoritarisme et la xénophobie, tandis que l’expérience de la participation aux décisions a l’effet inverse. Dans sa thèse, le docteur en sciences politiques Paulus Wagner expose les modèles d’organisation du travail en Allemagne et en Autriche. Les travailleurs au bas de la hiérarchie se sentent « traités comme un numéro plutôt que comme un être humain » par la direction de leur entreprise. Ils éprouvent alors de l’injustice et du ressentiment, lesquels débouchent sur un vote pour les partis de la droite radicale populiste.

    Les réalités du travail
    On pourrait se demander pourquoi la gauche ne semble pas avoir profité jusqu’à présent de ces problématiques du travail. Notons, tout d’abord, qu’en France, les syndicats ont profité de leur union contre la réforme des retraites, en organisant des mobilisations et en mettant des mots sur les réalités du travail (conditions dégradées, intensification, absence d’écoute et de reconnaissance) pour recruter des nouveaux adhérents et accroître leur légitimité.

    Le baromètre de la confiance du Cevipof montre qu’en janvier 40 % des Français interrogés font confiance aux syndicats, contre 27 % en 2020, les situant ainsi loin devant les partis politiques (20 % de confiance lors du rapport de janvier). Notons ensuite que les partis de gauche apparaissaient divisés après 2022 et ont été, à ce jour, très peu mobilisés sur les questions du travail, à l’exception de certains comme François Ruffin [député La France insoumise de la Somme].

    Lire aussi la tribune | Article réservé à nos abonnés Raphaël Glucksmann : « Seule la gauche peut être la digue dont la démocratie française a tant besoin »

    A l’heure où le RN annonce qu’il ne reviendra sans doute pas sur la réforme des retraites, il n’ose aborder directement les conditions de travail dégradées, le management vertical, les stratégies d’intensification du travail des entreprises et de leurs actionnaires pour ne pas heurter une partie de son électorat (les petits patrons, artisans et commerçants notamment). De son côté, une gauche unie qui saurait parler du travail pourrait attirer les suffrages des nombreux Français qui demandent que leurs difficultés au travail soient entendues, reconnues et améliorées.

    Il faudrait pour cela questionner les formes dominantes de management en France, promouvoir une participation plus grande des salariés aux décisions stratégiques et quotidiennes des entreprises, reconnaître leur travail et l’importance de leur contribution.

    Bruno Palier est politiste, chercheur à Sciences Po et coordinateur de l’ouvrage collectif « Que sait-on du travail ? » (Presses de Sciences Po, 2023).

    #travail #pénibilité #RN #retraites #syndicats

  • scénarios avant les résultats des législatives de 2024 en France

    1°) Premier scénario hautement improbable, qu’il n’est pas utile d’explorer. La gauche est le premier groupe à l’assemblée et accède au gouvernement. Mais la coalition de gauche ne parvient aucunement à mener son programme pour diverses raisons (ne serait que du fait des blocages internes) et la situation économique et sociale s’aggrave. Retour à la case départ aux prochaines élections avec un vote RN encore plus élevé.

    2°) Le RN parvient au gouvernement grâce à une majorité absolue à l’assemblée. Mais une forte agitation sociale se déclenche dans les grandes villes, les manifestations fortement réprimées, avec l’assentiment entier du peuple RN. En retour des actions violentes sont menées par différents groupes, y compris d’extrême-droite visant à accentuer les tensions. Le RN perd la main sur une situation de plus en plus compliquée qu’il ne parvient pas à stabiliser. Macron reprend la main dans un second temps, légitimé par le climat de guerre civile qui s’installe (la fameuse « grenade dégoupillée ») grâce à l’article 16 de la constitution. Qu’est-ce qu’il fera alors qui permettrait un retour au calme et aux affaires ?

    2° a) Macron ne parvient pas plus à rétablir l’ordre social que le RN, au contraire. Pourquoi ? Du fait des pleins pouvoirs que Macron s’octroie à lui-même, la situation de guerre civile glisse vers une insurrection, où les différentes fractions de la société qui se faisaient la guerre (gauche vs droite) se retrouvent face à un ennemi commun, l’Etat incarné par Macron. Le peuple de gauche refuse la dictature tandis que le peuple d’extrême-droite refuse qu’on lui vole sa victoire électorale. Une insurrection visant directement l’Etat est enclenchée où chacun est amené à dépasser le rôle qu’il tenait auparavant.
    Un scénario similaire a été exploré dans la fiction Bâtir aussi (1) où des révolutionnaires de gauche se retrouvent à devoir s’allier aux activistes d’extrême-droite face à un ennemi commun.

    2° b) Macron parvient à rétablir l’ordre social dans la continuité de sa politique précédente au augmentant encore d’un cran le degré de répression des mouvements sociaux. Il donne des gages à l’extrême-droite, en déléguant à quelques figures du RN du gouvernement d’exception les politiques touchant à l’immigration, la préférence nationale, la laïcité, la répression de la délinquance, la gestion des prisons etc. Il donne des gages aux milieux d’affaire également par la poursuite de la réindustrialisation et de politiques économiques protectionnistes dans certains secteurs. Un an plus tard il déclenche une nouvelle dissolution où il arrive en force, légitimé par sa capacité à avoir rétabli l’ordre social et le business.

    3°) Le RN est le premier groupe à l’assemblée mais ne parvient pas à une majorité absolue même en tenant compte de quelques députés LR alliés. Dans ces conditions l’assemblée est totalement bloquée et le pays n’a plus de gouvernement. En soi ce n’est pas forcément très grave mais Macron ne laisse pas faire cela. Dans ce scénario également il reprend l’initiative, légitimité par ce blocage des institutions. Par exemple en déclenchant un processus de réécriture de la constitution. Il nomme un premier ministre et un gouvernement provisoires destinés à écrire une loi constitutionnelle pour une 6ème république. Il propose d’y inclure potentiellement des revendications hétéroclites de tout bords politiques, et toute la société se met à débattre de la société idéale dans des comités consultatifs. Et...

    (1) https://antemonde.org/textes/phoenix

    (...)
    – Faites des alliances avec les fachos et bientôt, on massacrera nos opposants pour que ce ne soit pas eux qui nous déportent… No way, je ne rentrerai pas dans cette spirale-là.

    – Je ne veux pas non plus de ça, intervient Karim. Mais nous n’en sommes pas là, Dunya.

    – Quand nous en serons là, il sera trop tard pour l’éviter  !

    – Je comprends tes craintes, je les partage, temporise encore Karim. Mais la situation nous pousse à aller de l’avant, à saisir les opportunités. Sinon, les libéraux reprendront le contrôle de la situation, ils tableront sur la nécessité d’un État fort pour rétablir la stabilité. Et nous ne voulons pas de ça non plus.

    Thierry complète à voix basse :

    – La seule solution… c’est de clarifier nos positions politiques pour qu’il n’y ait pas d’amalgame possible. Il n’est pas question d’alliances… mais au vu de la situation, nous pouvons avoir un but commun pendant un temps.

    – Un but commun  ?!

    – Oui, Dunya. Renverser le gouvernement, ils le veulent comme nous.

    – Je suis d’accord, enchaîne Karim, ce qui est important c’est de tenir nos «  pourquoi  », qui sont radicalement opposés aux leurs. Pour chacun de nos gestes, nous devons donner une explication politique. C’est ce qui va nous permettre de nous distinguer d’eux. L’extrême droite rentre dans la partie, ok. Mais ce n’est pas leur vision raciste et réactionnaire qui gagnera. Il faut qu’on continue ce qu’on fait déjà, avec encore plus d’intensité. Il faut qu’on explique à tout bout de champ notre manière de voir le monde et qu’on…

    – Mais comment tu veux qu’on explique ça avec les fachos en face  ?! le coupe Dunya toujours hors d’elle.

    – De la même manière que toujours, répond Fred dans un sursaut. Avec nos journaux, la radio, sur chaque piquet de grève, pendant les cantines… Nous n’avons pas à devenir des politicards, nos stratégies restent les mêmes. Mais le monde autour de nous est en train de changer et nous avons maintenant à nous battre pour gagner tout ce qu’on pourra.

    (...)

    – Je crois qu’on devrait réévaluer la situation de manière un peu plus terre à terre, propose Gasp, arrêter de se cacher derrière de grands principes qui nous empêchent de passer à l’action. On n’aime pas les fachos, c’est sûr. Mais si on est un peu lucides, on a quand même pas mal de terrains d’alliance possibles. Ils tiennent des discours anticapitalistes comme nous, anti-Europe comme nous, anti-industriels et écologistes comme nous. Il y en a même qui portent des sweats à capuche et qui font des actions comme nous…

    – Pas comme nous  ! hurle Dunya, les yeux exorbités.

    Gasp fait comme si elle avait parlé tout à fait normalement et poursuit :

    – Oui Dunya, pour moi aussi c’est troublant, mais ça vaut la peine d’y penser… Sans être naïfs, je veux dire. C’est sûr qu’on ne les aime pas, mais on a un bon paquet d’idées en commun.

