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  • Voici Octlantis, une ville sous-marine construite par des poulpes

    http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/voici-octlantis-une-ville-sous-marine-construite-par-des-poulpes_1944982.ht

    Elle a été baptisée Octlantis. Une équipe internationale de chercheurs a découvert une citée sous-marine construite par des pieuvres [octopus en anglais], alors qu’ils exploraient la baie de Jervis, au large des côtes est de l’Australie. 

    Une découverte qu’ils n’ont pas encore réussi à expliquer, mais qu’ils détaillent dans une étude publiée dans Marine and Freshwater Behaviour and Physiology.

    http://static.lexpress.fr/medias_11615/w_1520,c_fill,g_north/octlantis-pieuvre-poulple-citee-sous-marine_5947260.jpeg
    Schéma d’Octlantis. Rock = Pierre. Shell Bed = lit de coquillage. Occupied Den = tanière habitée. Unoccupied Den = tanière inhabitée.Marine and Freshwater Behaviour and Physiology

    Octlantis, que les biologistes marins américains, australiens et canadiens ont filmé une dizaine d’heures, a abrité jusqu’à 15 céphalopodes. Située entre 10 et 15 mètres sous la mer, mesurant 18 mètres de long sur 4 de large, elle possède des murs et même des tanières sous-marines érigés avec du sable et des coquillages.

    Autre surprise, les pieuvres d’Octlantis vivent réellement ensemble. Elles se regroupent, communiquent, et se battent pour chasser d’autres pieuvres tentant de s’emparer de leur habitat ou pour expulser celles qui ne sont plus les bienvenues.

    Cette découverte vient confirmer ce que les scientifiques suspectaient déjà : les pieuvres ne sont pas forcément si solitaires et pourraient même avoir développé une culture propre. Des suspicions nées en 2009, lors de la découverte d’une autre ville baptisée Octopolis. Située non loin d’Octlantis, elle était le théâtre de violents combats entre mâles, certains utilisant des coquillages comme armes.


  • Ce que révèle l’enquête judiciaire sur les agissements du cimentier Lafarge en Syrie

    http://www.lemonde.fr/international/article/2017/09/20/ce-que-revele-l-enquete-judiciaire-sur-les-agissements-du-cimentier-lafarge-

    « Le Monde » a eu accès à l’enquête sur les activités de Lafarge qui tentait de préserver sa cimenterie en Syrie pendant la guerre civile. Des responsables ont reconnu le versement de sommes à l’EI.

    http://img.lemde.fr/2017/09/20/79/0/2048/1022/644/322/60/0/9bec6af_2084-m6bt9z.jt9xtdfgvi.jpg

    Une date suffit à condenser le parfum de soufre qui émane de ce dossier. Le 29 juin 2014, l’organisation Etat islamique (EI) proclame l’instauration du « califat » : un immense territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie bascule « officiellement » sous le joug de l’organisation terroriste. Le même jour, à Rakka (Syrie), un cadre d’une usine du cimentier français Lafarge, située dans le nord du pays, informe par mail ses supérieurs qu’il a pris rendez-vous avec un « responsable de l’Etat islamique » pour négocier la sécurité des employés du site.

    Ce rendez-vous surréaliste marque le point culminant d’un engrenage commencé trois ans plus tôt. Depuis son implantation en Syrie, fin 2010, Lafarge n’a qu’une obsession : maintenir coûte que coûte l’activité de son usine de Jalabiya, à 87 kilomètres de Rakka, quitte à financer indirectement des organisations terroristes. Une aventure industrielle hasardeuse qui se conclura de façon dramatique, le 19 septembre 2014, par la prise de la cimenterie par les troupes de l’EI.

    Après la révélation de ce scandale par Le Monde, en juin 2016, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire, en octobre 2016, faisant suite à une plainte du ministère des finances pour « relations financières illicites entre la France et la Syrie ». Dans cette enquête confiée aux douanes judiciaires, que Le Monde et Le Canard enchaîné ont pu consulter, les neuf principaux responsables de Lafarge – fusionné en 2015 avec le suisse Holcim – et de sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS) ont été entendus.

    Leurs auditions décrivent de l’intérieur les mécanismes qui ont entraîné l’entreprise dans ce naufrage judiciaire et moral. Elles racontent, mois par mois, l’entêtement d’un groupe aveuglé par une obsession : ne pas abandonner la cimenterie LCS, promise à l’appétit destructeur des belligérants, afin de conserver un avantage stratégique dans la perspective de la reconstruction du pays.

    Cette enquête révèle deux faits majeurs. Tout d’abord, la décision du leader mondial des matériaux de construction de rester en Syrie a reçu l’aval des autorités françaises, avec lesquelles le groupe était en relation régulière entre 2011 et 2014. Ensuite, les responsables de l’usine ont omis de préciser aux diplomates le prix de leur acharnement : plusieurs centaines de milliers d’euros versés à divers groupes armés, dont 5 millions de livres syriennes (20 000 euros) par mois à l’EI.

    La conclusion des douanes est sans appel : Lafarge a « indirectement » financé des groupes « terroristes », par le truchement d’un intermédiaire, produisant au besoin « de fausses pièces comptables ». Et si seuls trois responsables ont avoué avoir eu connaissance de ces pratiques, « il est tout à fait vraisemblable que d’autres protagonistes aient couvert ces agissements », dont l’ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, le « directeur sûreté », Jean-Claude Veillard, et « certains actionnaires ».

    Aucun de ces responsables n’a été amené à s’expliquer devant un tribunal à l’issue de cette enquête. Mais les investigations suivent leur cours. Une information judiciaire, ouverte le 9 juin 2017 pour « financement du terrorisme » et « mise en danger d’autrui » après une plainte déposée par l’ONG Sherpa, a été élargie, le 23 juin, aux faits visés par le travail des douanes.

    2008-2010 : le pari de Lafarge en Syrie

    L’engrenage qui a conduit Lafarge à se compromettre dans le conflit syrien débute à la fin des années 2000. En 2008, le cimentier, qui vient de racheter la société égyptienne Orascom afin de renforcer son implantation dans la région, valide la construction d’une usine dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque. Deux ans plus tard, la cimenterie LCS sort de terre. L’investissement s’élève à 680 millions de dollars, l’amortissement est prévu sur vingt ans. Mais l’histoire va quelque peu bousculer ces prévisions comptables.

    Mars 2011 : le début des troubles

    L’usine vient à peine de commencer sa production de ciment quand d’importantes manifestations embrasent le sud du pays et se propagent rapidement aux principales agglomérations. En relation avec les autorités françaises, les responsables du groupe décident de rester.

    « On est informés, forcément. On avait vu ce qui s’était passé pour les “printemps arabes”, mais on était dans l’incapacité totale d’anticiper et de prévoir », explique l’ancien PDG de Lafarge Bruno Lafont, devant les enquêteurs des douanes judiciaires. « L’usine est au nord, près de la frontière turque, très isolée. Au début, et pendant toute l’année 2011, il ne se passe absolument rien », tempère Bruno Pescheux, PDG de LCS jusqu’en juin 2014.

    Tout au long de son aventure syrienne, Lafarge est resté en contact permanent avec l’ambassade de France à Damas – qui sera fermée par Nicolas Sarkozy en mars 2012 –, puis avec l’ambassade de France en Jordanie. Jean-Claude Veillard, un ancien fusilier marin dans les forces spéciales et les commandos, est également en relation avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

    « Jean-Claude avait de bons contacts avec les services, notamment la DGSE », explique Eric Olsen, ancien DRH, puis directeur général de Lafarge. Il « me tenait informé des mouvements des Kurdes et de l’Armée syrienne libre, poursuit-il. Je comptais sur l’expertise et la protection de l’Etat français pour nous tenir au courant ».

    Chaque mois, au siège de Lafarge à Paris, un comité de sûreté réunissant les opérationnels, le département juridique, l’assurance, le directeur du siège et les ressources humaines fait le point sur les pays où le groupe est implanté, dont la Syrie.

    Mai 2011 : les premières sanctions

    Le 9 mai 2011, le Conseil de l’Union européenne (UE) adopte un embargo sur les armes et le pétrole syriens. Celui-ci sera étendu le 18 janvier 2012 pour un ensemble élargi de matériaux, notamment certains ciments. A cette époque, Lafarge, dont le marché est local, ne s’estime pas concerné par les sanctions. « D’après ce que j’avais compris, explique Bruno Pescheux, il s’agissait essentiellement de prohibition d’exportations depuis la Syrie vers l’UE. Or, nous étions dans l’autre sens, on importait. »

    Décembre 2011 : Total quitte la Syrie

    Le 1er décembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme déclare la Syrie en état de guerre civile. Quatre jours plus tard, le pétrolier Total annonce son départ du pays. Dans les mois qui suivent, Air liquide et les fromageries Bel plient bagages à leur tour. Fin 2012, Lafarge est le dernier groupe français présent en Syrie.

    « Pourquoi Lafarge reste en Syrie ?, demandent les enquêteurs aux responsables du cimentier.

    – On pouvait toujours fonctionner en sécurité et en conformité. Donc on a continué, répond laconiquement Bruno Lafont.

    – Mais en janvier 2012, la situation dégénérait…, intervient l’enquêteur.

    – Ce n’est pas ce que disait le Quai d’Orsay, insiste Christian Herrault, ancien directeur général adjoint opérationnel du groupe. Le Quai d’Orsay dit qu’il faut tenir, que ça va se régler. Et il faut voir qu’on ne peut pas faire des allers-retours, on est ancrés et, si on quitte, d’autres viendront à notre place… »

    Juillet 2012 : l’évacuation des expatriés
    A l’été 2012, l’armée du régime perd le contrôle de la frontière turque. A l’ouest, la zone passe sous l’emprise des Kurdes du Parti de l’union démocratique (PYD), à l’est, sous celle de l’Armée syrienne libre et de divers groupes islamistes. La ville de Kobané, à 55 kilomètres de l’usine, est tenue par les Kurdes, tandis que Manbij, à 66 kilomètres, est sous le contrôle des rebelles.

    « Cette nouvelle redistribution des cartes ne vous fait-elle pas craindre pour vos salariés et votre usine ?, s’enquiert l’agent des douanes.

    – Un peu, oui, répond M. Lafont. Mais, là encore, je me fie à ce que mes collaborateurs me disent. »

    Les « collaborateurs » de M. Lafont semblaient pourtant bien au fait des risques encourus par le personnel du site. « On a même interrompu l’usine à l’été 2012, faute de sûreté suffisante », relate M. Pescheux. Le directeur de la cimenterie demande alors aux employés chrétiens et alaouites de ne plus venir travailler, pour raison de sécurité. Les expatriés – une centaine de salariés sur plus de 300 – sont quant à eux exfiltrés du pays en juillet 2012.

    A partir de la fin de l’été, seuls les employés sunnites et kurdes sont autorisés à continuer à travailler sur le site. Afin de limiter les trajets, de plus en plus périlleux, leur patron leur demande de se domicilier à Manbij, ou d’emménager directement dans la cimenterie. M. Pescheux, lui, déménage ses bureaux de Damas au Caire, en Egypte, d’où il dirige l’usine à distance, en toute sécurité.

    Malgré la dégradation de la situation, le directeur de LCS justifie devant les enquêteurs la décision de maintenir l’activité du site avec le personnel local : « L’idée était de préserver l’intégrité de l’usine en la faisant fonctionner, même de manière discontinue. On voulait éviter la cannibalisation de l’usine, qui serait arrivée si elle avait été perçue comme à l’abandon. »

    Davantage que le profit immédiat – la production de ciment a rapidement chuté, passant de 2,3 millions de tonnes en 2011 à 800 000 tonnes en 2013 –, c’est la volonté acharnée d’occuper le site dans la perspective de la reconstruction du pays qui motivera les décisions du groupe. A cette date, personne, au sein de l’entreprise, pas plus qu’au Quai d’Orsay, ne semble anticiper la tragédie dans laquelle la Syrie est en train de sombrer.

    Septembre 2012 : une « économie de racket »

    A la fin de l’été 2012, la situation dégénère. « L’économie de racket a commencé en septembre ou octobre 2012 », se souvient M. Herrault. En septembre, deux responsables du groupe, Jean-Claude Veillard, le directeur de la sûreté, et Jacob Waerness, gestionnaire de risque sur le site de l’usine LCS, se rendent à Gaziantep, en Turquie, pour y rencontrer des milices de l’opposition syrienne.

    « Il était très clair qu’elles étaient indépendantes et ne voulaient pas se coordonner. Et il était très clair qu’elles voulaient taxer ce qui passait par les routes, poursuit M. Herrault. C’était clairement du racket, même si c’était les “bons” qui rackettaient. Tous les six mois, on allait voir le Quai d’Orsay, qui nous poussait à rester.

    – Vous vous souvenez du nom de ces milices ?, demande l’enquêteur.

    – Ah non, elles changent d’allégeance… Ce qui était un peu fou, c’est que toutes ces milices étaient alimentées en armes et argent par le Qatar et l’Arabie saoudite, sous le regard américain, sans aucun discernement. On aime bien mettre des noms sur les choses, mais là-bas rien n’est si simple… »

    A l’issue de la réunion de Gaziantep, LCS missionne un ancien actionnaire minoritaire de l’usine, Firas Tlass, pour monnayer la sécurité de ses employés sur les routes. Entre septembre 2012 et mai 2014, cet homme d’affaires – fils de l’ex-ministre de la défense du président Bachar Al-Assad, ayant fait défection au régime – se voit remettre entre 80 000 et 100 000 dollars par mois pour négocier avec les groupes armés qui tiennent les checkpoints autour de l’usine.

    A cette période, l’Etat islamique en Irak, ancêtre de l’EI, n’a pas encore fait irruption dans la guerre civile syrienne. L’usine est en revanche encerclée par les milices kurdes et des groupes islamistes, dont le Front Al-Nosra. Selon le directeur de l’usine, M. Pescheux, il n’existait pas de liste précise des destinataires des fonds versés par Firas Tlass : « Ceux qui gardaient un checkpoint pouvaient changer d’allégeance », assure-t-il.

