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NI ACTUALITÉS NI COMMENTAIRES, ..... DU COPIER-COLLER ET DES LIENS...

  • Les champions des rêves sous la loupe des chercheurs

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/09/19/les-champions-des-reves-sous-la-loupe-des-chercheurs_5187525_1650684.html

    Reportage dans le service des pathologies du sommeil de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, où des scientifiques étudient le rôle des rêves.

    « Tu te fous pas de ma gueule comme ça… Tu es restée m’attendre où ? Faut ­m’expliquer ça, hein ?… », s’énerve un homme, sur une vidéo. Dans un autre enregistrement, un monsieur pointe l’index puis dit : « Regarde. » Ces scènes banales pourraient être filmées dans la rue. Sauf que… les deux protagonistes dorment, sur un lit d’hôpital. Dans le service des pathologies du sommeil, à La Pitié-Salpêtrière (AP-HP, Paris), la somniloquie – fait de parler en dormant – est un thème de recherche à part entière.

    « C’est un comportement très répandu, qui existe ponctuellement chez sept personnes sur dix, même si les propos sont inintelligibles dans la moitié des cas, souligne la professeure Isabelle Arnulf, qui dirige ce service. Malgré cette fréquence élevée, la somniloquie avait été peu étudiée, beaucoup moins que son équivalent chez les oiseaux, le chant nocturne. » La neurologue a lancé un programme de recherche à partir d’enregistrements vidéo, ce qui n’avait jamais été fait. Elle en a désormais presque 900, une collection unique.

    Attaques de sommeil

    Le langage nocturne a-t-il des particularités ? Peut-il aider à comprendre le rôle du sommeil dans la mémorisation ? Quels sont les gestes associés ? Voilà les questions auxquelles s’est attelée la neuropsychologue et chercheuse Ginevra Uguccioni, initialement dans le cadre de sa thèse de doctorat en neurosciences, soutenue en 2015.

    Comme souvent pour ses recherches sur le sommeil et les rêves, l’équipe de La Pitié-Salpêtrière, l’une des plus en pointe en France dans ce ­domaine, a fait appel à une population particulière : des patients qui extériorisent leurs rêves. Ils sont atteints soit de troubles du sommeil ­profond (tel le somnambulisme ou les terreurs nocturnes), soit de troubles du comportement en sommeil paradoxal (TCSP), rencontrés dans la maladie de Parkinson, certaines démences ou encore la narcolepsie.

    Cette dernière se caractérise par de nombreux symptômes : « attaques de sommeil » irrépressibles dans la journée ; hallucinations ; rêves et cauchemars plus fréquents que dans la population générale, et dont ces patients se souviennent ­davantage. Les narcoleptiques sont aussi souvent des rêveurs lucides, c’est-à-dire qu’ils ont conscience de leurs rêves, et peuvent plus ou moins les contrôler.

    Parfois très handicapante pour les principaux intéressés, cette maladie neurologique rare – elle affecte 0,02 % de la population – permet donc un accès privilégié aux rêves, précieux pour les chercheurs. Le service d’Isabelle Arnulf suit quelque 700 narcoleptiques, dont 26 chez qui la maladie est survenue à la suite de la vaccination contre la grippe A H1N1, en 2009-2010.

    Consolidation nocturne des connaissances verbales

    En analysant finement les verbatim de centaines de somniloques, en collaboration avec des linguistes et des orthophonistes notamment, Ginevra Uguccioni a montré que le langage endormi n’est pas fondamentalement différent du langage éveillé, du point de vue de la sémantique et de la prosodie.

    « Ce qui ressort cependant, c’est l’emploi plus fréquent de mots négatifs et grossiers, et de phrases très affirmatives. Dans ces rêves parlés, les gens sont préoccupés », résume Isabelle Arnulf. Des comportements dont les somniloques n’ont parfois aucun souvenir. « Au début, on leur montrait leurs vidéos, mais on ne le fait plus car ils peuvent être choqués par leurs propos et leur agressivité », assure Ginevra Uguccioni.

    A partir de ces patients, la neuropsychologue a aussi précisé le rôle du sommeil dans la mémorisation. Depuis une dizaine d’années, il a été ­démontré que des connaissances nouvellement acquises sont réactivées pendant la nuit, ce qui contribue à leur stockage à long terme. Chez les somniloques, cette réactivation passe-t-elle par une répétition pendant le sommeil de mots ou d’un texte étudié la veille ?

    Pour vérifier l’hypothèse, Ginevra Uguccioni a demandé à une vingtaine d’entre eux d’apprendre par cœur un écrit juste avant le coucher. Afin de frapper les esprits, les chercheurs avaient sélectionné deux faits ­divers particulièrement glauques : une histoire de mère tuant son enfant, et une de cannibalisme.

    Les enregistrements des verbatim nocturnes des somniloques n’ont pas mis en évidence de lien avec les deux récits appris la veille. Mais chez ces patients (y compris ceux avec une ­ démence) comme chez les sujets contrôles sans trouble du sommeil, la mémorisation du texte s’est améliorée d’environ 20 % au réveil. Des résultats qui confirment la consolidation nocturne des connaissances verbales, même en cas de troubles du sommeil.

    Régulation de l’humeur

    Dans la salle dite de lecture, une dizaine de membres de l’équipe ont les yeux rivés sur de grands écrans. Ils analysent les nuits de patients hospitalisés pour un bilan de troubles du sommeil : tracés de l’électroencéphalogramme, de l’électrocardiogramme, de capteurs musculaires, respiratoires… mais aussi vidéos de ces personnes filmées en caméra infrarouge, une vue d’ensemble, une centrée sur le visage des dormeurs.

    C’est sur cette dernière que se concentre le docteur Jean-Baptiste Maranci pour observer leurs ­expressions faciales. Ce jeune psychiatre mène une étude inédite pour explorer les effets du sommeil sur la régulation de l’humeur et des émotions. « Généralement, on est de meilleure humeur au réveil, mais dans la dépression, le ­réveil est souvent le pire moment de la journée. Et si quelque chose se passait mal dans le sommeil paradoxal ? », s’interroge-t-il.

    Des travaux précédents ont établi que les dépressifs ont davantage de mouvements oculaires en sommeil paradoxal que les individus sans troubles de l’humeur. Pour aller plus loin, le ­ docteur Maranci traque sur les enregistrements toutes les mimiques exprimant une émotion pendant un rêve, positive (sourire) ou surtout négative : grimace de douleur, expression de peur ou de profonde tristesse. Et il vérifie si cette extériorisation de l’humeur est concomitante à une intensification des mouvements oculaires. Un travail de fourmi (trois jours d’analyse par ­patient) qui pourrait à terme avoir des retombées dans le domaine de la dépression mais aussi des troubles de stress post-traumatique.

    Autre membre de l’équipe, la chercheuse Delphine Oudiette conduit de son côté une étude originale pour déterminer si le sommeil, en particulier paradoxal, favorise la créativité. L’équipe a, là aussi, recours aux « champions du rêve », les narcoleptiques. Pour concevoir une méthodologie adaptée, elle s’est tournée vers un spécialiste de la créativité, Todd Lubart, professeur de psychologie à l’université Paris-Descartes.

    Les participants remplissent un questionnaire d’accomplissement créatif. Ils sont aussi soumis à des tests ­objectifs de créativité, avec des épreuves sur ordinateur et papier-crayon, ces dernières visant à « mesurer leur capacité à produire quelque chose d’original mais adapté au contexte », précise la scientifique. « Nous passons sans arrêt de l’étude du sommeil à celle des rêves, mais nous avons toujours le rêve en tête » s’enthousiasme Isabelle ­Arnulf. Les chercheurs aussi ont le droit de rêver.


  • Le dernier combat d’Anne Bert

    http://www.lemonde.fr/sante/article/2017/09/18/euthanasie-je-n-ai-pas-envie-de-me-planquer-je-veux-que-ce-soit-un-droit_518

    Rencontre avec l’écrivaine, atteinte de la maladie de Charcot, qui a médiatisé son choix d’aller mourir prochainement en Belgique

    Matinales radio, pleines pages dans les magazines et les journaux nationaux… En ce début d’automne, Anne Bert est partout. Difficile d’ignorer la décision de cette écrivaine de 59 ans d’aller prochainement mourir en Belgique pour mettre un terme à sa descente aux enfers. Atteinte de sclérose latérale amyotrophique (SLA), plus connue sous le nom de « maladie de Charcot », une pathologie neurodégénérative évolutive et incurable qui, petit à petit, la « momifie » et l’« emmure » vivante, elle a choisi de médiatiser sa décision dans l’espoir de faire évoluer la loi française interdisant l’euthanasie et le suicide assisté.

    Dans son bureau baigné d’une douce lumière, au premier étage d’une petite maison aux murs blancs nichée à Fontcouverte, à côté de Saintes, en Charente-Maritime, Anne Bert se tient droite sur la chaise, derrière sa table de travail. Elégante et lumineuse, la parole fluide, elle déroule avec aisance son histoire, expose ses arguments, enchaîne les formules percutantes. A quelques jours de l’échéance, elle donne encore largement le change.

