gata

garçon blanc hétéro. de nationalité française.

  • « Gilets jaunes » : « Pour la gauche, l’antifascisme ne doit pas être une option », Sarah Kilani, médecin hospitalier, militante écologiste et membre du Comité Syrie-Europe après Alep ; Thomas Moreau, urbaniste, militant antifasciste, communiste libertaire et membre du collectif Agitations autonomes.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/15/sarah-kilani-et-thomas-moreau-l-antifascisme-n-est-pas-une-option_5398007_32

    Si la gauche peut appuyer le pôle progressiste des « #gilets_jaunes », elle se doit de critiquer ses éléments d’extrême droite, estiment deux militants écologiste et antifasciste dans une tribune au « Monde ».

    Tribune. N’émergeant pas directement des formes traditionnelles de contestation, le mouvement des « gilets jaunes » déboussole la gauche. Entre soutien inconditionnel et mépris affiché, toutes les positions envers la mobilisation se déclinent. Chacun accole sa #grille_de_lecture, s’appuyant sur les éléments fascisants (agressions homophobes, racistes, complotisme à propos du traité de Marrakech…) ou sur les #blocages efficaces (Amazon, dépôts pétroliers, le fabricant de lacrymogène Alsetex) pour valider sa thèse. Et pour cause : le mouvement est labile, changeant selon les espaces géographiques et sociologiques, variant d’un barrage à l’autre, d’un jour sur l’autre. Il a aussi sa dynamique interne.

    D’interclassiste, il évolue de plus en plus vers des bases prolétariennes par l’implication de militants de gauche, de #syndicalistes, du comité pour Adama [association créée après la mort d’Adama Traoré, lors de son interpellation en 2016 par les gendarmes du Val-d’Oise]. Face à ce phénomène protéiforme de colère sociale fourre-tout dont la nature réelle reste difficile à définir, mais justifiée par les bas salaires, le creusement des inégalités et, aussi, la crise institutionnelle instaurée par un exécutif qui a longtemps méprisé les corps intermédiaires et les classes subalternes, il est plus que légitime que la #gauche se soit posé la question de sa participation. Celle-ci se doit cependant dans tous les cas de rester d’une très grande fermeté à l’égard de l’extrême droite et des revendications qui lui sont propres.

    Très souvent décriés par cette gauche, ce sont pourtant les antifascistes qui ont avant tout évacué du mouvement, à plusieurs reprises, des militants fascisants, pendant que d’autres ont choisi une complaisance silencieuse devenue douteuse ; voire énoncent la possibilité de nouer des alliances sur le terrain avec eux. Ainsi, #Eric_Hazan dans un entretien à Mediapart, le 7 décembre, affirmait que la présence de l’extrême droite « ne [le] gênait pas », et de poursuivre « les ennemis de mes ennemis ne sont pas vraiment mes amis, mais un peu quand même ».

    Discours conciliant

    On peut s’étonner qu’une telle déclaration ne fasse pas un tollé général et qu’elle soit passée relativement inaperçue. La Ve République et ses structures économiques ont beau évoluer apparemment inexorablement vers un étatisme autoritaire et une dé-démocratisation, nous ne pouvons faire preuve d’un tel relativisme et affirmer qu’elle est un ennemi équivalent ou voire plus fondamental que l’extrême droite. La normalisation de ce discours conciliant avec les diverses expressions racistes n’est-elle pas la preuve d’une crise des représentations politiques de la gauche et de l’anticapitalisme ?

    Derrière le signifiant vide du gilet jaune se mobilisant contre la figure repoussoir d’Emmanuel Macron, on retrouve certes des militants habituels qui, face aux échecs politiques et syndicaux accumulés de ces dernières années, cèdent aux sirènes du « mouvementisme » et du « bougisme » aveugles à la première mobilisation collective venue sous prétexte qu’il se passe « quelque chose ». Mais c’est bien par ailleurs l’hégémonie du mythe populiste – populisme « dégagiste » fantasmant un peuple capable de s’unir malgré ses divergences pour renverser les élites — comme moteur de complaisance qu’il faut remettre en question.

    Une bonne partie de la gauche est passée avec armes et bagages de la théorie critique, de l’analyse des structures et de la stratégie de la #lutte_des_classes dans le camp du populisme, ayant comme stratégie politique et discursive l’opposition d’« un peuple » naturalisé (demos ou ethnos) contre les parasites du haut (les banques, l’élite), mais aussi parfois du bas (les assistés, les immigrés d’aujourd’hui et d’hier) « profitant de la redistribution ». Ce discours devenu hégémonique, imposant de taire les désaccords, considérés dès lors comme secondaires, entre les composantes du « peuple » – notamment sur les questions du racisme, de l’immigration, du féminisme et de l’homophobie – au nom de l’union stratégique, semble mettre en échec désormais le seul rempart qui permettait jusque-là d’éviter que « les extrêmes se rejoignent » : l’antifascisme.

    Critique intransigeante

    Ce refus du collectif pour ce rassemblement d’individus nus face à l’Etat et son appareil répressif, tout comme l’oscillation constante entre « révolution nationale » et sociale sont à combattre. L’implication du mouvement social semble changer actuellement : le centre de gravité des « gilets jaunes » évolue avec, peut-être, à la clé, un retour d’une base classiste organisée contre celle d’un populisme de gauche confus (type Mouvement 5 Etoiles) ; une logique d’action directe de blocage de la production et de la distribution l’emportant sur celle de la représentation.

    Si une partie de la gauche veut appuyer le pôle progressiste de ce mouvement, elle ne peut en aucun cas se passer de formuler une critique intransigeante de ce qu’il contient de revendications nationalistes et d’éléments d’extrême droite. Pour cela, il faut donc en terminer avec le dangereux mythe populiste, ennemi fondamental et historique de l’indispensable antifascisme. Car ici, l’ennemi de mon ennemi ne saurait en aucun cas, en aucune circonstance, être mon ami. Si tant est que l’extrême droite soit vraiment l’ennemi du capitalisme et de la dé-démocratisation, rien n’étant moins sûr. Pour beaucoup d’acteurs associatifs, syndicaux, politiques, institutionnels, nous sommes à la croisée des chemins : union des populismes ou union des énergies anticapitalistes, barbarie ou socialisme.

    • Ce serait bien que le monde définisse ce qu’est pour lui la gauche.

      #Lille la ville de #martine_aubry (gauche).

      Vendredi soir, froid de canard, pluies verglaçantes. Des trains bloqués, 100 000 foyers sans électricité.
      Les #SDF restent dehors, le plan grand froid n’a pas encore été initialisé par la ville, entre autres. Echange de balles avec la préfecture, pour passer le temps.
      La ville de Lille consacre toutes ses ressources financières à l’élection de #Miss_France.

      Ecologie, toujours à Lille, c’est la guerre contre les opposants à la bétonisation. Guerre violente.

      gauche dans le gouvernement macron, combien de ministres anciennement ou toujours #PS ?

      On aurait bien besoin de médecin hospitalier dans le département, et de militants écologistes dans la métropole.

      Drôles de zigs, celles et ceux qui publient des lettres ouvertes dans l’#immonde, surtout quand ils veulent sauver la #gauche caviar qui s’engraisse, omniprésente.

  • En Belgique, la police traque un militaire, sympathisant de l’ultra-droite et en guerre contre « le régime »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/20/la-police-belge-traque-un-militaire-en-guerre-contre-le-regime_6080913_3210.

    La Belgique n’avait plus connu une telle mobilisation policière depuis mars 2016 et l’arrestation de Salah Abdeslam, impliqué dans les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. Quelque 250 policiers, une centaine de militaires, des membres des forces spéciales, tous lourdement armés et appuyés par des véhicules blindés, étaient massés, jeudi 20 mai, autour du parc national de la Haute Campine, dans la province de Limbourg.

    C’est dans cette vaste zone de 12 000 hectares de forêts et de landes, survolée par un hélicoptère et fermée aux promeneurs, que les forces de l’ordre traquaient Jürgen Conings, un militaire de 46 ans, tireur d’élite fiché depuis 2020 comme sympathisant de l’ultra-droite.

  • Recherche de location :
    Qui aurait une idée de script ou fil rss à mettre en place sur leboncoin et/ou d’autres sites, ou un « vitemadose » de l’annonce immobilière (?!), afin de suivre les offres qui arrivent et disparaissent aussi vite ?
    Comme vous le voyez, j’y connais pas grand-chose en informatique.
    Merci pour vos propositions !
    #vitemaloc'

    • Avant je faisais ça avec un script qui allait régulièrement chercher le contenu de la recherche et qui générait un flux RSS (lbcrss je crois ça s’appelait) mais LBC fait tout pour ne pas pouvoir le faire car ils veulent qu’on voit les pubs, donc les pages entières, et qu’on utilise leur recherche et leur outil de suivi.

      Yen a d’autres qu’on ont essayé mais ils ont sûrement dû arrêter pour les mêmes raisons (LBC change le HTML tous les mois exprès) :
      https://github.com/Blount/Cheky/issues/110

      Si c’est juste pour LBC cela dit du coup maintenant ils ont ajouté un système d’enregistrement de tes recherches et tu reçois des notifs quand un truc correspond.

      Mais ya pas de système unifié qui ferait pareil sur toutes les annonces du monde, agences, etc. C’est marrant car justement j’en parlais à @drbouvierleduc juste là vendredi dernier.
      Ouais j’en aurais besoin aussi :p

      Si seulement tous les services du monde avaient des flux publics (rss ou autre peu importe)…

    • Merci à toi.
      Peut-être un petit espoir sur leur forum ?

      2021-05-25 11:40:31
      Cela fonctionne de nouveau ....

      Cela faisait presqu’un an que mes alertes ne fonctionnaient plus et puis depuis une semaine, cela fonctionne de nouveau. LBC aurait abandonné Datadom ??

      https://forum.cheky.net/cela-fonctionne-de-nouveau-t742-p1.html

      Bon, en même temps, est-ce que ça sufirait ?
      Aujourd’hui j’ai envoyé un message sur le site Leboncoin moins de 15 minutes après une annonce d’une maison de 2 chambres, et comme y’avait le numéro de la personne, j’ai appelé et laissé un message sur le répondeur - mais j’ai attendu pour envoyer un texto pour pas non plus harceler, en me disant que y’aurait déjà la notification du message LBC- erreur là ?
      En tout cas, ce soir, après un nouveau message de ma part pour dire en gros que ce serait cool de pas me ghoster et répondre même pour dire non, parce que j’avais vu qu’elle était en ligne en fin d’aprèm’ sans m’écrire (la moindre des choses, un peu comme pour un entretien), la personne me répond qu’elle a déjà 8 visites alors byebye quoi.

      Je ne sais pas si elle va répondre à ma question de comment j’aurais pu faire mieux. J’imagine que la personne n’ose pas dire qu’on aurait dû se présenter comme un couple avec enfant, et avec plein d’argent, ça aurait passé - on est en coloc et je suis au chômage.

  • Usagers et usagères : face à la #dématérialisation des #services_publics - Journées d’études
    https://univ-droit.fr/actualites-de-la-recherche/manifestations/37122-usagers-et-usageres-face-a-la-dematerialisation-des-services-public
    via https://twitter.com/CarayonLisa/status/1398559797553860608

    Lundi 31 mai 2021 - mardi 1er juin
    En ligne (Zoom)
    Inscriptions (ce week-end !) : https://forms.office.com/r/jPWvNAK4n2
    Programme en pdf : https://factuel.univ-lorraine.fr/sites/factuel.univ-lorraine.fr/files/field/files/2021/04/dematerialisation_des_services_publics_programme_def_noir.pdf

    Journée d’étude
    Usagers et usagères : face à la dématérialisation des services publics
    Présentation

    La dématérialisation des services publics est un phénomène en accélération. Perçue comme facteur de progrès, cette transformation génère aussi des risques pour les usagers et usagères : exclusion de certaines populations, fermeture des guichets, renvoi de la prise en charge à la sphère associative et au marché, etc. Les journées d’études invitent à une réflexion pluridisciplinaire sur ces questions. L’accessibilité des services publics, l’accès aux droits, les ruptures d’égalité, la protection des données personnelles et les figures de l’usager du service public seront les fils conducteurs des échanges.

    Colloque organisé par Lola Isidro, Université de Lorraine, IFG, Lisa Carayon, Université Paris Sorbonne-Nord, IRIS, Laure Camaji, Université Paris-Saclay, IDEP, Laurène Joly, Université de Bordeaux, COMPTRASEC, Claire Magord, Université de Poitiers, CECOJI, avec le soutien de l’Institut François Gény et de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux.

    Programme

    Lundi 31 mai 2021

    10h00 | Introduction

    10h15 | Le point de vue de la Défenseure des droits

    10h30 | Accessibilité des services publics à l’ère du numérique

    Coordination : Lola Isidro, juriste, Université de Lorraine, IFG

    Le droit à l’intemet. Accessibilité des services publics à Père de la dématérialisation et droits fondamentaux
    Guillaume Maire, juriste, Université de Lorraine, IFG

    « Les hussards noirs de la république numérique » face à la dématérialisation des services publics : de l’accès aux outils numériques à l’accès aux droits
    Matthieu Demory, sociologue, Université Aix-Marseille, MESOPOLHIS

    L’accessibilité numérique du service public contre son accessibilité territoriale ? Le risque d’un effet pervers
    David Charbonnel, juriste, Université de Limoges, OMIJ

    11h30 | Échanges

    14h00 | Dématérialisation de l’accueil, dissolution du service ?

    Coordination : Lisa Carayon, juriste, Université Paris Sorbonne-Nord, IRIS

    À guichets fermés. Les personnes étrangères mises à distance des préfectures
    Samuel Bizien-Filippi, informaticien, La Cimade

    La dématérialisation des services préfectoraux en matière de titre de séjour. Une mise en péril des droits des étrangers
    Sabah Chaoui, juriste, Université Paris Nanterre, CREDOF

    14h45 | Échanges puis pause

    L’impact de la dématérialisation des services publics sur la pratique professionnelle des assistants sociaux. Point de vue des AS de l’EPS de Ville-Évrard
    Muriel Bombardi, Loïc Scordia, assistants sociaux

    La preuve de la transmission des documents dans le cadre de la dématérialisation
    Muriel Wolfers, représentante de l’Union départementale CGT 93 au Comité de liaison Pôle emploi 93, CNTPEP

    16h00 | Échanges

    Mardi 1er juin 2021

    9h30 | Numérisation des services publics : nouveau droit, nouveaux risques

    Coordination : Claire Magord, juriste, Université de Poitiers, CECOJl

    Un calculateur universel pour informer sur les droits sociaux ? Splendeurs et misères de la start-up d’État Mes-aides (2014-2020)
    Marie Alauzen, sociologue, École normale supérieure

    La dématérialisation des services publics : un progrès électif ?
    Sabrina Aouici, Rémi Gallou, socio-démographes, chercheurs à l’Unité de recherche sur le vieillissement de la Cnav

    10h15 | Échanges puis pause

    10h45 | Dématérialiser l’État social : l’accès aux droits en transformation
    Clara Deville, sociologue, IRISSO/CSO, Nadia Okbani, politiste, Université de Toulouse Jean Jaurès, CERTOP/LEST

    Numérisation et nouveaux droits des usagers du service public
    Vincent Annequin, juriste, Université Paris Nanterre, CRDP

    11h30 | Échanges

    13h45 | De l’usager des services publics à l’utilisateur en ligne

    Coordination : Laurène Joly, juriste, Université de Bordeaux, COMPTRASEC

    Services publics en ligne : usagers traqués, utilisateurs tracés
    Geneviève Koubi, juriste, Université Paris 8, LLCP

    Quand la réforme de l’État rencontre la fracture numérique : figures de l’usager dans les programmes publics de modernisation numérique
    Pierre Mazet, sociologue

    Continuité pédagogique, rupture sociale. L’expérience de la dématérialisation à l’Université lors de l’épidémie de Covid-19
    Julie Mattiussi, juriste, Université de Haute-Alsace, CERDACC

    14h45 | Échanges puis pause

    15h30 | Coordination : Laure Camaji, juriste, Université Paris-Saclay, IDEP

    Les demandeurs d’emploi et le numérique : entre exclusion et autonomie
    Florine Martin, Unédic

    L’empowerment numérique sur le marché du travail, technique d’émancipation ou d’assujettissement des travailleurs-usagers des services publics ?
    Josépha Dirringer, juriste, Université de Rennes 1, IODE/CNRS

    16h15 | Échanges

    16h45 | Propos conclusifs
    Lucie Cluzel-Métayer, juriste, Université Paris Nanterre, CRDP

  • Inceste à hurler du silence
    Replay france 3 Aquitaine | France tv
    https://www.france.tv/france-3/nouvelle-aquitaine/la-france-en-vrai-aquitaine/2369429-emission-du-lundi-22-mars-2021.html

    Inceste à hurler du silence

    diffusé le lun. 22.03.21 à 23h30

    disponible jusqu’au 22.04.21
    art de vivre
    52 min
    tous publics
    plus que 2j

    De quelle guérison parler lorsque le corps a été violenté, l’identité humiliée, l’interdit transgressé, la loi a été bafouée ? Depuis 20 ans, la Maison d’Accueil Jean Bru à Agen aide les victimes à restaurer l’estime de soi, l’identité individuelle, la place dans la généalogie. Le but des équipes de la maison d’accueil est de les libérer de l’aliénation psychologique et de la honte, un travail sur le moyen et le long-terme. En oeuvrant à la réconciliation des victimes avec elles-mêmes, cela contribue à les aider à recréer une vie ordinaire avec une histoire singulière. La réalisatrice Hélène Trigueros a recueilli, au cours de ce film inédit, des témoignages de victimes prêtes à s’exprimer sur leur traumatisme ainsi que des personnels soignants.

    (@tintin - jusqu’à ce jeudi soir sur le site - j’avais vu mais merci pour le cc sur l’autre seen)

    #inceste #pédocriminalité

  • (@tintin - Urgent. Qui peut enregistrer ce docu et le mettre à dispo ? Il n’est visible que jusqu’à ce soir minuit. Merci !) //edit 26/03 : Merci pour vos retours ! y’a d’autres docus sur France3 qui sont supers//

    Le sous-sol de nos démons
    La France en Vrai - Midi-Pyrénées -
    en streaming - Replay france 3 Midi-Pyrénées | France tv
    https://www.france.tv/france-3/nouvelle-aquitaine/l-heure-d/2289237-la-france-en-vrai.html

    aussi là sans inscription :
    https://www.francetelevisions.fr/le-club/evenements-exclusifs/avant-premiere-le-sous-sol-de-nos-demons-5075

    disponible jusqu’au 26.03.21
    société
    52 min
    2019
    tous publics

    réalisé par Baptiste de Cazenove, Olivier Laban-Mattei
    (non ! Fanny Fontan et écrit avec Feriel Alouti)
    plus que 5h

    A l’hôpital Lapeyronie de Montpellier, tous les jours Magali écoute les récits de pédophiles et pédocriminels, au sein du CRIAVS (Centre de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles). Tous les jours, Mathieu tente de convaincre, en dehors du centre, de l’importance de mettre en place un numéro unique pour pédophiles et éviter les passages à l’acte. Les consultations et les groupes de paroles que Magali anime se trouvent à l’intérieur de l’hôpital. Dans un huis-clos caché aux yeux de tous, des hommes malades et pour la plupart condamnés pour des crimes sexuels, atterrissent ici. Au sous-sol de l’hôpital, au bout de longs couloirs, dans des pièces fermées, parfois obscures, ils ont l’obligation d’être suivis.

