• » #Pangolin Gate – par Yann Faure
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    #covid-19

    ...Tout se passe comme si le pangolin était l’arbre qui cache la forêt industrielle d’un système organisé de production de richesses autant que de virus.

    Car les zoonoses naissent surtout et avant tout de l’élevage industriel. Les zoonoses représentent 60% des maladies infectieuses, 75% des maladies émergentes et les maladies infectieuses sont responsables de 16% des décès humains sur la planète. A mesure que cette industrie grossit, les zoonoses se multiplient. Focaliser l’attention sur le braconnage, le commerce illégal et les consommateurs supposés libres de leurs choix a permis de masquer la responsabilité des modalités industrielles contemporaines des animaux et de leurs produits.

    Dans l’indifférence, la parole dominante véhicule la fable récurrente d’épidémies et d’autres fléaux induits par le comportement individuel de chasseurs isolés qui se seraient blessés aux confins perdus de pays sous-développés. Alors même que c’est ce prétendu »développement » qui est à la source de nos maux. Même en Chine, d’innombrables entreprises privées d’élevage d’animaux, autrefois sauvages, pullulent. On a aussi essayé, cette dernière décennie, d’élever des pangolins, mais ça ne marche pas.

    En liberté, ils vivent ; en cage ils succombent. Par contre, on élève des furets, des renards, des civettes, des visons. En Finlande, on gave des »renards monstres » pour leur fourrure. L’occident pratique l’élevage intensif, de poulets, d’oies, de bœufs et de porcs pour la consommation de viande. Qu’on pense à notre ferme des mille vaches, à nos élevages de souris de laboratoires, aux vaches à hublot pour comprendre qu’il est illusoire d’aller chercher au bout de territoires reculés l’origine des maladies. En triant les gènes, en concentrant les bêtes, en les gavant d’antibiotiques, on affaiblit les organismes des animaux, leurs protections naturelles ou immunitaires. On facilite ainsi les mutations virales, la transmission des agents pathogènes et leur mise en circulation.

    Ces dernières semaines, en Allemagne comme aux États-Unis et en France, on a dénombré un nombre particulièrement élevé et tout-à-fait anormal de malades du Covid-19 parmi les employés des abattoirs. La filière ne s’est pas interrompue pour autant – Donald Trump a même interdit sa mise à l’arrêt. On a argué la difficulté de faire respecter la distanciation physique entre travailleurs sur ces lieux mais éludé, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, l’hypothèse d’une contamination de la viande. Le complexe agroalimentaire et ses supports de communication volontaires ou involontaires ont refoulé dans un quasi oubli l’ensemble des maladies du passé dont il a été le principal vecteur : grippe aviaire, grippe porcine, grippe bovine, etc.

    Même les abeilles sont malades, transformées en ouvrières exploitées au service de la monoculture. Dans les champs d’amandiers de Californie, on amène les ruches par camion, on les trie génétiquement, on les abreuve de médicaments, on sélectionne leurs reines. Épuisées, standardisées, presque clonées, le premier virus qui passe les décimes bien avant l’âge. C’est Germinal chez les hyménoptères.

    Le pangolin n’est sans doute pas l’hôte intermédiaire du coronavirus. C’est très probable que ce soit le vison. Des collectifs se battent depuis plusieurs années déjà pour dénoncer les conditions carcérales de ces petits mammifères. Emprisonnés dans des batteries interminables de cages, nourris en série, les visons tout mignons deviennent fous derrière les barreaux. Ils excrètent les uns sur les autres, leur nourriture est souillée, ils sont confinés parmi les dépouilles de leurs congénères qui pourrissent, de mort lente, en général sans qu’on les sépare.

    One Voice a tourné des images terribles des élevages industriels de ces mustélidés, notamment en France où leur fourrure est arrachée pour l’industrie du luxe. Le vison américain est le plus valorisé. On en trouve aussi en Chine dans des centres commerciaux qui ressemblent aux Wall-Mart étasuniens – la nouvelle classes aisée y débarque par cars entiers avec des étoiles dans les yeux.

    Là-bas, comme dans le reste du monde qui a promu modes et modèles, le port ostentatoire de ces manteaux de fourrure hors de prix revient à endosser un statut, à s’élever au-dessus des simples mortels. Le rêve de luxe a posé sa main froide sur l’épaule frêle de ce qui composait notre vibrante humanité. La richesse et ses tenues d’apparat ont corrompu le monde.

    Non loin de Tangshan, on éviscère encore à mains nues tandis que sur un site de production rationalisé comme celui de l’Aojilisi Farm dans la province du Shandong, 40 000 animaux sont détenus quotidiennement et on en dépèce 3 000 unités par jours – bientôt ce sera 10 000 par les méthodes automatisées les plus « modernes ». Leurs peaux seront vendues à Harbin ou dans les luxueuses boutiques de Hongerpu qui ressemblent beaucoup à ce que l’Occident valorise si puissamment.

    (...)

    Voix étouffée, au commencement des débats sur l’origine du coronavirus, une scientifique américaine qualifiait le story-telling du wet market de Wuhan de »simple divertissement ». Ce récit a néanmoins fourni une étonnante et paradoxale occasion à l’Occident de réaffirmer sa croyance dans ses valeurs techno-industrielles … et nourrit jusqu’à la verve du »philosophe » Luc Ferry, lorsqu’il s’applique à défendre les vertus écologiques du capitalisme. Il faut le remercier pour cette ineffable synthèse de la pensée de sa classe et de son temps :

    << Faut-il rappeler que le Covid-19 est parfaitement naturel, que ce ne sont pas « nos modes de vies modernes » qui ont causé la pandémie mais des coutumes ancestrales et locales, préservées qui plus est par un système communiste tout sauf libéral ? Quiconque a visité un marché chinois est sidéré à la vue de ces chiens, chatons et poussins écorchés vifs, de rats, civettes, serpents, pangolins et chauves-souris qui attendent une mort atroce entassés dans des cages insalubres.

    Une vidéo circule sur la toile où l’on voit un groupe d’hommes qui déjeunent de petites souris vivantes. Les malheureuses se débattent dans une sauce noirâtre et les convives les mâchent à pleines dents encore toutes vives après les avoir trempées dans leur jus. Il est clair que ces pratiques sont si peu »les nôtres », qu’elles susciteraient plutôt une vague d’indignation dans nos contrées démocratico-libérales. En vérité, les voyages, qui existent depuis des siècles, ne font au pire qu’accélérer la diffusion des maladies.

    Dénoncer les « failles et les excès » de l’humanité « mondialisée » relève donc de sophismes anticapitalistes et d’amalgames apocalyptiques tout juste bons à faire peur aux petits enfants. Non seulement nos sociétés développées par l’économie de marché et la mondialisation sont aux antipodes des pratiques traditionnelles qui ont engendré la crise actuelle, mais sans la logique de l’innovation capitaliste qui nous émancipe peu à peu, sans doute pas assez vite mais quand même, d’un passé millénaire de mépris de la nature et de maltraitance animale, non seulement l’écologie politique n’aurait jamais vu le jour, mais les sciences et les techniques qui permettent d’envisager des solutions non plus. >>

    (La vidéo de bouffeurs de chauves-souris frites qui a circulé sur les réseaux n’a, en vérité, pas été tournée à Wuhan mais en Indonésie.)
    Ne dites pas à Luc Ferry, qu’un massacre en gants blancs est toujours un massacre. Qu’industriellement on tue plus massivement qu’avec des arcs et des flèches. Il s’en fiche pourvu qu’on tue sans voir. Colporter l’image de marchands chinois inconséquents vendant des pangolins à la sauvette à des gloutons rustiques, toujours impénitents va dans son sens. L’industrie de la viande, la consommation de masse, la concentration de richesses y sont parfaitement escamotées du tableau.

    Cailloux de poil dans la chaussure capitaliste, les visons martyrisés des abattoirs rappellent que le luxe et l’envie sont au principe des causes plus profondes qui ravagent la planète. Ces visons martyrisés pour des manteaux vaniteux et inutiles, s’ils sont la source de la pandémie et si on veut bien la voir, adressent un message ensanglanté à ceux qui se croiraient civilisés : celui de renoncer en tout premier à leur incommensurable barbarie.

  •  » Origine de la #Covid-19 : La piste du Vison
    https://www.les-crises.fr/que-sait-on-de-lorigine-de-la-covid-19-la-piste-du-vison

    L’Espagne dispose de 38 sites d’élevage de visons pour une production annuelle d’environ 750 000 peaux. La plupart de ces élevages se trouve en Galice (31). Les autres sont au Pays basque, en Castille, à Leon, à Valence et une en Aragon. Cette dernière a beaucoup fait parler d’elle justement au mois de juin.

    . D’abord à cause de sa taille : 100 000 visons. L’une des plus grosses du pays. Elle est située à La Puebla de Valverde à 2km de Teruel, chef-lieu qui compte à peine 500 habitants. Elle s’est retrouvée au centre de tous les regards, le 22 mai, quand sept travailleurs agricoles employés dans l’exploitation ont été déclarés cas Covid.

    A cette date, l’exemple hollandais a déjà pu montrer que les éleveurs malades contaminent facilement leurs visons et qu’en retour, ceux-ci peuvent contaminer d’autres humains qui s’en occupent. La ferme est donc mise à l’isolement et suscite d’autant plus d’inquiétude que le gros des maisons de la bourgade voisine n’est qu’à 6 km, tandis qu’au Pays-Bas le périmètre de sécurité sanitaire fixé à 8km s’était avéré insuffisant pour empêcher une propagation de proche en proche. Un suivi vétérinaire pointilleux est organisé, il est décidé que quelques animaux seront testés régulièrement, semaine après semaine. Le 28 mai, sur un petit échantillon aléatoire de 7 visons, aucun n’est malade et les animaux du cheptel n’ont pas de symptôme. Le 8 juin, sur 20 visons testés, un est malade (soit 5%). Le 22 juin, l’échantillon est porté à 30 spécimens et on dénombre 5 tests positifs (soit 17%). Le 7 juillet, sur un nouvel échantillon de 90 visons, on comptabilise 78 positifs (soit 86%). L’ordre est alors donné d’abattre les 92 700 visons et de détruire leurs cadavres dans une usine de déchets MRS (matériel à risque spécifique).

    Si Joaquin Olona, le ministre de l’agriculture espagnol, s’applique à louvoyer quand il est interrogé sur le sens des diffusions homme-vison ou vison-homme et exprime essentiellement la certitude d’une contamination communautaire entre animaux, il admet néanmoins qu’il y a ‘’deux cas qui peuvent être liés’’ … La parole de Juan José Badiola, directeur du centre des maladies émergentes de Saragosse, est cependant plus directe : « Nous vivons un cas similaire à ce qui s’est passé aux Pays-Bas […] Dans le cas de Puebla de Valverde, au début, il n’y a peut-être pas eu infection (de l’animal à l’homme), mais maintenant il y a deux (personnes) ‘’infectées’’ et cela attire déjà l’attention ».

    Or pour constater ce ‘’saut d’espèce’’, il a forcément fallu que les échantillons viraux de ces éleveurs espagnols soient séquencés. Le séquençage est une opération longue et coûteuse, donc rare, mais c’est ainsi qu’on a procédé un mois plus tôt, aux Pays-Bas, pour administrer une preuve scientifiquement incontestable du passage zoonotique.

    . Les travailleurs agricoles y portaient un virus muté uniquement présent chez les visons et absent dans le reste de la population humaine. Ce qui signifiait que les premiers l’avaient forcément reçu des seconds.

    Cet élément est décisif, car l’étude publiée par l’équipe de Bâle mentionne que la souche 201.EU.1 qui est apparue en Aragon à la fin juin et s’est propagée au reste de l’Europe a été découverte par un séquençage effectué le 20 juin sur sept travailleurs agricoles. Autrement dit, le lieu, le nombre, la typologie des travailleurs et la date coïncident parfaitement. Un petit doute subsiste, les chercheurs suisses n’ayant pas nommément explicité dans leur travail qu’il s’agissait des employés de la ferme de La Puebla Del Valverde. Mais tout semble indiquer que le 201.EU.1 est bien une variante née dans cette ferme. Un autre point questionne fortement : à la date de l’abattage (le 17 juillet), la province d’Aragon est celle où l’épidémie humaine de coronavirus est – et de très loin – la plus élevée du pays. A la fois pour le nombre de tests positifs recensés et pour celui des admissions hospitalières.

    La pandémie italienne entre visons et ballon rond

    Pour comprendre et analyser le processus de diffusion de l’épidémie, l’Italie est un cas qui n’a pas d’équivalent. Le reste de l’Europe a regardé la pandémie s’installer en son sein et enflammer d’abord la Lombardie avec un mélange d’incrédulité et de perplexité. Et pour cause, le coronavirus a frappé là où on ne l’attendait pas. Alors que tout semblait avoir commencé dans une mégalopole en Chine, voilà maintenant qu’en Italie ce sont des villageois qui sont touchés les premiers dans une zone rurale située à une soixantaine de km de Milan. Lorsque le premier futur cas référencé est hospitalisé suite à une pneumonie atypique qui flambe en dépit des antibiotiques administrés et qu’il demande au médecin qui l’ausculte s’il peut avoir attrapé le coronavirus… celui-ci lui répond que « le coronavirus ne sait même pas où Codogno se trouve ». Le premier cas en question s’appelle Mattia Maestri, et l’anesthésiste-réanimatrice qui a posé le diagnostic se nomme Annalisa Malara.

    . L’un et l’autre vont devenir célèbres dans tout le pays. Lui, parce le récit médiatique de son séjour en réanimation émeut l’ensemble de la population, d’autant plus qu’il s’agit d’un jeune cadre très sportif dont l’épouse attend un enfant. Elle, parce qu’elle a pensé à faire un prélèvement de Mattia en dépit des protocoles recommandant de ne pas y recourir pour un patient n’ayant pas voyagé en Chine et qui n’est ni vieux, ni porteur d’autres pathologies susceptibles de le rendre vulnérable. Annalisa Malara a envoyé son échantillon à l’hôpital Sacco de Milan le 20 février à 12h30, depuis son hôpital de campagne de Codogno, dans la province de Crémone. Elle le raconte dans un livre d’éthique médicale paru dans la foulée : Le 20 février à 12h30, le cas numéro un. Pour les suivants, il faudra attendre les jours d’après.

    Cette information est primordiale, car la variante D614G qui s’est propagée dans toute l’Europe – et notamment en France – à l’occasion de ce qu’on a appelé la ‘’première vague’’, et qui a même totalement supplanté la souche originelle venue d’Asie, a été séquencée pour la première fois en Italie le 20 février 2020.

    . Il n’y eu qu’un seul et unique test positif le 20 février 2020. La date permet donc de déduire que la première mutation séquencée D614G, c’est celle trouvée dans l’échantillon de Mattia Maestri. En revanche, quoi que Mattia Maestri ait bien été porteur de la variante D614G, il n’a pas pour autant été vraiment le 1er cas italien atteint par le coronavirus, contrairement à ce que la presse transalpine a longtemps relayé. Il a bien fallu quelqu’un pour le contaminer.

    Une enquête rétrospective des chercheurs et médecins italiens, parue fin mars, suggère que le virus circulait déjà localement à très bas bruit depuis plusieurs semaines et que des premiers cas auraient pu être considérés comme « suspects » dès la deuxième quinzaine de janvier.

    . La quête du patient zéro a, néanmoins, occupé pendant de nombreuses semaines les autorités sanitaires et les médias italiens. Par ailleurs, dès la mise en évidence de la présence du coronavirus dans le sang de Mattia, la Lombardie a été placée sous haute surveillance et les responsables locaux ainsi que le gouvernement ont pris d’importantes mesures de restriction des déplacements, voire même de confinement, tandis que les premières victimes et les malades commençaient à affluer.

    Ce qui est incontestable, c’est que l’Italie est bien le premier foyer infectieux d’Europe et le pays le plus touché à l’hiver 2020, que la Lombardie est bien le centre de l’épidémie italienne et la région du pays la plus sinistrée par le coronavirus. Enfin qu’en Lombardie les trois localités les plus douloureusement frappées sont de manière évidente : Lodi, Bergame et Crémone. On a beaucoup écrit qu’un match de football de Champion’s league entre l’Atalanta Bergame et Valence disputé devant 60 000 spectateurs à Milan le 19 février avait pu contribuer à l’accélération de la propagation dans la région. Mais même avant le 19 février, la caractérisation épidémiologique produite par l’étude des professeurs Danilo Cereda et Marcelo Tirana10ne laisse aucune place au doute : les zones les plus touchées étaient alors – dans cet ordre – Lodi (132 cas), Bergame (91 cas), Cremone (59 cas) … et dans une moindre mesure Brescia (38 cas). Cela donne envie de cartographier le triangle fatidique pour mieux visualiser la situation (Cf. carte infra). Au 5 mars, 72% des cas de coronavirus italiens provenaient d’une de ces trois provinces.

    A l’aide des chiffres de l’institut statistique italien (Istat), on observe que c’est justement dans ce triangle que sont survenus les cas de décès les plus précoces et les niveaux de surmortalité les plus flagrants et les plus spectaculaires du pays

    . A Offanengo, sumortalité relative de mars 2020 comparée à mars 2019 : +3900%, à Ravanego juste à côté +1000%. Non loin de là, à Capralba, +1000%. Dans les villages immédiatement autour de Capralba : à Vailate, +1000%. Et à Pandino : au minimum +1500% (3 cas en mars 2019 versus 48 cas en mars 2020). Dans la ville la plus proche qui s’appelle Crema : + 322% (41 en mars 2019 versus 174 en mars 2020). Or, fait troublant, il reste moins de 10 élevages de visons en Italie mais 5 sont en Lombardie. Et ceux de Lombardie sont particulièrement mal situés si on souhaite éviter de se poser des questions sur leur rôle potentiel dans l’embrasement épidémique : à Offanengo, à Crema (Caperganica) et à Capralba. En particulier, celui de Capralba, qui est de très loin le plus important d’Italie, renferme 30 000 visons. Son propriétaire n’est autre que le président de l’association des éleveurs italiens. Comble de malchance, la liste des 7 premiers décès italiens recensés (tous avant le 24 février) fait état de 2 décès survenus à une quinzaine de km de Crema, plus un à Crema même… et un autre dans le village contigu au hameau où se trouve la ferme de Capralba (au lieu-dit Trescore Cremasco, même pas à 2km de distance).

