• Coronavirus : « La deuxième réponse sera technologique », même « s’il ne s’agit pas d’imposer un contrôle numérique intensif des déplacements »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/01/coronavirus-la-deuxieme-reponse-sera-technologique-meme-s-il-ne-s-agit-pas-d

    Partout dans les médias de masse, on voit fleurir des discours technophiles qui vantent les bienfaits de la surveillance généralisée pour répondre à la crise sanitaire. Ne soyons pas dupes, ces technologies ne serviront en rien les malades atteints du coronavirus. Tout juste serviront-elles les fantasmes des malades atteint d’ordo-capitalisme aigu.

    Nous ne voulons pas de géolocalisation de données, de drones ou de caméras infra-rouges ou d’autres technologies issues tout droit de 1984. Nous, on veut juste des soignants, des lits, et des masques !

    • Je ne sais pas s’il faut rejeter ça en bloc.

      Si, en cas de test positif, on a la possibilité de prévenir immédiatement les personnes qui ont été en contact avec la personne dépistée, pour qu’elles se confinent et se testent elles-mêmes, il me semble qu’on a là un élément important de prévention. Le « suivi des contacts » est un élément qui pourrait permettre d’éviter un renouvellement (l’an prochain) de l’explosion qu’on vient de connaître, et pour ma part je n’y vois pas d’objection de principe, au contraire.

      Sur cette prémisse (on est d’accord ou pas), il est possible, semble-t-il, de le faire sans violer tous les principes de protection de la #vie_privée : c’est en tout cas ce que prétend le projet PEPP-PT (https://seenthis.net/messages/837253), qui mérite attention.

      Mais c’est clair que la plupart des industriels qui se placent sur les rangs de ce nouveaux et juteux marché sont issus du #complexe_militaro-industriel (notamment Palantir). Et ça fout franchement les jetons en termes de #stratégie_du_choc.

  • Group J-P Vernant :

    Macron serait en négociation avec Palantir, l’entreprise du post-fasciste libertarien Peter Thiel, conseiller de Trump, pour accélérer la mutation vers une société de contrôle intégral.

    Palantir in Talks With Germany, France for Virus-Fighting Tool - Bloomberg
    https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-04-01/palantir-in-talks-with-germany-france-for-virus-fighting-tool

    Palantir, which got its start doing projects for the U.S. Central Intelligence Agency, has said its technology can do everything from helping to trace and analyze the spread of the virus to helping hospitals predict staff and supply shortages and finding bottlenecks in the medical supply chain. The company is also telling the prospective customers that it can help countries with plans to exit quarantine measures, the person said.

    A spokesperson for Palo Alto, California-based Palantir declined to comment.

    European Union Commissioner Thierry Breton said Monday that the bloc is collecting mobile-phone data to help predict epidemic peaks in various member states and help allocate resources.

  • La collapsologie ou la critique scientiste du capitalisme - Perspectives Printanières
    https://perspectives-printanieres.info/index.php/2019/03/17/la-collapsologie-ou-la-critique-scientiste-du-capitalism

    Comme un écho aux « alertes » de nombreux-ses scientifiques concernant l’extinction de la biodiversité, les dérèglements climatiques ou la raréfaction de l’eau potable à la surface du globe (entre autres), les théories de l’effondrement se diffusent rapidement dans la société, notamment grâce à un important relais médiatique où est prodigué le discours persuasif qui caractérise ce mouvement. Une communauté « effondriste » s’est progressivement constituée autour de ces théories, notamment en France après la parution d’un livre qui a fait date : Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes de Pablo Servigne – ingénieur agronome et docteur en biologie – et Raphaël Stevens – éco-conseiller. Les collapsologistes – ou collapsologues comme iels s’autodésignent, nous discuterons d’ailleurs du nom qu’il nous faut leur donner – semblent se poser en héritier-ères du mouvement pour la décroissance, dont iels reprennent nombre d’analyses et de travers. La collapsologie, la nouvelle « discipline » qu’iels pratiquent, s’avère également être une traduction politique parmi d’autres du concept d’Anthropocène, en reprenant là-aussi ses défauts et son absence de raisonnement politique critique.

    • A rajouter à la liste des articles qui critiquent un aspect de la collapsologie, mais dont j’ai parfois l’impression qu’ils jettent le bébé avec l’eau du bain. Sous prétexte que Pablo Servigne ne parle pas assez de capitalisme, on en vient presque à défendre que le monde ne va pas si mal que ça...

      Jusqu’ici, ce billet était plutôt vindicatif vis-à-vis de la collapsologie puisqu’il visait à détricoter et critiquer certaines analyses formulées (ou non-formulées) au sein de cette mouvance. Cependant, malgré un manque évident d’analyse politique et sociale, un grand nombre de bilans que dresse la collapsologie sont tout à fait dignes d’intérêt. En effet, qu’ils concernent le(s) changement(s) climatique(s), l’extinction massive de la biodiversité ou encore l’appauvrissement accéléré des sols, des constats scientifiques sont repris et les traduire dans la sphère politique est intéressant. Cependant, il semble nécessaire d’assumer le discours politique qui découle de la collapsologie. A première vue, ce travail s’avère plutôt compliqué puisque les collapsologistes semblent « rejeter les idéologies » (sic) dont iels ont des visions souvent caricaturales. Quoiqu’on pense de ce mouvement, il faut également rester prudent-es quant aux récupérations de la collapsologie par certaines personnalités politiques.

      La prédiction d’un effondrement inévitable d’ici quelques années procède d’une logique proprement historiciste, qui n’est pas sans rappeler la rhétorique marxiste d’il y a quelques décennies qui annonçait l’effondrement du système capitaliste sous le poids de ses propres contradictions ou encore qui véhiculait une marche en avant du progrès social (attention, le propos n’est pas de faire du marxisme dans son ensemble un historicisme, simplement ces idées-ci). Au moins deux aspects de l’analyse collapsologiste illustrent cet écueil.

      #effondrement #collapsologie #catastrophe #fin_du_monde #it_has_begun #Anthropocène #capitalocène
      quand même pour la troisième compilation :
      https://seenthis.net/messages/680147

  • Hôpital public : la note explosive de la Caisse des dépôts - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/010420/hopital-public-la-note-explosive-de-la-caisse-des-depots

    Depuis que la crise sanitaire a déferlé sur le pays, Emmanuel Macron a dit à plusieurs reprises qu’il veillerait à défendre l’État-providence. Une conversion surprenante : dans le passé, il a toujours défendu des positions néolibérales, très critiques à l’encontre de cet État-providence. Mais il assure désormais qu’il ne sera pas prisonnier de ces croyances. « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, a-t-il dit lors de son allocution au pays le 12 mars, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, [pour] notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »

    Malgré tout, sans doute est-il prématuré de croire dès à présent qu’Emmanuel Macron a changé. En tout cas, le plan que la Caisse des dépôts et consignations (CDC) est en train d’élaborer à sa demande pour l’hôpital public, et dont Mediapart est en mesure de révéler la première ébauche, va totalement à rebours de ses déclarations. Ce document expose une série de propositions qui s’inscrivent toutes dans la philosophie néolibérale qu’Emmanuel Macron a toujours défendue par le passé. Privatisation rampante au travers de sulfureux partenariats public-privé (PPP), marchandisation accélérée de la santé : voilà un plan qui tourne le dos aux valeurs de l’État-providence.

    • Si l’on en croit les critiques que nous avons recueillies auprès de plusieurs experts de l’économie de la santé ou de l’hôpital, ce plan pourrait même attiser de violentes polémiques dans le pays, tant il contredit la posture prise par le chef de l’État depuis le début de la pandémie.

      L’origine de ce plan est connue. En déplacement à Mulhouse, mercredi 25 mars, pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit, le chef de l’État a fait des promesses fortes, mais sans en révéler les modalités, ni les montants, ni le calendrier. Il a juste assuré qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Sans emporter la conviction, il a encore dit : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. » C’est dans ce cadre présidentiel que s’inscrivent les travaux préparatoires de la CDC.

      Ce plan est élaboré par la direction de l’investissement de la Banque des territoires, laquelle est chapeautée par la CDC. Selon nos informations, ce travail de réflexion a été engagé sur une commande de l’Élysée, sans que nous ayons pu savoir si la présidence de la République a sollicité d’autres services de l’État ou d’autres organismes. La note, qui est encore une mouture provisoire, a été écrite par deux hauts fonctionnaires de la CDC, Adelphe de Taxis du Poët et Pierre Menet.

      * La philosophie générale du plan. Tous les experts que nous avons interrogés – professeur de médecine, économistes, sociologue – portent sur cette note un regard similaire. S’ils relèvent ici ou là quelques avancées, ils constatent qu’elle ne tire aucun enseignement de la crise sanitaire historique que nous traversons et cherche à poursuivre et même à accélérer les processus de privatisation rampante et de marchandisation de la santé, qui étaient déjà à l’œuvre les années précédentes.

      Il est d’ailleurs assez frappant de relever que du début à la fin, la note ne cesse de mentionner le secteur privé, pour une cascade de raisons, comme s’il était un acteur majeur pour l’hôpital, dont le statut public est ainsi quasiment dissous. Cette référence au privé apparaît évidemment dans les fameux partenariats public-privé ; pour le développement de la « santé numérique », il est aussi fait mention du rôle de 700 start-up qui sont aussi… privées. Dans une note en bas de page, il est aussi fait l’éloge de nombreux assureurs privés qui soutiennent l’« Alliance digitale pour le Covid-19 », laquelle est « composée de Docaposte, la start-up lilloise Kelindi, l’agence Dernier cri, Allianz France et le cabinet d’avocats De Gaulle Fleurance & associés ». Et la note ajoute : « Le consortium est soutenu par AG2R La Mondiale, AstraZeneca, CompuGroup Medical, Johnson & Johnson, La Banque postale assurances, Malakoff Humanis, la plateforme de téléconsultation MesDocteurs et le groupe VYV. »

      Bref, d’une ligne à l’autre, c’est une ode de chaque instant au privé.

      Chargé de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3), le sociologue Pierre-André Juven fait ce constat très sévère : « Le seul affichage du secteur marchand comme solution à la crise est potentiellement périlleux pour les responsables politiques qui cherchent toujours à éviter l’accusation de privatisation de l’hôpital public. L’intrusion encore plus grande du privé (car déjà existante) s’articule donc à celle – moins crispante pour beaucoup d’acteurs – de l’innovation et notamment de l’innovation numérique. » On trouvera sous l’onglet Prolonger associé à cet article la version intégrale de la note que nous a adressée le sociologue. Elle peut aussi être consultée ici.

      Et Pierre-André Juven ajoute : « Ce document est le révélateur très net des orientations actuelles en matière de réformes de la santé : nécessité de faire plus de place au privé ; croyance forte dans l’innovation numérique comme solution au double enjeu de la qualité des soins et de la contrainte financière ; responsabilisation et individualisation face au risque. Les quatre points généraux du document ne sont qu’un coup de tampon aux stratégies édictées depuis plusieurs années. Loin de remettre en cause les orientations délétères des réformes conduites depuis plus de vingt ans, ils conduisent à accélérer la casse de l’hôpital public. Ce document n’est pas seulement la marque d’une volonté d’étendre l’emprise du privé au sein de l’hôpital public, il traduit la conception technophile, néolibérale et paternaliste qu’une grande partie des acteurs administratifs et des responsables politiques ont de la santé. »

      Un conflit d’intérêts pour la CDC

      Interrogé également par Mediapart, le professeur André Grimaldi, fondateur du Collectif Inter-Hôpitaux, juge aussi sévèrement cette note. Il souligne en particulier qu’elle présente le vice majeur de mettre sur un pied d’égalité l’hôpital public et d’autres établissements, dont les établissements privés de santé à but non lucratif (Espic), qui, même s’ils sont détenus par des mutuelles et des fondations, sont régis par d’autres règles, notamment celles de la concurrence, ce qui leur permet d’embaucher les soignants sous des contrats individuels, de faire leur mercato pour débaucher des professeurs de renom, avec les rémunérations afférentes. Cette mise sur un pied d’égalité de ces établissements a, selon lui, pour effet d’effacer la frontière entre public et privé et s’inscrit dans une logique de marchandisation.

      Jean-Paul Domin, professeur de sciences économiques à l’université de Reims et membre des Économistes atterrés, soulève, avant toute chose, une question de méthode : « N’y a-t-il pas un évident conflit d’intérêts à demander un rapport à la CDC sur l’hospitalisation ? La CDC, via une de ses filiales Icade santé, est un acteur majeur de l’hospitalisation privée lucrative. Icade santé est détenue à hauteur de 38,8 % par la CDC et pour 18,4 % par Prédica SA (la filiale assurance du Crédit agricole). Icade s’est spécialisée sur le marché de l’immobilier sanitaire. Elle possède un portefeuille de 135 établissements de santé valorisé à hauteur de 5,5 milliards d’euros. Elle est déjà partenaire de marques reconnues (Elsan, Ramsay santé, Vivalto) ainsi que des groupes régionaux. Icade souhaite également investir le marché des Ehpad et annonce un accord de partenariat avec le groupe Korian. » On trouvera également sous l’onglet Prolonger associé à cet article la version intégrale de la note que nous a adressée Jean-Paul Domin. Elle peut aussi être consultée ici.

      Professeure d’économie à l’université de Dauphine, directrice du laboratoire d’économie et de gestion des organisations de santé, Brigitte Dormont s’interroge sur la fonction de « ce genre de note », qui commence par des éléments de diagnostic familiers à tous ceux qui connaissent la santé (les défis posés par l’augmentation des maladies chroniques, les problèmes budgétaires des hôpitaux publics, la nécessité de nouveaux modes de rémunération des professionnels de santé), avant d’insister lourdement et à plusieurs reprises sur l’intérêt qu’il y aurait à attribuer de l’argent public au secteur hospitalier non lucratif.

      Dans cette note se présentant comme une série de « propositions post-Covid-19 dans le domaine de la santé », la place faite aux établissements privés de santé à but non lucratif est pour le moins remarquable, avec l’idée que ces établissements auraient besoin d’un sauvetage financier spécifique. « Or, il faut savoir que ces établissements n’occupent qu’une place minoritaire dans l’offre de soins hospitaliers. Ils représentent, selon les dernières statistiques disponibles, 14 % des lits, bien moins que l’hôpital public (61,6 %) et moins aussi que les cliniques privées. Et leur situation financière est plutôt bonne, avec un résultat excédentaire dans les derniers comptes publiés et un endettement en baisse ».

      L’universitaire observe que ces Espic « sont financés via la tarification à l’activité (T2A) par de l’argent public de la même façon que les hôpitaux publics mais ont probablement aussi des ressources annexes ». Or, ils livrent à ces hôpitaux publics une véritable concurrence. N’étant pas contraints par la grille salariale de la fonction publique, ils peuvent offrir des rémunérations beaucoup plus attrayantes, ce qui entraîne une « fuite des médecins de haut niveau des hôpitaux publics à leur profit ».

      * La restructuration de la dette. À lire la note, on pourrait toutefois être rassuré sur un point : au moins la puissance publique est-elle consciente du poids que représente la dette pour les hôpitaux. Comme en novembre 2019 l’État avait annoncé qu’il reprendrait à sa charge un tiers de la dette des hôpitaux, la note préconise une restructuration des deux tiers de la dette restante.

      Mais la proposition est très ambiguë, car la note met effectivement sur un pied d’égalité l’hôpital public et les établissements privés de santé à but non lucratif. Or, les mutuelles, fondations ou associations qui les contrôlent sont le plus souvent devenues au fil des ans des organismes financiers mutants, ayant depuis longtemps abandonné l’idéal mutualiste pour copier les mœurs des marchés financiers. En clair, les mutuelles ou institutions de prévoyance agissent de plus en plus souvent comme des acteurs privés, par exemple de l’assurance. Elles sont soumises aux mêmes contraintes prudentielles et sont saisies des mêmes fièvres de concentration ou de regroupement. Comme le répète depuis longtemps le professeur Grimaldi, c’est par elles que transite le virus de la marchandisation et de la privatisation rampante dans le secteur de la santé.

      À la lecture de la note, il apparaît que la restructuration de la dette envisagée par la CDC concerne d’abord celle de ces Espic – ce qui est évidemment révélateur. D’où la proposition de la note : « Nous pourrions imaginer un fonds de dette qui prêterait en hybride soit aux hôpitaux, soit préférablement aux mutuelles. »

      L’amalgame public/privé ne s’arrête pas là, puisque, dans le cadre toujours de la restructuration de la dette, la note envisage aussi la « création d’un fonds de partage », un peu sur le modèle du fonds « F2i », créé par la Fondation de France. Si l’appellation est opaque, le but du dispositif est assez simple : il s’agit d’user des pratiques du « private equity » (investissement dans les entreprises non cotées) mais pour des buts à vocation sociale. Ou, si l’on préfère, il s’agit de créer un fonds hybride mariant, si cela est possible, les pratiques de la haute finance spéculative et le social. Pour ce mariage contre nature, la CDC envisage de « faire souscrire [à ce fonds] des investisseurs privés ou publics, corporate ou institutionnels ». Cette proposition résume à elle seule tout l’esprit de la note : il s’agit d’organiser une consanguinité généralisée entre le public et le privé.

      Mais il y a sans doute plus grave que cela, comme le relève Pierre-André Juven : « La création de “fonds” est à l’inverse de ce qu’il faut faire, à savoir une augmentation de façon pérenne et annuelle des moyens de l’hôpital public ; il y a des besoins d’investissement, certes, mais aussi de fonctionnement (“lits”, personnels, etc.). Le document traduit clairement la volonté de ne pas aller vers une augmentation de l’Ondam (objectif national des dépenses d’assurance maladie). » L’Ondam est cette norme d’évolution des dépenses fixée par le gouvernement dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale et qui organise l’austérité : pour l’hôpital, il est de +2,4 % pour 2020.

      De l’austérité qui étouffe l’hôpital depuis si longtemps, et contre laquelle tous les personnels hospitaliers ont sans cesse manifesté, notamment tout au long de l’année 2019, et jusqu’à ce que commence la pandémie, il n’est tout simplement pas fait mention.

      L’universitaire Brigitte Dormont relève, elle aussi, que la note de la CDC veut restructurer la dette des hôpitaux publics, mais tout autant celle des Espic, alors que leur endettement est en phase de réduction et parfaitement soutenable. « En gros, le contenu essentiel de la note, c’est de proposer que de l’argent public et des actions de consolidation financière soient orientés vers le secteur privé non lucratif, sans argument pour fonder cette proposition. » « Un petit passage surréaliste propose même que le fonds de dette s’adresse “préférablement aux mutuelles ou aux fondations propriétaires des Espic”, étonnant ! »

    • La logique de la marchandisation généralisée

      * Les partenariats public-privé. « Mettre en place des PPP (partenariats public-privé) vertueux. » Avec cette seule recommandation, le comité de la Banque des territoires souligne combien il s’inscrit dans la même logique qui a conduit à une paupérisation sans précédent du secteur hospitalier, et à le mettre sous contrainte permanente de la dette pour le miner de l’intérieur.

      Car même si les nouveaux projets se veulent respectueux de l’environnement, comme il est recommandé dans la note, ce n’est pas pour cela que ces PPP en deviendront plus vertueux. Les mêmes mécanismes de surcoût, d’absence de contrôle, d’endettement massif, d’engagements très contraignants et sur le très long terme pour le seul profit du privé demeurent. Et ils sont mortifères pour le secteur hospitalier. « Utiliser le PPP pour construire un hôpital entier n’est pas très heureux, les besoins fonctionnels de l’hôpital évoluant trop rapidement, au fil des avancées technologiques », reconnaissait Jean-Philippe Vachia, président de la 4e chambre de la Cour des comptes, lors d’une commission d’enquête sénatoriale en 2014.

      Dans un rapport public au vitriol sur les partenariats public-privé dans le secteur hospitalier en 2014, la Cour des comptes en a recommandé le strict encadrement. À la suite de cette recommandation, le gouvernement avait légiféré pour en limiter l’usage. Manifestement, c’est cette limitation sur laquelle veut revenir la Banque des territoires. Au nom de l’urgence, de l’efficacité bien sûr.

      C’est au nom de l’urgence, de l’efficacité, que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a autorisé les hôpitaux à recourir massivement aux contrats de partenariat public-privé. Une formule alors vivement recommandée par Bercy : nommé directeur des affaires juridiques du ministère des finances, Jérôme Grand d’Esnon, ancien directeur des affaires juridiques de la Ville de Paris du temps de Jacques Chirac et grand connaisseur des financements politiques, s’était empressé dès son arrivée au ministère de dégager tous les obstacles de droit pour en favoriser le développement.

      Déjà utilisés par le ministère de la justice pour la rénovation des prisons et des palais de justice, les partenariats public-privé sont alors apparus au gouvernement Raffarin comme l’outil idéal pour mettre en œuvre son grand plan de modernisation de l’hôpital : le Plan hôpital 2007.

      François Fillon, alors ministre des affaires sociales et de la santé, avait déjà lancé son grand projet de sape de la Sécurité sociale : l’hôpital se devait de devenir une entreprise, la tarification à l’acte avait été introduite, les directeurs d’hôpitaux étaient considérés comme de vrais dirigeants, dispensés de tout contrôle. Mais il fallait poursuivre : réorganiser la carte hospitalière, organiser des regroupements, supprimer des lits et des structures hospitalières, rénover, voire construire de nouveaux établissements.

      Mais pour pouvoir mener à bien cette grande transformation, il fallait aussi de l’argent. Plutôt que de solliciter les moyens de l’État, le partenariat public-privé était, selon le gouvernement Raffarin et ses successeurs, la solution : les projets de modernisation hospitaliers seraient portés par le privé. Ils pourraient être menés à bien sans alourdir la dette de l’État, puisque tout l’endettement serait placé en hors bilan, donc n’apparaîtrait pas dans les fameux calculs d’endettement imposés par le traité de Maastricht.

      Tous les directeurs des agences régionales d’hospitalisation furent alors vivement encouragés à recourir à ce mécanisme. « Chacun d’entre eux devait présenter au moins un projet de PPP pour l’hôpital », rapporte la Cour des comptes dans son rapport de 2014. Vingt-quatre projets ont été signés sous cette forme dans la période 2003-2007, représentant un montant de 613 millions d’euros, pour un plan total de 15,9 milliards.

