• Entrepreneurs en violence (Sicile, mafia & capitalisme)
    http://ddt21.noblogs.org/?page_id=528

    « Désormais la terre peut être achetée et vendue. […] Et la terre qui est acquise et non plus héritée a besoin de rapporter ; c’est un investissement qui doit être rentable. Le capitalisme était arrivé en Sicile », mais sous une forme originale, où « une situation de non-droit met en danger l’investissement. […] Quand il a supplanté le féodalisme, l’État moderne était censé établir un monopole de la violence, du pouvoir de réprimer et de punir les criminels. » (51) Or les bandes armées des barons se transforment sans disparaître. Déjà, au début du 19e siècle, le régime des Bourbons avait fait régner l’ordre avec les Compagnies d’armes, qui volaient et rackettaient, en collusion avec les hommes de main aux ordres des barons. Le phénomène va perdurer.

    Après 1870, en effet, l’Italie maintenant totalement unifiée délègue une partie des fonctions administratives aux potentats siciliens locaux, mais si ceux-ci conservent leur influence, la violence s’est par ailleurs « démocratisée » : une couche d’hommes du peuple s’est emparé d’une part du monopole de la violence. A Palerme, des associations d’artisans revendiquent le droit de porter des armes et de faire régner l’ordre, et en profitent pour augmenter leurs prix et extorquer de l’argent. Ainsi se forment des « groupes qui étaient pour partie gang criminel, pour partie entreprise commerciale, et pour partie clique politique » (52), et qui mariant la loi et le crime pénètrent l’appareil d’État.

    #Italie #mafia #Sicile #Naples


  • Méthode dialectique : un gros malentendu ?
    http://dndf.org/?p=14372

    Les raisons d’exhumer cet essai presque inconnu de Roman Rosdolsky dépassent de beaucoup l’intérêt et la pertinence de son contenu. La volonté, pourtant louable, d’attirer un peu l’attention, contre l’oubli dans lequel il est tombé, sur l’œuvre de cet auteur auquel on doit non seulement reconnaître le mérite d’avoir largement participé à la « découverte » et à la diffusion des Grundrisse, à partir des années 1960, mais aussi celui d’avoir écrit d’importantes contributions théoriques : en premier lieu le jamais réédité Genèse et structure du « Capital » de Marx, mais aussi ce Friedrich Engels et le problème des peuples « sans histoire », entre tous notable, et malencontreusement publié dans sa traduction italienne par un éditeur malheureux (Graphos, Gênes, 2005), cette volonté ne serait pas à elle seule suffisante. En réalité, ce qui nous intéresse le plus est de revenir sur la question de la dialectique et de la méthode dialectique, en la soustrayant à cet air d’évidence et de fausse familiarité qu’elle semble avoir, autant parmi ses rares partisans que ses nombreux ennemis. D’un côté, dans le cadre de la soi-disant « pensée critique » (lire : le crétinisme universitaire), la vogue post-moderne a prétendu classer une fois pour toutes l’aspiration marxiste au dépassement, avec l’équation dialectique = téléologie, en faveur d’une multitude de conceptions anti-dialectiques – nietzschéisme plus ou moins anarchisant, idéologie frenchy des micro-conflits (Foucault), du désir (Deleuze-Guattari) ou de l’événement (Badiou), ou encore, dans le meilleur des cas, des dialectiques repliées sur la négativité permanente (Adorno et Horkheimer) – qui sont autant de réformismes plus ou moins radicaux, tout comme le fut la pensée d’un autre champion oublié de l’anti-hégélianisme : ce Lucio Coletti de triste mémoire, d’abord partisan du PCI puis de Berlusconi, qui opposa l’ « opposition réelle » de Kant à l’unité des contraires hégélienne. D’un autre côté (le « nôtre », si on peut dire), si certains – en attendant des temps meilleurs – se sont contentés de ce que dans leur jeunesse on leur avait expliqué de la « négation de la négation », pour la plus grande gloire de la Doctrine éternelle, d’autres se sont réfugiés dans un hégéliano-marxisme ascétique, dans lequel le prolétariat est dissous dans l’automouvement du capital (ce qui, si possible, est encore pire).