    L’élevage de visons en Italie a commencé dans les années 50. Il a connu son heure de gloire. La production de fourrure animale, emblème de luxe ostentatoire, a été stimulée par les commandes des marques de renom de la mode italienne comme Gucci ou Versace. Chaque année, le salon international de Milan continue de se tenir à la fin février même si depuis une quinzaine d’années, le marché est en recul, à mesure qu’en Chine, il prend son essor. L’Italie, comme les Etats-Unis ou le Danemark y écoulent opportunément leurs surplus destinés à la classe de nouveaux riches qui y émerge peu à peu. Il n’empêche que les fermes à fourrure italiennes, régulièrement contestées par les défenseurs du bien-être animal, ferment les unes après les autres depuis cinq ou six ans. Elles sont à peine dix désormais et produisent moins de 100 000 peaux au total, mais la qualité y est encore estimée comme supérieure à celle offerte par l’empire du milieu.

    Giovanni Boccu, le patron de la ferme à visons de Capralba actif depuis les années 80, est considéré comme un producteur au-dessus du lot. Il peut se prévaloir d’arriver à fournir une peau parmi les 50 meilleures du monde. Il dépense de l’énergie à la fois en lobbying, en amélioration de son acceptabilité locale (via des journées portes-ouvertes) et à tenter d’essaimer d’autres élevages pour ne pas se retrouver trop isolé à défendre le bien-fondé de son secteur agricole. Notons que pour obtenir une peau de qualité, un travail minutieux de sélection est nécessaire. D’une ferme à l’autre, d’un pays à l’autre, on échange de précieux mâles reproducteurs (ou étalons). L’objectif est paradoxal : éviter une trop forte consanguinité qui fragilise la santé des animaux tout en perpétuant la pureté de la lignée. Giovanni Boccu exporte 72% de sa production, dont la moitié dans la zone asiatique. Il travaille avec sa femme, ses trois fils, quatre employés fixes et des intérimaires, surtout présents en mars pour les accouplements et fin novembre pour l’abattage et le dépeçage. Les intérimaires ont ceci de particulier qu’ils peuvent opérer sur plusieurs exploitations de visons à la fois ou compléter leurs embauches occasionnelles par d’autres emplois saisonniers. Au Danemark, pendant la contamination massive des fermes à fourrure, aucun service administratif n’est parvenu à les identifier et encore moins à obtenir qu’ils se testent. En Italie, on n’a pas vraiment fait d’effort non plus.

    C’est ce que déplore tout particulièrement le Lav, une des principales associations de protection animale italienne, qui n’a pas manqué de signaler la conjonction de fermes à visons présentes en Lombardie et la violence ahurissante de l’épidémie dans cette région, à la fin de l’hiver et au début du printemps. Après plusieurs mois de demandes insistantes auprès de la compétence régionale et du ministère de la santé, une pétition lancée puis une plainte déposée… elle a obtenu l’information, début novembre, qu’une ferme infectée par le coronavirus avait été détectée au mois d’août, sans plus de précision. La décision d’extermination massive des visons danois a dû hâter les choses, il a finalement été révélé le 12 novembre qu’il s’agissait de celle de Capralba. A l’heure actuelle, les autorités italiennes continuent d’esquiver la portée d’une telle découverte et affirment que la quantité du prélèvement positif récolté en août n’est pas suffisante pour procéder à un séquençage (qui seul permettrait d’en savoir plus). Elles se disent par ailleurs actuellement très occupées à repérer chez des visons du centre et du sud de l’Italie (uniquement)… des signes cliniques exclusivement (alors même que les visons contaminés n’ont, la plupart du temps, aucun symptôme). Précisant même que si elles doivent aller jusqu’à tester des animaux, « pour les résultats cela prendra au moins 15 jours ». Ça tombe mal pour le calendrier : dans 15 jours on sera en pleine période d’abattage pour la récolte des peaux. Une fois les visons supprimés, les preuves matérielles de ce qui s’est passé – éventuelle souche D614G comprise – auront été détruites. Et de précieuses clefs de compréhension avec elles. Questions parmi d’autres : près de quelle rivière ont été déversées les eaux usées et dans quels champs a-t-on répandu le fumier contaminé de Capralba ?

    Rappel du bilan : le 26 mai dernier, à la fin de la première vague, la Lombardie comptait déjà 16 000 morts par Covid, soit la moitié des décès de toute l’Italie.

    Une santé publique réduite à peau de chagrin :

    L’Italie n’est pas la seule à s’efforcer de gagner du temps. Les Etats-Unis n’ont aucune intention d’abattre les animaux avant l’heure de les dépecer, même pas dans des fermes où ils sont si malades qu’ils succombent du virus. En Suède, on se contente d’isoler les dix élevages contaminés. Au Danemark, il y a eu rétention de données cruciales pendant des mois. En Pologne, laquelle compte la bagatelle de 600 fermes pour 6 millions de mustélidés – dont celle de Gorecski qui concentre à elle seule 500 000 visons élevés dans des conditions particulièrement atroces pour les animaux comme pour les employés ukrainiens– on n’a pas fait le moindre test. Pour les petits pays producteurs comme la Grèce, la Belgique et la France, le flou persiste. Il semble qu’au prix d’un dernier effort, presque tout le monde pourra vendre ses peaux, même parfois celles issues de sites ou d’animaux infectés. Le conseil des ministres européens de l’agriculture a pourtant débattu du sujet ce lundi 16 novembre : une loi générale d’interdiction verra-t-elle le jour pour l’an prochain ? En attendant, il reste que des variantes de coronavirus mutés par l’intermédiaire des visons contaminés se diffusent à travers le monde. Si nul ne peut affirmer avec certitude qu’elles ont une dangerosité particulière ou qu’elles peuvent réellement altérer l’efficacité d’un vaccin, tout indique que les élevages intensifs en Europe ont joué un rôle dans la propagation globale. On ignore encore également si les élevages intensifs en Chine, qui sont de loin les plus nombreux, ont contribué à l’émergence pandémique. Cependant, tout amène à conclure que les autorités compétentes ont, a minima, laissé subsister en pleine connaissance de cause du risque que cela comportait, d’immenses réservoirs à virus à travers toute l’Europe – comme aux États-Unis – pour éviter de porter atteinte à un marché de quelques dizaines de milliards de dollars.

  • Trump remplit le Pentagone de loyalistes de droite - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2020/11/13/tppg-n13.html
    https://www.wsws.org/asset/cf61e206-6545-403f-a30e-cd57a54cf409?rendition=image1280

    La purge a commencé lundi avec le renvoi sommaire par tweet du secrétaire à la Défense Mark Esper, qui aurait pris par surprise l’ensemble du commandement en uniforme de l’armée américaine. Le choix du remplaçant d’Esper a été encore plus choquant pour le commandement.

    Le nouveau chef « intérimaire » du Pentagone sera Christopher Miller, un colonel retraité des forces spéciales qui a passé 30 ans dans les rangs de l’armée et qui n’a aucune expérience des échelons supérieurs du commandement militaire. Trump a délibérément cultivé un appui au sein des 70.000 membres des forces spéciales, notamment par le biais de grâces pour crimes de guerre, dans le but de transformer cette force quasi indépendante en sa garde prétorienne.

    Au sein de l’état-major militaire, on considère Miller comme n’étant pas du tout préparé à assumer le poste de secrétaire à la Défense. Sa principale qualification est son soutien sans réserve à Trump, démontré alors qu’il était membre du Conseil national de sécurité à la Maison-Blanche, et sa volonté d’utiliser la répression militaire contre les manifestants au pays.

    Avant de devenir précédemment directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), il avait témoigné lors de son audition de confirmation au Sénat qu’il ne s’opposerait pas à ce que le NCTC partage des renseignements sur les citoyens américains avec le FBI et le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) dans le but de réprimer les manifestations.

    Mardi, l’éviction d’Esper a coïncidé avec la démission du troisième fonctionnaire du Pentagone, James Anderson, le sous-secrétaire à la défense pour la politique, et son remplacement par le général à la retraite et commentateur de Fox News, Anthony Tata. Trump avait proposé la candidature de Tata en août dernier, mais il avait été contraint d’annuler sa nomination après que le Sénat eut annulé les audiences de confirmation, car Tata avait déjà qualifié l’ancien président Barack Obama de « chef terroriste », de « candidat mandchou » et de musulman. Par la suite, Trump avait installé Tata au Pentagone dans un poste inventé de toutes pièces comme assistant d’Anderson. Aujourd’hui, un fasciste islamophobe occupe le troisième poste dans la machine de guerre américaine.

    Dans sa lettre de démission, Anderson a écrit : « Maintenant, comme toujours, notre succès à long terme dépend de l’adhésion à la Constitution américaine que tous les fonctionnaires jurent de soutenir et de défendre ». Dans un reportage sur la démission, Breaking Defense a noté : « De telles phrases ne sont pas là que pour la forme dans la lettre de démission d’un haut fonctionnaire et ceci était clairement destiné à envoyer un message ». En effet, Esper a inclus un langage presque identique dans son dernier message à l’armée, la félicitant de « rester apolitique, et d’honorer votre serment à la Constitution ».

    La détermination de Trump à se débarrasser d’Esper découle des événements de début juin, lorsque la Maison-Blanche a déployé des forces de sécurité fédérales et a cherché à déployer des troupes américaines dans les rues pour réprimer les manifestations de masse déclenchées par le meurtre de George Floyd par la police à Minneapolis.

    Esper s’est publiquement opposé aux menaces de Trump d’invoquer la loi sur l’insurrection afin de déployer des troupes américaines dans tout le pays pour réprimer les protestations. Il a déclaré qu’une telle action ne pouvait être qu’un « dernier recours et uniquement dans les situations les plus urgentes et les plus graves ». Il a ajouté : « Nous ne sommes pas dans une de ces situations en ce moment ».

    Cette opposition d’un fonctionnaire dont l’asservissement à la Maison-Blanche lui a valu le surnom de « Yesper » reflétait les graves préoccupations qu’un tel déploiement national n’était pas nécessaire et pourrait déchirer l’armée. Trump aurait été furieux de la déclaration d’Esper et c’est à ce moment-là qu’il aurait décidé de remplacer Esper par quelqu’un qui ne s’opposerait pas à ses tentatives d’utiliser l’armée dans un objectif de dictature présidentielle.

    Le chroniqueur républicain Bill Kristol a fourni une indication de l’atmosphère de purge vindicative au Pentagone. Citant des conversations avec de hauts responsables militaires, Kristol a rapporté : « Hier, lorsqu’on a renvoyé Jim Anderson en tant que sous-secrétaire d’État à la politique, il a reçu des applaudissements en quittant le bâtiment. La Maison-Blanche a exigé les noms de tous les responsables politiques qui s’étaient joints aux applaudissements afin de les licencier ».

    Deux autres nominations de fidèles de Trump à des postes de haut niveau indiquent l’ampleur de la prise de contrôle politique du Pentagone par l’extrême droite. Le sous-secrétaire à la défense pour le renseignement, Joseph Kernan, un amiral trois étoiles de la marine à la retraite, a été remplacé par Ezra Cohen-Watnick, un agent de droite de 34 ans qui a obtenu des postes dans l’appareil militaire et de renseignement grâce à ses relations politiques avec l’ancien conseiller de Trump, Stephen Bannon, et l’ancien conseiller à la sécurité nationale, le général Michael Flynn, ainsi qu’avec Jared Kushner. Il a fait ses preuves auprès de Trump en divulguant des documents secrets de la CIA censés prouver à un représentant républicain de la Californie, Devin Nunes (président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants et membre de l’équipe de transition de Trump), que le gouvernement espionnait la campagne de Trump.

    La quatrième nomination a été celle de Kash Patel, qui remplace Jen Stewart en tant que chef de cabinet du secrétaire à la Défense. Patel, ancien membre du personnel de Nunes, avait été nommé auparavant à un poste créé spécialement pour lui au Conseil national de sécurité. Trump l’a qualifié de « spécialiste de la politique ukrainienne », et on l’a largement soupçonné de participer aux efforts qui visaient à faire pression sur le gouvernement ukrainien pour obtenir des informations préjudiciables sur Joe Biden.

    Mercredi, le nouveau secrétaire à la Défense par intérim, Christopher Miller, a annoncé sa première nomination importante, en nommant le colonel Douglas Macgregor, retraité de l’armée, comme son conseiller principal. Fréquent commentateur de Fox News, Macgregor a dénoncé l’Union européenne et l’Allemagne pour avoir accueilli des « envahisseurs musulmans indésirables », qui, selon lui, avaient « l’objectif de transformer à terme l’Europe en un État islamique ». Il a également tourné en dérision les tentatives de l’Allemagne de traiter les crimes des nazis, les qualifiant de « mentalité tordue », et a appelé à l’imposition de la loi martiale à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Dans une provocation délibérée, Trump a essayé de nommer le colonel comme ambassadeur à Berlin.

    Le chroniqueur du Washington Post, David Ignatius, qui a des relations très étroites avec l’appareil de sécurité nationale, a cité des spéculations au sein du commandement du Pentagone que Trump pourrait installer ses loyalistes triés sur le volet pour procéder à des retraits accélérés de troupes pendant ses derniers jours de mandat. Cependant, il a ajouté : « Une possibilité plus sombre est que Trump veuille un chef du Pentagone qui puisse ordonner à l’armée de prendre des mesures qui pourraient l’aider à se maintenir au pouvoir en raison d’un résultat électoral qu’il prétend frauduleux ».

    William Cohen, ancien secrétaire à la Défense et sénateur républicain, a déclaré à CNN que le remaniement de l’administration au Pentagone ressemblait « plus à une dictature qu’à une démocratie ». De même, CNN a cité un haut responsable de la défense non nommé qui a déclaré « C’est effrayant, c’est très troublant. Ce sont des gestes de dictateur ».

  • The Covid vaccine will benefit humanity – we should all own the patent | Owen Jones | Opinion | The Guardian
    The pharmaceutical industry has long made exorbitant profits by free-riding on research carried out by the public sector
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/nov/12/covid-vaccine-patent-pharmaceutical-industry-profits-public-sector
    https://i.guim.co.uk/img/media/324af79666dca4a29b07ee45dc26b26b6cd25938/0_76_5263_3158/master/5263.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    Hooray for Pfizer! As news of a vaccine potentially offering 90% protection against Covid-19 offers a life raft for lockdown-weary humanity, perhaps those home-drawn posters on people’s windows thanking the NHS will soon be applauding big pharma instead.

    The hope of a successful vaccine to liberate us from protracted economic misery should be embraced – but we should be sparing with the bunting for the pharmaceutical industry. If you want a particularly egregious case study of “socialism for the rich”, or of private businesses dependent on public sector research and innovation to make colossal profits, look no further than big pharma.

    Pfizer and its German biotech partner, BioNTech, stand to make an astonishing £9.8bn next year from a coronavirus vaccine. Suggestions that pharmaceutical companies should not profit from the world’s most severe crisis since the second world war were dismissed in July as “radical” by Pfizer’s CEO; and, perhaps, many will overlook such profiteering amidst the wave of gratitude. But Pfizer’s claim to “have never taken any money from the US government, or from anyone” does not stand up to scrutiny: big pharma is reliant on public-sector munificence.

    The Pfizer/BioNTech experimental vaccine itself uses a spike protein technology reportedly developed by the US government: without the state, this vaccine would probably not have been developed so speedily. While nearly 10,000 human lives are lost across the world each day to the pandemic, Pfizer’s CEO cashing in on the vaccine news by selling $5.6m in shares should cause more than discomfort. (A spokesperson told Axios that “the sale was part of a predetermined plan created in August”.)

    “Essentially, pharmaceutical companies are global monopolies, which are given the right to charge whatever the market is willing to tolerate for the new medicines they produce,” says Nick Dearden of Global Justice Now, which is calling for patents on the Pfizer vaccine to be suspended. Patents award them exclusive rights to make and sell their drugs for 20 years, preventing the supply of cheaper, generic versions. Here is a sector not driven by curing illness but rather by shareholder profits: for example, recent research found that revenue from soaring insulin prices has been splashed on shareholders rather than research and development. When startup companies spring up developing innovative new drugs, big pharma buys them up and even shuts down the development of such novel treatments in order to stifle competition.

    Take two particularly horrifying examples of this broken pharmaceutical industry. While millions of Africans were dying in the HIV/Aids pandemic, big pharma attempted to block cash-strapped governments importing cheaper versions of life-saving drugs. Here’s another: the rise of infections resistant to antibiotics is an emergency perhaps even comparable to the climate crisis. Yet pharmaceutical companies have failed to invest in developing new drugs – shockingly, there has been no new class of antibiotic developed for nearly four decades – because it simply isn’t profitable. This colossal failure led the government’s former “superbug tsar” Jim O’Neill to suggest nationalised drug companies might be the only answer.