    Et pourtant. Ses bras décharnés restent collés le long de son buste, l’obligeant à basculer tout son corps pour saisir quelque chose avec la bouche. Ses jambes tout aussi frêles ne la portent désormais pas plus loin que le jardin… Dissimulée par un foulard, une minerve lui maintient la tête. Elle ne boit plus qu’à l’aide d’une paille. « Je ne peux plus me nourrir ou me coucher seule, je n’arrive parfois plus à avaler, je vis comme un animal », lance-t-elle, confessant avoir perdu 15 kg en un an, accusant ce « corps cannibale » qui « divorce » d’elle, coupable de ce « désastre ».

    « L’émotion, c’est stérile »

    En quelques semaines, d’interviews en portraits, celle qui se dit « simple adhérente » de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), et qui assure ne pas être une « militante dans l’âme », a forcé sa nature « secrète » et s’est muée en porte-parole des partisans du droit à décider de sa mort. Une démarche pratiquement sans équivalent, les précédents exemples de départs en Suisse ou en Belgique ayant été médiatisés après la mort de la personne. « Je ne veux pas susciter l’émotion, ça ne m’intéresse pas, commente Anne Bert. Je veux susciter le débat, la prise de conscience. L’émotion, c’est stérile. »

    Elle désigne du menton la pile des lettres reçues ces derniers mois. Chaque jour, près d’une centaine de témoignages lui arrivent, par mail ou par courrier, écrits par des malades ou des familles de malades. Des lettres « magnifiques et bouleversantes » auxquelles elle dit regretter de ne plus avoir ni le temps ni la force de répondre. « J’aimerais pouvoir les réunir toutes et les publier », soupire l’ancienne directrice de collection.

    Cet été, elle a pu dicter un ultime livre. Dans Le Tout Dernier Eté (Fayard), qui sortira le 4 octobre, probablement après sa mort, l’auteure de textes érotiques et intimes chronique avec mélancolie son adieu au monde et à ses proches. Elle y égrène notamment tous ces moments, petits ou grands, qu’elle vit pour la dernière fois. « Pour moi, il n’y aura plus d’autre printemps (…), plus de chaleur écrasante et de vrombissements d’abeilles. De dîners au jardin jusqu’à plus d’heure, écrit-elle. Je vais descendre du manège enchanteur des saisons qui ne tournera plus pour moi. »

    En ce début septembre, le compte à rebours est entré dans sa phase finale. « Je suis en train de basculer vers l’écroulement, j’ai dépassé mes limites d’acceptation », dit-elle. Pour elle, la loi Claeys-Leonetti adoptée en décembre 2015 et autorisant depuis août 2016, sous certaines conditions, une « sédation profonde et continue » pour les malades en fin de vie n’est que de la « poudre aux yeux ». « Les malades comme moi sont abandonnés, c’est d’un mépris absolu de dire que la loi règle tous les cas. »

    « Honte que la France se déleste sur les autres pays »

    Dans la maison, son mari et sa fille s’affairent en silence au salon, au rez-de-chaussée. D’ici quelques jours, c’est avec eux et quelques proches qu’Anne Bert se rendra une dernière fois en Belgique, où un médecin généraliste et un neurologue ont accepté de la suivre. A l’issue d’une semaine d’hospitalisation dans un service de soins palliatifs, elle recevra une injection létale. « On ne précipite rien, on atermoie un peu », confie-t-elle, disant ne pas s’être lancée un « défi ». « Je me laisse la grande liberté, jusqu’à la dernière minute, de changer d’avis. »

    Comme le prévoit la loi belge, elle a réitéré à trois reprises son souhait depuis décembre. « Je suis apaisée de savoir qu’une équipe m’attend, dit-elle. Mais je suis en colère que ce soient des motifs religieux qui empêchent de voter une telle loi chez nous. J’ai honte que la France se déleste de ça sur les autres pays. C’est comme quand elle fermait les yeux sur les avortements en Angleterre ou sur les faiseuses d’anges. »

    A-t-elle envisagé de demander à des médecins de l’aider à mourir en France, en toute discrétion, comme cela se pratique parfois ? « J’aurais pu le faire, mais je ne veux pas que mes amis se retrouvent au tribunal, je n’ai pas envie de me planquer, je veux que ce soit un droit. » Elle a également refusé de se rendre en Suisse pour bénéficier d’une aide active à mourir. « Je ne comprends pas qu’il faille dépenser près de 6 000 euros pour cela, dit-elle. Pour moi, ça s’assimile à du business, je ne veux pas cautionner ce que je réprouve. »

    Nouveau texte d’ici deux ou trois ans

    Parvenue au terme de son marathon médiatique, Anne Bert continue de garder un œil sur la façon dont celui-ci est reçu sur le Web. Elle s’aventure ainsi à lire les commentaires – parfois violents et hostiles – de lecteurs sous les articles qui lui sont consacrés. A l’aide de son logiciel de dictée, elle interpelle même parfois directement sur Twitter ceux qui critiquent sa décision. « Culture de mort… ça veut dire quoi dans un pays soumis au tabou de la mort ? Non c’est la culture de la vie, et la mort en fait partie », a-t-elle par exemple répondu à quelqu’un qui l’accusait de la propager.

    Déçue par ce qu’elle estime être une promesse non tenue de François Hollande, elle a interpellé au printemps les principaux candidats à l’élection présidentielle. Elle s’est entretenue longuement cet été au téléphone avec la ministre de la santé, Agnès Buzyn. « Elle m’a affirmé n’avoir jamais été confrontée, en tant que médecin, à une demande de patient pour abréger ses souffrances. Soit elle est de très mauvaise foi, soit je ne sais pas dans quel monde elle vit », soupire-t-elle. Malgré l’extrême prudence d’Emmanuel Macron sur le sujet, Anne Bert est convaincue qu’un nouveau texte de loi sera voté d’ici deux ou trois ans. « Parce que, à un moment donné, la France va avoir ce courage. »


  • Entre la Silicon Valley et les Américains, le climat a changé

    http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/09/18/haro-sur-la-silicon-valley_5186999_4408996.html

    La puissance des géants des technologies commence à inquiéter sérieusement l’opinion américaine et la classe politique. Les appels à la réglementation se multiplient.

    Le lancement en fanfare de l’iPhone X, le 12 septembre, n’a pas pu masquer l’évidence : les nuages s’accumulent sur la Silicon Valley. Même le dernier-né des smartphones d’Apple n’a pas été accueilli avec l’enthousiasme habituel, en dépit de son bestiaire de nouveaux emojis à tête de panda, de singe ou de robot. Le prix, déjà, est de plus en plus inabordable (1 159 euros pour la version de base). Surtout, la nouvelle fonction de reconnaissance faciale se révèle être un facteur anxiogène. Apple a beau l’appeler iPhone 10, la lettre X donne à son nouveau jouet une aura de mystère et, pour employer le mot à la mode, de dystopie. « Pour la première fois, une compagnie va disposer d’un outil de reconnaissance faciale avec des millions de portraits et l’équipement pour scanner et identifier les visages partout dans le monde », s’émeut le juriste Jake Laperruque, dans le magazine Wired.

    Entre les Américains et la Silicon Valley, le climat a changé. Chaque jour apporte un cortège d’informations embarrassantes pour la « Tech ». Facebook va d’aveux en promesses de corriger les erreurs. Devant la commission d’enquête parlementaire sur les ingérences russes dans l’élection présidentielle de 2016, le réseau social a dû exposer les failles de son modèle de vente de publicités personnalisées. En pleine campagne électorale, plus de quatre cents faux comptes liés à la Russie ont pu acheter pour 100 000 dollars (83 581 euros) de publicités et diffuser quelque trois mille messages sur des sujets aussi polémiques que l’immigration, les droits des homosexuels, le racisme, le contrôle des armes à feu, influençant potentiellement le scrutin.

    La firme de Mark Zuckerberg est maintenant visée par un mandat de perquisition du procureur spécial Robert Mueller. Si l’on en croit le professeur Benjamin Edelman, d’Harvard, cité par le New York Times, ses ingénieurs s’y perdent eux-mêmes dans la complexité de leur système de collecte de publicités, à la fois automatisé et manuel. Et « la machine a son propre cerveau », ajoute-t-il.

    « Le pouvoir de Google »

    Google fait l’objet d’une nouvelle plainte pour sexisme, cette fois en nom collectif, déposée le 14 septembre par trois anciennes ingénieures s’estimant sous-payées et surtout sous-promues. Le moteur de recherche continue aussi d’être sous le feu des accusations d’avoir évincé du think tank New America, qu’il finance, un chercheur qui s’était félicité de l’amende qui lui a été imposée en juin par la Commission européenne pour abus de position dominante. « Le pouvoir de Google sur le marché est aujourd’hui l’un des défis les plus importants pour les responsables des politiques de concurrence dans le monde », écrivait le chercheur Barry Lynn, parti créer une structure indépendante avec son équipe.