    #philosophie


  • Entremonde fait peau neuve
    http://www.entremonde.net

    Nous ouvrons deux nouvelles collections. Metro sera consacré à l’urbanisme et sa critique. Le premier ouvrage d’Andy Merrifield qui inaugure la collection, Metromarxisme, dresse les portraits d’auteurs qui ont pensé la ville. Forme étudie quant à elle le design, la typographie et la création contemporaine à travers les écrits des praticiens et des théoriciens pour appréhender l’univers esthétique dans lequel nous évoluons aujourd’hui et comprendre le grand bouleversement du champ visuel qui s’est opéré dans les trois premières décennies du XXe siècle. Elle débutera avec La Nouvelle Typographie le grand ouvrage-manifeste de Jan Tschichold.

    #édition #livres


  • La collection Raya Dunayevskaya
    https://bataillesocialiste.wordpress.com/2015/08/19/la-collection-raya-dunayevskaya

    Lorsque Raya Dunayevskaya fit don de ses archives à l’Université d’Etat de Wayne, elle demanda à organiser elle-même sa collection et à ce que l’accès en soit ouvert à tous. Le nouveau site http://rayadunayevskaya.org présente désormais en ligne cette collection, pendant que le site du journal qu’elle avait fondé, News & Letters, a mis en ligne ses 60 ans d’archives.

    Cette collection, avec plus de 17.000 pages, constitue une ressource de premier ordre. On y trouve, par exemple, des correspondances avec Natalia Trotsky, Jean Malaquais, Maximilen Rubel, Castoriadis, Marcuse, Onorato Damen et G. Munis.

    #histoire


  • Conditions de travail : retour de flamme dévastateur pour Amazon
    http://www.actualitte.com/article/monde-edition/jeff-bezos-a-la-tete-d-une-societe-inhumaine-qui-devore-les-etres/60119

    « C’est dur, un travail physique, mais le stress constant de la surveillance et ne jamais pouvoir descendre en deçà d’un certain seuil de performance, est éreintant », explique Elly Baker, du GMBW. Là encore, les propos de Bezos résonnent : « Je crois fermement que toute personne travaillant dans une entreprise qui serait vraiment semblable à celle que décrit le NYT serait folle de rester. Je sais que je quitterais une pareille entreprise. »

    Cet autre coup porté par le syndicat britannique ne se contente cependant pas de remuer le couteau dans la plaie : il dresse un inventaire de ce qui a lieu dans les sept entrepôts logistiques de la firme, et de la vie de 7000 employés. Au menu, troubles, stress, anxiété, problèmes musculaires et squelettiques...

    #livres #travail


  • Aux Etats-Unis, une enquête dénonce les conditions de travail cauchemardesques au sein d’Amazon
    http://www.liberation.fr/societe/2015/08/17/aux-etats-unis-une-enquete-denonce-les-conditions-de-travail-cauchemardes

    L’enquête est accablante. Dans un long article publié dans le New York Times, des journalistes américains dénoncent les conditions de travail au sein d’Amazon, au moyen de nombreux témoignages, notamment d’anciens employés.
    Les auteurs dépeignent les « Amazoniens », à tous les échelons, comme une main-d’œuvre soumise à un rythme de travail effréné, et asservie aux contraintes d’une évaluation perpétuelle. Ils racontent les semaines de 80 heures, les e-mails envoyés à minuit passé et suivis de SMS ordonnant d’y répondre. Ils décrivent le calvaire de cette employée à qui on a suggéré de trouver un poste moins exigeant au sein de l’entreprise, car la maternité entraverait de toute façon sa carrière à long terme. Ou celui de cette femme atteinte d’un cancer de la thyroïde, qui s’est vue attribuer une « note de basse performance » à son retour de traitement. Ils dénoncent une obsession de l’entreprise pour les données, qui ne concernent pas que les clients mais prennent aussi les employés pour cible, la surveillance interne étant maquillée en climat d’émulation. Le PDG, Jeff Bezos, prend dans l’article des allures de Big Brother, comme le témoignage d’un ingénieur le suggère : « que le ciel vous aide si vous recevez un e-mail de Jeff ; c’est comme si le PDG de l’entreprise était dans votre lit à 3 heures du matin, comme si vous sentiez sa respiration sur votre nuque. »