  • ’Downright dangerous’: Democrats’ alarm as Trump stacks Pentagon with loyalists | US elections 2020 | The Guardian
    http://www.theguardian.com/us-news/2020/nov/11/downright-dangerous-democrat-alarm-as-trump-stacks-pentagon-with-loyali
    https://i.guim.co.uk/img/media/12a5a662c0874a0c492ad596ffa50a3bac7c16f0/0_240_3600_2160/master/3600.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    Fears that appointment of extreme Republican partisans could endanger or politicise operation of defense department
    (Julian Borger in Washington - Wed 11 Nov 2020 19.27 GMT)

    Extreme Republican partisans have been installed in important roles in the Pentagon, following the summary dismissal of the defense secretary, Mark Esper, at a time Donald Trump is refusing to accept his election defeat.

    Democrats immediately demanded explanations for the eleventh-hour personnel changes and warned that the US was entering dangerous “uncharted territory” with the reshuffling of key national security roles during a presidential transition.

    However defence experts argued there was little the new Trump appointees could do to use their positions to the president’s advantage, given the firm refusal of the uniformed armed services to get involved in domestic politics.

    Anthony Tata – a retired army brigadier general, novelist and Fox News commentator who called Barack Obama a “terrorist leader” – has taken control of the Pentagon’s policy department, following the resignation of the acting undersecretary of defence for policy, James Anderson.

    Tata had been unable to win Senate confirmation after old tweets surfaced in which he expressed virulent Islamophobic views.

    Meanwhile, Kash Patel – a former Republican congressional aide who played a lead role in a campaign to discredit the investigation into Russian election meddling – has been made chief of staff to the new defence secretary, Chris Miller.

    According to Axios, another new Miller adviser is Douglas Macgregor, a retired army colonel who was nominated over the summer, but not confirmed, as ambassador to Germany. Macgregor has referred to immigrants to Europe as “Muslim invaders”, advocated shooting illegal immigrants on the US border, and promoted a range of white nationalists conspiracy theories. He advocated a fast withdrawal from Afghanistan and has said the US should not “rush hundreds of thousands of troops to the Polish border to deal with the Russians”.

    The undersecretary of defence for intelligence, Vice Admiral Joseph Kernan, a retired navy Seal, was also reported to have resigned on Tuesday, and was replaced by Ezra Cohen-Watnick, a former aide to Michael Flynn, Trump’s first national security adviser who pleaded guilty to perjury.

    Lisa Gordon-Hagerty, head of the National Nuclear Security Administration, which oversees the nation’s stockpile of nuclear warheads, was forced to quit on Friday.

    The fate of CIA director, Gina Haspel, was also in question. In a show of support, Senate majority leader, Mitch McConnell invited Haspel to his office on Tuesday and Republican Senator John Cornyn tweeted: “Intelligence should not be partisan”. But he was attacked on Twitter by the president’s son, Donald Trump Jr, who asked if he or other Republicans backing Haspel had “actually discussed this with anyone in the Admin[istration] who actually works with her … or are you just taking a trained liar’s word for it on everything?”

    The reasons for the post-election personnel changes 10 weeks before the end of Donald Trump’s tenure were unclear, but they came at a time when the president is refusing to accept election defeat.

    The former defence secretary, Mark Esper, fired by tweet on Monday, had refused to allow active duty troops to be deployed on US streets during the Black Lives Matter protests over the summer.

    In his resignation letter, Anderson, the outgoing Pentagon policy chief, also signalled his unease with the direction the Trump White House was taking in the aftermath of the election.

    “Now, as ever, our long-term success depends on adhering to the US constitution all public servants swear to support and defend,” he wrote.

    Democrats raised the alarm over the wave of staff changes at the Pentagon.

    “It is hard to overstate just how dangerous high-level turnover at the department of defence is during a period of presidential transition,” wrote Adam Smith, the chairman of the House armed services committee, adding that the development “should alarm all Americans”.

    “If this is the beginning of a trend – the president either firing or forcing out national security professionals in order to replace them with people perceived as more loyal to him – then the next 70 days will be precarious at best and downright dangerous at worst.”

    The top Democrat on the Senate intelligence committee, Mark Warner, said the US had entered “uncharted territory” with Esper’s firing.

    “There’s never been a time when a senior official like this has been fired during a transition period between one administration to another,” Warner told MSNBC.

    Former officials and military analysts argued that the post-election changes, while highly unusual, were not a reason to fear that the Pentagon would be weaponised in Trump’s desperate efforts to hold on to power.

    “Remember all the senior military officers are still there,” said Mark Cancian, a retired US marine colonel and former senior defence official. “Their attitudes remain the same. They’ve been quite emphatic that the role of the military is very limited in civilian civil disturbances.”

    Eugene Gholz, a former senior adviser in the Pentagon and the author of US Defense Politics: The Origins of Security Policy, agreed: “Among military officers at all ranks it is deeply, deeply ingrained that the military is not used for settling politics.”

    Gholz, now associate professor of political science at the University of Notre Dame, suggested one possible, more prosaic, reason for the reshuffle, could be to pad the résumés of partisan officials to help smooth confirmation hearings next time Republicans are in office.

    “There’s an opportunity to give someone a credential of a leadership position,” he said. “Now they could at least claim: ‘Hey look, I had this title, even if only briefly, in the Trump administration.’”

  • Can Trump actually stage a coup and stay in office for a second term? | US news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/us-news/2020/nov/11/can-donald-trump-stay-in-office-second-term-president-coup
    https://i.guim.co.uk/img/media/80b56b0c305282bf07ae9ae0dfbfd7d4aaa0f531/0_133_4004_2404/master/4004.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    There are worries the president and other Republicans will make every effort to stay in power. “There will be a smooth transition to a second Trump administration,” Mike Pompeo, the secretary of state, said on Tuesday. William Barr, the attorney general, has also authorized federal prosecutors to begin to investigate election irregularities, a move that prompted the head of the justice department’s election crimes unit to step down from his position and move to another role.

    Despite all of Trump’s machinations, it is extremely unlikely he can find a way to stay in power or stage a coup. Here’s an explanation of why:

    «Donald Trump refuses to accept that Joe Biden won the presidential election. Is there a constitutional path for him to stage a coup and stay in office for another term?»

    Not really. The electoral college meets on 14 December to cast its vote for president and nearly every state uses the statewide popular vote to allocate its electors. Biden is projected to win far more than the 270 electoral votes he needs to become president. His victory doesn’t hinge on one state and he has likely insurmountable leads in Michigan, Nevada, Wisconsin, Pennsylvania and Arizona.

    There is a long-shot legal theory, floated by Republicans before the election, that Republican-friendly legislatures in places such as Michigan, Wisconsin, and Pennsylvania could ignore the popular vote in their states and appoint their own electors. Federal law allows legislatures to do this if states have “failed to make a choice” by the day the electoral college meets. But there is no evidence of systemic fraud of wrongdoing in any state and Biden’s commanding margins in these places make it clear that the states have in fact made a choice.

    “If the country continues to follow the rule of law, I see no plausible constitutional path forward for Trump to remain as president barring new evidence of some massive failure of the election system in multiple states,” Richard Hasen, a law professor at the University of California, Irvine, who specializes in elections, wrote in an email. “It would be a naked, antidemocratic power grab to try to use state legislatures to get around the voters’ choice and I don’t expect it to happen.”
    Guardian US newsletters for the 2020 election and beyond
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    For lawmakers in a single state to choose to override the clear will of its voters this way would be extraordinary and probably cause a huge outcry. For Trump to win the electoral college, several states would have to take this extraordinary step, a move that would cause extreme backlash and a real crisis of democracy throughout the country.

    “There’s a strange fascination with various imagined dark scenarios, perhaps involving renegade state legislatures, but this is more dystopian fiction than anything likely to happen,” said Richard Pildes, a law professor at New York University. “The irony, or tragedy, is that we managed to conduct an extremely smooth election, with record turnout, under exceptionally difficult circumstances – and yet, a significant portion of the president’s supporters are now convinced that the process was flawed.”

    «Is there any indication Republicans in these important states are going to go along with this?»

    Shortly after election day, Jake Corman, the top Republican in the Pennsylvania state senate, indicated his party would “follow the law” in Pennsylvania, which requires awarding electors to the winner of the popular vote. In an October op-ed, Corman said the state legislature “does not have and will not have a hand in choosing the state’s presidential electors or in deciding the outcome of the presidential election”.

    But on Tuesday, Republicans in the Pennsylvania legislature said they wanted to investigate allegations of voter fraud. There’s no evidence of widespread malfeasance in the state, but the move is alarming because it could be the beginning of an effort to undermine the popular vote results in the state. The Republican-led legislature in Michigan is also investigating the election, as are Republicans in Wisconsin. There’s no evidence of widespread wrongdoing in either place.

    «Is this related in any way to the lawsuits Trump is filing?»

    Trump’s campaign has filed a slew of legally dubious suits since election day. The purpose of these suits appears not to be to actually overturn the election results, but to try and create uncertainty and draw out the counting process.

    Each state has its own deadlines for certifying election results that are then used to allocate its electoral college votes. In at least two states, Pennsylvania and Michigan, Trump’s campaign is seeking to block officials from certifying results.

    That certification timeline is important because federal law says that as long as election results are finalized by 8 December this year, the result is “conclusive”. That provides a safeguard against Congress, which is responsible for counting the electoral college votes, from second-guessing election results. By dragging out the process, the Trump campaign may be seeking to blow past that deadline and create more wiggle room to second-guess the results. Even if that is the Trump campaign’s hope, courts are unlikely to step in, Pildes said.

    “States are going to start certifying their vote totals beginning in less than 10 days, and there is no basis in the claims made thus far for the courts to stop that process,” he said.

    «Say the worst-case scenario comes to fruition and Republican-led legislatures override the will of the people in several states. Is there any safeguard to stop Trump?»

    Yes. Michigan, Wisconsin, Pennsylvania and Nevada all have Democratic governors who would refuse to approve a set of Trump electors with the popular vote clearly showing Biden winning their state. Instead, they would submit the electors Biden is entitled to as the winner of the popular vote.

    It would then fall to Congress, which is charged with counting the votes from the electoral college, to decide what to do. The law that outlines the process for how Congress should handle a dispute in electors from a state is extremely confusing, but experts believe the slate backed by a state’s governor is the legally sound one. There is a rival theory that the president of the Senate, Mike Pence, could have control over the process. A dispute over electors between the US House and Senate is a worst-case scenario and the US supreme court would probably be asked to step in.

    Regardless of however long a dispute is, the constitution does set one final deadline. Even if counting is ongoing, the president and vice-president’s terms both end at noon on 20 January. At that point if there isn’t a final result in the race, the speaker of the House – probably Nancy Pelosi – would become the acting president.

  • Loi sécurité globale : menaces à la liberté d’informer et surveillance généralisée (La Relève et La Peste)
    https://lareleveetlapeste.fr/loi-securite-globale-menaces-a-la-liberte-dinformer-et-surveillanc

    Cette semaine, les députés de l’Assemblée Nationale se réunissent pour passer en revue la proposition de loi de sécurité globale déposée le 20 octobre par Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du RAID et Christophe Castaner, ancien Ministre de l’Intérieur. Décrite comme un « continuum de la sécurité », ce texte marque une nouvelle étape sécuritaire liberticide du gouvernement, qui soutient pleinement son contenu sous la figure de Gérald Darmanin. De partout, les voix de la société civile s’élèvent pour en dénoncer les dérives les plus inquiétantes. Si les menaces à la liberté d’informer en sont les plus criantes, cette proposition pourrait surtout renforcer la surveillance de masse.

    La volonté d’interdire de filmer la police lors de ses interventions n’est pas nouvelle. Lancée il y a plusieurs mois, une pétition avait recueilli plus de 550 000 signatures suite au dépôt d’Eric Ciotti d’une proposition de loi en ce sens, le lendemain de l’assassinat de George Floyd par des policiers aux Etats-Unis. Mais c’est peut-être la première fois qu’elle est défendue si ouvertement par le gouvernement à travers les déclarations du Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a rappelé ce début de semaine sur RMC et BFMTV la promesse qu’il avait faite aux policiers et aux gendarmes de ne plus pouvoir filmer leurs images.

    (...)

    Sur les 32 articles de la proposition de loi, celui qui créée le plus la polémique est l’article 24 qui voudrait « compléter » la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, en rendant passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de filmer et diffuser l’image d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale.

    Pour cause, les images servent de moyen de défense aux manifestants et personnes interpellées violemment, souvent a posteriori.

  • Des Trump à Nétanyahou, l’ère des fils sans filtres - Libération
    https://www.liberation.fr/planete/2020/11/06/des-trump-a-netanyahou-l-ere-des-fils-sans-filtres_1804821

    Sur les réseau sociaux, les deux fils de Donald Trump versent dans la surenchère en criant à l’élection « volée », mégaphones décomplexés de leur géniteur. Dynamique qu’on retrouve en Israël, entre Benyamin Nétanyahou et son fils Yaïr.

    Tel père, tels fils. Chez les Trump, le refus de voir la défaite en face est génétique, et les gesticulations pyromanes, une affaire de famille. Alors que le président sortant, tel « une tortue obèse sur le dos sous le soleil brûlant » (dixit le présentateur star de CNN) multiplie les appels à stopper le dépouillement et accuse sans l’ombre d’une preuve les démocrates de lui « voler » l’élection à coups de « bulletins frauduleux », ses deux fils déversent sur les réseaux sociaux des litres d’huile sur le feu, heure après heure. Quitte à faire encore pire - c’est possible - que leur président de père.

    Prenons Donald Trump Junior, l’aîné barbu aux 6 millions d’abonnés, qui implore son patriarche peroxydé de lancer « une guerre totale contre cette élection », ajoutant, sans une once d’ironie, qu’il est « temps de faire le ménage et d’arrêter de ressembler à une république bananière ». [...] Les éructations des rejetons Trump s’inscrivent dans une tendance chez les autocrates refoulés : celle du fiston chargé de hurler tout haut ce que le père marmonne tout bas. En Israël, Yaïr Nétanyahou, l’aîné du Premier ministre nationaliste, en a fait un job à plein temps.

  • Confinement pour tous… mais pas pour les chasseurs
    https://reporterre.net/Confinement-pour-tous-mais-pas-pour-les-chasseurs

    À la campagne, les fusils ne prendront pas la poussière. Malgré le confinement, les coups de feu vont à nouveau résonner dans les bois. Le week-end dernier, le puissant patron de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, s’est félicité d’avoir obtenu gain de cause, glorifiant son entregent au sein du gouvernement. Contrairement à la population générale, qui n’a droit qu’à un accès restreint à la nature, les chasseurs pourront obtenir des dérogations pour user de la gâchette et tirer sur la faune sauvage.

    « Tout ceci ne s’est pas fait sans mal », a confié sur les réseaux sociaux le président des chasseurs avant de se réjouir : « Avec le soutien de nos amis agriculteurs, il va donc pouvoir s’ouvrir des possibilités de réguler certaines espèces dans un respect strict des gestes barrières liés au confinement ».

    Le 1er novembre, la secrétaire d’État à la biodiversité, Bérangère Abba, a écrit une circulaire à l’attention des préfets. « Dans les plus brefs délais », au cours de cette semaine, ils devront réunir les commissions départementales de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) pour définir, en lien avec les acteurs locaux, des « objectifs de prélèvement ». « Nous nous devons d’éviter un accroissement des dégâts faits aux cultures, aux forêts et aux biens par une prolifération des populations de grand gibier comme les sangliers ou les chevreuils », a déclaré Bérangère Abba dans un communiqué.

    Cette circulaire que Reporterre a pu se procurer précise que ces « prélèvements » [les « abattages », dans le vocabulaire commun] ne pourront être effectués que par des battues et du tir à l’affût, pas par l’organisation de chasse à courre. Willy Schraen regrette que « les chasseurs de gibiers d’eau n’aient pas été reconnus dans leur pratique essentielle de sentinelles sanitaires », mais pense qu’il pourra convaincre son ministère de tutelle.
    « Je vous invite à prendre une heure de détente cynégétique autour de chez vous »

    Chose plus surprenante, il invite ses troupes, alors que le droit pour l’instant l’interdit, à prendre, dans le cadre des attestations prévues, « une heure de détente cynégétique à moins d’un kilomètre de chez soi ».

    Bien que notre secrétaire d’État nous affirme que cela n’est pas autorisé, d’autres sources aussi importantes au sein de l’État nous valident la possibilité de prendre cette heure de détente cynégétique dans le cadre légal de la chasse en vigueur. Je vais donc me référer à cette deuxième approche parce que l’activité de nature qu’est la chasse ne peut être moindre que celle des autres. Je vous souhaite donc de prendre un bol d’air à proximité de votre maison et de respecter scrupuleusement la distanciation sociale. »
    Willy Schraen

    Encore faudrait-il que les chasseurs habitent tous à l’orée des bois et non pas en centre-bourg ou en ville… Car des arrêtés préfectoraux relatifs à la sécurité publique interdisent également à toute personne placée « à portée de fusil » ou à moins de 150 mètres de tirer en direction de certaines infrastructures comme les routes, les chemins publics et les habitations.

    Les chasseurs sont empressés de reprendre les fusils. Contrairement au premier confinement, le second confinement intervient au cœur de leur saison de chasse, qui s’étend d’ordinaire de septembre à mars. « Le seul mois de novembre correspond au quart du prélèvement annuel de grands gibiers, souligne la fédération des chasseurs de la Somme. Si cette régulation n’est pas réalisée, les populations vont exploser en 2021 et les dégâts agricoles atteindront un niveau insupportable. L’impossibilité de chasser durant un mois remet en cause l’indemnisation des dégâts agricole par le monde de la chasse », ajoute-t-elle. La fédération demande déjà un « report de la fermeture au bois du lièvre et du faisan ».

    Leur lobbying est intense. Willy Schraen affirme que le temps presse. « Rien que pour les sangliers, on doit en tuer 500.000 avant la fin de l’année, prévient-il. Vous imaginez les conséquences si on ne va pas à la chasse ! » Il semblerait que le patron des chasseurs ait gagné les arbitrages. La circulaire du ministère mentionne un chiffre identique et parle de « mission d’intérêt général ».