    Il y a longtemps que des insiders, comme Jaron Lanier, de Microsoft Research, ont montré que les géants de la Vallée, en s’appropriant gratuitement les données des utilisateurs, contribuaient à l’appauvrissement des classes moyennes. Des années, aussi, que la Commission européenne tente d’imposer des limites à l’hégémonie des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Mais les critiques restaient largement confidentielles. L’Europe était jugée incorrigiblement étatique, réticente aux innovations. Les sceptiques étaient relégués au rang de passéistes, d’Amish du numérique, ou mépris suprême, de luddites hostiles au progrès.

    La critique est tendance

    Aujourd’hui, les Cassandre ont pignon sur rue dans les médias. Les tribunes se succèdent sur le thème : l’âge d’or est fini pour la Silicon Valley. La Tech est rebaptisée « Big Tech », comme on disait hier « Big Oil », pour la tentaculaire industrie pétrolière. « Faut-il casser Google » ? Le moteur de recherche n’est-il pas « trop puissant ? », s’interroge Fox News, qui le soupçonne, il est vrai, de sympathies démocrates. Selon Politico, Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la concurrence, qui arrive lundi 18 septembre à Washington, va trouver une atmosphère nettement plus accueillante. Le « fan-club » américain de cette dernière est en « pleine expansion », constate le magazine. « L’Antitrust est de retour », exulte Luther Lowe, l’un des responsables de Yelp, la plate-forme de recommandations qui croise le fer depuis des années avec Google, accusé d’abus de position dominante.

    Longtemps, les jeunes innovateurs ont été accueillis avec bienveillance dans la capitale fédérale. Avec Barack Obama, c’était fusionnel. Quelque 250 cadres sont passés de Google à la Maison Blanche, et inversement. En fin de mandat, le président démocrate a alerté ses compatriotes sur les « méfaits » qui risquaient d’accompagner les « bienfaits » apportés par les technologies. Mais le débat a été escamoté pendant la campagne électorale. Aujourd’hui il revient comme un boomerang. De l’engorgement des villes par les chauffeurs Uber aux « fake news » et à l’agressivité grandissante de la société, la Silicon Valley – « le sombre centre d’un pouvoir sans contrôle », selon l’expression de Ben Smith, le rédacteur en chef de Buzzfeed – est rendue responsable de tous les maux de l’époque.

    Ses géants se présentent comme les champions de l’individualité et de la diversité, « alors que leurs algorithmes nous poussent à la conformité et écornent notre vie privée », tempête le journaliste de The Atlantic, Franklin Foer, dans un livre (World Without Mind, The Existential Threat of Big Tech, Penguin Press) publié le 12 septembre et déjà dans les meilleures ventes aux Etats-Unis.

    Menace pour la démocratie ?

    Washington ne peut plus rester inactif. Quarante-cinq pour cent des Américains reçoivent leurs informations par l’intermédiaire de Facebook. Si on inclut Instagram, WhatsApp et Messenger, la plate-forme de Mark Zuckerberg contrôle 80 % du trafic des réseaux sociaux sur mobile. La part de marché de Google dans les recherches en ligne dépasse 85 % aux Etats-Unis. Amazon assure 43 % des ventes en ligne… Et depuis l’élection, surtout, la menace sur la démocratie est prise au sérieux. « Sans Facebook, Trump serait-il président aujourd’hui ?, s’est interrogée Margaret Sullivan dans le Washington Post. Il y a de plus en plus de raisons de penser que la réponse est non. »

    Analyse similaire pour Evan Williams, l’un des fondateurs de Twitter, la plate-forme dont le président fait un usage immodéré. Donald Trump n’est que le « symptôme » d’un problème plus large, a-t-il déclaré à la BBC, celui de la dictature de la publicité ciblée instantanée, un système qui « abêtit le monde entier ».

    A peine le show Apple terminé, à Cupertino, le sénateur démocrate Al Franken a publié une lettre au PDG Tim Cook réclamant des éclaircissements sur la manière dont la firme entend gérer les questions d’atteinte potentielle à la vie privée. Que fera Apple si le gouvernement, comme l’a fait la NSA pour les communications électroniques, réclame les clés de son système de reconnaissance Face ID ? Quelles sont les mesures de protection de l’utilisateur si la police parvient à débloquer son smartphone en le brandissant devant son visage ? D’autres parlementaires réfléchissent à la manière de soumettre Facebook et Google, qui assurent 80 % des publicités en ligne, aux mêmes règles que les médias traditionnels sur les messages politiques.

    Pour une fois, conservateurs et progressistes font cause commune. L’ancien conseiller de M. Trump, Steve Bannon, l’a répété le 12 septembre à Hongkong : c’est lui qui avait « pris la tête », à la Maison Blanche, du camp qui voulait imposer aux entreprises technologiques les mêmes réglementations que les compagnies de téléphone ou d’électricité ; un scénario de cauchemar pour Google et Facebook, qui résistent depuis des années à l’idée d’être considérés comme autre chose que des plates-formes.

    A gauche, Bernie Sanders a fait la même proposition. Réglementation, scission, réforme de la loi antitrust ? Washington soupèse les formules. Quel que soit le résultat, le « backlash » (contrecoup) est réel. Comme Wall Street après des années de « greed » (cupidité), les titans de la Tech sont rattrapés par leurs excès.


  • Où sont les extraterrestres qui nous observent   ?

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/09/18/ou-sont-les-extraterrestres-qui-nous-observent_5187048_1650684.html

    Une équipe internationale a identifié les exoplanètes depuis lesquelles les astres de notre Système solaire seraient visibles.

    A l’heure où ces lignes sont écrites, Exoplanet.eu, le site officiel qui recense les planètes extrasolaires, compte près de 3 700 références dans son catalogue. La majeure partie de ces autres mondes ont été découverts par le télescope spatial Kepler de la NASA grâce à la méthode dite des transits : l’instrument surveille un grand nombre d’étoiles et ­détecte les faibles baisses de ­luminosité qui se produisent lorsqu’une exoplanète passe ­devant le disque stellaire.

    Cette technique donne aux ­astronomes des renseignements sur les planètes repérées, comme leur diamètre, la durée de leur ­révolution et la distance qui les sépare de leurs soleils.

    Point de vue inversé

    Dans une étude acceptée pour ­publication par les Monthly ­Notices of the Royal Astronomical Society, une équipe internationale a inversé le point de vue : si des extraterrestres disposaient d’un instrument analogue à ­Kepler, depuis quelles exoplanètes pourraient-ils détecter les corps du Système solaire ? En effet, pour fonctionner, la méthode des transits nécessite une configuration astrale particulière : l’instrument, l’étoile ­visée et ses exoplanètes doivent se trouver dans le même plan. Ces chercheurs ont donc fait un peu de géométrie dans ­l’espace – à tous les sens du terme – pour définir la petite portion du firmament où le transit des huit compagnons du Soleil est visible.

    Une fois cette région – la zone de transit – dessinée, ces astronomes l’ont superposée au catalogue d’Exoplanet.eu afin de ­déterminer combien de planètes extrasolaires elle contenait. La liste se révèle courte : seulement 68 astres référencés peuvent observer le transit d’au moins une planète du Système solaire. La Terre n’est détectable que depuis neuf d’entre eux. Et, a priori, aucune de ces neuf exoplanètes n’est habitable, soit parce qu’il s’agit d’une géante ­gazeuse, soit parce qu’il y fait trop chaud ou encore trop froid.

    Modélisation du voisinage

    Mais les auteurs de l’étude ne se sont pas découragés. Ils se sont dit : « Ce n’est pas parce qu’on n’a pas encore détecté de planète ­habitable de type terrestre dans la zone de transit qu’il n’y en a aucune. » Après une modélisation de notre voisinage, ils estiment que dix exo-terres pourraient se promener dans cette zone de transit. Ne reste plus qu’à les trouver…

    Pour Jean Schneider, chercheur à l’Observatoire de Paris et créateur d’Exoplanet.eu, « même si l’idée n’est pas nouvelle, cette étude est intéressante car elle quantifie la probabilité d’être dans la bonne configuration pour détecter la Terre ». Cependant, l’astronome reste un peu gêné. « C’est toujours très anthropomorphique comme discussion : cela suppose que les extraterrestres ont les mêmes concepts scientifiques que nous. Or, Kant explique que les concepts ne résultent pas des observations mais de ­notre esprit. Avec notre esprit, nous avons construit un monde, mais qui sait ce que d’autres civilisations ont imaginé ? »

    Et, même si E.T. pense comme nous, il est possible, dit Jean Schneider, s’appuyant sur une étude facétieuse de 2016, qu’il nous cache le transit de sa planète, en émettant une grande quantité de lumière pour compenser la baisse de ­luminosité de son étoile. Comme une cape d’invisibilité à l’échelle d’une planète !

    #They_live

    • Pour ajouter un peu d’optimisme :
      dans un podcast récent, Chris McKay faisait la remarque que la vie peut peut­-être se trouver aussi dans les lunes de grosses planètes, comme Enceladus autour de Saturne. Et là, plus besoin pour une planète d’être dans la zone ni trop près ni trop loin du soleil, vu que l’énergie nécessaire à la géologie vient de la déformation de la lune due à l’attraction et non de l’étoile avoisinante.