    DES « AMAZONIENS » AUX « AMABOTS »
    La plus grande prouesse d’Amazon, selon le New York Times, c’est d’avoir fait en sorte que ses employés eux-mêmes, notamment les plus influents, s’imprègnent des valeurs de leur dirigeant au point de les mettre en œuvre par conviction personnelle et sans plus s’en remettre aux « règles d’or ». Cette transformation aurait même un nom : quand on ne fait plus qu’un avec le système, on n’est plus un Amazonien mais un Amabot. Les auteurs divisent la population Amazon en deux clans : ceux qui, malheureux au quotidien, font des économies en attendant de pouvoir quitter l’entreprise, et ceux qui, devenus partisans, font du zèle à l’excès. A l’image d’une employée qui raconte la fois où elle n’a pas dormi pendant quatre jours d’affilée, et en est venue à payer, sur ses deniers personnels et en secret, un agent indien pour l’aider dans sa tâche et accomplir une meilleure performance.

    Pour Jodi Kantor et David Streitfeld, auteurs de l’article, Amazon interprète le terme « employé » au sens littéral. Si l’embauche ne s’y tarit jamais, c’est parce que la compagnie fonctionne sur ce fameux « turnover », cycle d’usure et de renouvellement de ses travailleurs. Les employés épuisés partent d’eux-mêmes, ou se voient invités à changer d’occupation grâce à la compétition interne institutionnalisée sous le nom de « Organization Level Review ». Cette pratique régulière de réorganisation interne, qui était auparavant utilisée par Microsoft, General Electric ou encore Accenture Consulting, est décrite par le New York Times comme le paroxysme des jeux d’alliance et des coups bas. Cette gestion hautement stratégique de la main-d’œuvre opère en parallèle d’une guerre latente entre les générations : « Au cours des entretiens, les quadragénaires nous disaient être convaincus qu’Amazon les remplacerait par des trentenaires qui pourraient sacrifier davantage d’heures, et les trentenaires étaient certains que la compagnie préférerait des jeunes de vingt ans qui travailleraient plus dur encore », lit-on dans l’article.

    UN « DARWINISME RÉFLÉCHI »
    Amazon ne fait pas mystère de ce fort taux de renouvellement, et annonce que seulement 15% des employés restent plus de 5 ans au sein de la compagnie. Les départs ne sont pas considérés comme le signe d’un échec, mais comme une partie intégrante du système, permettant à la machine de tourner sans jamais s’épuiser. Robin Andrulevich, ancien cadre au sein des ressources humaines d’Amazon, parle même de « darwinisme réfléchi ». Amazon prévoit d’ailleurs de grossir encore ses rangs pour maintenir l’afflux de main-d’œuvre : une nouvelle tour de 37 étages est presque achevée à Seattle, et attend la construction de ses deux voisines. A terme, Amazon devrait abriter 50 000 employés, soit trois fois plus qu’en 2013.


  • Lettre d’Anton Ciliga sur la répression politique en URSS (1935)
    https://bataillesocialiste.wordpress.com/2015/08/16/lettre-danton-ciliga-sur-la-repression-politique-en-ur

    Vous attendez de moi que je vous présente un rapport concis sur ma situation, sur les bolcheviks-léninistes russes, sur les isolateurs et les camps tout à la fois. Dans ces circonstances, des informations rapides sont nécessaires, je tenterai de vous répondre le mieux possible lorsque je le pourrai, même si cela se fera aux dépens d’une vision globale. J’espère être en mesure de combler ultérieurement les lacunes qui figurent dans ces informations.

    #histoire #URSS


  • Marseille : Rentabiliser la misère
    http://cqfd-journal.org/Marseille-Rentabiliser-la-misere

    Durant l’été 2014, le Samu social de Marseille a tenté de mettre en place une carte de secours individuelle destinée aux sans-abri. Une carte pourvue d’un triangle jaune sur fond bleu d’un côté et d’informations relatives à la vie privée des personnes de l’autre [1]. Cette nouvelle tentative de fichage des pauvres a été mise de côté, fin 2014, en partie grâce à la mobilisation des travailleurs sociaux. Pour combien de temps ? Source : CQFD