      Un de ces PPP, celui de l’hôpital sud-francilien, signé avec le groupe Eiffage, a défrayé la chronique. « L’exemple de ce qu’il ne faut pas faire », reconnut Jean-Philippe Vachia au Sénat. Dérapage des coûts, surdimensionnement, malfaçons, retards, hôpital vide pendant des mois car inachevé et inadapté, impossibilité réaliser la moindre transformation sans payer un large dédommagement au propriétaire… : ce contrat signé dans la plus totale opacité s’est révélé un fiasco sanitaire et financier. L’hôpital se doit cependant de payer quelque 51 millions d’euros de loyer par an (au lieu des 32 millions annoncés au départ).

      Les exemples de dysfonctionnement abondent. Chaque année ou presque, la Cour des comptes relève les errements auxquels on conduit ces PPP dans les hôpitaux. C’est par exemple, à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, la mutualisation des fonctions logistiques passées sous contrat de PPP, qui finalement se révèle plus coûteuse qu’auparavant. « Quatre ans après, l’intérêt économique du recours à la formule du contrat de partenariat public-privé n’avait donc toujours pas été établi », constate le rapport. Ce sont, à l’hôpital de Douai, ces deux contrats de partenariat public-privé pour la restructuration des services logistiques et la construction d’un établissement pour personnes âgées dépendantes en remplacement de l’ancienne maison de retraite. Des contrats d’une durée de 25 à 30 ans qui obèrent « structurellement les budgets annuels », note un autre rapport. Mais il y aussi l’hôpital de Saint-Nazaire, de Bourgoin-Jallieu ou du Haut-Limousin, et tant d’autres encore.

      Chaque fois ou presque, les mêmes critiques resurgissent : des contrats opaques et mal ficelés qui donnent tout pouvoir au privé, des surcoûts non contrôlés, un endettement massif à des taux beaucoup plus élevés que si la puissance publique avait assuré elle-même le financement et sur un très long terme, une surcharge financière qui ôte toute marge de manœuvre aux hôpitaux. Sans que le bénéfice du recours au privé n’apparaisse à un moment ou à un autre.

      Alors que les expériences passées démontrent l’inefficacité, voire la nocivité de ce type de contrat pour le secteur hospitalier, pourquoi la Banque des territoires propose-t-elle de les remettre en cour ? Tout le monde a appris des erreurs passées, l’État est mieux armé pour surveiller ce type de contrat, les acteurs privés ont changé leur approche, plaideront peut-être les défenseurs des PPP.

      Un récent rapport de la Cour des comptes européenne publié en mars 2018 montre qu’il n’en est rien. Après avoir examiné de nombreux contrats de partenariat privé-public passés dans toute l’Europe, celle-ci a constaté un « manque considérable d’efficience, qui s’est traduit par des retards de construction et par une forte augmentation des coûts », une opacité comptable qui compromet « la transparence et l’optimisation des ressources », une inadaptation de ces contrats de long terme à suivre « l’évolution rapide des technologies ». Sa première recommandation est qu’en l’état du droit et de la pratique, il faut cesser de recourir aux partenariats public-privé, tant que tous les problèmes juridiques et financiers n’auront pas été résolus, compte tenu des « avantages limités » de ces PPP.

      Proposer le recours massif aux PPP dans ce contexte revient à dire que les responsables dans l’entourage du gouvernement, en dépit des déclarations faites, n’ont pas changé : ils sont bien décidés à poursuivre la même politique de casse du secteur public hospitalier, dont nous constatons aujourd’hui les conséquences dramatiques. En utilisant d’ailleurs au passage l’argent de la Caisse des dépôts, c’est-à-dire de tous les Français, apporté en garantie de ces opérations, pour le seul bénéfice du privé, des Vinci, Bouygues, Eiffage et consorts…

      * La santé numérique. Dans la note analysant ce plan, Pierre-André Juven critique la logique financière dans laquelle elle s’inscrit, mais il se moque tout autant de « la logique technophile ». Il est assez frappant que « la santé numérique » constitue effectivement le point de départ de ce plan. Comme s’il s’agissait de la priorité des priorités. Et pour le sociologue, « ce n’est pas un hasard ».

      Explication de Pierre-André Juven : « La volonté de décharger l’activité hospitalière et donc les besoins en personnel de santé se marient parfaitement pour les acteurs administratifs et les réformateur/-trices à la e-santé, qui “fluidifierait” les prises en charge et l’organisation du soin. On trouve derrière l’idée que beaucoup de prises en charge/consultations seraient inutiles (à l’image des “fausses urgences ”). L’innovation numérique permettrait de pallier le manque de financement public. Dans le document est prise comme exemple “la saturation du 15”. Il y a toujours plusieurs façons de lire un problème : ici, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas assez de moyens mis dans le “15” que le problème se pose, mais parce qu’il n’y a pas d’alternatives efficientes (entendre par là privées). »

      Pour Jean-Paul Domin, la critique est similaire : « C’est le truc à la mode. Les opérateurs complémentaires (mutuelles, assurances) se sont lancés en proposant des solutions de téléconsultation (la société Mesdocteurs.com est financée en partie par Axa, qui est au capital). La CDC oublie que cette fausse solution nécessite que l’ensemble des patients puisse avoir accès au très haut débit, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde. L’accès à la télémédecine est marqué par de fortes inégalités. »

      * Conversion de navires en navires-hôpitaux. Donald Trump a suggéré il y a quelques jours de reprendre les paquebots de croisière pour les transformer en hôpitaux. Alors que tous les croisiéristes sont en plein naufrage, après l’épisode du Diamond Princess où plusieurs milliers de passagers se sont retrouvés cloués à bord pendant plusieurs semaines pour cause d’épidémie de coronavirus, le président américain avait trouvé que ce serait une bonne idée de récupérer ces bateaux. Ce qui permettrait au passage de sauver le groupe de croisière Carnival, qu’il connaît bien.

      Mais on ne s’attendait pas à ce que la Banque des territoires reprenne cette idée dans une note sur la santé au temps du Covid-19. « Il s’agirait, écrit-elle enthousiaste, de conventionner avec des armateurs français la transformation, à la demande, d’un paquebot, d’un roulier, d’un ferry en navire-hôpital, en contrepartie d’une rémunération fondée sur la disponibilité (et des entraînements). Une annonce de cette nature serait sans doute très bien reçue par l’opinion publique et recevrait le soutien des Armateurs de France, très attachés au concept de flotte stratégique et à la croissance des navires sous pavillon français. La CDC pourrait financer dans le cadre de ce contrat d’affrètement les dépenses de conversion et le stock de matériel médical nécessaire à la montée en puissance de ces navires-hôpitaux ».

      Il y a longtemps que la marine a des bateaux-hôpitaux qui lui permettent d’avoir des capacités de soin un peu partout dans le monde. Mais est-ce que la transformation de paquebots de croisière, souvent gigantesques, apporte une bonne réponse au sous-équipement hospitalier actuel ? Avoir des installations mobiles pourrait peut-être permettre de répondre à des besoins des DOM-TOM, où certains territoires insulaires sont sous-équipés, mais pour la France, cet appoint serait par bien des aspects accessoire : le manque d’équipement médical et hospitalier est surtout criant sur tout le territoire, dans le Grand Est et le Massif central, dans la Creuse ou le Jura, par exemple, régions qui sont peu connues pour leur accès à la mer.

      Mais au-delà, ces navires monstrueux peuvent-ils apporter une réponse en cas de pandémie, comme celle du Covid-19 ? L’exemple du Diamond Princess (mais d’autres navires de croisière ont connu des expériences aussi dramatiques) tend à prouver que le confinement dans un espace inadapté, avec des règles inappropriées, se révèle contre-productif. Certes, ces paquebots peuvent être transformés. Mais cela demanderait des moyens gigantesques pour ce faire. Serait-ce pertinent de mobiliser tant de ressources financières pour un résultat incertain, en tous les cas tardif ?

      L’insistance avec laquelle la Banque des territoires soutient cette proposition, cependant, pose question. Car il semble y avoir beaucoup d’arrière-pensées et de non-dits dans cette suggestion. La raison en est peut-être ailleurs : la Société de financement local (Sfil), qui sert de bras financier à la banque des territoires, garantit un grand nombre de crédits exports. Elle s’est beaucoup engagée dans le secteur des croisières.Depuis 2017, elle a garanti plus de 3 milliards d’euros de crédits pour les commandes de paquebots passées par MSC (détenu par le cousin d’Alexis Kohler) et Royal Caribbean auprès des Chantiers navals de l’Atlantique. Ces garanties ont été consenties dans des conditions extrêmement généreuses, au-delà des pratiques habituelles.

      Or, ces croisiéristes sont aujourd’hui totalement à l’arrêt, et peut-être pour longtemps. Ils risquent de ne pas être en mesure d’assurer leurs échéances. Leur reprendre leurs bateaux et les transformer en hôpitaux permettrait de les soulager et peut-être de ne pas exposer les engagements hors norme pris pour eux avec de l’argent public. Mais est-ce vraiment le rôle de l’État d’assurer le sauvetage de groupes étrangers qui ont opté de longue date pour les paradis fiscaux ?

    • La colère des professions de santé

      * La participation des patients. Dans son plan, la CDC évoque cette participation des patients en faisant notamment cette remarque : « Le développement des ALD [affections de longue durée – ndlr] oblige à une plus grande participation des patients à la prise en compte de leur santé… et la pandémie actuelle montre la nécessité d’une éducation (civique ?) à la santé et à la prévention… »

      Une remarque qui a le don d’agacer Pierre-André Juven : « La logique néolibérale, dit-il, se retrouve bien sûr dans la place faite au secteur privé mais on la retrouve aussi concernant la place des patient·e·s. Le point sur la “participation des patients à la prise en compte de leur santé” est un retournement des acquis et des revendications des associations de patient·e·s […]. En bref, là où les associations parlent d’empowerment pour revendiquer un droit à participer aux prises de décision, les pouvoirs publics entendent empowerment au sens d’autonomisation vis-à-vis des pouvoirs administratifs et médicaux : et donc traduisent autonomisation par individualisation. L’éducation civique à la santé traduit une approche très moralisatrice et paternaliste : en gros, il faut que les gens arrêtent de solliciter les structures de santé pour la moindre égratignure. »

      Favoriser les soins de premiers recours. Il y a quelques points, en revanche, qui devraient faire consensus. C’est le cas par exemple de la participation plus active de la puissance publique (ou de la Banque des territoires ?) aux investissements envisagés depuis des lustres dans les centres de santé, maisons de santé, centres de soins de premier recours ou centres de répit. On serait tenté de dire : enfin ! Jusqu’ici, ces investissements étaient portés par les municipalités, surtout, et les hôpitaux. Jean-Paul Domin émet toutefois une réserve : « Les solutions préconisées reposent sur la mise en œuvre de solutions financières pour la création de centres de santé ou de maisons de santé. Bien entendu, la CDC valorise les solutions techniques en oubliant que le développement des déserts médicaux résulte essentiellement d’un manque de médecins dans des zones soit rurales soit socialement défavorisées. »

      Dans le même registre, Pierre-André Juven souligne « un point intéressant » : « Le soutien aux projets hospitaliers intégrés. » Explication : « Des projets, portés par des hôpitaux, le ministère de la santé et des collectivités, peuvent être soutenus afin de lier effectivement “la ville” et l’hôpital. Ils évitent des hospitalisations et une prise en charge institutionnalisée sans pour autant que le suivi avec les patient·e·s soit rompu une fois passée la prise en charge. Dans le domaine de la psychiatrie par exemple, il y a de belles initiatives de ce type. »

      Le débat autour de ces propositions. Au sein même de la CDC, ce plan suscite de très vives critiques. Mediapart a soumis ce document à Éric Boubet, secrétaire général du SNUP CDC FSU qui, après lecture, dit sa consternation : « Je ne suis malheureusement pas surpris ! La CDC est le bras financier de l’État et à ce titre elle “obéit” aux ordres du pouvoir politique en place ! Avec la loi Pacte d’Emmanuel Macron, elle a perdu ce qui lui restait d’indépendance. Aujourd’hui, c’est “business et bla-bla com.” La crise du Covid-19 va encore une fois servir de prétexte. La CDC va afficher une aide considérable en faveur de l’hôpital au nom de l’intérêt général ! Mais en vérité, nous sommes bien loin de cela et l’épargne populaire servira les intérêts de la marchandisation et de la privatisation du secteur de la santé. Ici, on analyse ce drame en termes “d’impact sur les valorisations corporate de la crise actuelle.” »

      Et le responsable syndical ajoute : « Alors que l’ensemble des personnels médicaux – médecins urgentistes ou chefs de service – interpelle le gouvernement pour exiger depuis plus d’un an un plan d’urgence pour l’hôpital public, ce dernier répond par une opération de business. Le rôle de la CDC est de mobiliser les fonds nécessaires pour sauver les hôpitaux publics et non de poursuivre les financements qui le tuent comme les partenariats publics/privés. L’État doit effacer totalement les dettes et engager sur les fonds propres notamment les travaux nécessaires pour les hôpitaux existants et rouvrir ceux qu’il a fermés. Ce n’est pas d’hôpitaux dits de campagne ou d’appoint dont la France a besoin ! Enfin, la revalorisation des traitements et des carrières des agents doit être immédiate. »

      Jean-Philippe Gasparotto, secrétaire de l’Union des syndicats CGT de la CDC, est tout autant atterré : « C’est affligeant et très inquiétant. Cette note confirme le cours délétère de la Direction des investissements de la CDC et d’une façon générale de la Banque des territoires de la CDC qui suit elle-même l’exemple de BPI France dans sa logique libérale de banalisation bancaire. Loin de s’inscrire en réponse aux besoins criants de financements d’investissements publics d’un secteur public hospitalier à l’agonie : recherche fondamentale, manque de lits et de matériels, manque d’équipements dans tous les services, manque généralisé de valorisation des personnels, développement anarchique de secteurs privés, manque de service de prévention et surtension des urgences du fait de manque de places et de personnels, maillage territorial en déshérence, désagrégation des parcours de santé, dislocation du lien médecine libérale de ville/ hôpitaux/CHU et développement des déserts médicaux… ce qui aurait dû conduire la direction des investissements à proposer des modèles de financement et d’investissement de long terme compatibles avec l’intérêt général (utilisation des ressources d’épargne populaire (LA) ; réallocation d’actifs des fonds d’épargne ; recherches de co-investissements avec les fonds européens (BEI…) tels qu’ils sont développés par exemple sur le champ du logement social… »

      Et le responsable syndical ajoute : « Au contraire, la quasi-totalité des propositions avancées s’inscrivent dans une logique de continuité de la privatisation de l’hôpital et du secteur de la santé : soutien au PPP ; développement de secteur privé de recherche ; montage de fonds de partage et de dette avec des institutionnels privés, propositions saugrenues d’affrètement de navire-hôpital sur modèle des PPP pratiqués dans le remorquage, dette à gestion déléguée… tant de recettes éculées et hors sol, que l’on aurait plutôt attendues du service investissement corporate d’une banque commerciale. Triste. »

      Plus généralement, ce sont les professions médicales qui risquent de réagir vivement, quand ils vont découvrir les véritables projets du gouvernement. Dans les heures qui avaient suivi les annonces un peu évasives du chef de l’État à Mulhouse, Le Monde avait relevé qu’elles avaient été saluées « avec prudence et amertume » – c’est le moins que l’on puisse dire – par le corps médical. « C’est dommage d’avoir dû attendre une catastrophe, mais mieux vaut tard que jamais », estimait Anne Gervais, l’une des porte-parole du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), qui avait orchestré en janvier la démission de près de 1 200 médecins hospitaliers de leurs fonctions administratives pour réclamer davantage de moyens. « C’est positif, mais après tous les plans qu’on nous a proposés et qui étaient en deçà de ce qui était nécessaire pour les soins, on attend de voir », nuançait de son côté Hugo Huon, président du Collectif Inter-Urgences.

      Alors, pour ceux qui attendaient de voir, l’ébauche de plan de la CDC risque de les tétaniser. À croire que ce pouvoir n’a décidément rien appris du désastre en cours…

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  • How Will the Coronavirus End? - Ed Yong (The Atlantic)
    https://www.theatlantic.com/health/archive/2020/03/how-will-coronavirus-end/608719

    The U.S. may end up with the worst COVID-19 outbreak in the industrialized world. This is how it’s going to play out.

    #prospective (trop déprimé pour lire en détail ; l’article conclut en croyant toujours à l’exception américaine)

    The Crisis Could Last 18 Months. Be Prepared., by Juliette Kayyem, Former Department of Homeland Security official - The Atlantic
    https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2020/03/there-isnt-going-be-all-clear-signal/608512

    The shutdowns happened remarkably quickly, but the process of resuming our lives will be far more muddled.

  • Le virus n’est pas une vengeance - Perspectives Printanières
    https://perspectives-printanieres.info/index.php/2020/03/30/le-virus-nest-pas-une-vengeance

    Laisser la détermination des « activités essentielles à la nation » à la discrétion du patronat est dès lors criminel : des gens mourront à cause de l’entêtement du gouvernement à « sauver » l’économie au détriment de la bonne gestion sanitaire de l’épidémie.

    Considérer que l’épidémie serait « méritée » car simple « vengeance de la Nature » est donc une déresponsabilisation (qui ne dit pas son nom) des classes dominantes, responsables de la trajectoire écocidaire qui crée de plus en plus d’épidémies, et de leur gestion criminelle qu’elles mettent en oeuvre

    d’un côté, il est dit que la « Nature » se venge en envoyant un virus contre les humain-es, mais de l’autre, maintenant que ceux-ci ne la détruisent plus, la « Nature » renaît. Dans le premier cas, elle est hostile, dans le second, bienveillante, comme si elle était dotée d’une conscience ou d’une personnalité, qui expliqueraient ses changements d’humeur. L’analyse de tels discours n’est pas une nouveauté induite par la pandémie actuelle : entre les écologistes anglophones, notamment en Amérique du Nord, les débats sur ces conceptions de la « Nature » (ou « nature »[36]) ont été et sont toujours extrêmement vifs[37]. L’écologie politique francophone a dans l’ensemble plutôt évité ce type de discussion[38]. Toutefois, le danger de l’importation en politique de la « Nature » fut bien perçu, générant des projets philosophiques assez divergents pour en sortir[39]. Cet héritage intellectuel informe sur les raisons pour lesquelles la thèse de l’épidémie comme « vengeance de la Nature » séduit bien au-delà de sa version commune. La multiplication des mauvaises tribunes annonçant sauvagement le retour de la « Nature »[40] ou de « Gaïa »[41] en témoigne. La réduction de telles romantisations[42] de l’épidémie à un privilège de classe est séduisante, mais elle ne suffit pas pour saisir d’où viennent de tels positionnements.

    Alors que l’histoire environnementale se concentre en grande partie sur les sociétés modernes, l’anthropologie de l’environnement s’appuie quant à elle beaucoup plus[50] sur l’ethnographie de sociétés non-modernes, qui sont restées ou se sont tenues à l’écart du monde moderne et de la séparation nature/société qui fondent ses structures sociales. Cette dimension comparative a permis de caractériser le dualisme comme spécificité de la pensée occidentale, puisque l’on ne retrouve absolument pas ce partage dans une multitude de sociétés non-occidentales. Partant de là, l’anthropologie de la nature critique sud-américaine s’est lancée dans un programme décolonial à la croisée de la recherche et de l’activisme politique[51]. L’objectif de départ est très clair : réhabiliter les manières d’être et d’agir autochtones – que l’on appellera « ontologie »[*] – face au projet scientifique rationaliste de l’anthropologie occidentale dominante. Ce « tournant ontologique » pris rapidement une grande importance dans la pensée écologique, et plus largement, politique.

    Gaïa comme être éternel est « difficile à manier »[56] puisque les difficultés inhérentes à l’attribution d’une agentivité à des êtres non-humains se trouvent amplifiées lorsqu’il s’agit de la planète Terre toute entière. Au départ, cette opération se veut subversive car elle offre la possibilité de sortir du cadrage naturaliste-capitaliste faisant de la « nature » un ensemble inanimé, intégralement manipulable par les humain-es. Mais cette sortie peut prendre deux formes, presque opposées.
    La première reste très pragmatique : elle se contente de pointer les implications politiques du naturalisme, sans prôner une autre ontologie existante en particulier[57]. Cette base s’articule facilement aux travaux sur la monétarisation de la nature[58], qui explicitent la façon dont la promotion des services écosystémiques comme outil de protection des écosystèmes promue par les écologues s’est progressivement transformée en nouvelle conquête du capitalisme financier[59]. La seconde sortie possible assume son orientation métaphysique en associant le naturalisme à un « désenchantement du monde », amenant de fait l’idée qu’en sortir passe par un « réenchantement » de ce même monde – ou d’autres mondes. Si l’on croirait retrouver presque terme pour terme la critique que fait Max Weber de la rationalisation capitaliste moderne par le progrès scientifique[60], le « désenchantement » a ici pour fonction principale de justifier le parti-pris métaphysique du « réenchantement ». En apparence, ses implications méthodologiques semblent assez proches de la remise en cause « pragmatique » du naturalisme brièvement décrite précédemment : il s’agit d’accorder une agentivité sociale aux non-humains, ce qui équivaut à une reconnaissance de leur enrôlement par les humain-es dans le monde social. D’une certaine manière, il s’agit là d’une re-matérialisation – ou d’une nouvelle « terrestrialisation »[61] – de la pensée politique moderne, programme que l’on ne peut que souhaiter accompagner. Mais le projet de « réenchantement » ne s’arrête pas là puisqu’il transpose l’agentivité accordée aux autres vivants sur un plan spirituel, inspiré des ontologies non-naturalistes – notamment animistes. Soudainement, des gens pour qui les animaux non-humains n’étaient même pas dotés d’une conscience se mettraient à dialoguer avec eux. L’effet artistique est garanti, mais l’apport politique reste à prouver : faut-il (et si oui comment) convaincre massivement que la résolution de la crise écologique passe par le fait de parler avec son chien ou de « soigner » les arbres ? Ces récupérations simplistes se multiplient dernièrement.

    C’est dans ce contexte théorique complexe mais surtout confus que certain-es en viennent à faire parler le coronavirus, donnant, sous couvert d’expression artistique, dans la déresponsabilisation politique[63].