      We discovered oceans on Europa, oceans on Enceladus. And we struggled at first to understand how could there be oceans out there so far, so cold? And the answer turns out to be tidal heating. As those small moons go around these giant planets, they get squeezed by the gravity of these giant worlds, and that squeezing generates heat.

      So their oceans are warmed not by sunlight, like the Earth, but by gravitational heating. And that has enabled large oceans on many moons. And, in fact, it may be that the oceans in the universe, there’s more oceans in the universe driven by tidal heating, than driven by sunlight. So our ocean may actually be the oddball, rather than the typical case.

      https://www.nasa.gov/ames/nisv-podcast-Chris-McKay


  • De l’erreur de calcul à l’erreur judiciaire | CNRS Le journal
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/de-lerreur-de-calcul-a-lerreur-judiciaire

    Derrière l’objectivité des chiffres avancés dans certaines affaires judiciaires se dissimule parfois une utilisation mal maîtrisée ou dévoyée des mathématiques. La mathématicienne Leila Schneps décortique ce phénomène redoutable lors d’un entretien paru dans le dernier numéro de la revue « Carnets de science ».

    #justice #erreur_judiciaire #états-unis

    • Les cours de maths devraient contenir une multitude de questions sans « bonne  » ni « mauvaise  » réponse – deviner combien il y a de bonbons dans le bocal, par exemple, ou estimer la hauteur des bâtiments alentour ou le nombre de mètres carrés de papier peint qu’il faut pour tapisser la salle de classe.

      QFT ! J’ai fait des études de maths (plutôt pures) et j’ai mis des années à me débarrasser de l’exigence de précision qu’on m’avait inculquée. Ce n’est qu’en travaillant avec des physiciens que je me suis rendu compte de la puissance et la rapidité du calcul approximatif.
      Maintenant j’y arrive à peu près (à coup de problèmes de Fermi) mais c’est certainement quelque chose que j’aurais aimé savoir faire bien plus tôt dans ma carrière (et ma vie de tous les jours).


  • « La destruction de l’environnement est-elle une condition de la croissance ? »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/16/la-destruction-de-l-environnement-est-elle-une-condition-de-la-croissance_51

    Des études alarmantes sur la dégradation de la biodiversité ne suscitent aucune réaction à la hauteur des enjeux. Peut-être parce que cette destruction de la nature pourrait doper la croissance, estime dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».

    Ce fut l’étude-choc de l’été. Mi-juillet, dans la revue de l’Académie des sciences américaine, Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique) et ses coauteurs donnaient une idée de ce qu’il reste de vivant – sans compter les sept milliards d’humains et la cohorte immense de leurs animaux domestiques – à la surface de la Terre. Au total, concluaient les chercheurs, sur les quelque 180 espèces de mammifères étudiées, presque toutes ont perdu plus de 30 % de leur aire de répartition depuis le début du XXe siècle et 40 % en ont abandonné plus de 80 %… Depuis 1970, ce sont au moins 50 % des animaux qui ont disparu.

    Ces chiffres suscitent bien sûr l’effroi, comme avant eux une litanie de travaux alarmants sur l’érosion de la vie à la surface de la Terre. Et pourtant, rien ne change. Comment mobiliser les responsables politiques, les capitaines d’industrie, les médias ? Comment convaincre de cette évidence qu’il ne faut pas laisser le vivant s’étioler ?

    Rien de ce qui n’a pas un intérêt économique immédiatement chiffrable ne semble pouvoir être sauvé. Alors, depuis la fin des années 1970 et singulièrement depuis une quinzaine d’années, économistes et écologues ont développé la notion de « services écosystémiques » : il s’agit de chiffrer les services rendus gratuitement par la nature. La pollinisation (service rendu par les abeilles, certains insectes, oiseaux, etc.) « pèse » ainsi plusieurs centaines de milliards de dollars annuels ; les bénéfices d’un kilomètre de mangrove (absorption de carbone, protection des zones côtières, etc.) sont généralement évalués à plusieurs centaines de milliers de dollars par an ; ceux des récifs coralliens de Guadeloupe s’élèvent, chaque année, à une centaine de millions d’euros, etc. Chaque écosystème pourrait, à l’extrême, avoir une valeur chiffrée et être ainsi intégré au fonctionnement des économies. Afin, bien sûr, de le protéger.

    Un terrible malentendu

    Mais il y a peut-être là, hélas, un terrible malentendu. Un malentendu qui pourrait rendre vaine toute volonté de protéger la nature en évaluant la valeur des services qu’elle nous rend gratuitement. Et si la destruction de l’environnement n’était pas seulement une conséquence fortuite de la croissance économique, mais aussi et surtout l’un de ses carburants ? Et si l’érosion des services écosystémiques était, quelle que soit leur valeur, l’une des conditions déterminantes de l’accroissement du produit intérieur brut ? Et si, en un mot, la destruction de la nature était nécessaire à la croissance ?

    C’est l’idée, assez radicale mais aussi stimulante, soutenue en 2002 par deux économistes italiens dans un article publié par la revue Ecological Economics. Voici comment Stefano Bartolini (université de Sienne, Italie) et Luigi Bonatti (université de Trente, Italie) résument l’affaire dans leur jargon : « Nous présentons dans cet article une vision de la croissance différente du paradigme dominant, expliquent-ils, avec un sens aigu de la litote. Nous modélisons la croissance comme un processus dirigé par les réactions de défense des individus face aux externalités négatives générées par le processus de production. »

    Schématiquement, les deux économistes proposent donc une vision dans laquelle l’activité économique dégrade le tissu social et environnemental. Conséquence de cette dégradation, les services que rendent gratuitement l’environnement social (garder vos enfants, aller vous chercher du pain à la boulangerie, réparer votre système d’exploitation Windows, etc.) ou naturel (polliniser vos cultures, maintenir la fertilité des terres agricoles, etc.) s’érodent. Pour pallier la disparition de ces services gratuits, les agents économiques ont recours à des services marchands. Mais pour y avoir recours, ils doivent disposer de moyens financiers plus importants et doivent donc accroître leur activité économique. Et, ainsi, contribuer à nouveau, un peu plus, à la dégradation du tissu social et environnemental, etc. La boucle est bouclée.

    Une sorte de « grand remplacement »

    Si cette vision de la croissance est juste, alors toute politique dont le but ultime est l’augmentation du produit intérieur brut est vouée à détruire l’environnement. Rien ne pourrait être sauvé, car l’objectif ultime à atteindre serait une sorte de « grand remplacement » des services gratuits (offerts par la nature ou les structures sociales) par des services commerciaux qui, eux, dopent le PIB. D’où ce paradoxe : plus un écosystème est précieux, plus il peut être rentable, pour maximiser la croissance, de le détruire.

    Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement (AFD), réserve son opinion sur les conclusions de MM. Bartolini et Bonatti, mais confirme l’existence de situations dans lesquelles produire une externalité négative (avoir un accident de voiture, polluer une rivière…) peut augmenter le PIB. « La disparition des abeilles n’est d’ailleurs pas une si mauvaise nouvelle pour certains économistes, puisqu’elle pourrait conduire au développement et à la commercialisation de solutions techniques de pollinisation », déplore-t-il. Au reste, ce mouvement est en marche : de plus en plus, pour pallier l’absence des pollinisateurs sauvages, qui disparaissent plus vite encore que les abeilles, des apiculteurs développent des services commerciaux de location de leurs ruches, afin de polliniser les plantations d’amandiers, de pommiers, etc. C’est déjà, en Amérique du Nord, une industrie…

    Il faut donc espérer que nos deux économistes italiens se trompent. Car, s’ils ont raison, le fait de se diriger vers un monde devenant progressivement invivable pourrait ne jamais être signalé à nos responsables politiques par une chute de la croissance. Leur unique boussole les amènerait ainsi, et nous avec, droit sur l’orage.


  • La Suède refuse l’asile à une réfugiée afghane de 106 ans

    http://www.20minutes.fr/monde/2126915-20170905-suede-refuse-asile-refugiee-afghane-106-ans

    Aujourd’hui menacée d’expulsion, la vieille dame a déposé un premier recours...

    Bibihal Uzbekin pensait que son calvaire était terminé. Cette réfugiée afghane de 106 ans, qui a traversé l’Europe en 2015 sur le dos de son fils et de son petit-fils pour rejoindre la Suède, vient de se voir refuser l’asile par les autorités suédoises, a rapporté l’agence Associated Press.
    La famille de la vieille dame, gravement handicapée et qui peut à peine parler, a décidé de faire appel de cette décision de justice.

    « Un âge avancé n’est pas une condition en soi pour obtenir l’asile »
    « L’Afghanistan n’est pas un pays suffisamment dangereux », a expliqué Sanna Vestin, du Swedish Network of Refugee Support Groups. « En règle générale, un âge avancé n’est pas une condition en soi pour obtenir l’asile », ont par ailleurs expliqué les autorités suédoises.


  • Massive Weenie Resigns From Harvard Job Because He Can’t Stand Chelsea Manning

    https://splinternews.com/massive-weenie-resigns-from-harvard-job-because-he-cant-1809946716

    Michael Morell, the former acting director of the Central Intelligence Agency, announced on Thursday that he was resigning from a fellowship at Harvard because he couldn’t stand the thought of the school also offering an unrelated fellowship to Chelsea Manning.