    #CRIAVS #pédocriminalité

  • dom
    20 oct. 2020
    Une belle aventure qui s’achève

    Une belle aventure qui s’achève. Ancien Capitaine chez Ouibus puis Blablabus..... Je me suis amusé pendant 3 ans « Capitaine Tagada » que l’on m’appelé car au pause de 30 minutes sur les aires de repos j’offrais des fraises Tagada tout en comptent les passagers...... Souvenir et belle aventure car pour l’ouest de la France Rennes.... Lorient..... Quimper....Brest etc..... la société de transport qui assurait ces lignes à déposé le bilan..... il faut dire que la re-négociation de Blablabus sur les prix au kilomètres pour un autocar de 20 tonnes (carburant-péage autoroute-assurance-salaire-rentabilité du véhicule etc...etc.....) Blablabus propose 1€ symbolique pour 1 kilomètre soit 700€ le Brest-Paris même avec une bonne gestion cela est impossible a faire...... du moins pour une société Française.
    Mais vous allez pouvoir voyager pour encore moins chère car les autocars des pays de l’Est arrivent au grand galop (autocars Polonais ou Roumain et chauffeur de même nationalité) se SMIC étant beaucoup plus bas chez eux ils pourront vous faire voyager à bon prix.
    Voyager pour pas chère c’est bien mais les conséquences..... je vous laisse seules juges.
    Une bonne journée à toutes et tous

    https://fr.trustpilot.com/review/blablabus.com
    https://fr.trustpilot.com/users/5f8eefd1a31bcf0019257301

    Je n’y avais pas pensé. Qui aurait des infos sur ce qui se passe là ? Est-ce vraiment possible ? Largement ?

    #blablabus (ex)#ouibus #flixbus ? #cars_Macron #transport #troisième_classe pour tout le monde....

  • Dans les écoles, des actions très isolées contre les violences sexuelles sur les enfants
    https://justpaste.it/8fe7p
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/23/prevention-des-agressions-sexuelles-les-actions-isolees-des-associations-au-

    Une dizaine d’associations organisent des ateliers contre les abus sexuels, dont l’inceste, avec, au niveau national, un manque de reconnaissance et de moyens.

    Par Cécile Bouanchaud
    Publié le 23 février 2021 à 10h32 - Mis à jour le 23 février 2021 à 17h26

    Notamment :

    Si certaines associations se chargent des signalements ou des informations préoccupantes, c’est généralement l’école qui prend le relais. Sans que cela soit toujours suivi d’effets devant la justice. Les associations évoquent notamment un manque de formation des personnels scolaires et des failles dans le processus de signalement.
    A l’unisson, les associations appellent d’ailleurs à un renforcement de la prévention au niveau national. Pour l’heure, elles reposent généralement sur le bénévolat, et doivent composer avec de maigres budgets, obtenus grâce aux subventions locales.

    Pour rappel, seen du 2 janvier 2019 de @tintin, autour de « l’autodéfense pour enfants » :
    https://seenthis.net/messages/748330


    Inceste : les équipes pédagogiques et les personnels de santé scolaire en première ligne
    https://justpaste.it/7zv1b
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/23/inceste-les-equipes-pedagogiques-et-les-personnels-de-sante-scolaire-en-prem

    Le gouvernement entend renforcer les trois « leviers » de prévention et d’action à disposition des personnels dans les écoles. Ces derniers demandent aussi plus de moyens.

    Par Mattea Battaglia
    Publié le 23 février 2021 à 10h46 - Mis à jour le 23 février 2021 à 11h00
    #inceste #école #kids

  • Covid-19 : comment le variant B.1.1.7, apparu en Angleterre, menace de relancer l’épidémie en France (19/02/2021)
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/02/19/comment-le-variant-britannique-menace-de-destabiliser-l-epidemie-en-france_6

    Article complet en ligne, documenté, qui ne laisse guère de doutes sur les prochaines semaines. Je laisse les personnes compétentes reprendre et ajouter des infos.

    Une trajectoire similaire en France

    La contagiosité accrue du variant B.1.1.7 – 50 % à 60 % par rapport à la souche « originelle » – ne fait désormais plus guère de doute. De nombreux travaux sont arrivés à cette même conclusion en utilisant des modèles et des méthodes différents.

    Il apparaît donc hautement probable que ce variant B.1.1.7 provoque une accélération brutale de l’épidémie en France, où sa circulation s’intensifie. Les deux « enquêtes flashs » menées par Santé publique France avec la participation d’un réseau de virologues hospitaliers et des laboratoires de biologie médicale les 7 et 8 janvier puis le 27 janvier ont conclu que ce variant avait progressé de 1 % à 2 % des cas à 13,2 % entre les deux dates.

  • Inceste, violences sexuelles : « Ce gouvernement est à côté de la plaque » - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/010221/inceste-violences-sexuelles-ce-gouvernement-est-cote-de-la-plaque

    Inceste, violences sexuelles : « Ce gouvernement est à côté de la plaque »
    1 février 2021 Par La rédaction de Mediapart

    Dans « À l’air libre » ce lundi, une émission consacrée intégralement aux violences sexuelles et sexistes avec Caroline de Haas, du collectif Nous Toutes, et Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail. Faut-il allonger la prescription pour les cas d’inceste ? Que penser de l’affaire Darmanin ?

    Lien direct de la vidéo (sur youtube... je mettrai un autre lien si possible) :
    https://www.youtube.com/watch?&v=MkEdLbeQZo8

    (toujours intervention impeccable des deux invitées)
    #AVFT #Marilyn_Baldeck #Caroline_de_Haas #NousToutes #inceste #violences_sexuelles #imprescriptibilité ? #Darmanindémission

  • Dominique Costagliola : « La seule solution est de reconfiner, et d’attendre que ça baisse » - 11/01/2021
    Troisième vague, variant britannique, écoles, télétravail... Dans un entretien décoiffant, l’épidémiologiste, grand prix de l’Inserm, plaide pour une réaction rapide.
    https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/dominique-costagliola-la-seule-solution-est-de-reconfiner-et-d-attendre-que
    Durée : 15 min


    Dominique Costagliola, épidémiologiste et spécialiste de biostatistique.
    François Guenet/INSERM

    Propos recueillis par Stéphanie Benz et Thomas Mahler
    publié le 11/01/2021 à 08:30 , mis à jour le 14/01/2021 à 10:27

    Elle est connue pour son franc-parler, et surtout pour la pertinence de ses analyses. L’épidémiologiste Dominique Costagliola, récemment récompensée pour l’ensemble de sa carrière par le Grand Prix de l’Inserm, a répondu aux questions de L’Express sur l’évolution de l’épidémie, la menace que fait peser sur nous le variant britannique et les espoirs liés au vaccin. Dans cet entretien décoiffant, il est également beaucoup question de courage politique, de bonne et de mauvaise science, des limites des comparaisons internationales et de ses bêtes noires du moment - le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer et la ministre du Travail, Elisabeth Borne, dont les décisions ne lui paraissent décidément pas à la hauteur des enjeux. Une interview sous le signe de l’urgence, alors que cette troisième vague tant crainte se dessine déjà.

    L’Express : Comment voyez-vous la situation incertaine dans laquelle nous nous trouvons actuellement, avec un plateau élevé de contaminations ?

    Dominique Costagliola : Même indépendamment de la diffusion éventuelle d’un nouveau variant plus contagieux, la situation n’est pas bonne. Les dernières données sont loin d’être positives. Nous avons un R0 qui a l’air d’être supérieur à 1, même si on prend en compte le fait qu’il y a eu beaucoup de tests durant la période des fêtes. L’épidémie semble bien repartie. Et cela ne pourra être que pire si le nouveau variant est bien plus transmissible. En revanche, nous avons des données en prépublication qui laissent penser que les vaccins ARN développés vont permettre de neutraliser ce nouveau variant. Ils devraient donc rester efficaces.

    Pouvons-nous encore être épargnés, alors que les pays voisins sont déjà fortement touchés par cette nouvelle vague ?

    On va peut-être éviter de reproduire les mêmes bêtises qu’au début de l’épidémie, en se disant que nos voisins sont dans cette situation parce qu’ils sont mauvais et qu’ils n’ont pas su gérer face au virus...

    On doit donc s’attendre au pire ?

    Je crois que oui. Affirmer qu’il faut vacciner à tout prix pour stopper cette nouvelle vague, c’est irréaliste, car nous ne disposons pas du nombre de doses suffisants, ni de l’infrastructure, pour vacciner 50 millions d’individus en un mois. Pour vous donner une idée, les États-Unis ont vacciné 2 millions de personnes, alors qu’ils avaient déclaré vouloir en vacciner 20 millions sur cette période. Cela montre que ce n’est pas si facile. Si vous regardez les réseaux sociaux américains, vous constaterez qu’il y a les mêmes polémiques qu’en France sur les problèmes de logistique. En Allemagne, ils ont beaucoup vacciné, mais ils se retrouvent en manque de doses. Et là-bas aussi, les polémiques sont virulentes sur la lenteur de la campagne de vaccination. Il faut donc avoir une politique adaptée en fonction des doses que nous allons avoir. N’oublions quand même pas que ces entreprises pharmaceutiques ont produit des quantités extraordinaires de vaccins dans des délais contraints, par rapport à ce qui se fait normalement.

    Dans ce contexte, le seul espoir est de cibler la vaccination sur les personnes qui ont le plus grand risque d’aller à l’hôpital, à la fois pour elles et pour l’ensemble de la société. Grâce à cela, on peut espérer que la troisième vague fera moins de dégâts. Il faut se souvenir qu’au mois de mars dernier, on trouvait horrible ces milliers de morts. La deuxième vague a fait plus de morts que la première, mais plus personne ne semble trouver ça grave. Aujourd’hui, nous nous en sortons peut-être mieux que nos voisins, mais ce n’est pas brillant. Vaccinons de façon urgente les personnes les plus à risque, ainsi que le personnel de santé.

    Face à la deuxième vague, le gouvernement a tardé à réagir, désavouant le Conseil scientifique qui avait pourtant averti de l’imminence d’une remontée épidémique en septembre. Sur le plan politique, pensez-vous qu’on évitera de refaire les mêmes erreurs ?

    Je n’en suis pas certaine. Avec la perspective d’un nouveau variant, la plupart des pays ont par exemple pris des décisions par rapport à l’école. Nous non... Par ailleurs, il est vrai que la campagne de vaccination est partie de façon poussive. Même s’il me semble excessif de se rouler par terre pour la semaine entre Noël et le Jour de l’An, alors que d’ordinaire il ne se passe jamais rien durant cette période. Le vaccin est notre espoir pour retrouver une vie normale. Mais ça ne se fera pas du jour au lendemain, par un claquement de doigts. D’autant plus que le vaccin d’AstraZeneca, le plus facile d’utilisation, a pris du retard. Il n’arrivera que début février.

    Vous trouvez donc exagérée la polémique autour de la campagne de vaccination ?

    Oui. Jamais le protocole n’a exigé un consentement par écrit, contrairement à ce qu’on a pu dire. Et il n’y a jamais eu un délai de rétractation de cinq jours. Il est seulement question d’une consultation pré-vaccinale au plus tard cinq jours avant la vaccination, qui doit permettre aux Ehpad de faire remonter le nombre de doses nécessaires. Gérard Larcher a brandi un dossier de 58 pages en s’indignant que celui-ci ait été distribué à son père en Ehpad, alors que le document d’information reçu par les résidents ne dépasse pas deux pages. Vous voyez le niveau de désinformation...

    Les mesures d’un couvre-feu étendu à 18 heures vous semblent-elles suffisantes ? Faut-il déjà aller plus loin ?

    Nous voyons que l’épidémie est en train de repartir. Mais, pour l’instant, nous ne savons pas dans quelle mesure ce couvre-feu étendu est efficace pour limiter la circulation des personnes et donc le nombre de contacts. Nous manquons de données là-dessus. Il est ainsi difficile d’évaluer ces décisions dans le Grand-Est et en Paca, car cela ne fait pas longtemps qu’elles ont été mis en place.

    Je m’étonne aussi du fait que le télétravail à 100% n’ait pas été rendu obligatoire. C’est comme si la ministre du Travail faisait un concours de qui est le plus nul avec celui de l’Éducation nationale...

    Pourquoi êtes-vous si sévère avec Jean-Michel Blanquer ?

    Il n’a pas fait une seule déclaration sensée sur le plan scientifique. Déjà, le fait que les enfants ne soient pas des grands transmetteurs peut se discuter. Mais même si on admet que les enfants transmettent moins, cela ne signifie nullement qu’ils ne transmettent pas du tout le Covid-19 ! Ce qui se passe dans les écoles, c’est que vous avez des enfants et adultes venus d’endroits différents qui se retrouvent durant toute la journée. Et à midi, à la cantine, ils mangent sans masques et se parlent. Puis le soir, ils repartent chez eux. Mais on nous assure que les enfants ne sont pas des vecteurs de transmission !

    Il est important de comprendre que ce qui compte, c’est le temps qu’on passe à côté d’autres personnes. Passer beaucoup de temps avec une personne moins contaminatrice peut-être plus dangereux que de croiser pendant 10 secondes un grand transmetteur. Il n’est pas facile de faire des bonnes enquêtes épidémiologiques sur les contaminations, mais ce qui ressort de façon claire des données dont nous disposons, c’est que ces contaminations se font dans toutes les circonstances où nous sommes sans masques et où nous parlons : bars, restaurants, familles, mais aussi cantines et activités sportives. Dire qu’il ne se passe rien à l’école, comme le fait Jean-Michel Blanquer, n’est pas logique. L’étude ComCor menée par Arnaud Fontanet montre par exemple qu’il y a plus de contaminations dans les familles avec enfants que sans enfants.

    Mais que faudrait-il faire pour l’école ?

    Je ne sais pas si nous allons réussir à éviter leur fermeture. Quand on voit la situation épidémique au Royaume-Uni, on peut être inquiet. Après, ce qui n’a pas été fait, et qu’on pourrait encore mettre en place, ce sont des systèmes d’aération minimisant les risques à l’école. Cette crise révèle d’ailleurs un problème concernant les infrastructures scolaires. La cantine ne dépend pas des établissements scolaires, mais de la municipalité. Et en France, si deux administrations doivent se mettre d’accord, c’est l’enfer.

    Dans tous les cas, on ne risque pas d’agir si, comme Jean-Michel Blanquer, on répète qu’il n’y aucun problème de contaminations dans les écoles. Le plus simple est de dire qu’il ne s’y passe rien, comme ça on n’a rien à faire...

    Comment expliquez-vous que le télétravail ne soit pas plus strictement appliqué ?

    Bien entendu, il est difficile pour certaines personnes, moi la première, de ne pas pouvoir se rendre au bureau. Mais le télétravail est malgré tout un moindre mal. C’est une mesure qui permet à beaucoup de salariés de continuer à travailler. Cela évite des grosses pertes de productivité, tout en minimisant les risques de transmissions, tant qu’on n’a pas vacciné massivement. Il faut prendre son mal en patience ! Assouplir les règles du télétravail depuis la rentrée, comme l’a annoncé la ministre du Travail Élisabeth Borne, ne va en tout cas pas dans la bonne direction. Au travail, on se contamine en faisant des pauses café, en mangeant, en fumant, toutes les circonstances où l’on parle tout en ne portant pas son masque et en ne respectant pas la distanciation sociale. Nous sommes des êtres sociaux, c’est dans notre nature...
    « Quand vous voyez les courbes d’incidence en Grande-Bretagne et en Irlande, nous n’avons sans doute pas beaucoup de temps »

    À quelle vitesse le variant britannique risque-t-il de s’imposer chez nous ?

    Quand vous regardez les courbes d’incidence, vous voyez une montée très rapide en Grande-Bretagne et Irlande. Ce qui signifie que nous n’avons sans doute pas beaucoup de temps... Les dispositifs pour le séquençage du virus existent en France, mais ce n’était peut-être pas assez organisé et nous ne remontions pas les informations. Rapidement, nous aurons ce type de données pour surveiller l’évolution du variant en France.

    Depuis le début de l’épidémie, il y a eu de nombreuses mutations, mais aucun n’a eu cet effet-là. Les données épidémiologiques montrent clairement une diffusion plus rapide du variant britannique. En revanche, nous manquons encore d’explications virologiques qui permettraient de comprendre pourquoi ce variant s’accrocherait plus facilement aux cellules et serait donc plus transmissible. C’est tout le problème dans cette surveillance des mutations. Il faut pouvoir coupler les aspects cliniques et virologiques. Quand Didier Raoult déclare en septembre que les mutants rendent le coronavirus moins dangereux, puis quelques jours plus tard qu’un nouveau variant serait au contraire plus virulent, il ne se base sur aucune donnée épidémiologique. Cela ne sert donc à rien !

    Certains ont un temps présenté la Suède comme un modèle, alors que ce pays enregistrait bien plus de morts que ses voisins scandinaves. De même, on a beaucoup célébré le modèle allemand, jusqu’à ce que les contaminations n’y explosent en fin d’année. Que pensez-vous de ces comparaisons internationales ?

    J’avais très vite averti qu’il faut se méfier de ces comparaisons. De même, aujourd’hui, je ne pense pas que les Allemands sont tout d’un coup devenus très mauvais et nous très bons. La composante la plus importante, c’est la force avec laquelle un pays est heurté par l’épidémie. En France, le virus circulait sans doute depuis plus longtemps. Dans l’Oise, il était probablement présent à bas bruit depuis décembre 2019. À Mulhouse, avec le rassemblement évangéliste, il y a eu un facteur multiplicateur dramatique qui a envoyé le virus dans de nombreuses régions françaises. Au début de l’épidémie, l’Allemagne n’a pas eu à faire face aux mêmes circonstances. Mais aujourd’hui, ce pays a plus de 1000 morts tous les jours. Cela démontre que les explications avancées sur le nombre de lits disponibles ou la décentralisation allemande sont sans doute assez fausses. Les Länder n’ayant pas été d’accord entre eux, ils ont d’ailleurs perdu trois semaines par rapport à la France face à la remontée de l’épidémie.