    Octobre 2012 : neuf employés kidnappés

    En octobre 2012, neuf employés de l’usine sont pris en otage. Le directeur sûreté de Lafarge, M. Veillard, raconte : « Ces employés alaouites avaient été écartés de l’usine pour leur sécurité confessionnelle. Ils étaient au chômage technique, à Tartous [dans l’ouest de la Syrie]. Ils étaient payés jusqu’au jour où le DRH de l’usine leur a demandé de venir percevoir leur salaire à l’usine. Les neuf employés sont venus en bus, via Rakka, et se sont fait enlever par des Kurdes, puis [ont été] revendus à des milices locales. Lafarge a payé 200 000 euros, en livres syriennes. »

    Avril 2013 : Lafarge, « c’est le drapeau français »

    Début 2013, le pays bascule dans une nouvelle ère. Le 6 mars, Rakka est prise par différents groupes islamistes, dont le Front Al-Nosra, qui prête allégeance à Al-Qaida et tombe donc sous le coup des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. Un mois plus tard, le 9 avril, l’Etat islamique en Irak, qui s’est implanté en Syrie, se rebaptise « Etat islamique en Irak et Levant » (EIIL). Le groupe prend le contrôle de Rakka le 13 juin.

    « Comment Lafarge peut-elle conserver une usine dans cette guerre qui devient de plus en plus sale, qui dégénère ? demande un enquêteur aux dirigeants du groupe.

    – C’est là où on se pose la question si on reste ou pas, répond le PDG, Bruno Lafont. On commence à penser qu’on va se replier. On a eu des feedbacks de nos gars. On pouvait visiblement continuer.

    – Ce qu’il faut comprendre, c’est que lorsque cette guerre a commencé, l’usine venait de démarrer, insiste le patron de l’usine, Bruno Pescheux. On pensait que quand tout serait fini, il y aurait au moins une cimenterie qui pourrait fournir du ciment pour reconstruire la Syrie…

    – On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie [à Paris], et personne ne nous a dit : “Maintenant, il faut que vous partiez”, précise Christian Herrault. Le gouvernement français nous incite fortement à rester, c’est quand même le plus gros investissement français en Syrie et c’est le drapeau français. Donc oui, Bruno Lafont dit : “On reste.” »

    Octobre 2013 : « Daech s’inscrit dans le paysage »
    Le 11 octobre 2013, le Conseil européen confirme les sanctions à l’encontre de certaines entités terroristes, dont le Front Al-Nosra, Al-Qaida et l’EIIL. « Pourquoi Lafarge a pris le risque de rester en Syrie, où ces trois organisations sont présentes ? », demande l’enquêteur. La réponse du directeur général adjoint opérationnel est un pur modèle de rationalisation économique :

    « On gérait les risques par cette économie de racket, et il n’y a pas eu de phénomène marquant jusqu’à fin 2013 », explique Christian Herrault, oubliant au passage l’enlèvement de neuf employés alaouites de l’usine un an plus tôt.

    « Quel est ce phénomène marquant ?

    – Daech s’inscrit dans le paysage. Ils affichent la volonté de taxer les routes. Un des chefs se réclamant de Daech convoque Bruno [Pescheux] et Jacob [Waerness] à Rakka (…). C’est Firas [Tlass], ou un de ses hommes, qui y va et voit la situation. Daech vient dans la liste des racketteurs, ça fait 10 % des sommes, dont la moitié était pour les Kurdes.

    – A ce moment-là, que vous dit le Quai d’Orsay ?

    – Pas de changement de leur position. Encore une fois, pas de solution intermédiaire, soit on partait, soit on restait. Le rackettage de Daech, c’était l’équivalent de 500 tonnes… Sachant qu’on a trois silos de 20 000 tonnes… Est-ce qu’on va tout plier pour 500 tonnes ? »

    C’est l’ancien actionnaire minoritaire M. Tlass qui sera chargé de payer les groupes armés en utilisant le cash de l’usine. Pour entrer ces dépenses dans la comptabilité, « on utilisait des notes de frais que je signais “frais de représentation”, explique M. Herrault. Donc là, c’était les notes de Bruno [Pescheux], mais il n’y avait rien dessus, il n’y avait aucun nom de milice. »

    Bruno Pescheux, lui, se souvient avoir vu les noms de Daech et du Front Al-Nosra mentionnés sur des documents :

    « Avez-vous vu le nom de Daech ? demande l’enquêteur.

    – Oui, répond le directeur de l’usine.

    – Avez-vous une idée du montant prévu pour Daech ?

    – De l’ordre de 20 000 dollars par mois. »

    Juin 2014 : un rendez-vous avec l’organisation Etat islamique
    A l’été 2014, l’EIIL contrôle le nord-est de la Syrie et fait une percée vers l’ouest. Le 29 juin, l’organisation proclame le « califat » et se baptise « Etat islamique ». Au sud de l’usine, les combats font rage entre le Front Al-Nosra et l’EI, qui est aux prises avec les Kurdes au nord du site. L’étau se resserre : à 500 mètres de l’usine, un checkpoint marque la sortie de la zone kurde ; à 20 kilomètres, un barrage signale l’entrée de la zone contrôlée par l’EI.

    Ce 29 juin, le nouveau responsable sûreté de l’usine, un ancien des forces spéciales jordaniennes qui a remplacé M. Waerness, envoie un mail au DRH local, avec le directeur de LCS, M. Pescheux, en copie : « Je viens d’arriver de Rakka. Le responsable de l’Etat islamique est toujours là, il est à Mossoul en ce moment. Notre client de Rakka m’a arrangé un rendez-vous avec lui, concernant nos expatriés au Pakistan et en Egypte. Une fois que j’aurai l’autorisation, je vous informerai. »

    « Pourquoi aller voir cette personne de l’El ?, demande l’enquêteur au directeur de l’usine.

    – L’idée était de dire : pour faire fonctionner cette usine, les locaux ont beaucoup de mal. L’idée était de faire revenir des expats pour les épauler, mais il fallait garantir leur sûreté : pas de kidnapping ou de choses comme ça », répond M. Pescheux.

    Juillet 2014 : « La situation autour de l’usine a empiré »
    Début juillet, l’El attaque les Kurdes à Kobané, à 50 kilomètres de la cimenterie. Les combats font plusieurs centaines de morts. Le 8 juillet, le responsable jordanien de la sûreté de l’usine envoie un mail alarmiste à M. Pescheux, qui a été versé au dossier par la plainte de Sherpa :

    « La situation autour de l’usine a empiré après que le camion-suicide a explosé au checkpoint du PYD [parti kurde] hier, à minuit. C’était à 10 kilomètres à l’est de l’usine, les quatre passagers ont été tués. L’Etat islamique a commencé une campagne discrète contre le PYD dans notre région (…). Le PYD a établi de sérieuses mesures de sécurité autour de l’usine, et a demandé la fermeture et l’évacuation de l’usine. »

    « A ce moment-là, on me dit que la situation est de plus en plus difficile. Je sais, à ce moment-là, qu’on va partir », assure Bruno Lafont. Le directeur sûreté du groupe, M. Veillard, est moins alarmiste : « Pour moi, l’attentat à 10 kilomètres n’existe pas. Il n’y a rien autour de l’usine. Le premier village doit être à 30 kilomètres. Maintenant, c’est peut-être un type qui s’est fait sauter. En aucun cas, il n’y avait un risque pour les employés et l’usine. »

    Le 17 juillet, un responsable de l’usine envoie pourtant un nouveau mail sans équivoque au PDG de LCS : « Notre personnel à l’usine est très perturbé et inquiet. Ils se sentent comme des prisonniers au sein de l’usine (…). L’EI est en train de s’emparer du contrôle de l’entrée de l’usine et n’autorise personne à entrer ou sortir (…). Nous ne sommes pas capables de rassurer nos employés (…). Nous avons besoin de votre aide pour régler cette question avec nos voisins. »

    27 juillet 2014 : l’usine interrompt sa production

    A la fin du mois de juillet 2014, la dégradation de la situation militaire contraint la cimenterie à interrompre son activité. Malgré les injonctions du chef militaire kurde d’évacuer les lieux, LCS reprendra pourtant la production cinq semaines plus tard.

    15 août 2014 : « J’ai fait la recommandation de fermer l’usine »

    Le 15 août 2014, une résolution de l’ONU interdit toute relation financière avec les groupes terroristes présents en Syrie, pouvant être « considérée comme un appui financier à des organisations terroristes ». « Que s’est-il passé chez Lafarge à ce moment-là ? », s’enquiert un enquêteur des douanes.

    « Frédéric [Jolibois, qui a remplacé Bruno Pescheux à la tête de LCS] envoie un mail au service juridique pour la conduite à tenir. Il faut voir que Daech n’avait alors rien fait en dehors de la Syrie, il n’y avait pas eu Charlie, le Bataclan… C’était alors une affaire syrienne, relativise M. Herrault. Je précise au service juridique que Daech, vers le 16 août, est bel et bien une organisation terroriste. Ce que je sais, c’est que rien n’a été payé après le 15 août. »

    La directrice juridique de Lafarge est consultée. Elle explique aux douaniers : « J’ai été informée sur deux points (…). Le deuxième était : l’Etat islamique demande des taxes aux transporteurs. Peut-on traiter avec ces transporteurs ? C’était en août 2014. L’avis juridique a été rendu début septembre 2014 et était très clair : oui, il y a un risque juridique. J’ai fait la recommandation de fermer l’usine. »

    1er septembre 2014 : le laissez-passer de l’EI

    Malgré l’avis de la direction juridique, l’usine se prépare à reprendre ses activités. Un laissez-passer pour ses clients et transporteurs, daté du 1er septembre 2014 et tamponné par le gouverneur de l’El à Alep, a été versé au dossier. Son contenu laisse entendre que l’usine a passé un « accord » avec l’EI : « Au nom d’Allah le miséricordieux, les moudjahidine sont priés de laisser passer aux barrages ce véhicule transportant du ciment de l’usine Lafarge, après accord avec l’entreprise pour le commerce de cette matière. »

    9 septembre 2014 : reprise de l’activité

    Passant outre les injonctions du commandant kurde, l’usine reprend sa production le 9 septembre. Le lendemain, son nouveau directeur, M. Jolibois, se rend à l’ambassade de France en Jordanie. Selon le compte rendu qu’a fait l’ambassade de cet entretien, il réaffirme la volonté du groupe de se maintenir en Syrie pour « préserver ses actifs et ses activités futures ».

    Le directeur de LCS assure aux autorités françaises que Lafarge « ne verse rien au PYD ou à l’Etat islamique ». Il reconnaît seulement que les « transporteurs locaux » doivent obtenir des laissez-passer « sans impliquer l’usine ou Lafarge », ce qui semble contredit par l’exemplaire daté du 1er septembre qui a été retrouvé. Le compte rendu de l’ambassade conclut : « Jolibois ne semblait pas particulièrement inquiet des conséquences, pour la sécurité de l’usine et de son personnel, de la présence de l’Etat islamique à quelques kilomètres d’Aïn-Al-Arab [nom arabe de Kobané]. »

    « Nous sommes à cinq jours d’une attaque décisive de l’El dans la région. Comment pourrait-on caractériser ces déclarations : un manque de lucidité, la cupidité ou business as usual ?, s’enquiert l’agent des douanes.

    – Je ne suis pas au courant, élude le PDG, M. Lafont. Je pense qu’il faut poser la question à M. Jolibois. Je ne sais pas de quoi il était au courant. »

    Dans leur rapport de synthèse, les douanes s’étonnent des réponses systématiquement évasives du PDG de Lafarge : « Bruno Lafont disait tout ignorer des pratiques de son personnel en Syrie (…). Il serait tout à fait étonnant que M. Lafont n’ait pas demandé à son équipe de direction d’avoir un point précis de la situation d’une cimenterie dans un pays en guerre depuis plusieurs années. »

    Le jour de l’entretien de M. Jolibois à l’ambassade de France en Jordanie, ce dernier a en effet envoyé un mail à plusieurs responsables du groupe, à Paris, évoquant un plan d’évacuation de l’usine : « La semaine prochaine, Ahmad [le directeur sûreté de l’usine] partagera notre plan d’évacuation avec le département de sécurité de Lafarge, et il devrait être en mesure de nous envoyer la version à jour d’ici deux semaines. » L’usine sera attaquée dix jours plus tard…

    19 septembre 2014 : l’attaque de l’usine

    Le 18 septembre, un employé de l’usine est informé d’une attaque imminente de l’EI et en fait part à son patron. Le directeur de l’usine envoie par mail ses dernières consignes de sécurité. Il suggère de « préparer des matelas, de la nourriture, de l’eau, du sucre, dans les tunnels techniques de l’usine ». « Si les affrontements arrivent à l’usine, déplacer les équipes dans les tunnels et attendre », précise-t-il.

    Quelques heures plus tard, les troupes de l’EI sont aux portes de l’usine. La plupart des employés sont évacués en catastrophe par bus vers Manbij. Mais le plan d’évacuation est défaillant. Les bus ne reviennent pas à l’usine. Une trentaine d’employés bloqués sur place doivent s’enfuir par leurs propres moyens, entassés dans deux véhicules abandonnés sur le site. L’usine sera prise d’assaut dans la nuit.

    Quatre employés de Lafarge sont arrêtés par l’EI pendant l’évacuation, et retenus en otage une dizaine de jours. Parmi eux, deux chrétiens arrêtés dans un des bus affrétés par Lafarge sont contraints de se convertir à l’islam avant d’être relâchés.