  • « Et c’est reparti... À quand l’explosion de l’immense bulle mondiale de liquidités ? », par Tomasz Konicz
    http://www.palim-psao.fr/2015/08/et-c-est-reparti-a-quand-l-explosion-de-l-immense-bulle-mondiale-de-liqui

    En clair, sous la surface des événements « normaux » du marché, on sent grandir un scepticisme et une défiance chez des acteurs visiblement hantés par le pressentiment que la dynamique actuelle de spéculation – la bulle de liquidités résultant de la politique monétaire expansive des banques centrales – est au fond intenable. Chacun se doit de participer le plus longtemps possible à l’exploitation du filon, mais fait montre en même temps d’une disposition croissante à se retirer immédiatement en cas de turbulences. Dans ces circonstances, comme le faisait remarquer Business Insider, les incidents se situant à la frange des grandes vagues de choc qui ébranlent le système peuvent être particulièrement recherchés : « À mesure que la liquidité s’assèche lors des périodes de volatilité, l’étendue et le volume des mouvements du marché s’amplifient ». Ce qui se profile ici, c’est le retour de la constellation de crise que nous avons connue pendant le krach financier mondial de 2007-2008, lorsque les marchés s’étaient « gelés » à la suite du choc de la faillite de Lehman Brothers, et que l’octroi de crédits interbancaires avait quasiment disparu : les acteurs des marchés financiers ne se faisaient plus confiance.

    #économie

    • Cette aporie de la politique de crise capitaliste caractérise au reste également la querelle sans fin des keynésiens et des néolibéraux en matière de politique conjoncturelle, où chacune des deux parties a parfaitement raison de critiquer les propositions de la partie adverse. Car s’il est désormais manifeste que les programmes de relance keynésiens financés à coups de dettes ne peuvent maintenir le système en marche que sur le court terme, à l’instar du proverbial « feu de paille », il n’est pas moins flagrant que les plans d’austérité néolibéraux conduisent tout droit les pays où ils sont mis en application à l’effondrement socioéconomique. L’unique conclusion logique que l’on devrait tirer de ces épuisants débats consisterait à reconnaître que le capitalisme n’est visiblement plus capable de fonctionner sans un endettement croissant.


  • Les chants de Lénine, Trotski, Grimm et d’autres résonnent encore dans la bourgade tranquille de Zimmerwald
    http://www.revue.ch/fr/editions/2015/04/detail/news/detail/News/les-chants-de-lenine-trotski-grimm-et-dautres-resonnent-encore-dans-la-bourgad

    En 1915, des leaders socialistes-révolutionnaires venus des quatre coins d’Europe se réunirent à Zimmerwald pour une conférence secrète. Lorsque les habitants du village comprirent ce qui venait de se produire, ils furent saisis d’effroi. Source : La Revue suisse

    • #Zimmerwald a fini par régler le problème en adoptant une loi pour l’oubli. En 1962, les monuments et plaques commémoratives, quels qu’ils soient, furent interdits.
      […]
      La commémoration des 700 ans du village, qui se déroula en 1996, raviva les craintes. […] Et ce n’est pas fini : c’est à ce moment précis que le groupe de jazz « Hot Lenin » fit son apparition. Cette formation composée de musiciens du village revisitait les airs folkloriques du village au rythme de la bossa nova, du swing, de la musique latine et du punk.
      […]
      Konrad Burri, le batteur de « Hot Lenin », explique que la Conférence ne suscite pas de commentaires particuliers dans le village et que le passé ne pose pas de problème. Serait-il pour autant possible d’entonner l’« Internationale » lors de la prochaine représentation ? Burri sursaute : « Mais, vous êtes fou ! ». C’est un sujet délicat et l’idée semble invraisemblable.
      […]
      Cette sérénité retrouvée a toutefois des limites. « Hot Lenin » a, dans un premier temps, été inscrit au programme de la cérémonie commémorative. Il a ensuite été déprogrammé, car une conseillère en communication a recommandé aux organisateurs de ne pas inviter un groupe, qui s’approprie de manière aussi décontractée le nom de Lénine.