    D’autre part, les comparaisons se basent sur des chiffres qui sont souvent différents. Un pays comme la Suède ne faisait pas de tests, même moins que chez nous. Leur taux d’incidence ne signifiait donc rien. Quant aux décès liés au Covid, chaque pays a son système. Certains, comme la Belgique, ont délibérément choisi de sur-notifier, puisqu’il suffisait d’avoir une suspicion de Covid pour qu’un décès soit attribué au coronavirus. En revanche, les Allemands ont sans doute sous-notifié, en ne prenant en compte que les diagnostics certains. Au sein des pays occidentaux, les États-Unis sont ceux qui sont allés le plus loin en minimisant les chiffres. La preuve, c’est que l’excès de mortalité y est bien supérieur aux décès déclarés de Covid.

    On imagine aussi que la densité de la population est un facteur dans une maladie respiratoire transmissible. En Suède, cette densité est de 25 habitants par km2, contre 380 pour la Belgique. C’est un élément à prendre en compte, tout comme la proportion des personnes qui ont plus de 65 ans ou les niveaux socio-économiques.

    Mais le facteur le plus important reste, comme je vous le disais, la force avec laquelle l’épidémie frappe une zone géographique. En Europe, il est marquant de voir que le virus, qui avait touché les pays de façon très différente au printemps, n’a épargné aucun État durant l’automne et l’hiver. Si vous regardez la carte, seuls deux pays sont un peu moins impactés, la Finlande et la Norvège.

    Et est-il pertinent de faire une comparaison entre l’Europe et l’Asie ?

    Les pays asiatiques ont une démarche qui consiste à ne vouloir aucune circulation, même à bas bruit, du virus. Ils ne se contentent pas de simplement éviter de submerger leur système de soins. Même en Australie ou en Nouvelle-Zélande, si un cas est déclaré, on ne tergiverse pas, on reconfine tout un quartier et on dépiste massivement et isole les personnes infectées. Ensuite, il y a des mesures, comme en Corée du Sud, qu’on ne pourrait jamais imposer chez nous. Là-bas, l’application de traçage est obligatoire et les contrôles très stricts pour l’isolement.
    « La seule solution est de reconfiner, et d’attendre que cela baisse »

    Nous sommes-nous améliorés sur le triptyque « tester, tracer et isoler » ?

    Tant que le virus circule à bas bruit, il est important qu’on teste. On ne l’a pas bien fait en France. Dès juin, Jean-François Delfraissy avait aussi expliqué que si on voulait être au niveau de la Corée du Sud, il nous fallait 22 000 personnes pour s’occuper du traçage. Aujourd’hui, cela ne dépasse toujours pas les quelques milliers. Par ailleurs, ça me sidère qu’on ne mette en place qu’aujourd’hui, après neuf mois d’épidémie, l’arrêt de travail immédiat pour les personnes suspectées d’avoir le Covid et pour les cas contacts. Nous n’avons pas assez fait pour faciliter l’isolement absolu en cas de suspicion. Mais ces mesures de « tester, tracer et isoler » ne fonctionnent que si les contaminations sont faibles. Aujourd’hui, il est illusoire d’imaginer qu’on puisse contrôler une épidémie à ce niveau de circulation du virus. La seule solution est de reconfiner, et d’attendre que ça baisse...

    Vous feriez quoi si vous étiez aux manettes ?

    Il faut quand même dire qu’il est très difficile de prendre les bonnes mesures. Ne pas attendre que tout le monde finisse par constater qu’il est indispensable d’agir fait partie d’un courage politique qu’on n’a pas vu durant cette crise sanitaire. Encore une fois, nous sommes en train d’attendre l’évolution de l’épidémie avant de prendre des mesures plus fermes. Les Australiens et Néo-Zélandais agissent beaucoup plus en amont. C’est sans doute parce que c’est socialement acceptable chez eux. Imaginez si en France, on avait reconfiné dès septembre, il y aurait eu une opposition importante...

    Vous n’avez cessé de dénoncer la « mauvaise science » durant cette crise sanitaire. Pourquoi ?

    Ce que je fustige, ce sont les gens qui font des affirmations sans données solides. En science, ce ne sont pas les intuitions personnelles qui comptent, mais les données. Aujourd’hui, plus personne ne parle de l’hydroxychloroquine. Le nouveau truc à la mode sur Internet, c’est l’ivermectine, parasitaire utilisé contre la gale. Mais si vous regardez de près, la plupart des essais sont à fort risque de biais et ne permettent donc pas d’avoir une conclusion solide.

    Nous avons eu beaucoup d’études observationnelles pour les traitements testés face au Covid-19. Or il y a de nombreux problèmes méthodologiques auxquels on ne réfléchit pas. Quand vous faites un essai clinique randomisé, vous tirez au sort les personnes qui reçoivent un traitement et les autres qui servent de groupe contrôle. On sait de façon claire à partir de quand on commence le traitement, ce qu’on nomme le J-0. Mais dans une étude observationnelle, ce J-0 est souvent mal défini et les comparaisons avec un groupe de contrôle ont peu de sens. Publiée dans la revue Chest, une étude sur l’ivermectine prend ainsi en compte les patients traités cinq jours après leur arrivée à l’hôpital. Mais le groupe sans ivermectine est lui étudié dès l’arrivée des patients à l’hôpital. Or leur situation a forcément le temps de s’aggraver au cours de ces cinq jours d’écart. Pour son étude rétrospective, Didier Raoult avait lui décidé de ne prendre en compte dans son groupe de personnes traitées que les patients qui ont reçu l’hydroxychloroquine et l’azythromocyine plus de trois jours, plaçant ceux à qui on avait donné ces produits moins de trois jours dans le groupe contrôle, ce qui est absurde puisque c’est parce que leur situation évolue qu’ils ne prennent pas le traitement au moins trois jours.

    En plus, souvent, ces études ont des effectifs faibles, et ne sont pas significatives d’un point de vue statistique. II y a ainsi eu énormément d’études observationnelles mal fichues, y compris celles publiées dans des revues prestigieuses. Beaucoup de chercheurs étaient désireux de montrer un effet un peu positif de tel produit. Même pour l’article rétracté du Lancet, il était facile de voir qu’il y avait un problème évident. L’étude comparait différents pays du monde sans tenir compte du fait que le risque de mourir du Covid n’est pas le même d’un État à l’autre, car cela dépend des structures de la population, des niveaux de soin... Comment est-il possible que les « reviewers » du Lancet n’aient pas immédiatement vu que l’étude n’était pas stratifiée par pays ? C’est quelque chose de vraiment élémentaire.

    Y a-t-il aujourd’hui une meilleure coordination en France autour des essais sur le Covid ?

    Le Royaume-Uni a été très organisé au départ, en faisant un essai unique d’ampleur, Recovery, alors qu’en France, c’est parti dans tous les sens. Beaucoup de chercheurs académiques voulaient défendre leurs idées, avec des repositionnements de médicaments.

    Désormais, il y a un système mis en place au niveau de la nouvelle agence sur les maladies infectieuses et émergentes, qui a pris la suite de Reacting [consortium multidisciplinaire] et de Capnet [instance de concertation] pour prioriser les recherches. Et il y a des instances de coordination, un pour les essais à l’hôpital, et un autre pour les essais en villes. Les laboratoires pharmaceutiques ont aussi eu le temps pour mieux réfléchir à des recherches avant de passer à l’étape de l’homme et développent leur propres études. C’est moins chaotique.

    Pourquoi êtes-vous inquiète par rapport à cette nouvelle agence de recherche consacrée aux maladies infectieuses émergentes, créée le 1er janvier ?

    Cette agence est issue du rapprochement entre l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites) et Reacting. Mais le budget n’a pas été augmenté de manière conséquente, avec seulement 1 million supplémentaire alloué par rapport aux deux budgets antérieurs. Ce n’est pas raisonnable, sachant qu’Ebola peut revenir, et que de nouveaux virus vont apparaître. Vous avez une recherche fondamentale dont on ne sait parfois pas à quoi elle va servir, mais qui peut déboucher sur le vaccin à ARN. Ce n’est pas lors de la prochaine crise qu’il faudra financer la recherche, mais maintenant ! Au moment de la vache folle, on avait ainsi bénéficié de 200 millions de francs durant une année, puis plus rien après. C’est la façon la plus bête qui soit pour financer la recherche.

    Pensez-vous qu’on atteindra l’immunité collective à l’été ou à l’automne ?

    Déjà, si on arrive à vacciner les personnes à risque, on diminuera automatiquement la charge sur l’hôpital et les décès. Ce sera le premier effet du vaccin. L’immunité collective, si tout se passe bien, pourra effectivement être espérée pour l’été ou l’automne. Mais avec quand même une incertitude qu’il faut garder en mémoire : puisque les essais en phase 3 pour les vaccins n’ont, au mieux, débuté qu’en juillet dernier, nous n’avons pas encore une mesure très précise de leur durabilité.

    À l’échelle de l’Histoire, contrôler cette épidémie en moins de deux ans sera-t-il un exploit ?

    Absolument. Cela nous parait affreusement long. Je suis par exemple très frustrée de ne pas pouvoir voir mon petit neveu, qui a 2 ans. J’aurais raté des choses. Mais en même temps, il faut tenir bon pour cette période-là.

    #Dominique_Costagliola
    (article libéré en cours d’édition, comme on dit - edit 16/01, 11h ; je crois que c’est ok - l’article est truffé de liens vers d’autres articles de l’Express, je ne sais pas si ça sert. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui contribuent ici, ça m’aide à tenir dans ces temps difficiles.)

  • « On est traités comme des animaux » : à Beaucaire, les saisonniers étrangers, entre conditions de vie difficiles et crainte du coronavirus, Sofia Fischer
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/13/a-beaucaire-les-saisonniers-etrangers-entre-conditions-de-vie-difficiles-et-


    Photos, ARNOLD JEROCKI / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

    Début juin, des clusters de Covid-19 ont été découverts parmi les ouvriers agricoles, venus majoritairement d’Amérique du Sud, qui circulent entre Gard, Vaucluse et Bouches-du-Rhône. Le dépistage révèle les pratiques douteuses de la filière.

    Dans la longue file d’attente qui s’étend devant le gymnase de Beaucaire (Gard) transformé en centre de dépistage, les accents de Colombie et de l’Equateur se mêlent à ceux, plus hachés, des membres de la Croix-Rouge. Un homme s’inquiète auprès de son voisin, en espagnol : « Est-ce qu’il faut une carte Vitale ? Parce que je n’en ai pas. »

    Sur ces terres fertiles, limitrophes des Bouches-du-Rhône et proches du Vaucluse, beaucoup d’ouvriers agricoles, provenant majoritairement d’Amérique du Sud et transitant par l’Espagne, arrivent tous les ans par bus entiers au printemps. Très dépendants de cette main-d’œuvre, d’autant plus en période de crise sanitaire, les agriculteurs membres de la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles des Bouches-du-Rhône avaient manifesté le 20 mai à Arles et Aix pour s’assurer de leur venue. Alors, à la réouverture des frontières, ils sont arrivés. Avec, a priori, plusieurs cas de Covid-19 à bord.

    A quelques kilomètres de Beaucaire, de l’autre côté du Rhône, plusieurs foyers du virus sont apparus début juin. Une trentaine de cas ont été découverts dans un camping de travailleurs installé au milieu des champs à Noves et chez un producteur de fraises à Maillane, au nord des Bouches-du-Rhône. Une opération de dépistage a depuis été lancée. Les derniers bilans attestent 158 cas dans le département, 53 autres dans le Gard et 39 autres dans le Vaucluse. Des chiffres qui devraient augmenter au début de la semaine du 16 juin.


    Dépistage de travailleurs étrangers, le 10 juin à Beaucaire (Gard).

    Dans le complexe sportif, jeudi 11 juin, on s’active. Des entraîneurs de football, des professeurs et même une boulangère se sont proposés pour faire office de traducteurs, rassurer les parents inquiets et répondre aux questions. Pour faire venir au gymnase les saisonniers étrangers, qui sont parfois en situation irrégulière et ne parlent pour la plupart pas le français, l’agence régionale de santé (ARS) a dû innover. En utilisant, par exemple, les réseaux paroissiaux : David Flores, le prêtre équatorien de la ville, a fait circuler le message quotidiennement à ses fidèles par la messagerie WhatsApp.

    « Bouche-à-oreille »

    Les communiqués annonçant les dépistages gratuits pendant trois jours ont été traduits en espagnol et placardés sur les épiceries latinos du centre-ville. « On compte beaucoup sur le bouche-à-oreille pour rassurer les gens qui auraient peur de venir », explique Claude Rols, délégué de l’ARS dans le Gard.

    Pour l’ARS, qui, face à ce genre de situation, met en place un dispositif de traçage des contacts permettant d’enquêter sur les déplacements et les échanges entre individus, la tâche s’annonce ardue. Car ces ouvriers agricoles, souvent accueillis dans des chambres ou des mobile-homes collectifs, travaillent sur plusieurs lieux à la fois. Les risques de contamination deviennent donc importants au gré des déplacements, souvent effectués dans des véhicules collectifs. « Sans compter que tous les magasins latinos sont à Beaucaire » , explique Angel (certains prénoms ont été modifiés), 48 ans. L’Equatorien, qui ramasse les abricots en ce moment, l’assure : « Tout le monde se retrouve là-bas le week-end. »


    Un dispositif de traçage de contacts mis en place par l’agence régionale de santé pour enquêter sur les déplacements et les échanges entre individus.

    A la sortie du centre, Pablo, 22 ans, et Nathaly, 21 ans, font un signe de croix. « J’ai un bébé en Espagne, explique le jeune Colombien. Si je suis positif, je ne sais pas ce que je vais faire. Je suis venu ici pour travailler. » Nathaly, elle, a tenté de convaincre celle qui partage sa chambre sur l’exploitation de concombres où elle travaille de venir elle aussi se faire dépister. « Impossible : elle a beaucoup trop peur. Soit de la police de l’air et des frontières, soit d’être renvoyée en Espagne sans son salaire », explique-t-elle.

    Depuis les Bouches-du-Rhône voisines, où les campagnes de dépistage ont démarré début juin, beaucoup de saisonniers disent avoir appris leurs résultats par l’entreprise d’intérim qui les emploie et non par un médecin. Ils attendent toujours un document médical. Une vidéo montrant des chambres surpeuplées dans un domaine près d’Arles où plusieurs cas de Covid-19 ont été détectés circule sur les réseaux sociaux. Un Equatorien sur place raconte que des vigiles mèneraient la garde à l’entrée de la ferme.

    Dans la nuit du vendredi 12 au samedi 13 juin, sept employées saisonnières qui auraient testé positives au Covid-19, dispersées dans plusieurs fermes autour d’Arles (Bouches-du-Rhône), ont été transportées dans un centre d’isolement à Miramas. Elles disent avoir appris qu’elles étaient porteuses du virus par leur employeur début juin et n’avoir reçu aucun document médical. Elles refusaient de bouger sans de plus amples informations.

    « Esclaves du XXIe siècle »

    « C’est le chauffeur de la boîte d’intérim pour laquelle je travaille qui m’a dit que j’étais positive, explique Liliana qui, affolée, a contacté Le Monde pendant l’opération, tout en tentant de s’isoler tant bien que mal dans le domaine où elle se trouvait. Je n’ai jamais reçu de SMS, de mail, ou de courrier officiel. Et là, on nous embarque, je ne sais même pas où. Ils menacent d’appeler la police. » La préfecture des Bouches-du-Rhône, contactée samedi, parle de départs « volontaires », pour une mise à l’isolement plus « confortable ». « Il y a eu un moment de panique ou d’incompréhension, admet-elle, mais des informations devraient remonter très vite sur ce qui s’est passé. »

    Le fonctionnement opaque des entreprises, très lucratives, dont dépendent les saisonniers est souvent en cause. La plus connue d’entre elles, Terra Fecundis, devait être jugée pour près de 112 millions d’euros de fraude sociale début mai à Marseille. Mais l’audience de la plus grosse affaire de dumping social en France a été reportée pour cause de crise sanitaire. Les syndicats dénoncent depuis des années leurs conditions de travail, n’hésitant pas à parler « d’esclaves du XXIe siècle ».

    Parmi les ouvriers, beaucoup témoignent d’heures supplémentaires non payées, de retenues sur salaire non justifiées, de malaises, et parfois mêmes de violences. Javier, carrure large et voix chancelante, raconte « qu’on lui jette des pommes » sur la tête régulièrement. « On est traités comme des animaux. La cheffe de file a déjà fait pleurer plusieurs ouvriers. » Un autre dit avoir été renvoyé pour avoir publié une vidéo des conditions déplorables dans lesquelles il était confiné dans une ferme des Bouches-du-Rhône.

    Alberto, 36 ans, aujourd’hui sédentarisé en France, raconte ses débuts « avec des sociétés espagnoles » : des saisons « terribles », où il n’était payé « qu’un tiers des heures vraiment faites ». « Si votre tête de leur revenait pas, où qu’ils estimaient que vous ne travailliez pas assez vite, ils vous demandaient de ne pas revenir l’après-midi, explique-t-il. Parfois, si on avait déjà fait une semaine, ils ne la payaient pas. » Alors, selon ce père de famille, « c’est évident que si j’étais encore avec eux, je ne voudrais pas me faire tester ».


    Des travailleurs saisonniers, le 11 juin à Beaucaire (Gard).

    « On va devoir tirer les conclusions de ce qui s’est passé », admet Patrick Lévêque, patron de la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles des Bouches-du-Rhône. S’il se serait bien passé de l’annonce des multiples clusters dans le monde agricole, il assure n’être pas surpris : « Nous avons continué de bosser pour nourrir la France pendant tout le confinement. C’était un risque, évidemment. »

    « On ne nous dit rien »

    A quelques encablures du centre de dépistage, on retrouve l’épicentre de cette immigration : l’intérieur des remparts de la ville musée de Beaucaire. Le maire Rassemblement national (ex-Front national), Julien Sanchez, a été réélu dès le premier tour le 15 mars. Dans les épiceries latinos, entre les bananes plantain et les bonbons au dulce de leche, des agriculteurs ont épinglé des annonces traduites en espagnol. « Cherche bras pour travailler dans la vigne. Cotisations en Espagne. »

    Une femme demande si elle peut être renvoyée si jamais le résultat était positif. Une autre s’inquiète pour un ami confiné chez son employeur, dans un dortoir avec plusieurs cas de Covid-19. Un couple à qui on a imposé une quarantaine après avoir covoituré avec un collègue testé positif s’inquiète : seront-ils payés quand même à la fin du mois ? « On ne nous dit rien », confie le mari.

    Dans les rues de Beaucaire, la nuit tombe. Les terrasses se remplissent doucement. Sur les tables, les « unes » des journaux locaux avec le nombre de cas qui grimpe dangereusement. Les riverains s’inquiètent. « Avec les conditions dans lesquelles ils vivent, ce n’est pas étonnant qu’il y ait autant de Covid chez les Latinos » , estime Alain, bière à la main.« Avec cette histoire, raconte Alberto, les gens nous regardent un peu bizarrement. Il y en a qui changent carrément de trottoir. »


    Les épiceries latinos du centre-ville ont été des relais dans la campagne de dépistage gratuit.