    Ce « monologue du virus » s’inscrit très clairement dans l’orientation métaphysique prise par le Comité invisible[64]. Il s’agit plutôt de réorientation dans un paysage politique présenté comme absurde, dont la nature romantique résonne étrangement avec le dernier essai de Bruno Latour[65], également engagé depuis plusieurs années dans la reconstruction d’un nouvel édifice métaphysique[66].

    La réhabilitation des ontologies naturalistes est évidemment un projet politique d’une importance fondamentale que les écologistes doivent défendre. Toutefois, que des blanc-hes diplomé-es se revendiquent animistes du jour au lendemain pose plusieurs problèmes. Le plus évident se trouve dans l’adoption immédiate d’une ontologie non-moderne alors qu’elle n’est connue que par l’intermédiaire d’outils analytiques typiquement modernes – voire coloniaux. Ce n’est pas rendre justice aux sociétés desquelles ces ontologies émanent que de s’en revendiquer, puisqu’en plus de passer outre toute la réflexion sur la situation d’un point de vue, toute la longue histoire de l’ontologie adoptée n’est pas connue, rendant son appropriation extrêmement parcellaire. Le second problème découle inévitablement du premier, puisque cette sortie-remplacement du naturalisme est aussi empreinte d’anhistoricité.

    Si l’ensemble des structures sociales, politiques mais aussi culturelles modernes reposent effectivement sur une base naturaliste, les conversions individuelles, même agrégées, ne suffiront pas à les renverser. Le troisième problème découle des deux premiers, presque comme une synthèse : les réflexions politiques contemporaines sont un produit de la modernité, même si elles contestent cette dernière. Cet état de fait est absolument indépassable, chercher à l’annuler est a minima une perte de temps. Mais gâcher son temps n’est pas un problème quand on a le luxe de quitter la ville selon des motifs politiques, pour adopter un mode de vie néo-rural éloigné des conditions matérielles d’existence des populations rurales traditionnelles. À force de se rêver non-moderne, les soucis des subalternes du monde moderne (tant dénoncé) sont oubliés. Dans le meilleur des cas, cet oubli est involontaire, simple fruit de l’éloignement réflexif inévitable lors de la recherche d’un autre rapport à la Terre. Mais cet oubli peut aussi être stratégique, en ciblant indistinctement tou-tes celleux, dominant-es ou dominé-es, qui participent à ce monde moderne jugé « pourri » – repensons à la théorie du Bloom comme critique de l’abrutissement des subalternes[70]. Quelle que soit sa source, cet « oubli » se concrétise dans cet « abject monologue du virus »[71]. Les principales victimes de la pandémie sont déjà et seront encore les plus vulnérables d’entre nous – il faut le rappeler : l’épidémie n’est pas « méritée ».

    Tout le monde n’a pas le luxe de se dégager du temps pour créer un éco-village pour s’y mettre en retrait de la ville décadente[72] jugée symptomatique d’une société cynique[73] – surtout si ce retrait se fait dans une communauté affinitaire socialement et idéologique homogène, autant de conditions que seule une bonne place dans la hiérarchie sociale permet de réunir. Considérer ce virus comme un « accusateur » venu renverser une société jugée mauvaise passe à côté du fait qu’il est davantage un « révélateur » et « aggravateur » des inégalités sociales qui s’y expriment[74]. Le virus, enfin l’auteur – bien humain – de ce monologue, nous intime même de faire « attention » – à notre environnement au sens larges du terme. Pourtant lui ne fait attention à rien : ni aux nécessaires solidarités qui doivent se renforcer face à l’épidémie, ni à celleux que son discours global contre le monde moderne condamne.

    Ce monologue du virus n’est donc pas seulement philosophiquement maladroit ou politiquement abject comme une première lecture peut le laisser penser : il est proprement dangereux.

    Lors de ce qui semble être sa première apparition en 1980, l’écofascisme désigne « un régime totalitaire de gauche [ou] de droite sous la pression de la nécessité » d’une action écologique forte[77]. Dans cette confusion, trois caractéristiques principales semblent apparaître :

    (1) L’écofascisme comme soumission à une « Nature » éternelle voire à un « ordre naturel » qui nous dépasse en tant qu’êtres humains.

    (2) L’écofascisme comme promotion de la mort en nombre d’êtres humains pour des motifs écologiques.

    (3) L’écofascisme comme régime antidémocratique imposé pour répondre à la crise écologique.

    L’écofascisme n’est donc pas seulement une opposition à la démocratie pour des raisons écologiques[83], mais s’adosse à des propositions théoriques essentialistes bien plus larges.

    L’on voit bien que les différentes facettes de l’écofascisme communiquent et se nourrissent les unes les autres : l’autoritarisme écologique bénéficie de l’installation de la « Nature » comme force implacable[87]. L’amertume est donc grande quand certain-es s’autorisent à signer des tribunes prônant la solidarité alors qu’ils installent dans l’espace public des idées menant tout droit à l’écofascisme[88].

    L’argumentaire essentialiste d’une « vengeance de la Nature » participe d’une façon plus concrète encore à la promotion d’un régime autoritaire. Sa dimension mystique s’articule très bien avec la gestion répressive de l’épidémie par de nombreuses « démocraties ». Ces dernières, notamment en Europe occidentale, semblent incapables d’apporter une réponse démocratique à la propagation du coronavirus[89]. Cet aveu de faiblesse est doublement tragique.

    Des moyens financiers et discursifs importants sont déployés pour « sauver l’économie » de la pandémie : le contraste avec les moyens dont disposent les services de santé pour « sauver les gens » est cruellement saisissant[91]. Les terribles difficultés des démocraties occidentales pour endiguer la pandémie ont pour effet indirect de présenter la Chine comme le pays ayant le mieux géré la crise sanitaire sur son sol – malgré les risques d’accélération de l’épidémie inhérents à son importante population. Le confinement strict imposé par Pékin est ainsi vidé de sa substance autoritaire pour que ne soit retenue que son efficacité sanitaire[92] : s’attarder sur le caractère démocratique ou dictatorial du confinement ne serait que source de plus de mort-es. La supposée « réussite » de la Chine légitime sa nouvelle position géopolitique : d’un côté, l’autoritaire « modèle chinois » de gestion de l’épidémie semble être pour beaucoup la seule solution[93], de l’autre, l’assistance du gouvernement chinois aux pays en pleine crise sanitaire rend ces derniers dépendants d’une aide extérieure[94]. Qu’un régime dictatorial semble être plus à même de gérer l’épidémie que de nombreux régimes démocratiques, alors même qu’ils se réfugient dans des mesures autoritaires, finit de faire tomber la distinction sacrée entre dictature et démocratie qu’entretiennent les seconds[95].

    Ce qu’il faut retenir de l’épidémie, c’est qu’elle n’est pas une « vengeance de la Nature » qui viendrait changer le monde à notre place. Mais se lancer sérieusement dans la construction d’une société écologique est autrement plus difficile que de se défausser vers des raisonnements simplistes conduisant à l’écofascisme. Pandémie ou non, nous ne pouvons compter que sur la solidarité[118].

    #écologie #écofascisme #nature #naturalisme @rastapopoulos @ktche @tranbert

    • La liste des groupes sociaux n’ayant pas mérité que leur situation se complique est si longue qu’elle rend d’autant plus insupportable la lecture de l’épidémie comme « vengeance de la Nature ».

      […]

      Toutefois, que des blanc-hes diplomé-es se revendiquent animistes du jour au lendemain pose plusieurs problèmes. Le plus évident se trouve dans l’adoption immédiate d’une ontologie non-moderne alors qu’elle n’est connue que par l’intermédiaire d’outils analytiques typiquement modernes – voire coloniaux. Ce n’est pas rendre justice aux sociétés desquelles ces ontologies émanent que de s’en revendiquer, puisqu’en plus de passer outre toute la réflexion sur la situation d’un point de vue, toute la longue histoire de l’ontologie adoptée n’est pas connue, rendant son appropriation extrêmement parcellaire. Le second problème découle inévitablement du premier, puisque cette sortie-remplacement du naturalisme est aussi empreinte d’anhistoricité. Si l’Occident est bien naturaliste depuis près de 5 siècles[69], se revendiquer (voire pratiquer) individuellement d’une autre ontologie n’annule pas cette riche histoire, indépendamment de ce que l’on pense de celle-ci d’ailleurs. Si l’ensemble des structures sociales, politiques mais aussi culturelles modernes reposent effectivement sur une base naturaliste, les conversions individuelles, même agrégées, ne suffiront pas à les renverser. Le troisième problème découle des deux premiers, presque comme une synthèse : les réflexions politiques contemporaines sont un produit de la modernité, même si elles contestent cette dernière. Cet état de fait est absolument indépassable, chercher à l’annuler est a minima une perte de temps.

    • Le plan qui a fini en plan
      Le Canard Enchaîné 25 mars 2020

      C’est fou comme tout était bien prévu pour faire face à une pandémie.... Sur le papier, du moins ! Après l’épidémie de grippe aviaire en Asie, le ministère de la Santé s’était fendu, à la fin de 2004, d’un « plan de lutte contre une pandémie grippale », actualisé en mai 2005 puis en janvier 2007.

      Le 20 février 2009, nouvelle version - pondue, cette fois, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Les rédacteurs, qui avaient envisagé le cas d’une infection « due à un virus d’origine animale » (p. 37-39), y prodiguaient ces conseils de « réaction rapide » (p. 31).

      Ainsi, « dès lors que le démarrage d’une pandémie paraît imminent, des mesures drastiques s’imposent pour freiner sa dynamique ou protéger la population, indépendamment de la présence ou non de cas confirmés sur le territoire national ». Comment savoir qu’un risque est imminent ? Le document détaille les « signes d’alerte ».

      Par exemple : « brusque signalement par des sources concordantes, quelque part dans le monde, d’une extension de grande ampleur de la maladie, avec un grand nombre de cas de syndrome grippal (supérieur à la centaine), avec suspicion d’extension rapide (forte contagiosité), avec une mortalité anormalement élevée et/ou une gravité clinique nécessitant une hospitalisation sensiblement plus fréquente que pour la grippe saisonnière ». Une description qui correspond parfaitement à l’apparition et à la propagation du coronavirus.

      Le document indique aussi les mesures à adopter illico : « contrôle aux frontières » et « interruption des arrivées et départs internationaux de passagers, notamment aériens, vecteurs d’importation de l’épidémie ». Pas vraiment ce qui a été appliqué en janvier...

      Après l’épisode de la grippe H1N1, ce plan a de nouveau été actualisé en novembre 2011, et plus personne n’a songé à le dépoussiérer depuis. Par les « actions permanentes » recommandées dans ce dernier document : « préparation de stocks de masques (Santé, tous ministères, entreprises) ».

      Tout est dit...

      source : https://blogs.mediapart.fr/avellino/blog/290320/coup-de-gueule-dun-soignant

    • « Il ne faut pas se leurrer, la priorité n’était pas 100 % sanitaire (…), il fallait rassurer les milieux économiques et financiers » — « Terrible confidence d’un haut responsable du pouvoir sur la gestion du coronavirus », commente assez justement Le Parisien le 18 mars.

  • Dans les quartiers nord de Marseille, « le confinement est une gageure »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300320/dans-les-quartiers-nord-de-marseille-le-confinement-est-une-gageure


    Le Château en santé, à Marseille. © OB

    À Kalliste, l’un des quartiers les plus pauvres de France, l’équipe d’un centre de santé cherche des réponses à la précarité, l’insalubrité, la promiscuité, alors que la « vague » approche. Reportage dans un poste d’observation hors norme.

    « Le Château en santé » allait fêter son anniversaire quand le confinement est venu. La fête devait durer une semaine, organisée par l’équipe soignante et les habitants. Il a fallu y renoncer, la reporter, pour basculer dans ce monde calfeutré. En ouvrant il y a deux ans au parc Kalliste, l’un des quartiers les plus pauvres de France, l’équipe pluridisciplinaire (médecins, infirmières, médiateurs, orthophonistes, assistante sociale, etc.) voulait construire le centre de santé avec les habitants pour mieux répondre à leurs besoins, et prendre en compte leurs déterminants sociaux autant que leurs symptômes, pour mieux les soigner. Le confinement venu, tout cela fait du centre un prisme passionnant pour comprendre à quel point le confinement agit dans les quartiers populaires comme une loupe sur les inégalités, sanitaires, éducatives, alimentaires, numériques…

    Vendredi matin, quelques patients attendent à l’extérieur. Des chaises éloignées les unes des autres font office de salle d’attente devant la bastide élégante qu’une famille de négociants avait fait construire au milieu du XIXe siècle, quand les collines appelées aujourd’hui « quartiers nord de Marseille » étaient parsemées de villégiatures de la bourgeoisie marseillaise. Neuf barres de béton ont été construites à la fin des années 1950 dans le parc de la villa. Elles forment comme un rempart autour de la bastide, abandonnée jusqu’à ce que les jeunes soignants obtiennent que la ville la rachète pour la transformer en centre de santé communautaire au cœur du quartier. Les habitants pensant la bâtisse hantée, ils l’ont appelée le Château en santé.

    Les immeubles autour se sont terriblement dégradés en soixante-dix ans. Des marchands de sommeil ont progressivement racheté les appartements, loués très cher à des locataires qui ne peuvent accéder au logement social, doivent parfois se tasser à plusieurs familles pour payer le loyer. « Dans ce contexte, le confinement est une gageure », disent les médecins, qui interpellent les pouvoirs publics pour prendre en compte ces freins au confinement. Il faut selon eux multiplier les centres de dépistage dans les quartiers nord (à Kalliste, un labo commence mardi sur ordonnance) ; trouver des solutions de confinement strict pour ceux qui se révèlent positifs, au besoin en réquisitionnant des hôtels ; mettre en place l’accompagnement autour.

    À Kalliste, des familles vivent à huit ou dix (ou plus). Lors des visites à domicile, les toubibs constatent qu’il y a parfois deux ou trois lits par pièce, dans des appartements souvent insalubres, mal isolés, humides. Certaines barres sont par ailleurs infestées de punaises de lit. Rester strictement confiné dans ce cadre est un enfer. Passés les premiers jours, comme partout en France, le confinement est pourtant relativement bien respecté. Une note d’ambiance des éducateurs de l’arrondissement relève que les jeunes sortent beaucoup moins.

    Habiba fait partie de l’équipe du Château en santé où elle assure le ménage et apporte dans ce centre au fonctionnement très horizontal des éclairages précieux sur la situation des habitants, ou le fonctionnement du quartier. Elle habite La Solidarité, cité constituée de hautes tours juste au-dessus de Kalliste. « Au début, raconte Habiba, les habitants ont pris le confinement à la rigolade. Quand ils allaient sur le balcon, mes enfants me disaient pourquoi tout le monde est dehors et pas nous ? » Depuis, les espaces collectifs se sont retrouvés désertés. Ne restent que les chats, nombreux.

    Morad assure l’entretien des espaces communs d’une barre du parc Kalliste, où vivent ses parents, où lui-même a grandi. Dans le quartier, dit-il, « seuls les 16-17 ans continuent de sortir ». Jusqu’à la semaine dernière, certains continuaient de jouer au football, le soir, sur le petit terrain derrière le centre commercial. « Ils disent : “Moi je crains rien, j’ai pas peur.” Moi je leur dis :“Et ton père, et ta mère, ils craignent rien, crétin ?” »

    Tout autour, les réseaux de vente de drogue ont ralenti mais l’activité continue. « Tu viens pour toucher ? » (acheter), demandait hier un guetteur posté dès 9 heures du matin près de l’une des barres de quartier. Les clients se font rares mais ils n’ont pas totalement disparu. Certains viennent avec des gants, une écharpe en guise de masque. Mais les points de vente risquent de n’avoir bientôt plus grand-chose à charbonner. Fermeture de frontières et limitation de la circulation rendent l’approvisionnement dangereux. La pénurie approcherait.

    Les parents ont d’autres priorités. Il faut occuper les enfants, puisqu’ils ne peuvent plus sortir, essayer de faire école pour qu’ils ne prennent pas de retard. Khadija a quatre enfants, elle vit à La Granière, une cité voisine. Elle est aide-soignante à l’hôpital Nord, très mobilisée ces temps-ci, tout comme son mari préparateur de commandes pour Carrefour. Quand elle rentre du travail, lestée d’une fatigue « physique et psychologique », elle essaie de devenir maîtresse. Les enseignants du primaire envoient les leçons et devoirs par mails, Khadija prend en photo le travail des enfants pour le leur renvoyer.

    « Pour celle qui est au collège, dit-elle, c’est plus compliqué. Seuls quatre professeurs restent en contact avec eux, les autres ont donné plein de travail en disant : “On verra en classe après le confinement.” Moi je ne peux pas aider dans toutes les matières, j’espère que ma fille ne va pas prendre trop de retard. »

    D’autres parents sont beaucoup plus démunis. Certains n’ont pas d’ordinateur, la plupart pas d’imprimante. « Au début, raconte Céline, orthophoniste au Château en santé, certains enfants recopiaient intégralement les formulaires comportant des questions à remplir, parce qu’ils ne pouvaient pas les imprimer. » À la maison, pères et mères se retrouvent parfois dans une incapacité culpabilisante, humiliante, remarque Carolina, assistante sociale au Château.

    L’école primaire de Kalliste a décidé de ne pas avancer dans les apprentissages le temps du confinement, pour éviter de creuser les inégalités. Les enseignants n’envoient des exercices que sur les notions acquises. Le directeur s’efforce de rester en lien avec les familles, il appelle les plus isolés pour prendre des nouvelles. Paradoxalement, certains parents raccrochent un peu avec l’école dans cette période. « Ils essaient de prendre en charge, de pallier les difficultés, alors qu’ils étaient très éloignés du système éducatif, du langage scolaire », observe Céline, l’orthophoniste.

    Mais après le confinement, « il va falloir ouvrir des centres de repos pour les mamans au bord de la dépression nerveuse », soupire Zoubida, patiente du Château. Elle a quatre enfants, a l’impression d’être « sur le pont de 7 heures à minuit ». Elle dit que c’est infernal. « Le temps que je passe de l’un à l’autre, le premier ne se souvient plus de ce que j’ai expliqué ; quand je reviens à lui, le troisième décroche… » Elle a l’impression que sa seule pause est « à 20 heures, quand ils se défoulent sur le balcon avec les casseroles et des couverts ».

    Dans les quartiers populaires plus qu’ailleurs, les femmes sont en première ligne, soumises au stress, à des responsabilités écrasantes. Par temps de confinement, elles ont en plus « les hommes dans les pattes », soupire une patiente du Château. « Et le carême approche, prévient Zoubida (le ramadan est attendu aux alentours du 24 avril). Dans ces périodes, comme ils ne peuvent pas fumer dans la journée, les hommes sont de mauvaise humeur, ils essaient de dormir, les enfants ne doivent pas faire de bruit. J’espère pour les mamans que le confinement sera terminé sinon ça va être explosif… »

    « La peur d’encombrer »

    Carole, infirmière, avec un patient et son fils. © OB
    Élisa, conseillère conjugale et familiale, a « très peur de l’après », des situations qu’ils vont rencontrer. En ouvrant le centre de santé, les professionnelles ne s’attendaient pas au niveau de violences conjugales et familiales qu’elles ont découvert. Elles s’inquiètent d’une recrudescence avec le confinement. « Cela peut être tendu dans tous les milieux, reconnaît Carolina, l’assistante sociale. Se retrouver enfermés ensemble, ce n’est simple pour personne, mais c’est encore plus dur quand il y a plus d’enfants dans moins de pièces et d’autres problématiques urgentes à affronter. » Un « groupe d’appui » se met en place au Château avec Carolina, Élisa la conseillère conjugale et familiale, Carole l’infirmière, Céline et Clémentine les orthophonistes, Fatima et Apo qui assurent les médiations, traduisent pour les familles comoriennes, turques et kurdes.

    Dans cette période où les services publics n’offrent pas de réponses face à la grande précarité, l’équipe dépasse les barrières des professions pour inventer des réponses informelles, appelle régulièrement les familles, soutient les femmes plus isolées. « Mais si certaines subissent des violences, elles ne le diront qu’après, murmure Carolina. Elles n’en parleront jamais au téléphone. Il faut toujours du temps pour laisser venir cette parole. » Et puis comment parler de violences avec toute la famille autour de soi ?

    Le Château va aussi ouvrir un blog pour garder le lien, partager questions, renseignements pratiques, conseils, coups de gueule ; échanger des idées d’activités pour les enfants, des recettes, des solutions pour les devoirs ; inventer des « défis créatifs ». Enfants et adolescents pourraient par exemple tourner des petits films chez eux sur un thème donné, avec les smartphones. Tout cela serait projeté ensuite au Château, quand le temps de la fête d’anniversaire sera enfin venu.

    En attendant le centre s’est transformé. Le rez-de-chaussée accueille les patients suspects de Covid, le premier étage les autres urgences. Deux équipes d’accueillants et de médecins sont constituées chaque jour, elles ne se croisent théoriquement pas de la journée. D’autres toubibs assurent les consultations par téléphone, qui changent beaucoup la nature du soin dans ce quartier où le symptôme est souvent un prétexte pour venir voir un médecin, poser son sac, dire l’enchevêtrement de soucis autant que de pathologies.

    Avec le confinement, beaucoup appellent ou viennent pour des difficultés à respirer, un sentiment d’oppression thoracique, parfois dus aux troubles d’anxiété. Au moindre doute, les médecins demandent aux patients de venir. Ce n’est pas toujours simple. Vendredi, une dame a décommandé son rendez-vous au dernier moment : trois ou quatre personnes sont atteintes du Covid-19 dans son immeuble, or, pour sortir, il faut passer par tous les espaces communs. Elle n’ose plus bouger.

    Marseille a été relativement épargnée jusque-là, mais la vague approche. En fin de semaine dernière, les présomptions de cas positifs se multipliaient en consultations. Edwige, médecin généraliste, a découvert l’angoisse d’annoncer le résultat, « parfois perçu comme une annonce de VIH ». Lorsque les symptômes ne sont pas trop alarmants, les patients sont appelés à se confiner le plus étroitement possible. Les médecins les rappellent pour vérifier que la situation ne s’aggrave pas.