  • En Grèce, la librairie d’Exarchia, ou l’anarchisme des sens
    https://www.actualitte.com/article/reportages/quartier-d-exarchia-quand-athenes-est-un-livre/59665

    En 2015, année somme toute particulière pour la #Grèce, le quartier d’Exarchia peut-il vraiment être comparé à ce qu’était Florence en 1817 ? En termes d’opposition, voire d’emboîtement, le rapprochement fait sens. L’#Exarchia d’aujourd’hui, ce minuscule bout de Grèce, est une sorte de négatif au noir profond de la ville italienne si représentative d’une gloire esthétique passée. Ici, nulle gloire, mais, indéniablement, ce que ce lieu dit de notre temps – avec son cocktail de créativité partout affichée, de constance dans le combat et de sincérité quant aux conséquences physiques, morales et hygiéniques d’un rejet du système en place – fait de ce coin d’#Athènes une sorte de capitale du vertige pour tout être à la sensibilité aussi politique que littéraire.


  • Pot de départ
    http://cqfd-journal.org/Pot-de-depart

    Stéphane avait demandé, la semaine précédente, s’il serait possible d’organiser son pot de départ dans les locaux du syndicat. C’est une demande rare, surtout de la part d’un non-militant, mais pourquoi pas ? Il est donc arrivé le jour dit, avec ses bouteilles de whisky, pastis et champagne ainsi qu’avec force biscuits et autres cochonneries qu’on s’empiffre à l’apéro. Ce n’est pas trop par idéologie qu’il a choisi cet endroit. C’est davantage parce que ce local, placé quelque peu en retrait de l’usine, peut constituer un îlot de résistance face aux interdictions de picoler dans la boîte.

    #travail


  • Une longue révolution : entretien avec #Raymond_Williams
    http://revueperiode.net/une-longue-revolution-entretien-avec-raymond-williams

    Dans ce long entretien accordé à la rédaction de la New Left Review, Raymond Williams revient sur ses contributions fondamentales au marxisme en général et à la théorie de la #culture en particulier. Qu’il s’agisse de penser le rapport entre pratiques artistiques et pratiques économiques, de reconstruire la « structure de sentiment » d’une époque ou de conceptualiser la manière dont les structures sociales s’articulent en une totalité, l’œuvre de Williams ne constitue pas seulement une interprétation pénétrante du présent historique : elle est une ressource précieuse pour sa transformation.

    #Uncategorized #critique_littéraire #cultural_studies #Idéologie #littérature


  • Passage des étoilées
    http://ddt21.noblogs.org/?page_id=514

    Deux adolescentes ont vécu pendant six semaines de l’année 1953 une aventure exceptionnelle qui ne saurait être circonscrite dans les limites étroites d’un vulgaire fait divers criminel. Pour se procurer des ressources, Anne-Marie R… (seize ans) et Emilienne G… (dix-sept-ans) avaient, le 18 décembre 1953, attaqué et blessé une marchande de confection. Comme, par une fâcheuse occurrence, le tiroir-caisse était vide, elle n’emportèrent pour tout butin qu’un costume tailleur et un manteau. Elles devaient se faire arrêter trois jours plus tard au cours d’une rafle à Pigalle. Ayant passé deux ans à la prison de Fresnes, les deux jeunes filles viennent de comparaître, le 22 novembre, devant la cour d’assises des mineurs, qui siégea à huis clos. Anne-Marie et Emilienne furent condamnées respectivement à sept ans et cinq ans de réclusion.


  • La transition dans le soi-disant « Dictionnaire critique du marxisme » (Rubel, 1984)
    https://bataillesocialiste.wordpress.com/2015/07/23/la-transition-dans-le-soi-disant-dictionnaire-critique