    This is where we tell you that this is all nonsense. Although it’s a frequently-used line of attack, the federal government has never publicly provided proof that Manning’s leaks—which were used by the most prestigious news outlets in the world and revealed, among other things, that civilian casualties in Iraq and Afghanistan were far higher than previously known—caused the deaths of any Americans.

    Interestingly, there’s been loads of evidence that the CIA’s programs of indiscriminate drone strikes and brutal torture—both of which Morell has publicly and enthusiastically supported—caused a great deal of death and despair to people. But Manning is the immoral one.

    Manning’s 35-year sentence was a punishment so severe that, when Barack Obama commuted it, he said it was without “historical precedent.”


  • Dangerosité du glyphosate : quand l’Union européenne copie-colle un rapport de Monsanto

    http://rmc.bfmtv.com/emission/dangerosite-du-glyphosate-quand-l-union-europeenne-copie-colle-un-rapport

    En 2015, un rapport de l’Union européenne avait conclu à la non dangerosité du glyphosate. Mais selon notre enquête, une centaine de pages de ce rapport sont de simples copier-coller d’un rapport de 2012 élaboré par Monsanto.

    L’Union européenne a-t-elle menti sur la dangerosité du glyphosate, cet herbicide controversé ? Le glyphosate est le principal composant du Roundup, herbicide produit par Monsanto et classé cancérigène par l’Organisation mondiale de la Santé en 2015.

    Pourtant, en 2015, un rapport de l’Union européenne avait conclu à la non-dangerosité de ce produit. Mais RMC a constaté qu’au moins une centaine de pages de ce rapport ont été directement copiées collées d’une étude de Monsanto. Ces passages repris mot pour mot concernent des points cruciaux du rapport sur les risques de cancer et d’impact sur la reproduction. Toutes les études sont concernées, y compris celles présentées comme des études indépendantes.

    Et toutes les études qui tendent à prouver la dangerosité de l’herbicide sont rejetées comme non fiables par l’Union européenne. Par exemple, dans une étude menée au Paraguay, les résultats établissent un lien entre l’exposition aux herbicides et des enfants nés avec une malformation. Cette étude n’est pas fiable selon les experts européens qui estiment qu’elle doit être approfondie. Sauf que là encore, c’est ce que disait mot pour mot Monsanto. Et l’Union européenne ne s’est pas penchée sur cette étude.


  • Groupe HUKO, iPads et iPocrisie, 2014
    https://sniadecki.wordpress.com/2017/09/14/huko-ipocrisie

    Comment envisager, avec sérieux et rigueur éthique, de promouvoir l’humanisme en se servant d’outils qui incarnent la négation même de cet humanisme ? Cet humanisme qu’évoquent les plus hauts responsables du système scolaire français implique au minimum le respect des autres êtres humains, et bannit l’idée de les exploiter au profit d’une poignée de privilégiés : nos propres enfants. La contradiction est flagrante entre la fin et les moyens. Ce dilemme philosophique, certes classique si on le résume en ces termes, revêt de nos jours une ampleur et une acuité inconnues auparavant. Car c’est le gouvernement lui-même qui organise le cynisme en collant de force, dans les mains des professeurs et des jeunes, du matériel fabriqué par des néo-esclaves. Le parallèle avec les modes de décervelage dictatoriaux de la jeunesse dans la première moitié du XXe siècle n’est pas anecdotique : lorsque le capitalisme se trouve dans une phase critique, ce qui est le cas depuis 2007 11, la tentation est grande, chez une partie de l’élite, de s’en remettre à des formes dictatoriales de pouvoir. C’est cela et rien d’autre qui se joue aujourd’hui ; l’introduction des iPads à l’école ou la montée des droites extrêmes dans la quasi-totalité des pays européens en sont des indices certains.

    Ne confondons pas le « libre choix » de chacun, y compris d’acheter des produits non éthiques, avec l’imposition, par l’État lui-même, d’un matériel issu de l’esclavage moderne. Surtout lorsque ce matériel, comme les iPads, est destiné à un secteur tout à fait particulier : les enfants, les jeunes et leur éducation. Tout se passe comme si les générations adultes, sur le déclin, montraient l’exemple le pire aux générations montantes : un monde dans lequel, en dernière analyse, chacun peut écraser son prochain sans état d’âme. Ce n’est pas une sorte de prétendue pureté de l’enfance qu’il faudrait conserver – pieux mensonge réactionnaire. Mais, comme l’expliquait Hannah Arendt dans La crise de l’éducation 12, si les nouvelles générations doivent être protégées par le monde des adultes car elles en représentent l’avenir, ce monde des adultes doit aussi se protéger des nouvelles générations.

    #numérique #iPad #tablettes #école #éducation #esclavage #Foxconn #critique_techno


  • Did a Must-Do Attitude Contribute to Collisions ? | U.S. Naval Institute
    https://www.usni.org/magazines/proceedings/2017-09/did-must-do-attitude-contribute-collisions

    Dans les Proceedings de l’USNI, un questionnement très axé sur la sociologie des organisations autour des abordages des #USS_Fitzgerald et #USS_John_S_McCain
    Il commence par affirmer :

    It is likely that technical failure played little or no role.

    This is why we hypothesize that both warships had information that they were standing into danger, which, if acted upon, would have avoided the collisions.

    With that hypothesis in mind, the following are three areas of inquiry for the Navy investigators:

    What were the barriers to speaking up at the operator level? If there was information on the warship and it was known to operators, did they voice it? If they kept it to themselves, what got in the way of their speaking up? Specifically, the question to be answered is what were the organizational and cultural factors that presented obstacles to saying something. This should not be an investigation into the performance or character flaws of the particular operator; this is an inquiry into the practices around expressing dissenting and differing opinions.

    • What were the barriers to taking action at the officer level? If information was voiced, why was it dismissed or not acted upon? To what degree was there a bias against action by the bridge teams, as evidenced by their day-to-day interactions with the captain? The investigation should examine the language used among the officers and between the teams and the captains. The mindset of decision-makers relative to performance goals should be probed. Was their objective to achieve excellence—what psychologists call a performance-approach mindset—or was it to avoid errors, which psychologists call a performance-avoid mindset?  Understanding this is important, because studies have correlated performance-avoid mindsets with worse outcomes. This is an inquiry into the practices around initiative and action.

    What were the barriers to certification at the command level? The Navy has a process for readiness that requires the captain and the commodore to certify that the ship is ready to deploy. The question is how rigorous are those certifications, and how many of the previous ones resulted in failures. How often in the past three years, for example, were ships delayed in deploying because of inadequacies in training readiness? No certifying officer wants to rush a ship out on deployment that isn’t ready, but reporting up the Navy chain that a ship will not make a deployment date is also embarrassing and comes at a cost to professional reputation. If ships never fail certification then this step is simply another performance step preceding deployment. This is an inquiry into the practices of speaking truth to power.
    […]
    The thrust of the three areas of inquiry listed here is to see if Navy crews, like the El Faro crew, are trapped in production work. It is natural to want to do our jobs well, and we don’t want to feel like failures. We don’t want to tell our bosses we can’t do something. This is particularly true for the men and women of the U.S. Navy, which is a #can-do organization. Unfortunately, this dedication to doing can result in a #must-do attitude that sometimes clouds judgment. That is worth investigating.

    • Ball Diamond Ball - The U.S. Navy’s Failure To Reorient To Danger – gCaptain
      http://gcaptain.com/ball-diamond-ball-u-s-navys-failure-reorient-approaching-danger


      USN Guided-missile destroyer USS Mitscher (DDG 57) lights up its mast to indicate restricted in ability to maneuver (RAM) during night delayed landing qualifications.
      Photo via US Navy

      (le Mitscher porte la version nocturne (feux) des marques navire à capacité de manœuvre restreinte dont la version diurne (soit la superposition des marques boule, bicône, boule) se dit en anglais ball, diamond, ball)

      Such is the case with Captain L. David Marquet, US Navy retired who, as Commanding Officer of a submarine, developed a radical new method of leadership that may be the missing link between the psychological research of Gary Klein, innovative communication structures (e.g. Donald Vandergriff’s Mission Command philosophy) and the proven teachings of John Boyd.

      After being assigned to command the nuclear-powered submarine USS Santa Fe, then ranked last in retention and operational standing, Marquet realized the traditional leadership approach of “take control, give orders,” wouldn’t work. He turned his ship around by creating a leader-leader command structure… treating the crew as leaders, not followers, and giving control, not taking control. This approach took the Santa Fe from “worst to first,” achieving the highest retention and operational standings in the navy.

      The leader-leader model not only achieves great improvements in effectiveness and morale but also makes the organization stronger,” says Marquet in his bestselling book Turn the Ship Around!: A True Story of Turning Followers into Leaders. “Most critically, these improvements are enduring, decoupled from the leader’s personality and presence. Leader-leader structures are significantly more resilient, and they do not rely on the designated leader always being right. Further, leader-leader structures spawn additional leaders throughout the organization naturally. It can’t be stopped.