    Céline et Clémentine, orthophonistes, assurent l’accueil. © OB
    L’équipe est très mobilisée mais le centre n’a jamais semblé aussi silencieux. L’absence des familles, des enfants, change tout. Bon nombre de patients n’osent plus venir. « Il y a la peur de l’infection, analyse Thomas, médecin généraliste, mais aussi celle de nous encombrer. Ils nous imaginent complètement débordés, alors ils ne viennent pas, ils reculent tout ce qui ne leur paraît pas urgent. » Edwige, sa collègue, craint « un retour sérieux » après la pandémie, pour rattraper prévention et suivis chroniques, tout ce que les patients auront laissé dériver, « oubliant leur santé ».

    Les questions de santé sont souvent reléguées lorsqu’on s’inquiète pour la fin de mois, pour l’avenir des enfants, pour ce qu’on pourra leur donner à manger. Laetitia (prénom changé à sa demande), professeur des écoles dans les quartiers nord, a été alertée par une mère du quartier qui lui a dit que certains de ses élèves « avaient faim ». Les parents qui travaillent au noir se retrouvent soudain privés de tout. « Beaucoup cachent leur situation, parce qu’ils sont clandestins ou qu’ils craignent qu’on leur enlève leurs enfants, ou tout simplement parce qu’ils ne veulent pas les stigmatiser » (pour la même raison, elle demande de ne pas citer le quartier, aussi dégradé que Kalliste). La mère de famille qui l’avait alertée lui a fait remonter les besoins, des bénévoles ont collecté les courses faites par des particuliers, le minibus de l’association sportive qui ne transporte plus de sportifs a été réquisitionné. « Quand on voit la liste de ce dont les gens disent manquer, on est vraiment dans la première nécessité : des pâtes, de l’huile, de la margarine, des couches. » Dans certaines familles, depuis quelques jours, on change les bébés moins souvent.

    Des solidarités se mettent en place, mais elles sont souvent entravées par la crainte de la contagion. Habiba, du Château en santé, dit qu’elle ne sait plus quoi faire : elle a l’habitude de partager avec ses voisins quand elle prépare un plat, mais en ce moment elle n’ose plus. Elle a peur. Et « honte d’avoir peur ». L’une de ses amies a perdu son mari pendant le confinement, elle ne savait pas si elle devait aller « au deuil ». Finalement, elle y est allée, elles se sont retrouvées à six ou sept, soigneusement éloignées les unes des autres. « On se disait : “Alors finalement t’es venue toi aussi ?!” Je crois que cela a fait beaucoup de bien à mon amie. »

    Au début du #confinement, patients et soignants imaginaient que la fête d’anniversaire serait après la pandémie extrêmement libératrice. Il faudra cependant se réjouir rapidement. Tout le monde a compris que la crise sociale frappera plus durement ici. Qu’elle se posera comme une loupe, encore, sur les quartiers populaires. « Pour nous, ce sera le retour des apéros en terrasses, pour beaucoup ce sera encore plus de chômage, plus rien pour payer le loyer », résume Laetitia, l’institutrice.

    Thomas, le généraliste, répond que patients et soignants feront au Château comme ils font depuis deux ans. « Composer comme on peut, en étant là les uns pour les autres. » Il a envie que la fête d’anniversaire vienne vite, et qu’elle soit « très libératrice ».

    #quartiers_populaires #soin #hors_normes

  • Le confinement amplifie la numérisation du monde
    https://reporterre.net/Le-confinement-amplifie-la-numerisation-du-monde

    Le confinement tend à nous priver de monde, au sens qu’Hannah Arendt donne à cette notion, dans La Condition de l’homme moderne (Calmann Levy, 1958). Un sens à la fois culturel et politique. Elle estimait que la civilisation moderne, tournée vers la production et la consommation de masse, faisait globalement rétrécir notre monde commun, qui existe pour elle par l’action et la délibération politiques.

    Avec l’épidémie et le confinement, nous sommes non seulement privés de monde au sens culturel et politique, mais aussi de monde sensible : les rassemblements sont interdits — mêmes les cérémonies funéraires —, de nombreux marchés sont fermés, et les randonnées en forêt ou en montagne peuvent être sanctionnées. La seule chose qu’on nous laisse, notre seul accès au monde, c’est l’écran d’ordinateur. On s’y engouffre d’autant mieux que les outils numériques ont cette capacité de donner l’illusion qu’ils maintiennent ou recréent le monde autour de nous – l’illusion d’être ensemble, alors que nous sommes isolés.

    #Numérisation_du_monde #Confinement #Covid-19 #Amiech

  • ESA - Le confinement lié au coronavirus entraîne une chute de la pollution à travers l’Europe

    https://www.esa.int/Space_in_Member_States/France/Le_confinement_lie_au_coronavirus_entraine_une_chute_de_la_pollution_a_travers_

    De nouvelles données, basées sur les observations du satellite Sentinel-5P du programme Copernicus, montrent de fortes réductions dans les concentrations de dioxyde d’azote au-dessus de plusieurs grandes villes européennes, dont Paris, Madrid et Rome.
    [...]
    Le satellite Sentinel-5P du programme Copernicus a récemment cartographié la pollution de l’air au-dessus de l’Europe et de la Chine et a révélé une chute significative de la pollution au dioxyde d’azote, qui coïncide avec les mesures strictes de mise en quarantaine.
    [...]

    (via https://seenthis.net/messages/836330)

    #pollution_atmosphérique #confinement

  • Je fais un post séparé pour ces infos hallucinantes, ces mesures du gouvernement destinées à favoriser la grande distribution, les supermarchés côtés en bourse, aux dépends des petits commerces et des marchés où les prix sont plus bas et où s’alimentent les plus pauvres, en région et dans les quartiers pauvres des grandes villes, souvent racisé.es...
    https://seenthis.net/messages/834154
    https://seenthis.net/messages/835682

    Confinement : des restrictions d’ouverture pour les commerces du quartier de Château Rouge, à Paris
    BFM, le 23 mars 2020
    https://www.bfmtv.com/societe/confinement-des-restrictions-d-ouverture-pour-les-commerces-du-quartier-de-ch

    Une mesure visant à favoriser le respect des mesures d’hygiène

    « De nombreux commerces alimentaires disposent d’un étal occupant la totalité de l’espace public sur le trottoir », estime le préfet de police Didier Lallement, et « de nombreux clients provenant de différents quartiers de la capitale et de banlieues parisiennes s’y retrouvent dans un espace confiné. Ce qui aboutit au non-respect des mesures d’hygiène et de distanciation sociale ».

    Les horaires d’ouverture de ces commerces seront également restreints de 8h à 10h et de 14h à 16h

    Les marchés sont fermés ? Les paysans inventent des solutions
    Estelle Dautry et Victor Point, Reporterre, le 25 mars 2020
    https://reporterre.net/Les-marches-sont-fermes-Les-paysans-inventent-des-solutions

    Lundi 23 mars, Édouard Philippe, Premier ministre, a annoncé la fermeture des marchés de plein air.

    Confinement : la préfecture de police restreint les horaires d’ouverture de commerces du quartier de Château Rouge
    France 3 Ile de France, le 26 mars 2020
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/confinement-prefecture-police-restreint-horaires-ouvert

    #favoritisme #discrimination #marchés #supermarchés #racisme #solidarité (manque de) #quartiers_populaires
    #Didier_Lallement #salops #qu'ils_chopent_tous_Ebola

    Voir compile des effets délétères indirects de la pandémie :
    https://seenthis.net/messages/832147

    #coronavirus #travail

  • Psychiatrie confinée et nouvelle anti-psychiatrie covidienne, Mathieu Bellahsen
    https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/290320/psychiatrie-confinee-et-nouvelle-anti-psychiatrie-covidienne

    Depuis bientôt quinze jours, les équipes de #psychiatrie, les patients et leurs familles ont du s’adapter à la situation nouvelle qu’impose le #confinement de la population. La transmission possible du virus impose des règles strictes dans les lieux de soins allant à rebours de ce qui permet habituellement le #soin psychique.

    Depuis deux semaines, un genre nouveau d’#anti-psychiatrie dicte les règles de la psychiatrie confinée. Cette anti-psychiatrie covidienne rend difficile la possibilité même de #soins_psychiatriques et psychiques. Pour autant, tenter un décryptage sur le vif de ce qui se passe et partager quelques initiatives est nécessaire pour que ce confinement ne rime pas avec de nouveaux cloisonnements.

    Evolution des antipsychiatries

    Comme nous l’avons développé ailleurs1, la notion d’anti-psychiatrie fluctue au grès du fond de l’air de la société.

    Dans les années soixante, la première anti-psychiatrie porte une critique radicale de la psychiatrie asilaire et disciplinaire telle qu’elle s’est construite au XIXème siècle et développée dans la première partie du XXème siècle. Cette critique politique s’inscrit dans un lien à des pratiques d’émancipation générale de la société. Elle met en question le modèle médical de la première neuropsychiatrie, celle qui ne distingue pas encore la neurologie de la psychiatrie.

    Dans les années 1980, ce discours antipsychiatrique se lie à de nouvelles pratiques gestionnaires de groupes homogènes de malades, de rationalisation (et donc diminution) du coût des prises en charges. L’antipsychiatrie gestionnaire reprend les discours critiques de la séquence précédente mais ce ne sont plus les pratiques de soin qui comptent le plus mais les pratiques de bonne gestion et donc de diminution des coût sous prétexte de désaliénation.

    A partir des années 2000, la santé mentale s’impose comme la notion réorganisatrice du champ de la psychiatrie. Les pratiques de déstigmatisation lient l’émancipation de la psychiatrie à son analogie au modèle médical classique. La maladie mentale doit devenir « une maladie comme les autres ».Puis viendra la notion d’inclusion qui, en se présentant comme un terme positif, retourne le stigmate de l’exclusion et se substitue à la déstigmatisation. L’inclusion est une notion piège et dans la société néolibérale concoure une « l’exclusion de l’intérieur ».

    En 2014, à partir du champ de l’autisme, Loriane Bellahsen décrypte une nouvelle antipsychiatrie2 qui prend appui sur le modèle médical et plus précisément le cerveau. Le psy s’efface au profit du neuro par l’intermédiaire des sciences « neuros » alors en vogue dans le champ social. L’assomption des troubles du « neuro-développement » légitime un certain type de pratique qui s’appuie sur une hégémonie politique que nous qualifierons de neuropolitique avec Pierre Dardot, Christian Laval, Ferhat Taylan et Jean François Bissonnette.

    Poursuivant ces travaux, Pierre Dardot caractérise l’antipsychiatrie contemporaine comme « une médecine totale et exclusive, une médecine éliminativiste . Il ne s’agit pas non plus d’un simple retour de balancier qui verrait une « anti-antipsychiatrie » des usagers succéder à l’« antipsychiatrie » des psychiatres. Avec la nouvelle antipsychiatrie, nous avons affaire, à la lettre, à une véritable « psychophobie » qui procède d’un véritable fanatisme de l’objectivation scientifique. »3

    Dans « la révolte de la psychiatrie », paru début mars 2020, nous reprenons ces travaux avec Rachel Knaebel et Loriane Bellahsen en faisant l’hypothèse que la nouvelle antipsychiatrie 2.0 est un alliage entre :

    – l’antipsychiatrie gestionnaire précédente qui s’accommode de la société néolibérale,

    – l’antipsychiatrie psychophobe qui s’émancipe de la psychiatrie à partir du modèle médical de diagnostic et de tri (et non contre lui)

    – la nouvelle neuropsychiatrie qui s’origine dans les sciences du cerveau, le big data et les technologies numériques.

    A l’intérieur de ces strates de la nouvelle antipsychiatrie peuvent toutefois émerger des pratiques et des luttes plus ou moins radicales comme en témoigne les courants au sein de la neurodiversité : celle-ci pouvant servir tantôt à mettre en question l’ensemble de l’institution de la société (CLE autisme), tantôt à s’accommoder de « compensations » pour rejoindre les normes sociales dominantes.

    La psychiatrie confinée

    Dans le même temps, les politiques d’austérité et de destruction du système de santé se poursuivent. Des luttes se disséminent dans tous les secteurs du soin : en psychiatrie,4 dans les EHPAD, aux urgences puis dans l’ensemble de l’hôpital public.

    Deuxième semaine de mars, les pouvoirs publics commencent à prendre des mesures face à la pandémie de COVID 19. Sur fond de pénurie organisée par les politiques publiques et renforcée par le lean managment, les discours guerriers des gouvernants se marient aux promesses sans lendemain. Quelques jours plus tard et pour parer au risque mortel que propage le virus sur un système de soin détruit par des politiques abusives et criminelles depuis des années, la psychiatrie se confine.

    Dans les pratiques quotidiennes de la psychiatrie confinée, la séquence COVID réactive des strates enfouies des psychiatries et des anti-psychiatries puisqu’il s’agit de faire l’inverse de ce que l’on fait d’habitude. Une série de renversement coronaviriens se font dans l’urgence de la situation. Ils sont nécessaires mais ils posent question pour le présent et pour la suite.

    Je souhaite donc faire état, de façon nécessairement subjective, de ce qui se passe au quotidien dans le secteur de psychiatrie générale où j’exerce. (...)

    Concrètement, nous avons mis en place dans l’urgence une première unité COVID dans notre hôpital psychiatrique de campagne, loin de tout, sans plateau technique. Et l’image mentale de voir mourir les personnes qui vont y être admises, les yeux dans les yeux, faute de matériel, faute de compétences médicales non psychiatriques suffisamment avancées, commence à nous hanter. Très vite, quatre de nos patients sont dans cette unité dont l’un d’eux en mauvaise forme physique. Alors que certaines de ses constantes ne sont pas bonnes, les secours refusent de le transférer dans un hôpital général. Il n’y a quasiment plus de lits en unité COVID dans les hôpitaux généraux alentours, plus de place en réanimation. Finalement, il va mieux. Mais si l’un des nôtres en a besoin ?

    Devant cette situation de la catastrophe en cours et à venir, la directrice et les soignants de l’hôpital général avec qui nous sommes en « direction commune » acceptent immédiatement de transférer cette unité COVID pour les patients psys au sein de leur hôpital général à 40 kilomètres de là, dans un autre département. Cette solidarité concrète tempère les peurs de reviviscences eugénistes. Et dans ce moment, ce n’est pas rien. C’est même tout à fait essentiel.

    Pour autant les discours sur la saturation à venir dans tous les services, le tri de ceux qui vivront et ceux qui mourront se fait de plus en plus pressant.

    Rappelons que ces choix impossibles ne sont pas les nôtres en tant que soignants même si en bout de course ce sont les soignants qui les assument. Ce cadre de choix, nous en sommes collectivement responsables en tant que citoyens quand on s’accommode toujours plus à l’idée que l’organisateur suprême de la société c’est la concurrence, l’argent et la finance.

    Ce qui a présidé à ce genre de choix définitif (qui va vivre qui va-t-on laisser mourir), est le cadre néolibéral mûri depuis des années avec toutes ces réformes. Voilà le réel des éléments de langage, de la communication et de la langue positive de ces réformes promouvant l’égalité, l’universalité, la santé… Le réel de ces mots ce sont les morts consécutifs à ces choix enrobés de novlangue managériale. Qui est responsable de ces choix impossibles, délétères, cruels, si ce n’est l’évolution néolibérale de la société et ceux qui ont endossé ses habits de luxe et de mépris ? (...)

    Excellent papier dont ces deux extraits ne suffisent pas à rendre compte. À l’inverse du machin à la Y a pas de problème en psychiatrie les fous s’adaptent très bien, que le Favereau de Ration a publié : En psychiatrie, l’étrange calme pendant la tempête
    https://www.liberation.fr/france/2020/03/26/en-psychiatrie-l-etrange-calme-pendant-la-tempete_1783216

    Comme dans les prisons, les Ehpad, et d’autres lieux disciplinaires, avec les nombreuses pathologies que se trimballent pas mal de psychiatrisés, on peut craindre un remake de la décimation des fous durant la seconde GM (principalement par famine, à l’époque)
    #toctoc

    #eugénisme rampant ou pas #pathoplastie #psychothérapie_institutionnelle #expertise the real one, celle qui procède de l’expérience

  • La crise sanitaire est liée aux actions humaines, selon un écologiste
    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1689161/coronavirus-environnement-deforestation-animaux-biodiversite-bracon

    Vous désignez différents facteurs qui sont à l’origine de ce genre d’épidémies, dont la déforestation. Comment ce phénomène peut-il en être la cause ?

    La crise écologique est la cause première de cette crise sanitaire comme de nombreuses crises sanitaires précédentes.

    Nous sommes entrés dans l’Anthropocène [époque géologique dont le commencement correspond au début de l’incidence à grande échelle de l’activité humaine sur la biosphère] vraiment dans les années 1950 avec l’augmentation de l’empreinte écologique, de l’urbanisation, du nombre d’animaux d’élevage, et la baisse des couvertures forestières, des habitats naturels et des agricultures traditionnelles.

    Les animaux sauvages voient leurs territoires en régression, principalement du fait de l’industrialisation de l’agriculture et de l’élevage.

    Les données de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) nous montrent que le nombre de cochons a triplé entre 1970 et 2017 pour atteindre 1,5 milliard de têtes, celui des poulets a quintuplé pendant la même période et on en compte au moins 25 milliards à tout moment sur la planète.

    Ces crises sanitaires résultent de l’augmentation des contacts entre une faune sauvage dont les territoires sont grignotés par les animaux domestiques, dont l’augmentation des effectifs assure l’amplification des pathogènes et leurs transmissions aux humains.

    L’élevage intensif est montré du doigt. Pourquoi ?

    L’élevage intensif industriel est en premier lieu source de problèmes environnementaux directs, déjà avec les pollutions engendrées par les mégafermes : ammoniac relargué dans l’atmosphère, nitrates polluant les sols, les cours d’eau et les eaux côtières marines, sans compter l’utilisation massive de divers biocides comme les antibiotiques.

    Deuxièmement, l’élevage intensif nécessite des sources de protéines végétales importantes pour nourrir des animaux sélectionnés pour assurer une croissance rapide (certaines lignées sélectionnées ne peuvent survivre sur des pâtures naturelles).

    Ces protéines végétales sont produites grâce à l’industrialisation de l’agriculture. Ainsi, on « déforeste » l’Amazonie pour produire le soja qui sera exporté vers des lieux lointains, comme l’Europe ou la Chine.

    Cette agriculture intensive nécessite intrants et biocides, comme les pesticides et les insecticides, sources de « défaunation » et de pollution.

    Enfin, l’élevage intensif est source de maladies infectieuses émergentes. Le virus de la grippe H1N1, à l’origine de la pandémie de 2009 heureusement peu virulente, est originaire d’une mégaferme nord-américaine.

    #Crise_sanitaire #Crise_écologique #Covid-19 #Mégaferme

  • La crise du coronavirus, « une occasion à saisir pour changer notre mode de vie »

    Frédéric Keck, directeur de recherche au CNRS et directeur du Laboratoire d’anthropologie sociale, a répondu à vos questions, dans un tchat du « Monde ».

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/27/coronavirus-c-est-une-occasion-a-saisir-pour-changer-notre-mode-de-vie_60346

    Je comprends surtout le confinement comme une épreuve que la Chine envoie au reste du monde. Nous n’avions pas utilisé une telle mesure pour contrôler les épidémies depuis la quarantaine de Marseille en 1720 (et encore, ce n’était que la quarantaine du port, pour éviter la peste qui se diffusait par les bateaux). Que le tiers de l’humanité se retrouve confiné en mars-avril, parce que cela a marché dans le Hubei en janvier-février, c’est inédit.

    Les premiers à avoir confiné de façon rapide et efficace leur population, ce sont les Vietnamiens en 2003 contre le SRAS, et c’est pourquoi les experts chinois ont conseillé au gouvernement de Xi Jinping d’utiliser cette mesure. On n’a donc aucun recul sur les effets psychologiques d’une telle mesure, sinon peut-être en regardant la façon dont les Vietnamiens l’ont vécue en 2003 - mais ils en ont vu d’autres au cours des cinquante dernières années.

    #Crise_sanitaire #Crise_climatique #Covid-19

  • Listes de #livres mis en #accès_libre par les maisons d’#édition.
    #gratuit

    Éditions La Découverte
    https://editionsladecouverte.fr/art_home/article.php?id=14351

    Dans ces circonstances exceptionnelles, La Découverte a décidé de rendre certains de ses ouvrages accessibles en ligne durant toute la durée du confinement, avec l’accord et l’enthousiasme des auteurs et autrices concerné·e·s. Nous espérons que cela vous permettra de vous occuper mais aussi que cela contribuera à votre réflexion sur l’après et vous permettra de vous projeter dans d’autres horizons.

    Chez soi de Mona Chollet (à lire ici)

    Abondance et liberté du philosophe Pierre Charbonnier (à lire ici)

    Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engélibert (à lire ici)

    L’An 2440 de Louis-Sébastien Mercier (à lire ici)

    * Le droit à la paresse de Paul Lafargue (à lire ici)

    Éditions Amsterdam
    https://fr.calameo.com/accounts/6196393

    Les Briques rouges
    http://www.editionsamsterdam.fr/les-briques-rouges

    Quentin Ravelli
    Les briques rouges
    Dettes, logement et luttes sociales en Espagne

    En Espagne, la brique (ladrillo) est bien davantage qu’un matériau de construction. Elle est l’un des rouages essentiel du capitalisme. Elle est au coeur de la crise de suraccumulation que connait le pays depuis le début des années 2000. Située dans la région de la Sagra en Castille, l’enquête au long cours de Quentin Ravelli, issue d’un documentaire cinématographique, parvient à reconstituer la biographie d’une marchandise ordinaire sur laquelle repose un système entier de domination économique et politique.
    « Pour Angel, la cinquantaine, le choc est ce jour-là violent : il court, nerveux et angoissé, de l’extrudeuse à la “guillotine”, du “piano” au poste de contrôle. Habitué à la tuile, il a dû se reconvertir à la brique en une matinée. Il tremble, il sue, il s’énerve pour un rien. Derrière lui, un enchevêtrement de tapis roulants grincent et crient en acheminant la terre des carrières, tandis que la grosse caisse du mélangeur d’argile, surnommé le “moulin”, pousse des râles graves qui résonnent sous les tôles à chaque passage de la meule. Devant lui, l’extrudeuse ronronne. Sous pression, elle pousse sans fin un gros ruban d’argile chaud et fumant – une brique infinie, un churro géant. »

    Le Propriétaire absent
    http://www.editionsamsterdam.fr/le-proprietaire-absent

    Takiji Kobayashi
    Le propriétaire absent

    À mi-chemin du reportage et du roman, Le Propriétaire absent peint la vie des paysans à Hokkaido dans les années 1920. Partis défricher et coloniser l’île par milliers après son annexion définitive à la fin du XIXe siècle, ces migrants découvrent les duretés de l’exploitation et de la lutte. Dans cet ouvrage, l’auteur livre, par des voies détournées, quelque chose de sa propre expérience et dénonce les abus de la Hokkaidô Takushoku Bank, qui l’emploie alors et qui s’en sépare quand paraît ce roman à charge. Après la publication du
    Bateau-usine, voici un autre ouvrage majeur de la littérature prolétarienne japonaise.