    #extrême-droite #RN #Macron #insurrection

  • Extrême-droite et producérisme

    Dans un ouvrage fondamental consacré aux droites radicales aux États-Unis, Chip Berlet et Matthew Lyons définissent le « producérisme » Le concept de producérisme est obtenu en francisant le terme anglais « producerism ». Nous préférons « producérisme » à « productivisme » ou « productionnisme » qui ont déjà d’autres significations comme « une des structures les plus élémentaires du récit populiste ». Le producérisme évoque l’existence « d’une classe moyenne noble et laborieuse constamment en conflit avec des parasites malveillants, paresseux et coupables au sommet et au pied de l’ordre social. Les personnages et les détails ont changé de façon répétée, ajoutent Berlet et Lyons, mais les grandes caractéristiques de cette conception des choses sont restées les mêmes pendant près de deux cents ans » C. Berlet et M. Lyons, Right-Wing Populism in America. Too close for comfort, New York, Guilford Press, 2000, pp. 348 et 349. On parle peu de producérisme en Europe et pourtant ce concept est potentiellement très utile pour décrire et qualifier des discours relevant de la démagogie, du populisme ou de l’extrême droite. Le producérisme renvoie premièrement et spécifiquement à l’idée du peuple qui produit. Le peuple des producteurs, c’est ceux qui sont à l’origine de la production de toutes les richesses de la nation. Les agriculteurs, les fermiers, les ouvriers, les artisans et l’ensemble des professions manuelles, c’est-à-dire tous ceux qui « vivent à la sueur de leur front », font partie du peuple producteur. Le producérisme se réfère ensuite à l’idée selon laquelle le peuple qui travaille est écrasé par un ensemble de « parasites » qui profitent du peuple et des fruits de son travail sans participer à la production des richesses en question. Il y a les « parasites d’en haut » et les « parasites d’en bas », les premiers correspondent aux « élites » c’est-à-dire aux banquiers, aux financiers, aux « mondialistes », aux bureaucrates, aux syndicalistes, aux intellectuels, aux académiques et à tous ces gens qui profitent du système sans travailler avec leur corps. Les parasites d’en bas, pour leur part, sont identifiés à une « clique » de paresseux qui profitent également de la situation. Ce sont les étrangers, les immigrés, les bénéficiaires de l’aide sociale, les « faux » chômeurs, mais aussi les « asociaux » en tous genres qui profitent également des ressources de l’État : les artistes, les homosexuels, les militants pour l’avortement, les féministes, les laïques… Le producérisme renvoie enfin à l’idée fondamentale selon laquelle il existe une solidarité, ou à défaut une sorte de connivence ou d’accord tacite, entre les « parasites » d’en haut et les « parasites » d’en bas pour spolier le peuple. Le discours producériste présente les parasites comme des alliés objectifs qui ne se connaissent pas mais qui ont des intérêts communs.

    https://www.revuepolitique.be/les-nouveaux-parasites

    Par exemple, au sein de la gauche par tradition et notamment par tradition marxiste l’antagonisme principal c’était capital-travail du coup il fallait permettre aux travailleurs de gagner des victoires face, au capital de ce point de vue là le Rassemblement National il joue sur un autre clivage que moi que j’ai beaucoup repéré également sur mon terrain qui est celui entre travailleurs et non-travailleurs et c’est et notamment avec le terme d’assisté, qui revient beaucoup.

    (...)

    Donc le producérisme, c’est-à-dire qu’en fait, une forme de valorisation des travailleurs actifs qui est opposée aux personnes qui soit ne travaillent pas, soit ne produisent pas de valeur économique intéressante qui va participer à l’économie. Les intellectuels, typiquement.

    https://www.sismique.fr/post/139-comprendre-les-%C3%A9lecteurs-d-extr%C3%AAme-droite-felicien-faury

    La rhétorique producériste mobilise la figure de l’Américain producteur et du fermier indépendant. Historiquement aux États-Unis, elle glorifie les « ruraux radicaux » (rural radicals) contre les « grands monopoles capitalistes » [16]

    (...)

    Le discours producériste ne récuse pas tant les gens pour ce qu’ils sont (racisme traditionnel) que pour ce qu’ils font, et il ne rejette pas tant l’égalité pour ce qu’elle représente mais pour les freins qu’elle peut potentiellement constituer à l’idéal méritocratique et à la juste répartition des richesses sur base du mérite et de la responsabilité. En d’autres termes, le producérisme glorifie les discriminations mais habilement, en fonction de critères qui ne sont pas interdits par la loi et qui à bien des égards sont même au cœur du libéralisme : le mérite, le courage, l’intelligence, la responsabilité, etc.

    https://www.cairn.info/revue-outre-terre2-2014-3-page-95.htm

    #extrême-droite

  • Extrême-droite, écologie et périurbain

    Un article un peu mal fichu qui aborde ce thème :

    Dans la périphérie de Lyon étudiée par Violaine Girard, composée de pavillons et d’une zone industrielle, elle note que « tout était basé sur la voiture, il n’y avait aucun dispositif de transport en commun ». Les horaires de travail, souvent décalés, empêchaient le covoiturage et « les services publics étaient dans le centre de Lyon ». Ajoutez à cela une tradition politique de droite et une « volonté explicite des grands notables locaux de créer une zone industrielle où il n’y aurait pas d’implantation syndicale forte » empêchant « la politisation des salariés ». Le terrain était prêt pour le RN.

    Son discours a particulièrement bien su s’adapter à la situation des classes populaires des zones pavillonnaires.
    Accéder à la propriété, cela permet parfois de quitter un quartier de logements sociaux. « C’est sortir ses enfants d’un environnement que l’on juge impropre à leur réussite scolaire et s’assurer de ne plus avoir de loyer à payer quand on sera à la retraite et que les revenus baisseront », indique Éric Charmes. Pour d’autres, c’est tout simplement un moyen de rester proches des siens. « Les ménages modestes sont fortement ancrés localement, notamment pour pouvoir mobiliser les solidarités familiales, essentielles quand on a peu de moyens », poursuit-il.

    Dans les deux cas, « ils tiennent un discours tel que “Nous on s’en sort parce qu’on accepte de faire des efforts, on fait des heures supplémentaires, on accepte de travailler en horaires décalés” », a remarqué Violaine Girard. Le pavillon est un signe de réussite sociale et il est important de se démarquer de ceux qui n’ont pas réussi à y accéder. Une position sociale qui rend perméable au discours du RN, inspiré du « producérisme » [1], décrit par Philosophie magazine.

    https://reporterre.net/Pavillon-voiture-et-barbecue-Les-cliches-sur-les-beaufs-servent-le-RN

    Eric Charmes dans un autre article :

    Pour contrer les injustices spatiales liées à cet éloignement, je suis convaincu qu’un « droit au village », pendant du célèbre « droit à la ville » d’Henri Lefebvre, mérite d’être défendu.

    D’autres rapports à l’alimentation, à l’agriculture mais aussi à la politique se créent dans les villages. Ces derniers offrent une échelle de vie qui permet à chacun d’influer sur son environnement. L’expérience de démocratie participative menée à Saillans en est un exemple. C’est là, au cœur des campagnes et des bourgs, que peuvent s’inventer des réponses à la crise écologique, au moins autant que dans les métropoles, dont il ne faut pas surestimer les vertus. En tout cas, les transformations imposées par l’urgence écologique ne pourront se faire sans le périurbain et ses millions d’habitants. Le pavillon soulève des problèmes écologiques, mais on peut le politiser autrement.

    https://www.liberation.fr/forums/le-periurbain-incarne-un-vieil-ideal-durbaniste-20230630_7K3TLI322JGH3BRM

  • Apple broie des milliers d’iPhone fonctionnels plutôt que de les réparer ou les reconditionner

    Pour certains, cette opération de destruction massive tiendrait d’ailleurs plus de la stratégie commerciale que d’une véritable volonté de recyclage vertueuse. Un ingénieur ayant travaillé dans des usines de recyclage d’iPhone résume la situation simplement : « Apple ne peut pas vendre un tout nouveau téléphone à 1 000 dollars s’il y a encore sur le marché des téléphones vieux de deux ans. Plus ils se débarrassent de téléphones, plus ils peuvent en vendre ».

    https://www.lesnumeriques.com/telephone-portable/apple-broie-des-milliers-d-iphone-fonctionnels-plutot-que-de-les-repa

    #capitalisme-en-roue-libre

  • Selling a #Mirage

    Last year, I became obsessed with a plastic cup.

    It was a small container that held diced fruit, the type thrown into lunch boxes. And it was the first product I’d seen born of what’s being touted as a cure for a crisis.

    Plastic doesn’t break down in nature. If you turned all of what’s been made into cling wrap, it would cover every inch of the globe. It’s piling up, leaching into our water and poisoning our bodies.

    Scientists say the key to fixing this is to make less of it; the world churns out 430 million metric tons each year.

    But businesses that rely on plastic production, like fossil fuel and chemical companies, have worked since the 1980s to spin the pollution as a failure of waste management — one that can be solved with recycling.

    Industry leaders knew then what we know now: Traditional recycling would barely put a dent in the trash heap. It’s hard to transform flimsy candy wrappers into sandwich bags, or to make containers that once held motor oil clean enough for milk.

    Now, the industry is heralding nothing short of a miracle: an “advanced”type of recycling known as pyrolysis — “pyro” means fire and “lysis” means separation. It uses heat to break plastic all the way down to its molecular building blocks.

    While old-school, “mechanical” recycling yields plastic that’s degraded or contaminated, this type of “chemical” recycling promises plastic that behaves like it’s new, and could usher in what the industry casts as a green revolution: Not only would it save hard-to-recycle plastics like frozen food wrappers from the dumpster, but it would turn them into new products that can replace the old ones and be chemically recycled again and again.

    So when three companies used ExxonMobil’s pyrolysis-based technology to successfully conjure up that fruit cup, they announced it to the world.

    “This is a significant milestone,” said Printpack, which turned the plastic into cups. The fruit supplier Pacific Coast Producers called it “the most important initiative a consumer-packaged goods company can pursue.”

    “ExxonMobil is supporting the circularity of plastics,” the August 2023 news release said, citing a buzzword that implies an infinite loop of using, recycling and reusing.

    They were so proud, I hoped they would tell me all about how they made the cup, how many of them existed and where I could buy one.

    Let’s take a closer look at that Printpack press release, which uses convoluted terms to describe the recycled plastic in that fruit cup:

    “30% ISCC PLUS certified-circular”

    “mass balance free attribution”

    It’s easy to conclude the cup was made with 30% recycled plastic — until you break down the numerical sleight of hand that props up that number.

    It took interviews with a dozen academics, consultants, environmentalists and engineers to help me do just that.

    Stick with me as I unravel it all.

    So began my long — and, well, circular — pursuit of the truth at a time when it really matters.