    #saisonniers #sans_papiers #ouvriers_agricoles #intérim #agriculture #clusters #Terra_Fecundis #fraude_sociale #Covid-19

    • Haaa le fameux : « Nous avons continué de bosser pour nourrir la France pendant tout le confinement. C’était un risque, évidemment. »

    • Le travail détaché en agriculture condamné… avec sursis
      https://www.sante-et-travail.fr/travail-detache-agriculture-condamne-sursis

      Si le procès engagé contre l’entreprise de travail temporaire Terra Fecundis a permis de sanctionner certains abus autour du détachement de travailleurs agricoles, ce système de prêt de main-d’œuvre demeure légal et source de dérives graves concernant les conditions de travail. [paywall]

      Communiqué de presse (12/7/21) de la Confédération paysanne, partie civile dans ce procès :
      https://confederationpaysanne.fr/rp_article.php?id=11630

      La Confédération paysanne se félicite des condamnations prononcées le 8 juillet par le tribunal correctionnel de Marseille dans le dossier de la société espagnole Terra Fecundis, poursuivie pour détournement du cadre européen du travail détaché et délits de marchandage en bande organisée.

      Les dirigeants de cette entreprise de travail temporaire ont notamment été condamnés à des peines de 4 ans de prison avec sursis et à une interdiction définitive d’exercer cette activité.

      Terra Fecundis est aussi condamnée à 500.000 euros d’amende et à l’interdiction d’exercer l’activité de travail temporaire en France, quand Terra Bus Mediterraneo se voit interdite d’exercer le transport de personnes et condamnée à une amende de 200.000 euros.

      En condamnant ainsi les acteurs de ce vaste trafic de travailleurs.euses agricoles, la justice a pris la mesure des enjeux humains, sociaux et économiques de ce dossier. Nous regrettons cependant qu’ aucune entreprise ayant utilisé la main d’œuvre proposée par Terra Fecundis en France n’ait été poursuivie
      La Confédération paysanne s’est vue reconnaître la légitimité à agir, puisque sa demande de constitution de partie civile a été acceptée par le tribunal. L’audience relative au montant des dommages et intérêts aura lieu le 19 novembre prochain.

      Notre syndicat défend un modèle agricole, l’agriculture paysanne, qui passe par le respect des salarié.es et des droits sociaux. Des entreprises comme Terra Fecundis sont les chevilles ouvrières d’un système de concurrence déloyale, fondé sur une main d’œuvre exploitée, auquel doivent faire face celles et ceux qui emploient et rémunèrent correctement leurs salarié.es dans le respect des droits sociaux et du droit du travail. Il est inadmissible qu’ils se trouvent pénalisés par ces pratiques qui ont cours dans la filière fruits et légumes.

      La Confédération paysanne dénonce encore une fois ce système d’exploitation de travailleurs.euses et sera partie prenante des procédures qui se présenteront, en cohérence avec notre exigence de conditionnalité sociale des aides publiques.

      #marchands_d'esclaves

    • Saisonniers en servage N° 78 de Plein droit, la revue du #Gisti (octobre 2008)
      https://www.gisti.org/spip.php?article1237

      Dans la vallée du Rhône, en Andalousie, dans la région des Pouilles en Italie, la transformation totale des modes de culture des fruits et légumes s’est accompagnée d’une précarisation encore accrue, et aujourd’hui extrême, de la main-d’œuvre, majoritairement étrangère, de ce secteur. Contrats courts voire emploi illégal, dépendance totale vis-à-vis d’employeurs imposant des conditions de travail et d’hébergement indignes, invisibilisation des atteintes à la santé, tout un système d’exploitation et de déréglementation du droit du travail s’est développé contre lequel les saisonniers étrangers tentent depuis quelques années de se mobiliser.

      CODETRAS – Collectif de défense des travailleur.euse.s étranger.ère.s dans l’agriculture
      http://www.codetras.org
      #codetras #agro_industrie

  • #Covid-19 : la vague des invisibles
    https://joellepalmieri.org/2020/06/29/covid-19-la-vague-des-invisibles

    Je n’écris pas souvent à la première personne sur ce blog. Je n’évoque pas davantage des « problèmes personnels » auxquels je pourrais être confrontée. Ma situation de femme sexagénaire malade en milieu rural dans un contexte épidémique m’invite aujourd’hui à le faire. Car enfin, quels sont les impacts de la gestion française du Covid-19 sur ma … Lire la suite →

    #Humeurs #Domination #Economie #Racisme #Santé


    https://0.gravatar.com/avatar/9756ba41fe8333157071419a20733f4a?s=96&d=https%3A%2F%2F0.gravatar.com%2Fa

    • Le déconfinement a en revanche apporté des changements de comportement plutôt nuisibles : augmentation des beuveries improvisées, du niveau sonore, de l’appropriation de l’espace public (voies, trottoirs, jeux de boule, stades…) à des fins privées, des agressions au moins verbales sinon physiques, ce qui produit une surestimation/avalanche des peurs.

      Le déni du trauma, l’absence de perspectives dans le temps et les agressions personnelles alimentent l’invisible : ce qui est non dit ou non vu. La peur, omniprésente, n’est pas incarnée : des bombes ne pleuvent pas, la majorité n’est pas enfermée à double tour dans des cellules surveillées par des matons… Seules peut-être les violences policières, les expressions du racisme, pourraient faire office d’incarnation mais leurs contestations sont-elles liées (organiser le lien) à la pandémie ?

      Au fond, chacun.e gère seul.e et au coup par coup la situation qu’il.elle vit. J’assiste impuissante à une autogestion privée d’une crise pourtant publique. Cette autogestion connaît sa part d’invisibilité : les impacts de l’épidémie avant, pendant et après, sont différents pour les femmes et pour les hommes. Or les mesures politiques de l’État ou des associations aux niveaux local ou national restent majoritairement aveugles à cette disparité. Les femmes, et en particulier les femmes racisées (caissières, femmes de ménage, aides-soignantes… mais aussi mères de famille), sont plus objets de violences et d’agressions, sont plus sujettes à des troubles psychiatriques (dépressions, pensées suicidaires, bouffées délirantes ou troubles anxieux sévères inexistants auparavant)[1]. Un retour au point mort sans aucune analyse des impacts de genre de la crise sanitaire leur est demandé. Ce retour « à la normale » équivaut à un retour aux inégalités, sinon à leur renforcement. La servitude associée au rôle social des femmes – éducation, santé, nutrition – (le « service » associé au « sale » dirait Geneviève Fraisse[2]), la gestion des maux des autres, en plus du télétravail ou de conditions de travail dégradées, passent une nouvelle fois à la trappe. Ce qui est gentiment nommé « la charge sociale » cache le déni de la maladie, les troubles psy, le dégoût, le désespoir. Qui s’en soucie vraiment ?

      Au moins pour @antonin1 & @colporteur.
      Merci pour vos interventions.
      Prenons soin de nous.

      #soin #déconfinement #invisibles

  • En 2018, une personne sur quatre a souvent du mal à boucler ses fins de mois - Ministère des Solidarités et de la Santé
    https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/publications/etudes-et-resultats/article/en-2018-une-personne-sur-quatre-a-souvent-du-mal-a-bouc

    Les situations d’insécurité financière touchent particulièrement les ouvriers et employés : un tiers d’entre eux affirment avoir souvent des difficultés pour boucler leurs fins de mois et un quart s’estime pauvre, alors que ces situations affectent moins d’une personne sur dix parmi les cadres et professions intermédiaires. Avoir des revenus variables d’un mois sur l’autre constitue un facteur aggravant du sentiment d’insécurité économique : c’est le cas d’un ouvrier et employé sur quatre pour à peine un cadre et profession intermédiaire sur six.

    #pauvreté

  • Dans un rapport gouvernemental, les anarchistes et les vegans sont désignés aussi dangereux que des djihadistes (article de novembre 2019) :
    https://lareleveetlapeste.fr/dans-un-rapport-gouvernemental-les-anarchistes-et-les-vegans-sont-

    et le rapport de juin 2019 (sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite en France) :
    http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-enq/r2006.asp

    « Le rapporteur invite le CIPDR à se saisir rapidement de cette question et à élargir le champ de la réflexion à toute forme de radicalisation (anarchiste, antisioniste, vegan etc.). »

    #anarchistes #nébuleuse #surveillance #extrêmedroite #radicalisation #végan

  • À San Francisco, quand mon quartier fait l’expérience de la pandémie
    Par Howard Becker (12/04/2020)
    SOCIOLOGUE
    https://aoc.media/analyse/2020/04/12/a-san-francisco-quand-mon-quartier-fait-lexperience-de-la-pandemie

    L’épidémie de Covid-19 transforme nos habitudes, nos interactions sociales : nous nous adaptons pour faire face à la crise. Résident de North Beach, à San Francisco, l’immense sociologue Howard Becker observe avec minutie et empathie comment la vie s’est ajustée dans son quartier.

    J’habite à San Francisco, dans un quartier qui s’appelle North Beach ou Russian Hill, les deux s’entremêlant sans frontière nette. Ce quartier date du séisme et de l’incendie de San Francisco de 1906, quand tout, dans ce coin, a été détruit, non pas par le tremblement de terre mais par le feu, qui n’a laissé qu’un tas de cendres.

    Reconstruite, cette petite partie de mon quartier a fourni les principaux logements des immigrants siciliens, venus avec leurs traditions et pratiques de la pêche. Quand j’ai emménagé ici il y a plus de cinquante ans, les « étrangers » comme moi et ma famille, et les autres familles similairement « américaines » de peintres et de sculpteurs qui enseignaient au San Francisco Art Institute situé non loin, n’ont pas été les bienvenus. Les pêcheurs qui apparaissaient, au printemps, assis sur les marches devant leur appartement où ils raccommodaient leurs filets et casiers à crabes, craignaient que nous ne rendions le quartier plus désirable, et – du fait de leur propre cupidité, ils étaient clairs sur ce point – qu’ils ne se retrouvent forcés de vendre leurs immeubles en échange des prix élevés que, nous, « Américains » offririons.

    Cela s’est effectivement passé ainsi, par étapes, au fil des ans. La première réelle invasion du quartier occupé par les Italiens a été celle des Chinois, qui ont traversé la frontière officieuse mais très réelle qui séparait la Little Italy du Chinatown tout proche. Ainsi, les immeubles des rues autour de chez moi ont bientôt appartenu à des Chinois et des familles sino-américaines, qui les habitaient. Les « Américains » et les « Sino-américains » ont rapidement noué des liens de voisinage, bien que rarement intimes. Nous pouvions les connaître suffisamment pour leur demander de réceptionner un colis en notre absence, mais pas au point de les inviter à dîner.

    Les établissements liés à la communauté locale italienne – les restaurants, dont les gérants faisaient encore partie de cette communauté où qu’ils résident dans la ville – ont peu à peu été remplacés. La fabrique de pâtes au coin de la rue a déménagé lorsque les hippies sont arrivés, pour être remplacée par un Co-Existence Bagel Shop. Les coffee shops tenus par des hippies, ainsi que les voyageurs hippies comme moi et ma famille, sont restés là pendant longtemps.

    Et il y avait toujours quelqu’un pour fournir les services que le citadin américain s’attend à trouver : coiffeurs, salons de beauté, supérettes de quartier, bars et cafés.

    [Mon quartier a toujours connu, et continue de connaître, toute une série d’accommodements sociaux.]

    Peu à peu, tout le monde s’était habitué aux Chinois et hippies installés ici. Mais bientôt la population du quartier a commencé à refléter les nouvelles entreprises qui étaient en train de gagner la ville : les géants de l’informatique et de l’information, qui se sont tout naturellement installés dans les vastes bâtiments du Financial District_ e San Francisco. Avec ces nouvelles entreprises – Sales Force, par exemple, a acheté son propre immeuble de plusieurs étages –, sont arrivés les gens qui y travaillaient. Certains de ceux qui désiraient habiter dans la City avaient des enfants en bas âge. Tout cela a contribué à augmenter la demande pour le stock réduit et limité de logements à North Beach/Russian Hill (et dans le quartier limitrophe de Telegraph Hill), logements qui avaient l’avantage d’être relativement proches à pied des bureaux de ces nouveaux géants de l’économie.

    Ainsi, mon quartier n’est pas un coin perdu, immuablement stable de la ville. C’est une communauté composée d’une population sans cesse changeante située dans un périmètre physique réduit, un quartier doté d’institutions, d’organismes, d’entreprises et de petits commerces qui sans cesse s’efforcent de répondre à des impératifs socio-économiques en perpétuelle évolution. Mais il a toujours connu, et continue de connaître, toute une série d’accommodements sociaux qui viennent soutenir les habitudes, besoins et désirs des gens qui y habitent.

    Ces accommodements sont visibles dans les petits détails de la vie de tous les jours, dans la manière dont la vie sociale « fonctionne » ou non. Et cela relève du truisme sociologique que de dire que ce n’est que lorsque les accommodements sociaux ne fonctionnent pas comme il se doit, et que tout le monde commence à se plaindre, que l’on prend conscience de la manière dont fonctionnent effectivement les choses quand elles fonctionnent.

    San Francisco est désormais, comme le reste du monde, assiégée par le coronavirus. Les dirigeants ont demandé aux citoyens d’éviter tous les contacts que la vie quotidienne d’ordinaire exige dès lors qu’il s’agit de travailler, manger, faire ses courses, socialiser, accéder aux soins de santé et de s’adonner à tant d’autres petites routines de la vie.

    Cela ne veut pas dire que plus aucune partie de l’énorme machine qui sous-tend notre vie au quotidien ne fonctionne. Il m’est encore possible, tous les matins, de recevoir et lire mon journal, le San Francisco Chronicle, éminemment conscient que quelqu’un s’est levé, alors qu’il faisait encore nuit, pour se mettre au volant d’un camion chargé d’exemplaires du journal (au contenu écrit et imprimé par bien d’autres encore), pour venir jusque dans notre rue afin que quelqu’un, depuis l’arrière du camion, puisse en lancer un paquet dans l’entrée de notre immeuble. La vie continue. J’ai ma presse habituelle qui alimente mes analyses de la vie de tous les jours.

    Cela fonctionne, du moins jusqu’à présent, pour la livraison des journaux. Mais qu’en est-il de la nourriture ? Personne ne lance du lait, des œufs, des fruits et des légumes de l’arrière d’un camion jusqu’à l’entrée de mon immeuble. La ville s’est toujours organisée différemment pour répondre à ce besoin. Mais les nouvelles règles imposées par le virus interfèrent avec cette organisation d’une manière à laquelle nous ne sommes pas préparés.

    [Nous autres sociologues, par nécessité, attendons que le changement des conditions de la vie quotidienne oblige les gens à innover.]

    La plupart des choses continuent d’être comme elles ont toujours été. Nous continuons d’avoir des magasins de proximité où nous pouvons acheter tout ce dont nous avons besoin pour nous nourrir, nous et notre famille. Mais qui sait quand la pandémie interfèrera avec cette offre là ? Et les restaurants, cette lointaine invention visant à nourrir une population toujours plus nombreuse dans des villes comme Paris, où les gens ne vivent plus au sein d’une unité familiale où la confection des repas fait partie de la division coutumière du travail ! Que se passera-t-il, à présent que les citadins doivent abandonner la proximité et l’intimité qui semblaient nécessaires à notre style de vie, afin d’éviter d’être infectés par cet ennemi invisible, et afin que nous puissions obtenir ce que nous voulons, et ce dont nous avons besoin, en évitant les obstacles et dangers que l’épidémie amène ?

    Comme souvent, c’est un problème, un danger qui exige de nous que nous changions notre manière de faire, en l’occurrence la façon dont les citadins se nourrissent. Les sociologues ne peuvent pas ranger les gens dans des groupes – comme le font les psychologues expérimentaux, qui traitent les membres de ces groupes de manière différente, afin de déterminer ce que ces traitements distincts entraînent comme différences de comportement chez leurs « sujets ».

    Changer l’organisation de la vie sociale requiert des inventions sociales : des manières nouvelles de faire d’anciennes choses, ou des choses nouvelles pour remplacer les anciennes manières d’assouvir des besoins. Nous autres sociologues, par nécessité, attendons que le changement des conditions de la vie quotidienne oblige les gens à innover, à créer les nouvelles façons de faire qui s’imposent. La vie sociale fait l’expérience pour nous.

    Cela oblige ceux qui font de la sociologie à être prêts à observer la vie autour d’eux, afin de voir qui fait quoi et par quel nouveau moyen, et d’entendre non seulement les raisons qu’ils donnent aux changements qu’ils mettent en place, mais aussi les réactions de ceux qui les entourent, à ces nouvelles solutions. L’histoire nous fournit une fois de plus l’occasion de regarder comment les gens improvisent des solutions face à une énième version de ces mêmes bonnes vieilles difficultés.

    La nourriture est la réponse générale à la question de savoir comment nous nous alimentons. La plupart des habitants de San Francisco se nourrissent en préparant des repas chez eux, en utilisant des aliments achetés dans des magasins d’alimentation. Certains de ces magasins sont des avant-postes de grandes chaînes (Safeway, par exemple, à San Francisco). D’autres magasins sont spécialisés, répondant par exemple aux exigences de ceux qui auraient besoin d’ingrédients adaptés à une cuisine italienne régionale. D’autres magasins encore (essentiellement dans le quartier japonais) fournissent le meilleur et le plus frais des poissons pour la préparation des sashimi, spécialité japonaise. Quelques traiteurs juifs servent de la soupe aux boulettes de matzoh, des sandwichs au pastrami, etc. D’autres personnes encore font leurs emplettes dans les omniprésents marchés de producteurs. Beaucoup de restaurants servaient des plats raffinés préparés par de vrais chefs. La ville s’enorgueillit de plusieurs restaurants étoilés par le Michelin.

    Or, aujourd’hui, en raison des restrictions imposées pour une période indéfinie par la pandémie, aucun de ces restaurants ne peut accueillir une clientèle, qu’elle soit de passage ou qu’elle réserve une table. Ces manières habituelles d’accueillir les clients constituent aujourd’hui une violation des règles strictes en matière de réunion dans l’espace public imposées par la ville. Par conséquent, les restaurants ne peuvent plus ouvrir leurs portes, ce qui signifie plus d’entrées d’argent, et donc pas d’argent pour payer les fournisseurs de produits bruts, les employés et le propriétaire des murs.

    Ainsi, ceux d’entre nous qui habitent North Beach et trouvaient cela pratique et agréable d’aller manger régulièrement au restaurant Da Flora sur Columbus Avenue, ne peuvent plus le faire. Jen et Darren, propriétaires du restaurant, étaient, bien entendu, encore plus contrariés que nous. Ils n’avaient jamais préparé de repas à emporter ou à livrer, et ils n’étaient pas sûrs de pouvoir nourrir leurs clients de cette manière, ni que quiconque veuille que leurs repas leur parviennent ainsi.