    Le 21 septembre, un employé en colère écrit un mail au directeur de la cimenterie : « Nous vous demandons fermement de commencer une enquête afin de vérifier les faits suivants (…). Après plus de deux ans de réunions quotidiennes portant sur la sécurité, qui est responsable de l’absence de plan d’évacuation de l’usine de notre équipe, et qui a abandonné plus de trente de nos braves employés une heure avant l’attaque de l’El et l’explosion du réservoir de pétrole ? »

    Quelques jours plus tard, M. Jolibois se félicitera pourtant, dans un mail envoyé au groupe, du succès de l’évacuation : « Malgré la complexité de la situation et l’extrême urgence à laquelle nous avons été confrontés, nous avons réussi à sortir nos employés de l’usine sains et saufs. Les choses ne se sont probablement pas déroulées telles que nous les avions planifiées ; néanmoins, nous avons atteint le but principal. Lafarge Cement Syria n’est pas morte. Je suis convaincu que nous gagnerons la dernière bataille. »


  • Il y a un besoin urgent de nouveaux #antibiotiques dans le monde - Sciencesetavenir.fr
    https://www.sciencesetavenir.fr/sante/il-y-a-un-besoin-urgent-de-nouveaux-antibiotiques-dans-le-monde_116

    « La résistance aux antimicrobiens est une urgence sanitaire mondiale qui met sérieusement en péril les progrès de la médecine moderne », souligne le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS dans le rapport de l’organisation. Il estime « urgent de multiplier les investissements dans la recherche et le développement pour les infections résistantes aux antibiotiques, y compris la tuberculose ». L’agence de santé des Nations unies a recensé 51 nouveaux produits antibactériens en développement clinique pour traiter les agents pathogènes prioritaires résistants aux antibiotiques, de même que pour la tuberculose et l’infection diarrhéique parfois mortelle due au Clostridium difficile. Mais, parmi tous ces candidats médicaments, « huit seulement » sont des « traitements innovants » susceptibles de valoriser l’actuel arsenal de traitements antibiotiques, déplore l’OMS dans un communiqué.

    L’OMS, qui tire régulièrement la sonnette d’alarme sur l’augmentation de la résistance aux antibiotiques, a publié en février 2017 la liste de douze familles de « superbactéries » contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux traitements, en plus de la #tuberculose résistante déjà prioritaire. Le rapport pointe un « grave manque d’options de traitement » pour la tuberculose résistante, qui tue quelque 250.000 personnes par an, ainsi que pour des bactéries, largement résistantes aux médicaments, dont des Acinetobacter et des entérobactéries (telles que Klebsiella et E. coli). Ces dernières peuvent causer des infections graves et souvent mortelles et représentent une menace particulièrement sérieuse, notamment dans les hôpitaux. Il existe également « très peu » de formes orales d’antibiotiques en développement, pourtant « essentielles pour traiter les infections en dehors des hôpitaux ou dans des contextes à ressources limitées ». « La recherche sur la tuberculose est sous-financée », relève pour sa part le Dr Mario Raviglione, directeur du programme global OMS de lutte contre la tuberculose, alors que plus de 800 millions de dollars par an seraient nécessaires pour trouver de nouveaux médicaments.

    ÉPIDÉMIOLOGIE. La prévention et un usage approprié des antibiotiques (pour l’humain et l’animal) font également partie des moyens de lutte contre cette menace, rappelle l’OMS. Les bactéries résistantes aux antibiotiques pourraient tuer jusqu’à 10 millions de personnes par an d’ici 2050, soit autant que le cancer, selon un groupe d’experts internationaux formé en 2014 au Royaume-Uni, et auteur de plusieurs rapports sur le sujet.


  • L’officier soviétique qui a (peut-être) permis d’éviter la guerre nucléaire est mort

    http://www.francetvinfo.fr/monde/russie/l-officier-sovietique-qui-a-sans-doute-permis-d-eviter-la-guerre-nuclea

    En pleine guerre froide, cet homme avait refusé de croire son système informatique qui annonçait une attaque de missiles américains contre l’URSS.

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    En 1983, dans la nuit du 25 au 26 septembre, Stanislav Petrov, à l’époque officier de garde sur une base d’alerte stratégique au sud de Moscou, dispose de quelques instants pour interpréter le signal d’alarme des satellites de surveillance qui lui annonce l’attaque de cinq ou six missiles américains contre l’URSS.

    Il estime alors qu’une attaque américaine devrait impliquer une centaine de missiles et pas cinq ou six, et il conclut qu’il s’agit d’une erreur des systèmes d’alerte. Il prend sur lui d’annoncer à ses supérieurs non pas une attaque imminente, mais une fausse alerte. Sa décision a peut-être permis d’éviter une riposte soviétique et le déclenchement d’un conflit nucléaire mondial, à un moment de grande tension entre Moscou et Washington.

    Gardé secret pendant dix ans, l’incident n’a été révélé que deux ans après l’éclatement de l’URSS en 1991, par l’hebdomadaire Soverchenno Sekretno (« Top Secret »).

    « Quand l’hebdomadaire russe Kommersant Vlast a reparlé de cette histoire en 1998, l’Occident a découvert un héros », ajoute son enfant. « Après quoi, il a reçu une centaine de lettres de reconnaissance de tous les coins d’Europe, mais il n’a jamais compris la raison de cette agitation alors qu’il avait simplement bien fait son travail », résume son fils.


  • Nucléaire : EDF renonce à être compétitif face aux énergies vertes

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/19/nucleaire-edf-renonce-a-etre-competitif-face-aux-energies-vertes_5187897_323

    La chute des coûts dans le solaire et l’éolien amène le groupe public à revoir ses objectifs.

    http://s1.lemde.fr/image/2017/09/19/644x322/5187895_3_06bd_le-logo-d-edf-a-paris_bd8ca1014fc001d05964280771503760.jpg

    Dans quelle mesure les nouvelles centrales nucléaires peuvent-elles être compétitives ? EDF est en train de changer de discours sur le sujet. Sans le clamer officiellement, les dirigeants de l’entreprise estiment dorénavant difficile, voire impossible, que les futurs réacteurs nucléaires produisent des électrons à un coût plus faible que les nouvelles centrales éoliennes ou solaires. Ce qui n’empêche pas le groupe de défendre toujours bec et ongles l’intérêt d’investir dans le nucléaire, en particulier dans l’EPR, son nouveau modèle.

    Pendant longtemps, l’entreprise publique, chef de file français de la filière atomique, affirmait que le nucléaire était et resterait durablement l’énergie la moins coûteuse. En janvier, Xavier Ursat, patron du nouveau nucléaire chez EDF, ­répétait encore ce mantra. Selon lui, l’« EPR nouveau modèle » en préparation chez EDF et Areva, optimisé par rapport aux réacteurs en chantier en Chine, en Finlande et à Flamanville (Manche), avait en la matière un objectif précis : « Qu’il coûte moins cher en euros par kilowattheure que la moins chère des énergies renouvelables installée au même ­endroit à cette époque-là. »

    Revenant sur le sujet mardi 19 septembre à l’occasion d’une rencontre avec la presse, M. Ursat a refusé de répéter cette formule, et mis en avant un autre objectif, moins ambitieux. Le nouvel EPR, a-t-il expliqué, doit être « compétitif par rapport aux énergies fossiles », comme le charbon ou surtout le gaz. L’idée de produire une électricité meilleur marché que les énergies renouvelables a clairement disparu.

    Changement de discours

    Le groupe EDF a-t-il renoncé à ce que ses futures centrales nucléaires soient compétitives par rapport à l’ensemble des énergies possibles ? Interrogé, le PDG, Jean-Bernard Lévy, s’est refusé mardi à prononcer le mot « renoncer » ou « abandonner ». A ses yeux, le nucléaire et les énergies renouvelables ne doivent pas être opposés, car ils ne sont pas en concurrence directe : le nucléaire peut fournir du courant en permanence, nuit et jour, alors que le soleil ou le vent ne sont disponibles que de façon intermittente. Tant qu’il n’est pas possible de stocker l’électricité à un coût non-prohibitif, un pays ne peut pas se reposer uniquement sur les panneaux solaires ou les éoliennes. Il doit disposer d’autres sources d’énergie. Et en l’occurrence, « le choix est entre les fossiles et le nucléaire », souligne M. Lévy.

    Ce changement de discours qu’EDF peine à assumer n’est pas illogique. Il s’explique par les évolutions contraires des coûts du nucléaire et des énergies « vertes ». Côté nucléaire, les nouvelles centrales sont soumises à des contraintes techniques de plus en plus lourdes, pour éviter de nouveaux accidents comme Tchernobyl ou Fukushima. Ce renforcement de la sûreté se traduit par des coûts de plus en plus élevés. Les énormes difficultés rencontrées sur les chantiers des premiers EPR en Finlande et en France, et les dérives financières qu’elles ont entraînées, ont aussi obligé EDF à relever ses estimations de coûts.

    Le solaire et l’éolien reviennent de moins en moins cher

    Côté solaire et éolien, le mouvement est inverse. Ces énergies reviennent de moins en moins cher au fur et à mesure que les technologies s’améliorent, et que les filières industrielles montent en puissance. La baisse des prix est spectaculaire. Le dernier appel d’offres lancé par la Grande-Bretagne pour installer des éoliennes en mer l’a montré de façon très nette, le 11 septembre. Deux des projets retenus affichent un prix de 57,5 livres par MWh, soit environ 63 euros, du jamais-vu en la matière.

    Ces projets, qui commenceront à produire de l’électricité d’ici à 2023, « sont désormais 50 % moins chers que lors de la première enchère tenue en 2015 », a souligné le ministère britannique de l’énergie. A ce prix, les nouveaux champs éoliens britanniques nécessitent moins de subventions que l’énorme centrale nucléaire que doivent construire EDF et son partenaire chinois à Hinkley Point : le prix d’achat de l’électricité produite par la centrale, garanti à EDF par le gouvernement britannique pendant trente-cinq ans, s’élève à 92,5 livres par MWh (104 euros actuels).



  • Jugée pour avoir « brisé la loi du silence » sur les maltraitances d’enfants handicapés

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/09/19/jugee-pour-avoir-brise-la-loi-du-silence-sur-les-maltraitances-d-enfants-han

    Comme trois lanceurs d’alerte, Céline Boussié comparaît pour diffamation, après avoir dénoncé les mauvais traitements dans un centre où elle a travaillé.

    http://img.lemde.fr/2017/09/18/1663/0/2519/1252/644/322/60/0/5d3afee_15762-vwtyxg.rumkro1or.jpg


    A l’aube de son procès, alors que trois compagnons d’infortune ont, eux, été condamnés, Céline Boussié se dit « d’une sérénité absolue », forte d’une myriade d’éléments attestant qu’elle « n’a pas menti ».

    Pour ne pas connaître le même dénouement judiciaire, Céline Boussié a mené pendant cinq ans « une résistance de l’intérieur », en recueillant « un maximum de preuves ». De guerre lasse, elle craque en mai 2013. Arrêtée par son médecin, elle dépose un signalement auprès de l’agence régionale de santé Midi-Pyrénées (ARS), qui diligente une enquête. Le rapport de 400 pages, rendu à l’automne de la même année, fait état de « graves dysfonctionnements susceptibles d’affecter la santé, la sécurité, le bien-être physique et moral, le respect de la dignité des jeunes accueillis ».

    Sur les dix plaintes déposées contre l’institut par des familles et celle déposée par la ministre de l’époque, aucune n’a abouti à un procès. Pour le sien, Céline Boussié n’a pu compter sur le soutien d’aucun employé ; seules deux familles viendront témoigner en sa faveur – même si, à l’extérieur, elle bénéficie de nombreux appuis, dont la CGT-santé et le collectif des lanceurs d’alerte dont elle est membre.

    • Dix dépots de plainte par les familles d’enfants maltraités qui passent à la poubelle par contre la plainte pour diffamation contre la lanceuse d’alerte passe au tribunal...

      En octobre 2014, l’ARS a renouvelé l’agrément du centre, en réduisant sa capacité d’accueil de 85 à 55 places, assurant que, désormais, les enfants sont logés « dans des conditions convenables ».

      Les conditions sont sensées avoir toujours été « convenables » sinon il n’y aurais pas de plainte pour diffamation. Surtout que la dame est partie en 2013 à l’époque ou les conditions n’étaient pas "convenables" de l’aveux de l’ARS elle même.

    • Dimanche je suis allée revoir Titicut Follies de Fred Wiseman. À la fin, le générique mentionne que je ne sais quelle autorité a exigé que le film signale que les conditions de vie s’étaient grandement améliorées depuis l’année précédente. Carton suivant : « Les conditions de vie se sont grandement améliorées depuis l’année précédente. » J’ai bien aimé l’ironie. Et qu’au moins l’institution admettre que les conditions de vie dont il est question (dans le film et donc celles qui sont ici documentées par la lanceuse d’alerte) ne sont pas dignes.


  • Emmanuel Todd : « La crétinisation des mieux éduqués est extraordinaire »
    Par Sonya Faure et Cécile Daumas — 6 septembre 2017

    Pour l’historien Emmanuel Todd, la vraie fracture n’est aujourd’hui plus sociale, mais éducative. Et la démocratie est vouée à disparaître en Europe.

    Trump, Brexit, Macron. Vous analysez les bouleversements au sein des démocraties moins comme les résultats d’une fracture sociale que d’une fracture éducative…
    Nous vivons une phase décisive : l’émergence pleine et entière d’une nouvelle confrontation fondée sur les différences d’éducation. Jusqu’ici, la vieille démocratie reposait sur un système social fondé sur l’alphabétisation de masse mais très peu de gens avaient fait des études supérieures. Cela impliquait que les gens d’en haut s’adressaient aux gens simples pour exister socialement - même les dominants et même la droite. On a cru que la propagation de l’éducation supérieure était un pas en avant dans l’émancipation, l’esprit de Mai 68 finalement. Mais on n’a pas vu venir le fait que tout le monde n’allait pas faire des études supérieures : selon les pays, entre 25 % et 50 % des jeunes générations font des études supérieures, et dans la plupart d’entre eux leur nombre commence à stagner. Les sociétés ont ainsi adopté une structure éducative stratifiée. « En haut »,une élite de masse (en gros, un tiers de la population) qui s’est repliée sur elle-même : les diplômés du supérieur sont assez nombreux pour vivre entre eux. Symétriquement, les gens restés calés au niveau de l’instruction primaire se sont aussi repliés. Ce processus de fragmentation sociale s’est généralisé au point de faire émerger un affrontement des élites et du peuple. La première occurrence de cet affrontement a eu lieu en France en 1992 lors du débat sur Maastricht. Les élites « savaient », et le peuple, lequel ne comprenait pas, avait voté « non ». Ce phénomène de fracture éducative arrive à maturité.