    La situation serait même déjà « irrémédiable » pour le patron des chasseurs :« L’ajout d’une période de chasse complémentaire au-delà de la date de fermeture officielle ne permettra pas de rattraper le retard car les conditions d’exercice de la chasse sont nettement moins favorables au printemps qu’en automne et hiver », dit-il alors que la chasse n’a été arrêtée que depuis cinq jours.

    Au niveau local, les chasseurs se félicitent des futures consultations avec la préfecture. En Meurthe-et-Moselle, la fédération départementale a informé, dimanche, ses adhérents qu’elle avait « l’assurance » que « les battues allaient reprendre d’ici une semaine maximum ». Le répit pour la faune sera donc de courte durée. « Gardez-vous en pleine forme et profitez bien de ce dernier week-end sans chasse ! » avertissait par courriel le directeur départemental, Roméo Rieder.

    D’ailleurs, les dérogations ne concerneront pas seulement le gros gibier mais aussi d’autres espèces classées « nuisibles », comme les renards et les pigeons ramiers. Mais cela ne leur suffit pas encore. Certains chasseurs demandent de pouvoir bénéficier d’une dérogation pour nourrir les appelants détenus dans des parcs hors domicile. D’autres exigent le remboursement de leur permis de chasse pour cette saison. « Il n’y aucune raison de le payer si nous sommes privés de notre loisir favori », déclarent-ils dans le magazine Chasse passion.

    Chez les naturalistes, l’heure est à l’incompréhension et à la colère. « C’est une forme d’indécence, s’emporte le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, contacté par Reporterre. Alors qu’à nouveau le drame du confinement s’installe en France, on voit les chasseurs négocier dans l’antichambre du pouvoir, dans les ministères et sûrement à l’Élysée, le droit à tirer toujours davantage. »

    Les chiffres avancés par la circulaire sont en effet troublants. Le nombre de 500.000 sangliers correspond au nombre de sangliers tués chaque année au cours de toute la saison de chasse — de septembre à mars — et non pendant un mois. Pourquoi le ministère a-t-il repris le chiffrage des chasseurs dans sa circulaire ? Contacté par Reporterre, le ministère n’a pas donné suite à nos demandes de précision dans les délais impartis.

    Pour Allain Bougrain-Dubourg, les justifications des chasseurs ne tiennent pas. « Ils disent que c’est pour limiter les dégâts dans les cultures. Mais en réalité, ce sont des pompiers pyromanes, dénonce-t-il : Ce sont les chasseurs qui ont très mal géré les populations de sangliers et qui ont favorisé leur développement. Avant de sortir les armes, il faudrait commencer par arrêter l’agrainage, fermer tous les élevages de sangliers et arrêter d’importer des sangliers des pays de l’Est, qui pèsent plus lourd et se vendent mieux dans les chasses commerciales.

    Chez les écologistes, on critique aussi « une différence de traitement parmi les usagers de la nature », « un privilège » octroyé par le pouvoir. « Finalement, ce sont les personnes armées et dangereuses qui ont le droit d’aller dehors », s’insurge Madline Rubin, la directrice de l’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages) :

    Cela nous paraît complètement injuste. Pourquoi un vététiste ou un photographe animalier ne pourraient-ils, pas eux, se promener ? Pour profiter de la nature pendant le confinement, faut-il devoir lui tirer dessus ? Il est temps de séparer la chasse du gouvernement comme on a, il y a des années, séparé l’Église de l’État.

    Pour l’instant, aucun naturaliste n’a reçu de dérogation pour aller dans des espaces naturels. L’occasion est pourtant « historique », juge Allain Bougrain-Dubourg. « Ce serait intéressant de profiter de ce répit pour voir comment des espèces fragiles comme le gibier d’eau se comportent et s’épanouit sans la chasse ».

    Les associations environnementales sont sur le pied de guerre. Elles se disent prêtes à déposer des recours contre les arrêtés préfectoraux de dérogation. De son côté, Madline Rubin ne se fait guère d’illusions. Lors du premier confinement, déjà, 60 départements avaient pris des arrêtés de dérogation. Dans les commissions départementales de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS), on compte en moyenne deux représentants d’associations écologistes pour une trentaine de membres. Ils sont marginalisés. « Je n’imagine pas un préfet résister aux chasseurs au niveau local, ils ont trop de pression. Seul le ministère aurait pu », dit-elle. Peine perdue.

    Ces dérogations clivent la société française. Plusieurs pétitions circulent en ce moment et recueillent des dizaines de milliers de signatures. Pour Allain Bougrain-Dubourg, « les chasseurs sont en train de se tirer une balle dans le pied, l’opinion publique n’est plus dupe, il n’y a plus de rationalité, il n’y a qu’une excitation, un goût du sang ».

    • le nouveau visage de la chasse
      www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/johanna-clermont-la-chasseresse-lere-des-reseaux-sociaux-124223

      « On parle beaucoup de bien-être animal, mais la souffrance ou l’absence de souffrance sont liées à un état de vie, cela n’a aucun rapport avec la chasse… Et puis quand vous avez vu à quoi ressemble la mort dans le monde animal, vous vous dites qu’une balle, c’est une fin clémente. » Johanna Clermont

      #galinette_cendrée

    • Reconfinement : la chasse au gros gibier autorisée en Ille-et-Vilaine
      https://www.francebleu.fr/infos/agriculture-peche/la-chasse-au-gros-gibier-autorisee-en-ille-et-vilaine-1604659544

      https://www.youtube.com/watch?v=CPydESmbDqo

      Même pendant cette période de confinement, les chasseurs vont pouvoir sortir en Ille-et-Vilaine, dès ce vendredi 6 novembre. La préfecture vient de les y autoriser indiquant que « certaines activités d’intérêt général doivent être maintenues ». Et la chasse au gros gibier en fait partie. La préfecture estime qu’il s’agit « d’éviter un accroissement des dégâts causés aux cultures, aux forêts et aux biens ».

      Les sangliers sont chaque année à l’origine de gros dégâts dans les cultures. « L’an dernier, les seuls dégâts agricoles ont atteint 620 000 euros en Ille-et-Vilaine et près de 80 millions d’euros à l’échelle nationale », précise la préfecture d’Ille-et-Vilaine. Or, le confinement intervient en pleine période de chasse.
      Sangliers mais aussi cerfs, pies bavardes et fouines

      Avec la dérogation prise par la préfecture d’Ille-et-Vilaine, il est possible dès ce vendredi 6 novembre de chasser le grand gibier (sanglier, chevreuil, cerf) mais dans des conditions précises : à l’affût ou en battue dans la limite de deux par semaine et par territoire de chasse (six tireurs minimum, 40 personnes maximum, toutes titulaires du permis de chasser). D’autres espèces nuisibles peuvent également être chassées : il s’agit du corbeau freux, de la corneille noire, la pie bavarde, le renard, la fouine, le ragondin, le rat musqué, le chien viverrin, le raton laveur et le vison d’Amérique . Toute autre activité de chasse reste suspendue. Ces mesures feront l’objet de contrôles, précise encore la Préfecture.

      La préfecture précise que « les regroupements, notamment les moments de convivialité, sont interdits ». Ces actions de chasse exceptionnelles seront réalisées dans le strict respect des règles sanitaires. Seuls les chasseurs et actionnaires des chasses privées résidant en Ille-et-Vilaine ou dans un département limitrophe sont autorisés à participer à ces opérations. Ils devront être munis d’une attestation de déplacement dérogatoire (participation à des missions d’intérêt général sur demande de l’autorité administrative), de la copie de l’arrêté en annexe et d’un justificatif du titulaire du droit de chasse ou de destruction.

      ça commence aujourd’hui jusqu’à ce que mort s’en suive de tout ce qui bouge !

      https://seenthis.net/messages/565920#message569100

      #taïaut_taïaut !

    • Ah ah, les regroupements de chasseurs interdits ? c’est du grand n’importe quoi. Quand une fois mort il faut trainer le sanglier ensanglanté, soulever ce gros gibier dans la voiture, le sortir et l’accrocher à la potence, lui vider le bide, découper les morceaux et les répartir, ça ne se fait pas seul·e parce que c’est juste impossible vu le poids et l’ampleur de la tâche quand il y a plusieurs bêtes à dépecer. Depuis toujours, c’est évidemment l’occasion pour les chasseurs de se raconter leur vie de chasseurs un verre à la main en regardant couler le sang et la merde. C’est toujours l’odeur de merde la plus prégnante et c’est important de le savoir, la tradition de chasse au gros gibier ça pue vraiment.
      Les chasseurs viennent défoncer les chemins avec leur 4/4 qui transportent des chiens affamés, arrivent de loin sans connaitre les lieux, et viennent pour « s’amuser », c’est à dire gueuletonner avec leurs congénères avant/après/pendant la tuerie, c’est une activité assez répugnante avec mise à l’épreuve de celleux qui doivent supporter ce spectacle affligeant.

      #merde_française

  • Jusqu’à 24 millions d’euros par an : la démesure des rémunérations patronales du CAC 40 - Basta !
    https://www.bastamag.net/La-demesure-des-remunerations-patronales-veritable-bilan-cac40-Pinault-Tel

    Des rémunérations patronales qui planent en haute altitude, des dirigeants dont les intérêts sont totalement alignés sur ceux des marchés financiers, des entreprises qui mentent sur la vraie mesure – abyssale – des écarts de revenus en leur sein... Tel est le tableau que dresse le deuxième chapitre de l’édition 2020 de « CAC40 : le véritable bilan annuel » de l’Observatoire des multinationales, partenaire de Basta !.

    Ce chapitre apporte au débat public de nombreux chiffres inédits qui mettent en lumière la démesure des rémunérations patronales, et ce qu’elle cache : l’alignement total des dirigeants d’entreprise sur les intérêts des marchés financiers, aux dépens des salariés et du reste de la société.

    La rémunération moyenne d’un patron du CAC40 aura été de presque 5 millions et demi d’euros en 2019. Comme l’année dernière, les deux premières marches du podium sont occupées par Bernard Charlès de Dassault Systèmes (24,7 millions d’euros) et François-Henri Pinault de Kering (16,6 millions). Ils sont suivi du PDG de Teleperformance Daniel Julien, nouveau venu dans le CAC40 avec 13,2 millions d’euros. Il faut environ trois années et huit mois pour qu’un smicard gagne autant que Bernard Charlès en une journée.

    La part fixe ne représente plus que moins d’un quart de la rémunération des patrons du CAC40. La part variable et les rémunérations en actions – c’est-à-dire la part de la rémunération liée à des critères financiers et boursiers – en représentent plus de 75 %, ce qui explique qu’ils gèrent leurs entreprises en fonction des intérêts des actionnaires et des marchés financiers. Cela explique aussi que les rémunérations patronales augmentent au même rythme que les dividendes, et soient désormais largement déconnectées de la paie empochée par les salariés, mais aussi de la performance réelle de leurs entreprises.

    Pour compléter le tableau, les patrons du CAC40 détiennent également des actions de leurs propres entreprises, et touchent donc eux-mêmes des dividendes. Sans tenir compte des actions détenues via des holdings familiales (LVMH, Kering, Bouygues...), un patron du CAC40 a touché en moyenne plus de 500 000 euros de dividendes au titre de l’exercice 2019. Sans les réductions de dividendes liées à l’épidémie de Covid, ce chiffre aurait été encore supérieur. La palme revient à Jean-Paul Agon de L’Oréal qui touche 4,6 millions d’euros de dividendes en plus de sa rémunération officielle déjà confortable de 9,8 millions d’euros.

    Cette année, pour la première fois, les groupe du CAC40 doivent publier un « ratio d’équité » comparant la rémunération de leur patrons à celle de leurs salariés. Nous montrons qu’une bonne partie du CAC40 a procédé à une véritable arnaque en ne calculant ce ratio que sur la base des effectifs de la société mère, soit une fraction des effectifs des groupes concernés. Ces ratios sont donc totalement faussés.

    Avec la crise sanitaire, de nombreux dirigeants ont annoncé une réduction de leur rémunération pour l’année 2020. Mais à y regarder de plus près, ces réductions (souvent de l’ordre de 20 ou 25 %) ne portent souvent que sur la rémunération fixe, soit moins de 25 % de leur rémunération totale, et parfois pour quelques mois seulement. Une minorité de patrons a pris des engagements plus conséquents. Ces réductions de rémunération sont généralement versées aux fondations d’entreprises, c’est-à-dire potentiellement défiscalisées.

    La distribution généreuse de dividendes des grandes entreprises françaises suscite un débat virulent depuis plusieurs années. Le niveau de rémunération des dirigeants est l’autre grand scandale de partage des richesses du CAC40, étroitement lié au premier.

  • Des gaz lacrymogènes très toxiques utilisés contre les manifestants à Portland - Basta ! - par Emilie Rappeneau | 29 octobre 2020
    https://www.bastamag.net/manifestants-Portland-gaz-lacrymogenes-toxiques-hexachloroethane-repressio

    À Portland, la police utilise depuis cet été des grenades lacrymogènes composées d’un produit chimique extrêmement dangereux. Une enquête est en cours, mais non content de mettre la vie des manifestants en danger, le Gouvernement américain refuse de coopérer avec la justice.

    « Un groupe entier de gens était en train de vomir dans leurs appareils respiratoires. À ce stade, j’ai eu l’impression que je devais l’enlever pour vomir. Quand je l’ai fait, j’ai eu un sentiment aveuglant, étouffant. Mon corps entier a commencé à trembler. » Ce témoignage d’Opal Hexen, infirmière exposée aux gaz lacrymogènes lors des manifestations Black Lives Matter à Portland, a été récolté par The Intercept. Le média en ligne a publié une série d’enquêtes, sur la toxicité des gaz utilisés par la police fédérale contre les manifestants à Portland cet été, un composé chimique issu de l’industrie militaire.

    Fin mai les citoyens de Portland dans l’Oregon commencent à manifester en réaction au meurtre de George Floyd, tué par un policier. Début juillet, la police locale est renforcée par des unités de la police fédérale dans le cadre de l’opération Diligent Valor, lancée par Donald Trump. Un rapport de l’association Physicians for Human Rights publié en octobre montre que les polices, locale et fédérale, ont fait un usage disproportionné et excessif de la force en recourant, entre autres, à des lanceurs de balles en caoutchouc et à des grenades lacrymogène à base de hexachloroéthane (HC). Ce composé chimique a longtemps été utilisé par l’industrie militaire pour créer du brouillard artificiel sur le champ de bataille. Il peut devenir hautement toxique. Et certaines de ces grenades fumigènes HC avaient expiré depuis 15 ans.

    Les effets du hexachloroéthane sur la santé se traduisent par des vomissements, des affections aux reins et au foie, la perte de mémoire, l’incapacité à manger, la confusion, ainsi qu’à plus long terme un risque augmenté de cancer et de perturbation du cycle menstruel. Ces grenades contiennent également du chlorure de zinc, un composé corrosif et irritant pour l’être humain et hautement toxique pour l’environnement.

    « La quantité de gaz lacrymogène qu’ils ont utilisé, surtout en juillet, était tellement extrême par rapport aux procédures normales que nous n’avons aucune idée de ce que ce niveau d’exposition fait aux gens », témoigne un infirmier, Nate Cohen, sur place le 26 Juillet. Lui a été touché par une grenade de gaz lacrymogène malgré l’affichage visible de sa qualité de secouriste, signalée par des croix rouge.

    Ces grenades HC, conçues dans les années 1930 pour dissimuler les actions des soldats sur les champs de bataille, sont reconnues par l’armée américaine comme dangereuses. « L’exposition de soldats non-protégés à des hautes concentrations de fumée HC même pendant quelques minutes cause des dommages corporels et des morts », observe un rapport du laboratoire de l’armée datant de 1994.

    Aujourd’hui, des agents du Département de la sécurité intérieure (DHS) sont toujours présents à Portland, et continuent à utiliser des munitions chimiques sur des citoyens, comme le 18 octobre, alors que des manifestants protestaient devant un centre ICE (immigration et douanes) pour attirer l’attention sur des hystérectomies – le retrait total ou partiel de l’utérus par une opération chirurgicale – effectuées sur des femmes migrantes non-consentantes...

    Ce 21 Octobre, le secrétaire du DHS, Chad Wolf, vient d’être poursuivi en justice par des organisations écologistes pour l’utilisation de ces armes chimiques contre des manifestants cet été. Les résidus chimiques utilisés près du tribunal fédéral et du centre de détention ICE ont contaminé les égouts, dont au moins deux donnent sur la rivière Willamette. Le DHS a refusé de fournir la liste exacte des munitions chimiques utilisées contres les manifestants et a refusé que des fonctionnaires des services environnementaux de la ville réalisent des prélèvements à proximité des barrières installées par la police pour tester la présence de produits chimiques dans l’eau.

  • Lactalis : évasion fiscale, pollution, négligences sanitaires, syndicalistes traqués… révélations d’une enquête indépendante (La Relève et La Peste)
    https://lareleveetlapeste.fr/lactalis-evasion-fiscale-pollution-negligences-sanitaires-syndical

    Sur les 38 sites violant le Code de l’environnement, les journalistes de Disclose en ont recensé 34 dépassant les rejets de polluants autorisés, 19 rejetant un volume supérieur à l’autorisation, 17 ayant pollué un cours d’eau, dont 7 ayant entraîné une mortalité avérée de poissons.
    30 octobre 2020 - Augustin Langlade

    Lactalis pollue depuis des années des dizaines de rivières françaises ; Lactalis a élaboré un système d’évasion fiscale de grande envergure ; Lactalis pratique le mouillage du lait, recycle les fromages, dissimule ses négligences sanitaires, traque les syndicalistes… C’est ce que révèle une nouvelle enquête du média d’investigation Disclose. Mené pendant un an par quatre journalistes, Mathias Destal, Marianne Kerfriden, Inès Léraud et Geoffrey Livolsi, qui ont épluché des centaines de documents, recueilli des dizaines de témoignages, entrepris plusieurs analyses sur le terrain, ce reportage saisissant expose au grand jour « l’étendue des dérives impliquant » le géant français des produits laitiers.