    Pourtant, moi, je savais que je voulais leurs plats, peu importe la manière dont ils me parvenaient ; alors je les ai appelés pour tenter de les persuader d’essayer, et de voir si d’autres personnes voudraient bénéficier de ce genre de service. À leur agréable surprise, c’est exactement ce que beaucoup voulaient. Tous ceux qui ont tenté l’expérience en ont immédiatement parlé à des amis, et la nouvelle s’est répandue. Les affaires ont repris ! C’est Christopher, le frère de Darren, serveur au restaurant en temps normal, qui livre les repas – plat principal, salade, pain et dessert –, facturés au même prix qu’autrefois dans le restaurant.

    Elias, l’autre héros de ma petite histoire, était depuis plus de vingt ans le propriétaire et l’exploitant du Café Sappore, situé sur Lombard Street, à une rue de chez nous. Sappore était soutenu, en partie, par les cars de touristes venus du monde entier pour arpenter la célèbre rue Lombard (une courte rue tout en lacets qui rejoint deux rues perpendiculaires) – touristes qui s’arrêtaient à Sappore pour prendre un café ou un thé et un sandwich. Ce café était aussi devenu, sans que personne ne l’ait voulu ou planifié et certainement pas Elias, le lieu privilégié des réunions de quartier, l’endroit où, lorsqu’il y avait un problème qui excitait les résidents permanents, l’inévitable « réunion de protestation » se déroulait. Et c’était aussi l’endroit où l’on pouvait inviter une personne à déjeuner en sachant que quels que soient ses goûts, restrictions ou excentricités alimentaires, elle trouverait au menu quelque chose que non seulement elle supporterait, mais qui en plus la régalerait. Tout cela pour dire que Sappore a prospéré.

    Cependant, un jour, de manière inattendue, Elias a perdu le bail du lieu. Il a rapidement trouvé un autre endroit, beaucoup plus petit, sur Columbus Avenue, une rue voisine bien plus large et fréquentée, et il a ouvert Le Sandwich, dont la carte se composait d’une douzaine de sandwiches : des classiques comme le Reuben, et des variétés moins connues comme le Bollywood. Le succès a été immédiat.

    [Cette petite zone géographique locale, qui affiche habituellement extrêmement peu d’organisation sociale visible, possède en fait une « culture ».]

    Puis le coronavirus est arrivé, et avec lui son lot de difficultés. Mais Elias n’a pas fermé. Comme il n’avait pas d’endroit où les gens pouvaient manger ce qu’il préparait, à part quelques chaises sur le trottoir, il a pu continuer à faire ses sandwiches et à les vendre sans violer les nouvelles restrictions. Et puis il a annoncé qu’il pourrait également livrer d’autres types de repas.

    Je savais vaguement qu’Elias avait aussi une activité de traiteur, des dîners destinés à un nombre important de convives lors de soirées chez des particuliers. Je découvrais à présent que c’était une partie importante de ses activités dans la restauration, et qu’il dirigeait son affaire depuis son appartement voisin. Quelques jours plus tard, il nous a dit qu’il était prêt à commencer à livrer des repas, deux soirs par semaine. Nous avons eu la primeur – de délicieuses lasagnes –, et c’est maintenant une affaire régulière. Chaque semaine, il met en ligne son nouveau menu. (Mais je dois vous rappeler qu’il ne livre pas à Paris !)

    Ces deux entreprises sont montées au créneau lorsque leurs clients – ainsi qu’elles-mêmes – ont commencé à pâtir de la situation imposée par la pandémie. Ainsi, la nourriture que les gens désiraient, la nourriture que Jen, Darren et Elias voulaient continuer de préparer pour pouvoir travailler et subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs employés, cette nourriture, ils ont su la rendre disponible. Ils ont réagi de manière rapide et inventive, au bénéfice de tous.

    On peut faire un parallèle entre cette situation et le domaine de l’interaction interpersonnelle. Dans la vie quotidienne ordinaire, beaucoup de gens du quartier commencent à vous lancer un « Hi ! » à l’américaine après vous avoir croisé plusieurs fois. Souvent, un voisin de longue date nous présente une personne qui vient d’emménager dans un des appartements de la rue. C’est ainsi que nous avons rencontré Terry, qui venait de s’installer dans l’immeuble voisin du nôtre, qui avait été acheté par Ben et Bethany Golden pour s’assurer que tous les logements seraient occupés, à terme, par des personnes avec lesquelles il serait facile de s’entendre. Lorsqu’ils trouvaient de telles personnes, ils leur vendaient un appartement. Et présentaient les nouveaux-venus aux voisins.

    C’est ainsi qu’un jour Bethany nous a présenté notre nouvelle voisine, Terry Ewins, qui avait récemment acheté un des appartements, en précisant en passant qu’elle était capitaine au poste de police du quartier. Elle semblait tout à fait agréable et raisonnable, et nous avions l’habitude de nous saluer dans la rue, mais là s’arrêtait notre relation de « voisinage », exactement comme pour les autres personnes qui avaient progressivement emménagé dans les logements du coin.

    Et puis, un peu plus tard, après que London Breed, le maire de San Francisco, a émis la directive officielle de non-circulation dans les rues sans raison valable, Terry (qui, entre-temps, avait été promue au rang de commandant) a fait savoir (par l’intermédiaire de Bethany, qui nous avait présentés) qu’elle se rendait au travail à pied tous les jours, et que si nous avions besoin de faire une course, ou de quoi que ce soit qui nous obligerait à sortir, il suffisait de le lui faire savoir, et qu’elle serait heureuse de faire la course pour nous.

    L’idée que nous nous faisions du policier de haut rang n’incluait apparemment pas – vu notre première réaction de perplexité – le fait qu’il rende de tels services à des personnes à peine connues de lui. Non que cette femme ait fait quelque chose pour mériter qu’on la soupçonnât de quoi que ce soit – cela relevait juste d’un simple préjugé de notre part. En y réfléchissant davantage, j’ai réalisé qu’elle avait dû dire cela parce qu’elle avait vu que je suis plutôt âgé (91 ans, pour être exact, mais ça elle ne le savait pas, et a dû simplement déduire mon grand âge de mes balades assistées d’une canne) et estimé qu’une aide occasionnelle, et non contraignante pour elle, me rendrait service.

    Je me suis mis à réfléchir à la façon dont la directive du maire sur le confinement affectait les organisations et le comportement des gens. Il semble probable que les petits gestes et événements, comme ceux que je viens de décrire, se produisent plus souvent maintenant que nous sommes dans cette « situation d’urgence », bien que personne n’en ait fait le constat.

    Ceci nous laisse penser que cette petite zone géographique locale, qui affiche habituellement extrêmement peu d’organisation sociale visible, possède en fait tout un ensemble de ce que les spécialistes de sciences sociales appellent « culture » ou « compréhensions partagées » : des accords implicites pour l’adoption de certains comportements dans certaines circonstances. Ces « circonstances » sont rarement réunies comme elles le sont actuellement, de sorte que nous assistons ici à la façon dont la possibilité d’un tel comportement advient, dès lors que les circonstances commencent à convaincre les gens que ce type de situation inhabituelle exige des réactions inhabituelles.

    traduit de l’américain par Hélène Borraz

    Pour @colporteur ;)
    #Howard_Becker #San_Francisco

    Howard Becker
    SOCIOLOGUE, PROFESSOR AT THE UNIVERSITY OF WASHINGTON
    Né en 1928, Howard S. Becker fut formé dans la tradition de l’école de Chicago, notamment auprès de Everett Hughes. Il est l’auteur de très nombreux livres classiques de sociologie, à commencer par Outsiders ou Les Mondes de l’art.

    https://aoc.media/auteur/howard-becker

    • San Francisco ou la distanciation sociale avant l’heure
      Par Cécile Alduy (27/04/2020)
      CHERCHEUSE EN LITTÉRATURE
      https://aoc.media/opinion/2020/04/27/san-francisco-ou-la-distanciation-sociale-avant-lheure

      La distanciation sociale, le meilleur moyen de lutter contre l’épidémie de Covid-19 ? Dans ce cas, il n’est pas surprenant que San Francisco, ville de l’automobile individuelle, de Tinder, de UberEat… soit particulièrement épargnée. Mais cette observation est à double tranchant, révélatrice de la fracture digitale, qui est aussi fracture sociale, dans une ville déjà désertée par tous ceux pour qui le télétravail n’est pas une option.

      On a ressorti les masques. Le bleu, le rose, le bariolé, taille enfant, achetés pour nous protéger des fumées toxiques du Paradise Fire en novembre 2018. L’air était âpre, piquait les yeux, la gorge. Un brouillard roux à couper au couteau masquait la ville. Déjà, on se calfeutrait et on comptait les morts. Déjà, pendant des jours, on a eu peur de suffoquer.

      À l’heure du coronavirus, on retient de nouveau son souffle à San Francisco. Mais aujourd’hui le mal est invisible, partout et nulle part, intraçable. On porte des masques en plein soleil, alors que l’air n’a jamais été aussi pur. Les abeilles sont revenues, les oiseaux s’en donnent à cœur joie. Mais les balançoires des jardins d’enfants pendent dans le vide, inutiles. Les autoroutes qui cisaillent la ville se sont tues. Devant les supermarchés s’allongent des files en pointillé – une personne tous les deux mètres, gants en latex aux mains, et masques déjà obligatoires. La ville est inchangée, la nature resplendit, mais les humains sont sur la défensive, parés pour un cataclysme.

      Pourtant, dans la Baie de San Francisco, le nombre de morts n’est pas parti en flèche, comme à New York, en France, en Espagne ou en Italie. La fameuse « courbe » des infections au Covid-19 a été tellement aplatie par des mesures précoces qu’on attend encore « la vague » et le « pic », alors que la côte Est et la Floride ont été submergées.

      Mais tout aurait pu être différent. Le 10 mars on recensait quatorze cas d’infection à San Francisco, ville de 885 000 d’habitants, contre seulement sept à New York, qui en compte 8 millions. Un mois plus tard, cette dernière ville est en urgence absolue, littéralement asphyxiée. L’autre attend, immobile. Plus de 13 000 morts à New York au 18 avril contre 20 (en tout) à San Francisco. Pourquoi un tel écart ?

      Il y a d’abord sans aucun doute la chronologie – tardive et à reculons côte Est comme en France, proactive en Californie – des politiques publiques. Début mars les rassemblements de plus de 1000, puis de 100 personnes sont interdits ; en France, on en est encore aux meetings électoraux des municipales et le Président Macron se targue d’aller au théâtre car, dit-il, « la vie continue ». Dès le 16 mars, alors qu’on compte neuf décès sur tout l’État de Californie, les écoles publiques ferment (les écoles en France n’ont été fermées que le 13 mars, alors qu’il y avait déjà 79 morts déclarés). Le 17 mars, la maire de San Francisco, London Breed, une vigoureuse noire américaine démocrate, signe un décret de « shelter in place », littéralement « restez à l’abri où vous êtes », une expression tirée des manuels de riposte aux risques de radiation nucléaire, et familière des États confrontés aux tueries au fusil d’assaut dans les écoles et aux hurricanes. Le gouverneur Gavin Newson étend bientôt cette ordonnance à toute la Californie. Au même moment, le gouverneur de l’État de New York, Cuomo, est catégorique : « Il n’est pas question d’imposer un « shelter in place » à New York » annonce-t-il le 18 au New York Times. Il devra faire marche arrière deux jours plus tard.

      Face à une épidémie qui se propage de manière exponentielle, chaque contact évité ralentit la machine infernale. Chaque jour perdu dans l’insouciance ou le déni l’accélère. CQFD par l’exemple californien.

      [L’esprit d’initiative et d’innovation tant prisé repose sur une indifférence, voire un certain mépris envers un État dont on n’attend pas grand-chose.]

      Mais au-delà des mesures officielles, ce sont des facteurs socio-culturels et géographiques qui ont aussi fait la différence dans le quotidien : des habitus, des croyances, des bulles cognitives, des modes d’interaction sociale et une géographie suburbaine qui forment un mode de vie – et d’agir – propre à la Californie et surtout à la Baie de San Francisco. Un écosystème où la vie digitale infusait dans la ville bien avant que tout ne bascule dans la réalité virtuelle, et où l’État n’a jamais été un sauveur. Sauf pour les laissez-pour-compte de la révolution de la tech.

      La pandémie est d’abord un révélateur du politique au sens littéral de gestion de la cité. Les lieux d’exercice du pouvoir où la riposte s’est décidée précocement ont été d’abord hors de la politique et du système représentatif. Si les maires et le gouverneur ont été rapides à réagir, ils n’ont fait que suivre d’autres acteurs souvent plus puissants : l’influence de la tech et des universités comme leaders d’opinion et de comportements dans la Silicon Valley a été précoce, et décisive.

      Ainsi, le télétravail a été organisé en amont dès fin février, puis imposé aux salariés des starts-ups et des mastodontes début mars avant même que le confinement ne soit déclaré (là aussi très tôt) par les counties. Ces multinationales ont des milliers d’employés partout dans le monde et évaluent très tôt les risques économiques et sanitaires de la déflagration qui se propage de la Chine vers l’Europe et le reste du monde. Culture du big data, de la modélisation des comportements, de l’analyse de risque, de l’agrégation et de la gestion de l’information, du leadership, et de l’ouverture commerciale et culturelle sur le Pacifique, le cœur de métier des Apple, Amazon, Facebook, Google, et autres grandes et petites tech companies les préparaient culturellement et industriellement à prendre le pouls de l’Asie et à anticiper au quart de tour.

      On aime critiquer les GAFA et la tech (et il y a plein de raisons valides pour le faire), et pointer du doigt la mondialisation comme l’une des causes ou des accélérateurs de la pandémie. La réalité est plus complexe : dans l’écosystème de la Silicon Valley, ils ont aussi eu un rôle de leaders et ont accéléré la prise de conscience, pour ensuite participer massivement à l’adaptation de la région aux conséquences du confinement. Google a ainsi déployé 100 000 hot spots WIFI gratuits dans les zones blanches de Californie et donné 4 000 ordinateurs Chrome book aux écoles publiques. Il n’en demeure pas moins troublant de constater le pouvoir décisionnaire massif de ces magmas industriels.

      C’est plus généralement que la culture de la Baie est marquée une attitude de responsabilité individuelle à double tranchant. L’esprit d’initiative et d’innovation tant prisé repose sur une indifférence, voire un certain mépris envers un État dont on n’attend pas grand-chose, si ce n’est, au minimum, de ne pas être un obstacle (ce qui, sous la présidence Trump, n’est pas gagné d’avance). L’idée d’un destin collectif existe, mais il repose sur l’appartenance à une « community » qui n’est pas, contrairement à une idée reçue française, fondée exclusivement sur l’identité ethnique ou sexuelle, mais plutôt sur des micro-lieux de vie et de partage de destins : quartier, entreprises, villes. Et donc les quartiers s’organisent pour soutenir les cafés et restos indépendants menacés de mettre la clé sous la porte, les villes décident seules quand et dans quels termes imposer le confinement, les sans-abris sont mis à l’abri massivement par les municipalités, les entreprises développent seules de véritables politiques de santé publique.

      À Stanford University (où j’enseigne), le campus a ainsi basculé en mode purement digital dès le 9 mars, pour être entièrement fermé et évacué le 25. L’activité de recherche, sans attendre d’hypothétiques fonds publics, s’est immédiatement réorientée vers la réponse à la pandémie, dans la faculté de médecine, en sciences sociales ou en design, tandis que le semestre de printemps se déroulait entièrement par Zoom avec des étudiants aux quatre coins du monde.

      Le discours du leadership n’a d’ailleurs pas été celui d’une « guerre » à mener ou gagner, mais un engagement de responsabilité civique fondé sur l’analyse des données scientifiques et la prise en charge des besoins de la « communauté ». D’immenses efforts ont été déployés pour subvenir aux besoins de (presque) tous, des étudiants boursiers aux post-docs, aux jeunes professeurs non titularisés, aux restaurateurs, agents d’entretien, contractuels, le staff, financièrement, psychologiquement, technologiquement et intellectuellement. Et face au désastre économique qui se précise, le président de Stanford et la vice-présidente vont amputer leurs salaires de 20%.

      D’autres facteurs socio-culturels et géographiques ont aidé à contenir, jusqu’ici, la propagation exponentielle du virus. Il y a d’abord la proximité avec l’Asie, qui est bien plus qu’une donnée géographique ou économique. Au dernier recensement (2010), plus de 33% des San Franciscains se déclaraient « Asian-American », un chiffre qui bondit à 58% de la population à Daly City, banlieue industrielle et résidentielle au sud de la ville. L’Asie n’est pas un horizon lointain sur cette frontière pacifique : elle est au cœur du tissu culturel, ethnique et intellectuel de la région. Elle façonne les manières de socialiser, de se saluer, d’interagir, de se protéger, et de penser le monde. Bien avant l’épidémie il n’était pas rare de voir des jeunes et moins jeunes Chinois ou Asian-American parcourir la ville portant un masque chirurgical, pour se protéger ou protéger les autres.

      Autre micro-différence culturelle, qui en période de coronavirus a pu avoir une influence : les gens se touchent moins à San Francisco qu’en France, en Italie, en Espagne ou à New York. Entre la culture hygiéniste, qui fait que les solutions hydro-alcooliques étaient déjà dans les sacs à mains et les officines de dentistes, et le « cool » un peu distant des échanges quotidiens, on se sourit de loin. La socialisation à San Francisco est chaleureuse dans les mots et les visages, mais plus distante physiquement, moins « au contact » (pas de bises à la française, on ne se serre même pas toujours la main pour se présenter, encore moins pour se dire bonjour — un salut de la tête, de loin, suffit ; les « hugs » sont réservés aux retrouvailles).

      [Cette « distanciation sociale » avant l’heure n’est que le masque affable d’une fracture sociale et raciale vertigineuse.]

      Cette distance sociale physique dans les interactions du quotidien est mise en abyme par la géographie urbaine, ou plutôt suburbaine de San Francisco et des alentours. Excepté un centre-ville touristique et des affaires assez dense et quelques îlots de tours, la ville s’étale sur sept collines principalement résidentielles, séparées par d’immenses parcs de plusieurs centaines voire milliers d’hectares, comme le Presidio. Les immeubles sont plutôt rares et limités par décret à quatre ou six étages. Le rêve californien est la maison victorienne individuelle (comme la fameuse « maison bleue » de Maxime Le Forestier, récemment mise sur le marché pour la modique somme de 3,5 millions de dollars).