    « Les fabriques de conserves, les bâtiments de l’administration coloniale, les grandes banques, les usines de XX, les canaux, les entrepôts, les parcs, les villas, les automobiles, les bateaux à vapeurs, le quai au charbon… tout ça se mélange, ça hurle comme dans un grand tourbillon. À marcher dans cette ville saturée, on en vient même à douter que quelque part dans ce monde puissent exister des ­paysans tout tordus et couverts de boue. Herbe, montagne, épis, rivières, engrais – c’est ça, un village de paysans ! À ceci près que les habitants d’Otaru, ils n’ont peut-être jamais vu de leurs propres yeux, pas même une fois, un vrai paysan. […] La seule chose, c’est qu’on ne peut plus se laisser avoir éternellement comme des “paysans”. »

    La Petite Ville
    http://www.editionsamsterdam.fr/la-petite-ville

    Éric Chauvier
    La petite ville

    Depuis la fermeture de son abattoir, de sa mine d’or et de ses usines, la petite ville de Saint-Yrieix la Perche, située en Haute Vienne, connaît une déprise démographique et économique. Les mutations du capitalisme ont produit une ville sans qualité. Dans une enquête anthropologique où se mêlent mélancoliquement l’histoire intime du narrateur et l’histoire sociale des habitants de Saint-Yrieix, Éric Chauvier revient sur les traces de son enfance.

    « C’est ici, sur une carte mentale, la mienne probablement, dans un nœud de mémoire, à Saint-Yrieix la Perche, petite ville française du sud du département de la Haute-Vienne, que je suis né (Une nuit de neige et de vent, je m’en souviens comme si c’était hier), le 17 novembre 1971, dans une chambre de la maternité de la ville. Tout au long du xxe siècle naissent en ce lieu des milliers ­d’Arédiens – le nom donné aux habitants de Saint-Yrieix la Perche, étymologiquement référés à Arédius, le saint qui, dit-on, fonda la ville (Ton père était venu à la maternité avec tes grands-parents…). Mais aujourd’hui ce temps est révolu (C’était une nuit très froide), car ce lieu prévu pour donner la vie (Il y avait des congères le long des routes), comme la plupart des usines, comme l’abattoir, comme les magasins du centre-ville, comme les enfants courant dans les rues, criant, riant, explorant ce monde – qui va bientôt disparaître –, a disparu à jamais. »

    #littérature_prolétarienne #sciences_sociales

    Les Liens qui libèrent
    Bullshit Jobs - David Graeber
    https://fr.calameo.com/read/006196667134f1b042fa2

    #travailleurs_exposés (exposés pour leur utilité sociale pas reconnue ou bien pour le seul bénéfice des patrons)

    La Fabrique
    https://lafabrique.fr/offres-epub

    En attendant la réouverture des librairies, La fabrique vous offre 10 livres en téléchargement libre et gratuit.

    Grégoire Chamayou
    Théorie du drone

    Le drone est l’instrument d’une violence à distance, où l’on peut voir sans être vu, toucher sans être touché, ôter des vies sans jamais risquer la sienne. Cette forme de violence télécommandée, […]

    Andreas Malm
    L’anthropocène contre l’histoire

    Du delta du Nil aux cercles polaires, le constat est effrayant : la Terre se réchauffe dans des proportions qui nous mènent aujourd’hui au seuil de la catastrophe. Le concept d’Anthropocène, s’il […]

    Eric Hazan
    La dynamique de la révolte

    Un livre d’histoire ? oui et non. Oui, parce qu’on y parcourt quelque 220 ans d’émeutes, soulèvements, insurrections et révolutions, depuis la prise de la Bastille jusqu’à la chute de Ben Ali […]

    Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Georges Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière
    Qu’est-ce qu’un peuple ?

    Peuple, un mot qui implique la disparition de l’État existant ? Populaire, un adjectif à travers lequel les dominés acceptent les conditions les plus défavorables à leur propre langage ? « Nous, le […]

    Mathieu Rigouste
    La domination policière

    La violence policière n’a rien d’accidentel, elle est rationnellement produite et régulée par le dispositif étatique. La théorie et les pratiques de la police française sont profondément enracinées dans le système colonial […]

    Kristin Ross
    L’imaginaire de la Commune

    William Morris, Élisée Reclus, Pierre Kropotkine : ce ne sont pas les premiers noms qui viennent à l’esprit s’agissant de la Commune de Paris. S’ils tiennent dans ce livre un rôle important, […]

    Joëlle Fontaine
    De la résistance à la guerre civile en Grèce

    Platon, Aristote, l’invention de la démocratie : c’est une tout autre image de la Grèce que montre ce livre, celle d’un pays sacrifié et humilié – comme il l’est aujourd’hui. On y […]

    Françoise Vergès
    Un féminisme décolonial

    Dans le débat public, être décolonial est une infamie. Dans les universités, dans les partis de gauche et d’extrême gauche, les syndicats, les associations féministes, partout on traque une « pensée décoloniale » infiltrée […]

    Houria Bouteldja
    Les Blancs, les Juifs et nous

    Ce livre est un cri – pas un cri de guerre, plutôt un cri de paix. Plus exactement, c’est une série de claques alternant avec des caresses. Appliquées à qui ? Aux Blancs […]

    La Révolution russe, une histoire française
    Éric Aunoble
    La Révolution russe, une histoire française

    En France, la révolution russe est devenue un repoussoir, le moment fondateur d’un totalitarisme aussi terrifiant que le nazisme. Elle n’est plus envisagée que sous l’angle de ses victimes, aussi bien dans le […]

    Les éditions Libertalia
    https://www.editionslibertalia.com/blog/epub-et-pdf-en-acces-libre

    Pour vous accompagner pendant le confinement, nous vous offrons les versions numériques de quelques-uns de nos livres.
    D’autres titres s’ajouteront ces prochains jours.
    • Mon histoire, Rosa Parks : epub (540 ko) / pdf (626 ko).
    • Trop classe !, Véronique Decker : epub (214 ko) / pdf (283 ko).
    • Appel à la vie, Raoul Vaneigem : epub (153 ko) / pdf (229 ko).
    • Les Historiens de garde, Blanc, Chéry & Naudin : epub (379 ko) / pdf (545 ko)

    Codine, Panaït Istrati : epub (152 ko) / pdf (328 ko)

    Raisons d’agir
    La Casse du siècle. À propos des réformes de l’hôpital public
    Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent
    http://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/Casse_siecle_pages.pdf

  • Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise, Bruno Latour
    https://aoc.media/opinion/2020/03/29/imaginer-les-gestes-barrieres-contre-le-retour-a-la-production-davant-crise

    Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la #production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

    Il y a peut-être quelque chose d’inconvenant à se projeter dans l’après-crise alors que le personnel de santé est, comme on dit, « sur le front », que des millions de gens perdent leur emploi et que beaucoup de familles endeuillées ne peuvent même pas enterrer leurs morts. Et pourtant, c’est bien maintenant qu’il faut se battre pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique contre lequel nous essayions jusqu’ici, assez vainement, de lutter.

    En effet, la crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre. En tous cas, ce serait dommage de ne pas se servir de la crise sanitaire pour découvrir d’autres moyens d’entrer dans la mutation écologique autrement qu’à l’aveugle.

    La première leçon du coronavirus est aussi la plus stupéfiante : la preuve est faite, en effet, qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger. À tous les arguments des écologiques sur l’infléchissement de nos modes de vie, on opposait toujours l’argument de la force irréversible du « train du progrès » que rien ne pouvait faire sortir de ses rails, « à cause », disait-on, « de la globalisation ». Or, c’est justement son caractère globalisé qui rend si fragile ce fameux développement, susceptible au contraire de freiner puis de s’arrêter d’un coup.

    En effet, il n’y a pas que les multinationales ou les accords commerciaux ou internet ou les tour operators pour globaliser la planète : chaque entité de cette même planète possède une façon bien à elle d’accrocher ensemble les autres éléments qui composent, à un moment donné, le collectif. Cela est vrai du CO2 qui réchauffe l’atmosphère globale par sa diffusion dans l’air ; des oiseaux migrateurs qui transportent de nouvelles formes de grippe ; mais cela est vrai aussi, nous le réapprenons douloureusement, du coronavirus dont la capacité à relier « tous les humains » passe par le truchement apparemment inoffensif de nos divers crachotis. A globalisateur, globalisateur et demi : question de resocialiser des milliards d’humains, les microbes se posent un peu là !

    Cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage.
    D’où cette découverte incroyable : il y avait bien dans le système économique mondial, caché de tous, un signal d’alarme rouge vif avec une bonne grosse poignée d’acier trempée que les chefs d’État, chacun a son tour, pouvaient tirer d’un coup pour stopper « le train du progrès » dans un grand crissement de freins. Si la demande de virer de bord à 90 degrés pour atterrir sur terre paraissait encore en janvier une douce illusion, elle devient beaucoup plus réaliste : tout automobiliste sait que pour avoir une chance de donner un grand coup de volant salvateur sans aller dans le décor, il vaut mieux avoir d’abord ralenti...

    Malheureusement, cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage. Les globalisateurs, ceux qui depuis le mitan du XXe siècle ont inventé l’idée de s’échapper des contraintes planétaires, eux aussi, y voient une chance formidable de rompre encore plus radicalement avec ce qui reste d’obstacles à leur fuite hors du monde. L’occasion est trop belle, pour eux, de se défaire du reste de l’État providence, du filet de sécurité des plus pauvres, de ce qui demeure encore des réglementations contre la pollution, et, plus cyniquement, de se débarrasser de tous ces gens surnuméraires qui encombrent la planète[1].

    N’oublions pas, en effet, que l’on doit faire l’hypothèse que ces globalisateurs sont conscients de la mutation écologique et que tous leurs efforts, depuis cinquante ans, consistent en même temps à nier l’importance du changement climatique, mais aussi à échapper à ses conséquences en constituant des bastions fortifiés de privilèges qui doivent rester inaccessibles à tous ceux qu’il va bien falloir laisser en plan. Le grand rêve moderniste du partage universel des « fruits du progrès », ils ne sont pas assez naïfs pour y croire, mais, ce qui est nouveau, ils sont assez francs pour ne même pas en donner l’illusion. Ce sont eux qui s’expriment chaque jour sur Fox News et qui gouvernent tous les États climato-sceptiques de la planète de Moscou à Brasilia et de New Delhi à Washington en passant par Londres.

    Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause.
    Ce qui rend la situation actuelle tellement dangereuse, ce n’est pas seulement les morts qui s’accumulent chaque jour davantage, c’est la suspension générale d’un système économique qui donne donc à ceux qui veulent aller beaucoup plus loin dans la fuite hors du monde planétaire, une occasion merveilleuse de « tout remettre en cause ». Il ne faut pas oublier que ce qui rend les globalisateurs tellement dangereux, c’est qu’ils savent forcément qu’ils ont perdu, que le déni de la #mutation_climatique ne peut pas durer indéfiniment, qu’il n’y a plus aucune chance de réconcilier leur « développement » avec les diverses enveloppes de la planète dans laquelle il faudra bien finir par insérer l’économie. C’est ce qui les rend prêts à tout tenter pour extraire une dernière fois les conditions qui vont leur permettre de durer un peu plus longtemps et de se mettre à l’abri eux et leurs enfants. « L’arrêt de monde », ce coup de frein, cette pause imprévue, leur donne une occasion de fuir plus vite et plus loin qu’ils ne l’auraient jamais imaginé.[2] Les révolutionnaires, pour le moment, ce sont eux.

    C’est là que nous devons agir. Si l’occasion s’ouvre à eux, elle s’ouvre à nous aussi. Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

    Par exemple, l’autre jour, on présentait à la télévision un fleuriste hollandais, les larmes aux yeux, obligé de jeter des tonnes de tulipes prête à l’envoi qu’il ne pouvait plus expédier par avion dans le monde entier faute de client. On ne peut que le plaindre, bien sûr ; il est juste qu’il soit indemnisé. Mais ensuite la caméra reculait montrant que ses tulipes, il les fait pousser hors sol sous lumière artificielle avant de les livrer aux avions cargo de Schiphol dans une pluie de kérosène ; de là, l’expression d’un doute : « Mais est-il bien utile de prolonger cette façon de produire et de vendre ce type de fleurs ? ».

    Nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation.
    De fil en aiguille, si nous commençons, chacun pour notre compte, à poser de telles questions sur tous les aspects de notre système de production, nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation – aussi efficaces, millions que nous sommes, que le fameux coronavirus dans sa façon bien à lui de globaliser la planète. Ce que le virus obtient par d’humbles crachotis de bouches en bouches – la suspension de l’économie mondiale –, nous commençons à l’imaginer par nos petits gestes insignifiants mis, eux aussi, bout à bout : à savoir la suspension du système de production. En nous posant ce genre de questions, chacun d’entre nous se met à imaginer des gestes barrières mais pas seulement contre le virus : contre chaque élément d’un mode de production dont nous ne souhaitons pas la reprise.

    C’est qu’il ne s’agit plus de reprendre ou d’infléchir un système de production, mais de #sortir_de_la_production comme principe unique de rapport au monde. Il ne s’agit pas de révolution, mais de dissolution, pixel après pixel. Comme le montre Pierre Charbonnier, après cent ans de socialisme limité à la seule redistribution des bienfaits de l’économie, il serait peut-être temps d’inventer un socialisme qui conteste la production elle-même. C’est que l’injustice ne se limite pas à la seule redistribution des fruits du progrès, mais à la façon même de faire fructifier la planète. Ce qui ne veut pas dire décroître ou vivre d’amour ou d’eau fraîche, mais apprendre à sélectionner chaque segment de ce fameux système prétendument irréversible, de mettre en cause chacune des connections soi-disant indispensable, et d’éprouver de proche en proche ce qui est désirable et ce qui a cessé de l’être.

    D’où l’importance capitale d’utiliser ce temps de confinement imposé pour décrire, d’abord chacun pour soi, puis en groupe, ce à quoi nous sommes attachés ; ce dont nous sommes prêts à nous libérer ; les chaînes que nous sommes prêts à reconstituer et celles que, par notre comportement, nous sommes décidés à interrompre.[3] Les globalisateurs, eux, semblent avoir une idée très précise de ce qu’ils veulent voir renaître après la reprise : la même chose en pire, industries pétrolières et bateaux de croisière géants en prime. C’est à nous de leur opposer un contre-inventaire. Si en un mois ou deux, des milliards d’humains sont capables, sur un coup de sifflet, d’apprendre la nouvelle « distance sociale », de s’éloigner pour être plus solidaires, de rester chez soi pour ne pas encombrer les hôpitaux, on imagine assez bien la puissance de transformation de ces nouveaux gestes barrières dressés contre la reprise à l’identique, ou pire, contre un nouveau coup de butoir de ceux qui veulent échapper pour de bon à l’attraction terrestre.

    Un outil pour aider au discernement

    Comme il est toujours bon de lier un argument à des exercices pratiques, proposons aux lecteurs d’essayer de répondre à ce petit inventaire. Il sera d’autant plus utile qu’il portera sur une expérience personnelle directement vécue. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer une opinion qui vous viendrait à l’esprit, mais de décrire une situation et peut-être de la prolonger par une petite enquête. C’est seulement par la suite, si vous vous donnez les moyens de combiner les réponses pour composer le paysage créé par la superposition des descriptions, que vous déboucherez sur une expression politique incarnée et concrète — mais pas avant.

    Attention : ceci n’est pas un questionnaire, il ne s’agit pas d’un sondage. C’est une aide à l’auto-description*.

    Il s’agit de faire la liste des activités dont vous vous sentez privées par la crise actuelle et qui vous donne la sensation d’une atteinte à vos conditions essentielles de subsistance. Pour chaque activité, pouvez-vous indiquer si vous aimeriez que celles-ci reprennent à l’identique (comme avant), mieux, ou qu’elles ne reprennent pas du tout. Répondez aux questions suivantes :

    Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

    Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 1.)

    Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

    Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

    Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 4.)

    Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?

    (Trouvez ensuite un moyen pour comparer votre description avec celle d’autres participants. La compilation puis la superposition des réponses devraient dessiner peu à peu un paysage composé de lignes de conflits, d’alliances, de controverses et d’oppositions.)

    [1] Voir l’article sur les lobbyistes déchainés aux Etats-Unis par Matt Stoller, « The coronavirus relief bill could turn into a corporate coup if we aren’t careful », The Guardian, 24.03.20.

    [2] Danowski, Deborah, de Castro, Eduardo Viveiros, « L’arrêt de monde », in De l’univers clos au monde infini (textes réunis et présentés). Ed. Hache, Emilie. Paris, Editions Dehors, 2014. 221-339.

    [3] L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris, La Découverte, 2017 et développé depuis par le consortium Où atterrir http://www.bruno-latour.fr/fr/node/841.html

    *L’auto-description reprend la procédure des nouveaux cahiers de doléance suggérés dans Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. Paris : La Découverte, 2017 et développé depuis par un groupe d’artistes et de chercheurs.

    #l'après #attachement #écologie #alliances

  • « Article édifiant sur la chronologie des informations scientifiques disponibles depuis fin décembre. Il serait bon que les chiens de garde et autre charlatans aient la décence de se taire à jamais. »
    #Cymes #goupil #Alexandre #Kouchner #Sibeth

    https://laviedesidees.fr/Savoir-et-prevoir.html

    Savoir et prévoir - Première chronologie de l’émergence du Covid-19

    Que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Premiers éléments de réponse à partir d’un corpus bien défini : le très réputé magazine « Science », et les déclarations de l’OMS depuis fin décembre 2019.

    Depuis l’interview d’Agnès Buzyn au Monde mardi 17 mars, les critiques pleuvent de toutes parts sur le gouvernement français. La déclaration de l’ex-ministre de la santé, selon laquelle dès janvier elle aurait prévenu le Premier ministre de la gravité potentielle de l’épidémie de nouveau coronavirus – le mettant même en garde sur le fait qu’il faudrait peut-être reporter les élections municipales – a été interprétée comme un aveu terrible : la ministre de la Santé et le reste du gouvernement savaient ce qui risquait d’arriver, et pourtant ils n’auraient pas agi à la hauteur du risque. Depuis, chaque jour qui passe, avec son cortège d’informations sur la pénurie de tests de dépistage et de masque pour les personnels soignants, ne fait que renforcer le discrédit d’un pouvoir politique dont la cote de confiance était déjà largement entamée par la crise des gilets jaunes et la réforme des retraites.

    • Ce thread est formidable. Ils sont tous là à raconter n’importe quoi. Et les voir maintenant continuer de se justifier pour leur gestion catastrophique est un rare supplice. #OnOublieraPas
      https://twitter.com/AiphanMarcel/status/1238399977128370182

      Les Français n’ont pas pris la mesure du #Covid_19 parce que le gouvernement et les chaînes d’info ont relayé un discours irresponsable pour rassurer au mépris de la santé publique et des avis des spécialistes.

      Ces gens sont des criminels !

    • Nous payons leur nullité !

      Leur rhétorique guerrière n’est là que pour cacher cette évidence : leur nullité. Comme l’a dit Macron à ses ministres : « On n’oubliera pas. » Non, nous n’oublierons pas. Aujourd’hui, nous payons leur nullité. Demain, nous la leur ferons payer.

      « Confiner l’ensemble de la population sans dépister et sans traiter, c’est digne du traitement des épidémies des siècles passés. La seule stratégie qui fasse sens est de dépister massivement, puis confiner les positifs. » C’est un expert en santé publique, anthropologue de la santé, Jean-Dominique Michel, qui résume ainsi notre présent.

      Si nous sommes enfermés, aujourd’hui, si mes enfants sont privés de printemps, interdits de parc et de gazon, ce n’est pas à cause du virus : c’est à cause de leur nullité. Parce que la France est dépourvue de tests, malgré les semaines, les mois qu’avaient nos dirigeants pour observer la Chine, l’Italie, et nous préparer.

      Si des soignants décèdent, aujourd’hui, ce n’est pas à cause du virus : c’est à cause de leur nullité. Parce que, dans les hôpitaux français, on se croirait dans un pays du tiers-monde, économisant sur les masques, en appelant aux dons, recevant des stocks moisis, les fabriquant à la maison.

      Si des patients meurent, demain, sans respirateur, sans réanimation, avec des médecins qui trient entre les malades, ce ne sera pas à cause du virus : ce sera à cause de leur nullité. Parce que, depuis un an que les soignants protestent, font grève, voire démissionnent, eux n’entendent rien, ne voient rien, ferment des lits, en obsédés du porte-monnaie, en experts-comptables de la politique.

      Leur surenchère, leur rhétorique guerrière n’est là que pour cacher cette évidence : leur nullité.

      Comme l’a dit Macron à ses ministres : « On n’oubliera pas. »

      Non, nous n’oublierons pas.

      Aujourd’hui, nous payons leur nullité.