    Fondé en 1933 en Mayenne, Lactalis est devenu en moins de cent ans une multinationale tentaculaire, numéro un mondial des produits laitiers, dont le chiffre d’affaires avoisine les 20 milliards d’euros. Aujourd’hui, le groupe possède 266 sites industriels répartis dans une cinquantaine de pays, emploie 85 000 salariés, transforme cinq à six milliards de litres de lait chaque année, fabrique des centaines de millions de fromages, de desserts, de poudres, de beurres, de protéines animales… On le retrouve derrière des marques telles que Lactel, La Laitière, Président, Bridélice, Chaussée aux Moines, Salakis, Société ou La Vache qui Rit. Non coté en bourse malgré sa taille gigantesque, Lactalis se structure en une myriade de filiales et de marques, des centaines d’entreprises locales dont les bénéfices convergent vers le siège, puis disparaissent dans des paradis fiscaux.

    ÉVASION FISCALE D’ENVERGURE

    Entre 2013 et 2018, révèlent les journalistes de Disclose, Lactalis aurait escroqué l’administration fiscale de 220 millions d’euros dus au titre de l’impôt sur les sociétés. Les enquêteurs ont décortiqué trois mécanismes à l’origine de cette évasion massive de capitaux : la création de dettes fictives, de créances entre les sociétés du groupe et d’emprunts entre filiales.

    En quelques mots, le mécanisme de la dette fictive consiste à payer les producteurs quarante jours après la livraison du lait, afin de faire baisser sur le papier les bénéfices de l’entreprise. Basée en Belgique, une holding du groupe, BSA International, rachète la dette de presque toutes les filiales dans lesquelles elle détient des parts, puis déclare aux pouvoirs publics des résultats médiocres, avant de se renflouer, tout naturellement.

    De la même manière, la société BSA International fait remonter vers elle les créances de toutes ses filiales : c’est le second mécanisme. Au lieu d’enregistrer dans le pays de production ou de vente ses bénéfices, la filiale de Lactalis les transfère vers la société belge auprès de laquelle elle a contracté des dettes, ce qui diminue d’autant la proportion d’impôts qu’elle aura à payer. Cette astuce aurait permis à Lactalis de faire circuler 1,2 milliard d’euros vers BSA International rien qu’en 2018.

    Enfin, les emprunts. Une société-écran luxembourgeoise, Nethuns, dont BSA International est actionnaire, accorde des prêts gigantesques aux filiales, qui seront remboursés avec force intérêts, transformés du même coup en autant de bénéfices. Grâce à cette méthode, BSA France aurait réduit ses bénéfices de 19,5 millions d’euros entre 2018 et 2019, s’épargnant 55 % des impôts qu’elle aurait dû régler au Trésor.

    La société-écran Nehtuns, conseillée par la banque Société générale, est détenue à hauteur de 33 % par chaque membre de la fratrie Besnier, propriétaire de Lactalis. Une fois les dettes de BSA International réglées et ses créances récupérées, Nethuns fait disparaître ses bénéfices mirobolants du Luxembourg vers des paradis fiscaux.

    POLLUTION DE DIZAINES DE RIVIÈRES FRANÇAISE

    En enquêtant pour les seules dix dernières années, les journalistes de Disclose ont découvert que 38 usines détenues par le groupe Lactalis (sur les 60 passées en revue) avaient pollué ou polluent toujours des cours d’eau, en parfaite violation du Code de l’environnement.

    Ces 38 usines sont toutes des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Régime dérogatoire, le statut d’ICPE autorise une usine à déverser ses eaux usées dans la nature, à condition qu’elle les épure et procède à des mesures d’auto-surveillance. Autrement dit, les eaux sont censées être drastiquement traitées avant le rejet, et évaluées pour qu’elles ne présentent aucun danger sanitaire ou environnemental. Les auto-surveillances sont transmises à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), dont les 1 600 agents sont chargés de contrôler quelque 500 000 installations… Trop peu pour empêcher la pollution.

    Sur les 38 sites violant le Code de l’environnement, les journalistes de Disclose en ont recensé 34 dépassant les rejets de polluants autorisés, 19 rejetant un volume supérieur à l’autorisation, 17 ayant pollué un cours d’eau, dont 7 ayant entraîné une mortalité avérée de poissons.

    Disclose cite l’exemple de la fromagerie de la marque L’Étoile du Vercors, produisant du Saint-Marcellin et du Saint-Félicien. Non raccordée à une station d’épuration, cette usine déverserait depuis une dizaine d’années 100 000 mètres cubes d’eaux souillées par an dans l’Isère (40 piscines olympiques), au point que la pollution serait visible depuis l’espace. On est en plein cœur du Parc naturel régional du Vercors, normalement protégé par son statut. Et pourtant, chaque jour, 600 kilos de produits toxiques comme des détergents industriels sont librement rejetés dans la rivière.

    Après maintes investigations, les policiers de l’Office français de la biodiversité (OFB), alertés par une association, s’aperçoivent que les auto-surveillances effectuées par la fromagerie évitent délibérément de rechercher la présence de certaines substances comme le cyanure, le plomb, le cuivre ou le nickel dans leurs eaux usées, à la demande de la direction du groupe elle-même. Pire, une dizaine d’usines sur les 38 en infraction auraient transmis aux services de l’État des rapports d’auto-surveillance falsifiés.

    Pourquoi Lactalis préfère-t-il se passer de contrôle, éviter les traitements, au risque de finir en procès ? La raison est simple : les procédures de traitement des eaux usées sont bien plus chères que les amendes, dix fois plus chères, si l’on en croit les journalistes. Vu la lenteur des procès et le manque d’effectifs de l’OFB, mieux vaut donc empoisonner l’environnement.

    MOUILLAGE DU LAIT ET RÉCUPÉRATION DES EAUX DE LAVAGE

    Selon les journalistes de Disclose, pour augmenter toujours plus ses bénéfices, Lactalis utiliserait de nombreuses techniques strictement interdites sur notre territoire, à commencer par le réemploi de produits souillés. Un fromage tombe au sol. Au lieu de le jeter, la direction du groupe recommande à ses usines de le fondre à nouveau pour en faire du fromage à pizza ou de la Vache qui Rit, au mépris des dangers sanitaires que de tels procédés font peser.

    Le recyclage de matières usées ne s’arrête pas aux accidents de chaîne : il est aussi appliqué systématiquement au lait et aux crèmes desserts. Quand les petits pots de la marque La Laitière sont remplis, témoigne pour Disclose un ancien salarié de Lactalis, les tuyaux de l’usine sont lavés à l’eau claire. Le mélange d’eau et de crème qui en résulte est consigné dans des cuves de recyclage, dont le contenu sera disséminé dans les crèmes desserts du prochain cycle de production.

    De la même manière, les usines de Lactalis pratiquent le mouillage du lait à grande ampleur. En bref, chaque bouteille de lait sortant de ces sites de fabrication contiendrait une part non négligeable d’eaux blanches issues du rinçage des tuyaux et de « perméat », un mélange de protéines et d’eau, de très faible coût. Alors que le groupe Lactalis a été condamné pour avoir trafiqué, en 1997, 684 millions de litres de lait, il procéderait toujours au mouillage. (...)

  •  » Noam Chomsky : Trump est prêt à mettre à mal la Démocratie pour se maintenir au Pouvoir
    https://www.les-crises.fr/noam-chomsky-trump-est-pret-a-mettre-a-mal-la-democratie-pour-se-mainteni

    C.J. Polychroniou : Noam, à un peu plus de deux semaines des élections nationales les plus importantes de l’histoire récente des États-Unis, la campagne de Trump continue de clamer le message de » la loi et l’ordre » – une tactique politique sur laquelle les dirigeants autoritaires ont toujours compté pour contrôler les peuples et renforcer leur main mise sur un pays – mais refuse d’accepter une » transmission apaisée du pouvoir » s’il perd face à Biden. Quelle est votre réflexion sur ces questions ?

    Noam Chomsky : L’appel à « la loi et l’ordre » est normal, pratiquement un réflexe. La menace de Trump de refuser le résultat de l’élection ne l’est pas. C’est quelque chose de nouveau dans des démocraties parlementaires stables.

    Le fait que cette éventualité soit même envisagée révèle à quel point le boulet de destruction de Trump a été efficace pour miner la démocratie traditionnelle. On peut se rappeler que Richard Nixon, qui n’est pas exactement respecté pour son intégrité, avait quelques raisons de suspecter que sa victoire aux élections de 1960 lui avait été volée grâce à des machinations du Parti démocrate. Il n’a pas contesté les résultats, plaçant le bien-être du pays au-dessus de ses ambitions personnelles.

    Al Gore en a fait de même en 2000. L’idée que Trump puisse placer quoi que ce soit au-dessus de ses ambitions personnelles – y compris le souci du bien-être du pays – est trop absurde pour qu’on en débatte.

    James Madison a dit un jour qu’on ne protège pas la liberté avec des « murailles de parchemin » – des mots sur un papier. L’ordre constitutionnel présuppose plutôt la bonne foi et un certain engagement, même limité, en faveur du bien commun. Lorsque c’est cela qui a disparu, nous sommes passés dans un monde sociopolitique différent.

    Les menaces de Trump sont prises très au sérieux, non seulement dans les commentaires détaillés des principaux médias et revues, mais aussi au sein même de l’armée – qui pourrait être obligée d’intervenir, comme dans les dictatures de pacotille qui sont le modèle de Trump. Un exemple frappant est la lettre ouverte adressée au plus haut officier militaire du pays, le chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, par deux commandants militaires retraités très estimés, les lieutenants-colonels John Nagl et Paul Yingling. Ils mettent en garde Milley : « Le président des États-Unis cherche à dévoyer activement notre système électoral, menaçant de rester en fonction au mépris de notre Constitution. Dans quelques mois, vous aurez peut-être à choisir entre défier un président sans foi ni loi et trahir votre serment » celui qui vous engage à défendre la Constitution contre tous ses ennemis, « de l’intérieur et de l’extérieur. »

    L’ennemi d’aujourd’hui est à l’intérieur : un « président sans foi ni loi », poursuivent Nagl et Yingling, qui « mobilise une armée privée capable de contrecarrer non seulement la volonté de l’électorat mais aussi les mécanismes d’application de la loi ordinaire. Lorsque ces éléments entreront en conflit le 20 janvier 2021, l’armée américaine sera la seule institution capable de faire respecter notre ordre constitutionnel. »

    Les sénateurs républicains « réduits au statut de quémandeurs » ayant renoncé à toute once d’intégrité, le général Milley devrait être prêt à envoyer une brigade de la 82e division aéroportée pour disperser les « petits hommes verts » de Trump, conseillent Nagl et Yingling. « Si vous gardiez le silence, vous seriez complice d’un coup d’État. »

    Les menaces de Trump sont prises très au sérieux, non seulement dans les commentaires détaillés des principaux médias et revues, mais aussi au sein de l’armée.

    C’est difficile à croire, mais le simple fait que de telles réflexions puissent être énoncées par des voix sages et respectées, et qu’elles trouvent un écho dans le grand public, est une raison suffisante pour que nous soyons grandement préoccupés par les perspectives de la société américaine.

    Lorsque Trump a décidé de terroriser Portland, Oregon, il n’a pas envoyé l’armée, s’attendant probablement à ce qu’elle refuse de suivre ses ordres, comme cela vient de se passer à Washington D.C. Il a envoyé des paramilitaires, dont les plus redoutables d’entre eux appartenant à l’unité tactique BORTAC de la Patrouille frontalière, qui a pratiquement carte blanche avec les « damnés de la terre » comme cibles.

    Immédiatement après avoir exécuté les ordres de Trump à Portland, la BORTAC a repris ses passe-temps habituels, comme détruire un centre d’aide médicale rudimentaire dans le désert, où des volontaires tentent de fournir une aide médicale, ne serait-ce que de l’eau, à des gens désespérés qui, d’une façon ou d’une autre ont réussi à survivre.

    Ces gens là sont les professionnels de l’armée privée de Trump, renforcés par les milices armées qui défendent les théories de la suprématie blanche. Celles-là même que le FBI et le Département de la sécurité intérieure considère comme la principale menace intérieure aux États-Unis, et qui a fortement progressé pendant les années Trump, faisant passer les crimes liés au terrorisme de 20% en 2016 à près de 100 % en 2019.

    Le fait que nous ne soyons pas seuls est peut-être un peu réconfortant. D’autres grandes démocraties sont également en train de se délabrer, tombant également entre les mains de dirigeants ayant des tendances fascistes, voire même ayant cette idéologie. (...)

  • Quand l’eau devient une liquidité boursière à Wall Street !
    https://www.franceinter.fr/emissions/camille-passe-au-vert/camille-passe-au-vert-27-octobre-2020

    L’extinction de l’eau, une pénurie qui pourrait toucher selon l’ONU, 5 milliards d’individus en 2050. Une menace particulièrement vive en Californie, une terre agricole victime de nombreuses sécheresses. Alors que de gigantesques feux sévissent toujours dans la région, les boursiers de Wall Street n’ont rien trouvé de mieux que d’annoncer l’arrivée de l’eau en bourse.

    Plus précisément, le Chicago Mercantil Exchange et le Nasdaq s’apprêtent à lancer d’ici la fin de l’année des contrats à terme sur l’eau californienne, ce qui est une grande première pour cette ressource naturelle qui rejoint ainsi le pétrole ou le blé.

    Le problème du marché des contrats à terme, c’est qu’il peut engendrer de forts mouvements spéculatifs qui sont assez éloignés de la réalité des besoins. Les financiers pourraient donc bien tirer profit de cette source qui se tarit.

  • Standing By : Right-Wing Militia Groups & the US Election | ACLED
    https://acleddata.com/2020/10/21/standing-by-militias-election

    Un important rapport publié mi-octobre par le « Projet sur des lieux de conflits armés et les données d’événements » (Armed Conflict Location and Event Data Project – ACLED), en partenariat avec Hampton Stall de MilitiaWatch, détaille la « convergence » à l’échelle nationale des groupes d’extrême droite à l’approche des élections de 2020.

    Le rapport, intitulé « Sur un pied d’alerte : les milices d’extrême droite et les élections américaines », avertit que ce processus constitue « une menace sérieuse pour la sécurité des électeurs américains. Tout au long de l’été et jusqu’à l’élection générale, ces groupes se sont affirmés, avec des activités qui vont de l’intervention dans les manifestations à l’organisation de complots pour l’enlèvement de personnes élues ».

    In this joint report, ACLED and MilitiaWatch map militia activity across the United States and assess the risk of violence going into the 2020 election. Access data directly through the US Crisis Monitor and check the US methodology brief for more information about coding decisions, definitions, and sourcing.
    Executive Summary

    Militia groups and other armed non-state actors pose a serious threat to the safety and security of American voters. Throughout the summer and leading up to the general election, these groups have become more assertive, with activities ranging from intervening in protests to organizing kidnapping plots targeting elected officials (CNN, 13 October 2020). Both the Department of Homeland Security and the Federal Bureau of Investigation have specifically identified extreme far right-wing and racist movements as a primary risk factor heading into November, describing the election as a potential “flashpoint” for reactionary violence (The Nation, 30 September 2020; New York Times, 6 October 2020).

    ACLED collects and analyzes information about the actions of state, non-state, and sole perpetrator1 violence and demonstration activity. MilitiaWatch tracks, documents, and analyzes contemporary US militia movements, and provides reports connecting long-term militia trends to broader political events. ACLED and MilitiaWatch data indicate that right-wing militias have steadily ramped up their activities, and taken on an increasingly outsized profile within the national political environment.

    This joint report reviews the latest data on right-wing militia organizations across the country, identifying the most active groups and mapping the locations most likely to experience heightened militia activity before, during, and after the election.

    Although many US militias can be described as ‘latent’ in that they threaten more violence than they commit, several recently organized militias are associated with a right-wing ideology of extreme violence towards communities opposed to their rhetoric and demands for dominance and control. The lack of open sanctions of these groups from public figures and select local law enforcement has given them space to operate, while concurrently allowing political figures to claim little direct responsibility for violent actions from which they hope to benefit.

    ACLED has tracked the activities of over 80 militias across the US in recent months, the vast majority of which are right-wing armed groups. This report maps a subset of the most active right-wing militias, including ‘mainstream militias,’ which are those that work to align with US law enforcement (the Three Percenters, the Oath Keepers, the Light Foot Militia, the Civilian Defense Force, and the American Contingency); street movements that are highly active in brawls (the Proud Boys, and Patriot Prayer); and highly devolved libertarian groups, which have a history of conflict and are skeptical of state forces (the Boogaloo Bois, and People’s Rights [Bundy Ranch]).

    Analysis of a variety of drivers and barriers to militia activity allows for identification of high-risk locations ahead of the election. These include locations that have seen substantial engagement in anti-coronavirus lockdown protests as well as places where militias might have perceptions of ‘leftist coup’ activities. Spaces where militias have been active in setting up recruitment drives or holding training for members are also at heightened risk, as are spaces where militia members cultivate personal relationships with police or law enforcement or where there might be a friendly attitude by law enforcement towards militia presence or activity. In the context of the upcoming election, swing states are also at heightened risk, in line with scholarship around election violence and unrest being more common in competitive spaces. And lastly, state capitals and ‘periphery’ towns also remain important potential inflection points for violence, especially in more rural and suburban areas that have been particularly conducive to the foundation and regular activities of militia groups. Medium-population cities and suburban areas with centralized zones also serve as locations of major gravitational pull. Barriers to militia activity, meanwhile, can include locations with an overwhelming left-leaning population and/or large populations unsupportive of militias.