    La lutte des classes sociales est remplacée par la lutte entre les classes éducatives ?
    Oui, même si revenus et éducation sont fortement corrélés. La meilleure variable pour observer les différences entre les groupes est aujourd’hui le niveau éducatif. Les électeurs du Brexit, du FN ou de Trump sont les gens d’en bas (même si le vote Trump a été plus fort qu’on ne l’a dit dans les classes supérieures), qui ont leur rationalité : la mortalité des Américains est en hausse, et même si les économistes répètent que le libre-échange, c’est formidable, les électeurs pensent le contraire et votent pour le protectionnisme.

    Les trois grandes démocraties occidentales ont réagi différemment à cet affrontement entre élite et peuple…
    En Grande-Bretagne, il s’est passé un petit miracle : le Brexit a été accepté par les élites, et le Parti conservateur applique le vote des milieux populaires. C’est pour moi le signe d’une démocratie qui fonctionne : les élites prennent en charge les décisions du peuple. Ce n’est pas du populisme car le populisme, c’est un peuple qui n’a plus d’élites. David Goodhart, le fondateur de la revue libérale de gauche Prospect, parle de « populisme décent », une magnifique expression. Les Etats-Unis sont, eux, dans une situation de schizophrénie dynamique. Les milieux populaires, furibards et peu éduqués, ont gagné l’élection, une partie des élites l’a acceptée (Trump lui-même fait partie de l’élite économique et le Parti républicain n’a pas explosé) mais l’autre moitié de l’Amérique avec l’establishmentla refuse. C’est un pays où règne donc un système de double pouvoir : on ne sait plus qui gouverne. En France, nous sommes dans une situation maximale de représentation zéro des milieux populaires. Le FN reste un parti paria, un parti sans élites. Le débat du second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron en a été la parfaite mise en scène. A son insu, Marine Le Pen a exprimé l’état de domination intellectuelle et symbolique de son électorat qui est, de plus en plus, peu éduqué, populaire, ouvrier. La dissociation entre les classes sociales est à son maximum. L’absence de solidarité entre les groupes sociaux est typique de la dissociation d’une nation.

    La France insoumise est-elle une tentative de renouer le contact entre élite et peuple ?
    Elle est le phénomène électoral intéressant de cette dernière élection. Il m’intéresse d’autant plus que je n’y croyais pas du tout ! Les électeurs de Mélenchon sont jeunes comme ceux du FN. Mais ce qui est vraiment original dans l’électorat de Mélenchon, c’est son caractère transclassiciste. Ouvriers, employés, professions intermédiaires, diplômés du supérieur : toutes les catégories sociales y sont représentées. En ce sens, les progrès de La France insoumise ne seraient pas une nouvelle forme de gauchisme, mais exactement l’inverse : une certaine forme de réconciliation des catégories sociales et éducatives françaises. Reste à savoir si Mélenchon a dans la tête ce qu’il faut pour gérer une telle réconciliation.

    Et Emmanuel Macron ?
    On ne peut pas savoir ce qu’il y a dans la tête de Macron : il est jeune et trop instable, son parcours professionnel l’a montré. Il est pour l’instant sur une trajectoire de conformisme absolu. Réformer, flexibiliser, accepter la gestion allemande de la monnaie… une direction qui amène inévitablement à un ou deux points de chômage supplémentaires en fin de quinquennat. Pour Macron, poursuivre dans cette voie, c’est accepter de disparaître politiquement à 40 ans. Une hollandisation éclair.

    Vous êtes un homme de gauche, comment voyez-vous sa situation aujourd’hui ?
    Je ne suis pas très optimiste ! L’une des grandes faiblesses de la science politique est de réfléchir aux citoyens comme à des êtres abstraits. Mais quand on décrypte, comme je le fais, des variables sociologiques, on arrive à la conclusion qu’il existe un subconscient inégalitaire dans notre société. La stratification éducative, je l’ai dit, a provoqué une fermeture du groupe des éduqués supérieurs sur lui-même. La crétinisation politico-sociale des mieux éduqués est un phénomène extraordinaire. Le vieillissement de la population va aussi dans le sens d’une préférence pour l’inégalité. Que devient la démocratie quand les gens sont en moyenne beaucoup plus âgés et riches ? Dans le logiciel de La France insoumise, il y a la révolte. Mais des révolutions au sens mélenchoniste dans un pays où l’âge médian de la population atteint les 40 ans, je n’en ai jamais vu. Les peuples qui font des révolutions ont 25 ans d’âge médian. La société française semble dans une impasse.

    Vous êtes de plus en plus critique sur l’Europe. Dans votre livre, vous craignez une dérive autoritaire du continent…
    Je suis arrivé au bout de ma réflexion. Comment exprimer ces choses-là gentiment… Je ne veux surtout plus adopter la posture du mec arrogant. Que se passe-t-il en Europe ? L’Allemagne meurt démographiquement mais elle conserve un niveau d’efficacité économique et politique prodigieux. Elle a pris le contrôle de la zone euro. Je pense que les historiens du futur parleront du choix de l’euro comme d’une option stratégique inimaginable. Comme de la ligne Maginot en 1940. L’euro ne marche pas, mais il s’est installé dans les esprits pour des raisons idéologiques, et on ne peut pas en sortir. Autour de l’Allemagne, les pays latins sont en train de dépérir, avec des taux de chômage ahurissants, et les pays de l’Europe de l’Est ont vu chuter leur taux de natalité, signe d’une grande angoisse. Les inégalités sont plus fortes au sein de l’espace économique et social européen - entre les revenus allemands et roumains - qu’au sein du monde anglo-saxon qu’on dénonce toujours comme étant le summum de l’inégalité.

    Mais le but de l’Union est, à terme, de faire converger les conditions de vie…
    Les gouvernements élus dans les pays faibles ne peuvent plus changer les règles. Mais est-ce une surprise ? Il faut étudier l’inconscient des sociétés européennes : il y a, dans la zone euro, une prédominance de régions dont la structure familiale traditionnelle était la famille souche, ce système paysan dans lequel on choisissait un héritier unique, et dont les valeurs étaient inégalitaires, autoritaires. Au fond, mon analyse des couches subconscientes de l’Europe retombe sur un lieu commun historique : qui, dans les années 30, aurait décrit l’Europe continentale comme le lieu de l’épanouissement de la démocratie libérale ? Les berceaux de la démocratie sont le monde anglo-saxon et le Bassin parisien. Pour le reste, les contributions modernes à la politique de la zone euro, c’est Salazar, Pétain, Franco, Hitler, Dollfuss…

    Est-ce que ça condamne l’idéal européen ?
    Compte tenu du potentiel anthropologique et post-religieux de l’Europe continentale, il aurait été ridicule de s’imaginer qu’après le repli anglo-américain de la zone, car c’est cela qu’on vient de vivre sur le plan géopolitique, une réelle démocratie pourrait perdurer. Ce qui ré émerge aujourd’hui, ce sont les traditions propres du continent européen, et elles ne sont pas propices à la démocratie libérale. La France pourrait porter des valeurs démocratiques et égalitaires… mais la France n’est plus autonome.

    Le risque pour l’Europe, c’est l’autoritarisme ?
    Même si la démocratie disparaît, ça ne veut pas dire qu’on va vers le totalitarisme, ni qu’on perd la liberté d’expression, et que la vie devient insupportable pour tout le monde. Mais ce qui est insupportable dans le stade post-démocratique actuel, c’est que la vie reste plutôt agréable pour les gens d’en haut tandis qu’une autre partie de la population est condamnée à la marginalité. Peut-être que le système explosera. Peut-être que la France retrouvera son autonomie et, comme les Britanniques, une façon de reformer une nation, avec ce que ça suppose de solidarité entre les classes sociales.

    Vous intervenez aujourd’hui en tant qu’historien, polémiste ?
    Je suis beaucoup intervenu, parfois de manière polémique, dans le débat public. Mais, avec ce livre, j’ai voulu revenir au plaisir de l’observation historique, sans prendre partie. Je suis à la fois un citoyen qui s’énerve parce que je suis toujours dans le camp des perdants, et qu’à force, c’est agaçant, mais je suis aussi un historien. Et ce qui est bien, c’est que même quand le « citoyen » perd, l’histoire, elle, continue. Je pense que la démocratie est éteinte en Europe. Le gros de l’histoire humaine, ce n’est pas la démocratie. L’une de ses tendances lourdes est au contraire l’extinction de la démocratie. En Grèce, en France, les gens votent, et tout le monde s’en moque. Pour un citoyen, c’est tout de même embêtant. Pour un Français qui se pense français, c’est carrément humiliant. Mais un historien sait qu’il y a une vie après la démocratie.

    http://www.liberation.fr/debats/2017/09/06/emmanuel-todd-la-cretinisation-des-mieux-eduques-est-extraordinaire_15946

    #Démocratie #europe #union_européenne #euro #Famille #Education #élite #gréce #france #allemagne #Emmanuel_Todd


  • Les champions des rêves sous la loupe des chercheurs

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/09/19/les-champions-des-reves-sous-la-loupe-des-chercheurs_5187525_1650684.html

    Reportage dans le service des pathologies du sommeil de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, où des scientifiques étudient le rôle des rêves.

    http://img.lemde.fr/2017/09/18/60/138/4212/2106/644/322/60/0/33fcc78_15776-y5lw0v.vjz0hehfr.jpg

    « Tu te fous pas de ma gueule comme ça… Tu es restée m’attendre où ? Faut ­m’expliquer ça, hein ?… », s’énerve un homme, sur une vidéo. Dans un autre enregistrement, un monsieur pointe l’index puis dit : « Regarde. » Ces scènes banales pourraient être filmées dans la rue. Sauf que… les deux protagonistes dorment, sur un lit d’hôpital. Dans le service des pathologies du sommeil, à La Pitié-Salpêtrière (AP-HP, Paris), la somniloquie – fait de parler en dormant – est un thème de recherche à part entière.

    « C’est un comportement très répandu, qui existe ponctuellement chez sept personnes sur dix, même si les propos sont inintelligibles dans la moitié des cas, souligne la professeure Isabelle Arnulf, qui dirige ce service. Malgré cette fréquence élevée, la somniloquie avait été peu étudiée, beaucoup moins que son équivalent chez les oiseaux, le chant nocturne. » La neurologue a lancé un programme de recherche à partir d’enregistrements vidéo, ce qui n’avait jamais été fait. Elle en a désormais presque 900, une collection unique.

    Attaques de sommeil

    Le langage nocturne a-t-il des particularités ? Peut-il aider à comprendre le rôle du sommeil dans la mémorisation ? Quels sont les gestes associés ? Voilà les questions auxquelles s’est attelée la neuropsychologue et chercheuse Ginevra Uguccioni, initialement dans le cadre de sa thèse de doctorat en neurosciences, soutenue en 2015.

    Comme souvent pour ses recherches sur le sommeil et les rêves, l’équipe de La Pitié-Salpêtrière, l’une des plus en pointe en France dans ce ­domaine, a fait appel à une population particulière : des patients qui extériorisent leurs rêves. Ils sont atteints soit de troubles du sommeil ­profond (tel le somnambulisme ou les terreurs nocturnes), soit de troubles du comportement en sommeil paradoxal (TCSP), rencontrés dans la maladie de Parkinson, certaines démences ou encore la narcolepsie.

    Cette dernière se caractérise par de nombreux symptômes : « attaques de sommeil » irrépressibles dans la journée ; hallucinations ; rêves et cauchemars plus fréquents que dans la population générale, et dont ces patients se souviennent ­davantage. Les narcoleptiques sont aussi souvent des rêveurs lucides, c’est-à-dire qu’ils ont conscience de leurs rêves, et peuvent plus ou moins les contrôler.

    Parfois très handicapante pour les principaux intéressés, cette maladie neurologique rare – elle affecte 0,02 % de la population – permet donc un accès privilégié aux rêves, précieux pour les chercheurs. Le service d’Isabelle Arnulf suit quelque 700 narcoleptiques, dont 26 chez qui la maladie est survenue à la suite de la vaccination contre la grippe A H1N1, en 2009-2010.

    Consolidation nocturne des connaissances verbales

    En analysant finement les verbatim de centaines de somniloques, en collaboration avec des linguistes et des orthophonistes notamment, Ginevra Uguccioni a montré que le langage endormi n’est pas fondamentalement différent du langage éveillé, du point de vue de la sémantique et de la prosodie.

    « Ce qui ressort cependant, c’est l’emploi plus fréquent de mots négatifs et grossiers, et de phrases très affirmatives. Dans ces rêves parlés, les gens sont préoccupés », résume Isabelle Arnulf. Des comportements dont les somniloques n’ont parfois aucun souvenir. « Au début, on leur montrait leurs vidéos, mais on ne le fait plus car ils peuvent être choqués par leurs propos et leur agressivité », assure Ginevra Uguccioni.

    A partir de ces patients, la neuropsychologue a aussi précisé le rôle du sommeil dans la mémorisation. Depuis une dizaine d’années, il a été ­démontré que des connaissances nouvellement acquises sont réactivées pendant la nuit, ce qui contribue à leur stockage à long terme. Chez les somniloques, cette réactivation passe-t-elle par une répétition pendant le sommeil de mots ou d’un texte étudié la veille ?