      Éditorial de Joseph Konrad (gCaptain) mettant fortement en avant les idées de David Marquet (qui a l’avantage, de son point de vue, d’être un ancien de la maison…) qui se termine par la vidéo du commentaire précédent.


  • "Gestion prédatrice, spoliation" : l’actionnaire chinois de l’aéroport dans le colimateur

    http://www.ladepeche.fr/article/2017/09/13/2644570-gestion-predatrice-spoliation-l-actionnaire-chinois-dans-le-colima

    Dans un document titré « Aéroport de Toulouse-Blagnac : histoire d’une spoliation », le groupe d’opposition « Métropole citoyenne » du conseil communautaire de la métropole de Toulouse dénonce la « gestion prédatrice » de l’actionnaire chinois. Propriétaire de 49,99 % des parts de l’aéroport depuis 2014, Casil Europe s’est versé 20,3 millions de dividendes en 2015 et 2016. 

    « En prélevant la totalité des bénéfices générés par la plateforme en 2015 (4,991 M€) et en 2016 (7,85 M€), et en puisant 15 M€ dans les réserves financières constituées avant son entrée au capital par les gestionnaires publics d’ATB, le consortium Casil Europe s’est versé en deux ans l’équivalent d’une dizaine d’années de dividendes du temps où la puissance publique dirigeait la société », constatent les conseillers de « Métropole citoyenne » (1). « Aucune société ne pratique de tels niveaux de prélèvement sur les bénéfices pour le versement de dividendes (...) De nombreuses sociétés interdisent même par statut de telles pratiques. Il s’agit là de prédation, pas de gestion responsable », considèrent Marc Péré, François Lépineux, Bernard Sancé et Nathalie Simon Labric.


  • première apparition publique de Chelsea Manning

    http://www.liberation.fr/futurs/2017/09/13/on-etait-a-la-premiere-apparition-publique-de-chelsea-manning_1595996

    La lanceuse d’alerte, source de WikiLeaks, a fait une visite surprise mardi à Noisebridge, le hackerspace de San Francisco et appelé les codeurs à s’interroger sur les conséquences sociales des systèmes qu’ils construisent.

    Au fil de l’échange, puis des questions du public, Manning s’alarme de la militarisation de la police américaine – « de plus en plus de tactiques policières sont des copiés-collés de tactiques militaires » –, revient sur son combat de « seule personne ouvertement trans » dans la prison où elle était incarcérée, et appelle à l’engagement : « Les techniques de protestation sont efficaces, les gens ont réellement du pouvoir. Le mieux que nous puissions faire, c’est de nous manifester en nombre. »

    Lorsque l’assistance lui demande si elle referait le choix de faire « fuiter » des documents confidentiels, elle dit que c’est une question sans réponse, et qu’elle n’aime pas regarder en arrière. Elle confesse s’être beaucoup nourrie, ces derniers temps, de pizzas et de tex-mex. Et lance : « Je suis juste une gosse de la rue et une codeuse, je n’ai pas signé pour être un modèle. »

    Il y a, tout de même, un documentaire sur elle en cours de finalisation. Et ce jeudi, l’Electronic Frontier Foundation, l’association américaine de défense des libertés en ligne, lui remettra un de ses « Pioneer Awards », qui récompensent chaque année ceux qui « étendent la liberté et l’innovation » dans le monde numérique.



  • Pour échapper aux braconniers, les éléphants marchent la nuit et se cachent le jour

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/09/14/pour-echapper-aux-braconniers-les-elephants-marchent-la-nuit-et-se-cachent-l

    Une étude menée au Kenya révèle que les pachydermes, animaux normalement diurnes, adaptent leur comportement en fonction de la menace humaine.

    Les éléphants d’Afrique, animaux diurnes, ont appris à se déplacer et à se nourrir la nuit pour mieux se cacher le jour et échapper ainsi à l’attention des braconniers dans les zones où ceux-ci sévissent particulièrement, révèle une étude menée par l’organisation de protection des animaux Save The Elephants et l’Université de Twente (Pays-Bas).

    Normalement, les éléphants se reposent la nuit et sont plus actifs le jour. Mais les chercheurs ont constaté que « les éléphants bougeaient plus la nuit que le jour lorsque le niveau de braconnage était élevé », comme en 2010-2012, souligne l’étude. Cette attitude était encore plus marquée chez les femelles que chez les mâles. Entourées d’éléphanteaux, elles sont souvent plus prudentes, expliquent les chercheurs.

    « Pour les éléphanteaux, le risque d’être attrapés par des lions ou des hyènes la nuit pourrait être plus grand », indique à l’AFP Festus Ihwagi. « Et pour les éléphants adultes, cela implique une altération de leur vie sociale » et peut avoir un impact sur leur activité sexuelle, ajoute-t-il.


  • Pollution de l’air intérieur : les matériaux de rénovation durable aussi en cause ?

    http://www.lemonde.fr/pollution/article/2017/09/14/pollution-de-l-air-interieur-les-materiaux-de-renovation-durable-aussi-en-ca

    Sommes-nous condamnés à devoir respirer un air vicié dans nos habitations, même lorsqu’elles sont rénovées avec des matériaux plus respectueux de l’environnement ? Le risque est en tout cas palpable, d’après les résultats d’une étude américaine publiée le 12 septembre dans la revue Environment International.

    Les chercheurs y rapportent des données relatives à la qualité de l’air intérieur mesuré au sein d’habitations de Boston. Ces logements, fraîchement réhabilités selon les normes de la construction écologique, avaient obtenu le label vert international LEED (Leadership in Energy and Environment Design) pour leur efficacité énergétique, supérieure de 35 % à celle de logements standards.

    Si la présence de certaines molécules dans les logements vides n’a pas surpris les scientifiques – notamment des solvants utilisés dans les peintures (cyclohexanone, toluène, éthylbenzène et xylène) –, ils ont également décelé plusieurs composés dont la présence est généralement attribuée aux produits d’entretien et aux objets du quotidien. Il s’agissait par exemple de deux benzophénones (BP et BP-3) – des filtres de synthèse utilisés dans les crèmes solaires – et du phtalate de dibutyle (DBP), normalement retrouvé dans les vernis à ongles et parfums. Selon les chercheurs, ces substances pourraient provenir des peintures – bien qu’elles soient à faible émission de COV – et des produits de finition des sols.


  • CETA : un rapport critique qui arrive trop tard

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/14/ceta-un-rapport-critique-qui-arrive-trop-tard_5185534_3234.html

    L’accord commercial entre l’Europe et le Canada entre provisoirement en vigueur le 21 septembre.

    Une expertise bienvenue, mais trop tardive : c’est ainsi que le gouvernement a accueilli le rapport qui lui a été remis, vendredi 8 septembre, par la commission d’évaluation de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada (Comprehensive Economic and Trade Agreement ; CETA), présidée par Katheline Schubert, économiste de l’environnement et professeur d’université à l’Ecole d’économie de Paris. Lors d’une conférence de presse, mercredi 13 septembre, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, a annoncé que « l’entrée en vigueur provisoire [du CETA] se fera le 21 septembre ». M. Lemoyne et Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, s’exprimaient pour tirer les « enseignements » de ce rapport.

    Installé par Emmanuel Macron en juillet, conformément à son engagement de campagne, ce panel de neuf experts a dû travailler en urgence pour éplucher en moins de deux mois les milliers de pages de cet austère traité de libre-échange, accusé par de nombreuses organisations de la société civile de favoriser les intérêts des multinationales au détriment des citoyens et de la planète.

    « Manque d’ambition » sur le plan environnemental

    Ce rapport, qui a le mérite d’apporter une analyse dépassionnée, reprend la plupart des réticences déjà soulevées depuis des années par les ONG au cours de leur travail de fourmi pour l’analyse de ce texte aride, négocié dans le secret.

    Sans verser dans le catastrophisme, les neuf experts soulignent plusieurs des faiblesses du CETA, à commencer par son « manque d’ambition » sur le plan environnemental. Elaboré avant la COP21, cet accord ne contient, en effet, ni engagement contraignant en matière climatique ni disposition pour limiter le commerce des énergies fossiles. En outre, en renforçant les flux commerciaux, il devrait mécaniquement augmenter l’émission de gaz à effet de serre, faute de s’attaquer au transport de marchandises.

    Le rapport relaie également les inquiétudes des agriculteurs et ONG européens, qui redoutent que la libéralisation des échanges agricoles ne donne la primeur au moins-disant canadien en matière de normes sanitaires et environnementales, affaiblissant du même coup l’agriculture européenne. Il relève ainsi les « exigences moindres » du Canada sur les pesticides, les OGM ou encore les activateurs de croissance (hormones et antibiotiques). « Le risque est que le CETA ne fournisse pas des conditions favorables aux objectifs de la transition écologique de l’agriculture », met en garde la commission.