    Based on these drivers and barriers, this report finds that capitals and peripheral towns, as well as medium-population cities and suburban areas with centralized zones, in Georgia, Michigan, Pennsylvania, Wisconsin, and Oregon are at highest risk of increased militia activity in the election and post-election period, while North Carolina, Texas, Virginia, California, and New Mexico are at moderate risk. Spotlights on each of these states offer a glimpse into recent trends associated with militia activity in each context in recent months.

    Key Conclusions

    There has been a major realignment of militia movements in the US from anti-federal government writ large to mostly supporting one candidate, thereby generally positioning the militia movement alongside a political party. This has resulted in the further entrenchment of a connection between these groups’ identities and politics under the Trump administration, with the intention of preserving and promoting a limited and warped understanding of US history and culture.

    These armed groups engage in hybrid tactics. They train for urban and rural combat while also mixing public relations, propaganda works, and ‘security operations’ via both online and physical social platforms to engage those outside of the militia sphere. There is an increasing narrative and trend that groups are organizing to ‘supplement’ the work of law enforcement or to place themselves in a narrowly defined ‘public protection’ role in parallel with police departments of a given locale.

    Ahead of the election, right-wing militia activity has been dominated by reactions to recent social justice activism like the Black Lives Matter movement, public health restrictions due to the ongoing coronavirus pandemic, and other perceived threats to the ‘liberty’ and ‘freedoms’ of these groups.

    And right-wing militia groups are often highly competitive with one another, but many have coalesced around this period of heightened political tension, and have even brought Proud Boys and QAnon-linked groups into the fold. While some groups have indicated that they are receptive to calls for deescalation and conflict avoidance, they remain vulnerable to hardline elements that may work clandestinely towards violent action aimed at dominating public space around the election.

    Introduction & Key Trends

    ACLED and MilitiaWatch have identified a major realignment of militia movements in the US from anti-federal government writ large to mostly supporting one candidate, thereby generally positioning the militia movement with a political party. This has resulted in the further entrenchment of a connection between these groups’ identities and politics under the Trump administration, with the intention of preserving and promoting a limited and warped understanding of US history and culture.

    We find that these armed groups engage in hybrid tactics. They train for urban and rural combat while also mixing public relations, propaganda works, and ‘security operations’ via both online and physical social platforms to engage those outside of the militia sphere. There is an increasing narrative and trend that groups are organizing to ‘supplement’ the work of law enforcement or to place themselves in a narrowly defined ‘public protection’ role in parallel with police departments of a given locale.

  • « On n’est pas libre d’avoir une bagnole ou non parce que l’univers suburbain est agencé en fonction d’elle » (La Relève et La Peste)
    https://lareleveetlapeste.fr/on-nest-pas-libre-davoir-une-bagnole-ou-non-parce-que-lunivers-sub

    Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villas sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. À la différence de l’aspirateur, de l’appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d’usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la côte, n’a d’intérêt et d’avantages que dans la mesure où la masse n’en dispose pas.

    C’est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se démocratise pas : si tout le monde accède au luxe, plus personne n’en tire d’avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et dépossède les autres et est roulé, frustré et dépossédé par eux.

    La chose est assez communément admise, s’agissant des villas sur la côte. Aucun démagogue n’a encore osé prétendre que démocratiser le droit aux vacances, c’était appliquer le principe : une villa avec plage privée pour chaque famille française. Chacun comprend que si chacune des treize ou quatorze millions de familles devait disposer ne serait-ce que dix mètres de côte, il faudrait 140 000 kilomètres de plages pour que tout le monde soit servi !

    En attribuer à chacun sa portion, c’est découper les plages en bandes si petites — ou serrer les villas si près les unes contre les autres — que leur valeur d’usage en devient nulle et que disparaît leur avantage par rapport à un complexe hôtelier. Bref, la démocratisation de l’accès aux plages n’admet qu’une seule solution : la solution collectiviste. Et cette solution passe obligatoirement par la guerre au luxe que constituent les plages privées, privilèges qu’une petite minorité s’arroge aux dépens de tous.

    Or, ce qui est parfaitement évident pour les plages, pourquoi n’est-ce pas communément admis pour les transports ? Une bagnole, de même qu’une villa avec plage, n’occupe-t-elle pas un espace rare ? Ne spolie-t-elle pas les autres usagers de la chaussée (piétons, cycliste, usagers des trams ou bus) ? Ne perd-elle pas toute valeur d’usage quand tout le monde utilise la sienne ?

    Et pourtant les démagogues abondent, qui affirment que chaque famille a droit à au moins une bagnole et que c’est à l’« État » qu’il appartient de faire en sorte que chacun puisse stationner à son aise, rouler à 150 km/h, sur les routes du week-end ou des vacances.

    La monstruosité de cette démagogie saute aux yeux et pourtant la gauche ne dédaigne pas d’y recourir. Pourquoi la bagnole est-elle traitée en vache sacrée ? Pourquoi, à la différence des autres biens « privatifs », n’est-elle pas reconnue comme un luxe antisocial ? La réponse doit être cherchée dans les deux aspects suivants de l’automobilisme.

    1. L’automobilisme de masse matérialise un triomphe absolu de l’idéologie bourgeoise au niveau de la pratique quotidienne : il fonde et entretient en chacun la croyance illusoire que chaque individu peut prévaloir et s’avantager aux dépens de tous. L’égoïsme agressif et cruel du conducteur qui, à chaque minute, assassine symboliquement « les autres », qu’il ne perçoit plus que comme des gênes matérielles et des obstacles à sa propre vitesse. Cet égoïsme agressif et compétitif est l’avènement, grâce à l’automobilisme quotidien, d’un comportement universellement bourgeois (« On ne fera jamais le socialisme avec ces gens-là », me disait un ami est-allemand, consterné par le spectacle de la circulation parisienne [1]).

    2. L’automobile offre l’exemple contradictoire d’un objet de luxe qui a été dévalorisé par sa propre diffusion. Mais cette dévalorisation pratique n’a pas encore entraîné sa dévalorisation idéologique : le mythe de l’agrément et de l’avantage de la bagnole persiste alors que les transports collectifs, s’ils étaient généralisés, démontreraient une supériorité éclatante. La persistance de ce mythe s’explique aisément : la généralisation de l’automobilisme individuel a évincé les transports collectifs, modifié l’urbanisme et l’habitat et transféré sur la bagnole des fonctions que sa propre diffusion a rendues nécessaires. Il faudra une révolution idéologique (« culturelle ») pour briser ce cercle. Il ne faut évidemment pas l’attendre de la classe dominante (de droite ou de gauche).

    [....]

    Si la voiture doit prévaloir, il reste une seule solution : supprimer les villes, c’est-à-dire les étaler sur des centaines de kilomètres, le long de voies monumentales, de banlieues autoroutières. C’est ce qu’on a fait aux États-Unis.

    Ivan Illich en résume le résultat en ces chiffres saisissants : « L’Américain type consacre plus de mille cinq cents heures par an (soit trente heures par semaine, ou encore quatre heures par jour, dimanche compris) à sa voiture : cela comprend les heures qu’il passe derrière le volant, en marche ou à l’arrêt ; les heures de travail nécessaires pour la payer et pour payer l’essence, les pneus, les péages, l’assurance, les contraventions et impôts… À cet Américain, il faut donc mille cinq cents heures pour faire (dans l’année) dix mille kilomètres. Six kilomètres lui prennent une heure. Dans les pays privés d’industrie des transports, les gens se déplacent à exactement cette même vitesse en allant à pied, avec l’avantage supplémentaire qu’ils peuvent aller n’importe où et pas seulement le long des routes asphaltées. »

    [...]

  • Amy Coney Barrett’s Silence Is an Expression of Extremism | The New Yorker (October 18, 2020)
    https://www.newyorker.com/magazine/2020/10/26/amy-coney-barretts-silence-is-an-expression-of-extremism

    On the second day of Amy Coney Barrett’s Senate Judiciary Committee hearings for a seat on the Supreme Court, she and Cory Booker had an exchange that indicated that both the Court and the country are nearing a precarious point. Did she believe, Booker asked, that “every Pres­ident should make a commitment, un­equivocally and resolutely, to the peace­ful transfer of power?” Barrett raised her eyebrows, and chose her words carefully. “Well, Senator, that seems to me to be pulling me in a little bit into this question of whether the President has said that he would not peacefully leave office,” she said. “And so, to the extent that this is a political controversy right now, as a judge, I want to stay out of it and I don’t want to express a view.”

    A President should absolutely make such a commitment; it’s in the job description. Yet, even when Booker reminded Barrett, who has described herself as an originalist and a textualist, of the importance of the peaceful transition of power to the Founders, the most she would allow was that America had been lucky that “disappointed voters” had always accepted election results. To say that a disappointed President might have an obligation to do so was apparently too far for her to go. What Barrett did offer was a study in the extent to which not giving an answer can be an expression of extremism. Her demurrals were more, even, than those of Justices Neil Gorsuch and Brett Kavanaugh, in their hearings, a measure of how thoroughly President Trump has moved the margins of our political culture.

    It’s no surprise that the hearings would be characterized by some level of evasiveness: no nominee, particularly these days, wants to say something that will rally the opposition. Barrett, as a member of Notre Dame’s University Faculty for Life, had signed an ad that called Roe v. Wade, the 1973 Supreme Court decision affirming a woman’s reproductive rights, “infamous.” But, in the hearings, she asserted that she really couldn’t say what her position on Roe might be—the decision was controversial, and a case that threatened to overturn it might someday come before her. She attributed the principle that nominees should not comment on potential cases to Ruth Bader Ginsburg. But that principle doesn’t mean that the confirmation process should be a charade of non-answers; Ginsburg, in her own hearings, in 1993, acknowledged that she was pro-choice.

    Barrett’s hearings weren’t just the latest reminder that the tiresome confirmation process is due for an overhaul; there were two novel, and alarming, aspects of the evasions in her testimony. The first was how many established principles she considers to be still open to debate. When Kamala Harris pressed her on the reality of climate change, and its consequences, Barrett protested that the Senator was “eliciting an opinion from me that is on a very contentious matter of public debate,” adding, “and I will not do that.” More startling, Barrett seemed to suggest that core elements of our electoral democracy are up for grabs. Dianne Feinstein asked her if the Constitution gives the President the power “to unilaterally delay a general election.” The answer is no, but Barrett replied that she didn’t want to give “off-the-cuff answers”—that would make her a “legal pundit.”

    The scenarios that Barrett declined to address were not wild hypotheticals that the Democrats had dreamed up in an attempt to trick her. Donald Trump has repeatedly refused to commit to a peaceful transfer of power if he loses. He has also mooted delaying the election, or maybe excluding ballot tallies he doesn’t trust, and said that he wants this Court seat filled quickly, so that his appointee can be on the panel deciding any election disputes. What he’s proposing is a clear attack on American democracy and the rule of law. Barrett, though, spoke as though the fact that the President tweets about something means that it is within the realm of reasonable constitutional inter­pretation. What she conveyed throughout was not so much conscientiousness as a combination of deference to, alignment with, and, perhaps, fear of Trump.

    And that was the second warning that emerged from the hearings: none of the Republican senators in the room seemed shocked at what the President deems possible, or interested in hearing what the Court’s role might be in countering any President who abuses his power. Instead, they echoed Trump’s intimations of fraudulent voting, me­dia lies, and left-wing plots. Ted Cruz claimed that many Democrats had made a decision “to abandon democracy.” Thom Tillis said it was understandable that gun sales had increased in recent months, because Democrats, “including people on this committee,” had made Americans fear for their safety. Josh Hawley appeared to think that the real problem was Hunter Biden. It can be hard to tell whether the Republicans are extremists or opportunists, or have just retreated into passivity.

    In one of the most notable exchanges in the hearings, the Vermont Democrat Patrick Leahy tried, unsuccessfully, to get a straight answer from Barrett on whether a President could refuse to comply with a Supreme Court order, and whether such a refusal would be “a threat to our constitutional system of checks and balances.” A President defying the Supreme Court is the definition of a constitutional crisis, but Barrett would say only that the Court “can’t control” a renegade President. The Constitution, though, offers a clear course of action in such an event: impeachment. It seemed odd that Barrett, who spent much of her time commending committee members for their power as legislators—saying, repeatedly, “That’s your job”—didn’t emphasize that point.

    Textualists often adopt a posture of “restraint” that masks their tendency to be true activists, which is what Barrett was when, in a dissent last year, she called Wisconsin laws limiting gun purchases by felons unconstitutional. Similarly, in suggesting that Justices, when faced with a President who rejects election results—or their authority—would just dither or shrug, she was making a radical statement, not a restrained one. Perhaps Barrett believes that such a crisis will never come to pass, and honestly doesn’t know what she would do if one did. In which case it might be prudent for her to begin thinking about how she would respond. The full Senate is on track to vote on her nomination as soon as October 26th. Eight days later, Donald Trump will be watching the election results come in, and he may not like what he sees.

  • La déclaration de Great Barrington : Un manifeste de la mort - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2020/10/17/pers-o17.html
    https://www.wsws.org/asset/300fce5a-27d2-4f87-b249-801616bad713?rendition=image1280

    Cette semaine, la Maison-Blanche a officiellement adopté une politique d’immunité collective dans le cadre de la pandémie de COVID-19, déclarant en substance que l’infection massive de la population est un bien positif.

    Cela a pris la forme d’une approbation publique de la Déclaration de Great Barrington, un manifeste de l’Institut américain de recherche économique pour le marché libre, qui appelle à l’abandon de toutes les mesures qui visent à contenir la pandémie. La déclaration a été élaborée en étroite coordination avec Scott Atlas, conseiller de Trump.

    La déclaration de huit paragraphes ne cite aucune donnée scientifique. Elle ne tente pas sérieusement de défendre son point de vue. Il s’agit plutôt d’une série d’affirmations construites rétroactivement selon les exigences de la grande entreprise américaine pour l’abandon des mesures de santé publique visant à contenir la pandémie : « Les écoles et les universités devraient être ouvertes à l’enseignement en personne. Les activités extrascolaires, telles que le sport, devraient être reprises. Les jeunes adultes à faible risque devraient travailler normalement, plutôt que de chez eux. Les restaurants et d’autres entreprises devraient ouvrir. Les arts, la musique, le sport et les autres activités culturelles devraient reprendre ».

    Le document ne mentionne aucune mesure de santé publique pour contenir la maladie, que ce soit le dépistage, la recherche des contacts ou la mise en quarantaine des malades. Ce n’est pas une omission, c’est délibéré. En effet, du point de vue des auteurs de l’article, l’infection massive, avec la mort massive qui s’ensuit, est un bénéfice à rechercher.

    Avant-hier soir, à la télévision, on a demandé à Trump si la politique du gouvernement était en fait l’« immunité collective ». Il a répondu en précisant que c’était le cas, répétant à nouveau le refrain proposé pour la première fois par Thomas Friedman du New York Times selon lequel « le remède ne peut pas être pire que le problème lui-même » – c’est-à-dire qu’il n’y aura pas de retour aux restrictions de l’activité économique qui visent à ralentir la propagation du virus.

    L’adoption officielle de l’immunité collective est un aveu que le sabotage des efforts de dépistage par la Maison-Blanche, son refus de fournir des équipements de protection et sa campagne de désinformation visaient délibérément à sacrifier des vies humaines au nom de « l’économie ».

    Plus important encore, l’adoption de la déclaration par la Maison Blanche est une déclaration d’intention pour le meurtre de masse. Elle va laisser des centaines de milliers de personnes supplémentaires mourir en pleine résurgence mondiale de la pandémie suite à l’abandon prématuré des fermetures d’entreprises et d’autres efforts pour contenir la pandémie.

    La stratégie d’immunité collective a suscité à juste titre des condamnations cinglantes de la part des principales organisations de santé publique du monde. Le 15 octobre, le journal médical britannique The Lancet a publié une déclaration condamnant cette politique comme « une dangereuse erreur non étayée par des preuves scientifiques ».

    Le journal a affirmé qu’« aucune preuve n’existe d’une immunité protectrice durable contre le SRAS-CoV-2 à la suite d’une infection naturelle ». Par conséquent, « une telle stratégie ne mettrait pas fin à la pandémie de COVID-19, mais entraînerait des épidémies récurrentes, comme ce fut le cas pour de nombreuses maladies infectieuses avant l’avènement de la vaccination ».

    The Lancet a conclu de manière décisive : « Les preuves sont très claires : le contrôle de la propagation communautaire de COVID-19 est le meilleur moyen de protéger nos sociétés et nos économies jusqu’à ce que des vaccins et des thérapeutiques sûrs et efficaces arrivent dans les prochains mois ».

    La déclaration du Lancet faisait suite à une déclaration antérieure de 17 organisations de santé publique de premier plan, dont la Coalition pour la santé des grandes villes et l’Association américaine pour la santé publique. Celles-ci ont déclaré : « Si elles étaient suivies, les recommandations de la déclaration de Great Barrington sacrifieraient des vies au hasard et inutilement. La déclaration n’est pas une stratégie, c’est une déclaration politique. Elle ne tient pas compte de l’expertise solide en matière de santé publique ».

    La déclaration des organisations de santé publique conclut que « Rien ne prouve que nous sommes, même de loin, proches de l’immunité collective. Au contraire, les experts estiment que 85 à 90 pour cent de la population américaine est toujours exposée au risque de contracter le SRAS-CoV-2 ».