    This year, nearly all of the world’s countries are hammering out a United Nations treaty to deal with the plastic crisis. As they consider limiting production, the industry is making a hard push to shift the conversation to the wonders of chemical recycling. It’s also buying ads during cable news shows as U.S. states consider laws to limit plastic packaging and lobbying federal agencies to loosen the very definition of what it means to recycle.

    It’s been selling governments on chemical recycling, with quite a bit of success. American and European regulators have spent tens of millions subsidizing pyrolysis facilities. Half of all U.S. states have eased air pollution rules for the process, which has been found to release carcinogens like benzene and dioxins and give off more greenhouse gases than making plastic from crude oil.

    Given the high stakes of this moment, I set out to understand exactly what the world is getting out of this recycling technology. For months, I tracked press releases, interviewed experts, tried to buy plastic made via pyrolysis and learned more than I ever wanted to know about the science of recycled molecules.

    Under all the math and engineering, I found an inconvenient truth: Not much is being recycled at all, nor is pyrolysis capable of curbing the plastic crisis.

    Not now. Maybe not ever.

    In traditional recycling, plastic is turned into tiny pellets or flakes, which you can melt again and mold back into recycled plastic products.

    Even in a real-life scenario, where bottles have labels and a little bit of juice left in them, most of the plastic products that go into the process find new life.

    The numbers are much lower for pyrolysis.

    It’s “very, very, very, very difficult” to break down plastic that way, said Steve Jenkins, vice president of chemicals consulting at Wood Mackenzie, an energy and resources analytics firm. “The laws of nature and the laws of physics are trying to stop you.”

    Waste is heated until it turns into oil. Part of that oil is composed of a liquid called naphtha, which is essential for making plastic.

    There are two ingredients in the naphtha that recyclers want to isolate: propylene and ethylene — gases that can be turned into solid plastics.

    To split the naphtha into different chemicals, it’s fed into a machine called a steam cracker. Less than half of what it spits out becomes propylene and ethylene.

    This means that if a pyrolysis operator started with 100 pounds of plastic waste, it can expect to end up with 15-20 pounds of reusable plastic. Experts told me the process can yield less if the plastic used is dirty or more if the technology is particularly advanced.

    I reached out to several companies to ask how much new plastic their processes actually yield, and none provided numbers. The American Chemistry Council, the nation’s largest plastic lobby, told me that because so many factors impact a company’s yield, it’s impossible to estimate that number for the entire industry.

    With mechanical recycling, it’s hard to make plastic that’s 100% recycled; it’s expensive to do, and the process degrades plastic. Recycled pellets are often combined with new pellets to make stuff that’s 25% or 50% recycled, for example.

    But far less recycled plastic winds up in products made through pyrolysis.

    That’s because the naphtha created using recycled plastic is contaminated. Manufacturers add all kinds of chemicals to make products bend or keep them from degrading in the sun.

    Recyclers can overpower them by heavily diluting the recycled naphtha. With what, you ask? Nonrecycled naphtha made from ordinary crude oil!

    This is the quiet — and convenient — part of the industry’s revolutionary pyrolysis method: It relies heavily on extracting fossil fuels. At least 90% of the naphtha used in pyrolysis is fossil fuel naphtha. Only then can it be poured into the steam cracker to separate the chemicals that make plastic.

    So at the end of the day, nothing that comes out of pyrolysis physically contains more than 10% recycled material (though experts and studies have shown that, in practice, it’s more like 5% or 2%).

    Ten percent doesn’t look very impressive. Some consumers are willing to pay a premium for sustainability, so companies use a form of accounting called mass balance to inflate the recycled-ness of their products. It’s not unlike offset schemes I’ve uncovered that absolve refineries of their carbon emissions and enable mining companies to kill chimpanzees. Industry-affiliated groups like the International Sustainability and Carbon Certification write the rules. (ISCC didn’t respond to requests for comment.)

    To see how this works, let’s take a look at what might happen to a batch of recycled naphtha. Let’s say the steam cracker splits the batch into 100 pounds of assorted ingredients.

    There are many flavors of this kind of accounting. Another version of free attribution would allow the company to take that entire 30-pound batch of “33% recycled” pouches and split them even further:

    A third of them, 10 pounds, could be labeled 100% recycled — shifting the value of the full batch onto them — so long as the remaining 20 pounds aren’t labeled as recycled at all.

    As long as you avoid double counting, Jenkins told me, you can attribute the full value of recycled naphtha to the products that will make the most money. Companies need that financial incentive to recoup the costs of pyrolysis, he said.

    But it’s hard to argue that this type of marketing is transparent. Consumers aren’t going to parse through the caveats of a 33% recycled claim or understand how the green technology they’re being sold perpetuates the fossil fuel industry. I posed the critiques to the industry, including environmentalists’ accusations that mass balance is just a fancy way of greenwashing.

    The American Chemistry Council told me it’s impossible to know whether a particular ethylene molecule comes from pyrolysis naphtha or fossil fuel naphtha; the compounds produced are “fungible” and can be used for multiple products, like making rubber, solvents and paints that would reduce the amount of new fossil fuels needed. Its statement called mass balance a “well-known methodology” that’s been used by other industries including fair trade coffee, chocolate and renewable energy.

    Legislation in the European Union already forbids free attribution, and leaders are debating whether to allow other forms of mass balance. U.S. regulation is far behind that, but as the Federal Trade Commission revises its general guidelines for green marketing, the industry is arguing that mass balance is crucial to the future of advanced recycling. “The science of advanced recycling simply does not support any other approach because the ability to track individual molecules does not readily exist,” said a comment from ExxonMobil.

    If you think navigating the ins and outs of pyrolysis is hard, try getting your hands on actual plastic made through it.

    It’s not as easy as going to the grocery store. Those water bottles you might see with 100% recycled claims are almost certainly made through traditional recycling. The biggest giveaway is that the labels don’t contain the asterisks or fine print typical of products made through pyrolysis, like “mass balance,” “circular” or “certified.”

    When I asked about the fruit cup, ExxonMobil directed me to its partners. Printpack didn’t respond to my inquiries. Pacific Coast Producers told me it was “engaged in a small pilot pack of plastic bowls that contain post-consumer content with materials certified” by third parties, and that it “has made no label claims regarding these cups and is evaluating their use.”

    I pressed the American Chemistry Council for other examples.

    “Chemical recycling is a proven technology that is already manufacturing products, conserving natural resources, and offering the potential to dramatically improve recycling rates,” said Matthew Kastner, a media relations director. His colleague added that much of the plastic made via pyrolysis is “being used for food- and medical-grade packaging, oftentimes not branded.”

    They provided links to products including a Chevron Phillips Chemical announcement about bringing recycled plastic food wrapping to retail stores.

    “For competitive reasons,” a Chevron spokesperson declined to discuss brand names, the product’s availability or the amount produced.

    In another case, a grocery store chain sold chicken wrapped in plastic made by ExxonMobil’s pyrolysis process. The producers told me they were part of a small project that’s now discontinued.

    In the end, I ran down half a dozen claims about products that came out of pyrolysis; each either existed in limited quantities or had its recycled-ness obscured with mass balance caveats.

    Then this April, nearly eight months after I’d begun my pursuit, I could barely contain myself when I got my hands on an actual product.

    I was at a United Nations treaty negotiation in Ottawa, Ontario, and an industry group had set up a nearby showcase. On display was a case of Heinz baked beans, packaged in “39% recycled plastic*.” (The asterisk took me down an online rabbit hole about certification and circularity. Heinz didn’t respond to my questions.)

    This, too, was part of an old trial. The beans were expired.

    Pyrolysis is a “fairy tale,” I heard from Neil Tangri, the science and policy director at the environmental justice network Global Alliance for Incinerator Alternatives. He said he’s been hearing pyrolysis claims since the ’90s but has yet to see proof it works as promised.

    “If anyone has cracked the code for a large-scale, efficient and profitable way to turn plastic into plastic,” he said, “every reporter in the world” would get a tour.

    If I did get a tour, I wondered, would I even see all of that stubborn, dirty plastic they were supposedly recycling?

    The industry’s marketing implied we could soon toss sandwich bags and string cheese wrappers into curbside recycling bins, where they would be diverted to pyrolysis plants. But I grew skeptical as I watched a webinar for ExxonMobil’s pyrolysis-based technology, the kind used to make the fruit cup. The company showed photos of plastic packaging and oil field equipment as examples of its starting material but then mentioned something that made me sit up straight: It was using pre-consumer plastic to “give consistency” to the waste stream.

    Chemical plants need consistency, so it’s easier to use plastic that hasn’t been gunked up by consumer use, Jenkins explained.

    But plastic waste that had never been touched by consumers, such as industrial scrap found at the edges of factory molds, could easily be recycled the old-fashioned way. Didn’t that negate the need for this more polluting, less efficient process?

    I asked ExxonMobil how much post-consumer plastic it was actually using. Catie Tuley, a media relations adviser, said it depends on what’s available. “At the end of the day, advanced recycling allows us to divert plastic waste from landfills and give new life to plastic waste.”

    I posed the same question to several other operators. A company in Europe told me it uses “mixed post-consumer, flexible plastic waste” and does not recycle pre-consumer waste.

    But this spring at an environmental journalism conference, an American Chemistry Council executive confirmed the industry’s preference for clean plastic as he talked about an Atlanta-based company and its pyrolysis process. My colleague Sharon Lerner asked whether it was sourcing curbside-recycled plastic for pyrolysis.

    If Nexus Circular had a “magic wand,” it would, he acknowledged, but right now that kind of waste “isn’t good enough.” He added, “It’s got tomatoes in it.”

    (Nexus later confirmed that most of the plastic it used was pre-consumer and about a third was post-consumer, including motor oil containers sourced from car repair shops and bags dropped off at special recycling centers.)

    Clean, well-sorted plastic is a valuable commodity. If the chemical recycling industry grows, experts told me, those companies could end up competing with the far more efficient traditional recycling.