      Demain, nous la leur ferons payer.

      https://francoisruffin.fr/nous-payons-leur-nullite

    • Applaudissements pour les soignants à 20h : la fausse bonne idée ?
      https://blogs.mediapart.fr/theo-portais/blog/230320/applaudissements-pour-les-soignants-20h-la-fausse-bonne-idee

      Une société qui a besoin de héros pour rester debout est une société malade – c’est le cas de le dire. L’exemple actuel est particulièrement frappant : l’Etat se saisit du personnel hospitalier qu’il a méprisé et humilié pendant des années pour soudainement l’idolâtrer et opérer à travers lui une forme de narcissisation dont l’unique but est de masquer ses propres inconséquences. Au risque de faire de la psychologie de comptoir, essayez donc de remplacer dans cette dernière phrase « Etat » par « individu A » et « personnel hospitalier » par « individu B » ; le cas me semble assez sérieux. Adhérer à un élan d’unité nationale dont le fondement me semble avant tout relever du domaine du pathologique, très peu pour moi. Surtout que la conséquence de ce grand moment patriotique, dans lequel aucune voix discordante ne saurait être tolérée, risque d’être, les expériences passées nous le prouvent, une absence totale de remise en question de notre fonctionnement en tant que société et des soi-disant valeurs qui sont les nôtres. Evidemment, pourquoi se remettre en question alors qu’on a des héros pour nous rappeler quel est le véritable esprit de la nation ? Si l’on avait le courage de regarder les choses en face, on se rendrait compte que les personnels hospitaliers ne sont pas les héros de cette crise : ils en sont des victimes. Et leurs héros à eux, Superbudget, Spiderembauche et Captain Salaire, restent désespérément des personnages de fiction.

      Alors soit, je veux bien sortir sur mon balcon tous les soirs à 20h pour les applaudir, parce que c’est vrai qu’ils font un travail remarquable. Mais seulement si à 20h15, tout le monde se remet à sa fenêtre pour conspuer le gouvernement et dénoncer les conditions de travail qui sont les leurs depuis des années. Il est louable, et pas injustifié, de prendre ces femmes et ces hommes pour des héros ; mais il faut être vigilants à ce que, d’un même mouvement, ils ne soient pas aussi pris pour des imbéciles.

    • « Covid-19 : nous ferons tout pour qu’il y ait un après », par le docteur Christophe Prudhomme

      Le quinquennat Macron a lui aussi fortement fragilisé l’hôpital public. Une augmentation du budget hospitalier de 5%, soit 4 milliards d’euros, aurait permis de faire face avec efficacité à la crise du Coronavirus et de sauver de nombreuses vies. Mais depuis des années les alertes ne sont pas entendues. Interview du porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France

      https://qg.media/2020/03/28/covid-19-nous-ferons-tout-pour-quil-y-ait-un-apres-par-le-docteur-christophe-p

    • Mr le président,

      Nous sommes le 28 mars 2020, je vous écris depuis l’appartement de Mme T. qui devrait fêter, si le coronavirus ne la fauche pas avant, ses 104 printemps le mois prochain.
      Elle vit dans une résidence pour personnes âgées, dans laquelle moi et mes collègues infirmières libérales, intervenons depuis plusieurs années.
      Permettez moi de vous montrer à quoi nous en sommes réduites en ce beau jour de mars. Regardez bien la photo s’il vous plaît. J’ai 2 patients potentiellement atteints par ce virus et je viens de faire la toilette d’une dame de 104 ans, équipée d’une charlotte, d’un simple masque chirurgical (dont vous connaissez parfaitement l’inutilité puisque lors de votre dernier discours à Mulhouse vous aviez la chance de porter un masque FFP2 depuis longtemps introuvable en pharmacie y compris pour les professionnels de santé, alors que je doute fort que vous ayez été en contact direct avec les malades), de surchaussures et d’un SAC POUBELLE gracieusement fourni par l’établissement parce que les stocks de blouses sont en rupture.
      Alors moi, aujourd’hui, j’ai envie de pleurer, parce que comme beaucoup de mes collègues j’ai du me résigner à laisser mes enfants à mon ex-mari pour ne pas les contaminer, je ne les ai pas vus depuis 15 jours maintenant. Parce que j’ai transformé ma buanderie en sas de décontamination et que malgré ça je vis dans l’angoisse de contaminer mon conjoint. Parce que chaque jour je vais voir mes patients avec la crainte de contaminer les plus fragiles d’entre eux.
      Monsieur le Président, arrêtez vos discours de remerciements, c’est indécent. Quelle haute estime devez-vous avoir de vous-même pour imaginer une seule seconde qu’un simple merci de votre part suffira à nous faire oublier vos carences, ainsi que les gaz lacrymogènes dont vous nous aspergiez il n’y a pas si longtemps encore.
      Arrêtez de nous promettre du matériel qu’on ne voit pas arriver.
      Arrêtez de nous qualifier de héros. Un héros se sacrifie pour une cause. Je ne veux pas me sacrifier : en tout état de cause, c’est VOUS qui me sacrifiez.
      Arrêtez de parler des soignants comme de bons petits soldats.
      Les soldats ont des armes. Nous, on a des sacs poubelles.

      https://www.facebook.com/melany.ceretta/posts/10219559322965226

  • #Savoir et #prévoir. Première #chronologie de l’#émergence du #Covid-19

    Que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle #pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Premiers éléments de réponse à partir d’un corpus bien défini : le très réputé magazine « Science », et les déclarations de l’OMS depuis fin décembre 2019.

    Depuis l’interview d’Agnès Buzyn au Monde mardi 17 mars, les critiques pleuvent de toutes parts sur le gouvernement français. La déclaration de l’ex-ministre de la santé, selon laquelle dès janvier elle aurait prévenu le Premier ministre de la gravité potentielle de l’épidémie de nouveau coronavirus – le mettant même en garde sur le fait qu’il faudrait peut-être reporter les élections municipales – a été interprétée comme un aveu terrible : la ministre de la Santé et le reste du gouvernement savaient ce qui risquait d’arriver, et pourtant ils n’auraient pas agi à la hauteur du risque. Depuis, chaque jour qui passe, avec son cortège d’informations sur la pénurie de tests de dépistage et de masque pour les personnels soignants, ne fait que renforcer le discrédit d’un pouvoir politique dont la cote de confiance était déjà largement entamée par la crise des gilets jaunes et la réforme des retraites.

    Le 19 mars, un collectif de plusieurs centaines de médecins a porté plainte au pénal contre Agnès Buzyn et Édouard Philippe, au motif qu’ils « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ». Le lendemain, le président Emmanuel Macron a refusé de se prêter au jeu de l’auto-critique, suggérant que la crise touchant la France n’aurait pas pu être prévue : « Je félicite ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu’elle a eu lieu ».
    Une histoire du présent

    Parlons-en. Ce texte se propose de contribuer par quelques données empiriques à une première chronologie de la crise du Covid-19. Il s’agit d’étudier ce que pouvaient en savoir les femmes et les hommes qui nous gouvernent, ce qu’elles et ils pouvaient prévoir, aussi. Il s’agit d’une histoire du présent, circonscrite aux trois derniers mois, quand bien même il apparaît clairement que dans le cas de la France, certaines décisions prises dans les dernières années, voire décennies – en termes de stockage de masques, et plus généralement de financement de l’hôpital public – jouent un rôle déterminant dans l’évolution de cette crise de santé publique.

    Depuis les premières informations fin décembre sur une mystérieuse maladie respiratoire à Wuhan, qu’a-t-on appris, et quand ? À chaque étape de cet apprentissage, quels scénarios d’évolution étaient sur la table ? Était-on vraiment obligé d’attendre jusqu’au moment où le confinement de toute la population, mesure mal ciblée par excellence, devienne incontournable pour permettre aux hôpitaux de soigner correctement les malades ?

    Le projet d’esquisser une telle chronologie à chaud peut sembler compliqué. Autour de la maladie Covid-19, les informations sont foisonnantes, de qualité inégale, partagées largement, et évoluent à une vitesse phénoménale. Sur le plan scientifique, on a souligné l’importance inédite prise par les preprints, les articles soumis à publication mais non encore revus ni acceptés, qui permettent un partage beaucoup plus rapide des données et des résultats, avec néanmoins le risque de prêter crédit à certaines publications bancales qui ne passeront pas le peer-review (« ‘A completely new culture of doing research.’ Coronavirus outbreak changes how scientists communicate », Kai Kupferschmidt, Science, 26 février 2020). La controverse autour de l’administration d’hydroxychloroquine aux malades du Covid-19

    a également illustré le conflit qu’il peut y avoir entre la logique de la rigueur scientifique (un résultat n’est pas vrai tant qu’il n’a pas été démontré dans les règles) et celle de l’urgence thérapeutique (dans une situation de vie ou de mort, on fait feu de tout bois tant qu’on ne nuit pas aux malades, et a fortiori s’il y a des signaux encourageants).

    Pour ne pas avoir à trancher sur ces débats, j’ai choisi un indicateur assez simple de l’état d’une pensée mainstream sur ce que l’on savait, ou croyait savoir, sur ce que l’on reconnaissait comme incertain, et enfin sur ce que l’on pouvait prévoir à chaque instant : les articles de synthèse dédiés au nouveau coronavirus parus dans un journal de réputation internationale, Science. Je crois ne pas trop m’avancer en suggérant qu’au ministère de la Santé, on lit Science.

    Le premier article de Science sur le sujet date du 3 janvier. Depuis, il en est paru une soixantaine (à la date du 21 mars). Ces articles, écrits par des journalistes scientifiques spécialisés (notamment Jon Cohen, Kai Kupferschmidt), ont tous une structure similaire : ils font le point sur le débat scientifique en cours sur certaines grandes questions (type de virus, transmission, durée d’incubation, symptômes, mortalité...), en se fondant sur les études publiées ou soumises à publication, et en se faisant également l’écho des décisions et recommandations des grands organes de gouvernance sanitaire – au premier chef, l’Organisation mondiale de la santé. Ce sont des articles accessibles à quiconque a une culture scientifique et médicale de base. A fortiori, à ceux qui gouvernent les risques sanitaires dans notre pays. Dans ces articles, les journalistes mettent en lumière aussi bien les consensus qui se dégagent que les incertitudes qui subsistent, ainsi que les différents scénarios d’évolution qui sont envisagés.

    Toutes les dates qui suivent sont celles des articles de Science. Dans ce texte, je me concentre sur quelques moments charnière dans la découverte d’aspects-clé de la maladie et les réflexions sur la prise en charge de l’épidémie. Du point de vue de la gestion politique de l’épidémie, j’identifie quatre grands moments : l’émergence de la maladie (première quinzaine de janvier), la prise au sérieux de la possibilité d’une pandémie (article du 5 février), la confirmation qu’il y a bien une pandémie (article du 25 février), les leçons à tirer de la gestion chinoise (2 mars).

    J’interprète ces bornes temporelles comme des dates-limites : lorsque l’information (qui peut être le constat d’une incertitude) est relayée par Science, c’est qu’elle a atteint un certain degré de consensus. Cela n’exclut pas des signaux plus faibles, moins consensuels, qui auraient circulé plus tôt, et qui auraient pu également informer l’action de responsables politiques mus par les principes de la prévision et de la précaution.
    Début janvier : l’émergence de la maladie

    3 janvier : Science fait le point sur une information qui circule depuis plusieurs jours déjà dans les milieux spécialisés (« Scientists urge China to quickly share data on virus linked to pneumonia outbreak », Dennis Normile, Jon Cohen, Kai Kupferschmidt, Science, 9 janvier 2020). Plusieurs dizaines de cas d’une pneumonie atypique ont été identifiés dans la ville chinoise de Wuhan.

    9 janvier : les autorités chinoises ont confirmé quelques jours plus tôt qu’il ne s’agit ni du SRAS ni du MERS, virus impliqués dans de précédentes épidémies (« Scientists urge China to quickly share data on virus linked to pneumonia outbreak », Dennis Normile, Jon Cohen, Kai Kupferschmidt, Science, 9 janvier 2020). Elles déclarent qu’elles ont isolé le virus – il s’agit d’un coronavirus – séquencé son génome, et déjà mis au point un test de dépistage (jamais dans l’histoire la connaissance sur un nouveau virus n’a progressé aussi rapidement). Les autorités chinoises annoncent également qu’il n’y aurait pas de transmission du virus d’humain à humain. Peter Daszak, un spécialiste des maladies infectieuses interrogé par Science, se montre circonspect sur ce point : « je ne comprends pas comment on peut avoir autant de cas sans une transmission d’humain à humain. (...) Je place un drapeau rouge (red flag) sur ce point
     » (quelques jours plus tard, de nouvelles données confirmeront qu’il a raison

    ).

    11 janvier : les chercheurs chinois ont déjà partagé la séquence génétique du virus avec le reste du monde, permettant la fabrication de tests de dépistage (« Chinese researchers reveal draft genome of virus implicated in Wuhan pneumonia outbreak », Jon Cohen, Science, 11 Janvier 2020).
    Début février : la possibilité d’une pandémie

    Avançons maintenant jusqu’à un article du 30 janvier (« Outbreak of virus from China declared global emergency », Kai Kupferschmidt, Science, 30 janvier 2020). Le monde a déjà bien changé. Science rapporte que l’OMS considère désormais le nouveau coronavirus comme une urgence de santé publique au niveau mondial (Public Health Emergency of International Concern). La maladie s’est déjà propagée à 18 pays. Près de 8000 personnes ont été dépistées positives dans le monde, et 170 d’entre elles sont mortes (toutes en Chine). La transmission « communautaire » (c’est-à-dire sans lien immédiat avec une personne rentrant du foyer chinois) est avérée en Allemagne, au Japon, en Thaïlande, et aux États-Unis. Comme l’explique le docteur Tedros, directeur de l’OMS : « la raison principale de cette déclaration n’est pas ce qui est en train d’arriver en Chine, mais ce qui est en train d’arriver dans d’autres pays.

     ». Ou plutôt ce qui n’est pas en train d’arriver : pour l’OMS, il faut que chaque pays se prépare. Science rapporte que pour beaucoup d’observateurs, cette annonce de l’OMS a tardé. Elle aurait pu être faite une semaine plus tôt, mais le comité de l’OMS était encore trop partagé.

    Le 5 février, le titre de l’article de Science explicite l’incertitude sur l’avenir : « Le nouveau coronavirus sera-t-il contenu – ou évoluera-t-il en pandémie ? » (« ‘This beast is moving very fast.’ Will the new coronavirus be contained—or go pandemic ? », Kai Kupferschmidt, Jon Cohen, Science, 5 février 2020). L’article fait le point sur trois tournants cruciaux dans la connaissance de la maladie et de la gestion de l’épidémie.

    Le premier tournant a trait à l’existence de patients asymptomatiques. Fin janvier, 565 citoyens japonais ont été rapatriés de Wuhan et ils ont tous fait l’objet d’un test de dépistage. C’est la surprise : parmi les 8 qui ont été dépistés positifs, 4 ne présentent aucun symptôme. Il s’agit d’un nouveau drapeau rouge pour les épidémiologistes : une maladie qui présente des formes asymptomatiques complique grandement les efforts pour contenir l’épidémie, parce qu’on ne peut savoir avec certitude où elle se trouve à un instant t sans dépister tout le monde.

    Non seulement il existe des patients asymptomatiques, mais ces derniers sont peut-être contagieux. Le même article de Science évoque une autre étude, réalisée en Allemagne, qui fait polémique depuis sa publication quelques jours plus tôt (« Study claiming new coronavirus can be transmitted by people without symptoms was flawed », Kai Kupferschmidt, Science, 3 février 2020) : les chercheur.es avaient d’abord conclu qu’une patiente asymptomatique avait un potentiel contaminateur (en anglais on dit poétiquement she sheds the virus, elle perd du virus, à la manière d’un serpent qui mue et perd sa peau...). Il a ensuite été révélé que la patiente n’avait pas fait l’objet d’un examen clinique en bonne et due forme, mais simplement d’un appel téléphonique, ce qui ne correspond pas aux standards habituels.

    Les auteurs se sont déjà excusés, la faute ne semble pas imputable à la fraude mais à la vitesse avec laquelle la science est faite en ces temps de crise. Quelques jours plus tard, ils apportent une nouvelle conclusion modifiée à l’article, tout aussi intéressante et inquiétante : il s’avère que oui, la patiente avait bien des symptômes, mais très modérés (au point qu’il serait possible pour un.e patient.e de ne pas s’en rendre compte). Ce qui est déjà en soi un obstacle majeur pour les stratégies visant à contenir l’épidémie.

    Le deuxième enseignement important de l’article du 5 février concerne l’avenir. Deux scénarios possibles alternatifs sont présentés : soit le containment réussit ; soit il ne réussit pas, et c’est la pandémie. Les experts interrogés avouent qu’il n’y a pas moyen d’éliminer l’un des deux scénarios avec certitude. Ils semblent même parier plutôt sur le second. Marc Lipsitch, épidémiologiste à l’école de santé publique de l’université Harvard, penche résolument vers la pandémie : « Je serais vraiment stupéfait si, dans deux ou trois semaines, il n’y avait pas une transmission en cours avec des centaines de cas dans plusieurs pays sur plusieurs continents.

     »

    Enfin, l’article du 5 février est également le premier dans Science à consacrer un paragraphe à l’un des grands défis dans la gestion de la maladie : la gestion des cas graves. À cette date, les études réalisées sur les patients en Chine ont établi un taux de mortalité aux alentours de 2 %. Mais un autre chiffre a émergé, et il est tout aussi préoccupant : plusieurs études montrent qu’environ 20 % des personnes infectées souffrent de formes graves de la maladie, nécessitant une hospitalisation. « Des cas graves en plus grands nombre mettraient plus de pression sur les systèmes de santé – les hôpitaux de Wuhan sont déjà saturés

     », soulignent les deux journalistes scientifiques.

    Le 11 février, un article de Science rapporte que dans les pays infectés, les laboratoires sont lancés dans une course effrénée pour dépister (« Labs scramble to spot hidden coronavirus infections », Jon Cohen, Kai Kupferschmidt, Science, 11 février 2020). « Aujourd’hui, il n’y a pas du tout assez de kits de dépistage disponibles pour le nombre exponentiel de cas

     », expliquent les auteurs. Dans certaines parties de la province de Hubei, des récits journalistiques témoignent d’une pénurie de dépistages.
    25 février : la pandémie l’a emporté

    Le 25 février, Science est formel, la pandémie l’a emporté : « Le coronavirus semble impossible à arrêter. Que doit faire le monde maintenant ? » (« The coronavirus seems unstoppable. What should the world do now ? », Jon Cohen, Kai Kupferschmidt, Science, 25 février 2020). L’Italie vient de confiner dix villes du nord. L’OMS n’a pas encore officiellement déclaré l’état de pandémie, elle continue de parler d’« épidémies dans différentes parties du monde
     », mais les raisons de cette timidité sont politiques plutôt que scientifiques. Le Dr. Tedros et ses collègues sont soucieux de la passivité de nombreux États dans le monde, comme si la menace n’était pas à prendre au sérieux. Les journalistes estiment que l’OMS souhaite différer le moment de déclarer officiellement la pandémie parce qu’elle a peur que le message soit interprété comme un aveu de défaite, et conduise les États à baisser encore davantage les bras face à un mal désormais invincible (l’OMS déclarera la pandémie le 12 mars

    ).

    Cependant, sur le plan scientifique, les experts du monde entier sont d’accord que la situation est déjà celle d’une pandémie. Christopher Dye, épidémiologiste à l’université d’Oxford, est interviewé par Science : « Il me semble que le virus s’est vraiment échappé de la Chine et est en train d’être transmis largement. (...) Je suis maintenant bien plus pessimiste quant aux chances de réussir à le contrôler.

     »

    Quant à Marc Lipsitch de Harvard, il insiste sur l’importance d’une stratégie qui sera résumée ensuite par la phrase « aplatir la courbe » (flatten the curve) : retarder la maladie peut être vraiment payant, estime l’épidémiologiste. Cela signifiera une contrainte moins forte exercée sur les hôpitaux, plus de temps pour former les professionnels de santé vulnérables sur comment se protéger, plus de temps pour que les citoyens se préparent, plus de temps pour tester des médicaments qui pourraient potentiellement sauver des vies et, à plus long terme, des vaccins. « Si j’avais le choix entre attraper le Covid-19 aujourd’hui ou dans six mois, je préfèrerais clairement l’attraper dans six mois.

     »

    L’article de Science cite une étude co-signée par Christopher Dye qui montre qu’en Chine, ce sont la suspension des transports publics, la fermeture des lieux de loisir, l’interdiction des rassemblements qui semblent avoir été les mesures les plus efficaces pour ralentir la progression de la maladie. Ne pas faire cela, ne pas fermer les écoles et les entreprises, ne pas entourer les foyers d’infection d’un cordon sanitaire, « c’est une décision assez importante en matière de santé publique, » estime Dye. « Ça revient à dire, au fond, bon, on laisse ce virus se propager.

     »

    Dans le même article, Bruce Aylward, l’un des principaux experts de l’OMS sur le Covid-19, estime qu’il y a une leçon principale à apprendre de la Chine : « Tout est question de vitesse » (speed is everything). Plus les mesures seront prises tôt, plus elles seront efficaces (on estime alors qu’en l’absence de toute mesure préventive, le nombre de cas réels dans un foyer double tous les six jours environ

    ).
    Début mars : la réussite de la stratégie chinoise

    Le 2 mars, Science présente les conclusions d’un important rapport du 28 février rédigé par l’équipe de l’OMS qui, sous la direction de Bruce Aylward, a passé deux semaines en février à visiter les foyers de Covid-19 en Chine (« China’s aggressive measures have slowed the coronavirus. They may not work in other countries », Kai Kupferschmidt, Jon Cohen, Science, 2 mars 2020). Ce rapport est un tournant majeur, comme l’a fait remarquer dès sa publication le journaliste de Science Kai Kupferschmidt sur son fil Twitter

    .

    Le principal résultat : les Chinois ont réussi à contenir l’épidémie. Les chiffres qui montrent une diminution du nombre de nouveaux cas quotidiens dépistés et de nouveaux décès quotidiens ne sont pas faux. Tim Eckmanns, épidémiologiste à l’Institut Robert Koch qui a fait partie du voyage, le reconnaît : « Je pensais qu’il n’y avait pas moyen que ces chiffres soient réels.

     » Il a changé d’avis. Il y a de plus en plus de lits vides dans les hôpitaux.

    Je m’appuierai ici sur le contenu détaillé du rapport public de l’OMS, un document PDF de quarante pages qu’un lien dans l’article de Science permettait de télécharger. Le contenu de ce rapport a également été bien résumé par Bruce Aylward dans une interview au New York Times le 4 mars.

    Le rapport insiste en particulier sur la qualité, la rapidité et l’extensivité de la politique de dépistage et de traçage des contacts des personnes positives.