      Pour un Parisien ou un New Yorkais, certains quartiers sont en temps normal d’un calme au choix flippant ou apaisant. Dans mon quartier de Potrero Hill, colline coincée entre deux autoroutes où sont perchées des maisons à deux étages, on vit ce paradoxe qu’il y a aujourd’hui, en plein « confinement » : plus de gens dans les rues (car ils ne sont plus ni dans leur voiture ni au bureau) que d’habitude, où l’on peut marcher cinq pâtés de maisons sans rencontrer âme qui vive. D’ailleurs les « clusters » de contagion sont presque exclusivement dans des centres pour sans-abris ou des maisons de retraite, ou dans le quartier de Mission où l’habitat collectif est plus dense.

      Chacun dans sa maison individuelle, et surtout dans sa voiture. Avec 1,7 voiture par famille, les San Franciscains font presque tout en automobile (malgré l’émergence du vélo électrique pour vaincre lesdites collines, pentues) : les courses, toutes les courses de la baguette à la pharmacie, la dépose-rapide des enfants devant l’école, les sortes de « drive-in » pour les chercher à 16h00 où l’on embarque non un plat mais un môme (le nôtre généralement, c’est bien organisé), le dentiste, le coiffeur, la balade du week-end à la plage, et surtout, le travail. Entre toutes ces activités, il peut arriver de passer quatre bonnes heures par jour en voiture, juste pour accomplir le minimum vital professionnel et familial. Les 160 000 passagers qui prennent quotidiennement le métro de San Francisco (400 000 sur toute la Baie) font pâle figure en comparaison des 4,3 millions qui s’agglutinent dans le métro new yorkais.

      Et ce qu’on ne fait pas en voiture, on le fait en ligne : acheter des habits, commander des repas (UberEat), faire faire ses courses par quelqu’un d’autre (Instacart, DoorDash), et même rencontrer l’âme sœur ou sa « date » (Tinder) — une App née à San Francisco vous évite de sortir de chez vous. Ce faible taux de promiscuité au quotidien aura-t-il freiné lui aussi la propagation du virus ? Là encore, les « leçons » de la crise ne vont pas forcément dans le sens qu’on aimerait : le tout voiture et l’uberisation ont peut-être été des facteurs protecteurs – du moins pour ceux qui peuvent en profiter.

      Avec le « shelter in place », les rues ne sont donc pas soudain vides – elles l’étaient déjà dans de nombreux quartiers la plupart du temps. Les interactions sociales se sont raréfiées, notamment dans ces rues qui offraient sur deux pâtés de maison une soudaine concentration d’échoppes, mais on télé-commutait déjà de manière régulière dans les entreprises de l’économie de l’information, de l’éducation, de la tech, ou de la finance. Et avec le tout voiture, combien de gens se croisaient vraiment dans la rue chaque jour, hors quartiers touristiques et d’affaires ? À visualiser New York ou Paris, puis le San Francisco d’avant, on imagine volontiers (même s’il faudrait des études précises) que nombre de San Franciscains faisaient déjà de la « distanciation sociale » sans le savoir.

      Et c’est d’ailleurs bien là que le bât blesse. Cette cartographie des interactions humaines esquissée ici à grand traits sans doute grossiers, révèle des failles sociologiques immenses qui se lisent déjà dans la géographie du Covid-19. Cette « distanciation sociale » avant l’heure que permettait la digitalisation des modes de vie et une urbanisation construite autour de la maison individuelle et de l’auto n’est que le masque affable d’une fracture sociale et raciale vertigineuse.

      Et si San Francisco échappait donc à la pandémie en partie parce qu’elle a exclu de ses limites, bien avant la crise, ceux qui la font vivre et ne peuvent plus y vivre, ceux qui vivent en habitat collectif, sont locataires, prennent les transports publics, n’ont pas deux tablettes, un ordinateur et 3 Iphones par foyer ? Car qui peut encore habiter dans une ville dont le revenu médian est de $112,000 par an, et où le loyer d’un « one bedroom » est autour de $3500 par mois ?

      Passer au tout digital était « seconde nature » pour la couche aisée de la population – celle qui se confine aujourd’hui tandis que les travailleurs qui ne peuvent se payer un loyer à San Francisco continuent de l’alimenter, de la soigner ou de lui livrer ses colis Amazon. Il existe bien encore quelques quartiers qui fourmillent, qui braillent, qui grouillent, qui arpentent, qui se serrent, qui vaquent, comme Mission, le Tenderloin, et ces non-lieux que sont les enclaves grappillées sous les ponts et les autoroutes, les terrains vagues le long des entrepôts, où des tentes éparpillée formant une ville fantôme. Ces quartiers sont eux frappés de plein fouet, par la maladie [1], par la fracture numérique qui laissent des enfants sans apprentissage et sans repas car sans école, par les licenciements secs, du jour au lendemain.

      La Silicon Valley et San Francisco ont été partiellement épargnées par la pandémie. C’est une bonne nouvelle. Sauf si elles l’ont été parce qu’elles s’étaient déjà confinées dans un monde d’après, où la distanciation sociale est d’abord la mise à distance des moins bien lotis.

      Cécile Alduy
      CHERCHEUSE EN LITTÉRATURE, PROFESSEURE À STANDFORD, CHERCHEUSE ASSOCIÉE À SCIENCES PO

      [1 ] Lien vers :
      Coronavirus hits San Francisco’s Mission District hardest of all city neighborhoods (20/04/2020)
      https://www.sfchronicle.com/bayarea/article/City-data-show-SF-s-Mission-District-is-area-of-15213922.php

      Cécile Alduy
      CHERCHEUSE EN LITTÉRATURE, PROFESSEURE À STANDFORD, CHERCHEUSE ASSOCIÉE À SCIENCES PO
      Cécile Alduy est professeure de littérature et de civilisation françaises à l’université Stanford (États-Unis), et chercheuse associée au CEVIPOF à l’Institut d’études politiques de Paris. Elle est l’auteur de Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste (Seuil, 2015), lauréat du prix « Penser la société » 2015 du Panorama des Idées. Journaliste politique, elle écrit régulièrement pour Le Monde, Le Nouvel Obs, The Atlantic, The Nation, The Boston Review, Politico, CNN et a publié de nombreux articles universitaires sur le Front national.

      https://aoc.media/auteur/cecile-alduyaoc-media

      (article en contrepoint, pas édité, beaucoup trop d’italiques... edit 27/05 : bon je sais pas si elle a trop lu Tiqqun ou Bourdieu, mais mettre des italiques pour "tech" ou "leaders", vraiment... bref, c’est mis comme c’est écrit, et y’aurait vraiment pas une façon de faire non manuelle ? )
      #Cécile_Alduy

  • A l’Institut Pasteur, la rage de vaincre le Covid-19
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2020/05/22/a-l-institut-pasteur-la-rage-de-vaincre-le-covid-19_6040379_4500055.html

    Le chercheur a retrouvé une trace de séquence virale qui remonte au 19 février, chez un patient de l’Oise qui n’avait ni voyagé ni été au contact de voyageurs. « Avant même la vague de Covid-19 en France, le virus circulait silencieusement chez des gens asymptomatiques », conclut-il. En termes d’analyses, il lui manque cependant tout un pan de l’histoire, celle du foyer de Mulhouse. Débordés, les hôpitaux du Grand-Est n’ont pas envoyé d’échantillons. Rétrospectivement, on comprend mieux pourquoi les chercheurs étaient rassurants. « Les cas détectés semblaient être essentiellement des cas importés, explique le directeur scientifique Christophe d’Enfert. Ce qu’on ne voyait pas, c’était la partie immergée de l’iceberg, l’épidémie qui se répandait à bas bruit. »

    #Covid-19#santé#vaccin#institutPasteur#circulation#cas-importés#migrant#migration

  • Que nous disent les sérologies ?
    http://www.laviedesidees.fr/Que-nous-disent-les-serologies.html

    À quoi servent les tests sérologiques ? S’ils révèlent une immunisation a posteriori, est-il nécessaire de les systématiser ? Immunisation n’est pas protection. La sérologie peut éclairer l’histoire de la maladie, orienter les stratégies de prévention et les choix en matière de vaccination.

    #médecine #recherche #épidémie #Sciences

  • Sweden tops Europe COVID-19 deaths per capita over last seven days - Reuters
    https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-sweden-casualties/sweden-tops-europe-covid-19-deaths-per-capita-over-last-seven-days-idUSKBN2

    Sweden, which has opted for a more open strategy in combating the virus than other European countries, had the highest number of deaths in Europe per capita from the COVID-19 disease over the last seven days, data showed.

    Sweden has kept most schools, restaurant and businesses open during the pandemic. While deaths are on the decline Sweden had 6.25 deaths per million inhabitants per day in a rolling seven day average between May 12 and May 19, according to Ourworldindata.org. That was the highest in Europe and just above the United Kingdom, which had 5.75 deaths per million.

    Swedish antibody study shows little sign of herd immunity
    https://www.mercurynews.com/2020/05/20/swedish-antibody-study-shows-little-sign-of-herd-immunity

    A Swedish study found that just 7.3 percent of Stockholmers developed COVID-19 antibodies by late April, which could fuel concern that a decision not to lock down Sweden against the pandemic may bring little herd immunity in the near future.

    The strategy was championed by Chief Epidemiologist Anders Tegnell, whose recommendation for voluntary measures against the virus, rather than a mandatory lockdown like those imposed by many other countries, has divided opinion at home and abroad.

    Articles signalés sur la liste de diffusion de la Johns Hopkins University

  • Coronavirus : ruée sur les tests sérologiques pour savoir si l’on a été contaminé par le Covid-19
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/21/savoir-si-on-l-a-eu-la-ruee-sur-les-tests-serologiques-du-covid-19_6040320_3

    Savoir si l’on a été en contact avec le virus, même sans symptômes… c’est la question qui pousse de plus en plus de particuliers à se faire tester. Mais les autorités répètent que les résultats ne doivent pas être un « passeport d’immunité », vu le flou qui existe sur l’immunité à la maladie.

    Les autorités ont beau inciter à la prudence et les certifications françaises tarder à se matérialiser, les #tests_sérologiques suscitent l’engouement des particuliers, avec ou sans ordonnance.
    Pour le constater, dans les grandes villes, il suffit presque de traverser la rue : au premier laboratoire d’analyses médicales venu, il y a foule, la plupart des grands réseaux nationaux disposant désormais, depuis quelques semaines, de stocks suffisants de ces tests réalisables à partir d’une simple prise de sang et fournissant des résultats en un à deux jours.

    Savoir si l’on a été, oui ou non, en contact avec le virus, même sans symptômes, si cette grippe harassante attrapée début mars ou fin janvier n’était pas le Covid-19, les raisons d’être curieux ne manquent pas. Pour autant, martèlent les pouvoirs publics, une sérologie positive ne doit pas être considérée comme un « passeport d’immunité » , au regard des interrogations qui demeurent sur la réponse immunitaire au Covid-19.

    « Depuis le 5 mai, le jour où l’on a reçu les tests, ça n’arrête pas. On aurait dit le premier jour des soldes » , constate, dans le 4e arrondissement de Paris, une biologiste ayant tenu à rester anonyme, à la tête d’un laboratoire où les files de patients et les journées s’allongent, entre prélèvements Covid-19 et début de rattrapage de l’activité habituelle. Sur 120 patients journaliers, 40 % viennent pour un test sérologique, estime-t-elle. Le taux de positifs est d’environ 6 %, comme pour les tests PCR, ces prélèvements nasopharyngés à partir desquels on détecte la présence du virus lui-même, et non celle des anticorps.

    « On paie la politique de ne pas dépister »

    « C’est beaucoup du diagnostic de rattrapage, on paie aujourd’hui la politique de ne pas dépister » , ajoute la biologiste. Parfois aussi, le test est un « gadget » que s’offrent les personnes qui en ont les moyens, sans toujours avoir eu de symptômes ni vu de médecin, regrette-t-elle. Le test, facturé 30 à 40 euros, n’est pas remboursé pour le moment, sauf pour les soignants – un avis de la Haute Autorité de santé (HAS) sur ce point est attendu dans les prochains jours.

    Dans un quartier moins cossu du 12e arrondissement, place Félix-Eboué, l’affluence n’est pas moindre. Un jeune homme « à risque » s’enquiert au comptoir : « Vous testez bien les IgG et les IgM [deux types d’anticorps] ? » La plupart des laboratoires proposent des tests quantitatifs s’appuyant sur la méthode éprouvée Elisa (des automates de laboratoire détectent la quantité des anticorps anti-SARS-CoV-2 dans le sérum sanguin) et tous respectent les critères de performance énoncés par la HAS.

    Le téléphone sonne : « Oui, madame, c’est sur prise de sang, par contre ce n’est pas remboursé. » Schéhrazade Sbahi, biologiste médicale, estime à plus d’une centaine le nombre de tests quotidiens. « Il y a ceux qui veulent reprendre le boulot, revoir la famille et les grands-parents, ceux qui doivent voyager ou se déplacent dans leur pays d’origine » , dit-elle. La rentrée des classes a aussi amené son lot de parents inquiets, venus faire tester leur enfant.

    Confusion et pédagogie sur les bénéfices d’un test

    Le laboratoire du 4e arrondissement a ainsi accueilli une famille dont les parents ont eu de lourds symptômes, l’un d’eux a été testé positif par test PCR (prélèvement nasal). Ce mois-ci, ils ont fait tester leurs trois enfants : sérologie négative. Venu aussi se faire tester, ce couple qui a fêté le déconfinement en dînant avec un ami, pour apprendre deux jours plus tard que ce dernier avait déclaré des symptômes et était positif au Covid-19. Pour ces derniers, ce sera donc un test PCR, précise la biologiste chargée de leur suivi, qui doit régulièrement renvoyer chez eux des gens symptomatiques venus à tort pour une sérologie.

    La HAS, dans sa série d’avis, a réaffirmé la prééminence des tests PCR comme outil privilégié de diagnostic pour toute personne présentant des symptômes ou pour les « cas contacts ». Elle reste prudente sur la sérologie, qui n’est praticable qu’à partir de quatorze jours après les premiers symptômes, le temps que des anticorps aient pu se former, et rappelle qu’une sérologie positive ne garantit pas de protection contre le virus ni ne permet de dire si l’on est contaminant.

    Cédric Carbonneil, chef du service d’évaluation des actes professionnels de la HAS, maintient cet appel à la prudence : « Il n’y a pas de raison que les patients se rendent dans un laboratoire sans avoir vu au préalable un médecin qui va statuer sur l’examen clinique et prescrire le test adéquat » , dit-il.

    Quant à l’espoir, compréhensible, de connaître son degré de protection face au virus : « La réponse, aujourd’hui, est que l’on ne sait pas, on n’a pas de garantie que, s’il y a une présence d’anticorps, on sera protégé contre une réinfection ultérieure. Il ne faut pas qu’il y ait cette volonté de se rassurer, parce que ça va être faussement rassurant. »

    Théorème de Bayes et prévalence du virus

    Outre les inconnues sur l’immunité, plusieurs facteurs sont cités par la HAS pour déconseiller un dépistage généralisé. Un des arguments s’appuie sur la règle de Bayes, principe cardinal des probabilités conditionnelles, qui permet d’affiner la probabilité d’un événement en fonction du contexte dans lequel il survient. Dans le cas du Covid-19, plus la prévalence du virus est faible dans une population, plus le risque de faux positif du test sérologique est grand.

    Par exemple, si un patient est testé dans un hôpital où la prévalence du virus est estimée à 69 %, un test sérologique positif garantit à 99 % qu’il a eu le Covid-19. En revanche, s’il fait partie d’une population où l’on présume que le virus a une prévalence de 5 %, soit à peu près la prévalence nationale estimée par l’Institut Pasteur (4,4 %), la valeur prédictive d’un test positif descend à 70 %, les faux positifs devenant plus fréquents. De là vient notamment la recommandation, traduite en mesures concrètes mardi par le ministre de la santé, Olivier Véran, de tester avant tout les soignants et les intervenants dans des milieux à risque.


    Tableau de la Haute Autorité de santé présentant des simulations de valeur prédictive positive des tests sérologiques en fonction de la prévalence de la maladie. HAUTE AUTORITE DE SANTE

    Ce choix ne fait toutefois pas l’unanimité et alimente les différends entre épidémiologistes, virologues et immunologistes, entre acteurs de santé publique et chercheurs, dont les manières d’aborder l’épidémie s’opposent parfois publiquement, souvent plus silencieusement.

    Une « envie de savoir » légitime

    A l’Institut Curie, l’immunologiste clinique Olivier Lantz reconnaît d’emblée que les tests sérologiques sont entourés de confusion et que « trouver des anticorps, c’est une chose, savoir s’ils sont protecteurs, c’en est une autre » . Cette capacité neutralisante fait d’ailleurs l’objet de recherches toujours en cours. Toutefois, estime-t-il, « que des gens qui ont eu des symptômes en région parisienne, où la prévalence dépasse sans doute les 10 %, aient envie de savoir s’ils l’ont eu, c’est parfaitement légitime » . Déplorant une communication fondée sur des arguments d’autorité, voire sur la peur, il ajoute :

    « On peut toujours voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, mais a priori ils sont protégés pour au moins quelques mois dans l’immédiat. C’est une vérité provisoire, comme toujours en science, mais c’est cela qu’il faut expliquer, plutôt que de dire qu’il ne faut surtout pas faire de sérologie parce que vous allez croire que vous êtes protégé alors que vous ne l’êtes pas. »

    Dans les mois qui viennent, son équipe va suivre la sérologie de 2 500 volontaires de l’institut de recherche et tenter de répondre à quelques questions de sérologie cruciales : dans quelle mesure des asymptomatiques ont-ils été en contact avec le virus, combien de temps les personnes touchées vont-elles garder leurs anticorps et, enfin, celles qui en possèdent sont-elles protégées en cas de deuxième exposition au virus ?

    Huit cent soixante-dix employés ont déjà été prélevés, avec « différents niveaux d’exposition, plein de choses intéressantes à faire… », note-t-il. Si les pouvoirs publics restent réticents à inclure plus largement les tests sérologiques dans leur arsenal, du point de vue de la science, dit-il, pour comprendre ce qu’il se passe, « la sérologie, c’est la clé de tout » .

    #sérologie #immunité

    • Institut Curie / immunologiste clinique Olivier Lantz.

      Si les pouvoirs publics restent réticents à inclure plus largement les tests sérologiques dans leur arsenal, du point de vue de la science, dit-il, pour comprendre ce qu’il se passe, « la sérologie, c’est la clé de tout » .

      et pas de nouvelles depuis ?

      Décembre 2020 :

      https://seenthis.net/messages/902834

  • Les hommes sont plus réticents à porter un masque, vu comme « un signe de faiblesse » - NEON
    https://www.neonmag.fr/les-hommes-sont-plus-reticents-a-porter-un-masque-vu-comme-un-signe-de-faibl

    Malgré des données qui montrent que les hommes sont davantage touchés par le virus, nombre d’entre eux restent persuadés d’avoir moins de risques d’être concernés. « Le fait que les hommes moins que les femmes aient l’intention de porter un masque peut s’expliquer en partie par le fait qu’ils pensent qu’ils ne seront relativement pas affectés par la maladie », observent les chercheurs.