    Elle ajoute : « Nous avons vu l’échec de l’expérience d’immunité collective dans des pays comme la Suède, qui a le taux de mortalité le plus élevé des pays nordiques », et conclut : « C’est illogique d’ignorer la santé publique et les preuves scientifiques alors que tant de vies sont en jeu ».

    Comme le Dr William Schaffner, expert en maladies infectieuses à l’université Vanderbilt, l’a clairement indiqué : « deux à six millions de décès, c’est un calcul approximatif, mais parfaitement raisonnable » du nombre de personnes qui mourraient si les États-Unis poursuivaient leur politique d’immunité collective.

    L’adoption ouverte de l’immunité collective par la Maison-Blanche est une déclaration de guerre à la classe ouvrière par l’oligarchie capitaliste. Elle montre clairement que le capitalisme ne prétend même plus accorder une valeur à toutes les vies humaines. Si les travailleurs ne se contentent pas de retourner sur les lieux de travail où le virus se propage rapidement, on les obligera de le faire par la contrainte économique ou par la violence de l’extrême droite et de l’État.

    C’est pourquoi la promotion de l’immunité collective s’est accompagnée de l’arrêt de toute aide d’urgence fédérale, de la fin des restrictions sur les coupures de services publics et des expulsions. Cette semaine, les dirigeants des deux partis ont clairement fait savoir qu’ils n’avaient aucun intérêt à adopter un autre programme d’aide économique, alors que les États, l’un après l’autre, suppriment toutes les protections des travailleurs vulnérables.

  • Un syndicat new-yorkais appelle à la grève générale en cas de non-respect par Trump des résultats du scrutin.
    http://www.revolutionpermanente.fr/Un-syndicat-new-yorkais-appelle-a-la-greve-generale-en-cas-de-n

    Le 13 octobre, le syndicat AFL-CIO de Rochester (New York) a adopté une résolution appelant les différentes organisations syndicales « à préparer et à décréter une grève générale de tous les travailleurs, si nécessaire, pour assurer une transition pacifique du pouvoir à la suite des élections présidentielles de 2020 ».

    Une décision qui fait écho aux récentes déclarations du président américain, qui a refusé de s’engager à reconnaître les résultats du scrutin du 3 novembre prochain, prétextant de possibles fraudes électorales en raison de l’importance que prendra cette année le vote par correspondance, causé par la crise sanitaire. Des soupçons totalement infondés, alimentés par une vaste campagne politique menée par le camp Trump.
    Un sabotage orchestré de la poste américaine

    Comme le souligne l’AFL-CIO de Rochester dans sa résolution, "de nombreux responsables publics, dont le président, ont entamé une campagne concertée de démantèlement des infrastructures clés, comme le service postal américain, se livrant à des actes clairs de suppression d’électeurs et de désinformation destinés à semer le doute sur l’intégrité des élections nationales". Des manœuvres contre lesquelles les travailleurs des postes ont résisté discrètement et héroïquement, démontrant une fois de plus le rôle central de la classe ouvrière.

    Ces accusations font notamment référence au blocage cet été par Donald Trump des financements de la poste américaine, le United States Postal Service (USPS), afin d’affaiblir le vote par correspondance, sensé, selon les sondages, favoriser le camp démocrate. Le président de l’USPS, Louis Dejoy, est lui-même un partisan de Trump, et participe au ralentissement de la distribution du courrier, par la réduction des machines de tri et des boîtes aux lettres. Un sabotage dans la lignée de la campagne menée depuis plusieurs années aussi bien par les présidents démocrates que républicains, dans le but de privatiser l’USPS. Mais les trucages ne s’arrêtent pas là : en Floride, les tribunaux ont également imposé des taxes de vote aux personnes ayant récemment retrouvé leur droit de vote, notamment les anciens prisonniers. En Californie, les Républicains sont allés jusqu’à installer de fausses boîtes de dépôt de bulletins de vote !

    L’appel à la grève générale lancé par l’AFL-CIO s’inscrit également dans le contexte de l’augmentation des attaques de l’extrême-droite contre les militants, avec le soutien du président. Trump cherche en effet à attiser les velléités des milices d’extrême-droite s’affichant ouvertement contre la démocratie américaine, en incitant notamment l’organisation suprémaciste des « Proud Boys » à « se tenir prêts » pour la soirée électorale, n’excluant pas le recourt à la violence pour semer le chao. Sa campagne rassemble également ce qu’il présente comme une "armée" de soi-disant "observateurs des élections", menant en réalité des campagnes d’intimidation dans les bureaux de vote.

    Trump pari ainsi sur la possibilité de semer suffisamment le trouble le soir des élections pour faire basculer les Grands Electeurs des Etats en balance, qui sont ceux qui éliront in fine le Président des Etats-Unis. Il pourrait décider de se déclarer gagnant avant le dépouillement des bulletins de vote par correspondance (dont la délibération fastidieuse pourrait durer au-delà de la nuit électorale), en prétendant que ces bulletins sont frauduleux, pour interrompre le vote ou le décompte des voix. Si le vote des américains est suffisamment mis en doute, les législatures des États balbutiants comme la Pennsylvanie pourraient nommer des Grands électeurs favorables à Trump. En cas de litige sur le résultat des élections, ce serait à la Cour suprême américaine de trancher l’identité du futur locataire de la Maison Blanche, comme cela a déjà été le cas lors du duel Bush/Al Gore en 2000. La nomination récente de la juge conservatrice Amy Coney Barrett n’est en cela pas un hasard.

    Si la réussite de la stratégie de Trump reste incertaine elle n’est cependant pas à écarter totalement. Les milices de droite que son administration a longtemps encouragées sont encore marginales et la tentative de Trump de manipuler le Collège électoral semble encore loin d’aboutir. Mais si les démocrates parient uniquement sur leur avance dans les sondages pour contre-carrer les manœuvres de Trump, ses attaques contre le vote par correspondance pourraient limiter leur avantage, laissant les candidats au coude à coude.

    Du côté des démocrates, la position est claire : ils n’ont aucune intention d’appeler à une mobilisation de masse pour lutter contre la menace électorale. Ni de se débarrasser du Collège électoral ou de la Cour suprême au caractère particulièrement antidémocratique, et dont Trump entend se servir. Joe Biden et les démocrates n’arrêteront pas le truquage des élections. Il suffit de voir la façon ils se sont adaptés à la nomination de la juge ultra-conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême, ou de leur abandon, par le passé, face à la décision de la Cour Suprême de nommer Bush contre Al Gore en 2000.

    Les démocrates, comme les républicains, sont un parti de la classe dirigeante, en témoigne le nombre de milliardaires qui financent la candidature de Biden aux élections. Ils n’ont pas intérêt à convoquer une mobilisation qui pourrait démontrer le potentiel de la classe ouvrière et des opprimés, révélé par le soulèvement historique massif contre la police cet été, et dont le parti a participé à la répression. Ce secteur de la classe dirigeante préfère encore avoir Trump au pouvoir que d’assister à une nième vague de soulèvements.

  • Un « ISF climatique » pourrait rapporter 4,3 milliards d’euros par an à la France (La Relève et La Peste)
    https://lareleveetlapeste.fr/un-isf-climatique-pourrait-rapporter-43-milliards-deuros-par-an-a-

    Dans un rapport publié mardi 13 octobre, Greenpeace préconise de rétablir l’ISF en l’adaptant à l’impact climatique des plus fortunés afin de concilier justice sociale et environnementale. Cet impôt d’un nouveau genre pourrait ainsi rapporter 4,3 milliards d’euros par an à l’Etat français. Une proposition qui arrive au début de l’examen du projet de loi de finances pour 2021 afin de mettre en avant la responsabilité sociale et environnementale des ménages les plus aisés.

    Avec son rapport nommé « L’argent sale du capital : pour un ISF Climatique », l’ONG Greenpeace est parti d’un constat irréfutable, chiffres clés à l’appui : plus on est riche, plus on pollue. En raison de leur consommation et de leur mode de vie, mais aussi de leur patrimoine financier, les 1 % les plus riches de la planète seraient responsables de deux fois plus d’émissions de CO2 que la moitié la plus pauvre.

    Avec l’aide du cabinet spécialisé Carbone 4 et de Carbon4 Finance, Greenpeace a analysé les données de l’INSEE et de la Banque de France sur la composition du patrimoine financier des ménages, pour les associer à des facteurs d’émissions. Les résultats sont sans appel :
    En France, le patrimoine financier des 1% des ménages les plus riches est associé à une empreinte carbone 66 fois supérieure à celle des 10% les plus pauvres

    D’après le rapport, le patrimoine financier des ménages soumis à l’ISF en 2017, avant sa suppression, était associé à l’émission annuelle de 97 millions de tonnes en équivalent C02 (tCO2eq). En 2017, les recettes issues des déclarations spontanées d’ISF en France s’étaient élevées à 4,2 milliards d’euros.

    Selon les calculs de l’ONG et du cabinet d’experts, rétablir un impôt sur la fortune qui soit directement indexé sur les émissions de gaz à effet de serre (au niveau actuel de la taxe carbone : 44,6 euros / tCO2eq) induites par les produits financiers bancaires des ménages les plus riches rapporterait environ 4,3 milliards d’euros à l’État, une rentrée d’argent légèrement supérieure à 2017.

    « Non seulement cette mesure instituerait un nouveau contrat social ajusté aux défis politiques de notre époque, mais elle inciterait également les ménages les plus fortunés à décarboner leur patrimoine financier en désinvestissant des activités les plus émettrices. Une telle réforme de la fiscalité doit pouvoir trouver sa place dans les lois de finances, si possible dès cette année, où le budget comprend une mission spéciale dédiée à la relance de l’économie qui engage des dépenses supplémentaires et exceptionnelles qui vont nécessiter, inévitablement, de nouvelles recettes. » explique ainsi Clément Sénéchal, chargé de campagne politique climatiques pour Greenpeace France

    En effet, le patrimoine financier détenu par les ménages est investi dans des activités économiques qui ont des conséquences concrètes, et qui vont plus ou moins émettre des gaz à effet de serre, comme détenir des actions BNP Paribas, l’une des banques les plus polluantes à travers ses investissements dans les énergies fossiles.

    Cet impact est tel que l’empreinte carbone associée au patrimoine financier des 10% des ménages les plus aisés (45,7 tCO2eq) est supérieure à l’empreinte carbone associée à leur consommation selon l’OFCE (40,4 tCO2eq).

    C’est pourquoi l’ONG propose de mettre en place cet ISF climatique pour les ménages au patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros. « L’impôt verrait son barème renforcé et serait pondéré en fonction non seulement du volume des avoirs financiers détenus par le ménage concerné, mais également de l’empreinte carbone de ces mêmes avoirs. »

    Pour l’heure, ces ménages au patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros sont taxés par l’Impôt sur la fortune immobilière, issu de la loi de finances pour 2018, qui n’a rapporté que 1,3 milliard d’euros en 2018. Trois milliards de moins que l’ISF. Tout récemment, un rapport commandé par le gouvernement français lui-même montrait à quel point la suppression de l’ISF et l’instauration de la flat taxe ont aggravé les inégalités dans le pays. La fortune des 0,1 % des Français les plus riches a ainsi augmenté de 25% depuis 2017, tandis que plus de 10 millions de Français.es vivent dans la pauvreté.

    C’est d’ailleurs suite à cette réforme fiscale bénéfique pour les plus aisés que la taxe carbone devait connaître une augmentation significative en 2018 et aurait pesé quatre fois plus lourd sur les ménages les plus pauvres, en pourcentage de leurs revenus, que sur les plus riches. A cause de la réforme de la fiscalité du capital amorcée par Emmanuel Macron, les 5 % de Français·es les plus pauvres devraient voir leur niveau de vie perdre environ 240 euros par an, quand les 5 % les plus riches devraient gagner 2905 euros par an.

  • Environnement. « Les SUV nous pompent l’air » : un collectif appelle à dégonfler leurs pneus (J-1)
    https://www.leprogres.fr/environnement/2020/10/12/les-suv-nous-pompent-l-air-un-collectif-appelle-a-degonfler-leurs-pneus

    Il s‘appelle « La Ronce » : un nouveau collectif d’activistes, qui appelle à « mettre un joyeux bordel » pour protéger le vivant, prévoit de s’en prendre mercredi prochain, le 14 octobre, aux SUV, ces voitures surélevées de style 4X4, récemment pointées du doigt pour leur impact sur le climat.

    Appel à toutes les épines, on se tient prêt.e.s : première opération le 14 octobre.#LaRonce J-5 pic.twitter.com/QkvvBJWxM9
    — La Ronce (@LaRonce_) 9 octobre 2020

    « Les SUV nous pompent l‘air, nous les désarmons », vante le collectif dans une vidéo, publiée sur Twitter, dans laquelle il donne le mode d’emploi pour dégonfler totalement un pneu en une heure, promettant aux militants « des risques légaux très limités ». Un geste qui n’est toutefois pas sans conséquence, un pneu dégonflé pouvant être dangereux pour l’automobiliste. Les activistes prévoient d’ailleurs de laisser un mot « Nous avons désarmé votre SUV » sur le pare-brise des voitures visées.
    Les SUV, une « catastrophe climatique » selon le WWF

    La semaine dernière, l’association WWF France avait qualifié de « catastrophe climatique » ces véhicules lourds et très gourmands en carburant, expliquant qu‘ils émettaient » en moyenne 20 % de gaz à effet de serre (GES) de plus que le reste des voitures ». Pourtant, les ventes de ces « faux 4X4 » ont été multipliées par sept depuis 2010, à tel point qu’ils représentent désormais plus d’un tiers des véhicules neufs vendus dans l’Hexagone (38 %). « Si les SUV étaient une nation, elle serait à la 7ème place des émissions de CO2 », renchérit La Ronce. D’autres cibles prévues

    Ce n‘est pas la première fois que des activistes s’en prennent à des SUV, comme l’an dernier à Paris, où plusieurs voitures avaient vu leurs pneus dégonflés dans le XVIe arrondissement, les auteurs de cette action clamant sur un tract : « Qu’est-ce qui vous pousse donc à conduire deux tonnes d’acier en plein Paris ? »

    La Ronce, qui appelle à être « des milliers d’épines » dans le pied des multinationales, selon sa tribune sur le site Reporterre , laisse entrevoir d‘autres actions dans les semaines à venir, pêle-mêle contre des stations-service, des trottinettes, des bouteilles de soda…

    Instagram : https://instagram.com/la_ronce__?igshid=z21t0oucrtf3
    Twitter : https://www.twitter.com/laronce_
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    #LaRonce #environnement #ecologie #climat

  • Allô Bercy : ces entreprises du CAC40 qui profitent sans contrepartie des aides publiques Covid - Basta !
    https://www.bastamag.net/allo-Bercy-entreprises-CAC40-profitent-sans-contrepartie-aides-publiques-C

    Des aides massives ont été versées aux grandes entreprises du CAC40, suite à l’épidémie de Covid. Sans contrepartie : ces dernières continuent à distribuer de généreux dividendes à leurs actionnaires, tout en annonçant la suppression de près de 60 000 emplois, dont 15 000 en France. L’Observatoire des multinationales publie ce 12 octobre un rapport sur ces corona-profiteurs. Extraits.

    En France, comme ailleurs, la pandémie de Covid-19 a poussé les gouvernements à ouvrir grande leur bourse pour protéger l’économie, sauver des emplois, préserver des entreprises de la faillite. Près de 300 milliards d’euros de prêts garantis par l’État, un plan d’urgence à 110 milliards d’euros, dont 7 milliards d’euros pour Air France et 5 milliards pour Renault, un plan tourisme, un plan automobile, un plan aéronautique, pour la relocalisation industrielle, des baisses d’impôts, un plan de relance annoncé à 100 milliards... Les sommes affichées sont d’une ampleur inédite. Elles profitent largement aux grands groupes et à leurs actionnaires, beaucoup moins aux salariés.

    En pleine période de pandémie et de confinement du pays, les multinationales du CAC40 auraient dû annoncer de nouveaux records en matière de versement de dividendes, au moment de leurs assemblées générales annuelles : 53,2 milliards d’euros, sans compter les rachats d’actions [1]. Très vite, conscients que ces annonces ne seraient pas perçus favorablement par l’opinion, les pouvoirs publics et les organisations professionnelles ont multiplié les appels à la modération. Le gouvernement français, après moult tergiversations, a consenti à faire du non versement de dividendes et de rachats d’actions une condition formelle pour bénéficier d’un prêt garanti de l’État ou d’un report de cotisations, mais pas pour bénéficier du chômage partiel ou de l’appui des banques centrales. L’AFEP, lobby du CAC40, a finalement « recommandé » à tous ses membres de réduire leurs dividendes prévus de 25 %.

    Ces demandes ont été très diversement suivies. Seul un petit tiers du CAC40 (treize firmes) a annulé ou suspendu le versement des dividendes initialement prévus. Il s’agit essentiellement des grandes banques (BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale) qui y ont été indirectement obligées pour pouvoir avoir accès au refinancement bancaire via la BCE, ainsi que de grands groupes ayant un urgent besoin d’aides publiques pour survivre à la période (Airbus, PSA, Renault, Safran). Plusieurs n’ont pas totalement abandonné l’idée de verser un dividende plus tard dans l’année.
    Des réductions de dividendes uniquement de façade

    Les deux tiers du CAC40 ont soit maintenu, soit réduit leur dividende, même quand ils ont bénéficié d’aides directes ou indirectes conséquentes. Huit groupes ont même augmenté le dividende versé par rapport à l’année précédente : Teleperformance (+26,3 %), Vivendi (+20 %), Schneider Electric (+8,5 %), Danone (+8,2 %), Dassault Systèmes (+7,7 %), Total (+4,7 %), Sanofi (+2,6 %), Air Liquide (+1,9%). Bouygues, Hermès, Legrand et L’Oréal ont maintenu inchangé le montant de leur dividende, ou renoncé à les augmenter (...)