    To spur that growth, the American Chemistry Council is lobbying for mandates that would require more recycled plastic in packaging; it wants to make sure that chemically recycled plastic counts. “This would create market-driven demand signals,” Kastner told me, and ease the way for large-scale investment in new chemical recycling plants.

    I asked Jenkins, the energy industry analyst, to play out this scenario on a larger scale.

    Were all of these projects adding up? Could the industry conceivably make enough propylene and ethylene through pyrolysis to replace much of our demand for new plastic?

    He looked three years into the future, using his company’s latest figures on global pyrolysis investment, and gave an optimistic assessment.

    At best, the world could replace 0.2% of new plastic churned out in a year with products made through pyrolysis.

    https://www.propublica.org/article/delusion-advanced-chemical-plastic-recycling-pyrolysis

    #recyclage #green-washing #prolyse #illusion #efficacité #inefficacité #greenwashing #ExxonMobil #industrie_pétrolière #circularité #industrie_chimique #propylène #étylène #naphte #chimie

  • Roland Simon - La lutte de classe n’est jamais « pure » et c’est tant mieux
    https://dndf.org/?p=21431

    Les restructurations du mode de production capitaliste ne suivent jamais un plan, mais se construisent dans les affrontements internes de la classe capitaliste mondiale et par-dessus tout dans l’affrontement avec le prolétariat. La fraction de la classe capitaliste pouvant s’imposer aux autres et créer une hiérarchie vivable pour l’ensemble de la classe mondiale est celle qui résout et reconfigure le rapport d’exploitation. Les luttes internes à la classe capitaliste nationalement et mondialement, jusqu’à la guerre qui n’en n’est que la poursuite, n’ont de sens que de trouver la meilleure solution de renouvellement de l’exploitation pour l’ensemble du capital.

    Dans cette crise de la mondialisation, entre « patriotes » et « mondialistes », (pour reprendre les termes du RN) c’est à l’échelle mondiale une guerre civile idéologique qui se déroule (avec des Etats qui cristallisent ces idéologies), sauf que les « mondialistes » sont prêts, sous certaines conditions, à laisser les clés de la boutique aux « patriotes » dans la mesure où ils géreront la crise de la mondialisation et son renouveau, nécessairement sous d’autres formes.

    Face à un Etat traversé par et agent de la mondialisation, la citoyenneté est devenue l’idéologie sous laquelle est menée la lutte de classe ou au moins la reconnaissance de la figure de la « dignité ouvrière ». La citoyenneté, c’est l’appartenance à la communauté nationale jusqu’à et y compris la « préférence nationale ».

    • On se sent toujours un peu con de pas tout comprendre à la prose de RS.
      Moins à cause du fond que de la forme très lourde poussant à la limite ce que permet la grammaire française (et qui nécessiterait à la fin une relecture puis réécriture complète). Il faut relire plusieurs fois une phrase pour savoir ce qui se rapporte à quoi.

      Exemple typique :

      "Si nous revenons en arrière seulement d’une vingtaine d’années, la « préférence nationale » était la construction d’un groupe « racial » à partir de critères qui ne le sont pas_ (...) " => "qui ne le sont pas"... pas quoi ? "racial" (faute d’accord mais c’est bien le sens) ? qui ne sont pas des critères (logique grammaticalement mais absurde du point de vue du sens).

      Sur le fond l’auteur semble vouloir nous dire que nationalisme et identité ouvrière ont été historiquement liés. Et que par conséquent il pourrait y avoir de belle surprise dans la remise des clefs du pouvoir (patate chaude) de la bourgeoisie modernisatrice au RN réactionnaire :

      Si actuellement les contradictions sociales (« fondamentales ») sont politiquement surdéterminées, le « peuple souverain » peut réserver bien des surprises à ceux qui le mettent en œuvre et le préemptent comme l’opposition de sa Majesté.

      A mon sens, c’est trop se focaliser sur le passé et des questionnements incessants sur les conséquences apparemment infinies de la disparition de l’identité ouvrière. On est déjà dans un autre stade. Il est évident pour moi que le programme politique du RN correspond à une mise au pas de toute la société au rythme de la marchandise sensée être désirable (une fois enrobée des oripeaux identitaires franchouillards), là où celui du NFP correspond à un déni complet de ce que la marchandise fait à la société et qu’il ne souhaite pas plus abolir (mais encore faudrait-il problématiser la chose).

    • Si les classes dominantes dans leurs diverses fractions, la grande bourgeoisie bien assise, les nouveaux condottieres milliardaires de la tech, le capital financier, les multinationales de l’industrie, jouent cette extrême droite, c’est à la fois comme instrument politique de la crise de la mondialisation et instrument d’une nécessaire restructuration encore balbutiante et en grande partie imprévisible dans les affrontements de son déroulement. S’ils jouent l’extrême droite c’est qu’elle est la plus à même de gérer le fondement même de la crise et, quelle que soit la façon dont la chose se réalise, la nécessaire renationalisation (ou en blocs régionaux, ou en réseaux non spatialement délimités en frontières) des aires de valorisation et de péréquation en relation avec une reconnexion (à définir) de la reproduction de la force de travail. Si la classe dominante dans toutes ses variantes est prête à leur laisser les clés, c’est en sachant non seulement qu’elles devront (et elles en manifestent déjà l’intention) tempérer et ajuster leur « programme », mais surtout en ce qu’elles sont l’expression adéquate de la préemption réalisée sur « l’opposition populaire » en engageant et mobilisant le peuple dans la restructuration de la mondialisation en en contrôlant les réactions quand ses ravages se manifesteront.

      En clair ce qui est dit ici :L’extrême-droite est soutenue par les milieux d’affaire parce que
      – il y aurait un mouvement de « démondialisation » du capitalisme qui s’amorce (présageant une « restructuration » dans le langage des communisateurs)
      – l’extrême-droite est la mieux à même d’en symboliser l’idéologie au travers du repli identitaire / réactionnaire / nationaliste devenu populaire. Mais aussi au travers d’une défense du « travail » et la critique de l"’assistanat" marqueur du vote d’extrême-droite.

    • Législatives 2024 : près d’Orléans, à Fleury-les-Aubrais, des électeurs prêts à « renverser la table » en élisant un député RN

      https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/06/17/pres-d-orleans-a-fleury-les-aubrais-des-electeurs-prets-a-renverser-la-table

      L’autre grand sujet d’exaspération, qui surgit très vite dans la conversation, ce sont les « abus » en matière de droits sociaux. « Quand on me parle des familles monoparentales et de leurs difficultés, je rigole, lance M. Fontaine. Le soir, je croise le mari de ma voisine sud-africaine qui va la rejoindre en catimini. Et ce n’est pas un cas isolé. »

      En même temps, si le journaliste creusait un peu, il verrait la très grande difficulté qu’ont les gens à utiliser ces droits sociaux (non recours).

      Naturalisé français depuis quelques années, il n’a pas de mots assez durs pour dénoncer « un système qui encourage à ne pas travailler », mais aussi réclamer « la priorité aux Français », notamment dans l’attribution des logements sociaux.

      ... Comme quoi le fait qu’on soit englués dans la prison du salariat explique plus de choses que le blabla identitaire.

    • Ceci dit, le blabla identitaire est le fait de quelques crapules nazi-friendly. L’autre problème est que ce brouet nauséabond est servi « à feu roulant » par les médias depuis plus d’une décennie. Le salariat et le monde ouvrier ne sont que les victimes (plus ou moins complaisantes) d’une propagande éhontée contre les forces de progrès social.

    • La perspective d’une démondialisation économique (et d’une restructuration du capitalisme qui se cherche et qui n’est pas un plan comme l’indique RS) va, dans le moment actuel, dans le sens du RN qui est le pôle politique le plus susceptible de l’incarner idéologiquement.

      Comme l’explique Stefano Palombarini (1) dans les dernières élections le RN semble avoir pris la relève des macronistes dans la représentation du bloc bourgeois.

      Le pont entre l’idéologie néolibérale et celle de l’extrême-droite étant une vision compétitive de la société, par cercles concentriques : d’abord moi / ma famille, ensuite mon entreprise (qui est une famille travaillant pour le profit), ensuite mon pays (en compétition avec les autres).

      Dans cette vision politique, quand il y a solidarité-égalité au niveau d’un cercle, c’est uniquement pour asseoir une domination au niveau du cercle du dessus :

      – La protection sociale entre français c’est ok (cercle national), vive les services publics etc
      VS
      La protection sociale mérite toutefois d’être détricotée pour maintenir la compétitivité (cercle de l’entreprise) et parce que c’est mal de reposer sur le travail des autres

      – L’égalité homme-femme c’est ok au niveau sociétal quand ça sert à critiquer les musulmans et le port du voile. VS
      à l’échelle de la famille le patriarcat est défendu.

      Le programme économique de Le pen père était très libéral et il semble que celui du RN, après avoir fait semblant d’être social dans le discours, va suivre le même chemin.

      Les premières cibles du RN ne seront pas forcément les étrangers mais les fonctionnaires (hors police), les chômeurs et allocataires CAF, les déviants.

      L’autre signal de la prise de relai de l’extrême-droite du libéralisme économique, c’est l’intransigeance en matière de toute avancée écologique qui gênerait ne serait-ce qu’un tout petit peu l’activité économique.

      (1)

      LM : Quel lien entretient ce bloc bourgeois avec l’arrivée imminente ou possible du RN au pouvoir ?

      Stefano Palombarini : Il entretient plusieurs liens très forts. Le premier lien c’est que justement ces alliances sociales se forment à l’intérieur du même paradigme. Il n’y a pas de discontinuité majeure du point de vue idélogique entre le bloc bourgeois et le bloc de l’extrême-droite. Par exemple si on prend ce rôle de l’Etat, la centralité de l’entreprise, au fait que le conflit capital-travail c’est quelque chose d’inconcevable, parce que quand on est dans une entreprise, on travaille tous dans la même... on est une famille quoi, on travaille pour le profit. ça s’est aussi dans l’idéologie du bloc d’extrême-droite, c’est pas seulement le bloc macroniste. Il y a une différenciation au niveau de la composition de classe, mais qui est en train de s’amoindrir.