    Des incertitudes sur la capacité des Etats à réguler

    Plus généralement, ce traité pourrait-il entraver la capacité des Etats à réglementer dans le domaine de l’environnement et de la santé ? Ses détracteurs le craignent, en soulignant le peu de cas fait dans le CETA du principe de précaution. Les neuf experts s’abstiennent de trancher ce débat hautement sensible. Si « les dispositifs actuels liés à l’application (…) du principe de précaution ne sont pas remis en cause », « l’absence de citation explicite de ce terme dans le texte de l’accord crée (…) une incertitude sur l’éventualité de contestation par le Canada de dispositifs futurs ». Signe de la complexité et de l’imprévisibilité de ces accords commerciaux, dont les effets ne peuvent souvent être pleinement évalués que plusieurs années après leur entrée en vigueur.

    La même incertitude demeure autour du nouveau mécanisme d’arbitrage des différends, qui doit offrir aux entreprises un moyen de contester devant une juridiction spéciale certaines décisions des Etats préjudiciables à leurs intérêts. Permettra-t-il aux multinationales de remettre en question les décisions politiques favorables à l’environnement (comme l’arrêt du nucléaire), au droit social (augmentation du smic) ou à la santé (réglementation des perturbateurs endocriniens), sous le regard complice de juges-arbitres à l’impartialité contestée ?

    Si le rapport salue les améliorations apportées par le CETA au vieux modèle des tribunaux d’arbitrage, qui offrent d’importantes garanties contre les abus et les dérives, l’accord ne dissipe pas « toutes les incertitudes et ambiguïtés qui découlent des mécanismes de protection des investissements ». La commission met en garde contre une « application non maîtrisée » de ce mécanisme d’arbitrage, qui pourrait amputer le pouvoir normatif des gouvernements, mais juge les risques limités : « Il n’est pas question de voir dans ce traité un instrument qui (…) entraînera un recul des politiques environnementales et sanitaires en Europe ou au Canada. »

    Le gouvernement refuse le coup d’arrêt

    Les neuf experts recommandent toutefois l’introduction d’un « veto climatique », qui protégerait le Canada et les Etats de l’Union européenne contre tout contentieux lié à leurs mesures de lutte contre le changement climatique.

    Une proposition qui arrive un peu tard, puisque le CETA, dont la négociation s’est achevée début 2016, doit entrer en vigueur dans une semaine, et ce alors que les ONG et l’interprofession de la viande réclamaient un report de cette échéance, voire une réouverture des négociations.

    Tout en assurant prendre en compte les recommandations de la commission de Mme Schubert, le gouvernement français se contente pour l’instant de temporiser, en renvoyant à la fin octobre pour de nouvelles propositions. Parmi les pistes sur la table figure la négociation d’un deuxième accord Europe-Canada, qui serait axé sur les questions climatiques pour compenser les lacunes du CETA.

    Entrée en vigueur imminente du traité

    Ratifié début 2017 par le Parlement européen, le CETA devrait entrer en vigueur provisoirement le 21 septembre. L’immense majorité de ses dispositions pourront s’appliquer immédiatement en Europe et au Canada. L’accord commercial devra toutefois subir un véritable parcours du combattant pour parachever sa ratification. Pas moins de 38 parlements nationaux et régionaux seront appelés à donner leur feu vert. Et ce n’est qu’à l’issue de cette procédure que pourrait entrer en vigueur son chapitre le plus controversé : le mécanisme d’arbitrage entreprises-Etats.


  • L’entrepreneur Martin Shkreli en prison pour avoir menacé Hillary Clinton

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/09/14/l-entrepreneur-martin-shkreli-en-prison-pour-avoir-menace-hillary-clinton_51

    Il avait offert une récompense de 5 000 dollars pour une mèche de cheveux d’Hillary Clinton. Pour une juge new-yorkaise, c’était le geste incontrôlé de trop pour l’extravagant entrepreneur dans le secteur pharmaceutique, Martin Shkreli : mercredi 13 septembre, elle a décidé de révoquer sa caution et ainsi de l’emprisonner.

    Martin Shkreli, surnommé « l’homme le plus détesté des Etats-Unis », est notoirement connu pour avoir fait exploser le prix d’un médicament utilisé pour combattre le sida en 2015. Il avait été jugé coupable de fraude sur titres et de manipulations d’actions début août, à l’issue d’un procès à Brooklyn. Mais, moyennant une caution de 5 millions de dollars, il avait été remis en liberté en attendant de connaître sa sentence.


  • Chelsea Manning: The Dystopia We Signed Up For - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2017/09/13/opinion/chelsea-manning-big-data-dystopia.html

    Such powerful new relationships have created a foundation for, and have breathed life into, a vast police and surveillance state. Advanced algorithms have made this possible on an unprecedented level. Relatively minor infractions, or “#microcrimes,” can now be policed aggressively.


  • Le Congrès somme Trump de condamner le suprémacisme blanc

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/09/13/le-congres-somme-trump-de-condamner-le-supremacisme-blanc_5185155_3222.html

    Donald Trump a le choix : approuver la résolution rejetant le « nationalisme blanc » et la « suprématie blanche », ou opposer son veto. Il peut aussi ne rien faire, auquel cas celle-ci sera considérée comme promulguée au bout de dix jours.

    Donald Trump avait suscité la colère parmi la classe politique américaine, y compris dans son camp républicain, par un commentaire ambivalent quelques jours après. Tout en condamnant les suprémacistes blancs et les néo-nazis, il avait déclaré qu’il y avait des torts –mais aussi des gens « très bien » – « des deux côtés ». Le président a ensuite évoqué les « antifas », militants antifascistes parfois violents.

    Mais les parlementaires n’ont cité qu’un seul côté dans leur résolution. Ils demandent explicitement au président de dénoncer les groupes racistes, extrémistes, xénophobes, antisémites et partisans de la suprématie de la « race » blanche et d’engager tous les moyens disponibles du gouvernement pour lutter contre ces groupes, notamment les néo-nazis et le KKK.


  • Afrique du Sud. Comment la France a bravé l’embargo et armé le régime de l’apartheid
    http://www.courrierinternational.com/article/afrique-du-sud-comment-la-france-brave-lembargo-et-arme-le-re

    Grâce à des archives inédites, un chercheur sud-africain raconte comment des agents du pouvoir raciste installés à Paris ont pu acheter illégalement des armes avec l’aide des services français. La compagnie Thomson-CSF (devenue Thales) a été l’un des principaux bénéficiaires. Source : Daily Maverick via Courrier international


  • Bugaled Breizh. Des espoirs venus d’Angleterre
    Modifié le 13/09/2017 à 11:11
    http://www.ouest-france.fr/bretagne/pont-labbe-29120/bugaled-breizh-les-espoirs-venus-d-angleterre-5241008

    (...) Qu’attendez-vous donc de cette procédure  ?

    Que la justice anglaise interroge une dizaine de marins britanniques, aujourd’hui en retraite, qui étaient à bord du Turbulent sur la zone du naufrage le 15 janvier 2004. J’ajoute aussi que l’audition d’Andrew Coles, leur commandant, a été faite en France et qu’elle n’a rien donné…

    Elizabeth E. Carlyon, la juge anglaise, s’est vu attribuer une aide récemment…

    La juge-coroner a été autorisée à engager Jonathan Hough QC. Un avocat-enquêteur très connu dont la mission d’aider à la synthèse d’un dossier qui comprend environ 30 000 pages et d’ouvrir de nouvelles pistes.

    Des avocats anglais ont voulu inspecter l’épave du Bugaled, toujours entreposée à Brest. La justice française a refusé…

    Sous prétexte d’un vice de forme dans leur demande  ! C’est effarant d’invoquer les règles d’une procédure pénale alors que celle-ci est close  ! Quant à une éventuelle destruction de l’épave en pleine procédure anglaise, ce serait une destruction de preuves, donc un délit pénal. Inadmissible.


  • Vives critiques du Conseil national du numérique contre les récentes lois sécuritaires

    http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/09/12/vives-critiques-du-conseil-national-du-numerique-contre-les-recentes-lois-se

    L’organe consultatif dénonce notamment des risques pour les libertés publiques et la sécurité informatique des internautes.

    Le Conseil national du numérique (CNNum), un organisme consultatif chargé de conseiller le gouvernement sur les questions numériques, a rendu public ce 12 septembre un rapport très critique des impacts des récents projets de loi sur la sécurité sur les libertés individuelles en ligne. Sur une douzaine de pages, le texte décrit « une trajectoire sécuritaire préoccupante », une « spirale infernale » qui privilégie « un désir de sécurité au détriment des exigences de l’Etat de droit et de notre économie ».

    Dans le détail, le rapport critique plus particulièrement des mesures et déclarations récentes sur le chiffrement des communications et la tentation d’utiliser des algorithmes prédictifs dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. « Législation après législation, la logique du soupçon semble l’emporter, écrit le CNNum. La notion de comportement tend à se substituer à celle d’activité : au nom d’une conception prédictive de la lutte antiterroriste, des individus pourraient être contraints non parce qu’ils prépareraient des crimes ou des délits, mais bien parce qu’ils seraient susceptibles d’en commettre. »

    Dangers des algorithmes prédictifs

    Au-delà des questions de principe, le rapport note que les expériences d’algorithmes prédictifs menées jusqu’à présent se sont avérées peu efficaces. Comme l’avaient démontré des chercheurs de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique au moment de la discussion de la loi renseignement, même un système extrêmement efficace, avec une très faible marge d’erreur, aboutirait à une très grande quantité de « faux positifs » – des personnes identifiées à tort comme suspectes – une fois appliqué à l’ensemble de la population.