    Assez tôt dans l’épidémie, la Chine a mis en place une politique de tests généralisés de la température corporelle des individus à l’aide de thermomètres infrarouges, jusqu’à arrêter systématiquement les voitures pour de tels tests. Certes, cela n’est pas très précis : on rate les porteurs asymptomatiques ou les individus qui ont fait baisser leur température avec des médicaments, alors qu’on attrape dans son filet les individus qui ont la fièvre pour d’autres raisons que le Covid-19. Mais cela permet un premier tri. En parallèle, toute la population des foyers de contagion est sommée de porter des masques et de se laver les mains très régulièrement.

    Les individus potentiellement positifs, du fait de leurs symptômes ou de leurs contacts avec des malades, sont dépistés. Les tests de dépistage sont réalisés en quatre heures, pendant lesquelles les personnes dépistées doivent attendre leurs résultats. En l’absence des tests biologiques de dépistage (il y a des cas de pénurie) ou en complément, on réalise des scanners rapides, qui permettent de mettre en évidence les opacités pulmonaires qui sont considérés comme des signes cliniques de la maladie. Chaque machine de scanner en effectue jusqu’à 200 par jour (5 à 10 minutes par examen).

    À Wuhan, il existe plus de 1800 équipes d’épidémiologistes (avec un minimum de cinq personnes par équipe), qui sont occupées à plein temps à tracer les contacts des personnes positives. Selon la région, 1 à 5 % des contacts identifiés sont ensuite eux-mêmes dépistés positifs au virus, et on recommence l’enquête de traçage des contacts avec elles et eux. Chaque fois qu’un agrégat (cluster) est identifié, on ferme les écoles, théâtres et restaurants, on confine les personnes-contacts. Seule la métropole de Wuhan, où est née l’épidémie, est placée en confinement total.

    La durée moyenne entre les premiers symptômes et l’hospitalisation/l’isolement est prodigieusement réduite, d’environ 15 jours au début de l’épidémie à 2 jours, ce qui permet de réduire le potentiel contaminateur d’une personne malade.

    Dans son interview par le New York Times, Bruce Aylward raconte que les hôpitaux vus par l’équipe de l’OMS sont équipés massivement en respirateurs artificiels et en machines ECMO, qui permettent une oxygénation du sang lorsque les poumons n’y parviennent plus. Les experts invités sont stupéfaits, les hôpitaux semblent mieux équipés que des centres spécialisés en Suisse ou à Berlin.

    La conclusion du rapport de l’OMS est sans appel : « Ces mesures [prises en Chine] sont les seules à l’heure actuelle qui ont prouvé qu’elles pouvaient interrompre ou minimiser les chaînes de transmission chez les humains. Au fondement de ces mesures est la surveillance extrêmement proactive, afin de détecter immédiatement les cas, de procéder à des diagnostics très rapides et à un isolement immédiat des patients positifs, au traçage rigoureux et à la mise en quarantaine des contacts proches.

     » Le rapport insiste aussi sur l’importance de la compréhension et l’acceptation de ces mesures par la population.

    Dans l’article de Science du 2 mars, deux experts, Lawrence Gostin et Devi Sridhar, mettent néanmoins en garde : le caractère autoritaire du régime chinois et les entorses aux droits humains ont certainement joué un rôle dans l’efficacité de la politique de gestion de l’épidémie. Jeremy Konyndyk, expert en santé publique dans un think tank à Washington, invite à regarder plutôt du côté de Singapour et de Hong Kong, deux régimes démocratiques qui seraient de meilleurs exemples à suivre : « Il y a eu un degré similaire de rigueur et de discipline, mais appliqué d’une manière beaucoup moins draconienne.

     »

    Remarquons que le rapport de l’OMS du 28 février n’encourage à aucun moment la mise en quarantaine de toute la population du pays, solution de dernier ressort. Les experts suggèrent qu’il y a encore le temps d’une politique plus ciblée et efficace en ressources, à base de dépistage massif et de traçage et isolement des contacts.
    Conclusion

    Cette brève esquisse permet de décrire quatre moments dans l’appréhension de l’épidémie du coronavirus Covid-19 pour qui lit Science. Début janvier 2020, on apprend l’existence de cette nouvelle maladie dont les caractéristiques sont inconnues. Début février, on doit se rendre à l’évidence : les spécialistes ne peuvent exclure le scénario de la pandémie, voire semblent penser que ce scénario est le plus probable des deux (l’autre étant la réussite du containment). Le 25 février, il est désormais établi que la pandémie l’a emporté. Le 2 mars, l’analyse du rapport de la visite de l’OMS montre deux choses : il est possible d’arrêter la course folle du virus ; la manière de le faire est de procéder à des dépistages massifs et ultra-rapides, avec traçage et isolement immédiat des contacts des personnes positives.

    Soulignons au passage que dès le 11 février, les lecteurs de Science sont alertés sur la possible pénurie de tests biologiques de dépistage. Le rapport de l’OMS du 28 février confirme qu’il existe d’autres techniques, à allier ou à substituer aux tests biologiques de dépistage en fonction des circonstances : la prise régulière des températures, l’examen des poumons par scanner.

    Cette chronologie appelle à être complétée. Il sera intéressant, notamment, de retracer l’historique en se plaçant à l’intérieur de l’espace de la France, en regardant par exemple ce qu’ont dit et écrit les institutions spécialisées en maladies infectieuses telles que l’Institut Pasteur, ou encore les chercheuses et chercheurs spécialistes de ces questions en France.

    D’autres travaux permettront aussi, je l’espère, de mettre en regard cette esquisse de chronologie avec ce qu’a fait et ce que n’a pas fait le gouvernement français. Je me permettrai une seule remarque sur ce point.

    Le 28 février est publié le rapport crucial de l’OMS sur ce qui a été fait en Chine. Il montre que seule une mobilisation de « tout le gouvernement » (all-of-government) et « toute la société » (all-of-society) permet de vaincre l’épidémie. On se souviendra sans doute longtemps du fait que le lendemain, le samedi 29 février d’une année bissextile, le premier ministre Édouard Philippe a décidé de détourner un conseil des ministres « exceptionnel dédié au Covid-19 » pour annoncer l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites. Alors que l’OMS démontrait l’urgence de l’action collective et solidaire face à une pandémie bientôt incontrôlable, le gouvernement s’est dit que le plus urgent était de profiter de la dernière fenêtre de tir pour faire passer son projet de loi tant décrié.

    Lorsque le temps de la justice et des comptes sera venu, il nous faudra comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle : une pénurie absolue de masques, ne permettant pas de protéger convenablement les soignant.es qui sont au front – qui sont infecté.es, et infectent à leur tour –, bien trop peu de tests de dépistage (ce qui semble avoir été une décision assumée, y compris aux temps où l’épidémie était encore balbutiante en France, et n’est pas une fatalité en Europe, comme le montre l’exemple de l’Allemagne), et finalement la décision de dernier ressort de confiner toute la population pour une période indéterminée, une arme non discriminante qui est terriblement coûteuse en termes humains, sanitaires (santé mentale) et économiques.

    https://laviedesidees.fr/Savoir-et-prevoir.html
    #coronavirus

    ping @simplicissimus @fil @reka

    • 28 janvier 2020 dans ma boîte aux lettres...

      Mesdames, Messieurs, Chères et Chers Collègues,

      Suite à la dégradation de la situation liée à l’épidémie du coronavirus 2019-NCov en République Populaire de Chine (fermeture des universités, engorgement des hôpitaux publics, difficultés de transports), la Direction de l’INALCO a décidé de prendre les mesures suivantes à compter d’aujourd’hui :

      – Suspension de toutes les mobilités sortantes des étudiants - et de toutes les missions des personnels administratifs et enseignants-chercheurs - vers le territoire de la Chine continentale, Hong Kong et Macao compris.
      – L’Inalco demande à tous les étudiants et personnels actuellement en mobilité ou mission sur le territoire de la Chine continentale, Hong Kong ou Macao d’interrompre leur mission ou mobilité, et de rentrer instamment en France.

      Tous les étudiants et personnels de retour de Chine doivent observer scrupuleusement les mesures suivantes :

      – Vous signaler à l’arrivée à l’aéroport et également au 15 si vous avez voyagé ou séjourné dans la province du Hubei. Un médecin conseil du SAMU (composer le 15) vous orientera.
      – Signaler tout symptôme d’infection respiratoire - fièvre, toux, difficultés respiratoires - en appelant le 15 (ne pas aller chez votre médecin).
      – Observer, pour protéger votre entourage, des mesures d’hygiène strictes - s’isoler, rester à distance, se protéger la bouche lors de la toux au besoin par un masque, d’utiliser des mouchoirs jetables et de bien se laver les mains - la période d’incubation du virus étant de 14 jours.
      – Ne pas vous rendre à l’INALCO durant les 2 semaines qui suivent votre retour.

      Je vous remercie de bien vouloir accorder une grande attention à ces recommandations sanitaires.

      Bien cordialement,

      Je rappelle que l’Inalco, c’est une école de langues... visiblement mieux informée que les « connards » qui vont s’abriter les uns derrière les autres (en effet, peu de pays européens ont brillé dans leur gestion de la crise) ou dire avec leur morgue « zézayante » habituelle que personne ne savait.

    • #le_sens_des_priorités, encore :

      Le 28 février est publié le rapport crucial de l’OMS sur ce qui a été fait en Chine. Il montre que seule une mobilisation de « tout le gouvernement » (all-of-government) et « toute la société » (all-of-society) permet de vaincre l’épidémie. On se souviendra sans doute longtemps du fait que le lendemain, le samedi 29 février d’une année bissextile, le premier ministre Édouard Philippe a décidé de détourner un conseil des ministres « exceptionnel dédié au Covid-19 » pour annoncer l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites. Alors que l’OMS démontrait l’urgence de l’action collective et solidaire face à une pandémie bientôt incontrôlable, le gouvernement s’est dit que le plus urgent était de profiter de la dernière fenêtre de tir pour faire passer son projet de loi tant décrié.

      #49.3 #quaranteneuftroisvirus #salops #qu'ils_chopent_tous_Ebola

    • " Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du #retard sur la prise de décision s’agissant du confinement" Édouard Philippe.
      Tout est « en retard », et la décision de confiner résulte elle même du retard sur tout ce qui compte et qui est éludé jusqu’à une levée du confinement, l’arrivé de millions de masques chinois (20 millions d’ici la fin du mois ? 600 millions annoncés)
      https://seenthis.net/messages/835160
      toujours sans dépistage de masse, lits de réa, matériel de protection pour les soignants
      10 000 blouses pour le CHU de Dijon
      https://seenthis.net/messages/835629

      soignants (l’Allemagne embauche hors de ses frontières, ici on met les élèves infirmières au taff à un euro de l’heure, sous peine de ne pas valider leur formation). Pourtant hier encore je ne sais quel responsable politique osait vanter à nouveau l’agilité de la start-up nation.

      #attardés #criminels #crime_d'État

  • Social distancing, Luca Paltrinieri
    http://sens-public.org/article1508.html?lang=fr

    Résumé : Lors de l’explosion de la pandémie de coronavirus le premier impératif diffusé à la population a été de recalculer les distances de chacun avec chacun. Bien sur, cette mesure de précaution est censée freiner la propagation du virus, mais que nous dit-elle de l’art politique de la modernité ? Cet article soutien que le geste politique le plus élémentaire est encore et toujours le calcul de la « bonne distance » entre les humains, et entre les humains et les non-humains. Si depuis Hobbes jusqu’aux néoliberaux ce calcul doit permettre le bon fonctionnement de la triade croissance-circulation-patriarcat (c’est-à-dire rien d’autre que la loi du Capital), il est peut-être temps de s’approprier de la question de la distance pour penser l’après-virus. Histoire de quitter le monde du Capital sans aucune nostalgie.

  • Orange recycle son service de géolocalisation pour la pandémie – La Quadrature du Net
    https://www.laquadrature.net/2020/03/28/orange-recycle-son-service-de-geolocalisation-pour-la-pandemie

    Depuis des années, Orange cherche à commercialiser la mine d’or que sont nos données de géolocalisation (la liste des antennes-relais auxquelles nos téléphones se connectent au fil la journée). La pandémie semble être pour l’entreprise une bonne occasion d’ouvrir son marché. Flux Vision En 2013, Orange a lancé une première offre, Flux Vision, qui propose aux villes et lieux touristiques des statistiques sur les « flux de déplacement » de leurs visiteurs : fréquentation, durée de séjour, provenance, (...)

    #Deutsche_Telekom #Orange #Vodafone #algorithme #smartphone #GPS #géolocalisation #métadonnées #BigData #santé #surveillance #CNIL (...)

    ##santé ##LaQuadratureduNet

  • Didier Raoult, homme de réseaux et enfant terrible de la recherche - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/270320/didier-raoult-homme-de-reseaux-et-enfant-terrible-de-la-recherche?page_art

    Depuis plusieurs semaines, Didier Raoult est au cœur d’une polémique aux dimensions planétaires sur les meilleures stratégies pour combattre la pandémie. Loin d’être un chercheur qui fait soudain irruption sur la scène médiatique, le Marseillais a construit patiemment son ascension en jouant de ses réseaux d’amitiés et des travers de la science moderne. Une enquête de notre partenaire Marsactu.

    Allez hop, je brise le paywall pour que vous profitiez du portrait complet du personnage #raoult

    #coronavirus

    Depuis la longue file de patients qui mène à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, on entend de temps à autre quelques salves d’applaudissements. Les gens venus se faire dépister ont reconnu la silhouette désormais mondialement célèbre du professeur Didier Raoult. L’homme salue brièvement, ne s’arrête pas, tête baissée et mèches au vent. Il a de quoi faire avec des centaines de malades à dépister, d’autres à traiter, sans compter la controverse internationale qui met soudainement son travail au-devant de la scène et son visage à la une de tous les journaux.

    La polémique, Raoult adore. Faire trembler l’establishment. Même ses cheveux longs, sa barbe éparse et ses chemises colorées sont un pied de nez permanent aux apôtres de la norme, fussent-ils du bon goût. Son look improbable est devenu un mème sur les réseaux sociaux où tout le monde s’écharpe entre pro et anti. Lui, se place ailleurs, au-dessus forcément. « Il a un comportement de chef de meute, c’est vrai. Pour lui, la science est un sport de haut niveau. Elle ne supporte pas la médiocrité », explique un journaliste qui l’a longuement côtoyé.

    Les 144 pages de son curriculum vitae parlent pour lui. Didier Raoult est un géant de la recherche en infectiologie. Lui et ses équipes cumulent les records du monde. Forcément, le colosse fait de l’ombre. Il charrie une cohorte de polémiques et n’en a cure. Sabre au clair, il fait de la science comme Louis Pasteur ou Marie Curie en leur temps. Dépasser Darwin ne lui fait pas peur, assure-t-il. Il est le mâle alpha qui mène sa troupe de médecins. Il en fait même son dogme pour dynamiser la recherche en France.

    En revanche, il n’est pas ce savant, génial ou fou, qui fait irruption sur la scène politique et médiatique à l’occasion d’une crise majeure. Chroniqueur au Point, adepte des vidéos d’auto-promo, il cultive depuis longtemps les réseaux politiques et sait jouer à plein des travers de la science pour tenir la ligne qu’il pense juste.

    L’équipe qu’il a constituée autour de lui est d’une fidélité sans faille, parfois depuis des décennies. Ce sont eux ces professeurs, médecins, chercheurs qui signaient ce dimanche un communiqué défiant les préconisations du ministère de la santé en précisant qu’il n’était pour eux « pas moral que cette association [de molécules, utilisée par l’IHU – ndlr] ne soit pas incluse systématiquement dans les essais thérapeutiques concernant le traitement de l’infection par le Covid-19 ».
    Bras de fer au ministère

    Le ministre de la santé prend un arrêté pour limiter la prescription de l’hydroxychloroquine ? Qu’importe, il claque la porte du comité scientifique qui conseille le gouvernement depuis le début de l’épidémie et poursuit ses prescriptions. Au point d’obtenir du ministre qu’il maintienne celle-ci pour les médecins en première ligne face à l’épidémie.

    Une position qui lui revient forcément, et confortée par la vue des centaines de personnes qui, malades, inquiètes ou simplement fébriles, patientent à la porte de son institut. Elles espèrent savoir si elles sont atteintes et peuvent avoir accès au traitement censé faire chuter la charge virale, sans preuve scientifique de cette efficience (lire l’article à ce sujet).
    L’ami des politiques

    Parmi les thuriféraires parfois béats, il y a aussi les élus majoritairement LR qui sont venus se faire dépister et soigner par les équipes du professeur Raoult avant et surtout après le premier tour des municipales. La députée LR Valérie Boyer multiplie les plateaux TV pour soutenir la thèse du professeur Raoult, faisant fi des méthodes scientifiques et de la rigueur nécessaire à la mise en œuvre d’un traitement médicamenteux, non sans effets secondaires.

    Ces élus, Didier Raoult les connaît bien. Il les fréquente depuis de longues années. Médecin, ancien ministre et président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier fait partie du conseil d’administration de l’institut hospitalo-universitaire que Didier Raoult porte à bout de bras depuis plusieurs dizaines d’années. L’homme politique ne tarit pas d’éloges pour « son ami » et a marqué son soutien dès le début de l’épidémie. Le maire de Nice, Christian Estrosi, monte lui aussi au créneau sur les réseaux sociaux. Lui est un intime du professeur depuis leurs années communes au lycée à Nice.

    L’ancien journaliste de La Provence Hervé Vaudoit décrit ce réseau de relations dans l’ouvrage qu’il a consacré à l’homme et son institut, L’IHU Méditerranée Infection - Le défi de la recherche et de la médecine intégrées (Robert Lafon). Outre son indéniable talent, Didier Raoult doit son ascension éclair au sein de la faculté de médecine à un baron du gaullisme local, Maurice Toga, que Renaud Muselier considère comme son « père politique », raconte dans son bouquin le journaliste.

    Ce député (1986-1988) lui met le premier le pied à l’étrier et lui permet de devenir professeur de médecine puis chef de service dès 1988. Mais l’idée de l’IHU naît vraiment avec la peur du bio-terrorisme et les attentats à l’anthrax qui ont effrayé le monde après ceux du 11-Septembre. « Les politiques avaient une trouille bleue, se souvient Didier Raoult dans l’ouvrage d’Hervé Vaudoit. Pour leur faire péter les plombs, il suffisait de prononcer un mot : bioterrorisme. »
    Plus de 100 millions pour bâtir l’IHU

    Il profite de l’arrivée au gouvernement Chirac du Marseillais Jean-François Mattéi pour pousser le pion d’un infectiopôle destiné à lutter contre ce risque médical et militaire. En 2003, il écrit un rapport sur ce thème qui finit par convaincre les hauts fonctionnaires et les politiques de la nécessité d’un soutien à ses recherches. Car loin de l’image véhiculée du Marseillais mal-aimé contre le reste du monde, Didier Raoult a des réseaux bien implantés.

    À l’orée des années 2010, son projet de pôle d’infectiologie rencontre les programmes d’investissement d’avenir portés par le président Sarkozy. Son entregent lui permet d’obtenir des soutiens dans les ministères. Pour défendre son IHU devant le jury chargé de faire le tri parmi les projets présentés, Didier Raoult est accompagné par Yvon Berland, qui deviendra quelques années plus tard président de l’université unique, et Jean-Paul Segade, le directeur général de l’AP-HM d’alors. L’infectiopôle du professeur Raoult emporte la mise et le précieux financement d’État.

    Son IHU est le plus gros investissement public dans la recherche des vingt dernières années avec plus de 48 millions de l’Agence nationale de la recherche uniquement pour le bâtiment high tech qui borde le Jarret. Il a aussi pris soin de réunir autour de table la plupart des collectivités locales pour un investissement colossal. Dans la mise de départ, 1,5 million pour la Région, quatre pour le département, un million de la Ville de Marseille et autant de la communauté urbaine d’alors.

    Même chose pour les équipements où les collectivités remettent gentiment au pot au nom du rayonnement international de ce chercheur et de ses équipes. Récemment, Renaud Muselier a annoncé que la participation de la Région était de 16 millions alors qu’elle était de 11 millions en 2018.
    Changement de gouvernance

    Avec le débarquement de Jean-Paul Segade, en 2012, étrillé par un rapport de la Chambre régionale des comptes, Raoult perd un soutien. Cela correspond aussi au changement politique à la tête de l’État où Didier Raoult doit refaire ses contacts.

    En 2014, avec le changement de gouvernance à l’AP-HM, l’enthousiasme connaît des hauts et des bas. Le successeur de Segade à la tête de l’AP-HM, Jean-Jacques Romatet, est beaucoup moins partant. Il voit dans ce projet un formidable outil qui s’installe au sein de l’assistance publique comme un virus qui prospère à son détriment. Les deux hommes ne s’entendent pas, s’accrochent dur tant sur la question du loyer que l’AP-HM devra payer à l’IHU en fonction des lits d’hospitalisation qu’il abrite, mais aussi sur celui de l’autorisation d’occupation temporaire qui lie la fondation de droit privé qui pilote l’IHU au propriétaire du terrain.

    Même chose pour le permis de construire, délivré sans aucun aller et retour avec le service d’urbanisme. L’élue chargée de l’urbanisme, Danielle Servant, découvre un projet juché sur un haut escalier, au lieu d’être de plain-pied. Maître d’ouvrage du chantier, Raoult n’est pas ouvert à la discussion. Il appelle directement le maire qui somme son élue de donner un avis positif au permis.
    Défections

    Aujourd’hui, Jean-Jacques Romatet refuse de s’exprimer publiquement sur ces années de tension autour du projet d’IHU. Mais, à certains, il confie volontiers que son départ anticipé de la direction de l’AP-HM en 2015 est aussi dû aux capacités de nuisance et à l’entregent politique de Didier Raoult. Lequel ne le nie pas. Lorsque les négociations piétinent avec l’AP-HM, c’est la ministre socialiste de la recherche Geneviève Fioraso qui vole à son secours. Comme son prédécesseur Philippe Douste-Blazy avant elle, elle en est remerciée en siégeant au conseil d’administration de l’IHU.