    Qui nierait que l’appareil de parti et d’Etat bolchevique a jeté la Russie essentiellement paysanne et agricole et sporadiquement prolétarienne et industrielle, sous les « fourches caudines » de l’accumulation du capital dans ses formes classiques, et sans respecter les libertés démocratiques conquises par les Etats bourgeois depuis 1789 ? Qui oserait douter que le « socialisme » institué par décret et la « collectivisation » décrétée a pris l’allure d’un « génocide » faisant perdre au peuple russe la « chance » d’une transition directe vers le socialisme ? Et si cette « chance » a pris en février 1917 l’aspect des « soviets », c’est encore Lénine et son parti qui ont tout fait pour que le peuple russe ne puisse y trouver le point de départ de sa régénération sociale. Accusé de capituler devant la bourgeoisie et « ses suppôts intellectuels petit-bourgeois », Lénine ne cachait pas qu’il préférait le capitalisme d’Etat à toute autre forme de socialisation. Ses critiques ne comprenaient rien au « caractère de la transition du capitalisme au socialisme », étant donné que le pouvoir soviétique n’avait rien à craindre du capitalisme d’Etat, le pouvoir des ouvriers et des pauvres étant assuré. En fait, « tant que la révolution tarde encore à ‘éclore’ en Allemagne, notre devoir est de nous mettre à l’école du capitalisme d’Etat des Allemands, de nous appliquer de toutes nos forces à l’assimiler, de ne pas ménager les procédés dictatoriaux pour l’implanter en Russie encore plus vite que ne l’a fait Pierre Ier pour les mœurs occidentales, sans reculer devant l’emploi de méthodes barbares contre la barbarie » (Lénine, « Sur l’infantilisme de gauche…« , Pravda, mai 1918).

    #histoire #Russie #URSS


  • Royaume-Uni : Working class zero
    http://cqfd-journal.org/Royaume-Uni-Working-class-zero

    « Ce mois-ci, je dois choisir entre payer mon loyer et ma facture d’eau. » La ligne téléphonique pourrie qui vous relie à Fran, 25 ans, a au moins laissé sa colère intacte. C’est que la serveuse d’un de ces innombrables bars du quartier étudiant de Manchester, nord-ouest de l’Angleterre, est enchaînée depuis six mois à son contrat zéro heure, sans garantie de salaire fixe. Six mois de négociations permanentes avec son patron « pour demander plus d’heures » et voir s’évanouir, au bout du compte, la vie promise aux « gens qui travaillent dur » par les élites politiques de tous bords. Au XIXe siècle, les dockers londoniens attendaient chaque matin qu’un contremaître les fasse décharger les marchandises ; Fran, elle, attend chaque semaine le coup de fil qui l’enverra au turbin. « Il me faut entre 20 et 30 heures par semaine pour tenir, ajoute-t-elle. En dessous, ça devient quasi impossible. C’est très stressant, je me bats chaque semaine avec mon manager pour arriver, à la fin du mois, à payer mon loyer. »

    #travail #Angleterre


  • Lumière, eau, téléphone, la lutte de classe dans les redevances quotidiennes : luttes dans la reproduction sociale et le travail dans les quartiers d’Athènes
    http://dndf.org/?p=14317

    La révolte de Décembre 2008, puis le « mouvement des places » à l’été 2011 ont ouvert la porte toute grande aux formes d’organisation et de luttes appelées assemblées de quartier. Nous parlons des démarches collectives ouvertes, à caractère auto-organisé, qui ont essayé de territorialiser leur intervention politique au niveau du quartier, de façon stable. Ici, bien sûr, nous ne tenterons pas d’écrire l’histoire ou exposer la généalogie des assemblées de quartier à Athènes, ni de présenter tous leurs contenus politiques en 4.000 mots. Notre objectif est d’analyser la position des assemblées de quartier dans le cycle de luttes contre la dévalorisation du travail, au sujet de nos vies en temps de crise capitaliste et de restructuration. En bref, nous essayons de comprendre ce que sont les positions des assemblées de quartier au cours des dernières années concernant les questions qui ont été posées par les conséquences immédiates de la crise / restructuration dans les domaines de la reproduction sociale et du rapport d’exploitation.

    #Grèce #Athènes


  • Incendier et revendiquer. Sur les émeutes en Suède
    http://sicjournal.org/incendier-et-revendiquer-sur-les-emeutes-en-suede