      #extrême-droite

      https://lundi.am/Un-lundisoir-tous-les-soirs

  • La pénurie de Ventoline vient s’ajouter aux autres ruptures de stock de médicaments, voici pourquoi
    https://www.huffingtonpost.fr/life/article/la-penurie-de-ventoline-vient-s-ajouter-aux-autres-ruptures-de-stock-

    Alors que l’ANSM assure à nos confrères que des « mesures de gestions » ont été prises, les causes de cette tension peuvent s’expliquer par le prix - trop bas pour être un marché attractif pour les laboratoires par rapport aux pays voisins - et par une hausse de la demande.

  • Pollution et mise en danger de la vie d’autrui, comment l’industriel Arkema « prépare sa défense » depuis des années

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/enquete-pfas-depuis-des-annees-arkema-prepare-sa-defens

    Cet article, écrit dans le contexte de la vallée de la chimie à Lyon, révèle que l’industriel savait depuis plus de 10 ans :
    – que les PFAS était problématiques
    – qu’ils étaient rejetés dans l’environnement
    – comment les filtrer

    Mais a attendu que le scandale arrive.

    “Les sociétés cotées en bourse sont obligées de donner la priorité aux bénéfices à court terme, ce qui les empêche de prendre des mesures coûteuses qui ne sont pas absolument requises par la réglementation ou la législation, même si ces mesures sont nécessaires pour protéger la santé des travailleurs ou la santé publique”, décode encore Alissa Cordner [sociologue]

    Conclusion ? On continue de confier la décision de produire à l’économie marchande ?

    “Lorsqu’une entreprise dispose d’une technologie dont elle sait qu’elle peut contribuer à éviter des effets nocifs sur la santé humaine, ses responsabilités en matière de droits de l’homme l’obligent à appliquer cette technologie afin d’assurer cette protection” [Marcos Orellana, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et les produits toxiques, ]

    Oui mais comme le but de tout entreprise est de gagner plus d’argent, cette responsabilité ne vient même pas à l’idée des gens qui y travaillent (lire l’article pour le comprendre).
    Beaucoup de révélations dans cet article qui vient de paraître :

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/enquete-pfas-depuis-des-annees-arkema-prepare-sa-defens

    On y apprend qu’en interne l’industriel savait depuis plus de 10 ans que :
    – que les PFAS était problématiques
    – qu’ils étaient rejetés dans l’environnement
    – comment les filtrer

    Mais a attendu que le scandale arrive.

    “Les sociétés cotées en bourse sont obligées de donner la priorité aux bénéfices à court terme, ce qui les empêche de prendre des mesures coûteuses qui ne sont pas absolument requises par la réglementation ou la législation, même si ces mesures sont nécessaires pour protéger la santé des travailleurs ou la santé publique”, décode encore Alissa Cordner [sociologue]

    Conclusion ? On continue de confier la décision de produire à l’économie marchande ?

    “Lorsqu’une entreprise dispose d’une technologie dont elle sait qu’elle peut contribuer à éviter des effets nocifs sur la santé humaine, ses responsabilités en matière de droits de l’homme l’obligent à appliquer cette technologie afin d’assurer cette protection” [Marcos Orellana, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et les produits toxiques, ]

    Oui mais comme le but de tout entreprise est de gagner plus d’argent, cette responsabilité ne vient même pas à l’idée des gens qui y travaillent (lire l’article pour le comprendre).

    Si responsabilité il y a, elle se loge dans la banalité de l’organisation de toute production marchande.

    Et non, contrairement à ce que disait Nicolas Thierry (1) lors de l’élaboration de la loi contre le PFAS, il n’est pas normal de confier la fabrication des objets de notre quotidien à l’absurde contrainte de gagner plus d’argent.

    #pfas #capitalisme-en-roue-libre

    (1) https://youtu.be/EzVmzDVfDPQ?t=103

  • Derrière l’IA, la déferlante des « data centers »

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/06/14/derriere-l-ia-la-deferlante-des-data-centers_6239694_3234.html

    https://justpaste.it/e7qi1

    Cette course à l’IA soulève de nombreuses questions, notamment énergétiques. (...) Et la soif d’énergie va croissant : il existe, aux Etats-Unis ou en Corée du Sud, des projets de campus d’une puissance de 1 GW, soit un réacteur de centrale nucléaire.

    (...)

    Sera-t-on un jour obligé de choisir entre débrancher des data centers, des chauffages d’immeubles, des usines ou des transports ? « On peut toujours jouer à se faire peur », relativisait début juin la secrétaire d’Etat chargée du numérique, Marina Ferrari, en rappelant que la France a « relancé le nucléaire » avec six projets de réacteurs EPR. Elle reconnaissait toutefois un besoin de « mailler le territoire » pour compenser la « très grande concentration de projets en Ile-de-France et à Marseille ». C’est aussi l’approche d’Etix Everywhere, qui projette des « data centers de proximité » à Lille, Toulouse ou Lyon, afin d’éviter la saturation redoutée à Paris et à Marseille.

    (...)

    Dans ce pays [l’Irlande], les centres de données devraient consommer un quart de l’électricité nationale en 2026, quasiment deux fois plus qu’en 2021. « Il existe un risque important pour la sécurité de l’approvisionnement en électricité », prévenait, fin 2021, EirGrid, le RTE irlandais. Depuis, les raccordements ne sont plus autorisés qu’au cas par cas. Les Pays-Bas ou l’Allemagne ont aussi encadré l’expansion des usines de données, de même que Singapour. A Taïwan, leur consommation d’eau pour le refroidissement a fait s’insurger les agriculteurs… Les centres de données vont-ils susciter des protestations, comme les entrepôts d’e-commerce ces dernières années ?

    #capitalisme-en-roue-libre

    • ChatGPT : « le talon d’Achille de l’intelligence artificielle, c’est sa consommation d’énergie »

      https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/05/31/chatgpt-le-talon-d-achille-de-l-intelligence-artificielle-c-est-sa-consommat

      (...)

      Depuis le début de l’année aux Etats-Unis, les grands producteurs d’électricité annoncent, les uns après les autres, le report de leurs projets de fermeture de centrales électriques au charbon. Le Financial Times en fait la liste. Au Wisconsin, Alliant Energy repousse de trois ans la conversion d’une centrale à charbon vers le gaz, FirstEnergy renvoie son objectif de sortie du charbon au-delà de 2030.

      (...)

      C’est au cœur des puces que se situe l’origine de cette panique électrique. Celles de Nvidia, le spécialiste du domaine, chauffent dix fois plus qu’un microprocesseur habituel. Autrement dit, ChatGPT consomme dix fois plus d’énergie que le moteur de recherche de Google. Or, les grands acteurs du numérique, Microsoft, Amazon ou Google, sont en train de déployer à coups de dizaines de milliards des centres de données adaptés à cette nouvelle technologie dans le monde entier.

      (...)

      Voilà qui est excellent pour les compagnies d’électricité dont les profits s’envolent, mais qui pose un défi de plus pour la transition énergétique. On avait prévu le basculement progressif des voitures vers l’électricité, mais pas que l’intelligence artificielle allait la devancer avec autant de vigueur. Créer autant de problèmes nouveaux que l’on voulait en résoudre, c’est cela aussi la malédiction de Prométhée.

  • Le capitalisme réellement existant en roue libre

    « Si la production est mesurée en fonction des machines finies, il y a une pénurie de pièces de rechange. Si les objectifs prévus du plan sont mesurés en termes de tonnes par kilomètre lors de l’organisation du transport, les possibilités de transport optimales sont négligées. Si les chandeliers sont mesurés en poids, ils deviennent inutilement lourds. Comme les unités d’études géologiques reçoivent leurs plants par mètres forés, elles effectuent des travaux dont elles savent qu’ils ne sont pas nécessaires. Si le tissu est mesuré en longueur, il devient trop étroit. Lorsque le combinat de construction de Stalingrad a reçu un plan basé sur le matériau utilisé, du métal a été délibérément gaspillé pour le réaliser ».

    Cette citation issue de L’effondrement de la modernisation de Kurz (p. 130) montre les difficultés de l’Etat soviétique à fixer bureaucratiquement des objectifs de production correspondant à une demande rationnelle.

    Une fois un indicateur quantitatif fixé comme objectif de production, celui-ci devient un but en soi, tautologique, indépendant de l’utilité sociale de cette production - production réalisée en échange d’un salaire.

    Alors qu’on trouve facilement risible l’absurdité bureaucratique d’une telle gestion de l’économie, il s’en faut encore de beaucoup pour qu’on puisse se moquer ouvertement de la production capitaliste de 2024.

    Pourtant, le peu de considération sur la « valeur d’usage » de ce qui était alors produit industriellement en URSS se retrouve aujourd’hui, dans la quête d’argent inhérente à toute activité de production, qui rend tout aussi inutile de s’attarder sur la réelle utilité sociale de ce que l’on produit.
    Les résultats sont tout aussi fous, absurdes, mais aussi plus inquiétants parce que même la critique écologiste reste radicalement muette devant l’absurdité des critères monétaires de la production - c’est tellement banal qu’elle ne le voit plus.

    Le gaspillage des ressources de l’URSS paraît maintenant bien innocent devant celui de la production actuelle, guidée par l’unique et indigent critère de l’argent.

    Un exemple parmi d’autres est la conception automobile : le poids des voitures augmente régulièrement. Une voiture plus grosse n’est pourtant pas plus sécurisante (distance de freinage) et bien entendu elle consomme plus d’énergie et de ressources. Cette augmentation de poids ne correspond pas à une demande de la société.

    Car concevoir des voitures qui pèsent moins de poids... cela coûte plus d’argent.