    Pour vérifier l’hypothèse, Ginevra Uguccioni a demandé à une vingtaine d’entre eux d’apprendre par cœur un écrit juste avant le coucher. Afin de frapper les esprits, les chercheurs avaient sélectionné deux faits ­divers particulièrement glauques : une histoire de mère tuant son enfant, et une de cannibalisme.

    Les enregistrements des verbatim nocturnes des somniloques n’ont pas mis en évidence de lien avec les deux récits appris la veille. Mais chez ces patients (y compris ceux avec une ­ démence) comme chez les sujets contrôles sans trouble du sommeil, la mémorisation du texte s’est améliorée d’environ 20 % au réveil. Des résultats qui confirment la consolidation nocturne des connaissances verbales, même en cas de troubles du sommeil.

    Régulation de l’humeur

    Dans la salle dite de lecture, une dizaine de membres de l’équipe ont les yeux rivés sur de grands écrans. Ils analysent les nuits de patients hospitalisés pour un bilan de troubles du sommeil : tracés de l’électroencéphalogramme, de l’électrocardiogramme, de capteurs musculaires, respiratoires… mais aussi vidéos de ces personnes filmées en caméra infrarouge, une vue d’ensemble, une centrée sur le visage des dormeurs.

    C’est sur cette dernière que se concentre le docteur Jean-Baptiste Maranci pour observer leurs ­expressions faciales. Ce jeune psychiatre mène une étude inédite pour explorer les effets du sommeil sur la régulation de l’humeur et des émotions. « Généralement, on est de meilleure humeur au réveil, mais dans la dépression, le ­réveil est souvent le pire moment de la journée. Et si quelque chose se passait mal dans le sommeil paradoxal ? », s’interroge-t-il.

    Des travaux précédents ont établi que les dépressifs ont davantage de mouvements oculaires en sommeil paradoxal que les individus sans troubles de l’humeur. Pour aller plus loin, le ­ docteur Maranci traque sur les enregistrements toutes les mimiques exprimant une émotion pendant un rêve, positive (sourire) ou surtout négative : grimace de douleur, expression de peur ou de profonde tristesse. Et il vérifie si cette extériorisation de l’humeur est concomitante à une intensification des mouvements oculaires. Un travail de fourmi (trois jours d’analyse par ­patient) qui pourrait à terme avoir des retombées dans le domaine de la dépression mais aussi des troubles de stress post-traumatique.

    Autre membre de l’équipe, la chercheuse Delphine Oudiette conduit de son côté une étude originale pour déterminer si le sommeil, en particulier paradoxal, favorise la créativité. L’équipe a, là aussi, recours aux « champions du rêve », les narcoleptiques. Pour concevoir une méthodologie adaptée, elle s’est tournée vers un spécialiste de la créativité, Todd Lubart, professeur de psychologie à l’université Paris-Descartes.

    Les participants remplissent un questionnaire d’accomplissement créatif. Ils sont aussi soumis à des tests ­objectifs de créativité, avec des épreuves sur ordinateur et papier-crayon, ces dernières visant à « mesurer leur capacité à produire quelque chose d’original mais adapté au contexte », précise la scientifique. « Nous passons sans arrêt de l’étude du sommeil à celle des rêves, mais nous avons toujours le rêve en tête » s’enthousiasme Isabelle ­Arnulf. Les chercheurs aussi ont le droit de rêver.


  • Le dernier combat d’Anne Bert

    http://www.lemonde.fr/sante/article/2017/09/18/euthanasie-je-n-ai-pas-envie-de-me-planquer-je-veux-que-ce-soit-un-droit_518

    Rencontre avec l’écrivaine, atteinte de la maladie de Charcot, qui a médiatisé son choix d’aller mourir prochainement en Belgique

    http://img.lemde.fr/2017/09/18/660/0/4500/2250/644/322/60/0/73307c4_4069-1a8bu4g.i0kf893sor.jpg

    Matinales radio, pleines pages dans les magazines et les journaux nationaux… En ce début d’automne, Anne Bert est partout. Difficile d’ignorer la décision de cette écrivaine de 59 ans d’aller prochainement mourir en Belgique pour mettre un terme à sa descente aux enfers. Atteinte de sclérose latérale amyotrophique (SLA), plus connue sous le nom de « maladie de Charcot », une pathologie neurodégénérative évolutive et incurable qui, petit à petit, la « momifie » et l’« emmure » vivante, elle a choisi de médiatiser sa décision dans l’espoir de faire évoluer la loi française interdisant l’euthanasie et le suicide assisté.

    Dans son bureau baigné d’une douce lumière, au premier étage d’une petite maison aux murs blancs nichée à Fontcouverte, à côté de Saintes, en Charente-Maritime, Anne Bert se tient droite sur la chaise, derrière sa table de travail. Elégante et lumineuse, la parole fluide, elle déroule avec aisance son histoire, expose ses arguments, enchaîne les formules percutantes. A quelques jours de l’échéance, elle donne encore largement le change.

    Et pourtant. Ses bras décharnés restent collés le long de son buste, l’obligeant à basculer tout son corps pour saisir quelque chose avec la bouche. Ses jambes tout aussi frêles ne la portent désormais pas plus loin que le jardin… Dissimulée par un foulard, une minerve lui maintient la tête. Elle ne boit plus qu’à l’aide d’une paille. « Je ne peux plus me nourrir ou me coucher seule, je n’arrive parfois plus à avaler, je vis comme un animal », lance-t-elle, confessant avoir perdu 15 kg en un an, accusant ce « corps cannibale » qui « divorce » d’elle, coupable de ce « désastre ».

    « L’émotion, c’est stérile »

    En quelques semaines, d’interviews en portraits, celle qui se dit « simple adhérente » de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), et qui assure ne pas être une « militante dans l’âme », a forcé sa nature « secrète » et s’est muée en porte-parole des partisans du droit à décider de sa mort. Une démarche pratiquement sans équivalent, les précédents exemples de départs en Suisse ou en Belgique ayant été médiatisés après la mort de la personne. « Je ne veux pas susciter l’émotion, ça ne m’intéresse pas, commente Anne Bert. Je veux susciter le débat, la prise de conscience. L’émotion, c’est stérile. »

    Elle désigne du menton la pile des lettres reçues ces derniers mois. Chaque jour, près d’une centaine de témoignages lui arrivent, par mail ou par courrier, écrits par des malades ou des familles de malades. Des lettres « magnifiques et bouleversantes » auxquelles elle dit regretter de ne plus avoir ni le temps ni la force de répondre. « J’aimerais pouvoir les réunir toutes et les publier », soupire l’ancienne directrice de collection.

    Cet été, elle a pu dicter un ultime livre. Dans Le Tout Dernier Eté (Fayard), qui sortira le 4 octobre, probablement après sa mort, l’auteure de textes érotiques et intimes chronique avec mélancolie son adieu au monde et à ses proches. Elle y égrène notamment tous ces moments, petits ou grands, qu’elle vit pour la dernière fois. « Pour moi, il n’y aura plus d’autre printemps (…), plus de chaleur écrasante et de vrombissements d’abeilles. De dîners au jardin jusqu’à plus d’heure, écrit-elle. Je vais descendre du manège enchanteur des saisons qui ne tournera plus pour moi. »

    En ce début septembre, le compte à rebours est entré dans sa phase finale. « Je suis en train de basculer vers l’écroulement, j’ai dépassé mes limites d’acceptation », dit-elle. Pour elle, la loi Claeys-Leonetti adoptée en décembre 2015 et autorisant depuis août 2016, sous certaines conditions, une « sédation profonde et continue » pour les malades en fin de vie n’est que de la « poudre aux yeux ». « Les malades comme moi sont abandonnés, c’est d’un mépris absolu de dire que la loi règle tous les cas. »

    « Honte que la France se déleste sur les autres pays »

    Dans la maison, son mari et sa fille s’affairent en silence au salon, au rez-de-chaussée. D’ici quelques jours, c’est avec eux et quelques proches qu’Anne Bert se rendra une dernière fois en Belgique, où un médecin généraliste et un neurologue ont accepté de la suivre. A l’issue d’une semaine d’hospitalisation dans un service de soins palliatifs, elle recevra une injection létale. « On ne précipite rien, on atermoie un peu », confie-t-elle, disant ne pas s’être lancée un « défi ». « Je me laisse la grande liberté, jusqu’à la dernière minute, de changer d’avis. »

    Comme le prévoit la loi belge, elle a réitéré à trois reprises son souhait depuis décembre. « Je suis apaisée de savoir qu’une équipe m’attend, dit-elle. Mais je suis en colère que ce soient des motifs religieux qui empêchent de voter une telle loi chez nous. J’ai honte que la France se déleste de ça sur les autres pays. C’est comme quand elle fermait les yeux sur les avortements en Angleterre ou sur les faiseuses d’anges. »

    A-t-elle envisagé de demander à des médecins de l’aider à mourir en France, en toute discrétion, comme cela se pratique parfois ? « J’aurais pu le faire, mais je ne veux pas que mes amis se retrouvent au tribunal, je n’ai pas envie de me planquer, je veux que ce soit un droit. » Elle a également refusé de se rendre en Suisse pour bénéficier d’une aide active à mourir. « Je ne comprends pas qu’il faille dépenser près de 6 000 euros pour cela, dit-elle. Pour moi, ça s’assimile à du business, je ne veux pas cautionner ce que je réprouve. »

    Nouveau texte d’ici deux ou trois ans

    Parvenue au terme de son marathon médiatique, Anne Bert continue de garder un œil sur la façon dont celui-ci est reçu sur le Web. Elle s’aventure ainsi à lire les commentaires – parfois violents et hostiles – de lecteurs sous les articles qui lui sont consacrés. A l’aide de son logiciel de dictée, elle interpelle même parfois directement sur Twitter ceux qui critiquent sa décision. « Culture de mort… ça veut dire quoi dans un pays soumis au tabou de la mort ? Non c’est la culture de la vie, et la mort en fait partie », a-t-elle par exemple répondu à quelqu’un qui l’accusait de la propager.

    Déçue par ce qu’elle estime être une promesse non tenue de François Hollande, elle a interpellé au printemps les principaux candidats à l’élection présidentielle. Elle s’est entretenue longuement cet été au téléphone avec la ministre de la santé, Agnès Buzyn. « Elle m’a affirmé n’avoir jamais été confrontée, en tant que médecin, à une demande de patient pour abréger ses souffrances. Soit elle est de très mauvaise foi, soit je ne sais pas dans quel monde elle vit », soupire-t-elle. Malgré l’extrême prudence d’Emmanuel Macron sur le sujet, Anne Bert est convaincue qu’un nouveau texte de loi sera voté d’ici deux ou trois ans. « Parce que, à un moment donné, la France va avoir ce courage. »


  • Entre la Silicon Valley et les Américains, le climat a changé

    http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/09/18/haro-sur-la-silicon-valley_5186999_4408996.html

    La puissance des géants des technologies commence à inquiéter sérieusement l’opinion américaine et la classe politique. Les appels à la réglementation se multiplient.

    http://img.lemde.fr/2017/09/18/87/0/3500/1750/644/322/60/0/410f0b1_4089-12n5osz.yqmww2ke29.jpg

    Le lancement en fanfare de l’iPhone X, le 12 septembre, n’a pas pu masquer l’évidence : les nuages s’accumulent sur la Silicon Valley. Même le dernier-né des smartphones d’Apple n’a pas été accueilli avec l’enthousiasme habituel, en dépit de son bestiaire de nouveaux emojis à tête de panda, de singe ou de robot. Le prix, déjà, est de plus en plus inabordable (1 159 euros pour la version de base). Surtout, la nouvelle fonction de reconnaissance faciale se révèle être un facteur anxiogène. Apple a beau l’appeler iPhone 10, la lettre X donne à son nouveau jouet une aura de mystère et, pour employer le mot à la mode, de dystopie. « Pour la première fois, une compagnie va disposer d’un outil de reconnaissance faciale avec des millions de portraits et l’équipement pour scanner et identifier les visages partout dans le monde », s’émeut le juriste Jake Laperruque, dans le magazine Wired.

    Entre les Américains et la Silicon Valley, le climat a changé. Chaque jour apporte un cortège d’informations embarrassantes pour la « Tech ». Facebook va d’aveux en promesses de corriger les erreurs. Devant la commission d’enquête parlementaire sur les ingérences russes dans l’élection présidentielle de 2016, le réseau social a dû exposer les failles de son modèle de vente de publicités personnalisées. En pleine campagne électorale, plus de quatre cents faux comptes liés à la Russie ont pu acheter pour 100 000 dollars (83 581 euros) de publicités et diffuser quelque trois mille messages sur des sujets aussi polémiques que l’immigration, les droits des homosexuels, le racisme, le contrôle des armes à feu, influençant potentiellement le scrutin.

    La firme de Mark Zuckerberg est maintenant visée par un mandat de perquisition du procureur spécial Robert Mueller. Si l’on en croit le professeur Benjamin Edelman, d’Harvard, cité par le New York Times, ses ingénieurs s’y perdent eux-mêmes dans la complexité de leur système de collecte de publicités, à la fois automatisé et manuel. Et « la machine a son propre cerveau », ajoute-t-il.

    « Le pouvoir de Google »

    Google fait l’objet d’une nouvelle plainte pour sexisme, cette fois en nom collectif, déposée le 14 septembre par trois anciennes ingénieures s’estimant sous-payées et surtout sous-promues. Le moteur de recherche continue aussi d’être sous le feu des accusations d’avoir évincé du think tank New America, qu’il finance, un chercheur qui s’était félicité de l’amende qui lui a été imposée en juin par la Commission européenne pour abus de position dominante. « Le pouvoir de Google sur le marché est aujourd’hui l’un des défis les plus importants pour les responsables des politiques de concurrence dans le monde », écrivait le chercheur Barry Lynn, parti créer une structure indépendante avec son équipe.