    D’un certain point de vue, cette ambivalence n’aurait rien de contradictoire : en luttant contre la poursuite de cette restructuration, on défendrait en même temps ce qu’elle n’a pas encore transformé. Mais on laisse alors de côté un produit essentiel de la destruction de l’identité ouvrière : la fin de l’existence politique du prolétariat en Suède qui, dans les zones les plus paupérisées, s’est accompagnée du développement d’émeutes sporadiques de 2008 à nos jours. En prenant en compte les pratiques de ces émeutes, l’ambivalence de l’activisme spécifique à Megafonen, qui consiste en ce qu’il tente de s’organiser sur la base des restes de l’identité ouvrière dans les conditions produites par la destruction de celle-ci, apparaît comme une contradiction entre les conditions sous lesquelles il existe et ses perspectives. À un moment où le prolétariat, dans la contrainte de vendre sa force de travail qui le définit, est structurellement exclu de la table de négociation collective, cet activisme affirme encore, par ses dénonciations de « l’État » et ses diverses institutions, la possibilité d’un dialogue et d’un avenir dans cette société – en un mot, il défend un État-providence qui n’existe plus.

    #Suède


  • De Foucault à Marx. Ébauche de cartographie d’un champ de bataille
    http://www.contretemps.eu/interventions/foucault-marx-%C3%A9bauche-cartographie-champ-bataille

    Foucault n’a cessé de penser à l’écart du marxisme (et souvent contre lui) et dans l’écart à Marx (et parfois avec lui). Prélever quelques moments de son trajet (jusqu’en 1979) permet d’en restituer la relative cohérence et de circonscrire l’espace d’une confrontation, à condition de laisser provisoirement les objections en retrait, plutôt que de laisser parler un marxisme ventriloque qui mesure tout savoir à son orthodoxie.

    #philosophie


  • Théorie et enquête. Entretien avec Asad Haider et Salar Mohandesi sur la revue Viewpoint
    http://revueperiode.net/theorie-et-enquete-entretien-avec-asad-haider-et-salar-mohandesi-sur-l

    Viewpoint Magazine est une revue de théorie marxiste en ligne basée aux États-Unis, initiée dans le cadre des débats autour des mouvements Occupy. Il s’agit d’une publication ouverte sur les nouvelles formes de radicalités et portée théoriquement sur les traditions révolutionnaires extraparlementaires, ultra-gauche et opéraïstes. Viewpoint Mag propose régulièrement des livraisons thématiques, sollicitant des contributeurs contemporains mais aussi traduisant ou republiant des analyses plus anciennes du mouvement révolutionnaire – en particulier la séquence rouge des années 1960 et 1970 en Italie, France et Allemagne. Dans cet entretien, les deux initiateurs de la revue nous expliquent leur projet théorique et politique et les défis de la pensée marxiste aux États-Unis. Ils nous mettent en garde contre (...)

    #Uncategorized #Althusser #enquête_ouvrière #opéraïsme


  • Faut-il conqué­rir les syndicats ou les détruire ?
    http://www.non-fides.fr/?Faut-il-conque-rir-les-syndicats

    Dans le siècle passé, au début du mou­ve­ment de la clas­se ouvrière, Karl Marx fut porté à con­s­idérer dans les or­ga­nis­mes syn­di­caux, les for­mes par les­quel­les la lutte de clas­se avait abou­ti à une lutte po­li­tique et révo­lu­ti­onn­ai­re. Les expéri­en­ces du ch­ar­tis­me en par­ti­cu­lier cont­ri­buèrent à étayer his­to­ri­que­ment l’opi­ni­on de Marx suiv­ant laquel­le les syn­di­cats, école du so­cia­lis­me, se­rai­ent l’arène de la Révo­lu­ti­on. Ce ju­ge­ment ne peut pas être con­damné si l’on con­s­idère la période his­to­ri­que, où il fut for­mulé. Mais si l’on se re­por­te à l’époque ac­tu­el­le, il faut cons­ta­ter que les syn­di­ca­lis­tes ont in­di­g­ne­ment spéculé sur l’an­ci­en­ne opi­ni­on de Karl Marx, pour at­tri­buer aux for­mes syn­di­ca­les l’ex­clu­si­vité du rôle révo­lu­ti­onn­ai­re. C’est un fait généra­le­ment ignoré en Fran­ce et en Ita­lie, que Marx, en ob­ser­va­teur scru­pu­leux du déve­lop­pe­ment de la lutte des clas­ses, et en ad­ver­sai­re in­las­sa­ble de toute con­clu­si­on dog­ma­tique n’a nul­le­ment manqué de réviser son point de vue à la lumière de l’expéri­ence his­to­ri­que. Il se ren­dit comp­te que les syn­di­cats enlisés dans les sa­bles de la résis­tan­ce éco­no­mi­que n’étai­ent plus les or­ga­nes na­tu­rels de la lutte de clas­se, comme l’af­fir­ment en­core les épi­go­nes de l’école léni­nis­te, (Trots­kis­tes, Bordi­gu­is­tes, Brand­le­ris­tes, etc.) mais que leur fonc­tion se li­mitait à résis­ter à la ten­dance des ca­pi­ta­lis­tes de réduire au mi­ni­mum pos­si­ble les frais d’exis­tence du ca­pi­ta­lis­me.