    C’est ce qui est expliqué ici :
    https://youtu.be/G_udsurUfyc?t=700

    Une autre vidéo (2) généralise le propos, laissant apparaître une accélération de la consommation des ressources, par l’obsolescence accélérée des véhicules.

    Aujourd’hui, il y a une sophistication délirante de la production de masse, fruit d’une course mimétique vers une performance abstraite et insensée.
    Là où la bureaucratie soviétique validait par avance la production industrielle par divers critères quantitatifs (ou des prix administrés tentant de les synthétiser) - sans égard aux besoins des gens - le commerce capitaliste planétaire de 2024 est validé par le « marché », somme mimétique d’achats individuels soumis aux stratégies des industriels pour rendre ces achats récurrents et ainsi valider l’appareil productif dans son ensemble - sans égard à toutes les autres sortes de conséquences.
    Contrairement au cas de l’URSS, le gaspillage et l’obsolescence de cette production validée par le marché n’est donc pas une conséquence d’une production uniquement réalisée pour « faire du chiffre », mais la condition qui rend possible cette production.

    (2) https://www.youtube.com/watch?v=de08ZG3mlVU

    PS. Un autre exemple de validation destructrice par le marché est le fait d’imprimer en masse des imprimés inutiles - ce qui est rentable si c’est de la pub - générant ensuite des activités de recyclage également rentables, même quand une bonne partie de ces papiers partent directement à la poubelle.
    Pour qu’une activité de production marchande inutile ou destructrice ait lieu, il suffit d’avoir une masse de pognon suffisamment grande accumulée quelque part pour ne pas avoir besoin de « regarder à la dépense », ce qui veut dire acheter le silence des personnes prioritairement satisfaites d’obtenir cet argent en « travaillant » peu importe pour quoi faire, et trouvant ainsi une place dans la société.

    #capitalisme-en-roue-libre

    #Kurz #URSS #valeur #écologie #obsolescence

  • Aux sources du poutinisme Michel Eltchaninoff 2015
    https://laviedesidees.fr/Aux-sources-du-poutinisme

    Selon cet auteur il y a une opposition constante en Russie depuis le 19è entre « slavophiles » et « occidentalistes ».

    Il est apparu dans les années 1830 à travers la dispute entre les slavophiles, défenseurs d’une originalité culturelle, sociale et politique russe, et les occidentalistes soucieux de moderniser la Russie sur le modèle européen.

    Il donne le détail de comment cette opposition a survécu y compris sous l’URSS jusqu’à l’arrivée de Poutine qui signe la revanche du « partie Russe ».

    _

    Mon commentaire :

    On comprend que cette opposition, travaillée depuis longtemps, comme lecture du monde puisse séduire au-delà de la Russie, contribuant à polariser les sociétés (et à déplacer les pôles vers la droite). D’un côté la saine tradition autoritaire, profonde et spirituelle, de l’autre la folie libérale matérialiste relativiste universaliste qui nous emmène où ne sait où et détruit la tradition.

    Cette lecture du monde devient un lecture du monde social, à l’intérieur des sociétés non russes. Elle alimente un climat de guerre civile, puisque à ce petit jeu tradition vs. modernité, on n’est toujours le traditionnel (facho) ou le moderne (décadent) de quelqu’un.

    Même si dans les faits, les deux pôles se mélangent inextricablement (dans sa volonté de puissance, la tradition sait utiliser la modernité et vice versa), cette lecture simpliste permet de penser qu’en se plaçant culturellement du côté de la tradition, on peut trouver une base spirituelle solide pour s’opposer au chaos extérieur.
    Ce faisant on donne au capitalisme le supplément d’âme qui lui manquait.
    L’extrême-droite est l’idiot utile du capitalisme contemporain.

    #fascisme #Russie #anticapitalisme-tronqué

  • GratiLab, Laboratoire indépendant de recherche conviviale sur l’auto-production, la gratuité et la culture libre

    https://labo.nonmarchand.org

    Créé en 2010, le laboratoire de recherche conviviale GratiLab vous permet de consulter, modifier, réaliser, diffuser et promouvoir librement et gratuitement des recherches sur les échanges non marchands (auto-production, gratuité), la culture libre et la recherche conviviale.

    Le laboratoire s’appuie sur trois axes méthodologiques et sur le principe éthique d’adéquation entre la fin et les moyens :

    La critique « totale » de l’économie marchande

    Notre critique se veut « totale » car : 1) elle englobe une critique des institutions qui l’appuient et s’en nourrissent et concerne toutes les formes d’échanges marchands - pas seulement le capitalisme, mais aussi l’économie étatique, l’économie sociale et solidaire, les monnaies locales, le troc, etc. ; 2) elle vise les bases économiques des institutions et des chercheurs qui donnent naissance à cette critique et la diffusent.

    Le dépassement du cadre totalisant de l’économie marchande

    Le laboratoire privilégie à cette fin des méthodologies de recherche permettant de « s’en extraire » comme : 1) l’action qui est un élément de rupture expérientielle et d’auto-réflexivité, 2) la recherche-action, 3) la sociologie « spéculative » (expériences de pensée par exemple). Ces trois orientations permettent de ne pas limiter les recherches à une description de l’existant et d’expérimenter des actions atypiques - quand bien même elles peuvent apparaître absurdes, déroutantes, impossibles, irréalisables et déconnectées des commandes citoyennes et institutionnelles.

    Le convivialisme épistémique

    En s’appuyant sur une sociologie critique « intégrale » des institutions, le laboratoire développe des outils libres, ouverts et horizontaux. L’auto-publication sur Internet est par exemple utilisée pour diffuser des connaissances à caractère scientifique sur les thèmes du laboratoire. La critique est « intégrale » car : 1) elle se construit et se diffuse indépendamment d’elles, 2) elle concerne les moyens concrets de l’activité de recherche. La finalité est de construire une alternative libre et gratuite à l’institution scolaire, la recherche et la publication académiques, en partant du constat qu’elles constituent des formes de police de la connaissance et de contrôle social qui forment le socle idéologique de l’économie marchande. En vertu du principe d’adéquation entre la fin et les moyens, cette recherche sur l’économie non-marchande doit être elle-même construite et diffusée grâce à des ressources non-marchandes, comme le bénévolat, la récupe et le DIY.

    #non-marchand #critique-de-société-marchande

  • Edito du premier numéro de la revue AMA’ (2022)

    Extrait

    (...) Ce type de circulation n’est donc avantageux que si la somme d’argent `a la fin est plus grande qu’au début. Ainsi la séquence A — M — A’ est nécessaire, A’ doit être plus grand que A. Mais ceci ne peut se réaliser que si les lois de l’échange marchand ne sont pas enfreintes, le secret de l’accroissement se trouve donc logé dans le moment M, où l’on découvre alors qu’il y a une production procédant par extraction d’un surtravail. Le but du processus est à présent l’accroissement quantitatif de la somme d’argent d’origine. La monnaie n’est pas dépensée (comme pour M — A — M), mais avancée, elle est seulement déboursée pour pouvoir empocher plus d’argent ensuite. C’est pourquoi avec ce mouvement A — M — A’, nous quittons nécessairement la sphère de la circulation simple.
    Une somme de valeur réalisant ce mouvement est du capital.
    Seule la liaison de plusieurs procès d’échange ayant pour but d’accroître la somme de valeur d’origine nous livre le mouvement typique du capital : le capital n’est pas seulement de la valeur mais de la valeur se valorisant, c’est-à-dire une somme de valeur qui effectue le mouvement A — M — A’. Marx appelle l’accroissement de valeur visé par le mouvement du capital, c’est-à-dire la différence entre A’ et A, la plus-value. A la différence de la circulation simple M — A — M qui tend vers un but se trouvant en dehors de la circulation (l’appropriation de valeurs d’usage pour la satisfaction de besoins) et dont la mesure est donnée par le besoin, et la fin par sa satisfaction, le mouvement du capital est un but en soi, il n’a ni fin ni mesure.

    Mais pourquoi avoir choisi cette séquence pour nom de revue ? Tout d’abord parce que, synonyme de capital, cette formule est particulièrement représentative du geste que Marx opère par rapport à l’économie politique. (...)
    Ensuite, elle permet de souligner la spécificité de
    sa compréhension de l’argent. En effet, la monnaie, l’existence permanente de la valeur dans l’ensemble de l’économie, est uniquement possible si la valeur réalise le mouvement A — M — A’.
    En choisissant cette formule pour titre nous nous inscrivons donc spécifiquement dans la perspective de ce qu’on appelle une théorie monétaire de la valeur.
    Pour résumer, considérer que la théorie marxienne de la
    valeur a pour spécificité d’être une théorie monétaire de la
    valeur consiste à affirmer que marchandise et valeur ne peuvent pas exister, ni non plus être saisies conceptuellement, sans la monnaie. La monnaie n’est donc pas quelque chose qui se trouve à côté du monde des marchandises, ou qui serait un accessoire commode ; la monnaie est nécessaire à ce que les marchandises expriment leur caractère de valeur, à ce que l’ensemble des marchandises se rapportent les unes aux autres en tant que valeurs (d’où la caractérisation de la théorie marxienne de la
    valeur comme ≪ théorie monétaire de la valeur ≫). Ceci implique
    aussi que la production marchande et la monnaie sont indissociables. Par conséquent, il n’est pas possible, contrairement à
    ce que pensaient certains socialistes, d’abolir la monnaie tout
    en conservant la production privée.
    (...)
    Ceci a pour conséquence immédiate d’exclure de toute conception du socialisme des projections utopiques où seraient maintenue la valeur ou bien la monnaie, ou encore le travail salarié.
    Cela implique également de se rapporter de manière critique aux projets coopérativistes qui ne thématisent pas les enjeux liés à la commercialisation des biens produits par le biais du marché.
    Tant que le marché existe, le mouvement A — M — A’ peut se réaliser, les collectifs de production se trouvent donc également soumis aux contraintes capitalistes de la production et
    de l’échange. C’est pourquoi la théorie marxienne n’est pas non plus qu’une critique de l’exploitation au sens de condamnation morale des conditions de production.