    Il y a longtemps que des insiders, comme Jaron Lanier, de Microsoft Research, ont montré que les géants de la Vallée, en s’appropriant gratuitement les données des utilisateurs, contribuaient à l’appauvrissement des classes moyennes. Des années, aussi, que la Commission européenne tente d’imposer des limites à l’hégémonie des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Mais les critiques restaient largement confidentielles. L’Europe était jugée incorrigiblement étatique, réticente aux innovations. Les sceptiques étaient relégués au rang de passéistes, d’Amish du numérique, ou mépris suprême, de luddites hostiles au progrès.

    La critique est tendance

    Aujourd’hui, les Cassandre ont pignon sur rue dans les médias. Les tribunes se succèdent sur le thème : l’âge d’or est fini pour la Silicon Valley. La Tech est rebaptisée « Big Tech », comme on disait hier « Big Oil », pour la tentaculaire industrie pétrolière. « Faut-il casser Google » ? Le moteur de recherche n’est-il pas « trop puissant ? », s’interroge Fox News, qui le soupçonne, il est vrai, de sympathies démocrates. Selon Politico, Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la concurrence, qui arrive lundi 18 septembre à Washington, va trouver une atmosphère nettement plus accueillante. Le « fan-club » américain de cette dernière est en « pleine expansion », constate le magazine. « L’Antitrust est de retour », exulte Luther Lowe, l’un des responsables de Yelp, la plate-forme de recommandations qui croise le fer depuis des années avec Google, accusé d’abus de position dominante.

    Longtemps, les jeunes innovateurs ont été accueillis avec bienveillance dans la capitale fédérale. Avec Barack Obama, c’était fusionnel. Quelque 250 cadres sont passés de Google à la Maison Blanche, et inversement. En fin de mandat, le président démocrate a alerté ses compatriotes sur les « méfaits » qui risquaient d’accompagner les « bienfaits » apportés par les technologies. Mais le débat a été escamoté pendant la campagne électorale. Aujourd’hui il revient comme un boomerang. De l’engorgement des villes par les chauffeurs Uber aux « fake news » et à l’agressivité grandissante de la société, la Silicon Valley – « le sombre centre d’un pouvoir sans contrôle », selon l’expression de Ben Smith, le rédacteur en chef de Buzzfeed – est rendue responsable de tous les maux de l’époque.

    Ses géants se présentent comme les champions de l’individualité et de la diversité, « alors que leurs algorithmes nous poussent à la conformité et écornent notre vie privée », tempête le journaliste de The Atlantic, Franklin Foer, dans un livre (World Without Mind, The Existential Threat of Big Tech, Penguin Press) publié le 12 septembre et déjà dans les meilleures ventes aux Etats-Unis.

    Menace pour la démocratie ?

    Washington ne peut plus rester inactif. Quarante-cinq pour cent des Américains reçoivent leurs informations par l’intermédiaire de Facebook. Si on inclut Instagram, WhatsApp et Messenger, la plate-forme de Mark Zuckerberg contrôle 80 % du trafic des réseaux sociaux sur mobile. La part de marché de Google dans les recherches en ligne dépasse 85 % aux Etats-Unis. Amazon assure 43 % des ventes en ligne… Et depuis l’élection, surtout, la menace sur la démocratie est prise au sérieux. « Sans Facebook, Trump serait-il président aujourd’hui ?, s’est interrogée Margaret Sullivan dans le Washington Post. Il y a de plus en plus de raisons de penser que la réponse est non. »

    Analyse similaire pour Evan Williams, l’un des fondateurs de Twitter, la plate-forme dont le président fait un usage immodéré. Donald Trump n’est que le « symptôme » d’un problème plus large, a-t-il déclaré à la BBC, celui de la dictature de la publicité ciblée instantanée, un système qui « abêtit le monde entier ».

    A peine le show Apple terminé, à Cupertino, le sénateur démocrate Al Franken a publié une lettre au PDG Tim Cook réclamant des éclaircissements sur la manière dont la firme entend gérer les questions d’atteinte potentielle à la vie privée. Que fera Apple si le gouvernement, comme l’a fait la NSA pour les communications électroniques, réclame les clés de son système de reconnaissance Face ID ? Quelles sont les mesures de protection de l’utilisateur si la police parvient à débloquer son smartphone en le brandissant devant son visage ? D’autres parlementaires réfléchissent à la manière de soumettre Facebook et Google, qui assurent 80 % des publicités en ligne, aux mêmes règles que les médias traditionnels sur les messages politiques.

    Pour une fois, conservateurs et progressistes font cause commune. L’ancien conseiller de M. Trump, Steve Bannon, l’a répété le 12 septembre à Hongkong : c’est lui qui avait « pris la tête », à la Maison Blanche, du camp qui voulait imposer aux entreprises technologiques les mêmes réglementations que les compagnies de téléphone ou d’électricité ; un scénario de cauchemar pour Google et Facebook, qui résistent depuis des années à l’idée d’être considérés comme autre chose que des plates-formes.

    A gauche, Bernie Sanders a fait la même proposition. Réglementation, scission, réforme de la loi antitrust ? Washington soupèse les formules. Quel que soit le résultat, le « backlash » (contrecoup) est réel. Comme Wall Street après des années de « greed » (cupidité), les titans de la Tech sont rattrapés par leurs excès.


  • Où sont les extraterrestres qui nous observent   ?

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/09/18/ou-sont-les-extraterrestres-qui-nous-observent_5187048_1650684.html

    Une équipe internationale a identifié les exoplanètes depuis lesquelles les astres de notre Système solaire seraient visibles.

    http://img.lemde.fr/2017/09/15/413/0/3300/1650/644/322/60/0/fbfd2b4_29465-bm3k5b.zv3ctsm7vi.jpg

    A l’heure où ces lignes sont écrites, Exoplanet.eu, le site officiel qui recense les planètes extrasolaires, compte près de 3 700 références dans son catalogue. La majeure partie de ces autres mondes ont été découverts par le télescope spatial Kepler de la NASA grâce à la méthode dite des transits : l’instrument surveille un grand nombre d’étoiles et ­détecte les faibles baisses de ­luminosité qui se produisent lorsqu’une exoplanète passe ­devant le disque stellaire.

    Cette technique donne aux ­astronomes des renseignements sur les planètes repérées, comme leur diamètre, la durée de leur ­révolution et la distance qui les sépare de leurs soleils.

    Point de vue inversé

    Dans une étude acceptée pour ­publication par les Monthly ­Notices of the Royal Astronomical Society, une équipe internationale a inversé le point de vue : si des extraterrestres disposaient d’un instrument analogue à ­Kepler, depuis quelles exoplanètes pourraient-ils détecter les corps du Système solaire ? En effet, pour fonctionner, la méthode des transits nécessite une configuration astrale particulière : l’instrument, l’étoile ­visée et ses exoplanètes doivent se trouver dans le même plan. Ces chercheurs ont donc fait un peu de géométrie dans ­l’espace – à tous les sens du terme – pour définir la petite portion du firmament où le transit des huit compagnons du Soleil est visible.

    Une fois cette région – la zone de transit – dessinée, ces astronomes l’ont superposée au catalogue d’Exoplanet.eu afin de ­déterminer combien de planètes extrasolaires elle contenait. La liste se révèle courte : seulement 68 astres référencés peuvent observer le transit d’au moins une planète du Système solaire. La Terre n’est détectable que depuis neuf d’entre eux. Et, a priori, aucune de ces neuf exoplanètes n’est habitable, soit parce qu’il s’agit d’une géante ­gazeuse, soit parce qu’il y fait trop chaud ou encore trop froid.

    Modélisation du voisinage

    Mais les auteurs de l’étude ne se sont pas découragés. Ils se sont dit : « Ce n’est pas parce qu’on n’a pas encore détecté de planète ­habitable de type terrestre dans la zone de transit qu’il n’y en a aucune. » Après une modélisation de notre voisinage, ils estiment que dix exo-terres pourraient se promener dans cette zone de transit. Ne reste plus qu’à les trouver…

    Pour Jean Schneider, chercheur à l’Observatoire de Paris et créateur d’Exoplanet.eu, « même si l’idée n’est pas nouvelle, cette étude est intéressante car elle quantifie la probabilité d’être dans la bonne configuration pour détecter la Terre ». Cependant, l’astronome reste un peu gêné. « C’est toujours très anthropomorphique comme discussion : cela suppose que les extraterrestres ont les mêmes concepts scientifiques que nous. Or, Kant explique que les concepts ne résultent pas des observations mais de ­notre esprit. Avec notre esprit, nous avons construit un monde, mais qui sait ce que d’autres civilisations ont imaginé ? »

    Et, même si E.T. pense comme nous, il est possible, dit Jean Schneider, s’appuyant sur une étude facétieuse de 2016, qu’il nous cache le transit de sa planète, en émettant une grande quantité de lumière pour compenser la baisse de ­luminosité de son étoile. Comme une cape d’invisibilité à l’échelle d’une planète !

    #They_live

    • Pour ajouter un peu d’optimisme :
      dans un podcast récent, Chris McKay faisait la remarque que la vie peut peut­-être se trouver aussi dans les lunes de grosses planètes, comme Enceladus autour de Saturne. Et là, plus besoin pour une planète d’être dans la zone ni trop près ni trop loin du soleil, vu que l’énergie nécessaire à la géologie vient de la déformation de la lune due à l’attraction et non de l’étoile avoisinante.

      We discovered oceans on Europa, oceans on Enceladus. And we struggled at first to understand how could there be oceans out there so far, so cold? And the answer turns out to be tidal heating. As those small moons go around these giant planets, they get squeezed by the gravity of these giant worlds, and that squeezing generates heat.

      So their oceans are warmed not by sunlight, like the Earth, but by gravitational heating. And that has enabled large oceans on many moons. And, in fact, it may be that the oceans in the universe, there’s more oceans in the universe driven by tidal heating, than driven by sunlight. So our ocean may actually be the oddball, rather than the typical case.

      https://www.nasa.gov/ames/nisv-podcast-Chris-McKay


  • De l’erreur de calcul à l’erreur judiciaire | CNRS Le journal
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/de-lerreur-de-calcul-a-lerreur-judiciaire
    https://lejournal.cnrs.fr/sites/default/files/styles/visuel_principal/public/assets/images/200393253-001_72dpi.jpg

    Derrière l’objectivité des chiffres avancés dans certaines affaires judiciaires se dissimule parfois une utilisation mal maîtrisée ou dévoyée des mathématiques. La mathématicienne Leila Schneps décortique ce phénomène redoutable lors d’un entretien paru dans le dernier numéro de la revue « Carnets de science ».

    #justice #erreur_judiciaire #états-unis

    • Les cours de maths devraient contenir une multitude de questions sans « bonne  » ni « mauvaise  » réponse – deviner combien il y a de bonbons dans le bocal, par exemple, ou estimer la hauteur des bâtiments alentour ou le nombre de mètres carrés de papier peint qu’il faut pour tapisser la salle de classe.

      QFT ! J’ai fait des études de maths (plutôt pures) et j’ai mis des années à me débarrasser de l’exigence de précision qu’on m’avait inculquée. Ce n’est qu’en travaillant avec des physiciens que je me suis rendu compte de la puissance et la rapidité du calcul approximatif.
      Maintenant j’y arrive à peu près (à coup de problèmes de Fermi) mais c’est certainement quelque chose que j’aurais aimé savoir faire bien plus tôt dans ma carrière (et ma vie de tous les jours).


  • « La destruction de l’environnement est-elle une condition de la croissance ? »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/16/la-destruction-de-l-environnement-est-elle-une-condition-de-la-croissance_51

    Des études alarmantes sur la dégradation de la biodiversité ne suscitent aucune réaction à la hauteur des enjeux. Peut-être parce que cette destruction de la nature pourrait doper la croissance, estime dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».

    http://img.lemde.fr/2017/09/16/361/114/2885/1442/644/322/60/0/adac3bf_11625-1jajlp3.qd9x6layvi.jpg

    Ce fut l’étude-choc de l’été. Mi-juillet, dans la revue de l’Académie des sciences américaine, Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique) et ses coauteurs donnaient une idée de ce qu’il reste de vivant – sans compter les sept milliards d’humains et la cohorte immense de leurs animaux domestiques – à la surface de la Terre. Au total, concluaient les chercheurs, sur les quelque 180 espèces de mammifères étudiées, presque toutes ont perdu plus de 30 % de leur aire de répartition depuis le début du XXe siècle et 40 % en ont abandonné plus de 80 %… Depuis 1970, ce sont au moins 50 % des animaux qui ont disparu.

    Ces chiffres suscitent bien sûr l’effroi, comme avant eux une litanie de travaux alarmants sur l’érosion de la vie à la surface de la Terre. Et pourtant, rien ne change. Comment mobiliser les responsables politiques, les capitaines d’industrie, les médias ? Comment convaincre de cette évidence qu’il ne faut pas laisser le vivant s’étioler ?

    Rien de ce qui n’a pas un intérêt économique immédiatement chiffrable ne semble pouvoir être sauvé. Alors, depuis la fin des années 1970 et singulièrement depuis une quinzaine d’années, économistes et écologues ont développé la notion de « services écosystémiques » : il s’agit de chiffrer les services rendus gratuitement par la nature. La pollinisation (service rendu par les abeilles, certains insectes, oiseaux, etc.) « pèse » ainsi plusieurs centaines de milliards de dollars annuels ; les bénéfices d’un kilomètre de mangrove (absorption de carbone, protection des zones côtières, etc.) sont généralement évalués à plusieurs centaines de milliers de dollars par an ; ceux des récifs coralliens de Guadeloupe s’élèvent, chaque année, à une centaine de millions d’euros, etc. Chaque écosystème pourrait, à l’extrême, avoir une valeur chiffrée et être ainsi intégré au fonctionnement des économies. Afin, bien sûr, de le protéger.