    #syndicalisme #conseillisme #communisme


  • L’urbanisme d’Alger et les pérégrinations intellectuelles de Le Corbusier
    http://www.contretemps.eu/interventions/urbanisme-alger-p%C3%A9r%C3%A9grinations-intellectuelles-corbusier

    Dans ses rapports au pouvoir, ce qui est rappelé par cette actualité éditoriale, les multiples critiques soulignent sa fascination pour le pouvoir. Toute sa vie, il restera fasciné par le pouvoir et l’autorité, même si, comme lui-même l’avoua dans un documentaire diffusé par la chaine franco-allemande Arte, la politique dont il se fait une idée assez flou, ne l’intéresse pas. Ce qu’il a toujours cherché en réalité c’est une autorité qui lui permette de construire sa ville radieuse. Et quand il croit avoir trouvé l’occasion de la réaliser, il adhère aveuglément au régime qui est près à l’écouter. C’est pourquoi il sera fasciné par l’URSS sous Staline et « attendra pendant quelque temps, à l’hôtel Carlton de Vichy, que Pétain l’appelle », note Michel Ragon. Mais ni Staline, ni Pétain n’ont été convaincu par ses théories. Seul Nehru l’a pris au sérieux et il l’a introduit pour diriger la construction de la ville de Chandigar.

    #architecture #modernisme #Algérie #Alger


  • Philosophie, #aliénation et néocapitalisme : entretien avec Stéphane Haber | Période
    http://revueperiode.net/philosophie-alienation-et-neocapitalisme-entretien-avec-stephane-haber

    Considérés par les uns comme la pièce centrale de la #critique du #capitalisme, rejetés par les autres pour l’"essentialisme dont il serait porteur, le concept d’aliénation fait partie de ces notions qui polarisent la théorie marxiste. Dans cet entretien, Stéphane Haber revient sur les enjeux d’une critique sociale formulée en termes d’aliénation, dont la spécificité serait de penser d’un même mouvement l’autonomisation des rapports sociaux et les expériences négatives qu’elle suscite. Ainsi définie, l’aliénation dessinerait les contours d’un cadre théorique suffisamment souple pour éclairer le présent historique tout en dégageant les caractéristiques essentielles du capitalisme comme forme de vie sociale insatisfaisante.


  • Du spirituel dans l’homme et dans le prolétaire en particulier. Autour de Houellebecq et de “Soumission”
    http://ddt21.noblogs.org/?page_id=470

    Que faire ? Ne pas rester isolé est la seule possibilité de ne pas sombrer et la crise met en valeur ce qui manque : parents, amis, voisins, là où pourraient subsister quelques possibilités d’entraide. A défaut, diverses communautés de substitution assurent un semblant de santé mentale aux individus isolés que sont les prolétaires. Dans la pauvreté, le choix est abondant : foot, militantisme, AMAP, djihad, groupe de réflexion, jeux en réseaux, pétanque, ZAD, bénévolat humanitaire, réseaux sociaux, céramique, etc.
    Cela ne suffit évidemment pas. Alors, comme les grands mythes mobilisateurs qu’ont pu être le socialisme ou le nationalisme sont passés de mode, seule la religion offre une réelle efficacité avec l’illusion d’un supplément spirituel. Le « lien social » défait, la religion le restaure par la transcendance : lien avec dieu et, à travers lui, avec tous les hommes, centralité de la famille et communauté des croyants. Dire la shahâda suffit à rejoindre celle des musulmans : devenir anarchiste ou marxiste n’est pas si simple et apporte en retour bien moins de sérénité.

    #littérature #religion