    https://revueama.noblogs.org/edito-du-numero-1-de-la-revue

    #valeur #monnaie #marxisme

  • « Insurrection et communisation : repenser l’émancipation sociale radicale à l’ère des catastrophes »

    La production d’une autre forme de socialisation, d’une forme d’interdépendance humaine émancipée, consiste à multiplier et à généraliser les actes qui, au cours de la lutte, permettent d’abord d’affaiblir les formes sociales capitalistes – puis de les supprimer – en permettant à différents groupes sociaux de se joindre à la lutte et en sapant la force de la réaction organisée politiquement et militairement dans l’État et ses agents. Il n’est pas possible d’abolir immédiatement le cadre de socialisation capitaliste, mais il est possible de mettre en œuvre une praxis qui remet immédiatement en question ses fondements. En ce sens, bien que j’aie dit plus haut qu’il ne peut y avoir de recette généralisée pour la production consciente du communisme, on pourrait dire que la maxime “que personne n’ait faim” résume le contenu d’une mesure communiste fondamentale pour la continuité de l’insurrection et son renforcement au fur et à mesure de son déroulement. Seules les mesures communistes concrètes qui permettent d’orienter la reproduction sociale vers la satisfaction directe des besoins et la production de temps libre peuvent permettre au processus insurrectionnel de se maintenir, de s’étendre et finalement de triompher.

    http://dndf.org/?p=21329

    #communisation

  • Marchandise éternelle

    L’actualité récente de la lutte contre les PFAS ressemble étrangement au mouvement des agriculteurs du début d’année 2024. D’un côté, la santé des gens malmenée face à la dissémination de produits chimiques dans les corps vivants. De l’autre, la défense des activités économiques, dont l’immense et précieuse productivité dépend de l’utilisation de ces produits. Défense qui conduit à relativiser la pollution, et à demander toujours plus d’études et de « preuves » que ces produits chimiques sont effectivement nocifs - preuves qui n’auront pas, on le sait bien, comme conséquence l’interdiction des dits produits, mais qui y contribueront... un jour.

    De façon spectaculaire, afin de sauvegarder leur activité économique menacée par un projet de loi contre les PFAS, des salariés -auxquels leur patron avait offert un jour de congé- se sont rendus à la capitale pour manifester contre ce projet de loi. On ne saurait toutefois ramener une telle manifestation au pouvoir des dirigeants de cette entreprise. C’est en toute bonne foi que des agents économiques défendent leur gagne-pain, avant toute autre chose. Et quand ils demandent des "solutions", ils ne demandent pas des solutions techniques (pour se passer d’un produit chimique problématique), mais des solutions économiques. Et immédiates.

    Comme dans l’agriculture, face à la pollution, la question n’est pas de savoir s’il est techniquement possible ou non de "moins polluer", toute chose égale par ailleurs. On le sait bien : dans l’absolu, l’humanité peut vivre sans PFAS, sans pesticides.

    Mais dans une société marchande, ce n’est pas possible. Ne pas utiliser ces produits chimiques, c’est ne pas pouvoir produire industriellement les marchandises dont la norme de productivité impose, pour le marché mondial, de les utiliser. Ne pas utiliser d’insecticides c’est, pour un agriculteur, ne pas produire. Ne pas utiliser de PFAS, c’est ne pas pouvoir produire. Ne pas vendre, ne serait-ce que sur une courte période de temps, c’est arrêter de produire, donc détruire les précieux emplois rémunérés (car des besoins non rémunérables et non répondus, il y en a pléthore).

    Le quiproquo est donc permanent et la confusion totale, puisque d’un côté, on fait semblant de débattre pour savoir si un produit chimique est "essentiel" pour tel ou tel usage. Alors qu’en réalité, seul le critère de rentabilité, au principe de toute activité économique, compte véritablement. Quand le député Nicolas Thierry arrive avec sa proposition de restriction des PFAS, il a en amont vérifié, non pas qu’il existe une "alternative" aux PFAS, mais que le tissu industriel a déjà réussi à s’en passer, en restant compétitif sur le marché.

    Autrement dit, la possibilité d’une loi de restriction des polluants ne vient qu’en deuxième, une fois que l’appareil industriel a déjà pu mettre en place une alternative rentable. La manifestation des salariés de l’entreprise SEB utilisant des fluoropolymères, aboutissant à retirer du périmètre d’interdiction l’activité de leur entreprise, n’est qu’une confirmation de cette loi sociale fondamentale des sociétés marchandes mondialisées : aucune norme sociale ne sera plus forte que celle émanent du champ économique.

    Les débats politiques, les "responsables" politiques, n’ont pas d’influence sur cette loi et il est problématique de prétendre le contraire : on ne fait que reculer la prise en compte du blocage profondément marchand qui empêche d’agir efficacement contre les pollutions. Ce que l’on demande à un "responsable" politique c’est avant tout de respecter cette loi et toute tentative de sortir du cadre donnera lieu à une réponse rapide et sans ambiguïté du champ économique. Et ce ne sont pas toujours les grandes figures capitalistes que sont les patrons qui se donnent la peine de s’exprimer quand une ligne rouge est franchie (par une simple tribune dans un journal économique il est possible de décourager un ministre de mener une politique contre des intérêts économiques). Toute la société est impliquée dans le mouvement tautologique de l’argent désormais mondial, puisque c’est lui qui fait travailler les gens et leur donne un revenu, et qu’aucun besoin ne saurait être répondu sans en passer par une activité rémunérée.

    Mais également, c’est tout l’appareil d’Etat et ses services qui sont nécessairement impliqués dans la défense du statut quo marchand, et donc des pollutions, puisque c’est le mouvement de l’argent qui permet à l’Etat de fonctionner, et c’est le développement de l’Etat qui a historiquement imposé aux sociétés de devenir marchandes de bout en bout, c’est-à-dire capitalistes. On ne comprendrait pas, autrement, pourquoi les services de l’Etat chargés de protéger la population et l’environnement sont si peu zélés à intervenir sur les activités industrielles, et minimisent systématiquement l’importance des pollutions induites, qu’il s’agisse des pollutions chroniques pas même prises en compte, que des pollutions bien plus visibles et médiatisées lors d’accidents industriels.

    Sans avoir en tête cette loi sociale fondamentale, il est difficile de comprendre pourquoi l’utilisation de produits toxiques se développe toujours plus, et pourquoi les politiques comme la société en général sont si impuissants à reprendre en main leur destinée - pour avoir confié celle-ci au fétiche monétaire, et son corollaire, le travail humain soumis intégralement à son mouvement.

    Se satisfaire d’une loi minimale qui prétend avoir agi sur la source du problème, en dédouanant totalement l’activité industrielle dans sa nature marchande même, alimente la confusion dans la tête des gens et nous éloigne radicalement de solutions réelles pour stopper net les pollutions chimiques et l’accélération du désastre qu’est la production marchande planétaire.

    S’attaquer par le petit bout de la lorgnette aux pollutions, au cas par cas, sans s’interroger sur les causes globales, en ne traitant les problèmes que sous le prisme de la « volonté politique », c’est au contraire manquer de courage, et participer à la cogestion de la crise du capitalisme dans l’intérêt supérieur de la société marchande et de la poursuite du mouvement tautologique de l’argent, qui impose de mettre en second plan tous les autres aspects de la vie, y compris sa préservation face aux pollutions chimiques contre lesquels ces "responsables" politiques entendaient lutter.

    Toutes les personnes qui luttent contre les PFAS savent que, si il y en a partout, c’est parce que "c’est pratique et pas cher" - et non parce que le personnel politique de tel ou tel pays n’aurait pas fait voter la bonne loi. Mais bien peu sont choqués qu’un tel critère, dans toute son indigence, gouverne tout bonnement la présence des objets qui nous entourent, et pas seulement ceux comportant des PFAS.

    Au lieu de lutter contre chaque pollution séparément, et perdre les gens à cause de l’expertise qu’il faut déployer à chaque fois pour discuter du degré acceptable de toxicité, on ferait mieux d’adopter une toute autre stratégie de lutte. Puisque l’indigence du critère monétaire gouverne également toutes les autres nuisances (du réchauffement climatique à l’accumulation des déchets plastiques), et qu’aucune entente mondiale ne viendra réglementer le commerce mondialisé par le haut, être réellement écologiste implique d’être également post-monétaire afin d’amener l’impensable à être pensé : sortir de la torpeur marchande pour une toute organisation sociale et répondre enfin décemment à nos besoins. Comment le faire ? Puisse le caractère "éternel" de ces polluants être suffisamment choquant pour provoquer cette nécessaire discussion.

    #pfas #écologie #marchandise

    • Puisque l’indigence du critère monétaire gouverne également toutes les autres nuisances (du réchauffement climatique à l’accumulation des déchets plastiques), et qu’aucune entente mondiale ne viendra réglementer le commerce mondialisé par le haut, être réellement écologiste implique d’être également post-monétaire afin d’amener l’impensable à être pensé : sortir de la torpeur marchande pour une toute organisation sociale et répondre enfin décemment à nos besoins. Comment le faire ?