  • La main invisible du marché à Miami, au temps des catastrophes

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/09/13/la-main-invisible-du-marche-a-miami-au-temps-des-catastrophes_5184681_3244.h

    Pénuries et hausses de prix ont émaillé le passage de l’ouragan Irma. Au point que les économistes libéraux eux-mêmes s’interrogent sur leurs dogmes.

    Alors que la population fuyait Miami, menacée de destruction par l’ouragan Irma, la loi de l’offre et de la demande a joué, implacable. Ainsi, la population de cette ville de Floride a assisté à l’envolée des billets d’avion pour fuir : le prix d’un vol aller pour Phoenix, en Arizona, a bondi de 550 dollars jusqu’à 3 250 dollars, provoquant une indignation immédiate. Les compagnies ont assuré ensuite avoir plafonné leurs prix.

    Au contraire, les téméraires, qui par obligation professionnelle, se rendirent dans la tempête de Miami à la dernière minute volèrent à prix cassé : 220 dollars pour partir par l’un des derniers vols vendredi 8 septembre dans l’après-midi, avant la fermeture de l’aéroport, et revenir mardi à New York par le premier avion.

    Rien que de très logique, tout comme le furent la ruée sur l’essence et les supermarchés, qui conduisirent à des pénuries et des hausses de tarifs. Ces dernières ont poussé les habitant de Floride à déposer plus de 8 000 plaintes auprès de la justice pour prix abusifs.

    L’affaire conduit mardi 12 septembre le New York Times à s’interroger sur la spéculation au temps des catastrophes : « Les prix abusifs peuvent-ils aider les victimes ? Pourquoi certains économistes disent oui. » Un brin provocateur, le quotidien de centre-gauche appelle à son secours les disciples libéraux de Milton Friedman, sur l’utilité de laisser jouer le marché.

    « L’éthique des prix abusifs »

    Matt Zwolinski, de l’université de San Diego, auteur d’un article sur « l’éthique des prix abusifs » prend l’exemple d’un hôtel : si le prix est doublé, une riche famille va se serrer dans une chambre au lieu d’en prendre deux tandis qu’une autre serait restée dans sa maison abîmée mais encore habitable. Résultat, de la place disponible pour ceux qui en ont besoin.

    Qu’il soit permis de confronter cette belle théorie à l’expérience de terrain. Vendredi, on réserve in extremis via Internet un appart-hôtel dans le centre-ville. Prix pour quatre nuits : 630 dollars, ménage compris. Imbattable, surtout lorsqu’on découvre les lieux – appartement luxueux avec salon, trois chambres. Encore plus imbattable lorsqu’on compare le prix avec d’autres compagnons d’ouragan, qui ont payé trois fois plus cher dans la même tour pour une seule chambre avec salon.

    Curieux aveuglement de la main invisible du marché, que l’on a fini par comprendre lors d’un dîner avec Andrew, le gérant de la tour.

    Pour lui, Irma est d’abord une très mauvaise nouvelle : tous les touristes annulent leur séjour à Miami, sa tour va se trouver vide. Sauf qu’il remarque que les hôtels de la ville côtière ferment les uns après les autres, forcés de mettre à l’abri leur personnel, et expulsent leurs clients en vertu de l’ordre d’évacuation.

    Une main pas seulement invisible, mais imprévisible

    Lui n’a pas ce souci : l’appart-hôtel peut vivre seul et surtout, sa tour, bâtie selon les normes anti-ouragan les plus strictes, est en léger surplomb de Downtown. Elle sera la dernière prise par les eaux et va devenir un refuge. Andrew flaire la bonne affaire et son intuition est confirmée lorsqu’il reçoit le coup de fil d’une équipe de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira. Elle veut louer des appartements, un par personne, peu importe le tarif : la couverture d’Irma n’a pas de prix. Conforté, Andrew décide de plus que doubler les prix.

    Il tente de convaincre les différentes sociétés dont il gère les appartements de suivre la même politique. Tous le font, sauf la nôtre, persuadée que nul voudra venir à Miami. Elle divise au contraire par deux et demi son tarif habituel. Voilà l’histoire des divergences de prix. La main du marché n’est pas seulement invisible, elle est imprévisible : il fallait parier sur la hausse !

    Au total, dans l’appart-hôtel, tous les lits n’étaient pas occupés. L’allocation des ressources a été gravement perturbée : par les riches insensibles au prix ; par ceux qui avaient fait une bonne affaire, surpris de leur confort. Il est vrai en revanche que les locataires à budget normal avaient choisi de se serrer et de partager les coûts.

    A supposer que le marché ait fonctionné, l’affaire ne résout pas le problème des plus pauvres, restés sous l’ouragan. Interrogées sur la raison de leur présence, les familles modestes ou des touristes esseulés croisés au sud de Miami sur la route des Keys, ces îles submergées par l’ouragan, répondaient invariablement : « Où aller ? » L’envolée des prix des billets d’avions, tous bondés, n’a fait qu’une sélection par l’argent. Le marché oublie les pauvres.

    Problème

    L’école libérale a beau dénoncer les effets pervers du blocage des prix (marché noir, stocks de précaution excessifs créant des pénuries, même s’il était indispensable d’acheter de l’essence pour fuir et d’avoir de l’eau et de la nourriture pour survivre), elle concède qu’il y a un problème.

    « Nous restons avec la difficulté de rendre ces biens accessibles à des personnes et des familles pauvres, dont beaucoup peuvent à peine se les payer en période de prix normaux », confesse sur son blog Joe Carter, contributeur pour le site très protestant et très libéral Acton Institute. Il propose qu’avant les catastrophes, l’Etat émette pour les pauvres des coupons qui compenseraient l’écart entre le prix de marché en temps de crise et le prix normal. On peut objecter qu’il s’agit de faire financer par le contribuable la pénurie de catastrophe au profit d’intérêts privés.

    Fichu marché qui ne fonctionne pas non plus pour les assurances. Depuis 1968 et un ouragan dévastateur dans le golfe du Mexique, les assureurs américains ne couvrent pas les inondations. C’est l’Etat fédéral qui les supplée et rend obligatoire l’assurance en zone inondable. Mais le système d’Etat ne fonctionne pas non plus : les assurés, trop peu nombreux à verser des primes, comptent sur lui et continuent de s’installer en zone inondable.

    En réalité, en période de catastrophe, rien ne marche vraiment. Ce qu’on a constaté, c’est de l’entraide entre amis, en famille, avec d’inconnus compagnons d’infortune. Et des instants de partage : après avoir fait de la cuisine pour plusieurs jours, anticipant coupure d’électricité et pénurie d’eau, l’hôtelier Andrew et son épouse ont convié leurs hôtes, qui mangeaient froid depuis leur arrivée, à un somptueux repas chaud thaïlandais. Parfois, le business sait s’arrêter.


  • L’accord Secret Entre L’Etat Et Les Sociétés D’autoroutes

    http://blog.francetvinfo.fr/oeil-20h/2017/09/11/laccord-secret-entre-letat-et-les-societes-dautoroutes.html

    En 2015, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie et Ségolène Royal ministre de l’Ecologie s’attaquent aux tarifs des péages : “il faut rendre aux automobilistes un peu d’équité tarifaire" annone Ségolène Royal sur BFM TV en décembre 2014. Emmanuel Macron confirme que le gel des tarifs est acquis pour 2015.

    Un gel des tarifs pour 2015, aussitôt attaqué en justice par les sociétés d’autoroutes. Après négociation avec leurs représentants, l’Etat finit par signer un accord, une sortie de crise. Mais à quelles conditions ?

    A Grenoble, un ancien élu écologiste se bat pour le savoir. Depuis deux ans, il demande la publication de cet accord. En 2016, le tribunal administratif lui donne raison en enjoignant "le ministre de l’Economie de communiquer à Raymond Avrillier dans un délai de trois mois l’accord conclu le 9 avril 2015 entre l’Etat et les sociétés d’autoroutes."

    Mais le ministre de l’Economie refuse de communiquer l’accord et saisit le Conseil d’Etat. Cet accord, nous l’avons obtenu. Il est signé par Emmanuel Macron et Ségolène Royal. Voici donc ce que décrochent les sociétés d’autoroutes. Elles s’engagent à financer 3,2 milliards de travaux sur 10 ans. En retour, elles obtiennent :

    Une stabilité fiscale

    Une clause pour allonger la durée des concessions
    Et surtout, écrit noir sur blanc, pour compenser le gel des tarifs en 2015 des « hausses de tarifs additionnelles (...) chaque année de 2019 à 2023 ». Un rattrapage étalé sur quatre ans. Et au final, les automobilistes devraient même payer plus cher qu’initialement prévu. C’est l’Arafer, une autorité indépendante de contrôle, qui l’a calculé dans ce rapport. Selon elle, le surcoût est de 500 millions d’euros à la charge des automobilistes. Un chiffre que les sociétés d’autoroutes contestent.