    Un terrible malentendu

    Mais il y a peut-être là, hélas, un terrible malentendu. Un malentendu qui pourrait rendre vaine toute volonté de protéger la nature en évaluant la valeur des services qu’elle nous rend gratuitement. Et si la destruction de l’environnement n’était pas seulement une conséquence fortuite de la croissance économique, mais aussi et surtout l’un de ses carburants ? Et si l’érosion des services écosystémiques était, quelle que soit leur valeur, l’une des conditions déterminantes de l’accroissement du produit intérieur brut ? Et si, en un mot, la destruction de la nature était nécessaire à la croissance ?

    C’est l’idée, assez radicale mais aussi stimulante, soutenue en 2002 par deux économistes italiens dans un article publié par la revue Ecological Economics. Voici comment Stefano Bartolini (université de Sienne, Italie) et Luigi Bonatti (université de Trente, Italie) résument l’affaire dans leur jargon : « Nous présentons dans cet article une vision de la croissance différente du paradigme dominant, expliquent-ils, avec un sens aigu de la litote. Nous modélisons la croissance comme un processus dirigé par les réactions de défense des individus face aux externalités négatives générées par le processus de production. »

    Schématiquement, les deux économistes proposent donc une vision dans laquelle l’activité économique dégrade le tissu social et environnemental. Conséquence de cette dégradation, les services que rendent gratuitement l’environnement social (garder vos enfants, aller vous chercher du pain à la boulangerie, réparer votre système d’exploitation Windows, etc.) ou naturel (polliniser vos cultures, maintenir la fertilité des terres agricoles, etc.) s’érodent. Pour pallier la disparition de ces services gratuits, les agents économiques ont recours à des services marchands. Mais pour y avoir recours, ils doivent disposer de moyens financiers plus importants et doivent donc accroître leur activité économique. Et, ainsi, contribuer à nouveau, un peu plus, à la dégradation du tissu social et environnemental, etc. La boucle est bouclée.

    Une sorte de « grand remplacement »

    Si cette vision de la croissance est juste, alors toute politique dont le but ultime est l’augmentation du produit intérieur brut est vouée à détruire l’environnement. Rien ne pourrait être sauvé, car l’objectif ultime à atteindre serait une sorte de « grand remplacement » des services gratuits (offerts par la nature ou les structures sociales) par des services commerciaux qui, eux, dopent le PIB. D’où ce paradoxe : plus un écosystème est précieux, plus il peut être rentable, pour maximiser la croissance, de le détruire.

    Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement (AFD), réserve son opinion sur les conclusions de MM. Bartolini et Bonatti, mais confirme l’existence de situations dans lesquelles produire une externalité négative (avoir un accident de voiture, polluer une rivière…) peut augmenter le PIB. « La disparition des abeilles n’est d’ailleurs pas une si mauvaise nouvelle pour certains économistes, puisqu’elle pourrait conduire au développement et à la commercialisation de solutions techniques de pollinisation », déplore-t-il. Au reste, ce mouvement est en marche : de plus en plus, pour pallier l’absence des pollinisateurs sauvages, qui disparaissent plus vite encore que les abeilles, des apiculteurs développent des services commerciaux de location de leurs ruches, afin de polliniser les plantations d’amandiers, de pommiers, etc. C’est déjà, en Amérique du Nord, une industrie…

    Il faut donc espérer que nos deux économistes italiens se trompent. Car, s’ils ont raison, le fait de se diriger vers un monde devenant progressivement invivable pourrait ne jamais être signalé à nos responsables politiques par une chute de la croissance. Leur unique boussole les amènerait ainsi, et nous avec, droit sur l’orage.


  • La Suède refuse l’asile à une réfugiée afghane de 106 ans

    http://www.20minutes.fr/monde/2126915-20170905-suede-refuse-asile-refugiee-afghane-106-ans

    Aujourd’hui menacée d’expulsion, la vieille dame a déposé un premier recours...

    https://www.thetimes.co.uk/imageserver/image/methode%2Ftimes%2Fprod%2Fweb%2Fbin%2F03b1e932-8d9f-11e7-86bd-27eb324693e0.jpg?crop=2991%2C1682%2C0%2C156&resize=685

    Bibihal Uzbekin pensait que son calvaire était terminé. Cette réfugiée afghane de 106 ans, qui a traversé l’Europe en 2015 sur le dos de son fils et de son petit-fils pour rejoindre la Suède, vient de se voir refuser l’asile par les autorités suédoises, a rapporté l’agence Associated Press.
    La famille de la vieille dame, gravement handicapée et qui peut à peine parler, a décidé de faire appel de cette décision de justice.

    « Un âge avancé n’est pas une condition en soi pour obtenir l’asile »
    « L’Afghanistan n’est pas un pays suffisamment dangereux », a expliqué Sanna Vestin, du Swedish Network of Refugee Support Groups. « En règle générale, un âge avancé n’est pas une condition en soi pour obtenir l’asile », ont par ailleurs expliqué les autorités suédoises.


  • Massive Weenie Resigns From Harvard Job Because He Can’t Stand Chelsea Manning

    https://splinternews.com/massive-weenie-resigns-from-harvard-job-because-he-cant-1809946716

    Michael Morell, the former acting director of the Central Intelligence Agency, announced on Thursday that he was resigning from a fellowship at Harvard because he couldn’t stand the thought of the school also offering an unrelated fellowship to Chelsea Manning.

    https://i.kinja-img.com/gawker-media/image/upload/s--c5vRY2-c--/c_fill,fl_progressive,g_center,h_900,q_80,w_1600/vta0ipg6d0hpmdnfmiwt.jpg

    This is where we tell you that this is all nonsense. Although it’s a frequently-used line of attack, the federal government has never publicly provided proof that Manning’s leaks—which were used by the most prestigious news outlets in the world and revealed, among other things, that civilian casualties in Iraq and Afghanistan were far higher than previously known—caused the deaths of any Americans.

    Interestingly, there’s been loads of evidence that the CIA’s programs of indiscriminate drone strikes and brutal torture—both of which Morell has publicly and enthusiastically supported—caused a great deal of death and despair to people. But Manning is the immoral one.

    Manning’s 35-year sentence was a punishment so severe that, when Barack Obama commuted it, he said it was without “historical precedent.”


  • Dangerosité du glyphosate : quand l’Union européenne copie-colle un rapport de Monsanto

    http://rmc.bfmtv.com/emission/dangerosite-du-glyphosate-quand-l-union-europeenne-copie-colle-un-rapport

    En 2015, un rapport de l’Union européenne avait conclu à la non dangerosité du glyphosate. Mais selon notre enquête, une centaine de pages de ce rapport sont de simples copier-coller d’un rapport de 2012 élaboré par Monsanto.

    http://www.bfmtv.com/i/0/0/efa/33034843d1f9cf59f6104f83d3616.jpeg

    L’Union européenne a-t-elle menti sur la dangerosité du glyphosate, cet herbicide controversé ? Le glyphosate est le principal composant du Roundup, herbicide produit par Monsanto et classé cancérigène par l’Organisation mondiale de la Santé en 2015.

    Pourtant, en 2015, un rapport de l’Union européenne avait conclu à la non-dangerosité de ce produit. Mais RMC a constaté qu’au moins une centaine de pages de ce rapport ont été directement copiées collées d’une étude de Monsanto. Ces passages repris mot pour mot concernent des points cruciaux du rapport sur les risques de cancer et d’impact sur la reproduction. Toutes les études sont concernées, y compris celles présentées comme des études indépendantes.

    Et toutes les études qui tendent à prouver la dangerosité de l’herbicide sont rejetées comme non fiables par l’Union européenne. Par exemple, dans une étude menée au Paraguay, les résultats établissent un lien entre l’exposition aux herbicides et des enfants nés avec une malformation. Cette étude n’est pas fiable selon les experts européens qui estiment qu’elle doit être approfondie. Sauf que là encore, c’est ce que disait mot pour mot Monsanto. Et l’Union européenne ne s’est pas penchée sur cette étude.


  • Groupe HUKO, iPads et iPocrisie, 2014
    https://sniadecki.wordpress.com/2017/09/14/huko-ipocrisie
    https://sniadecki.files.wordpress.com/2017/09/num_ipad-ipocrisie-killian-scartezzini.jpg

    Comment envisager, avec sérieux et rigueur éthique, de promouvoir l’humanisme en se servant d’outils qui incarnent la négation même de cet humanisme ? Cet humanisme qu’évoquent les plus hauts responsables du système scolaire français implique au minimum le respect des autres êtres humains, et bannit l’idée de les exploiter au profit d’une poignée de privilégiés : nos propres enfants. La contradiction est flagrante entre la fin et les moyens. Ce dilemme philosophique, certes classique si on le résume en ces termes, revêt de nos jours une ampleur et une acuité inconnues auparavant. Car c’est le gouvernement lui-même qui organise le cynisme en collant de force, dans les mains des professeurs et des jeunes, du matériel fabriqué par des néo-esclaves. Le parallèle avec les modes de décervelage dictatoriaux de la jeunesse dans la première moitié du XXe siècle n’est pas anecdotique : lorsque le capitalisme se trouve dans une phase critique, ce qui est le cas depuis 2007 11, la tentation est grande, chez une partie de l’élite, de s’en remettre à des formes dictatoriales de pouvoir. C’est cela et rien d’autre qui se joue aujourd’hui ; l’introduction des iPads à l’école ou la montée des droites extrêmes dans la quasi-totalité des pays européens en sont des indices certains.

    Ne confondons pas le « libre choix » de chacun, y compris d’acheter des produits non éthiques, avec l’imposition, par l’État lui-même, d’un matériel issu de l’esclavage moderne. Surtout lorsque ce matériel, comme les iPads, est destiné à un secteur tout à fait particulier : les enfants, les jeunes et leur éducation. Tout se passe comme si les générations adultes, sur le déclin, montraient l’exemple le pire aux générations montantes : un monde dans lequel, en dernière analyse, chacun peut écraser son prochain sans état d’âme. Ce n’est pas une sorte de prétendue pureté de l’enfance qu’il faudrait conserver – pieux mensonge réactionnaire. Mais, comme l’expliquait Hannah Arendt dans La crise de l’éducation 12, si les nouvelles générations doivent être protégées par le monde des adultes car elles en représentent l’avenir, ce monde des adultes doit aussi se protéger des nouvelles générations.

    #numérique #iPad #tablettes #école #éducation #esclavage #Foxconn #critique_techno


  • Did a Must-Do Attitude Contribute to Collisions ? | U.S. Naval Institute
    https://www.usni.org/magazines/proceedings/2017-09/did-must-do-attitude-contribute-collisions

    Dans les Proceedings de l’USNI, un questionnement très axé sur la sociologie des organisations autour des abordages des #USS_Fitzgerald et #USS_John_S_McCain
    Il commence par affirmer :

    It is likely that technical failure played little or no role.

    https://www.usni.org/sites/default/files/Marquet_091317.jpg

    This is why we hypothesize that both warships had information that they were standing into danger, which, if acted upon, would have avoided the collisions.

    With that hypothesis in mind, the following are three areas of inquiry for the Navy investigators:

    What were the barriers to speaking up at the operator level? If there was information on the warship and it was known to operators, did they voice it? If they kept it to themselves, what got in the way of their speaking up? Specifically, the question to be answered is what were the organizational and cultural factors that presented obstacles to saying something. This should not be an investigation into the performance or character flaws of the particular operator; this is an inquiry into the practices around expressing dissenting and differing opinions.

    • What were the barriers to taking action at the officer level? If information was voiced, why was it dismissed or not acted upon? To what degree was there a bias against action by the bridge teams, as evidenced by their day-to-day interactions with the captain? The investigation should examine the language used among the officers and between the teams and the captains. The mindset of decision-makers relative to performance goals should be probed. Was their objective to achieve excellence—what psychologists call a performance-approach mindset—or was it to avoid errors, which psychologists call a performance-avoid mindset?  Understanding this is important, because studies have correlated performance-avoid mindsets with worse outcomes. This is an inquiry into the practices around initiative and action.

    What were the barriers to certification at the command level? The Navy has a process for readiness that requires the captain and the commodore to certify that the ship is ready to deploy. The question is how rigorous are those certifications, and how many of the previous ones resulted in failures. How often in the past three years, for example, were ships delayed in deploying because of inadequacies in training readiness? No certifying officer wants to rush a ship out on deployment that isn’t ready, but reporting up the Navy chain that a ship will not make a deployment date is also embarrassing and comes at a cost to professional reputation. If ships never fail certification then this step is simply another performance step preceding deployment. This is an inquiry into the practices of speaking truth to power.
    […]
    The thrust of the three areas of inquiry listed here is to see if Navy crews, like the El Faro crew, are trapped in production work. It is natural to want to do our jobs well, and we don’t want to feel like failures. We don’t want to tell our bosses we can’t do something. This is particularly true for the men and women of the U.S. Navy, which is a #can-do organization. Unfortunately, this dedication to doing can result in a #must-do attitude that sometimes clouds judgment. That is worth investigating.

    • Ball Diamond Ball - The U.S. Navy’s Failure To Reorient To Danger – gCaptain
      http://gcaptain.com/ball-diamond-ball-u-s-navys-failure-reorient-approaching-danger
      http://gcaptain.com/wp-content/uploads/2017/09/RAM-Nav-Lights-Navy-Ship-Restricted-In-Ability-To-Maneuver.jpg
      USN Guided-missile destroyer USS Mitscher (DDG 57) lights up its mast to indicate restricted in ability to maneuver (RAM) during night delayed landing qualifications.
      Photo via US Navy

      (le Mitscher porte la version nocturne (feux) des marques navire à capacité de manœuvre restreinte dont la version diurne (soit la superposition des marques boule, bicône, boule) se dit en anglais ball, diamond, ball)

      Such is the case with Captain L. David Marquet, US Navy retired who, as Commanding Officer of a submarine, developed a radical new method of leadership that may be the missing link between the psychological research of Gary Klein, innovative communication structures (e.g. Donald Vandergriff’s Mission Command philosophy) and the proven teachings of John Boyd.