    Très rapidement, le gouvernement a fait comme si l’extension massive du chômage partiel n’était pas une aide publique à destination des entreprises mais un « bouclier anti-licenciement » visant à empêcher les plans sociaux et profitable aux salariés. Il a donc écarté toute possibilité d’en conditionner strictement l’accès. Résultat : l’État a couvert le chômage partiel de près de 12,9 millions de salariés d’entreprises privées alors que, dans le même temps, une partie d’entre-elles, les plus importantes, ont versé de généreux dividendes. L’un des patrons les plus influents de la place de Paris, Laurent Burelle, président de Plastic Omnium et de l’AFEP – Association française des entreprises privées, lobby qui regroupe les plus grandes entreprises françaises – n’a pas hésité une seconde : 90 % de ses salariés ont été mis au chômage partiel. Son entreprise a versé un généreux dividende de 73 millions d’euros, dont lui et son entourage sont les principaux bénéficiaires.

    Jamais utilisé à si grande échelle, le chômage partiel a vu ses modalités d’éligibilité largement assouplies. Il a permis aux entreprises de confier la charge de la rémunération d’une partie de leurs salariés, dans la limite de 4,5 Smic par salarié (4800 euros nets environ), à l’État et l’Unedic. Emmanuel Macron a même parlé d’une « nationalisation sans précédent des salaires » , permettant aux entreprises de conserver des salariés formés et compétents pour un coût réduit. 68 % des grandes entreprises (500 salariés ou plus), censées être plus solides et disposant de liquidités parfois significatives, n’ont pas hésité à recourir à cette assistance de l’État.

    Au moins 24 sociétés cotées au CAC40 ont ainsi profité du chômage partiel. 14 d’entre elles ont versé un généreux dividende : Bouygues, Capgemini, Carrefour, Kering, LVMH, Michelin, Publicis, Schneider, Teleperformance, Thales, Unibail, Veolia, Vinci, Vivendi. Carrefour a ainsi versé 185,6 millions de dividendes, soit l’équivalent de 9284 euros par caissières. Elles, toujours en première ligne face au virus, n’ont bénéficié que d’une prime de 1000 euros – que d’autres enseignes n’ont même pas pris la peine de verser à l’ensemble de leurs personnels. Hors CAC40, signalons le chimiste Solvay qui a versé 397 millions d’euros de dividendes et lui aussi largement bénéficié du chômage partiel.

    Le groupe Veolia a versé 284 millions d’euros de dividendes et est aujourd’hui prêt à dépenser plus de 10 milliards d’euros pour racheter son concurrent Suez. Veolia a pu compter sur l’argent public pour plus de 20 000 de ses salariés – un quart de ses employés en France – qui ont été pris en charge par le chômage partiel. Le groupe Teleperformance (leader mondial des centres d’appel) réussit la performance d’avoir augmenté son dividende de 26,3 % en mettant une partie de ses salariés, souvent payés au niveau du smic, au chômage partiel.

    Les sommes en jeu sont importantes : Capgemini a ainsi reçu au moins 91 millions d’euros de la part de l’État pour le chômage partiel de 3000 de ses employés (sur 25 000). Plusieurs membres du CAC40 sont par ailleurs épinglés pour avoir abusé de ce dispositif : Bouygues est ainsi accusé de possibles abus au chômage partiel dans sa filiale bâtiment. Le ministère du Travail revendique 50 000 contrôles et 225 millions d’euros de fraude avérée, soit moins de 1 % du dispositif, ce qui paraît bien peu.

    Le gouvernement a décidé de proposer un nouveau dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD) doté de 7 milliards d’euros, qui permettra aux entreprises de réduire le temps de travail de leurs salariés jusqu’à 40 %, en couvrant 85 à 100 % de leurs salaires. Soumis à un accord d’entreprise ou de branche, ce dispositif est perçu par les syndicats comme le moyen d’un chantage à l’emploi, permettant d’imposer aux salariés des baisses de salaire et des pertes d’acquis sociaux. Les exemples de Valeo et Derichebourg, qui ont versé des dividendes tout en supprimant des emplois, tendent à confirmer ces craintes.

    Ce déversement d’aides publiques n’aide pas, non plus, à préserver l’emploi. L’État annonce une aide de plusieurs milliards à Renault et un plan de soutien à l’automobile. Quelques jours plus tard, Renault annonce la suppression de 15 000 emplois, dont 4600 en France. L’État garantit également un prêt de 7 milliards à Air France, à quoi s’ajoute un plan de relance pour le secteur aéronautique. Air France va supprimer 7500 emplois.

    En juin, Emmanuel Macron se rend dans une usine Sanofi pour annoncer un soutien à la relocalisation de l’industrie pharmaceutique. Quelques jours plus tard, Sanofi annonce 1700 suppressions d’emploi en Europe, dont 1000 en France. Bénéficiaire du plan aéronautique, Airbus va supprimer 15 000 postes dans le monde, dont 5000 en France, et ses sous-traitants lui emboîtent le pas. Valeo, qui a profité du chômage partiel et dont l’État est actionnaire via Bpifrance (5,13 %), a pourtant versé un dividende. Le groupe prévoit aujourd’hui de supprimer 2000 emplois et souhaite conclure un accord de performance collective pour faire baisser les coûts salariaux en France de 10 %.

    En tout, selon les chiffres que nous avons pu récolter, le CAC40 a déjà annoncé près de 60 000 suppressions d’emploi, dont le quart en France. Une partie de ces suppressions concerne des firmes qui ont maintenu le versement de leurs dividendes : Total, Sanofi ou encore Schneider.

    Si les annonces de plans sociaux au sein des poids lourds du CAC40 font grand bruit, il ne faut pas oublier que leurs salariés ne sont pas forcément les plus exposés. Ceux de leurs fournisseurs et sous-traitants subissent de plein fouet, sans attirer autant l’attention, les conséquences directes de la crise et celles des « plans d’économie » mis en œuvre par les grands groupes. Cela se traduira par une baisse des commandes et par une pression supplémentaire sur les coûts. Ainsi la branche aviation de Derichebourg, un groupe qui a versé un dividende de 17,5 millions d’euros, a menacé de supprimer 700 emplois puis obtenu par un « accord de performance collective » une baisse des salaires de 1200 salariés et la suppression de 163 postes, alors qu’elle bénéficie du plan d’urgence et du plan de relance, ainsi que du chômage partiel.

  • Noam Chomsky : Le monde se trouve à l’instant le plus dangereux de l’histoire de l’humanité
    https://www.les-crises.fr/noam-chomsky-le-monde-se-trouve-a-l-instant-le-plus-dangereux-de-l-histoi

    Source : New Statesman, George Eaton Traduit par les lecteurs du site Les-Crises Le professeur américain avertit que la crise climatique, la menace de guerre nucléaire et la montée de l’autoritarisme font que le risque d’extinction de l’humanité n’a jamais été aussi élevé. Noam Chomsky a averti que le monde se trouve à l’instant le plus dangereux de l’histoire de l’humanité en raison de la crise climatique, de la menace de guerre nucléaire et de la montée de l’autoritarisme. Dans un entretien exclusif avec le New Statesman, le linguiste et activiste américain de 91 ans a déclaré que les périls actuels dépassent ceux des années 1930. « Il n’y a rien eu de semblable dans l’histoire de l’humanité », a déclaré Chomsky. « Je suis assez âgé pour me souvenir, de façon très vivante, de la menace que le nazisme puisse (...)

    • Ayant vécu 22 élections présidentielles américaines, Chomsky a averti que la menace de Trump de refuser de quitter ses fonctions en cas de défaite face au candidat démocrate Joe Biden était sans précédent.

      « Il a déjà annoncé à plusieurs reprises que s’il n’apprécie pas le résultat des élections, il ne partira pas. Et cela est pris très au sérieux par deux officiers militaires de haut niveau, anciens chefs militaires, qui viennent d’envoyer une lettre au chef d’état-major interarmées, passant en revue pour lui ses devoirs constitutionnels si le président refuse de quitter son poste et rassemble autour de lui les forces paramilitaires qu’il utilise pour terroriser les gens à Portland.

      « L’armée a le devoir dans ce cas, avec la 82e division aéroportée, de le démettre de ses fonctions par la force. Il y a un projet d’intégrité de la transition, des personnes de haut niveau des Républicains et des Démocrates ; ils ont mené des « jeux de guerre » en se demandant ce qui se passerait si Trump refusait de quitter ses fonctions – chacun d’entre eux mène à la guerre civile, chaque scénario auquel ils peuvent penser sauf une victoire de Trump mène à la guerre civile. Ce n’est pas une blague – rien de tel ne s’est produit dans l’histoire de la démocratie parlementaire.

  • Les Démocrates et les médias bourgeois cachent le rôle de Trump dans le coup d’État du Michigan - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2020/10/12/pers-o12.html
    https://www.wsws.org/asset/7cf0335a-31c4-4eb9-8c92-41984650a77e?rendition=image1280

    Dans les 24 heures qui ont suivi l’annonce de l’inculpation de treize fascistes du Michigan ayant comploté de kidnapper et de tuer la gouverneure de cet État, Gretchen Whitmer, la presse bourgeoise a fait disparaître l’affaire des premières pages. On est en train de dissimuler les vastes implications de ce complot et ses liens avec la stratégie de Trump, qui vise à faire de l’élection un coup d’État.

    Vendredi matin, les articles sur la conspiration du Michigan avait pratiquement disparu des éditions en ligne du Washington Post et du New York Times. Ni le Times ni le Post – les principaux journaux politiquement alignés sur le Parti démocrate – n’ont publié d’éditorial sur cette conspiration. Sur les chaînes d’information télévisées, on l’a traitée comme une partie mineure du cycle de l’actualité.

    Les candidats Démocrates, Joe Biden et Kamala Harris, n’ont pas publié de déclaration majeure sur le complot et n’y ont même pas fait référence lors d’un meeting électoral jeudi soir à Phoenix, en Arizona.

    Le Parti démocrate et la presse patronale n’ont soulevé aucune question sur le rôle potentiel des conseillers fascistes de Trump ou sur qui leur avait fourni l’argent pour planifier leur opération et acheter leur matériel. Contrairement au Watergate, on ne mènera ni enquête ni audition du Congrès sur les liens entre les comploteurs et des agents hauts placés du gouvernement Trump et de sa périphérie. Aucun Démocrate n’a exigé qu’on cite à comparaître Roger Stone, Stephen Miller, Steven Bannon, Erik Prince ou tout autre conseiller ayant des liens avec des groupes fascistes. Le Parti démocrate nous dit : « Circulez, il n’y a rien à voir. »

    La rapidité avec laquelle l’establishment politique a dissimulé est inversement proportionnelle à la quantité des informations indiquant nettement que les événements du Michigan n’est qu’une partie d’une conspiration en cours au plan national. Il y a en Amérique un danger clair et présent de dictature. Les travailleurs doivent exiger des réponses aux questions sur les liens des comploteurs avec la Maison-Blanche, le Parti républicain et leurs puissantes sources d’argent trouble dans l’élite au pouvoir.

    Les seules déclarations significatives sur le cadre plus large de la conspiration sont venues de responsables du Michigan. La procureure générale de l’État, Dana Nessel, a déclaré vendredi à MSNBC : « Je vais vous dire ceci : cela pourrait très bien être la partie visible de l’iceberg. Je n’ai pas l’impression que notre travail ou celui des autorités fédérales soit terminé. Et je pense qu’il y a encore des individus dangereux en circulation ».

    S’exprimant hier dans l’émission « Good Morning America » sur ABC, Whitmer a averti : « Je ne suis pas le seul gouverneur à vivre cela… Je ne suis pas la seule dans ce cas. »

    Aucune des deux responsables n’a donné de détails sur ce qu’elles savaient. Cependant, il est clair que les menaces de tuer des gouverneurs et de lancer des insurrections se concentrent sur les États contestés, ayant des législatures républicaines et des gouverneurs démocrates : le Michigan, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Ces États sont la pierre angulaire de la stratégie de Trump pour réaliser un coup d’État.

    #Trump #fascisme #USA #overthrow #Michigan

  • Fin de l’ISF et flat tax : la politique fiscale de Macron a fait exploser les revenus des 0,1 % les plus riches (La Relève et La Peste)
    https://lareleveetlapeste.fr/fin-de-lisf-et-flat-tax-la-politique-fiscale-de-macron-a-fait-expl

    Par rapport à 2017, la fortune des 0,1 % des Français les plus riches a augmenté d’un quart ! Une exacerbation de la concentration du capital incompréhensible alors que la pauvreté continue d’augmenter à un rythme alarmant dans le pays.

    Le verdict est sans appel. Publié le 8 octobre, le deuxième rapport du comité d’évaluation des réformes de la fiscalité a confirmé que les réformes fiscales menées par le gouvernement Macron ont fait exploser les revenus des 0,1% les plus riches de France.

    Mené sous la direction de France stratégie, un organe de prospective rattaché au Premier ministre, le rapport indique que les dividendes ont augmenté de plus de 60% entre 2017 et 2018, passant de 14,3 milliards d’euros à 23,2 milliards d’euros.

    En 2018, « deux tiers des 23 milliards d’euros ont été reçus par 38 000 foyers (0,1 % des foyers), dont un tiers par 3 800 foyers (0,01 % des foyers), alors que l’année précédente la moitié des 14 milliards avaient été reçus par 38 000 foyers, dont un petit quart par 3 800 foyers ».

    En clair : par rapport à 2017, la fortune des 0,1 % des Français les plus riches a augmenté d’un quart ! Une exacerbation de la concentration du capital incompréhensible alors que la pauvreté continue d’augmenter à un rythme alarmant dans le pays.

    « Ce rapport souligne de façon caractérisée et solide : pour les très hauts revenus, le gain est considérable », note le sénateur socialiste Vincent Eblé, ex-président de la commission des finances au Sénat. « Les chiffres sont absolument hallucinants. En une seule année, l’inflexion est énorme. C’est un changement de nature démentiel. »

    Cette tendance en France se vérifie également dans le reste du monde. Un rapport de la banque UBS et du cabinet de conseil PwC, publié mercredi 7 octobre, précise ainsi quela fortune des milliardaires a atteint la somme inédite de 10 200 milliards de dollars durant la crise sanitaire.

    Un accroissement de richesse qui illustre à quel point les marchés financiers jouent un rôle d’accélérateur des inégalités pendant les crises, analyse France24. A la source de cet enrichissement des plus riches dans le territoire français : la sulfureuse suppression de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) pour le remplacer par un IFI (impôt sur fortune immobilière), et l’instauration d’une « flat tax » ou prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% sur les revenus du capital.

    « Contrairement à l’Impôt sur le Revenu (IR), le PFU est un impôt proportionnel. Autrement dit, le PFU avantage les contribuables les plus aisé·e·s puisque les quelques centimes d’intérêts générés par le PEL d’une personne aux revenus modestes sont taxés au même taux que les milliards obtenus sous formes de dividendes par les plus grosses fortunes. Plus grave, le PFU augmente la différence de taxation entre revenus du travail et revenus du capital. » explique l’organisation Attac dans une note de travail

    Résultat, la distribution des richesses fait un véritable retour en arrière en France. Les auteurs précisent ainsi que la « forte progression des dividendes déclarés par les ménages au titre de 2018 (…) est comparable par son ampleur à la chute enregistrée en 2013, au moment où les revenus mobiliers ont été intégrés au barème progressif de l’IR (impôt sur le revenu) ». Plus simplement : les dividendes versés ont retrouvé leur niveau de 2012. L’instauration d’une progressivité de l’imposition des dividendes avait fait chuter la distribution de ces derniers de 22 milliards en 2012 à 13 milliards en 2013.

    Ces mesures avaient été justifiées par Emmanuel Macron comme un moyen d’inciter les plus riches à investir dans l’économie française grâce à l’illusoire théorie du ruissellement. (...)

    Ce rapport hautement subversif intervient à un moment où l’épidémie de Covid-19 a plongé de plus en plus de ménages dans la pauvreté alors que l’exécutif s’entête à accorder la priorité à des mesures pro-entreprises, sans conditions écologiques et sociales, dans son plan de relance pour l’économie et l’emploi.

    Comme l’indique Le Monde : « la crise sanitaire a fait basculer dans la pauvreté un million de Françaises et Français, qui s’ajoutent ainsi aux 9,3 millions de personnes vivant déjà au-dessous du seuil de pauvreté monétaire – à 1 063 euros par mois et par unité de consommation, il concernait 14,8 % des ménages en 2018, selon l’Insee. »

    Conséquence directe de cette pauvreté : les demandes d’aide au Secours Populaire et pour le RSA ont dramatiquement explosé partout dans le pays. Pendant le confinement, 1 270 000 personnes ont sollicité l’aide du Secours populaire tandis que les dépenses liées au RSA ont augmenté de 9,2% en août par rapport à la même période en 2019.

    « Nous n’avons jamais vécu une situation pareille depuis la Seconde Guerre mondiale, et il y a urgence pour aider tous ces gens », témoigne Henriette Steinberg, secrétaire générale du Secours Populaire à FranceInfo. « Beaucoup n’avaient jamais demandé d’aide à personne. Et là, non seulement ils n’ont plus de quoi se nourrir, mais ils ne peuvent plus payer leur loyer ni l’électricité. »

    Malgré cette situation déplorable, un retour sur ces mesures fiscales n’est pas à l’ordre du jour selon le ministère des Finances cité par Le Monde. « Il n’est pas question dans le contexte de crise actuelle de revenir à une instabilité fiscale nuisible ni d’augmenter les impôts, qui ont baissé de 45 milliards d’euros pour les ménages et les entreprises depuis le début du quinquennat. », prévient Bercy.

    (...)