    Le masque est « pas cool, honteux, signe de faiblesse »

    Comme le rapporte le New York Post, l’échantillon analysé est constitué de 2 459 micro-travailleurs d’Amazon Mechanical Turk, représentatif des populations des zones urbaines. Les scientifiques nuancent leur étude et reconnaissent une légère surreprésentation des hommes (51,5 % contre 48,1 % de femmes), des 25-64 ans, des personnes blanches et politiquement orientées à gauche.

    Selon l’étude, la gent masculine éprouverait plus de sentiments négatifs vis-à-vis du port du masque. « Les hommes plus que les femmes conviennent que porter un masque est honteux, pas cool, signe de faiblesse et de stigmatisation », concluent les chercheurs.

    Leurs résultats semblent aller dans le sens d’autres enquêtes. Un sondage Gallup réalisé mi-avril au États-Unis indique que 29 % des hommes déclaraient avoir « toujours » porté un masque en extérieur au cours des 7 derniers jours (contre 44 % des femmes). En 2003, lors de l’épidémie de SRAS deux chercheurs en psychologie de l’Université de Hong-Kong avaient déjà noté que les femmes portaient davantage le masque que les hommes, dans une étude auprès de 1 329 adultes.

    #masques #masculinité

    Lien avec https://seenthis.net/messages/853582

    Le sondage :
    https://news.gallup.com/poll/310400/new-april-guidelines-boost-perceived-efficacy-face-masks.aspx?mod=artic
    L’étude UK :
    https://psyarxiv.com/tg7vz
    L’étude HK :
    https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15539054

  • Gestion de la main d’œuvre étrangère sous COVID-19 – Le racisme d’Etat à l’état pur – Rouen dans la rue
    https://rouendanslarue.net/gestion-de-la-main-doeuvre-etrangere-sous-covid-19-le-racisme-detat-

    uverture des frontières pour les travailleurs étrangers dont les patrons de l’agriculture ont besoin, recrutement de médecins étrangers moins couteux et moins payés pour les hopitaux, le COVID-19 révèle et renforce une tendance propre à l’alliance entre le gouvernement et l’économie : l’utilisation cynique de la main d’oeuvre étrangère. Le point sur ce racisme d’Etat structurel.

    Le sort réservé par le gouvernement aux étrangers et aux migrants s’inscrit normalement dans une logique qui allie répression, invisibilisation et maintien dans la plus extrême précarité. On exerce un contrôle policier néocolonial dans les quartiers populaires où vivent les personnes issues de la colonisation. On enferme les migrants dans les centres de rétention avant de les expulser. On détruit les bidonvilles pour éparpiller la misère et on refuse des papiers à ceux qui vivent sur le territoire pour les maintenir dans une fragilité exploitable. Quant aux parents d’enfants français qui vivent et travaillent légalement en France depuis de nombreuses années, on leur refuse l’identité nationale et du même coup le droit de vote. Le mythe démocratique n’est pas pour eux, ce sont des citoyens de seconde zone.

    #covid_19 #migration #agriculture #racisme

  • Les « malades à la maison » du Covid-19, entre oubli et euphémisation | Caroline Hodak, AOC media
    https://aoc.media/opinion/2020/05/19/les-malades-a-la-maison-du-covid-19-entre-oubli-et-euphemisation

    Les chiffres des morts et des personnes hospitalisées pour Covid-19 sont scrutés quotidiennement. Après s’être inquiété de leur hausse, voilà qu’on se réjouit de leur baisse. Mais qu’en est-il de celles et ceux qui ont été malades à la maison ? En ne traitant que des morts et des malades hospitalisés, les discours se cristallisent sur la partie émergée de l’iceberg, et empêchent de remettre au cœur du dispositif de politique publique et sanitaire la connaissance médicale et le suivi des patients.

    En sciences sociales, particulièrement en sociologie et en ethnographie, mais aussi chez les historiens, dire d’où l’on parle, ou mieux, l’auto-analyse, éclaire un parcours et la réflexion de l’auteur. Dans ce prologue, il me semblait important de raconter d’où j’écris. Ni médecin, ni épidémiologiste, j’ai vécu le Covid-19 et ses conséquences socio-économiques comme tous les citoyens. Et puis, je l’ai vécu à l’épreuve des faits, au rythme des malades non testés, au fil de l’eau de ce qui s’est présenté à moi et des réalités médicales hors de l’hôpital. M’apercevant qu’en fait le sujet de la maladie, « les sujets » que sont les malades non testés, les #pasgrave, « les malades à la maison » n’étaient jamais évoqués alors qu’il s’agit de centaines de milliers de personnes.

    Comment ça commença…

    À l’origine, j’ai fait partie d’au moins un cluster parisien infecté par le Covid-19 avant le confinement. Le 16 mars au soir, j’ai eu la confirmation via un WhatsApp collectif de ce cluster que mes maux de tête, courbatures, nausées et immense fatigue étaient vraisemblablement la version bénigne de ce que d’autres au sein de ce groupe vivaient en bien plus grave. J’ai en tout cas conclu : « C’est bon je l’ai eu ». Et pour moi, l’histoire était terminée. Je n’ai pas associé, deux jours plus tard, d’importantes inflammations à un pied rougi et douloureux à l’épisode précédent. J’imaginais une allergie à des chaussettes et que cela passerait.

    Ce n’est qu’un mois après que les pièces du puzzle se sont enchevêtrées. Le 9 avril, le SAMU m’emmène aux urgences (non Covid) pour douleurs thoraciques et tension différentielle suspectant un AVC. Je sors quelques heures plus tard avec pour diagnostic une crise d’angoisse, bien que je ne fusse pas angoissée. Mais bon, pourquoi pas. La semaine suivante, je suis de plus en plus fatiguée et, alors que j’en parle à des amis en évoquant les urgences du 9 avril et « ce truc bizarre au pied dorénavant violet », je comprends que ce que j’avais pris pour une allergie étaient des engelures et que « le violet » était en fait un acrosyndrome (modification de la peau suite à un problème vasculaire). Pas très en forme, je rappelle le SAMU qui, comme je ne tousse pas et n’ai pas de fièvre, me conseille de me reposer. À peine 24h plus tard, le 19 avril, je ne tiens plus debout, je claque des dents, je suis livide, les douleurs thoraciques, qui n’avaient pas tout à fait disparu, sont à nouveau vives et profondes. Le SAMU envoie la Croix Rouge qui, « embêtée par ses observations », appelle le SAMU en renfort. Huit personnes chez moi. Suspicion d’embolie pulmonaire. Je repars aux urgences. Je sors le soir même.

    Bilan à l’hôpital (en non Covid) : « Si vous étiez soignante, on vous testerait, mais vous ne l’êtes pas, donc on n’a pas le droit ». Diagnostic au regard de l’examen clinique et de mes symptômes : « Vous avez été vraisemblablement primo-infectée du Covid-19 mi-mars et vous avez fait une réaction immunitaire vasculaire inflammatoire marquée par vos engelures. Vous faites manifestement un rebond inflammatoire. Il n’y a pas de pronostic vital pour nous aux urgences. A priori vous n’êtes plus contagieuse depuis longtemps. En revanche, il faut dorénavant poursuivre les explorations en ville car les signes peuvent révéler une pathologie qui ne relève pas de ce que nous traitons ici ». Je rentre.

    Carnet de Bal

    Commence alors le parcours en ville. Généraliste. Cardiologue. Phlébologue. Service vasculaire à l’hôpital. Acrosyndrome et micro caillots. Anti-coagulants, puis avec la disparition des symptômes (douleurs thoraciques, maux de tête, vertige), fluidifiant. Reste la sensation de faim qui a disparu et l’épuisement. Les fourmillements et engourdissements de la jambe disparaissent progressivement. En tout, en comptant le SAMU et les 2 passages aux urgences : 5 ECG, 1 HolterECG, 2 échographies du cœur, 2 dopplers, 1 capillaroscopie, 1 angioscanner, 7 prises de sang. L’examen micro-neurologique était gardé en suspens si les symptômes de la jambe restaient ou augmentaient. Le test d’effort jugé inutile. Jamais testée Covid. En revanche une prise de sang pour voir si j’avais des anticorps. Négatif (pour le moment ? Ce n’est pas très clair encore. À refaire).

    Au bout de ce parcours, j’ai découvert que, « dans le fond », je suis en pleine forme, d’autant que je n’ai aucun antécédent personnel ou familial en cardio-vasculaire. Que je n’ai pas non plus de maladie auto-immune ou génétique. Parce que oui, à ce stade, les médecins ont besoin de vérifier tout cela pour savoir de quoi il s’agit. J’ai découvert que les réactions vasculaires et neurologiques sont liées au virus. Qu’il y a des rebonds, mais pas forcément. Que les symptômes s’expriment de façon sinusoïdale. J’ai aussi découvert les questions des médecins. La voix des malades. Leurs interrogations. Le polymorphisme des expressions, des pathologies, des durées. Et le vide. Le vide en matière de coordination des parcours. Ainsi que le poids des incertitudes.

    Depuis la mi-avril, quelques articles, rares, commencent à documenter ces aspects. Cependant, en dehors de ce que vivent les malades et les médecins pour juguler les pathologies et adapter les traitements à chacun, je me suis rendue compte que personne ne sait ce qu’est être malade du Covid hormis ce que tout le monde, via la presse et les discours dominants, qualifie de maladie respiratoire. Le Covid-19 n’est pas qu’une infection virale des poumons. L’incubation ne dure pas seulement 2 jours. La maladie ne dure pas 14 jours (parfois beaucoup moins, parfois beaucoup plus). Une fois qu’on a été infecté, on n’est pas forcément tiré d’affaire. Parfois oui, parfois non. Les rebonds existent et sont eux aussi polymorphes, parfois graves, parfois juste réactionnels, et très souvent bel et bien hors respiratoire. Parallèlement, celles et ceux qui sont hospitalisés sont confrontés à une route souvent longue avant de pouvoir être vraiment remis. Qu’on ne sait pas bien encore ce que signifie « être guéri » du Covid-19. Ni ce qui explique la diversité des cas, des pathologies, des réactions, des conséquences.

    En réalité, ce que j’ai découvert, c’est que les médecins apprennent au jour le jour, au fur et à mesure, à travers leurs patients et les pathologies ou les réactions qu’ils découvrent en même temps qu’ils auscultent. Que chaque jour, ils analysent, supputent, déduisent, estiment. Qu’ils échangent sur leurs fils WhatsApp entre spécialités différentes autour de ce qui est observé sur le malade qu’ils ont en commun. Ou de ce qu’ils partagent entre confrères d’une même discipline. Nous, malades, attendons des réponses, mais les médecins les trouvent en nous observant. Il est donc essentiel qu’ils puissent nous suivre et que ce qui s’exprime chez les patients soit partagé entre eux.

    Les médecins, en ville tout autant qu’à l’hôpital, apprennent à l’épreuve des faits et les faits sont les malades, la maladie et ses expressions. Et eux-mêmes voient concrètement qu’il n’y a pas un traitement miracle mais bien, en fonction des organes touchés et des organismes des patients, des traitements à ajuster et d’autres à ne même pas envisager. Cela dépend de chaque cas. Car à ce stade il n’y a pas de trends dominants, mais des cohortes différentes. Les signes propres à une catégorie d’âge se retrouvent chez une autre. Un malade avec des antécédents résiste là où un autre, sans antécédent, marque des faiblesses. « L’intelligence » du virus se joue des règles et des évidences.

    Alors…

    Parce qu’à l’origine je suis chercheure en histoire et sciences sociales et que « nommer », c’est qualifier ; que l’observation du terrain est ce qui permet de nourrir les catégories de l’analyse et que sans nommer, on ne pose pas les bonnes questions. Parce qu’en tant que conseil et directrice en communication et en transformation des organisations, je suis confrontée aux outils numériques, si souvent souhaités, qui ne répondent pas aux besoins si ceux-ci ne sont pas dûment corrélés aux réalités du terrain et que, dans mon métier, la fabrique des données est ce qui constitue non seulement les référentiels mais l’intérêt de l’outil. Je travaille souvent avec les enjeux propres aux data, leur modération, le RGPD, le stockage et surtout en amont, avec le data mining et donc avec le fait de « nommer » et qualifier pour créer de l’opératoire et de l’opérationnel.

    Enfin, parce que je me suis retrouvée ahurie face à ce que j’ai découvert au jour le jour dans les méandres de mon aventure Covid-19, grâce aux médecins et aux malades avec qui j’ai échangé, je me suis demandée : mais où sont les « malades à la maison » et leurs « maladies Covid » dans les discours et le plan de déconfinement ? Comment penser une politique publique à hauteur d’une épidémie dont les expressions sont multiples et évolutives si personne ne parle des malades et de leur maladie ? Alors j’ai écrit ce papier.

    Les malades sont majoritairement hors de l’hôpital

    Traiter des malades et de la maladie, c’est remettre au cœur du dispositif de politique publique et sanitaire la connaissance médicale et le suivi des patients. Casser les chaînes de contamination pour répondre à l’urgence est nécessaire dans l’immédiat de la crise mais une épidémie s’inscrit dans le temps long. Connaître les expressions de la maladie, accompagner la population avec les informations ajustées, en étant pragmatique et réaliste, c’est non seulement mieux comprendre le cycle de vie du virus et tous les effets du Covid-19 mais aussi soutenir une prévention active auprès de toute la population. Encore faut-il traiter de tous les malades.

    Le propre d’un virus lorsqu’il se déploie dans un organisme, c’est d’investir son hôte et de proliférer. Si on simplifie : soit l’hôte résiste, soit il tombe malade. Éventuellement l’infection peut être fatale. En focalisant l’attention sur le nombre de morts et de malades hospitalisés par l’infection au Covid-19, les autorités françaises ont construit un discours binaire qui oppose confinement et nombre de morts-cas graves, car l’urgence consistait à éviter l’explosion des services de réanimation d’un système hospitalier exsangue. Or si l’objet de la problématique d’urgence est le virus et son incidence sur les services de réanimation, quel est le véritable sujet d’un virus, au quotidien, dans la vie d’une population, si ce ne sont les malades ? Tous les malades.

    Peu d’études épidémiologiques ont été lancées et celles-ci sont principalement axées sur l’identification du nombre de personnes infectées et suivies en hôpital. À date, l’actualisation des projections estime que 4,4 % de la population française a été touché. Soit près de 3 millions de personnes (la marge se situe entre 1,8 et et 4,7 millions de personnes). D’un côté du spectre, les asymptomatiques[2] (50 % environ, voire plus, mais les chiffres varient tant on manque d’études au sein de différents clusters). De l’autre, les cas graves hospitalisés (3,6 %) et les morts (0,7 %)[3].

    Sur la base de ces estimations il reste donc environ 1,3 millions de personnes[4] ayant été, ou étant encore, malades à des degrés très divers « à la maison » (de quelques jours « pas bien » à quelques semaines et plusieurs traitements antibiotiques, et parfois même des incursions à l’hôpital hors respiratoire) auxquels s’ajoutent les patients « guéris » de l’hôpital qui ont encore de longs mois de rémission et de suivi médical. Si le risque de mourir appelle vigilance et moyens, les effets de la maladie parmi les 99 % de la « population malade qui ne meurt pas » ne sont pas sans conséquences. Certaines sont connus. D’autres en voie de découverte. D’autres encore en interrogations. L’urgence de la crise peut-elle occulter ce qui dans les faits vient toucher de nombreux malades au long cours et avec eux le système de santé bien au-delà des pics aigus ?

    Combien de personnes ont-elles été infectées, sous quelles formes et de quelles façons ? Quelle est la véritable ampleur de l’épidémie et ses conséquences ?
    Ne pas nommer, c’est euphémiser la réalité. C’est ne pas dire qu’outre la survie des services hospitaliers, le sujet Covid-19 est bel et bien un sujet de santé publique qui sort des murs de l’hôpital, et qui est bien plus vaste que celui des seules maladies respiratoires et impliquant de nombreuses spécialités médicales : cardiologie, phlébologie, angiologie, ORL, gastro-entérologie, dermatologie, neurologie avec, en première ligne, les médecins généralistes qui se trouvent non seulement à traiter les cas en première instance mais souvent à orchestrer un suivi de leurs patients avec plusieurs confrères.

    Ne pas désigner l’ensemble des malades, c’est aussi omettre un enjeu de taille : la totalité des pathologies et leurs conséquences, leur durée éventuelle. Les médecins le disent, entre eux et à leurs patients : ils ne savent pas si chez certains le virus est quiescent (au repos, dormant) et se manifeste par des résurgences. Les critères de guérison ne sont pas encore clairement établis. Il apparaît que le virus après s’être exprimé par une première symptomatologie (rhinite, erythème, engelures, diarrhées, bronchite, myalgie, troubles neurologiques, etc.) puisse aussi s’exprimer en récurrence par une seconde symptomatologie touchant d’autres organes parfois plusieurs semaines plus tard (AVC, embolie, myocardite, complications urinaires, etc.).

    Les médecins ignorent pour le moment si le virus en s’attaquant à certains organes ne crée pas des pathologies qui décompenseront ou laisseront des séquelles à moyen ou long terme, voire si chez certains asymptomatiques ou symptomatiques légers, il n’y a pas de sanctuaire viral. Car les symptômes, comme les expressions apparaissent sinusoïdales : cycliques, avec des fluctuations très différentes selon les patients, leur historique, mais aussi la charge virale et les réactions de chaque organisme. Autrement dit, les complications ne touchent pas que les formes respiratoires du Covid-19, ne se limitent pas à quelques jours, et peuvent susciter des rechutes ou des rebonds. Ces aspects ne semblent pas toucher la majorité des malades et sont curables.

    Mais complexes, multiples, ils touchent bien au-delà des personnes actuellement recensées, bien au-delà de quelques semaines, des milliers de personnes. Surtout, elles appellent un suivi ou une observation sur un temps long. Beaucoup de patients, notamment ceux sortis de l’hôpital, mais pas seulement, vont être suivis sur 3, 6 ou 12 mois ou certains comme les quelques cas d’enfants « Kawasaki-like » – on le sait par les documentations déjà établies de ces symptômes – auront un suivi sur plusieurs années. Comment aider alors les médecins de ville à pouvoir exercer en pluridisciplinarité pour les cas complexes de cette nouvelle pathologie ? Comment organiser le parcours de soins si les malades et la maladie ne sont pas désignés en tant que sujets ?