    Ce que regrette Romatet, c’est la violence dont Didier Raoult fait preuve dans sa volonté de voir aboutir son projet. Car, en cumulant la recherche et les soins en infectiologie, l’IHU aspire les services qui, éparpillés dans les différents sites de l’AP-HM, traitent de bactériologie, de virologie ou de parasitologie. Ainsi les médecins qui, depuis des décennies, travaillent auprès des malades du sida à l’hôpital Nord sont contraints de rejoindre le bâtiment de la Timone. Avec le risque de perdre le lien avec des patients des quartiers Nord. Il faudra qu’ils bataillent en interne pour conserver une consultation à l’hôpital Nord.

    D’autres ne se sont pas contentés de faire le dos rond. Chef du service parasitologie à la Timone, le spécialiste du choléra Renaud Piarroux a fini par claquer la porte des hôpitaux marseillais pour rejoindre la Pitié-Salpêtrière, à Paris. « J’ai du mal à obéir lorsque je ne suis pas d’accord avec la façon dont les choses sont gérées », dit-il au Monde en 2016. Son service en pointe sur les questions de parasitologie et mycologie a tout simplement été aspiré par l’IHU, quittant ainsi le seul giron de l’AP-HM pour se retrouver sous la tutelle de Didier Raoult et de ses équipes. Effrayés par la réputation du bonhomme, la moitié des techniciens de laboratoire n’ont pas rejoint l’IHU, préférant parfois quitter le CHU.
    « De la science comme on mène une bataille »

    « Didier Raoult est un guerrier, explique ainsi un de ses adversaires à l’AP-HM. Il fait de la science comme on mène une bataille. Ceux qui ne sont pas avec lui sont contre lui. Il fout une trouille terrible parce qu’il peut vous détruire professionnellement. » Nombreux sont ceux qui contestent ces méthodes, toujours à mots couverts. Co-découvreurs des virus géants en 2003 avec Didier Raoult, Jean-Michel Claverie et sa femme, Chantal Abergel, ont construit une association scientifique fructueuse avant de rompre brutalement. Contacté par Marsactu en 2018, il refusait de commenter les causes de cette rupture. « On a travaillé ensemble, on a fait de belles publications ensemble et puis on s’est engueulés très fort », confie-t-il au Monde le 25 mars tout en saluant le brio scientifique du professeur Raoult.

    Comme Hervé Vaudoit le décrit dans son ouvrage, Didier Raoult est un des premiers à Marseille à comprendre comment l’indexation scientifique des publications permet de rationaliser la compétition entre les savants. Soudain la réputation ne relève plus de la subjectivité mais de données statistiques, objectives. Le mandarinat vole en éclats, remplacé par des algorithmes qui évaluent les chercheurs en fonction du nombre de publications, de leur impact scientifique mais aussi du nombre de fois où le chercheur est cité par d’autres.
    3 000 articles scientifiques en huit ans

    Depuis le début des années 1990, Didier Raoult a fait du séquençage génomique l’une des bases de ses recherches pour dénombrer et identifier de nouvelles bactéries parmi la multitude qu’abrite le corps humain. Ouvert sur le monde, ses unités de recherche comme son institut accueillent de nombreux doctorants venus d’Afrique ou d’Asie qui sont les petites mains de son système.

    Même s’il publie dans des revues prestigieuses, parmi les plus reconnues au monde, la grande partie des milliers de publications qu’il co-signe ont un « faible impact scientifique ». Une recherche récente sur le portail PubMed qui dépend de la Bibliothèque nationale de médecine américaine évalue à plus de 3 000 les articles scientifiques signés par lui. Le double de la même recherche effectuée en 2012 par une journaliste de la revue Science dans un article critique sur Didier Raoult.

    « Son fonctionnement est très simple, explique un de ses adversaires. Un chercheur apparaît comme auteur d’un article à partir du moment où il y a contribué. Dans un cycle normal de travail, on peut cosigner 10 à 20 articles par an de 3 500 mots chacun. Lui, il génère de la matière première en faisant travailler ses doctorants notamment sur du séquençage de gènes de bactéries et il co-signe tout. Il arrive ainsi à un nombre de publications annuel absolument dément. Il est impossible qu’il puisse toutes les vérifier. »
    « Je rapporte 11 millions par an »

    Or, ce nombre de publications pléthoriques compte aussi financièrement. Ainsi la dotation annuelle attribuée à chaque CHU repose-t-elle sur les publications de ses chercheurs et praticiens, les fameux Sigaps, pour Système d’interrogation de gestion, d’analyse des publications scientifiques. Mis en place par le CHU de Lille, il a été étendu à l’ensemble des centres hospitaliers en 2006. Or, Didier Raoult et ses équipes pèsent lourd. « Je rapporte au moins onze millions d’euros par an à l’AP-HM », lançait-il à Marsactu en 2018, lors de l’inauguration de son IHU. La même année, Hervé Vaudoit évalue ce poids relatif à 25 % des crédits de recherche attribués à l’AP-HM.

    « Je pense que sans Raoult et ses équipes, Aix-Marseille Université serait placée moins haut dans le classement de Shanghai », affirme le journaliste. Pour le coup, Didier Raoult étend son influence sur l’AP-HM et l’université, l’une des tutelles de l’IHU dont les personnels et étudiants dépendent.

    Compagnon de route scientifique, professeur d’université, médecin et président d’université comme lui, Yvon Berland a suivi de très près l’ascension de son collègue. Quand les histoires de mal-être au travail et de harcèlement finissent par éclabousser l’université, il n’hésite pas à appeler Didier Raoult en déplacement à Dakar pour que ce dernier réponde aux journalistes qui souhaitent recueillir son point de vue.
    Retrait de labels

    Si Didier Raoult a mal vécu cet épisode que Marsactu a longuement détaillé en son temps (lire notre article sur la visite des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail des quatre tutelles), c’est qu’il venait éclairer son navire amiral au moment où son unité de recherche historique, l’Urmite, devait se transformer en deux unités sœurs.

    Or, après des avis négatifs des conseils scientifiques de l’Inserm et du CNRS, les deux principales institutions de la recherche française dans le champ bio-médical ont retiré leur label à Vitrome et Mephi, les deux unités « filles » de l’Urmite. Les personnels CNRS ont été maintenus dans une structure provisoire, FRE, avant d’acter la séparation. « C’est embêtant. Je ne peux pas bien l’accueillir », reconnaissait Yvon Berland, président d’Aix-Marseille Université en 2018. Les deux unités continueront d’avoir le label AMU, et donc le personnel et les financements universitaires.

    L’affaire des risques psychosociaux et le contrôle des CHSCT ne sont qu’un élément périphérique dans les décisions des conseils scientifiques de l’Inserm et du CNRS. Dans celle du CNRS que nous avons pu consulter, l’accent est mis sur les aspects scientifiques qui ne convainquent pas suffisamment les pairs réunis à titre consultatif. « Je crois savoir qu’ils reprochent une approche de la recherche, pas assez fondamentale », commente encore Yvon Berland.
    Conflits d’intérêts à la tête

    Pour Didier Raoult qui s’en explique longuement dans l’ouvrage d’Hervé Vaudoit, cette crise est un règlement de comptes venu de tout en haut : le PDG de l’Inserm, par ailleurs époux de l’ancienne ministre de la santé, Agnès Buzyn, ne croit pas au modèle des IHU et aurait tout fait pour qu’une nouvelle génération d’instituts ne voie pas le jour. « Nous allons perdre 400 000 euros de dotations que nous versaient l’Inserm et le CNRS, précise-t-il à Hervé Vaudoit en 2018. C’est un mauvais coup mais nous ne sommes pas inquiets : des solutions de financement existent ailleurs. Et, à la fin, ce seront peut-être eux les grands perdants de l’histoire. »

    Pour assurer sa survie, Didier Raoult croit en son modèle. Il s’appuie aussi sur des amitiés indéfectibles comme celle de l’ancien président de l’IRD Jean-Paul Moatti. Époux de la présidente de la fondation de l’IHU, Yolande Obadia, il a renouvelé son soutien financier à l’IHU en dépit du conflit d’intérêts patent de signer une convention financière avec sa propre épouse (lire notre article sur ce conflit d’intérêts).

    Selon nos informations, cette question figurait dans la liste des sujets soumis à l’inspection des magistrats de l’agence française anticorruption lors de son contrôle de l’IRD en 2018. Ce rapport n’a pas vocation à être rendu public. Tout comme celui de l’inspection générale de l’éducation nationale et de la recherche sur les cas de harcèlement moral et sexuel au sein des unités de recherche abritées par l’IHU. En 2018, Didier Raoult balayait tout ça d’un « ça se dégonfle ». Depuis, le Covid-19 achève de gonfler sa renommée.

    • Coup sur coup, trois détracteurs publics de Raoult sur les plateaux télé
      – Karine Lacombe
      – Xavier Lescure
      – Gilbert Deray
      --TOUS LES TROIS en lien d’intérêt patent avec Gilead science, le labo qui vendait son médicament contre l’Hépatite C à 40 000 $ le traitement.

      Un premier article donc :
      https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/26/cette-professeur-critique-des-methodes-de-didier-raoult-est-elle-en-confl

      Et bien sûr Gilbert Deray, comme l’a dit un twittos « c’est un panneau publicitaire en blouse blanche »

      Enfin vous vous demandez pourquoi BFMTV tabasse Raoult matin et soir ? Peut-être est-ce en partie parce qu’Altice (BFM) et Gilead, le labo qui a tout à perdre si le protocole Raoult est efficace, ont une grande part d’actionnaires en commun...

      https://twitter.com/idrissaberkane/status/1243839715054362625

    • Le monde d’hier s’accroche à ses royalties. GILEAD sur les starting block pour vous soigner (ou pas) et faire un gros paquet de pognon à l’occasion.
      https://theintercept.com/2020/03/25/gilead-sciences-coronavirus-drug

      In 2017, a group of academics at Yale Law School made the case for the government’s use of Section 1498 to procure a lifesaving treatment for hepatitis C called Sofosbuvir, also manufactured by Gilead, which is too expensive for many people who need it. Sofosbuvir costs $48,000 for a 24-week course, or about $1,000 a pill. Because of the exorbitant price, insurers have refused to cover it for all of the roughly 5 million people infected with hepatitis C, instead making the drug available to only the sickest patients.

      Gilead, which is valued at more than $100 billion, has repeatedly come under fire for its pricing. Although its preventative HIV drug Truvada costs only $6 to manufacture, it costs almost $2,000 a month in the U.S — out of reach for many people who could use it to avoid infection.

      “Gilead is notorious for price gouging,” said Rizvi. “Gilead holds the key to bringing down and ending both HIV and hep C epidemics, and in both cases, prices have played a real factor in our inability to stop both epidemics. And that’s terrifying.”

      Joseph Grogan, who has led the Trump administration’s efforts on drug pricing in addition to serving on the White House coronavirus task force, served as head of federal affairs for Gilead from 2011 to 2017, while it was setting prices for both drugs.

      When asked about price gouging, Gilead provided The Intercept with the following statement :

      Gilead is acutely aware of the urgent medical needs of people and communities around the world in the face of the Covid-19 pandemic. We are working around the clock to study the safety and efficacy of remdesivir as a potential Covid-19 treatment and to responsibly provide emergency access to remdesivir while these studies are ongoing, to respond to this public health crisis. If remdesivir is proven to be safe and effective to treat Covid-19, we are committed to making remdesivir both accessible and affordable to governments and patients around the world.

      The penchant for putting profits over public health and individuals’ lives is particularly terrifying as Covid-19 infections soar. When private companies have exclusive rights to these drugs, they not only have complete discretion over the price, but they also have a monopoly over supply.

      “It makes no sense for one company to have the power to dictate who gets what, when, where,” said Rizvi. “There’s going to be unprecedented global demand if it proves to be effective.”

    • « Bien la transparence de ce conseil scientifique. La page wikipedia de Karine Lacombe a été supprimée hier. »

      C’était vraiment un très bon choix de prendre cette médecin militante pleine de conflits d’intérêts pour se livrer à un « exercice de vérité » et rassurer les Français !
      On vous croit...

      Pr Karine Lacombe, infectiologue sur les masques :

      Il n’y a pas de problèmes d’accès aux masques pour les soignants en hôpitaux

      #Covid_19 #ilyaeuduretard #IlsSavaient #KarineLacombe

      https://twitter.com/AiphanMarcel/status/1244376369137618945

    • « Pendant que les chiens de garde cacochymes et vulgaires comme Cohn Bendit s’acharnent sur Raoult, l’Italie utilise maintenant massivement la chloroquine en phase 1 » :

      Dépassée par l’ampleur de l’épidémie, l’Italie compte sur la chloroquine... Le point de vue du Pr Christian Perronne, chef du service d’infectiologie à l’hôpital universitaire de Garches

      En Italie, qui nous précède de seulement huit jours et ou la situation devient presque incontrôlable, une course de vitesse contre le Covid-19, vient d’être enclenchée avec pour arme clé l’hydroxychloroquine (Plaquenil®, forme la mieux tolérée de la chloroquine). Tout particulièrement dans le Lazio, région très touchée, où elle est désormais largement prescrite aux patients ayant des signes débutants, avec d’ores et déjà des résultats très encourageants en termes de protection des sujets traités. Dans le journal « Corriere della Sera » le Dr Pierluigi Bartoletti, vice président de la Fédération Italienne des médecins généralistes, explique que toute personne isolée, Covid-19 positive avec des signes débutants (toux, fièvre par exemple), est aujourd’hui traitée par l’antipaludique. Le produit est remboursé par l’assurance maladie italienne. Il peut être obtenu facilement sur prescription d’un médecin (généraliste notamment), dans les pharmacies hospitalières, qui transmettent toutes les données relatives au patient à l’Agence italienne du médicament (AIFA).

      "Nous venons de comprendre, ajoute le Dr Bartoletti, que le virus a une évolution en deux phases et que c’est au cours de la seconde, après quelques jours (une semaine environ), que la situation peut brutalement, en 24 ou 48h, s’aggraver et conduire à une insuffisance respiratoire réclamant des soins intensifs. Les résultats que nous commençons à accumuler suggèrent que l’hydroxychloroquine administrée tôt, donne la possibilité d’éviter cette évolution à une majorité de patients et de désencombrer les salles de réanimation"

      Le point de vue du Pr Christian Perronne, chef du service d’infectiologie à l’hôpital universitaire de Garches, interrogé par le Dr Philippe Gorny :

      Participez-vous à l’Etude Européenne Discovery qui évalue des traitements antiviraux ?
      Pr Christian Perronne. J’ai refusé d’y participer car cette étude prévoit un groupe de patients sévèrement atteints qui ne seront traités que symptomatiquement et serviront de témoins-contrôles face à quatre autres groupes qui recevront des antiviraux. Ce n’est pas éthiquement acceptable à mes yeux. On pouvait parfaitement, dans la situation où nous sommes, évaluer ces traitements en appliquant un protocole différent. De surcroît, le groupe hydroxychloroquine (qui a été ajouté à cette étude à la dernière minute), devrait être remplacé par un groupe hydroxychloroquine plus azithromycine, traitement de référence actuel selon les données les plus récentes. Enfin, le modèle de protocole choisi ne fournira pas de résultats avant plusieurs semaines. Pendant ce temps là, l’épidémie galope. Nous sommes pressés, nous sommes en guerre, il faut des évaluations rapides.

      Etes-vous pour où contre une prescription plus large de l’hydroxychloroquine que celle actuellement autorisée en France ?
      Même si les preuves irréfutables que donnent les études randomisées à grande échelle manquent encore, je suis en faveur d’une prescription large pour les raisons suivantes :
      1. Nous disposons d’un nombre important de preuves montrant qu’in vitro l’hydroxychloroquine bloque le virus. Nous disposons également de plusieurs résultats cliniques indiquant que ce produit est bénéfique s’il est administré précocement et nous n’avons aucune mention qu’il nuit ou est dangereux dans cette infection (une seule étude, mal détaillée, chinoise, sur 30 patients avec groupe contrôle, n’a pas observé de bénéfices mais pas non plus d’effets délétères). Que risque-t-on en administrant la chloroquine d’emblée : rien !
      2. Ce médicament est très peu coûteux
      3. Il est bien toléré en traitement longue durée (recul de plusieurs décennies sur des milliards de sujets). Personnellement, je l’utilise en clinique dans la forme chronique de la maladie de Lyme, avec succès depuis 30 ans à la dose de 200 mg voire 400 mg/jour. J’ai pu juger et des centaines d’autres médecins avec moi, de son excellente tolérance chez l’homme. Les principales contre-indications sont les maladies sévères de la rétine et cardiaques non équilibrées. Les évènements cardiovasculaires restent exceptionnels si on prend soin : de proscrire l’automédication - de vérifier chez les personnes âgées prenant beaucoup de médicaments qu’il n’existe pas d’interactions médicamenteuses (avec des diurétiques au long cours notamment) et que le taux de potassium sanguin est dans les normes. Hors ces précautions, les effets indésirables sont mineurs. Ils le sont d’autant plus que le traitement est court, ce qui est le cas contre Covid-19. Il serait donc sage de produire sans plus tarder de l’hydroxychloroquine en très grande quantité, pour la rendre facilement accessible aux personnes infectées, dès lors que son efficacité sera définitivement prouvée. A défaut il suffira d’arrêter la production. Je signale que l’Italie vient d’autoriser la large diffusion de l’hydroxychloroquine sur prescription médicale dès le début de l’infection et que d’autres pays s’apprêtent à faire de même. Qu’attendons-nous ? D’avoir davantage de morts ?

      Etes-vous au courant d’études en cours, avec ce produit en France ou ailleurs ?
      Les résultats d’une 2e étude ouverte du Pr Didier Raoult, chez 80 patients Covid-positifs en PCR, ayant des signes pulmonaires cliniques et radiologiques, viennent de paraître. Ils confirment les effets spectaculaires de sa première étude (avec le traitement combinant l’hydroxychloroquine et l’azithromycine), ainsi que ceux de la première étude chinoise sur 100 patients. Son équipe a constaté qu’au 5e jour, 97.5 % des patients ne sont plus porteurs du virus ! Un seul décès concernant un patient âgé de 86 ans est survenu ; un autre sujet âgé de 74 ans est en soins intensifs.

      Aux USA le Dr Zev Zelenko qui travaille dans deux centres hospitaliers des communautés juives orthodoxes de la région de New-York (au sein desquelles le taux d’infection est élevé), a administré depuis le 19 mars, à 500 personnes, sans test PCR préalable (pour ne pas perdre de temps), la combinaison du Pr Raoult à laquelle il a ajouté du zinc qui freine la réplication virale. Les patients traités furent : les adultes de tous âges ayant des signes débutants (toux, fièvre, courbatures..) avec une comorbidité associée (diabète, obésité, maladie pulmonaire, cardiovasculaire, cancer, immunodépression) - les adultes de tous âges ayant des signes débutants, sans comorbidité - tous ceux, quelque soit l’âge, ayant des signes pulmonaires (essoufflement ou davantage). Seuls les sujets jeunes avec signes débutants mais aucune comorbidité, ne furent pas traités. Au 26 mars aucune des personnes ayant reçu cette thérapie n’a été hospitalisée, aucune n’a évoluée vers une forme grave nécessitant une réanimation, aucune n’est décédée. Ce n’est pas une étude certes, mais ces résultats ont une valeur indicative notable. En marge de cette initiative communautaire, des essais institutionnels préventifs (protection des gens exposés avant même l’apparition de signes débutants) avec l’hydroxychloroquine, vont débuter aux USA !

      Dans quels délais pouvons-nous espérer avoir les premiers résultats de l’étude Discovery ?
      Dans plusieurs semaines selon moi. Mais il n’y aura rien à espérer de cette étude concernant l’hydroxychloroquine qui est administrée trop tard. Le protocole indique que le produit peut être donné seulement si la saturation en oxygène des patients est inférieure à 95% , c’est à dire à des malades justiciables d’un apport massif en oxygène ou qui doivent être mis sous ventilation artificielle. Ce n’est pas la bonne indication.

      Quel est votre avis sur les traitements qui pourraient s’avérer les plus efficaces dans les formes sévères et graves ?
      Des médicaments autres que les antiviraux et que l’hydroxychloroquine et qui peuvent lutter contre l’inflammation broncho-pulmonaire , c’est à dire des anti-inflammatoires (non stéroïdiens exclus car délétères) tels que : des anticorps monoclonaux contre les interleukines (IL6, IL1) substances qui stimulent l’inflammation, ou contre des facteurs de croissance vasculaire (VGEF) – peut-être aussi des corticoïdes comme par exemple la methylprednisolone ( nette réduction de la mortalité pour les formes très graves dans une étude chinoise). Toutes ces options sont en cours d’évaluation. Ce qu’il faut éviter, c’est d’arriver à ce stade !

      Que pensez-vous de la pénurie des masques en France… et de son inimaginable persistance ?
      J’ai présidé pendant 15 ans la Commission des maladies transmissibles des instances officielles de conseil, dont le Haut Conseil de la Santé Publique. Nos groupes de travail ont recommandé des mesures concernant la production de masques notamment lors des épidémies dues au SARS. Cette pénurie est absolument navrante et incompréhensible. A Hong-Kong, une des villes les plus denses du monde, où le port des masques en épidémie est traditionnel pour ne pas dire culturel, on a compté, à la date du 17 mars, au total que quatre décès dus à Covid-19 ! Là-bas, contrairement à la France où la pénurie a contraint le Ministère de la Santé précédent à ne le recommander que pour les sujets malades, le port des masques concerne aussi les gens sains ! On mesure là toute l’importance de cette protection et l’impréparation choquante des autorités françaises en ce domaine…

      https://twitter.com/Poulin2012/status/1244524900599070722

    • @marielle Le fait que l’Italie essaye ce produit ne prouve pas que ca soit une bonne idée ni que ca soit plus ou moins efficace qu’un placébo. Le fait que Cohn Bendit soit pour ou contre ne prouve rien non plus. Il y a des cacochymes dans les deux camps. Cette seconde étude ne sert toujours à rien à part qu’elle a permis de probables contaminations au pied des locaux de Raoult et qu’elle fait perdre de l’énergie et du temps pour des guerres d’égo cacochymes. Pendant qu’on s’écharpe sur ce vieux politicien en blouse blanche on ne s’occupe pas de ce que fait ce gouvernement.

      Je comprend que l’Italie se raccroche à des solutions désespérés. J’espère en tout cas que ça ne sera pas un nocébo.