      La torpeur, ce sont les « masses » qui la subissent. Les donneurs d’ordre font plutôt dans l’activisme (marchand). Quant au commerce mondialisé, je serais plutôt pour son abolition plutôt que sa régulation. Mais maintenant, « que faire » ?
      Réfléchir en premier lieu sur des actions qui impacteront durablement l’accumulation de capital financier, patrimonial, et humain en tant que « ressource » et force reproductive de cette accumulation. De ce point de vue, nous avons cependant une pandémie dont on a décrété qu’elle circulerait à bas bruit. Et les effets néfastes sont déjà là, puisque la presse financière s’inquiète des impacts Covid sur la bonne santé de ses forces reproductives. Comment ne pas voir la relation entre cette dégradation de la santé du cheptel (reproductif) et la promotion obstinée des robots qualifiés d’"intelligences artificielles" ? Comment interpréter les solutions à court terme que sont les restrictions sur les arrêts maladie et l’indemnisation du chômage, le démantèlement de la sécurité sociale gérée paritairement entre partenaires dits « sociaux » sinon comme une injonction faite aux masses laborieuse de supporter « quoiqu’il en coûte » son enchaînement à la machine ? Même s’ils mettent des purificateurs d’air dans les lieux où ils organisent leurs sauteries, les membres de la caste dominante n’ont qu’une courte vue sur l’avenir de la planète et du genre humain et leur seule ligne c’est : "après nous le déluge mais que nos héritiers apprennent à bien couper les griffes des « sauvageons » qui pourront encore un temps satisfaire notre désir d’accumulation.
      Le problème est rudement posé : les « élites » nous imposent la guerre. Nous devons leur rendre la pareille.

  • Robert Kurz et la fin de toute forme d’argent

    L’effondrement de la modernisation a été écrit après la chute du mur de Berlin et a alors été un succès de librairie.

    Voici les dernières lignes de ce livre :

    Il est aujourd’hui probablement possible de s’entendre avec beaucoup de personnes pour dire que la « raison sensible » est devenue aussi indispensable qu’un morceau de pain, et que c’est précisément la logique abstraite et autonomisée de la rentabilité qui détruit le monde. Mais le sujet de la marchandise devient frileux et récalcitrant dès qu’il se rend compte que cela signifierait en conséquence la fin de toute forme d’argent - et donc la possibilité d’en gagner-, c’est-à-dire celle du fameux rapport marchandise-argent, hors duquel il ne connaît ni ne veut connaître ou développer d’autres formes de relation sociale. La critique de l’argent est immédiatement identifiée à une « utopie » irréalisable, alors que dans les conditions données, c’est exactement le contraire. « Comment cela est-il censé fonctionner en pratique ? », cette question, si elle était posée sérieusement, pourrait certainement déboucher sur des résultats concrets, une réflexion sociale et un processus pratique. Mais elle s’en tient au niveau d’une rhétorique péjorative et défensive.

    Personne ne peut prétendre connaître la voie royale pour sortir de la misère ; personne n’a dans son chapeau un programme d’abolition de la marchandise moderne. Le problème est que nous n’avons jusqu’à présent même pas commencé à en discuter. « Comment cela est-il censé fonctionner en pratique ? » Cette contre-question plus que justifiée est toujours ré-enfermée dans la logique dominante de destruction. Les passagers du Titanic veulent rester sur le pont et l’orchestre doit continuer à jouer. Si nous avons affaire à la « fin de l’histoire », ce ne sera pas un happy end.

    Il ne sert plus à rien d’opposer le marché à l’Etat, et réciproquement. L’échec de l’Etat et l’échec du marché sont les mêmes, car la forme sociale de reproduction de la modernité a fondamentalement perdu sa capacité à fonctionner, et donc son pouvoir d’intégration. Alors que les composantes occidentales du système global de production de marchandises commencent à subir les conséquences de la crise aussi durement que le reste du monde, toute attitude fuyante venant de la théorie comme de la pratique devient insoutenable. Hic Rhodus, hic salta.

    #critique-de-la-valeur #post-monétaire

  • Les salariés de Tefal contre une interdiction des PFAS.

    « Touche pas à ma poêle » : les salariés de Tefal contre une interdiction des PFAS. Plusieurs centaines de salariés du groupe SEB se sont rassemblés devant l’Assemblée nationale, le 3 avril, pour protester contre l’interdiction possible des polluants éternels.
    (...)
    À en croire certains employés, ce virage [abandonner les PFAS] pourrait cependant être complexe. 90 % des poêles produites par Tefal contiennent du PTFE, signale Christian Genton, délégué syndical central CFE-CGC sur le site de Rumilly. Et 70 % de cette même production est exportée vers le Japon, l’Allemagne, la Pologne ou le Portugal, qui autorisent encore les produits contenant des PTFE.

    https://reporterre.net/Touche-pas-a-ma-poele-les-salaries-de-Tefal-contre-une-interdiction-des-

    Robert Kurz :

    Il y a d’une part les intérêts fondamentaux (matériels, sociaux et culturels) des hommes, et qui correspondent à leurs besoins historiques. Mais, d’autre part, ce contenu est lié à la forme capitaliste. Ainsi, le contenu réel des besoins apparaît comme secondaire, seul l’intérêt capitalistiquement constitué sous sa forme-argent (salaire et profit) est perçu directement. Il est inévitable que l’on essaie de faire valoir les vrais besoins ou les intérêts fondamentaux d’abord sous la forme capitaliste dominante. Mais quand on ne voit plus la différence entre le contenu et la forme, cet intérêt se retourne contre ses porteurs. Ceux-ci feront alors dépendre leurs intérêts, qu’ils le veuillent ou non, du fait que la valorisation du capital fonctionne. Ils se transforment ainsi eux-mêmes en un « sujet objectif » qui soumet sa vie aux lois du capital et pour qui cette soumission est normale.

    (...)

    Les syndicats sont désormais habitués non pas à fonder leurs revendications sur les besoins de leurs membres, mais à présenter ces besoins comme une contribution à la meilleure marche du système. Ainsi, on prétend que des salaires plus élevés sont nécessaires pour consolider la conjoncture et qu’ils sont possibles parce que le capital engrange des superbénéfices. Mais lorsqu’il devient manifeste que la valorisation du capital s’immobilise, cette attitude mène au renoncement volontaire et à la cogestion de la crise dans l’ « intérêt supérieur » de l’économie d’entreprise, des lois du marché, de la Nation, etc. Cette fausse conscience existe non seulement chez les bureaucrates, mais aussi dans ce que l’on appelle la base.

    http://palim-psao.over-blog.fr/article-theorie-de-marx-crise-et-depassement-du-capitalisme-a-p

    #critique-de-la-valeur #pfas

    • Ça me rappelle le soutien de la CGT aux grèves dans les usines d’armement françaises … j’en ai un peu marre parfois de bouffer des patates parce qu’un jour j’ai fait certains choix de vie, notamment de ne jamais bosser pour la chimie, le nucléaire, l’armée ou la pub, bon, y reste pas grand chose après ça, mais merde j’en connais un paquet de gens qui ont renoncé au fric et au confort pour défendre leurs idées généreuses, et évidemment c’est pas facile tout les jours de tenir la barre à contre courant. Mais du coup j’avoue que je prends la haine de voir des personnes tellement abruties dans leur vie aller jusqu’à défendre leur petite place même si leur taf est toxique, dangereux et merdique pour le monde entier et que leurs patrons sont des grosses pourritures qui les exploitent sans vergogne.

    • dans l’article de Reporterre :

      Sophie Binet, a elle aussi pris position en ce sens dans les colonnes de L’Humanité, arguant que les besoins humains et la planète devaient « primer » sur les intérêts économiques et financiers, et que des alternatives pouvaient être trouvées.

      Des alternatives à la société marchande ?

    • Car ce qui est remarquable c’est que la critique écologiste et de gauche (qui n’a pas lu Kurz) partage avec les salariés pollueurs la même défense de la société marchande. Ils n’en démordent pas : il y des alternatives à l’emploi, on peut maintenir l’activité économique, créer des emplois, etc.

      Je ne sais pas quel discours est le plus choquant à la fin.

      Accessoirement, le PTFE ne se trouvent pas que dans les poêles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Polyt%C3%A9trafluoro%C3%A9thyl%C3%A8ne
      Et si l’on parle de l’ensemble des fluoropolymères c’est encore pire... « Touche pas à mon vélo électrique » ?

      Si on a mis des PFAS partout, c’est parce que c’est pratique et pas cher. Cela le député écolo, et tous ceux qui s’intéressent aux PFAS, le savent parfaitement. Par contre, à un moment, faut conclure et arrêter de faire le béta en disant qu’il y a des « alternatives » aux PFAS... dans une société marchande. Car dans une société marchande, renoncer à des produits pratiques et pas chers, c’est pas possible.

      Les écolos ne comprennent pas que les acteurs économiques sont englués dans cette société marchande, ce n’est pas une affaire de conscience et de bonne volonté. Donc le discours écolo ne peut passer et contribue à la crispation sociale générale. Si c’est le cas, c’est que faute de critiquer la société marchande et ce qu’elle nous impose, ils critiquent finalement les comportements des autres en tant qu’ils relèveraient de choix.

      S’attaquer par le petit bout de la lorgnette aux pollutions, au cas par cas, sans s’interroger sur les causes globales, en ne traitant que les problèmes que sous le prisme de la « volonté politique », voilà ce que font les écolos, qui sont devenus les nouveaux syndicalistes du monde contemporain, participant à la cogestion de la crise dans l’intérêt supérieur de la société marchande.

  • Chacun sa place à l’ombre
    https://artifices.blog/2024/02/07/chacun-sa-place-a-lombre

    Le mouvement de révolte agricole qu’ont récemment connu la #France et l’#Europe augure les prémisses de luttes dans et contre la restructuration en germe du rapport entre le capital et le travail. Cette restructuration, au niveau de l’agro-industrie, se donnant comme traits principaux la décarbonisation, la généralisation du numérique et la fragmentation des échanges internationaux, est en train de bouleverser la dynamique à l’œuvre jusqu’ici. Ce que nous observons est une lutte à la fois entre fractions capitalistes cherchant à trouver une place au soleil dans un nouveau régime d’accumulation, et une partie de la classe moyenne rurale luttant contre sa prolétarisation définitive. Tant que ces deux classes luttent ensemble, sous l’égide de la vieille idéologie agrarienne et paysanne fascisante, aucune perspective émancipatrice ne pourra s’esquisser. Tout l’intérêt réside ainsi dans les perspectives d’explosion de ces intérêts contradictoires.

    #agriculture