      After being assigned to command the nuclear-powered submarine USS Santa Fe, then ranked last in retention and operational standing, Marquet realized the traditional leadership approach of “take control, give orders,” wouldn’t work. He turned his ship around by creating a leader-leader command structure… treating the crew as leaders, not followers, and giving control, not taking control. This approach took the Santa Fe from “worst to first,” achieving the highest retention and operational standings in the navy.

      The leader-leader model not only achieves great improvements in effectiveness and morale but also makes the organization stronger,” says Marquet in his bestselling book Turn the Ship Around!: A True Story of Turning Followers into Leaders. “Most critically, these improvements are enduring, decoupled from the leader’s personality and presence. Leader-leader structures are significantly more resilient, and they do not rely on the designated leader always being right. Further, leader-leader structures spawn additional leaders throughout the organization naturally. It can’t be stopped.

      http://www.davidmarquet.com/wp-content/themes/david-marquet-2.0/img/fp-book.png

      Éditorial de Joseph Konrad (gCaptain) mettant fortement en avant les idées de David Marquet (qui a l’avantage, de son point de vue, d’être un ancien de la maison…) qui se termine par la vidéo du commentaire précédent.


  • "Gestion prédatrice, spoliation" : l’actionnaire chinois de l’aéroport dans le colimateur

    http://www.ladepeche.fr/article/2017/09/13/2644570-gestion-predatrice-spoliation-l-actionnaire-chinois-dans-le-colima

    Dans un document titré « Aéroport de Toulouse-Blagnac : histoire d’une spoliation », le groupe d’opposition « Métropole citoyenne » du conseil communautaire de la métropole de Toulouse dénonce la « gestion prédatrice » de l’actionnaire chinois. Propriétaire de 49,99 % des parts de l’aéroport depuis 2014, Casil Europe s’est versé 20,3 millions de dividendes en 2015 et 2016. 

    https://static.ladepeche.fr/content/media/image/zoom/2017/01/20/20170120100507827-0.jpg

    « En prélevant la totalité des bénéfices générés par la plateforme en 2015 (4,991 M€) et en 2016 (7,85 M€), et en puisant 15 M€ dans les réserves financières constituées avant son entrée au capital par les gestionnaires publics d’ATB, le consortium Casil Europe s’est versé en deux ans l’équivalent d’une dizaine d’années de dividendes du temps où la puissance publique dirigeait la société », constatent les conseillers de « Métropole citoyenne » (1). « Aucune société ne pratique de tels niveaux de prélèvement sur les bénéfices pour le versement de dividendes (...) De nombreuses sociétés interdisent même par statut de telles pratiques. Il s’agit là de prédation, pas de gestion responsable », considèrent Marc Péré, François Lépineux, Bernard Sancé et Nathalie Simon Labric.


  • première apparition publique de Chelsea Manning

    http://www.liberation.fr/futurs/2017/09/13/on-etait-a-la-premiere-apparition-publique-de-chelsea-manning_1595996

    La lanceuse d’alerte, source de WikiLeaks, a fait une visite surprise mardi à Noisebridge, le hackerspace de San Francisco et appelé les codeurs à s’interroger sur les conséquences sociales des systèmes qu’ils construisent.

    http://md1.libe.com/photo/1055220-20170912214305jpg.jpg?modified_at=1505300377&picto=fb&ratio_x=191&ratio_y=100&width=600

    Au fil de l’échange, puis des questions du public, Manning s’alarme de la militarisation de la police américaine – « de plus en plus de tactiques policières sont des copiés-collés de tactiques militaires » –, revient sur son combat de « seule personne ouvertement trans » dans la prison où elle était incarcérée, et appelle à l’engagement : « Les techniques de protestation sont efficaces, les gens ont réellement du pouvoir. Le mieux que nous puissions faire, c’est de nous manifester en nombre. »

    Lorsque l’assistance lui demande si elle referait le choix de faire « fuiter » des documents confidentiels, elle dit que c’est une question sans réponse, et qu’elle n’aime pas regarder en arrière. Elle confesse s’être beaucoup nourrie, ces derniers temps, de pizzas et de tex-mex. Et lance : « Je suis juste une gosse de la rue et une codeuse, je n’ai pas signé pour être un modèle. »

    Il y a, tout de même, un documentaire sur elle en cours de finalisation. Et ce jeudi, l’Electronic Frontier Foundation, l’association américaine de défense des libertés en ligne, lui remettra un de ses « Pioneer Awards », qui récompensent chaque année ceux qui « étendent la liberté et l’innovation » dans le monde numérique.



  • Pour échapper aux braconniers, les éléphants marchent la nuit et se cachent le jour

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/09/14/pour-echapper-aux-braconniers-les-elephants-marchent-la-nuit-et-se-cachent-l

    Une étude menée au Kenya révèle que les pachydermes, animaux normalement diurnes, adaptent leur comportement en fonction de la menace humaine.

    http://img.lemde.fr/2017/09/14/578/0/3500/1747/600/315/60/0/a25094a_11635-1rbzisw.ckd7mygb9.jpg

    Les éléphants d’Afrique, animaux diurnes, ont appris à se déplacer et à se nourrir la nuit pour mieux se cacher le jour et échapper ainsi à l’attention des braconniers dans les zones où ceux-ci sévissent particulièrement, révèle une étude menée par l’organisation de protection des animaux Save The Elephants et l’Université de Twente (Pays-Bas).

    Normalement, les éléphants se reposent la nuit et sont plus actifs le jour. Mais les chercheurs ont constaté que « les éléphants bougeaient plus la nuit que le jour lorsque le niveau de braconnage était élevé », comme en 2010-2012, souligne l’étude. Cette attitude était encore plus marquée chez les femelles que chez les mâles. Entourées d’éléphanteaux, elles sont souvent plus prudentes, expliquent les chercheurs.

    « Pour les éléphanteaux, le risque d’être attrapés par des lions ou des hyènes la nuit pourrait être plus grand », indique à l’AFP Festus Ihwagi. « Et pour les éléphants adultes, cela implique une altération de leur vie sociale » et peut avoir un impact sur leur activité sexuelle, ajoute-t-il.


  • Pollution de l’air intérieur : les matériaux de rénovation durable aussi en cause ?

    http://www.lemonde.fr/pollution/article/2017/09/14/pollution-de-l-air-interieur-les-materiaux-de-renovation-durable-aussi-en-ca

    Sommes-nous condamnés à devoir respirer un air vicié dans nos habitations, même lorsqu’elles sont rénovées avec des matériaux plus respectueux de l’environnement ? Le risque est en tout cas palpable, d’après les résultats d’une étude américaine publiée le 12 septembre dans la revue Environment International.

    http://img.lemde.fr/2017/09/14/250/0/3000/1500/644/322/60/0/7a2bb5c_29417-1xps25u.4q43uzbyb9.jpg

    Les chercheurs y rapportent des données relatives à la qualité de l’air intérieur mesuré au sein d’habitations de Boston. Ces logements, fraîchement réhabilités selon les normes de la construction écologique, avaient obtenu le label vert international LEED (Leadership in Energy and Environment Design) pour leur efficacité énergétique, supérieure de 35 % à celle de logements standards.

    Si la présence de certaines molécules dans les logements vides n’a pas surpris les scientifiques – notamment des solvants utilisés dans les peintures (cyclohexanone, toluène, éthylbenzène et xylène) –, ils ont également décelé plusieurs composés dont la présence est généralement attribuée aux produits d’entretien et aux objets du quotidien. Il s’agissait par exemple de deux benzophénones (BP et BP-3) – des filtres de synthèse utilisés dans les crèmes solaires – et du phtalate de dibutyle (DBP), normalement retrouvé dans les vernis à ongles et parfums. Selon les chercheurs, ces substances pourraient provenir des peintures – bien qu’elles soient à faible émission de COV – et des produits de finition des sols.


  • CETA : un rapport critique qui arrive trop tard

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/14/ceta-un-rapport-critique-qui-arrive-trop-tard_5185534_3234.html

    L’accord commercial entre l’Europe et le Canada entre provisoirement en vigueur le 21 septembre.

    http://img.lemde.fr/2017/09/08/464/0/5568/2784/644/322/60/0/350dc6e_5974519-01-06.jpg

    Une expertise bienvenue, mais trop tardive : c’est ainsi que le gouvernement a accueilli le rapport qui lui a été remis, vendredi 8 septembre, par la commission d’évaluation de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada (Comprehensive Economic and Trade Agreement ; CETA), présidée par Katheline Schubert, économiste de l’environnement et professeur d’université à l’Ecole d’économie de Paris. Lors d’une conférence de presse, mercredi 13 septembre, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, a annoncé que « l’entrée en vigueur provisoire [du CETA] se fera le 21 septembre ». M. Lemoyne et Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, s’exprimaient pour tirer les « enseignements » de ce rapport.

    Installé par Emmanuel Macron en juillet, conformément à son engagement de campagne, ce panel de neuf experts a dû travailler en urgence pour éplucher en moins de deux mois les milliers de pages de cet austère traité de libre-échange, accusé par de nombreuses organisations de la société civile de favoriser les intérêts des multinationales au détriment des citoyens et de la planète.

    « Manque d’ambition » sur le plan environnemental

    Ce rapport, qui a le mérite d’apporter une analyse dépassionnée, reprend la plupart des réticences déjà soulevées depuis des années par les ONG au cours de leur travail de fourmi pour l’analyse de ce texte aride, négocié dans le secret.

    Sans verser dans le catastrophisme, les neuf experts soulignent plusieurs des faiblesses du CETA, à commencer par son « manque d’ambition » sur le plan environnemental. Elaboré avant la COP21, cet accord ne contient, en effet, ni engagement contraignant en matière climatique ni disposition pour limiter le commerce des énergies fossiles. En outre, en renforçant les flux commerciaux, il devrait mécaniquement augmenter l’émission de gaz à effet de serre, faute de s’attaquer au transport de marchandises.

    Le rapport relaie également les inquiétudes des agriculteurs et ONG européens, qui redoutent que la libéralisation des échanges agricoles ne donne la primeur au moins-disant canadien en matière de normes sanitaires et environnementales, affaiblissant du même coup l’agriculture européenne. Il relève ainsi les « exigences moindres » du Canada sur les pesticides, les OGM ou encore les activateurs de croissance (hormones et antibiotiques). « Le risque est que le CETA ne fournisse pas des conditions favorables aux objectifs de la transition écologique de l’agriculture », met en garde la commission.

    Des incertitudes sur la capacité des Etats à réguler

    Plus généralement, ce traité pourrait-il entraver la capacité des Etats à réglementer dans le domaine de l’environnement et de la santé ? Ses détracteurs le craignent, en soulignant le peu de cas fait dans le CETA du principe de précaution. Les neuf experts s’abstiennent de trancher ce débat hautement sensible. Si « les dispositifs actuels liés à l’application (…) du principe de précaution ne sont pas remis en cause », « l’absence de citation explicite de ce terme dans le texte de l’accord crée (…) une incertitude sur l’éventualité de contestation par le Canada de dispositifs futurs ». Signe de la complexité et de l’imprévisibilité de ces accords commerciaux, dont les effets ne peuvent souvent être pleinement évalués que plusieurs années après leur entrée en vigueur.

    La même incertitude demeure autour du nouveau mécanisme d’arbitrage des différends, qui doit offrir aux entreprises un moyen de contester devant une juridiction spéciale certaines décisions des Etats préjudiciables à leurs intérêts. Permettra-t-il aux multinationales de remettre en question les décisions politiques favorables à l’environnement (comme l’arrêt du nucléaire), au droit social (augmentation du smic) ou à la santé (réglementation des perturbateurs endocriniens), sous le regard complice de juges-arbitres à l’impartialité contestée ?

    Si le rapport salue les améliorations apportées par le CETA au vieux modèle des tribunaux d’arbitrage, qui offrent d’importantes garanties contre les abus et les dérives, l’accord ne dissipe pas « toutes les incertitudes et ambiguïtés qui découlent des mécanismes de protection des investissements ». La commission met en garde contre une « application non maîtrisée » de ce mécanisme d’arbitrage, qui pourrait amputer le pouvoir normatif des gouvernements, mais juge les risques limités : « Il n’est pas question de voir dans ce traité un instrument qui (…) entraînera un recul des politiques environnementales et sanitaires en Europe ou au Canada. »

    Le gouvernement refuse le coup d’arrêt

    Les neuf experts recommandent toutefois l’introduction d’un « veto climatique », qui protégerait le Canada et les Etats de l’Union européenne contre tout contentieux lié à leurs mesures de lutte contre le changement climatique.

    Une proposition qui arrive un peu tard, puisque le CETA, dont la négociation s’est achevée début 2016, doit entrer en vigueur dans une semaine, et ce alors que les ONG et l’interprofession de la viande réclamaient un report de cette échéance, voire une réouverture des négociations.

    Tout en assurant prendre en compte les recommandations de la commission de Mme Schubert, le gouvernement français se contente pour l’instant de temporiser, en renvoyant à la fin octobre pour de nouvelles propositions. Parmi les pistes sur la table figure la négociation d’un deuxième accord Europe-Canada, qui serait axé sur les questions climatiques pour compenser les lacunes du CETA.

    Entrée en vigueur imminente du traité

    Ratifié début 2017 par le Parlement européen, le CETA devrait entrer en vigueur provisoirement le 21 septembre. L’immense majorité de ses dispositions pourront s’appliquer immédiatement en Europe et au Canada. L’accord commercial devra toutefois subir un véritable parcours du combattant pour parachever sa ratification. Pas moins de 38 parlements nationaux et régionaux seront appelés à donner leur feu vert. Et ce n’est qu’à l’issue de cette procédure que pourrait entrer en vigueur son chapitre le plus controversé : le mécanisme d’arbitrage entreprises-Etats.