    De la nécessité d’une veille sanitaire selon les critères des maladies à déclaration obligatoire
    En ne nommant pas le sujet, en ne parlant pas des malades dans leur totalité, l’État et nous avec lui, oublions une grande partie des malades, falsifiant les référentiels, obérant une des fonctions premières de la politique sanitaire du pays telle que celle-ci est censée être portée par Santé Publique France : étayer le « besoin de connaissances de la maladie » ; « évaluer (…) le risque de séquelles de la maladie » ; « évaluer les programmes de lutte et de prévention menés par les pouvoirs publics pour en mesurer l’efficacité ». Pourtant l’État a construit, depuis plusieurs décennies déjà, les outils pour « disposer d’informations afin de préserver la santé de la population » avec le dispositif des Maladies à Déclarations Obligatoires, dispositif de surveillance de 33 maladies sources d’épidémies (tuberculose, paludisme, Zika, etc.) qui repose sur la transmission de données par les médecins et les biologistes (libéraux et hospitaliers) aux médecins inspecteurs de santé publique (Misp) et leurs collaborateurs des Agences régionales de santé (ARS) ; puis aux épidémiologistes de Santé publique France.

    Ce système de déclaration permet à la fois le partage des connaissances sur la base de toutes les observations de terrain et la confidentialité des données comme du secret médical, garantissant l’anonymat des malades tout en permettant le suivi médical idoine. Là repose la constitution d’un véritable réseau de veille sanitaire incluant toutes les pathologies liées à l’infection et pas uniquement les symptômes respiratoires (à date les déclarations sur le Réseau Sentinelle sont partielles et uniquement orientées respiratoires et pas obligatoires). Ce qui est donc incompréhensible, c’est pourquoi le Covid-19 n’est que partiellement devenu une Maladie à Déclaration Obligatoire (MDO). Le dispositif mis en place par l’article 6 de la loi du 12 mai 2020 prorogeant l’état d’urgence sanitaire est défini afin de « recenser les personnes infectées par le coronavirus et les personnes ayant été en contact avec celles-ci, dans l’objectif de la rupture des chaînes de transmission virale ». Cependant, « ce dispositif aura une durée très limitée » i.e. le temps du dispositif est celui de l’état d’urgence.

    La déclaration obligatoire s’applique donc à la crise mais pas à une véritable veille sanitaire qui permettrait de documenter les observations cliniques et pas seulement le suivi des infections recensées sur la base de quelques critères seulement (limitées aux personnes testées). Une telle veille sanitaire assurerait le lien entre médecine de ville, toutes spécialités médicales confondues, avec ce qui se passe à l’hôpital. Cela constituerait la plateforme pour lancer des études épidémiologiques au-delà du seul lycée de Crépy-en-Valois (Oise) ou du paquebot Diamond Princess. Cela permettrait aussi le suivi dans le temps des pathologies subséquentes qui s’inscrivent dans une temporalité différente que celle de la primo-infection. Une meilleure connaissance et une meilleure compréhension permettent alors une meilleure anticipation (versus réaction), pour une approche du healthcare et non pas uniquement du sickcare.

    Or, telle qu’actuellement communiquée dans le cadre du déconfinement, la mise en place d’un système de déclaration à l’Assurance maladie par les médecins généralistes et l’intervention de brigades d’intervention, ou « contact tracer »[5], pour suivre les cas contacts des personnes identifiées infectées, est un système de contrôle des contaminations et d’enregistrement de données qui relève de la surveillance des personnes : on veille pour contenir l’épidémie, pour éviter les morts mais les effets de l’épidémie sur la santé apparaissent totalement secondaires. Pourtant le fameux article 6 mentionne que des éléments probants du diagnostic clinique peuvent être retenus dans l’identification (alinéas 4 et 7) et qu’il s’agit de pouvoir orienter les personnes infectées vers un suivi médical pendant et après ces mesures (alinéa 9). Cependant ces points sont minorés dans ce qui est expliqué auprès des populations.

    L’attention portée aux chaînes de contamination et à l’isolement des personnes infectées et leurs contacts des deux derniers jours euphémise la question du suivi thérapeutique d’une part, du suivi des malades dans le temps d’autre part, alors que de nombreux facteurs cliniques démontrent que dans un nombre non négligeable de cas (encore à étudier pour connaître la proportion) la maladie ne s’arrête pas aux portes d’une quarantaine de deux semaines.

    Le cadre d’une déclaration obligatoire évite le piège d’écorcher le secret médical et les données personnelles
    L’approche actuelle rappelle certains manques de la première phase d’identification par les tests. Ceux-ci étaient principalement accordés aux malades souffrant de difficultés respiratoires aiguës (du fait des risques vitaux potentiels). Aujourd’hui, les critères exprimés publiquement pour le signalement sont non moins partiels : fièvre, toux, altération de l’odorat et du goût laissent de côté de nombreux autres symptômes qui sont non moins évocateurs d’une éventuelle infection au Covid-19 (dermatologiques, gastroentérologiques, ophtalmologiques, etc.). En limitant les critères d’identification de la maladie à leur strict minimum, on réduit les expressions de celle-ci. On élimine tous les autres critères que pourtant de nombreuses spécialités médicales font remonter. On soustrait toutes les autres cohortes de malades sources de contamination et sujets de pathologies.

    On ne permet pas à la population de savoir qu’un érythème, des engelures, une conjonctivite, des diarrhées, une infection urinaire etc. sont possiblement des signes d’infection aux Covid-19 et donc que ces personnes-là doivent aussi être rapidement testées pour savoir si elles doivent s’isoler de leur entourage. Tel qu’actuellement pensé pour le déconfinement, le recueil de données par le biais de l’infection et de la contamination réduit la focale à l’enregistrement des personnes, là où il doit être question d’une véritable politique publique sanitaire tenant compte de la maladie et des malades. Il est nécessaire d’encourager la population à une vigilance holistique des symptômes, puis également à une deuxième salve de vigilance de la part des personnes infectées durant plusieurs semaines, afin qu’elles informent leur médecin de tout autre signe.

    Ne pas opérer en ce sens, c’est biaiser la connaissance, biaiser les réalités du terrain. Sans porter l’attention sur la nécessité du suivi des personnes infectées, l’approche actuelle se concentre sur la désignation des personnes, ce qui peut pousser des patients à ne pas consulter ou à taire les symptômes de peur de subir une enquête qui pourrait leur être délétère pour des motifs personnels (avoir à déclarer un contact qu’ils ne souhaitent pas) ou professionnels (risque de stigmatisation sur leur lieu de travail, voire crainte du licenciement dans un contexte économique altéré). La protection des données et le secret médical doivent être garantis, mais l’attention devrait non moins se porter sur les soins pour que l’implication apparaisse dans ce qu’elle a de vertueux : dire pour guérir.

    Considérer la maladie à partir de critères cliniques, c’est faire prendre conscience des plus larges biais de contagiosité ou des besoins de suivis éventuels
    Enfin, le dispositif tel qu’expliqué à date engage un autre biais de désignation restrictif. La période d’incubation est encore mal connue et estimée entre 2 et 14 jours. Dans le cadre de la procédure définie actuellement, la brigade sanitaire a vocation à recenser les contacts des deux derniers jours de fréquentation d’un malade identifié. Là, on comprend que ce ne sont pas seulement les questions du secret médical et des données personnelles qui sont problématiques, mais aussi les bases mêmes de l’identification : à ne remonter les contacts que sur 2 jours, nombreux infectés potentiels sont inaperçus.

    Quel est le droit pour la brigade sanitaire de contrôler, décider pour des personnes supposées contaminées : vérifier si ces personnes s’isolent correctement, refont bien les tests, y embarquent également leur propre entourage en donnant à leur tour les noms des personnes fréquentées ? Jusqu’où un tel raisonnement est-il opératoire ? Jusqu’où enregistre-t-on les inter-connaissances et les cercles d’interaction ? Un tel exercice, replacé dans le contexte de la maladie permettrait une toute autre sensibilisation de la population. En recensant l’intrication sociale (embeddedness) de la contamination, mais pas le chemin du virus dans l’organisme, le corps social prend le pas sur le corps médical. L’individu et ses relations ont le dessus sur le malade et sa maladie.

    Par ailleurs, selon le type d’expression de l’infection un malade peut contaminer autrui 14, 21 ou 28 jours, voire plus selon la durée de ses propres infections, nombre de jours auxquels ajouter une semaine sans symptômes. Que ce soit pour un malade sorti d’hôpital et qui poursuit ses soins en ville, ou pour un malade soigné au Doliprane à la maison, le sujet est le même : la durée de contamination varie, l’éventualité de rebonds également. Là encore, les temps officiels de réclusion ne sont pas les temps des malades et de leurs pathologies. Même la délimitation de la contagiosité n’est pas encore maîtrisée par les médecins eux-mêmes à ce jour. La question d’un suivi régulier avec le médecin coordonnant les soins du malade est nécessaire, et mettre en place ce suivi participerait de la rétention des contaminations. Pourquoi ne pas expliquer tout cela afin que tous puissent agir de façon concertée et responsable puisque l’objectif est bien d’envisager, au-delà de la désignation du malade, la cure de la maladie ?

    La veille sanitaire non seulement soutient la planification des soins mais aussi la stratégie de prévention
    En ne traitant que des morts et des malades hospitalisés et dorénavant en créant un système qui entérine une politique d’enregistrement ad hoc des infectés, les discours se cristallisent sur la partie émergée de l’iceberg. En dehors de l’hôpital, le message officiel est qu’on ne considère le malade que comme un contagieux et pas comme un malade. Plus souvent qu’il ne tue, le virus touche les vivants et impose aussi ses conséquences chez ceux qui restent en vie. Se concentrer sur l’étape d’infection et la contamination, sur l’explosion de l’hôpital, ou sur une appli telle StopCovid, ne permet pas d’accompagner les malades et détourne des outils prioritaires qui construisent eux-mêmes les données nécessaires : les données cliniques et biologiques pour élaborer les catégories de l’analyse médicale, du parcours de soins des malades et les mesures de prévention et d’hygiène collective pour protéger les populations.

    Car le message de prévention pour les gestes barrières est affaibli avec cette vision binaire : ce n’est pas pareil d’évoquer le 1 % qui peut mourir, particulièrement au-dessus de 60 ans, que de dire clairement « il y a des risques pour toutes personnes contaminées » y compris les enfants. Ces risques touchent déjà plusieurs dizaines de milliers de personnes qui vont être suivies au long cours. Cela peut non seulement changer le message mais aussi réorienter toute la politique sanitaire en obtenant une conscience et une responsabilité plus grandes de l’ensemble de la population qu’il va falloir, en outre, réussir à maintenir dans le temps. Nommer la maladie et ses expressions, les malades et leurs spécificités, devient alors source d’informations pour tous. C’est prendre le sujet dans toutes ses réalités et l’accompagner au-delà du temps de crise, sur le temps long qu’impose sa versatilité et ses évolutions, pour les malades, la santé publique et la société dans son ensemble avec l’impact socio-économique sous-jacent aux maladies complexes.

    [1] Les chiffres officiels sont accessibles sur data.gouv.fr et santepubliquefrance.fr. On notera cependant que si la France déclare 139 000 cas confirmés, la source de Statista fondée sur les chiffres des chercheurs de Johns Hopkins indique 175 000 cas confirmés en France, ce qui rend toutes les considérations chiffrées somme toute compliquées.

    [2] 20 % des personnes infectées serait asymptomatique, selon une étude dans un cluster en Allemagne mais 50 % selon l’étude à bord du paquebot Diamond Princess (voir infra). AMMOUCHE (Marielle), « Covid-19 : 20% de patients asymptomatiques dans un cluster en Allemagne », Egora.fr, accessible ici.

    [3] Chiffres du 13 mai 2020 par une équipe d’épidémiologistes de l’Institut Pasteur réactualisant l’étude conduite le 21 avril et tenant compte de l’impact du confinement. Ces calculs sont fondés sur des modélisations et données d’hospitalisation et de santé. Simon Cauchenez & alii, « Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France », Science, accessible ici.

    [4] Le calcul est établi sur la base de l’estimation des quelques 3 millions de personnes infectées, dont sont déduits 50 % d’asymptomatiques, les personnes hospitalisées et décédées. Sous réserve des marges à prendre en compte.

    [5] Sur le recrutement et les missions des brigades, plusieurs articles de presse : NouvelObs, LeFigaro, Slate.fr, LCI.fr, OuestFrance, BFM.tv.

    #hospitalo_centrisme #santé_publique

    • On ne permet pas à la population de savoir qu’un érythème, des engelures, une conjonctivite, des diarrhées, une infection urinaire etc. sont possiblement des signes d’infection aux Covid-19 et donc que ces personnes-là doivent aussi être rapidement testées pour savoir si elles doivent s’isoler de leur entourage

    • contribution remarquable, à diffuser largement !

      En ne traitant que des morts et des malades hospitalisés et dorénavant en créant un système qui entérine une politique d’enregistrement ad hoc des infectés, les discours se cristallisent sur la partie émergée de l’iceberg. En dehors de l’hôpital, le message officiel est qu’on ne considère le malade que comme un contagieux et pas comme un malade. Plus souvent qu’il ne tue, le virus touche les vivants et impose aussi ses conséquences chez ceux qui restent en vie. Se concentrer sur l’étape d’infection et la contamination, sur l’explosion de l’hôpital, ou sur une appli telle StopCovid, ne permet pas d’accompagner les malades et détourne des outils prioritaires qui construisent eux-mêmes les données nécessaires : les données cliniques et biologiques pour élaborer les catégories de l’analyse médicale, du parcours de soins des malades et les mesures de prévention et d’hygiène collective pour protéger les populations.

      #maladie_à_déclaration_obligatoire

    • D’ailleurs un des aspects que je constate à chaque fois que je tombe (malheureusement) sur une relation qui m’explique que hé ben dis donc tu te rends comptes qu’on a été confinés et qu’on a détruit l’économie pour aussi peu, et donc clairement partisans de la recherche rapide de l’immunité de groupe, il y a systématiquement l’occultation des gens qui en ont chié en étant malades chez eux.

    • Des #témoignages parmi d’autres, via la veille de @monolecte :
      Covid-19 : deux mois après leur infection, de nombreux patients présentent de nouveaux symptômes - France 3 Paris Ile-de-France
      https://seenthis.net/messages/854487

      Par contre, dans le texte, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris :

      Par ailleurs, selon le type d’expression de l’infection un malade peut contaminer autrui 14, 21 ou 28 jours, voire plus selon la durée de ses propres infections, nombre de jours auxquels ajouter une semaine sans symptômes.

      Elle veut dire qu’une personne peut être contagieuse aussi longtemps après l’apparition des symptômes, quand elle en a ? Je n’avais pas vu passer cette info.

    • Plusieurs études chinoises du mois de mars laissaient penser qu’il fallait vraiment se méfier de la contagiosité sur un temps non encore circonscrit… il a été difficile en avril de suivre ces infos quand les revus se sont mises à publier des études en prélecture  : trop d’infos (surtout non vérifiées) tue l’info…

  • 40 000 travailleuses et travailleurs saisonniers auront le droit de venir faire les récoltes en Allemagne. Ces personnes devront venir en avion, être transportées par leurs employeuses et employeurs, se laisser examiner et rester séparées des autres pendant 14 jours. En temps normal, jusqu’à 300 000 employé·es, surtout de Pologne et de Roumanie, viennent travailler dans l’agriculture allemande.

    https://www.tagesspiegel.de/wirtschaft/innenminister-horst-seehofer-gibt-nach-erntehelfer-duerfen-jetzt-doch-einreisen/25709224.html

    #travail_saisonnier #agriculture

    @cdb_77

    • Ces personnes devront venir en avion, être transportées par leurs employeuses et employeurs, se laisser examiner et rester séparées des autres pendant 14 jours.

      Du coup on leur promet 14 jours de camps à base de « Arbeit macht frei » ?
      #autres

    • Comment ça, l’Allemagne n’a pas de personnes au chomage comme en France, pour les mettre au « service civique rural » ? (ironie)
      Mais aussi, vraie question, @nepthys : existe-t-il un « programme »/une invitation comme en France pour envoyer les autochtones sans emploi aux champs ?

    • https://www.rbb24.de/wirtschaft/thema/2020/coronavirus/beitraege/kloeckner-arbeitslose-fluechtlinge-erntehelfer-corona-virus-baue.html
      Non, pas à ma connaissance. Il ne s’agit que de travail bénévole. La ministre fédérale pour l’agriculture et l’alimentation, Julia Glöckner (CDU), avait bien proposé d’employer les réfugié.es, les personnes au chômage etc. pour pallier l’absence des 300 000 travailleuses et travailleurs saisonniers d’Europe de l’Est. Elle proposait aussi d’autoriser de dépasser les 10 heures légales de travail journalier. A présent, ces 40 000 personnes vont permettre de temporiser un peu, je suppose. Mais le lobby paysan est puissant en Allemagne aussi.

      https://www.dw.com/de/spargelsaison-erntehelfer-dringend-gesucht/av-52951786
      Dans ce reportage, un producteur d’asperges explique que l’emploi des bénévoles inexpérimenté.es n’est pas possible : comme ces gens sont deux fois moins efficaces que les Polonais, cela lui coûterait deux fois plus cher ! Les Polonais.es en question sont payé.es le salaire minimum de 9,35 + accords de branche. Pendant 70 jours, ce travail est exempté de contributions sociales… La récolte est souvent leur seule source de revenu. La récolte des asperges est aussi un travail épuisant…

    • (Enquête/reportage vidéo et écrit d’un media à suivre)
      Muncitori români din Germania, sechestrați și obligați să muncească — Inclusiv
      https://inclusiv.ro/exploatare-in-timp-de-pandemie
      (Exploatare in timp de pandemie sonnait pourtant mieux)

      Muncitori români din Germania, sechestrați și obligați să muncească
      Radu Ciorniciuc
      28/04/2020
      Lectură de 13 minute
      În ajunul Paștelui, un grup de români e dus cu avioane speciale să culeagă sparanghel la o fermă din Germania. La fața locului, își dau seama că socoteala de-acasă nu se potrivește cu cea de pe câmp. Li se iau actele, primesc mult mai puțin bani, dorm în frig și, când protestează, patronul fermei îi amenință cu poliția și îi dă în stradă. Oamenii pleacă și dorm în boscheți.

      Cazul lor arată cum, în vremuri de pandemie, pentru că depind și mai mult de angajator, muncitorii sezonieri sunt mult mai vulnerabili în fața abuzurilor. Dacă refuză să accepte încălcarea drepturilor, își găsesc cu greu de muncă în altă parte și riscă amenzi usturătoare pentru nerespectarea carantinei. Dacă vor să se întoarcă acasă, nu au nici bani, nici mijloace de transport la dispoziție.

      https://www.youtube.com/watch?v=FR0KXvqZNNQ


      (Români la kilogram: În stradă după ce s-au revoltat împotriva condițiilor de muncă)

      La începutul lunii aprilie, guvernul german anunță că relaxează condițiile pentru intrarea în țară a muncitorilor străini care vin sezonier pentru a lucra în agricultură. În acest sens, Ministerul Agriculturii și Ministerul de Interne din Germania pun la punct un plan, aduc la cunoștință că vor deschide frontierele pentru 40.000 de lucrători sezonieri și stabilesc o serie de măsuri prin care să prevină răspândirea infecției cu coronavirus.